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Full text of "Annales du Midi"

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ANNALES    DU    MIDI 


ANNALES 

DU    MIDI 

REVUE 

ARCHÉOLOGIQUE,  HISTORIQUE  ET  PHILOLOGIQUE 

DE    LA   FRANGE    MÉRIDIONALE 

Fondée  sous  les  auspices  de  l'Université  de  Toulouse, 

PAR 

ANTOINE    THOMAS 

PUBLIÉE   AVEC  LE   COiN'COURS   d'uN   COMITÉ   DE   RÉDACTION 


PAR 


A.   JEANROY 

Professeur  à  l'Université  de  Paris. 


P.  DOGNON 

Professeur  à  l'Université  de  Toulouse. 


«  Ab  l'alen  tir  ves  mel-aire 
«  Qu'eu  sent  venir  de  Proenza.  > 
Peire  Vidal. 


VINGT- SIXIÈME    ANNEE 

1914 


TOULOUSE 
IMPRIMERIE   ET    LIBRAIRIE    EDOUARD    PRIVAT 

14,    RUE   DES   ARTS   (SQUARB  DU    MUSÉE) 

Paris.  —  Auguste  PICARD,  rub  Bonaparte,  8Î. 


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LE  TROUBADOUR  GUILHEM  DE  CABESTANH 


I 

LES  CHANSONS  ATTRIBUÉES  A  GUILHEM  DE  CABESTANH.  LEUR  AUTHENTICITÉ 

Des  neuf  chansons  qui  sont  ici  publiées,  huit  figurent  dans 
le  Grundriss  de  Bartsch  sous  le  nom  de  Guilhem  de 
Gabestanh  (n»  213). 

La  huitième  {Ogan  res  qu'ieu  vis)  se  présente  dans  des 
conditions  particulières*.  Quant  aux  autres,  les  témoignages 
divergents  de  certains  manuscrits  secondaires  —  ils  sont 
signalés  en  tète  des  chansons  —  n'infirment  pas  cette  attri- 
bution*. 

Pour  la  chanson  VI  pourtant  l'attribution  à  Guilhem  de 
Gabestanh,  donnée  parles  manuscrits  ABCETe,  a  été  récem- 
ment contestée  par  M.  Wilhelm  Friedmann^  qui,  sur  le 
témoignage  de  RUc,  la  réclame  pour  Arnaut  de  Mareuil.  Les 
autres  noms  d'auteur  ne  font  pas  question  :  D'^IK  l'at- 
tribuent cà  Peire  del  Poi ,  M  à  Père  Milo,  Q  la  fait  figurer 
parmi  le  grand  nombre  de  poésies  de  divers  auteurs  que  ce 
manuscrit  allribue  à  Ç^'rar^/ws, c'est-à-dire  GirautdeBornelh. 
M.  P'riedmann  renvoie  <à  Grober,  qui,  en  étudiant  les  sour- 
ces du  manuscrit  /?,  dit  (Romanische  Studien,  II,  1876, 
p.  386),  d'une  manière  sommaire,  <|ue  l'atlribution  à  Arnaut 
de  Mareuil  n'est  probablement  pas  erronée  («  eine  falsche 
Attribution  liegt  kaum  vor  »).  De  plus,  M.  Friedmann  voit 


1.  Voir  plus  loin,  p.  8. 

2.  EinleitiDig  zii  einer  kritischen  Aiisgabe  der  Gedichtê  des  IVoiiba' 
doiirs  Arnaut  de  Mareuil,  Habilitationsschrift»  Halle,  1910,  p.  37, 


6  ARTHUR    LANGFORS. 

entre  notre  clianson  et  la  chanson  clMmaut  de  Mareuil  Ane 
vas  Amor  no-m  poc  re  contracUre  de  telles  ressemblances 
de  «  style  »  qu'il  faut  nécessairement  attribuer  les  deux 
chansons  au  même  auteur.  Mais  je  démontrerai  plus  loin 
(p.  45)  qu'une  telle  attribution  ne  s'a;:corde  point  avec  le 
résultat  auquel  nous  amène  le  classement  des  manuscrits  : 
au  contraire,  une  contamination  entre  les  manuscrits  R  et 
Uc  est  très  probable.  En  effet,  dans  le  manuscrit  i?,  la  chan- 
son Lojorn  qu'ie'us  vi,  attribuée  à  Arnaut  de  Mareuil,  se 
trouve  suivie  de  la  chanson  Aysi  com  selh  que  anc  non  ac 
cossire  {Grundr.,  30,  4),  restée  inachevée  dans  le  manuscrit 
R  (fol.  15),  séparée  des  autres  chansons  d'Arnaut  (fol.  81-82). 
Elle  n'a  donc  pas  été  copiée  en  même  temps  que  la  majorité 
des  autres  chansons  du  même  auteur  et  peut  provenir  d'une 
autre  source  que  celles-ci.  Dans  le  manuscrit  c  également, 
les  deux  chansons  se  suivent  (fol.  35-6).  mais  dans  l'ordre 
inverse  ;  dans  U,  la  chanson  Aysi  com  selh  que  anc  non  ac 
cossire  manque.  Il  faut  considérer  comme  à  peu  près  cer- 
tain que  la  chanson  Lo  jorn  qu'ie-us  vi  appartient  à 
Guilhem  de  Cabestanh. 

Quant  à  la  chanson  Oganres  quHeu  vis  {Grundr.^  213,8), 
elle  pourrait  à  la  rigueur  être  considérée  comme  anonyme. 
Dans  le  manuscrit  F,  qui  est  le  seul  à  la  donner,  le  nom  de 
l'auteur  n'est  inscrit  qu'en  tête  de  la  première  chanson  de 
chaque  poète  (cf.  ci-dessus,  p.  16).  Dans  ce  manuscrit  figu- 
rent sous  le  nom  de  notre  troubadour  les  chansons  Lo  dous 
cossire  et  A7ic  mais  no-m  fo  semhlan,  dont  l'authenticité 
n'est  pas  douteuse,  et  enfin  Ogan  res  qu'ieu  vis.  Or,  cette 
dernière  chanson  contient  certaines  subtilités  qui  ne  sont 
guère  dans  la  manière  de  Guilhem  de  Cabestanh  {)7îieg  ausis 
De  mieg  desirier  —  estau  aclis  Al  pejor  guerrier,  etc.).  Il 
est  à  noter  que  dans  le  manuscrit  le  verso  du  folio  99,  où 
elle  finit,  est  en  partie  en  blanc,  de  même  que  tout  le  recto 
du  folio  100;  au  verso  commence,  sans  nom  d'auteur,  une 
chanson  de  Pons  de  la  Garda  (Grundr.,  377,  3).  Il  se  pour- 
rait qu'après  les  chansons  authentiques  de  Guilhem  de  Ca- 
bestanh se  soit  glissée  une  chanson  anonyme.  Sous  peine 


LE   TROUBADOUR   GUILHEM   DE   CABESTANH.  7 

d'être  accusé  de  scei»ticisnie  exagéré,  je  considère  que  l'au- 
thenticité de  cette  chanson  n'est  pas  entièrement  assurée. 

Parmi  les  pièces  occasionnellement  attribuées  à  Guilhem 
de  Gabestanh,  il  y  en  a  cinq  que  l'on  peut  écarter  tout  de 
suite,  comme  n'étant  pas  de  notre  auteur  :  une  est  de  Arnaut 
Daniel  (Grundv.,  29,  6),  une  autre  de  Gaucelm  Faidit 
{G7''undr.,  167,37),  une  troisième  deOzil  de  CsLda.YS  (G/'und/' ., 
314,  1)';  enfin,  le  copiste  du  manuscrit  a'  (éd.  Bertoni,  p.  36 
et  39)  a  eu  l'idée  d'attribuer  à  En  Guilliem  de  Cabestancs 
non  seulement  une  autre  chanson  de  Gaucelm  Faidit 
{Grundr.,  167,  58),  mais  aussi  la  plus  célèbre  des  chansons  de 
Jaufré  Rudel  {Pois  lo  rius  de  la  fontaina;  Gvundr  ,  262,  5). 

Mais  il  y  a  une  chanson  {Grundr.,  242,7)  qui  fait  difficulté. 
C'est  la  chanson  Al  plus  ^ei«  (notre  n»  IX)  qui  est  attribuée  par 
les  manuscrits  ADIK  à  Guilhem  de  Gabestanh,  par  les  ma- 
nuscrits CMRSsVa  àGiraut  deBornelh.  A  ce  dernier  groupe 
vient  s'ajouter  le  manuscrit  iV^,  qui  ne  nous  a  conservé  que 
le  premier  vers  de  la  chanson,  et  peut-être  le  manuscrit  H, 
où  elle  est  anonyme,  il  est  vrai,  mais  se  trouve  au  milieu  de 
chansons  de  Giraut. 

Je  montrerai  plus  loin  (chans.  IX)  que  le  groupement  que 
l'on  obtient  en  étudiant  les  variantes  de  ces  manuscrits  ne 
s'accorde  pas  avec  le  groupement  signalé  ci-dessus,  et  que 
par  suite  l'étude  des  rapports  des  manuscrits  ne  contribue 
en  rien  à  la  solution  de  la  difficulté  signalée. 

M.  Adolf  Kolsen  {Romanische  Forschungen,  XXIII, 
494-5)  est  d'avis  que  la  chanson  doit  être  attribuée,  avec 
les  manuscrits  ADIK,  à  Guilhem  de  Gabestanh,  et  en  faveur 
de  cette  opinion  il  invoque  les  cinq  raisons  suivantes  : 

1°  Dans  la  pièce,  e  ouvert  et  e  fermé  riment  ensemble  : 
fezés  aprezés,  près  volgués,  estes  mirés,  pr^ezés  tarzès, 
dès  colguès,  plagués  preiès,  près  yslandés,  nasquès.  Dans 
les  poésies  de  Giraut  de  Bornelh  on  ne  rencontre  point  de 

1.  J'ai  récemment  publié  cette  chanson  difficile  dans  les  Annales  Aca- 
demiae  Scientiarum  Fe7inicae.  sér.  B,  t.  VII,  n»  5.  Helsingfors,  191}  (cf. 
les  corrections  de  MM.  C.  Appel  et  H.  Andresen,  Neuphilologische  Mit 
teilungen,  1913,  p.  184  et  suiv.). 


8  AR'IHUR    LANGFORS. 

ces  rimes  choquantes  :  dans  242,  76,  I,  rendes,  à  la  rime 
avec  7nercés,  peut  être  facilement  remplacé  par  fezes.  Dans 
plusieurs  chansons,  notamment  dans  des  chansons  4,  16 
et  74,  Giraut  sépare  rigoureusement  les  séries  de  rimes  en  é 
et  celles  en  è.  Il  y  a  notamment  dans  les  chansons  4  et  16 
des  séries  de  rimes  en  es,  à  côté  de  séries  de  rimes  en  es, 
et  de  même  dans  la  pièce  74,  les  séries  en  ér,  érs  et  èr  sont 
pures.  Or,  Bartolomé  Zorzi,  qui  confond  à  la  rime  les  deux 
sons,  était  Vénitien,  et  l'auteur  de  la  chanson  Senhe?'  nen- 
fantz  (Gî'undr.,  461,  219)  était,  selon  Tobler  {Sitzungsbe- 
rîchte  de  l'Académie  de  Berlin,  1900,  XVII,  p  238,  p.  1  du 
tirage  à  part),  peut-être  Catalan.  La  rime  inexacte  peut  être 
attribuée  avec  plus  de  vraisemblance  au  poète  catalan  Gui- 
Ihem  de  Cabestanh  qu'au  poète  limousin  Giraut  de  Bornelh. 
Toutefois,  dans  ses  autres  poésies,  Guilhem  de  Cabestanh 
s'est  astreint  à  séparer,  selon  l'exigence  de  la  poétique,  les 
deux  sons,  ce  qui  indique,  suppose  M.  Kolsen,  que  Al  plus 
leu  était  une  de  ses  plus  anciennes  chansons. 

2°  De  même  que  deux  des  chansons  de  Guilhem  de  Cabes- 
tanh ((?/'.,  213, 3  et  5)  sont  dédiées  à  un  ami  nommé  Raimon, 
qui  est  sans  doute  Raimon  de  Roussillon,  l'envoi  de  notre 
chanson  contient,  d'après  les  manuscrits  CIKMSsa,  ce  même 
nom  de  Raimon  (écrit  en  abrégé  dans  MS?a;  le  nom  n'est 
pas  dans  ^Z)/?;  les  manuscrits -H" F  font  défaut).  Les  nom- 
breuses chansons  de  Giraut  ne  mentionnent  aucun  Raimon. 

3°  Dans  la  tornade,  le  poète  salue  son  protecteur  et  dit  : 

Qa'ieu  cug  Malleon  domesgar 
Plus  leu  d'un  falcon  yslandes. 

Malleon  est  bien  la  leçon  de  la  plupart  des  manuscrits 
(ACDIKMS^);  mais  R  lit  al  deon,  et  c'est  là  que  se  cache, 
selon  M.  Kolsen,  la  bonne  leçon  :  il  lit  par  conséquent 
ni'Aldeon.  Ce  serait  là  le  nom  de  la  dame  du  poète.  Les 
copistes,  qui  ne  l'auraient  pas  reconnu,  l'auraient  changé 
contre  le  nom  fréquent  de  Malleon.  Ce  nom  d'Aldeo7i  four- 
nirait encore  la  solution  de  l'énigme  qui  se  trouve  à  la  fin 
de  la  chanson  VII  (Moût  în'alegra),  dans  une  strophe  dont 


LE  TROUBADOUR   GUILHEM   DE   GABESTANH.  9 

on  a  contesté  l'authenticité.  Le  poète  dit,  en  parlant  de  sa 

dame  : 

Et  si  volez  qu'eu  vos  diga  son  nom, 
Ja  non  trobares  alas  de  colona 
O  no'l  trovez  escrig  senes  falenza. 
Mais  an  lezer  en  monstre  cognoscenza'. 

«  Et  si  vous  voulez  que  je  vous  dise  son  nom,  vous  ne 
trouveriez  pas  une  aile  de  pigeon  où  vous  ne  le  trouveriez 
écrit  sans  faute  (?)...  »  Or,  dans  les  mots  A  Las  DE  colON 
M.  Kolsen  lit  le  nom  Aldeon. 

4*  L'auteur  de  Al  plus  leu,  comme  Guilhem  dans  la  chan- 
son Aissi  com  cel^  fait  alterner  des  vers  masculins  de  huit 
syllabes  avec  des  vers  féminins  de  sept  syllabes. 

5°  La  raison  pour  laquelle  les  copistes  ont  attribué  la 
chanson  Al  plus  leu  à  Giraut  de  Bornelh  est  sans  doute  la 
grande  ressemblance  du  début  avec  celui  de  la  chanson 
A  penas  sut  comensar  (le  n»  4  de  l'édition  de  M.  Kolsen). 
Dans  les  deux  chansons  est  exprimé  le  désir  de  faire  une 
chanson  «  facile  ».  Dans  plusieurs  autres  chansons,  Giraut 
donne  également  la  préférence  au  tt'obar  plan  sur  le  trobar 
dus  (voy.  notamment  sa  tenson  bien  connue  avec  Linhaure). 

L'argumentation  de  M.  Kolsen,  pour  être  ingénieuse,  n'en 
est  pas  moins  hypothétique  :  d'une  part,  la  présence  des  e 
ouverts  et  fermés  à  la  même  rime  chez  un  poète  qui  tou- 
jours ailleurs  rime  correctement  ne  laisse  pas  que  d'étonner, 
et  d'autre  part,  le  ni'Aldeon,  conjecturé  par  M.  Kolsen,  est 
bien  faiblement  appuyé  par  les  manuscrits  {R  seul).  Enfin, 
Guilhem  n'a  jamais  professé  de  théories  sur  le  trobar  dus, 
et  il  est  même  probable  qu'elles  n'existaient  pas  de  son  temps. 
Il  se  pourrait  que  la  chanson  Al  plus  leu,  où  je  ne  reconnais 
pas  le  style  de  notre  poète,  ne  fût  ni  de  Guilhem  de  Gabes- 
tanh,  ni  de  Giraut  de  Bornelh.  La  question  est  d'autant  plus 
embrouillée  que  les  manuscrits  IK  et  iV^,  dont  l'étroite  pa- 
renté n'est  pas  contestable^,  portent  une  attribution  diflfé- 

1.  Sur  une  correction  proposée  par  M.  Jeanroy,  voir  p.  53. 

2.  Voir  A.  Pillet,  Archiv  fur  das  Studium  der  neueren  Sprachen, 
CI,  114-8,  et  ci-dessous,  chap.  II. 


10  ARTHUR    LANGFORS. 

rente.  Il  est  tout  naturel  qu'on  l'ait  attribuée  à  Giraut.  Si  elle 
a  été  faussement  attribuée  à  Guilliem,  ce  serait  peut-être  à 
cause  du  nom  de  Raimon  qui  se  trouve  dans  l'envoi.  Mais 
c'est  là  une  bypothèse  purement  négative.  J'admets  la  chan- 
son dans  mon  édition,  en  la  plaçant,  avec  la  chanson  Ogan 
res  qu'ieu  vis,  après  les  chansons  sûrement  authentiques, 
que  je  range  dans  l'ordre  où  les  présente  le  Grundriss  de 
Bartsch,  qui  est  l'ordre  alphabétique.  Il  n'est  naturellement 
pas  possible  d'établir  un  ordre  chronologique,  et  la  manière 
dont  les  chansons  de  Guilhem  de  Gabestanh  (qui  3ont  tou- 
tes des  chansons  d'amour)  se  suivent  dans  les  manuscrits 
varie  toujours.  La  disposition  adoptée  a  au  moins  cet  avan- 
tage que  les  mêmes  renvois  pourront  servir  pour  le  Grundriss 
de  Bartsch  et  mon  édition. 

I.  Chansons  authentiques. 
I.  —  Bartsch,  Grundriss,  213,  1. 

Manuscrits  :  A,  f.  84  (Studj,  III,  p.  254);  B,  i.  53  (Studj,  III,  p.  690); 
C,  f.  213;  D,  f.  102  V;  E,  p.  144;  /,  f.  105  bis  v»;  A",  f.  90b  ;  m,  f.  23; 
R,  f.  15  V  b;  T,  f.  263-4;  V,  f.  99  (Archiv,  XXXVI,  439);  e.  p.  150-2. 

Éditions  :  Eaynouard,  Choix,  III,  111  (C,  retouché  à  l'aide  de  R  au 
V.  23?);  Mahn,  Werke,  I,  112  (=:  Raynouard);  F.  Hùffer,  G.  de  Cab. 
(Berlin,  1869),  p.  40,  n°  IV  (d'après  D,  avec  variantes  de  BV  et  Mahn). 

Classement  des  manuscrits.  —  Le  ms.  e  est  très  analogue  à  M,  sans  en 
être  la  copie.  Les  manuscrits  CET  vont  ensemble  aux  v.  34  (et  es  la 
gensor)  et  36  (far  yiostre  senhor);  la  bonne  leçon  est  dans  ABDIK, 
tandis  que  M  offre  une  leçon  isolée.  Pour  cette  partie  de  la  chanson, 
R  et  T'  font  défaut.  Toutefois,  ces  deu.x.  manuscrits  semblent  se  rappro- 
cher du  groupe  CET,  à  en  juger  par  le  v.  1  (laissa  CRV;  la  bonne  leçon 
est  baissa  ABEIKMT).  Comme  d'habitude,  D  et  IK  sont  à  peu  près 
pareils.  Un  classement  plus  précis  ne  semble  pas  possible.  Les  mss.  AB 
ont  des  leçons  isolées  aux  vers  5,  15,  18,  24,  29,  36,  42;  nous  les  avons 
toutes  reléguées  aux  variantes.  Le  texte  adopté  par  nous  est  à  peu  près 
celui  de  DIK.  et  l'orthographe  est  celle  du  ms.  C. 

Versification  :  6  coblas  unissoHans  de  huit  vers.  Les  vers  5  et  8 
(rime  c)  sont  de  sept  syllabes  à  désinence  féminine,  les  autres  vers 
(rimes  abd)  sont  masculins  et  de  huit  syllabes.  Le  schéma  est  le  sui- 
vant : 

8a  8b  8a  8b  le  8d  8d  le 

C'est  le  n"  397  de  Maus,  Utrophenbau,  p.  111.  Toutefois,  notre  pièce 
n'y  est  pas    mentionnée,   et  aucune  des  pièces  enregistrées  n'offre  la 


LE   TROUBADOUR   GUILHEM   DE   CABESTANH.  11 

même  alternance  de  vers  de  sept  et  de  huit  syllabes.  Ce  qui  est  dit 
sous  le  n»  397,  6  est  entièrement  erroné. 

Auteur  :  Guilem  de  Cabestanh  (graphie  de  E).  Dans  Me  la  pièce  est 
attribuée  à  Guillem  de  Bregadan. 

I.  Aissi  cum  selh  que  baissa*!  fuelh 
E  pren  de  las  flors  la  gensor, 

Ai  eu  chauzit  en  un  aut  bruelh 
4    Sobre  totas  la  belhazor, 

Quelh  eys  Dieus,  senes  fallida, 

La  fetz  de  sa  eyssa  beutat 

E  mandet  qu'ab  humilitat 
8        Fos  sa  grans  valors  grazida. 

II.  Ab  dous  esguart  siey  certes  huelh 
M'an  fait  guai  e  fin  amador, 

Et  anc  l'amors  per  qu'ieu  me  muelh 
12    Ab  l'aigua  del  cor  ma  color 
No  fon  per  mi  espandida; 

Mas  era-m  fai  chantar  de  grat 

De  tal  don  an  maynt  cundeyat, 
16        Q'us  no  la  tenc  desvestida. 

III.  Non  die  fenchas  ni  laus,  cum  suelh, 
Mas  ver,  on  me  son  mil  auctor, 
Q'usquecx  dezira  so  qu'ieu  vuelh, 

20    Qu'aïs  plus  guays  es  lansa  d'amor 
Que  fer  al  cor  ses  guandida 
Ab  plazers  plazens  d'amistat; 

I.  —  1  baissa-1]  baiual  D,  laissai  CRV.  —  2  E  manque  dans  R;  pren] 
cueilh  MRTVe.  —  4  la  gensor  flor  R.  —  5  Car  eis  AB,  Que  neis  IK, 
Qellies  eis  (vers  faux)  T.  —  R  lit  les  vers  ^  et  1  ainsi  : 

«  La  formet  ab  tan  gran  beutat 
Que  vole  ab  gran  humilitat  » 
8  gran  ualor  CERTV;  iauzida  V. 

II.  —  Cette  strophe  manque  dans  R.  —  9  huel  C.  — 11  lamor  CETKTV ; 
muelhj  duoill  B.  —  12  del]  dal  B.  —  13  espanduda  A,  obezida  T'.  —  lô 
don  an  mans  c.  IK,  don  ai  mais  c.  Me,  on  an  mayns  (mantz  T')  c.  CV, 
on  an  maint  c.  A,  on  ant  maing  c.  B,  on  am  mains  c.  E,  don  a  mains 
cudat  (vers  faux)  T.  —  16  Qans  non  Me. 

III.  —  18  Mas  ver  don  me  AB,  ^fas  ver  don  men  Me;  Mays  lay  on  son 
m.  a.  R.  —  20  Cal  plus  gai  ABD,  Cals  pus  pros  R.  -  21  Cel  fer  T.  — 
22  Ab  plazer  plazen  CET,  Ab  plazens  plazers  R. 


12  ARTHUR   LA.NGFORS. 

Mas  ieu  ail  colp  assaborat  : 
24        Qu'on  plus  duerm  mielhs  me  ressida. 

IV.  Chauzimen  fara  si  m'acuelh 
E  merce  contra  sa  ricor, 

Qu'ieu  li  mostre*!  mal  de  que-m  duelh 
28    E  que  m'aleuge  ma  dolor 

Qu'es  dins  mon  cor  espandida  : 

Amor  e  Cossirier  m'a  dat, 

Que  del  mielhs  m'a  enamorat 
32        Qu'es  del  Pueg  tro  en  Lerida. 

V.  Sos  ries  pretz  es  en  Faut  capduelh 
De  midons  c'om  ten  per  gensor 
Qu'el  mon  se  viesta  ni-s  despuelh  : 

36    Gen  la  saup  far  Dieus  adhonor, 
Qu'aissi  es  pe'ls  pros  chauzida, 

Lai  on  mostra  sa  gran  heutat 

E  son  fin  pretz  tan  esmerat, 
40        Qu'a  las  pros  n'estai  guarnida. 

VI.  Tant  es  genta  e  de  belh  escuelh 
Qu'enveya-m  toi  d'autra  s'amor, 
Qu'ab  ensenhamen,  ses  jangluelh, 

44    L'es  dada  beutatz  ab  valor, 

23  Mas  eu  qail  B,  Mas  ieu  al  E,  Mas  ieu  hel  C,  Mas  ieu  ai  el  e,  Mas 
ieu  el  M,  Mas  eu  el  V  Mas  miel  D,  Mas  es  el  T,  Qieu  aylo^.  —  24  Com  e  ; 
Cum  ieu  plus  dorm  mi  r.  AB,  Com  plus  dorm  mi  r.  {vers  faux)  D,  On 
plus  dorm  plus  mi  resida  M. 

IV.  —  Le  manuscrit  V  s'arrête  au  beau  milieu  du  v.  31.  —  26  mer- 
ces  T.  —  27  Qeu  lai  mostral  T;  mostre  lo  mal  (wers  faux)  IK:  Quieu  lin 
inostrels  mais  don  mi  d.  R.  —  28  En  que  A.  —  29  Ca  dinz  AB.  — 
80  .\mors  ABD;  cosiriers  T.  —  31  Que]  Qui  R,  E  M;  de  mielhs  C.  — 
32  Qes  del  plui  tro  en  relisda  T. 

Y.  —  Cette  strophe  manque  dans  R  et  V.  —  33  Son  rie  pretz  CEe,  Sos 
prftç  rie  T.  —  34  De  midons  et  es  la  g.  CET,  De  midons  qe  non  sai  g. 
Me.  —  35  nis]  ni  M.  —  36  saup  dieus  far  ad  h.  AB,  sap  far  des  (d's  K) 
ad  h.  IK;  saup  (sap  T)  far  nostre  senhor  CETe;  Gen  fo  fâcha  per  bon 
semhor  M.  —  37  es  manque  I;  per  pro  D,  per  pros  EIK,  per  pretç  T.  — 
3 S  Sai  on  m.  sa  gran  (gran  manque  M)  b.  Me.  —  40  n'estai]  nesta  AB. 

VI.  —  Cette  strophe  manque  dans  IKRV.  —  41  e  manque  dans  e.  — 
42Quenueia  A,  Qenueian  B;  Oenueia  me  toi  {vers  faux)  I;  dautras  AB. 
—  44  beutat  CEe;  Les  dat  beutat  {vers  faux)  T, 


LE   TROUBADOUR   GUILHEM    UE   GABESTANH.  13 

Cortezia  non  oblida; 
Q'us  de  corteza  voluntat 
La  fai  ses  ginh  d'enemistat 
48        Guardar  e  d'autra  esbrugida. 

I.  Ainsi  que  celui  qui  baisse  la  branche  feuillue  et  prend 
(cueille)  la  plus  belle  des  fleurs,  j'ai  choisi  dans  un  haut  bosquet 
celle  qui  est  la  plus  belle  de  toutes,  telle  que  Dieu  lui-même  la 
fit,  sans  faute,  de  sa  propre  beauté,  et  commanda  que  sa  grande 
valeur  fût  rehaussée  par  sa  condescendance. 

II.  Avec  un  doux  regard  ses  yeux  courtois  ont  fait  de  moi  un 
gai  et  fidèle  amant,  et  jamais  l'amour  à  cause  duquel  je  me  mouille 
le  visage  avec  l'eau  du  cœur  (avec  des  larmes)  ne  fut  divulgué  par 
moi;  mais  maintenant  il  me  fait  chanter  volontiers  d'une  telle 
pour  laquelle  plus  d'un  a  fait  des  grâces,  mais  sans  que  jamais 
aucun  d'eux  l'ait  tenue  déshabillée. 

III.  Je  ne  dis  pas  des  choses  feintes,  ni  des  flatteries,  comme 
d'habitude,  mais  une  vérité  dont  j'ai  mille  témoins,  car  chacun 
désire  ce  que  je  veux  :  car  pour  les  plus  joyeux  amants  elle  est 
une  lance  d'amour  qui  frappe  au  cœur,  sans  protection  possible, 
avec  des  plaisirs  plaisants  d'amitié.  Mais  j'ai  savouré  le  coup,  qui 
au  plus  profond  de  mon  sommeil  me  réveille. 

IV.  Elle  me  fera  clémence  et  pitié  si  elle  m'accueille,  en  dépit 
de  sa  grande  excellence,  de  sorte  que  je  puisse  lui  montrer  le  mal 
dont  je  souffre  et  qu'elle  m'allège  la  douleur  qu'elle  a  répandue 
dans  mon  cœur  :  elle  m'a  donné  Amour  et  Tristesse,  car  elle  m'a 
rendu  amoureux  de  la  meilleure  qui  soit  depuis  Le  Puy  jusqu'à 
Lerida. 

V.  Ilest  situé  dans  le  haut  château  (en  un  lieu  inaccessible),  le 
mérite  de  ma  dame  que  l'on  tient  pour  la  meilleure  au  monde 
qui  s'habille  ni  se  déshabille  :  Dieu  la  sut  faire  belle  avec  hon- 
neur, car  c'est  ainsi  qu'elle  est  considérée  par  les  hommes  de 

45  Ecortesia  (vers  faux)  A;  nol  oblida  ET,  non  loblida  Me.  —  48  es- 
bruida  A,  esbruhidai^;  dautra  bruida  E,  dautre  bruida  T;  Garda  e  d'au- 
tres bruida  D;  Gardar  tant  es  abellida  Me  (Gardar  o  d'autr'es  bruida 
Hiïffer;  Guardar  o  autra  es  brugida  Raynouard). 

V.  —  33.  Capduelh.  «  C'est  souvent  la  dame  elle-même  qui  est  comparée 
à  un  château,  considéré  soit  comme  un  objet  de  difficile  conquête,  soit 
comme  un  lieu  abondant  en  clioses  précieuses.  »  (Jeanroy  et  Salverda 
de  Grave,  Uc  de  Saint-Cire,  p.  185). 


14  ARTHUR   LANGFORS. 

mérite  là  où  elle  montre  sa  grande  beauté  et  ses  qualités  précieu- 
ses et  si  parfaites  qu'elle  en  est  garnie  à  l'égal  des  meilleures  (?). 

VI.  Elle  est  si  aimable  et  de  si  bon  accueil  que  son  amour 
m'enlève  l'envie  de  tout  autre  amour  :  car  il  lui  a  été  donné,  avec 
la  sagesse,  et  sans  bavardage,  la  beauté  et  la  valeur,  et  la  cour- 
toisie n'a  pas  été  oubliée.  Car  quelqu'un  [Dieu?],  avec  une  volonté 
courtoise,  la  fait  garder  d'inimitié  et  de  toute  mauvaise  renommée. 


II.  —  Bartsch,  Grundr.^  213,  2. 

Manuscrits  :  D,  fol.  102b;  h,  fol.  S(Studj,  Y,  p.  357);  V,  fol.  98^-^  {Archiv , 
XXXVI,  p.  439). 

Éditions  :  Raynouard,  Choix,  III,  107  (d'après  D);  Mahn,  Werke,  I,  110 
(=  Raynouard);  Hùffer,  G.  de  Cahestanh,  p.  35  (d'après  BV  et  Mahn); 
Langfors,  Neuphilologische  Mitteilungen.  1913,  p.  73-8  (cf.  les  cor- 
rections de  C.  Appel,  L.  Spitzer  et  0.  J.  Tallgren,  ib.,  p.  181-4). 

Versification  :  six  coblas  unissonans  de  neuf  vers  de  six  syllabes.  Les 
coblas  IV  et  V  sont  dans  V  seul.  C'est  sans  raison  suffisante  que 
M.  Hûffer  les  a  reléguées  aux  variantes.  Les  rimes  sont  ainsi  disposées  ; 

ababacddc 
C'est  le  seul  exemple  enregistré  par  Maus,  Strophenbau,  p.  105,  n»  275. 

Classement  des  m.^nuscrits.  —  Les  trois  manuscrits  semblent  appartenir 
à  la  même  famille.  Comme  les  coblas  IV  et  V  manquent  aux  manus- 
crits DH,  il  est  probable  que  ces  manuscrits  sont  plus  étroitement  appa- 
rentés. Nous  avons,  en  effet,  préféré  en  trois  endroits  la  leçon  de  T'  à  celle 
de  DH.  Au  vers  4  (I^iti  D,  Nùti  H),  le  en  semble  de  trop  ;  la  bonne  leçon 
est  sans  doute  Ni,  qui  est  dans  V.  Au  vers  11  {sa  H,  son  D),  la  bonne 
leçon  est  probablement  ^eis  T'.  Au  vers  22,  il  est  préférable  de  lire  del  be, 
avec  article,  qui  est  dans  V  (cf.  soti  dan,  au  v.21).  Cf.  la  note  duv.  23. 

Auteur  :  Guillems  de  Cabestaing  D,  Guilems  de  Capdestaing  H.  Dans 
le  manuscrit  V,  exécuté  par  un  copiste  catalan,  le  nom  de  l'auteur  n'est 
inscrit  qu'en  tète  de  la  première  chanson  de  chaque  poète.  La  première 
chanson  de  notre  troubadour  est  La  dons  cossire,  qui,  par  suite  d'une 
lacune,  commence  au  beau  milieu  de  la  strophe  II.  En  tète  du  fragment, 
une  main  italienne  du  xiv  siècle  a  écrit  :  W.  {=  Wilhebn)  de  Çabes- 
tanh  (V.  Crescini,  Per  gli  studi  romami,  pp.  122-6;  le  W  manque 
dans  Crescini  ;  il  est  pourtant  parfaitement  lisible  sur  la  photographie). 
Orthographe  de  D. 

I.  Ane  mais  no*m  fo  semblan 

Qu'eu  laisses  per  Amor 
3    Solaz  ni  per  joi  clian 
Ni  plores  per  dousor  : 
Be"m  ten  en  son  coman 

I.  —  4  Nin  plores  I),  Nim  plores  H. 


LE   TROUBADOUR   GUILHEM   DE   CABESTANH.  15 

6    Ainors,  q'en  mi  comensa 

Mainz  dolz  plazers,  e  cre 

Cad  obs  de  leis  me  fe 
9    Deus  e  per  sa  valenssa. 

II.  Q'eu*m  vau  soven  claman 
De  leis  don  faz  lausor 

12    E  vau  leis  merceian 

Don  degra  far  clamor, 

Re  non  faz  per  engan; 
15    Mas  cel  cui  Amors  gensa 

Deu  soffrir  mainta  re, 

Car  en  mainz  luocs  s'ave 
18    Qe-1  mal  taing  qe-1  bes  venssa. 

III.  No's  deu  plaingner  d'afifan 
Ni  dire  sa  dolor 

21    Ni  conoisser  son  dan 

Ni  del  be  far  lausor 

Amies  qe  va  camjan 
24    E  va  sa  captenensa  : 

Maint  ne  parlon  dese 

Que  non  sabon  de  qe 
27    Mou  jois  ni  malsabenssa. 

IV.  Nuls  no  sai  d'amor  tan 
Quen  parle  ses  temor, 

30    Mas  vist  ai  c'ap  joy  gran 

Trop  ris  non  an  sabor 

E  mans  sospirs  que  fan 
33    De  feiner  gran  parvenza  ; 

Per  c'Amors  me  capte, 

Aixi  com  miels  cove, 
36    Ses  blasme  e  ses  faillenza. 

6  q'en]  qe  HV.  —  8  delleis  D. 

II.  —  10  Qem  uauc  H.  —  11  leis]  so  H,  son  D;  De  leis  on  f.  1,  F.  — 
12  uauc  H  ;  leis]  cil  V.  —  13  Dun  H.  —  U  Res  V,  Ben  H.  —  18  bes] 
ben  H;  Quemal  tain  cab  bel  uenza  V. 

III.  —  19  No- s]  Nous  D.  —  22  de  DH.  —  23  YaJ  si  HV.  —  24  Ne  uai  V, 
Soven  D.  —  25  Mainz  DH,  Mans  T';  ne]  en  V.  —  27  Sau  F;  loi  HV;  mal* 
saubenza  H. 

IV.  —  Les  couplets  IV  et  V  sont  dans  F  seul.  —  28  Nu  F.  —  34  Per 
camor  F. 


16  ARTHUR   LANGFORS. 

V.  Don',  al  plus  fin  aman 
Et  al  miels  sofridor 

39    Et  aicel  que  miels  blan 

Sa  dona  e  sa  valor, 

Mandatz  senes  desman 
42    Per  vostra  conoixenza 

Zo  que'us  estara  be... 

Sens  0  que  no  m'en  te 
45    Nuilla  res  mas  temenza. 

VI.  Si-m  destreinges  pessan 
Que  maintas  vez  qant  or 

48    Vos  cuich  esser  denan, 

Que  la  fresca  color 

E-1  gen  cors  benestan 
51    Tenc  en  tal  sovinensa 

De  re  als  no -m  sove  : 

D'aqest  dous  pes  me  ve 
54    Franqesa  e  benvolenssa. 

I.  Jamais  je  n'aurais  cru  que  je  laisserais  le  divertissement  [fri- 
vole] pour  Amour  ni  le  chant  pour  la  joie  [d'amour]  ni  que  je 
pleurerais  par  douceur  :  Amour  me  tient  bien  en  son  pouvoir,  car 
il  me  fait  commencer  maints  doux  plaisirs,  et  je  crois  que  Dieu  me 
fit  pour  la  servir,  elle  et  son  mérite. 

V.  —  37  flnaman  a  été  refait  sur  finamen  V.  —  38  Son  el  m.  s.  V.  — 
45  temeza  V. 

VI.  —  46  destregnez  H,  destreinetz  F.  —  47  maintas]  main  H.  —  50  gen] 
bel  V.  —  51  Teng  H.  —  52  ren  V.  —  53  D'aqest]  Aqest  ,•  H  me  ve]  maue  V. 
—  54  Franqesa  e]  Que  liei  F. 

I.  —  3.  Le  poète  oppose  le  solaz,  «  divertissement  frivole,  mondain  », 
KO.  joi  :  «  la.  joie  est  dans  la  langue  des  troubadours  cette  exaltation  sen- 
timentale, source  de  poésie,  faite  d'espérance  et  de  désespérance,  qui  naît 
de  la  soufifrance  même  de  l'attente  et  de  la  confiance  en  Amour,  et  qui  pour 
ceux  qui  savent  aimer  vaut  mieux  que  la  jouissance  des  «  faux  amants  » 
(Bédier,  Revue  des  Deux-Mondes,  1896,  mai,  p.  169).  A  la  strophe  III, 
il  dit  qu'un  amant  trop  changeant  n'a  pas  le  droit  de  parler  du  véritable 
amour.  A  la  strophe  IV,  il  ajoute  qu'une  gaîté  trop  expansive  ne  s'accom- 
mode pas  du  joi.  La  gaîté  bruyante  et  les  soupirs  feints  des  faux  amants 
ne  sont  pas  du  vrai  amour. 

8.  Leis  pourrait  se  rapporter  aussi  à  Amors  (v.  6),  qui  est  souvent  du 
féminin  en  ancien  provençal.  J'ai  traduit  par  «  celle  »,  comme  si  leis  était 


LE   TROUBADOUR    GUILHEM   DE   CABESTANH.  17 

II.  Car  si  je  me  plains  souvent  de  celle  que  je  loue  et  la  remer- 
cie alors  que  je  devrais  me  plaindre,  je  ne  le  fais  point  par  trom- 
perie; mais  celui  qu'Amour  ennoblit  doit  souffrir  maintes  choses; 
car  en  maintes  occasions  il  arrive  qu'il  convient  que  le  bien  vain- 
que le  mal. 

III.  Un  amoureux  qui  change  pour  rien  (sans  raison)  sa  con- 
duite ne  doit  pas  plaindre  sa  peine  ni  dire  sa  douleur,  ni  faire 
connaître  son  mal,  ni  louer  aucun  bien  :  plusieurs  en  parlent  tout 
de  suite,  qui  ne  savent  d'où  vient  joie  ni  déplaisir. 

IV.  Personne  ne  sait  de  l'amour  assez  pour  pouvoir  en  parler 
sans  crainte;  mais  j'ai  vu  qu'avec  une  grande  joie  ne  s'accordent 
pas  trop  de  rires  et  [que]  maints  soupirs  ont  grande  apparence  de 
feinte;  c'est  pourquoi  Amour  me  conduit  ainsi  qu'il  convient  le 
mieux,  sans  blâme  et  sans  faute. 

la  dame  pour  laquelle  la  chanson  a  été  faite.  —  Les  vers  8  et  9  ont  été 
imités  par  le  Minnesinger  Heiurich  von  Morungen  (134,32)  : 

«  Avan:  ch  wart  durch  sie 

und  durch  anders  niht  geborn.  » 

Voir  Ferdinand  Michel,  Heinrich  von  Morungen  und  die  Trouba- 
dours (Strasbourg,  1880),  p.  253. 

II.  —  15.  Gensar,  'gentiare,  «  parer,  embellir,  ennoblir  ». 

III.  —  21.  Conoisser,  «  faire  connaître».  Levy,  SW.,  s.  v.,  cite  ce  seul 
passage,  d'après  Gaspary,  Zeitschrift  fier  Rom.  Phil.,  IX,  425,  qui  dit 
que  co?ioistre,  reconoistre  sont  fréquents  en  ancien  français  avec  le  sens 
de  «  faire  connaître  ».  La  même  expression  se  rencontre  dans  un  vers  de 
Guilhem  de  Saint-Leidier  [Grutidr.,  234,  15)  :  Tant  es  bella  qu'ieu  hi 
cotiosc  mon  dan.  La  chanson  contient  plusieurs  autres  expressions  qui 
rappellent  Guilhem  de  Cabestanh. 

23.  J'ai  accepté  l'ingénieuse  hypothèse  de  M.  L.  Spitzer,  qui  entend 
24  Rva  in  vanum  :  le  voisinage  des  deux  va,  dont  l'un  était  vadit  et 
l'autre  vanum,  aurait  choqué  les  copistes  de  H  ei  V,  qui  auraient,  indé- 
pendamment, remplacé  le  premier  ra  par  si.  M.  TaUgren  préfère  la  leçon 
de  D  :  Amies  qe  va  camjan  Soven  sa  captenensa,  qui,  au  point  de  vue 
du  sens,  revient  au  même  («  qui  change  souvent  »,  c'est-à-dire  «  sans  rai- 
son »).  —  25.  Dese  signifie  «  sur-le-champ,  immédiatement  (sans  attendre 
ce  qui  viendra)  »  (Appel). 

IV.  —  31.  Aver  sàbor  «  plaire  ».  —  30-3.  M.  Spitzer,  dont  je  suis  l'in- 
terprétation dans  ma  traduction,  voit  ici  une  construction  asymétrique  : 
d'une  part,  «j'ai  vu  que  trop  de  rires  ne  s'accordent  pas  avec  une  grande 
joie  d'amour,  »  et,  d'autre  part,  «  j'ai  vu  maints  soupirs  qui  font  bien 
l'impression  de  mensonges.  » 

ANNALES  DU    MIDI.    —    XXVI.  2 


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\  / 


18  ARTHUR  LANGFOHS. 

V.  Dame,  à  l'amant  le  plus  fidèle  el  qui  attend  le  plus  patiem- 
ment et  qui  sert  le  mieux  sa  dame  el  sa  valeur,  mandez-lui  sans 
refus  par  votre  grande  courtoisie  ce  qui  vous  plaira...,  rien  ne 
m'en  retient,  excepté  la  crainte. 

VI.  Vous  me  tourmentez  par  mes  pensées  de  telle  manière  que 
maintes  fois  quand  je  prie  je  vous  crois  devant  moi;  car  j'ai  en 
tel  souvenir  votre  teint  frais  et  votre  corps  gracieux  et  parfait  que 
je  ne  me  souviens  de  rien  autre  chose  :  de  cette  douce  pensée  me 
vient  bonté  et  bienveillance. 


III.  —  Bartsch,  Grundr.,  213,  3. 

Manuscrits  :  A,  f.  84<:-d  [Arch.,  XXXIII.  424;  Sludj,  III,  256-7);  C, 
f.  213  v»-214;  D,  f.  103i'-v»;  E,  p.  143-144;  H,  f.  28  [Arch.,  XXXIII, 
394;  ^<»4;-,V,  422-423);  /,  f.  105  his^-y";  K,  f.90;  R,  f.  95;  T,  f.  261-262; 
Q,  f.  111  V-H2  (Bertoni,  Caiiz.  Ricc,  p.  214-215);  a',  p.  277-278  (Bertoni, 
Canz.  di  B.  Amoros,  p.  37-39)  ;  e,  p.  132-4;  «  (Azaïs,  Brev.  d'Am.,  II, 
p.  474  et  517;  Mahn.  Ged.,  I,  n»  299,  p.  193  et  206). 

ÉDITIONS  :  Raynouard,  Choix,  III,  109  [CRQ]  =  Mahn,  Werke,  I,  111; 
Hûffer,  Der  Trobador  G.  de  Cab.,  n»  III,  p.  37  (d'après  DAH  et 
Raynouard). 

Classement  des  manuscrits.  —  Le  groupe  BHIK  est  très  nettement  éta- 
bli :  aux  V.  13  (ces  quatre  manuscrits  remontent  à  un  modèle  commun 
où  autres  manquait),  14  [Contr'amor),  18  [avinen),  21  {ven,  au  lieu  de 
pren),  22  [DHIK  ajoutent  eu,  pour  remplacer  mais  qui  manque), 
29  [Eu,  au  lieu  de  Et),  30  (l'ordre  des  mots),  31  {e  manque,  pour  réta- 
blir la  mesure  du  vers,  DHIK  ont  la  forme  pleine  eu  U,  au  lieu  de  ye-l), 
88  [gratis,  au  lieu  de  mains),  42  [De  re  .  C'est  par  hasard  que  au 
vers  44  les  manuscrits  DHIK  ont  seuls  la  bonne  leçon.  —  Le  vers  25 
indique  que  les  manuscrits  D  et  H  sont  encore  plus  étroitement  appa- 
rentés :  ces  deux  manuscrits  lisent  desloing,  au  lieu  de  desjonh.  Les 
textes  de  /  et  de  K  sont,  connue  d'habitude,  presque  identiques.  —  Le 
manuscrit  Q  se  rapproche  du  groupe  DHIK  :  aux  vers  3  [Don  HIKQ; 
le  copiste  de  D  a  rétabli  la  bonne  leçon  Et),  8  [m'esbaudesc,  au  lieu  de 
m'esjauzisc),  23  (De,  au  lieu  de  Que),  24  (l'ordre  des  mots),  32  [aitals 
au  lieu  de  aissi,  et  fora  au  lieu  de  agra). 

A  et  a  sont  étroitement  apparentés  :  v.  5  [ar  vei  sobre-ls  chns  Aa, 
faute  évidente).  12  [M'en  partrai  Aa),  24  [moua  AaE).  44  [Lo  plus 
aval  fel  Aa).  —  Au  v.  47.  il  est  curieux  de  constater  que  Q  s'accorde 
avec  Aa  pour  lire  Vas  totas  partz. 

V.  _  44.  Que  signifie  Setis  o  que'i  M.  Appel  suppose  après  le  v.  43  une 
lacune,  comportant  la  fin  de  la  cinquième  strophe  et  le  commencement 
d'une  sixième.  M.  Spitzer  propose  une  explication  peu  convaincante  : 
Se7i  so  que  no  m'en  te  <<  je  sens  que  rien  que  la  crainte  ne  me  retient 
de  solliciter  votre  amour.  » 


LE   TROUBADOUR    CUILHEM   DK   C.ABliSTANII. 


19 


Le  texte  de  a  (les  coblas  VI  et  VII  seules)  est,  comme  toujours,  à 
peu  près  le  niên)e  que  celui  de  C  :  notamment  aux  vers  36,  38,  40  et  47, 
les  deux  textes  ont  les  mêmes  fautes.  —  Le  groupe  CER  se  forme  aux 
vers  8  {Perqu'ieu  CER,  Mas  ieu  AaDHIKQ,  E  ieu  T),  11  [plus  CR, 
rneils  E;  la  bonne  leçon  est  nieins),  45  \pros  C^ER  ;  tous  les  autres 
manuscrits  ont  francs). 

Il  semble  que,  des  manuscrits  CER,  C  et  R  sont  apparentés  de  plus 
près  :  V.  9  {D'un  joy...  que-m  ven  CR  ;  grattage  dans  R\  le  ms.  i?  lit, 
avec  la  majorité  des  manuscrits  :  Per  un  joi...  c'ai);  11  (plus  CR, 
rneils  E  ;  la  bonne  leçon  est  meins]  ;  12  (fais  est  dans  CR  seuls)  ; 
15  {N'  manque  dans  CR);  31  (Qu'Amors  m'es  cars  et;  la  bonne  leçon 
est  cara  et);  41  (C'y.R  contre  tous  les  autres  manuscrits  :  Blancs  es 
devengutz).  —  (Je  classement  semble  contredit  par  le  v.  47,  où  CEa.  ont 
une  faute  commune.  —  C'est  sans  doute  par  hasard  que  ER  lisent  au 
V.  25  Car,  au  lieu  de  Mas.  —  Le  ms.  T  appartient  au  groupe  CER  : 
V.  9  (D'un  CRT),  26  (CRT).  29  (ab  mens  CERT).  Quelquefois  T  semble 
se  rapprocher  particulièrement  de  R  :  \.  b  (L'iverns  Rï),  21  calque 
sonh  RT,  au  lieu  de  mais  de  sonh),  39  {RT  sont  presque  identiques). 
—  Les  quatre  manuscrits  ont  sans  doute  été  contaminés  à  différentes 
reprises,  de  sorte  qu'un  classement  rigoureux  ne  semble  pas  possible. 
Le  ms.  e  est. très  analogue  à  T,  sans  pourtant  en  être  la  copie.  La 
filiation  des  manuscrits  peut  être  approximativement  indiquée  par  le 
schéma  que  voici  : 


Q       IK 


D 


H      E 


C 


R. 


.Te 


L'ordre  et  l'authenticité  des  strophes.  —  Abstraction  faite  de  «t, 
qui  ne  donne  que  les  coblas  VI  et  VII,  les  se[)t  coblas  se  trouvent 
dans  tous  les  manuscrits,  et  partout  dans  le  même  ordre.  Les  deux 
tornades  ne  se  trouvent  ensemble  dans  aucun  manuscrit.  La  première, 
telle  qu'ell.e  se  lit  au  texte  critique,  se  trouve  dans  AEIKT;  le  co[)iste 
de  C  l'a  récrite,  sans  doute  pour  écarter  de  la  rime  la  forme  aniius 
qui  l'a  choquée.  La  deuxième  tornada  se  trouve  dans  Qa. 

La  versification  et  la  langue.  —  Les  sept  coblas  capcaudadas  se 
composent  chacune  de  sept  vers  octos\-llabiques  dont  les  rimes  sont 
ainsi  disposées  : 

a  a  b  a  b  b  c 

Voir  Maus,  Peire  Cardenals  Strophenbau,  p.  100,  n»  112,  2».  La  pre- 
mière tornade  reproduit  les  rimes  des  trois  derniers  vers  de  la 
septième  cobla,  et  la  deuxième  tornada  celles  des  deux  derniers  vers  : 

bbc  bc 

Un  trait  linguistique  intéressant  est  fourni  par  la  rime  du  v.  51,  qui 
assure  la  forme  amius  ami  eu  s  (à  côté  de  aw^ioj;  an  tiqu  us,  40).  C'est, 
selon  le  ms.  2814  de  la  Riccardiana  de  Las  rasos  de  trobar  de  Raimon 
Vidal  (éd.  Stengel,  p.  87;  cf.  le  coniplo  rendu  de  Bartsch,  Zeilschr., 


20  ARTHUR  LANGFORS. 

II,  136),  un  trait  caractéristique  du  dialecte  Ij'onnais  :  «...  amiuper 
e  chastiu  per  chastic,  q'eu  non  cug  qe  sia  terra  el  mond  on  hom 
aitals  paraulas  inas  el  comtat  de  Fores.  »  Des  poètes  originair* 
régions  les  plus  diverses  s'en  servent  quelquefois  pour  les  besoir 
la  rime  :  Arnaut  de  Tintignac  (ou  de  Quintenac)  ou  Peire  de  Vs 
{Grundr.,  34,  2),  Guilleni  Ademar  [Grundr.,  202,  6;  Mahn,  i 
n»  1316,  ms.  B).  Eainion  de  Miraval  [Grundr.,  406,  41),  Uc  Bru 
{Grundr.,  450,  1;  éd.  Appel,  Mél.  Tobler,  1895,  p.  63).  —  Nicx  14  ( 
mot  latin  employé  à  cause  de  la  rime  (des  exemples  dans  Raynoi 
Lex.,  IV,  315,  s.  v.  nics,  et  Levy,  SW.,  V,  390,  s.  v.  neu);  de  r 
cins  cinctus  27  est  une  forme  savante  (cf.  le  féminin  cinctas 
Guill.  de  Tudela,  Raynouard,  Lex.,  II,  376,  s.  v.  cenher). 

L'auteur  et  la  date.  —  L'attribution  de  cette  chanson  à  Gui 
de  Gabestanh  est  parfaitement  assurée.  Dans  H,  le  nom  de  l'ai 
manque  en  tète  de  la  chanson,  mais  elle  se  trouve  parmi  les  a 
chansons  de  ce  troubadour.  La  table  de  C  (qui  ne  mérite  au 
confiance)  donne  comme  auteur  Arnaut  de  Maruelli,  et  le  manusc 
donne  Çirardus  (c'est-à-dire  Giraut  de  Bornelh).  —  Cette  chanso; 
même  que  la  chanson  Lo  dons  cossire  {G>-undr.,  213,  5)  est  déd 
Raimon  de  Roussillon,  mort  en  1210;  voir  plus  loin,  au  chap.  II! 
chanson  IX  {Grundr.,  242,7),  d'auteur  incertain,  est  également  d 
à  un  certain  Raimon  ;  voir  ci-dessus,  p.  10-2). 
Orthographe  de  C. 

I.  Ar  vey  qu'em  vengut  als  jorns  loncs, 
Queùl  flors  s'arenguo  sobr'els  troncx, 
Et  aug  d'auzelhs  chans  e  refrims 

4    Pels  playssatz  qu'a  tengutz  embroncx 
Lo  fregz,  mas  eras  pels  soms  sims, 
Entre  las  flors  e'is  brondelhs  prims, 

7    S'alegra  quascus  a  son  for. 

II.  Mas  ieu  m'esjauzisc  e-m  demor 
Per  un  joy  d'anior  q'ai  al  cor, 


I. —  Par  suite  d'une  coupure,  on  lit  dans  E  des  deux  premiers 
seulement  ceci  :  ...  ut  als  jorns  loncx...  flors  sarengua  so...  ronc: 
1  Ar]  Ja  H;  Er  vey  que  vengutz  es  jorns  loncx  R;  vey]  sai  Q.  —  2 
flor  sarengon  A,  Qels  tlors  se  tengon  a,  Que  flors  sarenguo  CRTe:  Qel 
sarenga  DHIK  ;  sus  els  tr.  CD,  per  los  tr.  R.  —  3  Et]  Don  HIKQ; 
dels  (del  e)  ausels  cantç  e  refims  (refrins  e)  Te.  —  4  Pels]  Pel  D,  Pe 
embroncx]  els  broncx  R,  enblonç  Q,  conbroncx  E.  —  5  Lo  fregz]  Lu 
RTe,  Lestius  E;  mas  ar  vei  sobrels  cims  Aa.  —  6  Entrels  las  A;  Ji 
la  D;  Intre  la  Q;  brotelhs  C.  —  7  Salegron  chascus  (cascun  T) 
f.  .ATae;  son]  lur  M. 

II.  —  8  Per  quieu  CER;  E  ieu  malegrem  d.  Te;  mesbaudesc  J); 
baudisc  HIKQ.  —  9  Dun  ioy  damor  quem  uen  al  cor  CR  {grattage  t 
R)  ;  Dun  gioi  damor  cai  en  mon  cor  Te. 


LE   TROUBADOUR   GUIL?IEM   DE   CABESTANH.  21 

Don  m'es  dons  deziriers  techitz  ; 
11    Que  meins  que  serps  de  sycomor 

M'en  deslong  par  us  vars  fraiditz, 

Anz  m'es  totz  autres  joys  oblitz 
14    Vas  l'amor  don  paucs  bes  njust. 

[II.  Ane  pus  N'Adam  culhic  del  fust 

Lo  fruig  don  tu  g  em  en  tabust 

Tarn  bella  no-n  aspiret  Grist  : 
18    Bel  cors  benestan,  car  e  just, 

Blanc  e  lis  plus  qu'us  almatist. 

Tant  es  ylh  belha  qu'ieu'n  su  y  trist, 
21    Quar  de  me  no-lh  pren  mais  de  sonh. 

[V.  E  ja  mais  no-il  serai  tan  lonh 

Que  l'amors  que  m'aflama  e-m  ponh 
Si  parta  del  cor  ni  s'esquins  : 

10  On  mes  dous  dezirs  t.  E;  taizitz  C;  tauchitz  (cauchitz  ?)  R;  teciz  D; 
tichiç  Q.  —  11  meins]  plus  CR,  mails  E.  —  12  Men  partrai  Aa;  per  nuills 
fars  fraiz  ditz  A;  per  lujns  uars  staitz  (d'abord  fraiz,  avec  fr  exponc- 
hiés  et  st  écrit  au-dessus  de  la  ligne)  a;  per  us  uars  fais  digz  C  ;  per 
js  fais  fr.  R;  per  uns  uars  fr.  E;  per  uns  uars  fratz  ditz  H;  per  un 
jraus  fracç  diç  Q;  del  sieus  bels  (bels  manque  T)  francx  ditç  Te.  —  18  Em 
les  C;  On  {dans  R,  On  a  été  refait  après  coup  en  Ans)  mes  ER;  An  toz 
ois  mes  en  obliz  D;  Ans  mes  totz  iois  o.  H;  Ganz  mes  totz  ries  iois 
moblitz  IK;  Ainç  mes  tôt  autre  bens  oblit  Te.  —  14  Per  lamor  C;  Ùas 
imors  RQ;  Contramor  DHIK,  don]  on  E;  pauc  ben  aust  D;  paucs  be 
saiust  H;  paucs  bes  ai  .uist  IK;  Uas  lamors  on  paucx  bens  ai  uist 
ajust  e)  Te. 

III.  — 15  adam  (N'  manque)  CR;  manget  Te;  del  fruc  T.  —  16  Lo  pom  C; 
Del  frug  HIK  [ces  deux  tnots  manquent  dans  D);  Lo  fruç.  don  equer 
înituchiest  t.  Q.  —  17  Tarn]  Plus  Q,-espiret  .4iîrt,-ispiret  T;  esperec  Q; 
îsperit  IK.  —  18  Bel]  Gen  E;  cors]  cor  A;  benestan]  auinen  DHIK; 
;ar]  clar  K;  just]  ust  D.  —  Cors  gent  format  e  c.  e  iust  C;  Car  benistan  e 
;ar  e  gust  Te;  Bel  cors  e  gais  e  frcsc  e  iust  Q.  —  19  Blancs  D;  qun 
sans  s)  AQTa;  amatitz  ER;  Bl.  e  1.  cuni  us  a.  C.  —  20  Tan  mes  il  Tei 
[u'ieu-n]  qien  AHIK,  qen  a,  qeun  D,  cieu  T,  quieu  Re;  Tant  es  bela  per- 
juieu  soi  tritz  E.  —  21  Quar]  Si  R;  nolh]  noi  T;  pren]  uen  HDIK ;  mais 
le]  plus  de  IK,  calque  RTe;  mais  sonh  (de  manque)  E. 

IV.  —  Le  vers  26  matique  dans  Q.  —  22  Ni  (E  D)  ia  eu  non  s.  DHIK  ; 
lo-il]  non  C,  no  E;  serai]  sera  E;  Mas  ieu  gia  nol  s.  t.  1.  Te;  Mas  ieu 
ion  serai  ia  t.  1.  Q.  —  23  Que  manque  E;  que  maflasma  C,  que  lamart 
4.,  cem  abrasa  Te;  De  lamor  qe  maflam  (qem  liama  D)  em  (en  IK)  p. 
DHIKQ.  —  24  Si  parta  de  lieys  ni  sesquis  C  ;  Ques  moua  del  c.  ni  sesquin 
E;  Si  (Se  a)  moua  dal  (del  a)  c.  ni  sesqins  Aa;  Del  cor  sin  (sim  HIK) 
parta  (ses  parta  Q)  ni  sesqins  DHIKQ. 


22  ARTHUR   LÀNGFORS. 

25    IMas  a  las  vetz  quan  si  desjonh 

S'espandis  defors  e  dedins. 

Adoncx  say  cobertz,  claus  e  cins 
28    D'amor  plus  que  de  flors  ysops. 

V.  Et  am  tant  que  nienhs  n'a  morfz  trops, 
E  tem  que"l  jorns  mi  sia  props, 
Qu'Amors  m'es  cara  et  ye-1  suy  vils; 

32    E  ges  aissi  no  m'agra  ops, 

Que"l  fuecs  que  m'art  es  tais  que  Nils 
No-]  tudaria  pus  q'us  fils 

35    Delguatz  sostendria  una  tor. 

VI.  Mas  ieu  sols,  las!  sosteing  l'ardor 
E  la  pena  que'm  ven  d'amor 

Ab  doutz  désirs,  ab  mains  destricx, 
39    E-m  ii'espalezis  ma  color. 

Pei'o  non  die  que  s'er'anticx 

E  blancs  devengutz  cum  es  nicx, 
42    Qu'en  re  de  ma  dona-m  clames. 

25  Mas]  Car  ER,  Ant<:  Te;  las]  la  BHIKQn;  desjonh]  dejonh  C,  d( 
loing  BH.  despenh  E.  —  26  S'espandis]  Qespandis  H  ;  Que  (Xi  iî,  E  3 
sespan  defors  e  (ni  R)  dedins  (dintç  T)  CRT  (n  de  dedins  est  exponct 
da?is  C).  — 27  A.  s.  claus  cobertz  e  sis  (senlis  Te)  CTe;  La  donc  soi  pi 
e  claus  esimç  Q;  Perquieu  soi  cubertz  e  claus  e  sinhs  E.  —  28  Dame 
AR;  de  tnanque  D;  tlor  izop  E;  Da  mor  nô  ne  del  tlor  ysops  Q. 

V.  —  Les  vers  82  et  33  manquent  da7ï s  E.  —  29  Eu  nni  BHJK,  Qii 
uam  Q;  Quieu  nain  tan  cab  mens  namô  trop"  R;  E  car  sai  cab  me 
naniorl<.'  trop  Te;  qnab  menhs  C;  cab  ineins  na  mon  trop  E.  —  3( 
crey  CE,  E  cuig  Q;  E  tem  qem  sia  lo  iornz  props  DHIK.  Tom  qe  ior 
non  sia  nuls  (nom  sia  nems)  pros  Te.  —  31  cars  et  CR;  Camors  mes  ( 
(câ  IK)  eu  li  sui  uUsDflIK;  Camors  es  cara  et  ieu  soi  uils /?,•  Camor  n 
cara  e  ieu  li  sui  xiils  T.  —  32  Ni  ges  ai  tais  nom  fora  ops  DHIK  ;  E  ges  ait; 
on  fora  ops  Q.  —  33  qel  nils  AHQ,  qe  nuls  T.  —  34  Nol  frudaria  (u  expoi 
tué)  a;  Nol  studaria  D;  Nol  tiaria  T;  pus  quel  fils  R.  —  35  Del  grat 

VI.  —  La  strophe  est  aussi  dans  «. — 36  M.  ieu  lasquesuefri  l'ardor  ( 
M.  yen  las  (tôt  Q)  sols  suefre  lardor  BQ;  E  ieu  las  sol  s.  lardor  Te; 
ieu  las  sol  sufrisc  la  dolor  E.  —  37  Mêla  pêna  qe  uen  damors  Q;  que 
qim  a.  —  38  doutz]  mains  E,  loncx  R;  mains]  grans   DHIK,  greus 
loncx  R;  Ab  grans  afans  et  ab  destricx  C»..  —  39  Em  nesparueis  a;  ' 
uei  palazir  D;  Ennes  palais  Q;  E  nien   espauen  R;  Em  nespauezisc 
Em  nesfelnezis  C,-Em  nesalbezieys  a;  Si  qen  es  paruens  T.  —  40  Non  pei 
que  sieuera.C»;  Mas  eo  serai  anc  ueil  anticlis  Q.  — 41E]0  i/i'-/A'n:  ,-ci 
es]  comeD;  Blancs  esdevengutz  cumesnix  C/2a,  Toitç  blancx  es  deuengi 
cun  nicx  Te;  0  tôt  blanc  asi  com  nixQ.  —  42  Qu'en  rej  Quen  resT,  Qm 
reE,  Quenrert, Dere  DHIK,  Anc  que  Q,  Quieu  ja  iî,-donam]dompna 


LE  TRODBADOUR   GUILHEM  DE   GABESTANH.  23 

YII.  Quar  dompnas  fan  vnler  ades 

Los  desvalenz  e*ls  fels  engres  : 

Que  tais  es  francs  et  agradius 
40    Que  si  ja  dompna  non  âmes 

Vas  tôt  lo  mon  fora  esquius; 

Qu'ieu'n  suy  als  pros  plus  humilius 
49     E  plus  orgulos  als  savays. 

VIII.  Joglars,  no-t  tenha'l  cautz  estius  : 

Vai  e  saluda-m  mos  amins, 
52    E"N  Raimon  plus,  car  el  vai  mais  : 

JX.  Quel  mais  m'es  douz  e  saborius 

54    E'I  pauc  ben  mana  don  me  pais. 

I.  Maintenant  que  nous  sommes  arrivés  aux  jours  longs,  je 
vois  que  les  fleurs  s'alignent  sur  les  tiges,  et  j'entends,  le  long 
des  haies,  les  chants  et  le  ramage  des  oiseaux  que  le  froid  avait 
tenus  moroses;  mais  à  présent,  sur  les  sommets  les  plus  élevés, 
entre  les  fleurs  et  les  minces  rameaux,  chacun  se  réjouit  à  sa  façon. 

II.  Mais  moi,  je  me  réjouis  et  m'égaie  par  une  joie  d'amour  que 
j'ai  au  cœur,  de  laquelle  un  doux  désir  s'est  développé  en  moi; 
car  moins  que  le  serpent  se  sépare  du  sycomore,  je  m'en  sépai-e 
pour  des  faux  misérables,  mais  j'ai  oublié  toute  autre  joie  à  côté 
de  l'amour  dont  j'obtiens  peu  de  bien. 

III.  Depuis  que  sire  Adam  cueillit  de  l'arbre  le  fruit  dont  nous 
sommes  tous  en  trouble,  le  Christ  n'en  anima  jamais  une  aussi 

VII.  —  La  strophe  est  aussi  dans  a.  —  43  dompna  fai  CD  (Q?  parche- 
mi)i  endommaffé).  —  44  Lo  plus  avol  fel  et  e.  Aa;  Locx  mens  ualens  els 
may  e.  jR;  Lo  plus  valenç  e  feli;  engres  Q;  Los  enoios  C  ;  Los  enoyos  els 
fols  e.  «  ;  els  fols  e.  ET.  —  4.5  francs]  pros  CERa. —  47  Vas  totas  partz 
fora  esqius^4Q(7,,  Fora  (Foran  E)  uas  lo  mon  plus  esquius  CEa.  — 
48  Per  quieun  suy  pros  h.  C;  Eu  sui  a,  Meu  soi  Q,  Qien  (ou  Quieu) 
sut  ion  son)  AI)EHIKRTe<^.  —  49  E  mais  Te. 

VIII.  —  Cette  tornade  est  dans  AEIKT  {graphie  de  A).  —  50  not]  non 
A  T;  tengal  A;  estrius  E.  —  51  amies  T.  —  52  plus  ma)ique  T;  el  man- 
que I ;  quar  en  uol  m.  E.  —  C  a  une  tornade  différente  : 

«  Joglar,  vai  e  prec  te  no't  tricx, 

E  chanta-1  vers  a  mos  amies. 

Et  a'N  Eaimon,  cuy  fis  joys  pays.  » 

IX.  —  Cette  tornade  est  dans  Qa  (graphie  de  a).  —  53  Que-1]  Lo  Qa 
(Raynouard  lit  :  Que  mal)  ;  Lo  mal  mes  dole  et  saboriu  Q.  —  54  E  pauc 
bem  (corrigé  de  ben)  donna  a;  dom  mi  p.  Q. 

II.  —  11.  Le  poète  compare  son  amour  fidèle  à  l'amour  du  serpent  pour 


24  ARTHUR   LANGFORS. 

belle  :  beau  corps  bienséant,  précieux  et  de  justes  proportions, 
blanc  et  doux  plus  qu'une  améthyste,  elle  est  si  belle  que  j'en  suis 
triste,  car  elle  ne  se  soucie  point  de  moi. 

IV.  Et  jamais  je  ne  serai  tellement  loin  d'elle  que  l'amour  qui 
m'enflamme  et  m'anime  parte  de  mon  cœur  ou  s'en  écarte  :  mais, 
parfois,  quand  il  [mon  cœur]  s'ouvre,  [l'amour]  se  répand  dehoi's 
et  dedans.  Alors  je  suis  couvert  et  enfermé  et  ceint  d'amour  plus 
que  l'hysope  ne  l'est  de  ses  fleurs. 

V.  Et  j'aime  tant  qu'un  moindre  amour  a  tué  beaucoup  d'hom- 
mes, et  je  crains  que  le  jour  où  je  mourrai  ne  me  soit  proche,  car 
Amour  m'est  cher  et  je  lui  suis  vil  [et  il  me  tient  pour  vil]  ;  et  ce 
n'est  pas  cela  qu'il  me  fallait,  car  le  feu  qui  me  brûle  est  tel  que 
le  Nil  ne  pourrait  l'éteindre,  pas  plus  qu'un  fil  mince  ne  pourrait 
soutenir  une  tour. 

VI.  Mais  moi,  je  soutiens  seul,  hélas!  le  feu  et  la  peine  qui  me 
vient  d'amour  avec  doux  désirs  et  maintes  douleurs,  et  mon  visage 
en  pâlit.  Mais  j'assure  que  même  si  [en  attendant  en  vain]  j'étais 
devenu  vieux  et  blanc  comme  la  neige,  je  ne  me  plaindrais  de 
rien  envers  ma  dame. 

VII.  Car  les  dames  rendent  toujours  vaillants  les  moins  vail- 
lants et  les  mauvais  félons  :  car  tel  est  franc  et  gracieux  qui,  s'il 
n'aimait  pas  une  dame,  serait  désagréable  envers  tout  "le  monde. 
Voilà  pourquoi  je  suis  plus  humble  envers  les  bons  et  plus  fier 
envers  les  mauvais. 

VIII.  Jongleur,  que  l'été  chaud  ne  te  retienne  pas  :  va  et  salue 
de  ma  part  mes  amis,  et  sire  Raimon  le  plus,  car  il  vaut  le  plus. 

[Tornade  de  C  ;  Jongleur,  va,  et  je  te  prie  de  ne  pas  tarder,  et 
chante  ce  «  vers  »  à  mes  amis  et  à  sire  Raimon  que  la  véritable 
joie  nourrit.] 

le  sycomore.  Les  naturalistes  ne  connaissent  pas  au  sycomore  la  pro- 
priété d'attirer  les  serpents.  Je  propose,  avec  liésitation,  de  traduire  : 
a  Moins  que  le  ver  à  soie  se  sépare  du  mûrier...  » 

12.  Fraiditz  est  un  mot  peu  clair,  sur  lequel  on  peut  voir  Levy,  STT'., 
III,  580,  5.  V.  FRAiDiT.  C'est  fraiditz  qu'il  faut  admettre  au  texte,  étant 
donné  qu'il  se  trouve  dans  DIKER  (fraiz  ditz  AHQ;  C,  T  et  a  sont  cor- 
rompus de  différentes  manières). 

IV.  —  22.  La  bonne  leçon  7io-il  se  trouve  dans  ARTae. 

VI.  —  38.  La  leçon  admise  au  texte  critique  ab  maitis  destricx  est 
donnée  par  AQTae;  le  mot  mains  se  trouve  encore  dans  E,  mais  dans  la 
première  partie  du  vers. 

40.  E  blattes,  qui  est  dans  AD,  est  peut-être  la  bonne  leçon. 


LE   TROUBADOUR   GUILHEM  DE   CABESTANH.  25 

IX.  [Et  dis  que]  le  mal  m'est  doux  et  savoureux  et  le  peu  de 
bien  [que  j'ai  de  mon  amour]  est  une  manne  dont  je  me  nourris. 


IV.  —  Bartsch,  Grundr.^  213,4. 

Manuscrits  :  ^,  f.  85i«-<=  {Studj,  III,  p.  ii58-9)  ;  B,  f.  55  v»  Mahn.  G.,  n°  348  ; 

Studj,  III,  p.  690);  C,  f.  249'-v<';  D,  f.  102  v;  H,  f.  2^  (Studj,  V,  p.  355-6; 

les  trois  premières  coblas   dans  Milâ  y  Fontanals,  Los  Trovadores 

en  Espana,  p.  440,  note 4  =  2»  éd.,  p.  468,  note  4);  R,  f.  32;  T,  f.  262-3. 
Éditions  :  HûfTer,  G.  de  Cab.,  p.  49  (d'après  D,  Mahn  et  Milâ);  E.  Levy, 

Giiilhebn    Figueira,  1880,    n»    II    de   l'Appendice,    p.    63-6  (d'après 

ABCDHR). 
Classement  des  manuscrits  et  établissement  du  texte.  —  M.  Levy,  qui 

n'a  pas  connu  le  manuscrit  T,  classe  les  six  autres  manuscrits  ainsi  : 


A  B        D  H        C  R 

Le  groupe  BH,  pour  être  assez  faiblement  appuyé,  n'en  est  pas  moins 
probable.  Au  v.  3,  BH  lisent  ab  {ap  H)  cui,  tandis  que  ABCR  lisent  a 
cui  (a  manque  dans  T).  Au  t.  15,  où  la  bonne  leçon  est  quil  sien 
(ABCR),  BH  lisent  seuls  qi'l  sens. 

L'étroite  parenté  de  C  et  R,  connue  par  ailleurs,  est  abondamment 
attestée  :  d'abord  par  deux  fautes  de  déclinaison,  dont  l'une  gâche  la 
rime  :  v.  18,  emperaire  GB,  {emperador  ABDHT);  v.  34,  pros  CR  {pro 
ABDH,  pron  T).  Au  v.  8,  c'est  dans  les  seuls  mss.  CR  que  le  verbe  est 
réflexif  (es  doblan).  Au  v.  24,  la  leçon  propre  à  CR  s'explique  par  le 
fait  que  le  mot  tart  manquait  déjà  à  leur  modèle  commun.  Au  v.  37,  CR 
ont  venir,  où  tous  les  autres  manuscrits  ont  gardar.  Au  v.  43,  CR  ont 
creazo,  où  tous  les  autres  manuscrits  lisent  naissio.  Les  mauvaises 
leçons  de  C  et  iî  au  v.  45  remontent,  sans  doute,  à  un  archétype  déjà 
corrompu.  Au  v.  30,  il  y  a  une  faute  évidente  :  comme  dans  cette  stro- 
phe, le  poète  s'adresse  à  sa  dame,  il  faut  naturellement  une  deuxième 
personne  :  Que-m  volcsetz  far  de  vostres  bras  setitura,  et  non,  comme 
le  veulent  CR,  une  troisième  personne  :  Que  ylh  me  denh  de  son  bras, 
etc.  De  même  au  v.  31,  la  leçon  de  CR  est  impossible.  Si  M.  Levy  l'a 
admise  dans  son  texte,  c'est  qu'il  a  été  induit  en  erreur  par  Mahn,  qui 
a,  en  effet,  par  une  singulière  étourderie,  introduit  à  cet  endroit  de  sa 
copie  de  B,  la  leçon  de  C.  En  réalité,  la  leçon  de  B  est  essentiellement 
la  même  que  celle  de  A,  que  l'on  lit  ci-dessus  au  texte  critique. 

Le  manuscrit  Test  apparenté  avec  CR  :  au  v.  6,  CRT  lisent  liai,  la 
bonne  leçon  est  verai  ABDH  ;  liai  a  sans  doute  été  suggéré  à  un  copiste 
par  le  vers  précédent,  où  on  lit  lialmen.  Au  v.  9,  CRT  ont  une  autre 
faute  commune,  en  lisant  :  de  mas  dolors  Qiwrn  fe  siifrir;  les  autres 
manuscrits  ont  la  bonne  leçon  de  las  dolors,  etc. 


26 


ARTHUR   LANGFORS. 


Le  ma-nuscrit  T  s'écarte  de  CR  pour  donner  avec  ABDH  la  bonne 
leçon  aux  vers  11-13.  La  leçon  de  C  dit  ceci  :  «  Voilà  pourquoi  je  la 
prie  —  et  je  ne  demande  pas  d'autre  don  —  qu'elle  ne  fasse  pas  que  je 
m'adresse  ailleurs,  car  si  elle  a  du  sens  elle  peut  bien  penser,  etc.  »,  ce 
qui  fait  un  contre-sens,  puisque  deux  vers  plus  haut  le  poète  dit  que  sa 
dame  l'a  déjà  récompensé  des  maux  qu'il  a  endurés  longtemps.  M.  Levy 
a  accepté  la  mauvaise  leçon  de  CR.  C'est  sur  la  prétendue  faute  com- 
mune de  ABDH  que  se  fonde  son  groupe  x,  qui,  si  l'on  accepte  la  leçon 
de  ABDHT,  n'a  plus  de  raison  d'être. 

Les  manuscrits  AB  ont  cinq  fois  une  leçon  qui  diffère  de  celle  de  tous 
les  autres  manuscrits.  Dans  trois  de  ces  cas,  je  préfère  la  leçon  de  la 
majorité  des  manuscrits  à  celle  de  AB.  D'abord,  au  v.  M  je  lis,  avec 
CDR  71071  a,  où  AB  (et  M.  Levy)  lisent  7io)i  vei;  la  leçon  tion  a  est  en- 
core appuyée,  au  moins  pour  le  sens,  par  HT  {no}i  es);  le  contexte 
semble  plutôt  exiger  tioti  a  que  >io?i  vei.  Puis,  au  vers  39,  AB  seuls 
donnent  l'article  (C'ow  renda-l  mal),  tandis  que  tous  les  autres  manus- 
crits (et  M.  Levy)  lisent  C'om  renda  mal.  Vu  qu'au  vers  suivant  il  n'y 
a  pas  d'article  non  plus  {E  be?i  pe>-  ben),  il  est  possible  que  l'auteur  ait 
écrit  C'om  renda  mal.  Enfin,  aux  v.  45  et  46  AB  omettent  dans  l'énumé- 
ration  la  conjonction  e  (au  v.  46,  H  va,  sans  doute  par  hasard,  avec  AB). 
Je  préfère  la  leçon  de  la  majorité  des  manuscrits,  parce  que  je  vois  à 
l'endroit  indiqué  une  accumulation  voulue  de  conjonctions  copulatives. 
Dans  ces  trois  cas,  AB  auraient  donc  une  leçon  fautive  contre  tous  les 
autres  manuscrits. 

Dans  les  deux  cas  qui  restent,  j'ai  admis  au  texte  critique  la  leçon  de 
AB  contre  celle  de  tous  les  autres  manuscrits.  Le  cas  du  v.  53  est  in- 
différent :  AB  lisent  servir,  tandis  que  tous  les  autres  manuscrits  (et  le 
texte  de  M.  Levy)  ont  amar;  les  deux  verbes  peuvent  être-considérés 
comme  synonymes.  Pour  le  v.  29,  il  faut  noter  tout  d'abord  que  les 
manuscrits  C,  D,  H  et  Tsont  corrompus,  chacun  de  manière  différente  : 
dans  D  le  vers  est  de  quatre  syllabes  trop  court;  dans  C  et  H  manque 
le  mot Ja  qui  se  trouve  dans  tous  les  autres  manuscrits;  la  leçon  de  T 
a  cela  de  commun  avec  C  et  H  que  le  vers  commence  par  E  (tandis  que 
R  commence  par  A,  évidemment  par  erreur).  Les  nuinnscrits  AB  don- 
nent ici  une  leçon  irréprochable  (M.  Levy  suit  .4)  :  Si  ja  fos  m,ais  (lai 
B)  que  Dieus  m'espires  tan.  Est-ce  là  la  leçon  de  l'originar?  Alors  les 
autres  manuscrits  remonteraient  à  un  modèle  déjà  corrompu  (peut-être 
pareil  à  D)  que  les  copistes  auraient  essayé  de  corriger.  Ou  bien,  on 
peut  supposer  que  .42?  donnent  une  leçon  refaite  :  ABDH  remonteraient 
alors  à  un  modèle  corrompu  (où  le  vers  était  peut-être  incomplet, 
comme  dans  D).  La  bonne  leçon  serait  alors  peut-être  :  E  si  er  ja  que 
Dieu  m'espires  tan.  En  admettant  au  texte  critique  la  leçon  de  AB, 
j'établis  mon  texte  comme  si  les  manuscrits  se  classaient  ainsi  : 


A 

i 

D 

-. 

1      : 

D 

-l 
U 

R 

LE   TROUBADOUR   GUILHEM   DE  CABESTANH.  27 

Reste  à  dire  quelques  mots  des  vers  22  et  23.  Ces  vers  se  lisent  dans 
le  texte  de  M.  Levy,  d'après  ^1  : 

22  «  Que  son  amie  no  men  outra  mesura,  (AH) 

23  Qu'en  totas  res  fai  bon  gardar  dreitura.  »  (A) 

Au  V.  22,  BCDRT  lisent  oltra  dreitura,  et  au  v.  23,  BCDHR  lisent 
menar  mesura  (aver  mesura  T).  Or,  la  répétition,  sans  doute  fautive, 
du  verbe  menar  au  v.  23,  a  pu  être  suggérée  par  le  men  du  vers  précé- 
dent. Gardar  est  donc  la  bonne  leçon.  Sans  doute,  les  mots  mesura  et 
dreitura,  qui  se  suivent  à  la  rime,  ont  pu  être  intervertis  par  plusieurs 
copistes  indépendamment.  Mais  ne  vaut-il  pas  mieux,  vu  le  témoignage 
des  manuscrits,  lire,  au  v.  22,  oltra  dreitura,  et,  au  v.  23,  gardar  m,e- 
sura  ? 

Versification  :  Six  coblas  de  huit  vers  décasyllabiques,  plus  une  tornada 
de  cinq  vers.  Les  rimes  sont  disposées  ainsi  : 

abba  cddc \ acddc 

Voir  E.  Levy,  G.  Fir/ueira,  p.  24,  et  Maus,  Strophenbati.  p.  116, 
n»  535,20  (Il  faut  placer  dans  le  même  sous-groupe  la  pièce  précitée  de 
Guilhem  Figueira,  que  M.  Maus  place  par  erreur  sous  le  n»  535,21, 
parmi  les  pièces  composées  de  vers  de  huit  syllabes). 

Auteur  :  Guillems  de  Cabestaing  AD,  Guilems  de  Capdestaing  77,  Gullm 
de  Cap  destagn  T;  G.  Figuieira  C,  G.  Figueyra  7Î.  Dans  le  manuscrit  B, 
la  chanson  ne  porte  pas  de  nom  d'auteur,  mais  elle  suit  immédiatement 
la  biographie  de  Rernart  de  Ventadorn.  La  fausse  attribution  des  manus- 
crits CR  s'explique  par  le  fait  que  Guilhem  Figueira  a  composé  une 
chanson  (Bartsch,  Grundr.,  217,7)  exactement  sur  le  même  schéma 
rythmique,  toutefois  avec  des  rimes  différentes. 

I.  En  pessamen  me  fai  eslar  Amors 
Cum  pogues  far  una  guaya  chanso 
Per  la  bella  a  cuy  m'autrey  e-m  do, 

4    QueTïi  fes  chauzir  mest  totas  las  gensors, 
E  vol  qu'ieu  l'am  lialmen  ses  erijan 
Ab  verai  cor  et  ab  tota  ma  cura; 
Si  fas  ieu  si  c'ades  creys  e  melhura 

8    L'amor  qu'ie*l  port  e  doblan  miey  talan. 

II.  Gen  m'a  sanbut  guérir  de  las  dolors 
Que-m  fe  sufrir  una  lonja  sazo, 
Per  tal  que  jes  non  avia  razo 


I.  —  1  me  fai]  fai  me  TT.  —  3  a]  ab  7),  ap  77,  manque  T.  —  6  verai]  liai 
CRT.  —  7  yeu  manque  T;  E  si  fas  ieu  quades  C.  —  8  qu'ie'l]  quel  C,  cel 
T\  e]  em  A,  es  CR;  dobla  meltalen  T. 

II.  —9  m'a  s.]  me  sap  [vers  faux)  T;  las]  mas  CRT.  —  10  Cem  fetç  T; 
sanso  77.  —  11  tal]  tant  77. 


28  ARTHUR   LANGFORS. 

12    Qe"m  fezes  so  per  qie-m  vires  aillors  : 
Ar,  s'il  a  sen,  pot  ben  anai-  pensan 
Qu'en  pauc  d'ora  se  camja  l'aventura. 
Mal  fa  qui-1  sieu  mena  a  desmezura, 

16    Que  ges  pueys  tan  l'autre  non  l'amaran. 

III.  Qu'ieu  ai  auzit,  a  vos  o  die,  senhors, 
D'un  poderos  emperador  que  fo 
Per  cuy  eran  malmenât  siey  baro, 

20  Don  SOS  erguels  baysset  e  sa  vigors  ; 
E  per  so  prec  pros  dompna  benèstan 
Que  son  amie  no  men  oltra  dreytura, 
Qu'en  totas  res  fa  bon  gardar  mezura, 

24    E  pent  s'om  tart  pueys  quan  a  près  lo  dan. 

IV.  Belha  dompna,  mielher  de  las  melhors, 
Guenda  e  i^lazens  de  cors  e  de  faisso, 
Amors  me  te  en  sa  doussa  preyzo  : 

28    Per  vos  o  die,  que  pros  m'er  et  honors 
Si  ja  fos  mais  que  Dieus  m'espires  tan 
Qe-m  volcsetz  far  de  vostres  bratz  sentura, 
En  tôt  aitant  cum  ten  lo  mons  e  dura 

32    Non  es  mais  res  qu'ieu  dezir  a  ver  tan. 


12  fetç  {vers  faux)  T.  —  13  s'il  a]  sella  T.  —  Les  vers  11-13  se  lisent 
aitisi  da>is  CR  {Levy)  : 

«  Don  ieu  la  prec  e  nol  quier  autre  do 
12    Que  nom  fassa  per  quem  vire  alhors 

Quar  si  a  sen  (cen  R)  bas  pot  anar  pessan.  » 

15  M.  fail  H;  qil  seus  D,  qil  sieus  H.  —  16  Ce  gies  puois  li  autre  tan 
nolameran  T. 

III.  —  18  emperaire  CR.  —  21  per  so]  pero  T;  prec  manque  H;  pros] 
pro  ABDH,  raanque  T.  —  22  no]  nol  H;  non  a  aulra  dr.  T;  dr.]  mesura 
AHLevy.  —  23  bon]  ben  CR;  gardar  dreitm-a  A  Levy,  auer  mesura  T, 
menar  (mena  C)  mesura  BCDHR.  —  24  E  pensom  t.  H;  quan]  que  A;  E 
pens  nom  (hom  R)  pueys  quan  aura  pr.  lo  d.  CR. 

IV.  —  25  Bona  H.  —  26  plazen  CR,  plasent  T.  —  26  cors]  cor  AT.  — 
27  sa]  la  C.  —  29  mais]  lai  B;  Ja  deus  maspires  t.  (vers  incomplet)  D, 
E  se  sia  qe  deus  m'aspires  t.  ^;  A  si  er  la  que  d.  maspire  t.  R,  E  ser 
gia  ce  dieu  me  près  tant  {vers  faux)  T;  E  si  era  que  C.  —  30  volcsetz] 
uolges  T;  Que  ylh  me  denh  de  son  bras  far  sentura  CR.  —  31  En  tôt] 
Qentot  B;  cum]  qan  A;  e]  m  A;  En  tan  quoi  mon  ressenh  (renha  R)  e 
clau  e  dura  CRLevy.  —  82  que  ieu  dezir  aitan  C. 


LE   TROUBADOUR    GUILHEM   DE   CABESTANH.  29 

V.  E  pus  tan  val,  dona,  vostra  valors 
Qu'el  mon  non  a  tan  bella  ni  tan  pro, 
Ja  no  vulhatz  qu'e-us  serva  en  perdo; 

36    Cum  magers  es  d'orne  sa  grans  ricors 
Miels  deu  gardar  a  selhs  que  servit  l'an  : 
Qu'aisso,  sapchatz,  mou  de  gentil  natura 
Qu'oni  renda  mal  segon  la  forfaitura 

40    E  be  per  be,  dona;  als  no-us  deman. 

VI.  Las  I  mil  n'ai  faitz  entre  sospirs  e  plors, 
Tal  paor  ai  que  ja  no-y  aia  pro, 

Quan  pens  cum  es  de  gentil  naissio, 
44    E  cum  vos  es  de  totas  rays  e  flors, 

E  cum  vos  sai  coinda  e  bella  e  prezan, 

E  cum  vos  es  fina  e  leyals  e  pura, 

E  cum  chascus  autreia  e  pliu  e  jura 
48    Que  non  avetz  el  mon  par  ni  semblan. 

VII.  Dompna,  merce  valla-m  vostra  valors  : 
50    Ja  non  guardetz  a  vostre  pretz  tan  gran, 

Mas  cum  vos  ai  voluntat  fina  e  pura, 
E  cum  mos  cors  s'afica  e  s'atura 
53    A  vos  servir,  que  d'als  non  ai  talan. 

V.  —  33  pus]  puois  ABDT,  pos  H.  —  34  Cal  T\  a]  uei  AB,  es  HT; 
pros  CR,  pron  T.  —  35  qu'e'us]  qieiis  .-1;  perdos  C;  qeu  vos  serva  em 
perdon  D,  qe  uos  serua  en  perdon  T,  quieu  vos  serven  perdos  R.  — 
36  Cum]  Quan  C,  Ca  T;  maier  AB,  mager  DH,  maiors  T;  d'orne]  de  me  T; 
de  dompna  sa  r.  C.  —  37  deu]  dei  H;  gardar]  uenir  CR.  —  38  gentis  C.  — 
39  renda]  rendal  AB.  —  40  E]  O  C;  alsl  pus  CR\  no'us]  non  H;  dona 
als]  don  aires  (aires  sur  grattage)  T. 

VI.  —  Les  vers  44-6  manquetit  dans  T,  le  v.  47  manque  dans  C.  — 
41  mils  H;  faitz]  fach  D;  sospir  e  plor  T.  —  42  no-y]  non  DHRT.  — 
43  Capenas  com  {vers  faux)  T;  naisso  H,  creazo  CR.  —  45  coinda  bella 
AB;  e  bella  manque  H;  pr.]  plazen  B;  vos  es  cuendab  guaya  faitura  C 
uos  es  cuende  de  bêla  proeza  [vers  faux)  R.  —  46  es  magique  R\  fina 
leials  AB,  fina  leial  H.  —  47  E  c.  c.  pleui  e  autreia  e  i.  D,  Que  cascus 
pieu  et  autreye  j.  R,  Sem  sautreia  e  pliu  e  gura  [sic)  T.  —  48  Que] 
Qeus  H;  Ce  uos  non  aues  al  m.  {vers  trop  long)  T. 

VII.  —  49  merçes  T.  —  50  Ja]  E  CR;  non]  nom  C;  a]  al  CHR.  — 
53  A  uos  amar  HT,  En  uos  amar  CDR  Levy;  d'als]  dal  D. 


30  ARTHUR   LANGFORS. 

I.  Amour  me  fait  rester  en  souci  comment  je  pourrais  faire  une 
chanson  gaie  pour  la  belle  à  laquelle  je  m'oclroie  et  me  donne  et 
qu'il  m'a  fait  choisir  parmi  les  plus  nobles,  et  Amour  veut  que 
je  l'aime  loyalement  sans  fausseté,  avec  un  cœur  sincère  et  avec 
tout  mon  souci,  et  je  fais  de  la  sorte,  si  bien  que  toujours  s'ac- 
croît et  s'améliore  l'amour  que  j'ai  pour  elle  et  que  mes  désirs  sont 
redoublés. 

II.  Elle  a  su  me  guérir  gentiment  des  douleurs  qu'elle  m'a  fait 
longtemps  souffrir,  parce  qu'elle  n'avait  aucune  raison  de  faire 
une  telle  chose  pour  laquelle  je  me  tournasse  ailleurs  :  or,  si  elle 
a  du  bon  sens,  elle  peut  bien  penser  que  le  bonheur  change  en  peu 
de  temps.  Celle-là  fait  mal  qui  traite  le  sien  (son  amant)  sans 
ménagements,  car  les  autres  ensuite  ne  l'aimeront  pas  autant. 

III.  Car  j'ai  entendu  parler,  — c'est  à  vous,  seigneurs,  que  je  le 
dis,  —  d'un  puissant  empereur  par  qui  ses  barons  furent  malme- 
nés, par  suite  de  quoi  son  orgueil  et  sa  force  baissèrent;  et  pour 
cela  je  prie  une  dame  accomplie  et  parfaite  qu'elle  ne  traite  pas 
au  mépris  du  droit  son  ami,  car  il  est  bon  de  garder  la  mesure 
en  toute  chose,  et  celui  qui  a  éprouvé  du  dommage  se  repent 
trop  tard. 

IV.  Belle  dame,  la  meilleure  des  meilleures,  jolie  et  gracieuse 
de  corps  et  de  figure.  Amour  me  tient  en  sa  douce  prison  :  c'est 
pour  vous  que  je  le  dis,  car  ce  me  sera  un  avantage  et  un  honneur 
si  jamais  Dieu  me  fasse  cette  grâce  que  vous  consentiez  à  me 
faire  une  ceinture  de  vos  bras  :  en  tant  que  le  monde  s'étend  et 
dure,  il  n'y  a  rien  que  je  désire  autant. 


I. — 4.  La  préposition  mest,  mez  (mïxtum;  Meyer-Lûbke,  Etym. 
Wôrterb.,  n"  5622)  «  parmi,  entre  »,  manque  au  Petit  Dictioiuiaire  de 
Levy.  Comp.  Raynouard,  Lexique,  IV,  176. 

7.  M.  Levy  (p.  102)  cite  plusieurs  exemples  qui  montrent  que  creisser 
e  'tnelhurar  forment  une  sorte  de  cliché. 

IL  —  12.  Alhors  «  vers  une  autre  femme  d. 

IIL  —  17-20.  Allusion  à  Darius  dans  les  romans  d'Alexandre  (voy. 
P.  Meyer,  Alexandre  le  Grand  dans  la  littérature  franc,  du  moyen 
âge,  II,  163). 

28.  fai  bo  gardar  mesura.  Sur  le  verbe  impersonnel  faire  avec  adjectif 
et  un  infinitif,  voir  Stimming,  Bertrand  de  Born,  1892,  p.  188-9,  note 
à  32,  50. 


LE   TROUBADOUR   GUILHEM   DE   GABESTANH.  3i 

V.  Et  puisque,  dame,  votre  valeur  vaut  tant  qu'il  n'y  a  pas  au 
monde  une  femme  aussi  belle  ni  aussi  excellente,  ne  veuillez  pas 
que  je  vous  serve  en  vain.  Plus  est  grande  la  puissance  d'un 
homme,  mieux  il  doit  avoir  d'égards  pour  ceux  qui  l'ont  servi  : 
car  sachez  qu'il  convient  à  un  noble  caractère  que  l'on  rende  le 
mal  selon  le  crime  et  bien  pour  bien;  dame,  je  ne  vous  denjande 
rien  autre  chose. 

VI.  Hélas  I  j'ai  poussé  mille  soupirs  et  pleuré  mille  larmes, 
tellement  je  crains  de  n'avoir  aucun  avantage  de  vous,  quand  je 
pense  comme  vous  êtes  de  noble  naissance  et  comme  vous  êtes  le 
rayon  et  la  fleur  de  toutes  les  femmes  et  combien  je  vous  sais 
gracieuse  et  belle  et  agréable  et  comme  vous  êtes  fidèle  et  loyale 
et  pure  et  comment  chacun  convient  et  affirme  et  jure  que  vous 
n'avez  au  monde  ni  pareille  ni  qui  vous  ressemble. 

VJI,  Dame,  que  votre  valeur  me  vaille  votre  merci.  Ne  regardez 
pas  à  votre  si  grande  excellence,  mais  pensez  combien  ma  volonté 
est  fidèle  et  pure  envers  vous  et  comment  mon  cœur  s'attache  et 
s'applique  à  vous  servir,  au  point  que  je  n'ai  aucun  autre  désir. 

V.  —  Bartsgh,  Grundr.^  213,  5. 

Manuscrits  :  A,  fol.  84,  n''235  (Studj,  III,  p.  255-6);  B,  fol.  53  v»-54  (SmrfJ 
m,  p.  690);  C,  fol.212\-''-213;  A  fol.  lOS-vb;  E,  p.  144-5;  F,  p.  96-7  (Sten- 
gel,  Bliime?ilese  dey-  Chigiana,  col.  35-6):  H,  fol.  21  v»  (Malin,  Ged., 
n»  936  ;  Studj,  V,  p.  421-2)  ;  /,  fol.  105  bis  ;  k,  fol.  89  v'b-90  ;  L,  fol.'l02  v«- 
103.  n»  rxxxiii;  Q,  fol.  6  v>-7  (éd.  Bertoni,  p.  13);  Q»,  fol.  111  (éd.  Ber- 
toni,  p.  213-4);  R,  fol.  95  (Bartsch,  Lesebuch,  p.  61);  S-,  p.  227-9;  T 
fol.  258  v°-260;  U,  fol.  130  v''-132  (Archiv,  XXXV,  p.  453-4);  T',  fol.  98 
(Crescini,  Per  çili  studi  romajizi,  Padova,  1892,  p.  135);  a';  p.  27.5-6  (éd. 
Bertoni,  p.  33-6)  ;  6  lia  première  strophe  seule,  transcritedeuxfois,  d'abord 
dans  la  biographie,  fol.  1;  voir  Mussafia,  Die  Liederhandschriften 
des  G.  M.  Barbieri,  dans  Sitzungsber.  der  Akademie,  Phil.-Hist. 
CL,  LXXVI,  "Wien,  1874,  p.  252;  puis  fol.  6,  col.  a,  ligne  23  :  «  Prima 
stanza  d'una  canzone  di  Guglielmo  Cabestang  »  ;  suit  :  «  Princ.  d'una 
canz*  di  Piero  Vidalo  ».  Les  deux  copies  sont  presque  identiques)-  e 
p.  124-8. 


V.  —  31.  Aitan  com  te  lo  mons  e  dura.  Sur  te7ier,  verbe  neutre,  «  s'éten- 
dre», voir  Stimming,  ib.,  p.  186,  note  à  30,  13. 

VI.  —  41.  Entre  a  ici   le  même  sens  que  souvent  en  uncien  français  : 
«  et...  et  ». 


32 


ARTHUR   LANGPORS. 


ÉDITIONS  :  Raynouard,  Choix,  III  (1818),  p.  113-7  (C,  corrigé  à  l'aide  de 
ER  S  &i  I  ou  K);  Rochegude,  Parn.  occ.  (1819),  p.  39-42  (iî,  combiné 
avec  C;  Rochegude  a  encore  connu  BEIK  et  T);  Malin,  Ueber  das 
Studium  der  provenzaLischen  Sprache,  p.  7;  Mahn,  Werke,  I  (1846), 
p.  113  (^  Raynouard);  Brinkmeier,  Blumenlese  (1819),  p.  97-100 
(^=  Raynouard);  Milâ  y  Fontanals,  Los  Trovadofes  en  Espana  (1861), 
p. 441;  2=  éd.  (1889),  p.  469-72  (  =  Raynouard);  Hûffer,  G.  de  Cab.  (1869), 
p.  42-7,  n»  V  (DBHRU  et  Bartsch);  Hviffer,  The  Troubadours  (London, 
1878),  p.  358-67  (même  texte  que  le  précédent)  ;  Bartsch-Koschwitz, 
Chrestoin.prov.,  6=  éd.  (1904),  col.  79-82  (CABEIRb  et  HûtTer)  ;Crescini, 
Manualetto  prov.,  2"  éd.  (1905),  p.  265-8  (A,  légèrement  corrigé). 

Versification.  —  La  chanson  comporte  six  coblas  doblas  et  deux  torna- 
das.  La  strophe  se  compose  de  quinze  vers  et  peut  être  divisée  en  trois 
parties  :  les  deux  pedes  comportent  chacun  quatre  vers,  alternative- 
ment féminins  de  quatre  syllabes  et  masculins  de  six  syllabes,  à  rimes 
croisées;  la  cauda  est  versifiée  sur  deux  rimes  différentes;  la  rime 
féminine  des  vers  12  et  18  (rime  d)  des  str.  I  et  II  réapparaît  comme 
rime  a  des  strophes  III  et  IV  ;  de  même  la  rime  d  des  str.  III  et  IV 
figure  au  début  des  str.  V  et  VI.  Le  schéma  est  celui-ci  : 

4a  6b  4a  6b  |  4a  6b  4a  6b  |  6c  6c  6c  6(f  6rf  6c  6c 

Cette  formule  compliquée  a  été  imitée  par  Bernart  Sicart  de  Marve- 
jols,  Peire  Cardenal  et  Peire  Bosc  (voir  Maus,  P.  Cardenals  Strophen- 
bau,  n°  230,  et  p.  32,  88  et  92;  Jeanroy,  Origines  de  lapoés.  lyr.,  p.  381). 

L'ordre  des  strophes  et  des  vers.  —  Le  tableau  suivant  montre  la 
répartition  des  strophes  dans  les  différents  manuscrits  : 


Lo  dous  cossire 

IBCElKLTa 

DQR 

I 

F 

H 

I 

Q2 

I 

s 

c 

T 

e 

I. 

I 

I 

I 

I 

II. 

Totz  temps  m'azire 

II 

II 

II 

II 

II 

II 

II 

II 

II 

III. 

■  En  so  vinensa 

-      III 

IV 

III 

IV 

III 

III 

IV 

III 

IV 

IV 

III 

III 

IV 

III 

IV 

— 

IV. 

Tôt  jorn  m'agensa 

IV 

V. 

Ans  que  s'ensenda 

V 

V 

— 

V 

V 

V 

V 

V 

V 

VI. 

Non  truep  contenda 

VI 

VI 

— 

VI 

— 

VI 

VI 

VI 

Vi 

VII. 

Ane  res  qu'a  vos  plagues. 

VII 

VII 

— 

— 

— 

— 

VIII 

VII 

Yll 

VIII. 

En  Raimon,  la  belheza. . 

VIII 

— 







VIII 

VU 

VIII 

vin 

Les  mss.  CER  sont  les  seuls  à  donner  la  strophe  apocryphe  Doncx 
que  séria,  qui  dans  CE  se  trouve  placée  entre  les  str.  VI  et  VII,  et  dans 
R,  entre  les  str.  IV  et  V.  Le  ms.  H  donne  seul  la  strophe  apocryphe 
Jant  e  ver dur a. 

Dans  le  ms.  e,  le  v.  25  manque.  —  Par  suite  d'une  déchirure,  F  com- 
mence seulement  à  la  fin  du  v.  27.  —  Les  mss.  CET  ont  l'air  d'avoir  inter- 
verti les  str.  III  et  IV  :  ce  sont  seulement  les  débuts  des  strophes  (v.  31-8 
et  46-53)  qui  ont  été  intervertis.  L  intervertit  les  secondes  moitiés  des 
mêmes  strophes  (v.  39-45  et  54-60),  par  suite  d'un  bourdon  :  les  v.  39 
et  54  commencent  tous  les  deux  par  Q'aissi.  Ainsi  ces  deux  strophes 
présentent  dans  L  le  même  aspect  que  dans  CET,  mais  sont  données 
dans  l'ordre  inverse.  —  Q  intervertit  les  v.  3-58  et  50-53.  —  T'  inter- 


LE   ÏROUBADOUH    GUILHEM   DE   CABESTANH.  33 

vertit  les  v.  35-45  et  nO-fiO.  —  R  donne  les  vers  de  la  str.  IV  (v.  46-60) 
dans  l'ordre  suivant  :  50-3,  46-9,  54-60.  —  Dans  E,  une  déchirure  a 
enlevé  en  grande  partie  les  v.  59-68.  —  Dans  R,  les  v.  82-3  manquent. 
—  Q  finit  au  v.  92. 

Classement  des  manuscp.its.  —  La  filiation  des  20  manuscrits  sur  lesquels 
repose  notre  texte  critique  est  singulièrement  embrouillée,  et  il  n'est 
guère  possible  d'établir  un  classement  exact.  D'une  manière  générale, 
les  manuscrits  se  répartissent,  comme  d'habitude,  entre  trois  familles  : 
d'une  part,  ABa  ;  d'autre  part,  DHIKQ.  et  enfin  la  grande  famille  des 
manuscrits  plus  ou  moins  apparentés  à  C. 

Écartons  d'abord  les  fragments.  L'unique  strophe  I  du  ms.  b  n'est 
guère  susceptible  d'un  classement  :  le  texte  en  est  à  peu  près  conforme 
au  texte  critique.  —  -F  (str.  II  et  III  seulement)  appartient  à  la  même 
famille  que  S  :  la  teneur  des  deux  copies  est  presque  identique  (abs- 
traction faite  de  quelques  fautes  individuelles).  Au  v.  26,  FS  lisent  seuls 
Desampar.  —  Le  ms.  e  est  pareil,  mais  non  identique,  à  S. 

Le  groupe  DIKQ'  est  établi  notamment  par  le  v.  49  :  De  vos  per  cui 
la7iguis,  au  lieu  de  I)e  vos  cuy  siiy  aclis  (ce  classement  confirme  l'hy- 
pothèse de  M.  Bertoni,  Ca?iz.  Q,  p.  xliii).  —  D'autre  part,  on  peut  se 
demander  s'il  n'y  a  pas  eu  de  contamination  entre  le  ms.  D  et  la 
famille  de  C.  Au  v.  72,  la  faute  feyratz  (au  lieu  de  fora)  se  trouve  en 
effet  dans  CDERSTVe.  Au  v.  92,  Dlit,  avec  CV:  Bona  domna  cortesa. 
Mais  ce  dernier  cas  est  peu  probant. 

Comme  d'habitude,  CER  forment  groupe.  La  présence  d'une  strophe 
apocryphe  l'indique  déjà.  T,  qui  appartient  à  la  même  famille,  aura  pu 
omettre  cette  strophe.  Un  classement  plus  précis  ne  semble  guère  pos- 
sible :  plusieurs  de  ces  quatre  copies  ont  sans  doute  été  retouchées  à 
l'aide  d'autres  copies.  L'ordre  des  mots  au  v.  40  est  bouleversé  dans 
ERT.  Au  V.  10,  par  contre,  il  y  a  un  ordre  des  mots  particulier  dans 
CR  seuls.  La  leçon  Qu'ab  vos  54  ^e  trouve  dans  CE  seuls.  RT  s'accor- 
dent au  v.  61  (s'estenda  T,  s'estanda  Rj. 

LQ  appartiennent  peut-être  au  même  groupe  :  v.  66  d'ire  LQ;  v.  68 
Belleza  CLQU;  au  v.  62,  Diyisz  L,  [Ez  =Enz'i)  Q,  Inz  U,  hils  V  indi- 
quent peut-être  une  parenté;  v.  69,  m'  manque  à  LQ;  v.  73,  qu'ien 
vac  (?)  L,  que  iiaiic  Q;  le  v.  91  est  identique  dans  LQ.  —  D'autre  part, 
L  s'accorde  quelquefois  avec  C  et  R  (sur  une  interversion,  voir  ci-des- 
sus) :  v.  17,  Aiiiors  (sans  article)  CL;  v.  23,  l'ordre  des  mots  est  boule- 
versé dans  CL;  v.  44,  Baisar  R,  Baiszor  L  (au  lieu  de  Jazer);  v.  97, 
pretz  CLVT  {R  manque,  E  est  corrompu).  Cette  dernière  leçon  relie  V 
à  notre  famille;  de  même  v.  46,  comensa  (au  lieu  de  m'agensa) 
CEHRVe  (l'accord  de  H  est  sans  doute  dû  au  hasard).  — S  se  rattache 
de  plus  loin  à  la  même  grande  famille,  s'il  faut  en  croire  la  leçon  du 
V.  55,  où  le  mot  Francs  est  donné  par  CQRSe,  et  celle  du  v.  78  :  Tal 
merceiis  prenda  ERSe. 

Établissement  du  texte.  —  Mon  texte  est  conforme  à  celui  de  ABa 
chaque  fois  que  ce  groupe  est  d'accord  avec  un  certain  nombre  d'autres 
manuscrits  (voir  notamment  les  vers  64,  65,  70  et  72).  Par  contre,  quand 
la  leçon  de  ABa  se  trouve  isolée  je  la  remplace  par  celle  des  autres 
manuscrits  (voir,  p.  ex.,  les  vers  E5,  56  et  98). 

Auteur  :  La  chanson  est  attribuée  à  Guilhem  de  Cabestanh  dans  tous  les 
manuscrits,  excepté  Q,  où  elle  est  anonyme,  et  Q*,  où  elle  porte  en  tète 

ANNAXES  DU   MIDI.   —   XXVI  3 


34  ARTHUR   LANGFORS. 

Çirardus,  c'est-à-dire  Giraut  de  Bornelh.  Sur  le  ms.  F,  voir  ci-dessous, 
p.  16. 

Orthographe  de  C.  —  En  règle  générale,  je  ne  note  pas  les  variantes 
isolées  des  autres  manuscrits  que  C  et  ^1. 

I.  Lo  dous  cossire 
Que'm  don'  Amors  soven, 

3  Dona"m  fai  dire 

De  vos  niaynh  ver  plazen. 
Pessan  remire 
6      Vostre  cors  car  e  gen, 
Guy  ieu  dezire 

Mais  que  no  fas  parven. 
9      E  si  tôt  me  desley 

Per  vos,  ges  no'us  abney, 

Qu'ades  vas  vos  sopley 
12    Ab  fina  benvolensa. 

Dompii'  en  cuy  beutatz  gensa, 

Mayntas  vetz  oblit  mey, 
15    Qu'ieii  lau  vos  e  mercey. 

II.  Totz  temps  m'azire 
L'amors  que' us  mi  defen 

18        S'ieu  ja-1  cor  vire 
Ves  autr'  entendemen. 
Tout  m'avetz  rire 
21    E  donat  pessamen  : 
Pus  greu  marlire 
Nulhs  hom  de  mi  no  sen  ; 
24    Quar  vos  qu'ieu  plus  envey 
D'autra  qu'el  mon  estey 

I.  —  1  Li  DHIKQb,  Le  «.  —  2  dona  ABU.  —  3  fan  DHIKQQ'TUh.  san  a. 

—  6  V.  c.  covinen  AH,  V.  c.  quar  es  g.  Qa.  —  7  Cam  e  d.  ^  BR.  —  8  Plus 
EIK;  qieu  no  AEHQ{f)Q'STU.  —  9  desnei  ^.  —  10  non  ainei  D.  nol 
abnei  H,  nos  aninei  IKQ,  nom  namnei  E;  De  vos  ges  nos  aninei  S,  De 
vos  ges  nô  amnei  L^  Ges  per  so  (tan  R)  nous  a.  CR.  —  11  Anreis  v.  IK. 

—  12  A  a,  De  DQ,  Per  EIKHQ^STU;  franca  CDELQRSUbe.  —  13  en  maji- 
que  dans  QQ^SU;  Dompna  en  AB,  Domna  on  D.  —  15  Qu'ieu]  Que 
BCEQRe;  laus  BCQ*RT;  e]  cuy  R. 

II.  —  16  Totz  jorns  ABLe,  Tôt  jorn  CRa;  cossire  fi.  —17  Amors  CL.  — 
18  Si  j.  ABDLa.  —  19  Ad  a.  i);  V.  autra  nim  desmen  C.  —  23  De  mi  n. 
h.  no  s.  CL.  —  24  Per  vos  AB;  que  pi.  D,  cui  pi.  EIKQSU.  —  25  Qau- 
tra  L;  Dona  quel  mon  (le  reste  en  blanc)  R:  De  re  qel  m.  e  DEFIKST, 
Caren  quel  m.  e.  Q. 


LE   tROUBADoUR    GUILHEM   DE   GABESTANH.  35 

Desautorc  e  mescrey 
27    E  dezam  en  parvensa  : 

Tôt  quan  fas  per  temensa 

Devetz  em  bona  fey 
30    Penre,  neus  quan  no -us  vey. 

III.  En  sovinensa 

Tenc  la  car'  e*!  clous  ris, 
33        Vostra  valensa 

E'I  belh  cors  blanc  e  lis; 
S'ieu  per  crezensa 
36    Estes  vas  Dieu  tan  lis 
Vius  ses  falhensa 

Intrer'  em  paradis; 
39    Qu'ayssi'm  suy,  ses  totz  cutz, 

De  cor  a  vos  rendutz 

Qu'autra  joy  no  m'adutz  : 
42    Q'una  non  porta  benda 

Qu'ieu-n  prezes  per  esnienùa 

Jazer  ni  fos  sos  dnitz, 
45    Per  las  vostras  saliilz. 

IV.  Tôt  jorn  ni'agensa- 

1  désirs,  tan  m'abelhis 
48        La  captenensa 

26  Desacort  AB,  Desatorc  L;  Desampar  e  morcei  F,  Desauipar  et  am- 
nei  S.  Dans  R,  les  v.  25  et  26  sotit  en  -partie  laissés  en  blanc.  —  27  E 
de  say  en  p.  B..  —  28  p.  cortezia  R.  —  î3U  nous]  nos  FIKQ'SV,  uos 
ETU.      ■ 

III.  —  31  As.  ABCV,  Qen  s.  FL.  —82  cara  elABCU,  caira  elD.  —  33 La 
gran  v.  ABLa,  La  captenensa  RUV.  —  34  El]  E  IK\  Del  gent  c.  bl.  e  1. 
ABa,  El  gen  c.  bl.  e  I.  FSV,  El  gent  c.  fresche  1.  Q,  Del  cors  gay  bl. 
e  1.  -R.  —  35  Si  p.  ADFHIKL.  —  36  Fos  v.  d.  aitan  fis  E.  —  38  Intrera 
en  AB.  —  39  Caisi  soi  R:  suy  manque  datis  I;  cuitz  AH.  —  40  A  vos  de 
cor  r.  ERT.  —  42  Delmon  nin  p.  b.  AB,  Ni  crey  quen  porte  b.  R.  — 
43  Qieu  AB,  Quieu  E,  Cieu  T,  Qeu  FSUa,  Queu  T',  Qen  ou  Qeu  L,  Qeo 
Q^  Q'n  DI,  Qen  K.  Quieun  C,  Quie  R,  Oui  Q,  Don  H.  —  44  ni]  nin  CV, 
no  D,  en  IK,  et  S;  J.  e  fos  (sos  manque)  dr.  U,  J.  ni  esser  sos  dr.  E,. 
Jauzer  nim  fes  sos  dr.  Q,  Queu  jauzens  fos  sos  dr.  H,  Baizar  ni  fos  sos 
dr.  R,  Baiszor  ni  fos  sos  dr.  L.  —  45  la  vostra  LQQ*STUa. 

IV. —  46  Totz  jorns  ADIK  V,  Ques  jorn  E,  Ades  LRe  ;  Totz  temps  jorn  [sic) 
comenza  H;  comensa  CEHRVe.  —  47  Désirs  DSUQ*,  L  anior  CEHQRTe; 
tan]  e  ABR,  manque  dans  a;  Vostramor  t.  mabellis  L.  —  48  La  beuo. 
lensa  B. 


36  ARTHUR  LANGFORS. 

De  vos  cuy  suy  aclis. 
Be'm  par  que-m  vensa 
51     Vostr'amors,  qu'ans  qu'ie'us  vis 
Fo  m'entendensa 

Qiie-us  aines  eus  servis; 
54    Qii'ayssi  suy  remazutz 

Sols,  senes  totz  ajutz 

Ab  vos,  e  n'ai  perdiitz 
57    Mayns  dos  :  qui's  vuellia'ls  prenda! 

Qu'a  mi  platz  mais  qu'atenda, 

Ses  totz  covens  saubutz, 
60    Vos  don  m'es  jois  vengutz. 

V.  Ans  que  s'ensenda 

Sobre-1  cor  la  dolors, 
63        Merces  dissenda 

En  vos,  don'  et  Amors  : 
.Toys  vos  mi  renda 
66    E"m  luenh  sospirs  e  plors, 

49  De   V.   per  cui    langis   DIKQ*.  —  51   amor    C;  qan   qeu   uis   H. 

—  52  Fos  H.  —  53  e-us]  e  BQ^T.  —  54  Gaissim  sui  r.  DLQQ\  Ara  soi  r. 
U,  Quab  vos  suy  r.  CE,  Per  qeu  s.  r.  H,  Per  qeu  me  soi  renduz  Se.  — 
55  SolsJ  Sai  AB,  Qe  a,  Fins  H;  Sols  ses  autres  aiuz  DIK,  Sols  ses  toiz 
mais  aiutz  E,  Sols  e  ses  totz  aiutz  LU,  Abuos  ses  tôt  aiutz  T',  Fins  senes 
nuls  mal  cug  Q',  Fins  e  ses  tutç  aiutç  T,  Franc  e  fins  ses  aiuç  Q,  Francs 
ses  totz  mais  aiutz  C,  Francs  ses  tôt  mal  aiuz  Se,  Francx  e  (sols  expo7ic- 
tué)  ses  totz  aiutz  R.  —  56  Per  v.  e  nai  p.  ABUa,  Per  v.  qeu  nai  p.  S, 
Ab  V.  eteyn  p.  C,  Cab  v.  e  nai  p.  D,  Ab  v.  queu  nai  p.  IKQ^T,  Ver  v.  queu 
nai  p.  Q,  Qued  aillor  ai  perdut  V,  Et  ain  aillors  p.  E,  En  ay  dautresp.  R. 

—  57  M.  d.  quisuollos  pr.  ABV,  M.  bens  quis  voillais  (uoillas  IK)  pr.  DIK, 
Maint  dons  qi  uoilla  pr.  JI,  Mas  dons  quis  uoillas  pr.  Q'S,  Mans  iorns 
quils  uuellials  pr.  R,  Manz  dons  qilqier  els  pr.  U.  —  58  maisj  meill  Q, 
mot  R;  Queu  am  mais  queus  (qeo  Q',  qeu  S)  a.  IKQ*S,  Qieu  am  mais 
trop  a.  L,  Qeu  am  trop  mais  captenda  H.  —  59  E  ses  totz  manz  s.  IK.  — 
60  m'es]  mer  ET;  jois]  laus  CQ*S,  gaugz  ET;  V.  d.  mes  lois  cregutz  DQ, 
V.  d.  lois  mes  cregutz  L,  Vos  ren  non  laus  creguz  U,  V.  on  es  laus  ren- 
dutz  R. 

V.  —  61  que]  ques  C,  qem  Q*U;  que  senda  /;  sacenda  !,(;}',  sestanda  R, 
sestenda  T.  —  62  Sobrel  cors  CS,  Sobrels  cors  H,  Sus  el  cor  D,  Dinsz  el 
cor  L,  Inz  el  cor  Ue,  Inls  el  cor  V,  Ez  el  cor  Q,  En  mon  cor  R,  Gios  al 
cor  T.  —  63Merce  CS,  Mercey  R.  —  64  En  magique  dmis  U;  dompna  et 
ABU;  Donen  vos  et  (et  manque  dans  D)  a.  CDIKLQQ^STVa.  —  65  Que 
ioy  mi  r.  CDEIKLQQ'SV.  —66  En  loings  D,  E  MngH,  En  loin  IK,  E  lais 
R;  sospir  et  plors  ST,  sospir  e  plor  R;...  (déchirure)  sospir  e  plor  E  ;  En 
loing  sospir  e  plar  Q*,  Em  long  dire  de  plors  Q,  En  luoc  dire  de  plors  L, 
E  lui  non  sospir  ei  plor  U,  E  los  sospirs  els  plors  Aa. 


LE   TROUBADOUR   GUILHEM    DE   CABESTANH.  37 

No-us  mi  defenda 
Paratges  ni  ricors; 
69    Qu'oblidatz  m'es  totz  bes 
S'ab  vos  nom  val  merces. 
Ai,  bella  doussa  res, 
72    Molt  fora  grans  franqueza 
S'al  prim  que"us  ayc  enqueza 
M'amessetz,  o  non  ges, 
,  75    Qu'eras  no  sai  cum  s'es. 

VI.  Non  ti'Liep  contenda 

Contra  vostras  valors; 
78        Merces  vo-n  prenda 
Tais  qu'a  vos  si'  lionors. 
Ja  no  m'entenda 
81    Dieus  mest  sos  preyadors 
S'ieu  vuelli  la  renda 
Dels  quatre  reys  majors 
84    Per  qu'ab  vos  no-m  valgues 
Merces  e  bona  fes; 
Quar  partir  no"m  puesc  ges 
87    De  vos,  en  cuy  s'es  meza 

67  Nos  o  d,  IK.  Déchirure  dans  E.  —68  Belleza  CLQU.  —69  m'esj 
es  L,  et  Q.  —  70  S'ab]  Qab  H;  no-m]  nôz  R  ;  Si  nous  (non  U)  en  pren  m. 
IKLQQ^U,  Sa  vos  non  pren  m.  CDSV.  —  71  A  (Ai  Q^)  doussa  franca 
res  CQ^S,  A  bêla  franca  res  T',  A  donna  franca  res  U.  —  72  feyratz 
gran  CDESTVe,  fera  gran  IKU,  farai  granQ^;  M.  fera  grans  fachesa  Q, 
Bê  feratz  que  corteza  R.  —  73  que-us]  qieus  ART.  —  74  o]  e  i?.  —  75  nos 
sai  C;  sai  qe  ses  DU;  Qar  que  nô  sai  conses  IK;  Quieu  res  non  say  que 
ses  R.    . 

VI.  —  77  vostra  valors  CLQSa,  vostra  valor  ERT,  vostra  ricors  H.  — 
78  vo-n]  vos  AH;  Merceus  en  p.  Q,  Merçe  o  sen  pr.  T,  Merceus  prenda 
{sic)  L;  Tal  merceus  pr.  ERSe.  —  79  sia  ABD;  Tais  (Tal  CT)  queus  sia 
h.  CTUV,  Mi  queus  sia  h.  R,  Demi  queus  si  onor  ESe.  —  80  no-m]  non 
IKS;  Ja  dieus  nom  preigna  (prenda  B)  AB,  Ja  dieus  nom  tegna  a,  Ja  dieus 
nô  entenda  E.  —  81  Dieu  ni  sos  pr.  CHLQV,  Dieus  mest  siey  preiadori^, 
Aquest  sieu  pecador  E,  Entrels  sieus  pr.  ABa.  —  83  Si  voil  D,  Seu  vol  Q. 
—  83  meillors  ABSTae;  Dels  catres  e  reis  maiors  U.  —  84  Per  cap  vos 
non  V.  F,  Per  ca  vos  non  y.  Ua,  Qe  ab  vos  nom  v.  DIKT,  Cab  vos  no  mi 
V.  E.  —  85  M.  ni  b.  f.  H,  M.  o  b.  f.  CRU,  Amors  e  b.  f.  LQT,  Amors  ho 
b.  f.  E,  Franqesa  et  b.  f.  Se,  Deus  e  ma  b.  f.  D.  —  86  QuarJ  Doncs  ABa, 
Que  DIK,  Can  V\  no- m]  non  QV;  Que  p.  nos  pod  ges  U,  Quieu  puej'sas 
nô  poges  R,  Tant  es  mon  cor  aers  S.  —  87  en  qui  R,  e  que  IK;  Davos  en 
qeu  soi  messa  U,  Per  vos  en  cui  es  messa  S,  Tant  fort  si  es  empresa  D, 


38  AHTHUK    LANGFORS. 

M'amors,  e  si  fos  preza 
Em  baizan,  ni-iis  plagues, 
90    .Ta  no  volgra-m  solses. 

VII.  Ane  res  qu'a  vos  plagues, 

Franca  donipn'e  corteza, 
No  m'estet  tan  defeza 

94  Qu'ieu  ans  non  la  fezes 
Que  d'als  me  sovengues. 

VIII.  En  Raimon,  la  belheza 

E-i  bes  qu'en  midons  es 

95  M'a  gen  lassât  e  près. 

Strophe  apocryphe  de  CER. 

Doncx  quo  séria 
Qu'ieu  merce  non  trobes 
3       Ab  vos,  amia, 

La  genser  qu'anc  nasques,  * 

Qu'ieu  nueg  e  dia 
6    De  genolhs  e  de  pes 
Sancta  Maria 
Prec  vostr'amor  mi  des; 
9    Qu'ieu  fui  noyritz  enfans 
Per  far  vostres  comans, 
E  ja  Dieus  no  m'enans 
12    S'ieu  ja  m'en  vuelh  estraire. 
Franca  res  de  bon  aire, 
Suffretz  qu'ie'us  bais  los  guans, 
15    Que  de  l'als  suy  doptans. 

88  Mamor  CHQR;  e  sis  f.  AT,  e  sius  f.  B,  esci  f.  E,&  sim  fos  U,e  sej  f.  F; 
Mamors  e  sius  plagues  {2  vers  confo7idus)  D.  — 89  Baisan  ni  (a  ajoute  a) 
vos  ABa,  En  b.  ïiil  pi.  H,  En  b.  eus  pi.  V,  En  baysar  eus  pi.  R.  — 
90  volgra  solses  DHRV,  volgras  solses  IKS;  solves  C. 

VII.  —  91  ren  AB.  —  92  Franquei  domne  c.  IK,  Dompna  pros  e  c.  Aa, 
Pros  dompna  e  c.  B,  Franca  dona  c.  ERTU,  Bona  dompna  c.  CDV,  Valen 
domna  c.  LQ.  —  93  Non  e.  a.  Non  mostrei  L,  No  mestei  U;  Tant  no  mes- 
tet  d.  B.  —  94  la]  ho  E;  Qez  (Que  a)  eu  anc  lo  f.  ABa,  Que  nanz  non  la  f. 
//v,  Que  ieu  non  la  f. /î,  Qen  nausnola  f.  U.  — 95Abque  far  o  saupes  R. 

VIII.  —  97  El  pretz  CLTV:  quen  ma  domnes  VT;  De  midons  oui  ioi 
es  E,  De  ma  dompna  el  bes  S.  —  98  M'a  gen]  Manget  IK,  Ma  sai  ABa;Me 
ten  dautra  (dautras  Ve,  dautren  i?,  dintrâ  L)  d.  CELTVe,  Te  nom  dautre 
d.  U,  Mi  ten  gai  et  certes  S. 

1  Dieus  co  s.  R.  —2  merces  noy  tr.  C.  —  3  Ab]  En  E.—ô  Quieu]  Que  E. 
—  6  Ginolhos  e  de  p.  R.  —  10  uostre  R.  —  12  m'en]  mes  {avec  s  écrit  au- 
dessus  de  la  ligne)  R.  —  13  Pros  dona  de  R;  Per  mal  quem  fasaiz 
traire  E.  —  14  bais]  bay  R;  quieu  baizels  g.  E.  —  15  Que  del  pus  s.  d.  R, 
Pos  de  lais  s.  d.  E. 


LK   TROUBADOUR    GUILHEM   DE   GABESTANH. 


39 


Strophe  apocryphe  de  H. 

Gant  e  verdura 

E'I  dolz  temps  de  pascors 
18        Vei  qe  meillura 

Lor  jois  als  amadors, 
E  mi  pezura 
21    Gui  dopla  mas  dolors, 
Si  per  rancura 

Vol  q[e]  eu  stia  sols 
21    Gela  c'a  en  poder 

Sen  e  prez  e  saber 

E  mais  tan  sap  valer 
27    Per  qe-l  seu  nom  enanza. 

Si  be-m  ten  senz  faillanza 

Que  m'a  pezat  a  ver, 
30    Q[e]  eu  no-m  pose  mover. 


Texte  du  manuscrit  S  (p.  227). 

I    Lo  dolz  consire 

Qem  don  amors  soven 
3    Dompnam  fai  dire 

De  uos  man  uers  plasen 

Pensan  remire 
6    Vostre  cors  car  et  gen 

Gui  eu  désire 

Mais  qeu  no  faz  paruen 
9    Et  seu  tôt  me  deslei 

De  uos  ges  nos  amnei 

Qades  uas  uos  soplei 
12    Per  francha  benuollenza 

Dompna  cui  beltaz  genza 

Mantas  uez  oblit  mei 
15    Qeu  lau  uos  et  mercei. 

• 

II    Toz  temps  maire 

Lamors  qeus  me  defen 

18    Seu  ial  cor  uire 

En  altre  entendemen 
Toit  manez  rire 

21     Et  donat  pensamen 
Plus  greu  martire 
Nuls  hom  de  mi  no  sen 

24    Qar  uos  cui  plus  enuei 
De  ren  qel  mon  estei 
Desampar  et  amnei  [p.  22S) 

27    Qades  am  en  paruenza 
Tôt  qant  faz  per  temenza 
Deuez  en  bona  îv\ 

30     Penre  nieus  can  nos  uei. 


—  Guillem  de  Capestaing. 

IV    Tôt  iorn  m  agenza 
Désir  tan  mabellis 

■18    La  captenenza 

De  leis  cui  soi  aclis 
Ben  par  qem  uenza 

51    Vostr  amors  qan  qeus  uis 
Fo  mentendenza 
Qeus  âmes  eus  seruis 

5-1    Per  qeu  me  soi  renduz 
Francs  ses  tôt  mal  aiuz 
Per  uos  qeu  nai  perduz 

57    Manz  dos  qis  uoillas  prend  a 
Qeu  am  mais  qeu  atenda 
Ses  tôt  couenz  sabuz 

60    Vos  don  mes  laus  uenguz. 

III    En  souenenza 

Telng  la  cara  el  dolz  ris 
33     Vostra  ualenza 

El  gen  cors  blanc  et  lis 

S6u  per  credenza 
36    Estes  uas  deus  tan  fis 

Vius  ses  fallenza 

Entrer  en  paradis 
39    Qaissiiii  soi  ses  toz  cuz 

De  cor  a  uos  renduz 

Qaltra  ici  no  niadiiz 
42    Cuna  non  porta  benda 

Qeu  preses  per  esmenda 

Jaser  et  fos  sos  druz 
45    Per  la  uostra  saluz. 


16  lant.  —  23  La  rime  étant  en  ors.  l'original  a  peut-être  porté  assors 
'  absorbsus).  —  28  be-ui]  ben.  —  29  pezat  de  pedicare? 


40 


ARTHUR   LANGFORS. 


V    Anz  qe  se  senda 
Sobrel  coi'S  la  dolors 

63    Merce  desenda 

Dowpn  en  uos  et  amors 
Qe  ioi  me  renda 

66    Em  loing  sospir  et  plors 
Nous  me  defenda 
Parages  ne  ricors 

69    Coblidaz  mes  toz  bas 
Sauos  non  prend  merces 
Ha  dolza  francha  res 
Molt  feras  gran  frawqesa 
Sal  prim  qeus  ac  enqesa 
Matnessaz  o  no  ges 

75    Qeras  no  sai  com  ses. 

VI    No  trob  contenda 
Contra  uostra  ualors 


78    Tais  merceus  prenda 
De  mi  qeus  si  honors 
Ja  non  entenda 

81    Deus  mes  son  prezadors 
Seu  uoll  la  renda 
Dels  qatre  reis  meillors 

84    Per  cab  uos  non  ualgues 
Franqesa  et  bona  fes 
Tantes  mon  cor  aers  (^j.  229] 

87  Per  uos  en  cui  es  messa 
^lamors  et  se  fos  pressa 
En  baissan  nius  plagues 

90    Ja  non  uolgras  solses. 

VIII     En  ranion  la  belessa 
De  ma  do/»pna  el  bes 
98    Me  ten  gai  et  cor  tes. 


I.  La  douce  tristesse  que  me  donne  Amour  souvent,  me  fait 
dire  de  vous,  dame,  maint  vers  gracieux.  Dans  ma  pensée  je  con- 
temple votre  corps  précieux -et  ijeau,  que  je  désire  plus  que  je  ne 
le  fais  voir.  Et  quand  même  je  m'éloigne  à  cause  de  vous,  je  ne 
vous  renie  point,  car  toujours  je  m'incline  devant  vous  avec  un 
fidèle  amour.  Dame,  en  qui  la  beauté  brille,  maintes  fois  je  m'ou- 
blie moi-même  en  vous  louant  et  en  vous  demandant  grâce. 

II.  Que  l'amour  qui  vous  défend  contre  moi  me  haïsse  toujours 
si  jamais  je  me  tourne  vers  une  autre  inclination.  Vous  m'avez 
enlevé  le  rire  et  donné  la  tristesse.  Nul  homme  ne  soutïre  un 
plus  grand  supplice  que  moi;  car  vous, .que  je  désire  plus  qu'au- 
cune autre  femme  au  monde,  je  fais  semblant  de  vous  renier  et 
désavouer  et  de  cesser  de  vous  aimer  :  tout  ce  que  je  fais  par 
crainte,  vous  devez  le  prendre  en  bonne  foi,  même  quand  je  ne 
vous  vois  pas. 

III.  Je  garde  en  mon  souvenir  votre  visage  et  le  doux  sourire, 
votre  excellence  et  votre  beau  corps  blanc  et  poli;  si  j'étais  aussi 
fidèle  dans  ma  foi  envers  Dieu,  je  serais  sûrement  digne  d'entrer  au 

m.  —  35-8.  Ces  vers  ont  été  traduits  presque  mot  à  mot  par  le  n\inne- 
singer  Heinrich  von  Morungen  (136,23)  : 

«  Hete  ich  nàch  gote  ie  halp  sô  vil  gerungen, 

er  naeme  micli  hin  zim  ê  mîner  tage.  » 
(Ferdinand   Michel,  Heinrich  von  Morungen    und  die  Troubadours, 
Strasbourg,  1880,  p.  253).  —42  Paraphrase  pour  «  femme  ».  Beiida  signifie 
9-  bandeau,  pièce  du  vêtement  des  femmes,  couvrant  les  oreilles  et  le  haut 


LE   TROUBADOUR   GUILHEM   DE   CABESTANH.  41 

paradis  tout  vivant.  Car  je  me  suis,  sans  aucune  hésitation,  rendu 
à  vous  de  cœur,  de  sorte  qu'aucune  autre  femme  ne  me  donne  de 
la  joie.  Car  parmi  toutes  celles  qui  portent  le  bandeau  (  =  toutes 
les  femmes)  il  n'y  en  a  aucune  avec  qui  je  voudrais  dormir  ou 
dont  je  voudrais  être  l'ami  plutôt  que  d'avoir  un  simple  salut 
de  vous. 

IV.  Tout  le  jour  le  désir  me  plaît,  tellement  me  convient  votre 
façon  d'être,  de  vous  à  qui  je  suis  soumis.  Il  me  paraît  bien  que 
votre  amour  me  vainc,  car  avant  que  je  vous  eusse  vue,  c'était 
mon  intention  de  vous  aimer  et  de  vous  servir.  C'est  ainsi  que  je 
suis  resté  seul,  sans  aucune  aide,  avec  vous,  et  j'ai  perdu,  à  cause 
de  cela,  maints  dons  ;  que  celui  qui  les  veut,  les  prenne.  Car  il  me 
plaît  mieux  à  moi  de  vous  attendre,  sans  condition,  vous  dont 
m'est  venue  la  joie. 

V.  Avant  que  la  douleur  s'enflamme  sur  mon  cœur,  que 
Merci  et  Amour  descendent  en  vous,  dame;  que  la  joie  vous 
rende  à  moi  et  éloigne  de  moi  les  soupirs  et  les  pleurs;  que  ni 
noblesse  ni  richesse  ne  vous  séparent  de  moi.  Car  tout  bien  m'est 
oublié  si  je  n'obtiens  pas  votre  merci.  Ah,  belle  douce  personne, 
c'aurait  été  une  grande  générosité  si  vous  m'aviez  aimé  dès  que 
je  vous  eus  priée,  ou  pas  du  tout,  car  maintenant  je  ne  sais  ce  qui 
en  est. 

VI.  Je  ne  trouve  pas  de  défense  contre  votre  excellence.  Que 
pitié  vous  en  prenne  de  sorte  que  vous  en  ayez  de  l'honneur.  Que 
Dieu  ne  m'admette  pas  parmi  ses  suppliants  si  j'accepte  les  rentes 
des  quatre  rois  les  plus  puissants  à  condition  que  Merci  et  Bonne 
Foi  ne  me  servent  de  rien  auprès  de  vous.  Car  je  ne  puis  me  sépa- 
rer de  vous,  en  qui  mon  amour  s'est  mis,  et  s'il  [mon  amour] 
était  accepté  [par  vous]  en  baisant,  et  qu'il  vous  agréât,  je  ne  vou- 
drais jamais  être  délivré. 

du  visage  ».  —  48  Emendn  «  réparation,  dédommagement,  compensation  ». 
Cf.  Jeanroy,  Un  sirventés  en  faveur  de  Raimon  VII  (1216),  dans  Bau- 
steine  zur  romanischen  Philologie,  Festgabe  fïir  Mussafia,  Halle,  1905, 
p.  636  ;  et  Bosdorfif,  Bernart  de  Rouvenac,  p.  51. 

IV.  — 55.  Sols  est  dans  DEIKLUR  (exponctué  dans  R), 

VI.  —88-90.  M.  Crescini,  qui  lit,  aveclems.  A,  svspresa,  traduit  d'abord 
au  glossaire  (Ma7iualetto*,  s.  v.  prendre,  p.  490)  «  se  si  fosse  acceso 
(amore,  ma  in  prov.  presa,  chè  amors  è  femm.)  »;  puis  aux  Corrections 
(p.  xn)  :  «  'se  [a  me]  si  fosse  preso'.  Nota  antitesi  tra  pj-etidre  e  solvre 
Kw  90)  ».  Je  ne  comprends  pas  cette  explication.  Il  y  a  en  effet  une  anti- 


42  ARTHUR   LANGFORS. 

VII.  Dame  noble  et  courtoise,  jamais  rien  ne  me  fut  interdit  au 
point  que,  s'il  vous  était  agréable,  je  ne  le  fisse,  sans  me  soucier 
d'autre  chose. 

VIII.  Sire  Raimon,  la  beauté  et  le  bien  qui  sont  en  ma  dame, 
m'ont  doucement  enlacé  et  pris. 

Strophe  apocryphe  de  CER  :  Comment  pourrait-il  donc  être  que  je  ne 
trouvasse  point  de  pitié  auprès  de  vous,  amie,  la  plus  belle  qui  naquit 
jamais,  puisque  nuit  et  jour  je  prie  sainte  Marie  à  genoux  et  debout 
qu'elle  me  donne  votre  amour;  car  enfant  je  fus  élevé  à  accomplir  vos 
ordres,  et  que  jamais  Dieu  ne  m'exauce  si  jamais  je  veux  m'en  dispenser. 
Noble  dame,  permettez  que  je  vous  baise  les  gants,  car  je  n'oserais  vous 
demander  autre  chose. 

Strophe  apocryphe  de  H  :  Je  vois  que  le  chant  des  oiseaux  et  la  ver- 
dure et  le  doux  temps  de  Pâques  améliorent  la  joie  des  amoureux,  mais  à 
moi  le  printemps  aggrave  mon  état,  parce  qu'il  redouble  ma  douleur,  si 
par  cruauté  elle  veut  que  je  reste  seul,  celle  qui  possède  la  sagesse  et  la 
distinction  et  le  savoir  et  qui  sait  tant  valoir  qu'elle  élève  son  nom.  Elle 
me  tient  si  bien  en  son  pouvoir  qu'elle  m'a  véritablement  enlacé,  de  sorte 
que  je  ne  puis  me  mouvoir. 


VI.  —  Bartsgh;  Grundr.,  213,6. 


Manuscrits  :  A,  f.  85  (StudJ,  III,  p.  257-8)  ;  B,  f.  51  {Studj,  "III,  p.  690); 
C.  f.  218;  A  f- 192  c-d;  E,  p.  145;  /.  f.  108;  A',  f.  93  v°b-94;  M,  f  97; 
Q,  f.  110  V"  (Bertoni,  p.  212);  R,  f.  15;  T.  f.  260-261;  U,  f.  64  (Archiv, 
XXXV,407);c,  f.  35v''-36(anc.  33  et  34;  Studj,  VII, p.  307  8);e,p.  130-2. 

ÉfjiTioNS  :  Raynouard,  Choix,  III,  p.  106  (d'après  C,  retouché  à  l'aide 
de  E  et  d'un  manuscrit  de  la  famille  ADIK);  Mahn,  IJ'erke,  I,  109 
(=  Raynouard);  Brinckmeier,  Blumenlese,  p.  96  {=  Raynouard); 
Hùffer,"  G.  de  Cah.,  p.  33  (d'après  D,  B,  U  et  Mahn). 

Classement  des  manuscrits  et  établissement  du  texte.  —  Le  groupe 
CERT  est  très  solidement  établi.  Ces  manuscrits  ont  des  fautes  com- 
munes aux  vers  suivants  :  8  {La...  salas  avinen);  14  {Tan  finamen)  ; 


thèse  entre  prendre  Qi  s olver,  solver  signifiant  «  délivrer  »  et  prendre 
signifiant  «  prendre,  faire  prisonnier  »,  et  en  même  temps  «  accueillir  ». 
.le  traduis  :  «  Si  mon  amour  [c.-à-d.  moi]  était  accueilli  [par  vous]  en  bai- 
sant... » 

VIII.  —  Le  manuscrit  utilisé  par  J.  de  Nostredame  (éd.   Chabaneau 
et  Anglade,  p.  37)  appartenait  à  la  famille  de  ABa  : 
Sen  Remond  la  grand  bellessa 
E  tous  bens  qu'en  ma  Donna  es 
M'en  say  lassât,  e  près. 


LE   TROUBADOUR    GUILHEM    DE   CABESTANH.  43 

15  {E  pus)  ;  16  (non  ai  negun  poder);  17  (aissi  aiC,  aiso  ai  KT,  aysi 
ayc  R;  la  bonne  leron  est  probablement  aize-m  da);  19  (Mas...  pretz); 
2H  (me  ou  mi  greya):  27  {Que-l  hen  aurai;  R  manque);  30  (pens; 
R  manque);  31  [pauc  o  gran  C,  pnus  e  gran  E,  pauc  e  [o?J  gran  T; 
R  manque);  33  (Tôt;  la  bonne  leçon  est  Sol;  R  manque). 

Ces  quatre  manuscrits  CERT  paraissent  tellement  contaminés  qu'il 
n'est  pas  aisé  d'y  établir  des  sous-groupes.  ET  ont  quatre  fautes  commu- 
nes tellement  frappantes  qu'il  est  difficile  de  ne  pas  admettre  un  sous- 
groupe  ET  :  au  vers  17  ces  deux  manuscrits  lisent  aiso  ni  {aysi  ay  R, 
aissi  ai  C;  la  bonne  leçon  est  probablement  aizcm  da);  au  vers  24  ET 
lisent  un  gran  joi  jauzen  (R  est  correct;  C  est  correct,  excepté  que  au 
lieu  de  adoncs  il  lit  dompna)  ;  au  v.  31  ETlisent  e  (voir  aux  variantes); 
au  vers  32,  ET  lisent  léser  (R  manque;  C  a  la  bonne  leçon  jj/a^er). 
Le  ms.  e  est  presque  identique  à  T. 

En  trois  endroits  R  est  plus  correct  que  les  manuscrits  CET  :  d'abord 
au  vers  24,  dont  il  vient  d'être  question  ;  puis  au  vers  25,  où  R  a  correc- 
tement Pel,  tandis  que  CET  ont  Per;  enfin  au  vers  26,  où  la  leçon  de  R, 
s'aora-l  mais  se  rapproche  de  la  bonne  leçon  s'era  lo  mais,  tandis  que 
CET  ont  une  leçon  refaite  :  si  aitals  mais.  —  Contrairement  à  ce  clas- 
sement, le  groupe  CE  se  forme  une  fois  :  au  vers  21,  CE  lisent  e-iis, 
tandis  que  R  el  T  ont  la  bonne  leçon  cui.  —  Le  groupe  CR  au  vers  7 
n'est  probablement  qu'apparent  :  la  leçon  de  l'archétype  de  CERT 
était  peut-être  celle  qui  se  lit  dans  E  :  Mi  e  tôt  quant  es.  Le  vers  est 
trop  long,  et  T  aura  retrouvé  la  bonne  leçon  Mi  e  cant  es,  tandis 
que  C  et  R,  pour  corriger  le  vers,  ont  supprimé  Mi  et  lisent  Que  tôt 
quant  es.  —  C'est  évidemment  par  hasard  que  C  et  T  ont  au  vers  28  la 
leçon  commune  Bêla;  E  lit  correctement  Bona  et  R  manque. 

L'étroite  parenté  de  Uc  est  prouvée  par  les  passages  suivants  :  5  (en 
m.on  cor),  10  (vers  faux),  17  [Mas  ço  donna),  20  (Joi),  24  (Donc  ai), 
27  (lo  manque),  30  (e  manque),  31  [cal  comenzamen),  33  (q'anc).  Le 
vers  32  indique  que  Uc  se  rapprochent  de  la  famille  CET  :  ces  manus- 
crits lisent  en  eflfet  Tug  li  nialtrag  (R  manque),  tandis  que  les  manus- 
crits ABDIKMQ  lisent  Anz  li  tnaltrag.  De  même,  au  vers  34,1e  groupe 
CERTUc  (désigné  plus  loin  par  z)  lit  grant  tort,  tandis  que  DIKMQ 
lisent  granz  (gran  M)  torz,  et  AB  tôt  tort. 

Le  fait  que  les  manuscrits  RUc  attribuent  cette  chanson  à  Arnaut 
de  Maréuil  fait  supposer  une  contamination  entre  R  et  Uc.  Cette  conta- 
mination semble  appuyée  encore  par  une  fausse  leçon  du  vers  10  :  ces 
trois  manuscrits,  et  de  plus  M.  lisent  en  effet  dir,  tandis  que  tous  les 
autres  manuscrits  ont  far.  Je  suppose  donc  une  contamination  entre  les 
manuscrits  M,  Uc  et  R  (marquée  an  schéma  par  un  pointillé). 

On  sait  par  ailleurs  que  D  et  IK  sont  très  voisins.  Le  groupe  DIK 
semble  en  effet  formé  au  v.  26  (semgreia  D,  seingrea  I,  seingreia  K; 
Hùffer  corrige  sim  greia),  et  au  v.  31  (cal  o  com).  A  la  même  famille 
appartient  probablement  le  manuscrit  Q,  bien  qu'il  soit  difficile  de 
trouver  des  fautes  communes  à  ces  quatre  manuscrits  (je  désigne  ce 
groupe  par  y).  Je  considère  comme  la  bonne  leçon,  au  v.  17,  aize-m 
da,  qui  est  seulement  dans  y,  ainsi  que  la  leçon  n'aie,  au  v.  20,  qui  est 
dans  y  et  R;  c'est  sans  doute  par  hasard  (|ue  tous  les  autres  manus- 
crits s'accordent  à  donner  ici  le  présent  Au  v.  17,  y  a  outras,  tandis 
que  les  autres  manuscrits  ont  le  singulier  (que  j'ai  adopté  au  texte 


44 


ARTHUR   LANGFORS. 


critique).  Le  pluriel  outras  se  retrouve,  il  est  vrai,  dans  3/,  mais  cela 
ne  prouve  pas  nécessairement  que  M  appartienne  au  groupe  y,  car  le 
manuscrit  M  refait  un  grand  nombre  de  vers,  et  il  est  difficile  de  le 
classer.  Toutefois  il  semble  se  placer  entre  les  groupes  j/  et  s  :  au  v.  11 
(pueis  ora]  M  a  la  même  legon  que  y,  qui  semble  être  la  bonne;  au 
V.  34,  M  a  une  leçon  {gran  tortz)  qui  est  intermédiaire  entre  celle  de  y 
{granz  lorz],  qui  est  peut-être  la  bonne,  et  celle  de  z  (gran  tort);  au 
V.  18,  M  lit,  avec  2,  gran,  tandis  que  la  bonne  leçon  est  probablement 
greu,  qui  est  dans  x  et  y. 

La  leçon  de  AB  est  excellente,  comme  d'habitude.  Elle  diffère  en 
plusieurs  endroits  de  celle  de  tous  les  autres  manuscrits.  Cela  veut-il 
dire  que  tous  les  autres  manuscrits  ont  des  fautes  communes?  L'exa- 
men attentif  des  leçons  isolées  de  AH  nous  amène  à  supposer  qu'il  est 
au  moins  aussi  probable  que  c'est  l'archétype  de  AB  qui  a  refait  le  texte. 
Les  leçons  isolées  de  AB  sont  les  suivantes  :  v.  3  {parti  dal  cor)  ;  v.  5 
[C'aissi'S  pauset,  paraît  fautif);  v.  1  (quant  q'es;  la  leçon  quant  es 
DIKQTUc  est  aussi  bonne);  v.  10  (Que  sahetz  ABUc,  Ce-rn  sabe  T;  la 
majorité  des  manuscrits  ont  Quem  saubetz);  v.  11  (le  vers  est  trop 
court  dans  ETVc;  C  offre  une  leçon  isolée;  de  même  Q,  qui  se  rappro- 
che pourtant  de  la  leçon  de  DIKMR  pueis  ora  que  nous  avons  acceptée  ; 
AB  semble  avoir  ajouté  gentils;  le  vers  aurait-il  été  trop  court  déjà 
dans  l'archétype  de  tous  les  manuscrits?  Ou  la  leçon  de  AB  serait-elle 
la  bonne?  Voir  la  note  du  vers);  v.  17  (la  leçon  aize'rn  da,  que  nous 
avons  acceptée,  est  celle  de  DIKQ,  appuyée  par  aissi  dans  VERT;  AB 
a  seul  agrada-m);  au  v.  19,  A  ei  B  ont  deux  leçons  différentes  qui  ont 
cela  de  commun  que  quant  manque;  v.  21  (C'ab  AB;  la  conjonction  c' 
manque  partout  ailleurs)  ;  22  (bon  manque  dans  AB,  qui  lit  s'a  vos  platz, 
contre  si'us  platz  des  autres  manuscrits;  ce  qui  parlerait  en  faveur  de 
AB,  c'est  que  bon  se  retrouve  au  v.  25,  pel  bon  respieich;  mais  le  mot 
a  pu  se  trouver  deux  fois  dans  l'original);  v.  30  (a  ma  vida  AB,  e  ma 
V.  dans  les  autres  mss.);  v.  34  (AB  a  seul  tôt  tort;  DIKQ  ont  granz 
torz,  M  a  gran  tortz,  CERTUc  ont  gran  tort  ;  nous  lisons  granz  torz, 
avec  DIKQM)  ;  v.  35  (la  majorité  des  manuscrits  lisent  guaza7ih  far 
EIMQRTc  ;  DK  ont  gazanhs  far,  ce  qui  revient  au  même  ;  la  leçon 
gazaignar  ABCU  est  sans  doute  une  faute  commise  indépendamment 
par  trois  scribes);  v.  36  (l'ordre  des  mots  est  différent  dans  AB  ;  la  leçon 
des  autres  manuscrits  semble  préférable).  Enfin,  le  manuscrit  .4  se 
sépare  de  B  et  de  tous  les  autres  manuscrits  aux  vers  30,  34  et  35.  Nous 
avons  naturellement  relégué  aux  variantes  ces  leçons  isolées. 

En  résumé,  les  leçons  propres  à  AB  seuls  ne  s'imposent  jamais.  Nous 
avons  donc  établi  le  texte  sur  le  classement  que  voici  : 


B       D 


IK 


Q       IM 


Uc 


R 


C 


T 


LE  TROUÈADOUR  GUÎLHEM   DE  GABESTANH.  45 

Versification  :  Cinq  coblas  unissonans  de  sept  vers  décasyllabiques, 
jilus  une  tornada  de  trois  vers.  Le  schéma  des  rimes  est  celui-ci  : 

ababe  dd 

Maus,  Strophenbau,  p.  110,  n»  394,3.  Le  schéma  se  retrouve  ailleurs, 
mais  les  vers  sont  de  sept  ou  de  huit  syllabes. 

Auteur  :  Guillems  (Guilem  E,  Guillm  T,  G.  C)  de  Cabestanh  (Gabestaing 
AB,  Cap  destaign  T)  ABCETe.  Attributions  divergentes  :  Ar'.  de  Mar- 
ruelh  R,  Arnaut  de  Miroilli  U,  Arnald  de  Miroill  c;  Peire  del  Puio  D, 
Peire  del  Puoi  /,  Peire  del  Poi  K;  Père  Milo  M;  Çirardus  (=  Giraut 
de  Bornelh)  T. 

Orthographe  de  C. 


I.  Lo  jorn  qu'ie'us  vi,  dompna,  primeiramen, 
Quan  a  vos  plac  que*  us  mi  laissetz  vezer, 
Parti  mon  cor  tôt  d'autre  pessamen 

4    E  for  on  ferm  en  vos  tug  mey  voler  : 

Qu'aissi-m  pauzetz,  dompna,  el  cor  l'enveya 
Ab  un  dous  ris  et  ab  un  simpl'esguar; 

7    Mi  e  quant  es  mi  fezes  oblidar. 

II.  Que-]  grans  beutatz  e"l  solas  d'avinen 
E"l  corles  dig  e*!  amoros  plazer 

Que*m  saubetz  far  m'embleron  si  mon  sen 
11    Qu'anc  pueys  hora,  dompna,  no"l  puec  aver  : 
A  vos  l'autrey  cuy  mos  fis  cors  merceya 
Per  enantir  vostre  prelz  et  honrar; 
14    A  vos  mi  ren,  c'om  miels  non  pot  amar. 


I.  —  Les  vers  S  et  4  manquent  dans  E.  —  3  P.  dal  cor  tôt  autre 
p.  AB;  d'  manque  dans  U;  cor  de  tut  autre  (vers  faiio:)  Te.  —  5  Caissis 
pauset  d.  el  cor  (cors  B)  AB  ;  passez  U;  donna  en  mon  cor  JJc;  el]  al  T; 
Y  manque  dans  C;  lauia  R.  —  6  Cab  M.  —  7  quant]  tant  (=  cant?)  Q; 
qant  qes  AB;  Mi  encantest  em  f.  o.  M;  Mi  e  tôt  q.  es  mi  f.  o.  {vers  faux) 
E;  Que  tôt  q.  es  CR. 

II.  —  8  Qeill  B;  La  gran  beutat  el  s.  auinen  CETe,  Las  grans  beutatz 
el  s.  auinen  R.  —  9  diz  Uc,  digz  amoros  de  plazer  c.  — 10  Que  sabetz  ABUc, 
Qem  sabeç  Q,  Cem  sabe  T;  Qe  sabez  dir  menbleron  mon  sen  {vers  faux) 
Uc;  far]  dir  MRUc.  —  11  no"l]  non  R;  Cane  p.  dompna  gentils  nol  puoc  a. 
AB,  Cane  pues  ûzordona  noil  poc  a.  Q,  Cane  p.  dona  nol  puec  auer  (  tener  T) 
ETUce,  Quane  p.  dompna  e  mi  nol  puec  a.  C.  —  12  cuy  mon  tin  cor  cor- 
teya  C.  Après  l'autrey  IK  ajoutent  domna.  —  14  Tan  finamen  com  meils 
no  pot  amar  (pensar  e)  ERTe,  Tan  finamen  cum  nuls  hom  p.  a.  C,  Qar 
uos  est  leis  cul  ieu  am  e  tene  car  M. 


46  ARTHUR   LANGFORS. 

III.  E  car  vos  am,  dompna,  tan  finamen 
Que  d'autr'  amar  no*m  don'  Amors  poder, 
Mas  aize'm  da  c'ab  autra  cortey  gen, 

18    Don  cug  de  me  la  greu  dolor  mover; 

Pueis  quan  cossir  de  vos  cuy  jois  sopleya, 

Tôt  autr'  amor  oblit  e  dezampar  : 
21    Ab  vos  remanc  cuy  tenc  al  cor  pus  car. 

IV.  E  membre  vos,  sius  plai,  del  bon  coven 
Que  me  fezetz  al  départir  saber, 

Don  aie  mon  cor  adoncs  guay  e  jauzen 
25    Pel  bon  respieit  en  que'm  mandetz  tener  : 

Moût  n'aie  gran  joy,  s'era  lo  mais  s'engreya, 

Et  aurai  lo,  quan  vos  plaira,  encar, 
28    Bona  dompna,  qu'ieu  suy  en  l'esperar. 

V.  E  ges  maltraitz  no  m'en  fai  espaven, 
Sol  qu'ieu  en  cug  e  ma  vida  aver 

III.  —  15  car]  pus  CERTe.  —  16.  Que  dautr  amar  (amor  RTe)  non  ai 
negun  poder  CERTe.  —  17  M.  agradam  cab  AB,  Mas  ço  donna  qab  Uc; 
Mas  aissi  (aysi  R,  aiso  ETe)  ai  quab  CERTe;  ?i\ive  U,  autras  DIKQ;  cor- 
teingnen  lE,  certes  gen  R;  Anz  qant  cortei  ab  autras  donnas  gen  M.  — 
18  Don]  leu  M;  greu]  gran  CEMRTUce.  —.19  Pueis  quan]  E  puois  A ,  Pois- 
sas B,  Mas  quan  CERTe;  jois]  pretz  CERTe.  —  20  amor]  loi  Uc.  —  21  Ab] 
Cab  AB,  A  L'c;  cuy]  eus  CE;  al]  el  CQ,  lo  R.  —  M  a  embrouillé  les 
vers  21-3  et  les  lit  ainsi  : 

«  Mas  uos  donna  cui  totas  ues  ampar 
Ab  uos  remanc  cui  am  plus  coralmen 
Doncs  menbre  uos  so  qem  fezest  saber.  » 

IV.  —  Les  vers  87-38  manquent  dans  R.  —  22  E  m.  uos  sa  uos  platz 
del  c.  AB,  E  m.  uos  si  uos  platç  del  b.  c.  (vers  faux)  T.  —  23  Quem  fezetz 
al  partir  s.  {vers  faux)  C  ;  Que  uos  mi  fes  R.  —  24  Donc  ai  Uc;  adoncs] 
dompna  C;  D.  a.  m.  cor  dun  gran  ioi  iaiizen  {vers  faux)  E,  D.  ac  m.  cor 
ac-un  gran  gioi  giauçen  Te.  —  25  Pel]  Perl  U,  Per  CETe  ;  mandast  D.  —  26  M. 
nai  gr.  j.  sera  lo  mais  segreia  (sagreia  B)  AB,  M.  naic  gr.  j.  sera  lo  mais 
semgreia  (seingrea  /,  seingreia  K,  segreia  Q)  DIKQ,  M.  nai  gr.  j.  sera  lo 
mais  sengreia  c,  M.  nai  gr.  j.  sera  mal  segnoreia  U,  M.  nai  gr.  j.  sola- 
men  de  lenueia  M,  M.  ayc  gr.  j.  saoral  mais  mi  greya  R,  M.  ai  gr.  j.  si 
aitals  mais  mi  (me  C)  greya  CETe.  —  27  lo  manque  dans  Uc;  vos]  li  M; 
Quel  ben  aurai  quan  CETe.  —  28  Bella  CTe;  qu'ieu  suy]  queus  soi  D, 
qiem  fiu  ^4;  A  ma  donna  cui  ieu  am  e  tenc  car  M  {cf.  v.  21). 

V.  —  Les  vers  27-33  manquent  dans  R.  —  29  mais  trags  DK;  mal- 
traich  no  men  faut  BMQUc,  maltrait  no  mi  (me  T)  fan  CETe.  —  30  Sol 
qez  ieu  cuig  A,  Sol  que  ieu  pens  Ee,  Sol  cieu  ieu  pens  T,  Sol  quieu  uos 
pes  C;  e]  a  AB,  manque  dans  Uc  (vers  faux). 


LE   TROUBADOUR    GUILHEM   DE   GABESTANH.  47 

De  VOS,  dompna,  calaconi  jauzimen; 

32    Anz  li  rnaltrag  mi  son  joy  e  plazer 

Sol  per  aisso  quar  sai  qu'Amors  autreya 
Que  fis  amans  deu  granz  torz  perdonar 

35    E  gen  sufrir  maltrait  per  guazunh  far. 

VI.  Ai  !  si  er  ja,  donna,  l'ora  qu'ieu  veya 

Que  per  merce  me  vulhatz  tant  honrar 
38    Que  sol  amie  me  denhetz  apelhar! 

I.  Le  jour  où  je  vous  vis,  dame^  pour  la  première  fois,  quand 
il  vous  plut  de  vous  montrer  à  moi,  je  séparai  mon  cœur  tout 
entier  de  toute  autre  pensée  [d'amour],  et  toutes  mes  aspirations 
furent  fermes  en  vous,  car  ainsi  vous  mites,  dame,  dans  mon  coeur 
le  désir  avec  un  doux  sourire  et  un  regard  condescendant;  vous 
me  fîtes  m'oublier  moi-môme  et  tout  ce  qui  existe. 

II.  Car  la  grande  beauté  et  la  conversation  agréable  et  le  parler 
courtois  et  l'aimable  accueil  que  vous  sûtes  me  faire  me  volèrent 
ma  raison  de  telle  manière  que  depuis  lors  je  n'ai  pu  l'avoir;  je 
vous  en  fais  don,  à  vous  que  mon  cœur  fidèle  supplie,  pour  exal- 
ter et  honorer  votre  valeur;  je  me  rends  à  vous,  car  aucun  homme 
ne  peut  aimer  mieux  (une  meilleure). 

III.  Car  je  vous  aime,  dame,  si  fidèlement  qu'Amour  ne  me 
donne  pas  le  pouvoir  d'en  aimer  une  autre,  mais  il  me  permet 
que  je  fasse  gentiment  la  cour  à  une  autre,  par  quoi  je  crois  éloi- 
gner de  moi  la  pesante  douleur;  puis  quand  je  pense  à  vous  devant 
qui  Joie  (Amour)  s'incline  (?),  j'oublie  et  abandonne  tout  autre 
amour  :  je  reste  avec  vous,  que  j'aime  de  tout  mon  cœur. 

31  calocom  j.  DIK,  cala  mon  çausimen  Q,  cal  coinenzamen  {vos  faux) 
Uc,  pauc  (paus  E)  o  (e  ET)  gran  j.  CETe.  —  32  Anz]  Tug  CETUce; 
plazer]  lezer  ETe.  —  33  Sol]  Tôt  CETe;  quar]  anc  Uc;  quanior  mautreya 
C,  qainors  lautreia  M.  — 34  amicx  E;  granz  torz]  gran  tortz  M,  gran  tort 
CERTUce,  tôt  tort^i^.  —  35  inaltrMÏz  Uc,  mais  traz  DK;  gazaingz  far  DK, 
gazaignar  AB,  guazanhar  C,  guadaignar  U. 

VI.  —  L'envoi  manque  dans  Ee.  —  36  Ait  si]  Asi  IKRUc,  Aissi  DM, 
Hai  si  T;  l'ora  manque  dans  Q;  Ay  si  er  la  lora  dompna  qieu  ueia  AB, 
Hai  quan  sera  lora  domna  qieu  ueya  C.  —  37  me]  ni  Q.  —  38  degnaz 
UcT.  —  A  la  fin  de  la  pièce,  Q  répète  les  vers  35,  1,  2. 

II.  —  11  Pueys  hora  «  depuis  ce  moinenl  là  ».  Je  ne  connais  pas 
d'autre  exemple  de  cette  expression,  analogue  à  l'anc.  fr.  puiscedi. 


48  ARTHUR    LANGFORS. 

IV.  Et  souvenez-vous,  s'il  vous  plaît,  de  la  promesse  que  vous 
me  fîtes  au  moment  de  la  séparation,  dont  j'eus  alors  le  cœur 
gai  et  joyeux  pour  la  bonne  attente  dans  laquelle  vous  me  dites 
de  rester.  J'en  eus  grande  joie,  quoique  maintenant  le  mal  s'ag- 
grave, et  j'en  aurai  encore,  de  la  joie,  quand  il  vous  plaira,  bonne 
dame,  car  je  vis  dans  l'espoir. 

V.  Et  aucune  souflfi'ance  ne  m'effraie,  pourvu  que  je  pense 
par  cela  obtenir  en  ma  vie  une  récompense  quelconque  de  ma 
dame;  les  souffrances  me  sont  au  contraire  joie  et  plaisir,  seule- 
ment à  cause  de  ceci  qu'Amour  assure  qu'un  amant  fidèle  doit  par- 
donner grands  torts  et  gentiment  souffrir  de  la  peine  pour  gagner. 

VI.  Ahl  si  elle  venait  une  fois,  l'heure  où  je  voie,  dame,  que 
vous  vouliez  m'honorer  par  pitié  tant,  que  vous  vouliez  seulement 
m'appeler  ami  ! 


VII.  —  Bartsch,  Grmidr.,  213,  7. 

Manuscrits  :  I,  fol.  103  (Mahn,  Ged.,  n»  678);  K,  fol,  91a-b;  d,  fol.  290^ 
(copie,  exécutée  au  xvi»  siècle,  du  ms.  K). 

Éditions  :  Les  vers  1-6  et  37-9  ont  été  imprimés  (d'après  /  ou  K)  par 
Raynouard,  Choix,  V,  195,  et  d'après  lui  par  Mahn,  Werke,  I,  116. 
Hûffer,  G.  de  Cab.,  p.  47,  n»  yi  (d'après  Mahn  et  probablement  d'après 
le  ms.  d,  qu'il  a  corrigé  sans  avertir). 

La.  versification  et  la  langue.  —  La  chanson  se  compose  de  quatre 
huitains  de  décasyllabes  [coblas  unissonans)  dont  les  rimes  sont  dis- 
posées ainsi  : 

abhaccdd 

(Maus,  Strophefibau,  p.  116,  n"  535,20;  cf.  C.  Appel,  Peire  Milon, 
dans  Revue  des  langues  rom.,  XXXIX,  1896,  p.  189,  note);  et  d'un 
cinquième,  sur  des  rimes  différentes  : 

ababccdd 

(Maus,  Strophenbau,  p.  109,  n"  359,4:.) 

L'authenticité  de  cette  dernière  strophe  a  été  contestée  par  Hûffer 
(p.  59)  et  par  Bartsch,  dans  une  note  de  la  seconde  édition  de  Diez, 
Leben  und  Werke,  1882,  p.  78,  n.  2,  mais  défendue  par  M.  A.  Kolsen 
{Rom.  Forsch.,  XXIII,  494,  n.  1),  toutefois  avec  des  arguments  en  par- 
tie peu  solides,  étant  donné  qu'il  cite  de  mauvais  textes  des  chansons 
Ar  vey  et  Lo  dous  cossire.  Sur  son  explication  de  l'énigme  contenue 
dans  les  derniers  vers,  voir  ci-dessus,  p.  11. 

IV.  —  26.  Il  s'agit  sans  doute  d'un  verbe  engreiar,  *ingreviare, 
«  aggraver  »,  qui  manque  dans  les  dictionnaires. 


LE   TROUBADOUR    GUILHEM    DE   GABESTANH.  49 

Le  subjonctif  seia  (pour  sia)  est  assuré  par  la  rime  v.  18.  C'est  une 
forme  qui  semble  appartenir  aux  régions  catalane  et  gasconne.  Voir 
A.  Harnisch,X»ie  altprovejizalische Praesens-und  Imperfect-Bildung 
{Ausgaben  und  Abhandlia^gen,  p.  p.  E.  Stengel,  n"  XL),  Marburg, 
1885,  p.  42,  etc.  Appel,  Revue  deslangues  rom.,  1896,  p.  201.—  Sur  les 
participes  en  -ia  ijausial),  voir  Stronski,  Folquet  de  Marseille,  p.  136'. 

Auteur  :  Guillems   de  Capestaing  (dans  tous  les  manuscrits). 
Graphie  de  1.  Certains  italianismes  ont  été  écartés. 

I.  Moût  m'alegra  douza  vos  per  boscaje, 
Gan  retentis  sobral  ram  qui  verdeia, 
E-1  rossignols  de  son  chantar  chandeia 

4    Josta  sa  par  el  bosc  per  plain  usaje, 
Et  aud  lo  chant  de  l'ausel  qui  tentis, 
Don  mi  membra-1  douza  terra  e^l  pais 
E"l  benestar  de  ma  domna  jausia, 

8    Don  mi  dei  ben  alegrar,  s'en  sabia. 

II.  Ben  dei  aver  gran  joi  en  mon  corage, 

Pois  totz  bons  pretz  en  ma  dompna  s'autreia, 

E  de  beutat  null'autra  non  enveia, 
12    Tant  la  fe  Deus  de  covinent  estaje  ; 

Car  se  era  entre  sos  enemis 

Non  dirien  qu'om  mais  tan  bella  vis  : 

Senz  es  en  lei,  beutatz  e  cortesia; 
16    Hom  non  la  vei  qui  cent  tans  meill  no'n  dia. 

III.  En  autra  terra  irai  penre  lengaje. 

Si  que  ja  mai  en  aquesta  non  seia, 
E-1  lausengier,  qui  m'an  mort  per  enveia, 

20    N'aurau  gran  joi  can  me  veran  salvaje  ; 
E-m  mènerai  com  paubres  peleris, 
E*l  désirer  mi  auran  tost  aucis, 
E  se  mai  non,  ben  ai  Amor  servida 

24    E  servirai  tôt  lo  jorn  de  ma  vida. 

I.  —  2  retentix  /,  rententix  A'.  —  8  rossignol  /,  rosingnol  K.  —  .5  tentix 
IK.  —  6  D.  mi  remembra  d.  terra  el  p.  IK.  —  8  deu  IK, 

II.  —  2  tut  bon...  sautraia  IK.  —  11  altra  K;  nô  IK.  — 12  conuinent  K. 
—  13  enemics  /,  ennemies  K.  —  14  que  anc  m.  IK.  —  15  beutat  IK.  —  16 
tant  IK;  nô  IK. 

III.  —  17  irei  penrer  IK.  —  18  aiquesta  K;  sia  IK.  —  19  Elausen- 
gier  /,  Et  1.  K.  —  20  ca  /.  cam  K.  —  21  E  menerei  [Hûffer  corrige: 
E  m'en  irai)  c.  paubre  pelegrin  IK.  —  22  mi  manque  dans  IK;  Hûffer 
corrige  :  m'auran  tantost.  —  24  Et  K. 

ANNALES  DU   MIDI.    —    XXVI.  4 


èO  AKTHUR   LANGFORS. 

IV.  Va  te"n,  sospir,  en  loc  de  fin  messatge, 
Dreit  a  midoii  o  totz  bons  pretz  s'autreia, 
E  digaz  li  que  autre  no  m'enveia 

28    Nim  slau  aclin  vers  autre  seingnoratge. 
Gan  mi  membra  son  bel  oill  e  son  vis 
A  pauc  nom  muer  can  de  lei  me  partis. 
Partis?  Non  me,  nei  ja  ni  me  partria, 

32    Anz  es  mos  cors  ab  leis  e  noit  e  dia. 

V.  Tant  es  de  pretz  e  de  valor  enclausa 
Que  eu  non  volgra  que  fos  ma  cusina, 
E  vertadiers  en  roman  qui  la  lausa, 

36    Ni  non  a  par  de  ci  tro  a  Mesina; 

E  si  volez  qu'eu  vos  diga  son  nom, 

Ja  non  trobafes  alas  de  colom 

O  nol  trovez  escrig  senes  falenza; 
40    Mais  an  lezer  en  monstre  cognoscenza. 

I.  Je  me  réjouis  d'écouter  une  douce  voix  par  le  bocage,  quand 
elle  retentit  sur  le  rameau  verdoyant  et  quand  le  rossignol  fait  le 
beau  en  clumlant  à'  côlé  de  sa  compagne  doucement,  et  quand 
j'entends  le  chant  de  l'oiseau  qui  retentit;  alors  je  pense  à  la 
douce  contrée  et  au  pays  et  à  la  perfection  de  ma  gracieuse  dame, 
chose  (?)  dont  je  devrais  bien  me  réjouir  si  je  pouvais. 

II.  Je  dois  bien  avoir  une  grande  joie  dans  mon  cœur,  puisque 
toutes  les  qualités  s'accordent  en  ma  dame  et  qu'elle  n'a,  en  fait 
de  beauté,  rien  à  envier  à  aucune  autre  femme,  tellement  Dieu  la 
fit  gracieuse.  Car  même  si  elle  se  trouvait  au  milieu  de  ses  enne- 
mis, personne  ne  dirait  qu'il  ait  jamais  vu  une  aussi  belle  femme. 
Elle  possède  la  sagesse,  la  beauté  et  la  courtoisie.  Jamais  homme 
ne  la  vit  qui  ne  la  louât  cent  fois  plus  [que  moi]. 

III.  J'irai  dans  un  autre  pays  de  sorte  que  je  ne  serai  plus 
jamais  dans  celui-ci,  et  les  médisants,  qui  m'ont  tué  par  leur  envie, 

IV.  —  25  Val...  mesaie  A'.  —  26  tôt  bon  IK.  —  28  seingnoraie  K.  — 
29  Cà  /,  Cam  A'.  —  30  nô  IK;  mor  A'.  —  32  mon  cor  ab  lei  IK;  le  pre- 
mier e  manque  dans  IK. 

V.  —  34  Q'u  /,  Qeu  K.  —  35  uertadier  eu  IK.  —  37  voletz  K.  —  38  tro- 
beres  IK  ;  colomp  /,  colomb  A'.  —  40  au  leier  emonster  c.  IK. 

I.  —  3.  Chandeja  semble  être  une  variante  de  coindejar. 
III.  —  ]7.  L'expression  penre  lengaje  no  se  rencontre  pas  ailleurs. 
M.  i^evy  le  traduit  dubitativement  par  «  prendre  domicile.  »   Le  passage 


LE   TROUBADOUR   GUILHEM    DE   GABESÏANH.  51 

s'en  réjouiront  quand  ils  me  verront  errant,  et  je  me  conduirai 
comme  un  pauvre  pèlerin,  et  le  désir  m'aura  bientôt  tué,  et  quand 
même  je  n'obtiendrais  rien  autre  chose  (?),  j'aurai  bien  servi 
Amour  et  je  le  servirai  tous  les  jours  de  ma  vie. 

IV.  Va-fen,  soupir,  en  place  de  bon  messager,  droit  chez  ma 
dame  où  toutes  les  qualités  se  réunissent,  et  dis-lui  que  je  ne 
désire  aucune  autre  femme  ni  ne  me  soumets  à  aucune  autre  sei- 
gneurie. Quand  je  me  souviens  de  ses  beaux  yeux  et  sa  figure,  je 
suis  sur  le  point  de  mourir  au  moment  de  me  séparer  d'elle.  M'en 
séparer?  Non  point,  car  jamais  je  ne  me  séparerai  d'elle,  mais 
mon  cœur  reste  avec  elle  nuit  et  jour. 

V.  Elle  est  entourée  de  mérites  et  de  qualités  à  un  tel  point  que 
je  ne  voudrais  pas  qu'elle  fût  ma  cousine  (?),  et  celui-là  reste  sin- 
cère (véridique)  qui  la  loue,  et  elle  n'a  pas  sa  pareille  d'ici  jusqu'à 
Messine,  El  si  vous  voulez  que  je  vous  dise  son  nom,  vous  ne  trou- 
verez pas  une  aile  de  pigeon  où  vous  ne  le  trouviez  écrit  sans 
faute;  mais  à  l'occasion  je  vous  le  fais  suviùr  (?). 


est  peut-être  corrompu.  Un  pourrait  penser  à  un  mot  comme  logatge, 
avec  le  même  sens  que  logar  (Levy,  SW.,  IV,  426)  «  demeure  ». 

40.  Vers  certainement  altéré;  M.  Jeanroy  me  propose  la  correclion  : 
Mais  sapcha  lieire  e  ^nonstrar  c,  c'est-à-dire  «  pourvu  qu'il  sache  lire 
et  montrer  de  l'intelligence  ».  Pour  l'explication  de  l'énigme,  voir  ci- 
dessus,  p.  11,  une  hypothèse  ingénieuse,  mais  peu  convaincante  de 
M.  Kolsen.  Diez  (Leben  imd  Werke,  2*'  éd.,  p.  78)  a  vu  dans  la  mention 
du  pigeon,  aux  couleurs  de  nacre,  une  allusion  à  Margarida  «  perle  ». 


(A  suivre.)  Arthur  Langfors. 


LA  CO^'TREBAl\DE  DES  TOILES  PEL\TES 

EN   PROVENCE  AU  XVIII»   SIÈCLE' 


Le  développement  des  manufactures  avait  été  l'une  des 
idées  maîtresses  de  Golbert;  ses  successeurs  ne  pensèrent 
pas  autrement,  mais  exagérèrent  encore  les  mesures  protec- 
tionnistes qui  paraissaient  indispensables  pour  assurer  ce 
développement.  C'est  ainsi  que  pour  favoriser  les  fabriques 
de  lainages  du  royaume,  un  arrêt  du  30  avril  1686  établissait 
un  droit  de  deux  écus  (six  livres)  par  pièce  (dix  aunes)  de 
toile  de  coton  et  de  quatre  livres  par  livre  pesant  de  couvertu- 
res, chemisettes,  cravates  et  autres  ouvrages  de  coton  entrant 
par  mer  (bureaux  de  Rouen,  le  Havre,  Dieppe,  Calais,  La 
Rochelle,  Nantes,  Bordeaux,  Rayonne)  et  par  terre  (bureaux 
de  Lyon,  Septèmes,  Narbonne)  en  sus  des  droits  précédem- 
ment établis.  Ces  droits  furent  bientôt  considérés  comme 
insuffisants.  Un  arrêt  du  Conseil  du  10  février  1691  prohiba 
absolument  l'entrée  et  le  débit  en  France  des  toiles  de  coton 
et  mousselines  des  Indes,  à  peine  de  confiscation  des  étoffes 
et  3.000  livres  d'amende.  Ces  pénalités  furent  renouvelées 
par  les  arrêts  d'octobre  1701,  de  juillet  1708,  août  1709, 
août  1710,  février  et  mars  1715.  En  juillet  1717,  une  ordon- 

1.  Les  matériaux  de  cette  étude  nous  ont  été  fournis  par  les  dossiers 
conservés  aux  archives  départementales  des  Bouches-du-Rliône  (C.  2800. 
2302,  2750-2751)  et  aux  archives  de  la  Chambre  de  commerce  de  Marseille 
(en  cours  de  reclassement).  —  Voir  pour  les  généralités  :  G.  Martin,  la 
grande  industrie  en  France  sous  le  règne  de  Louis  XIV,  1899,-  la 
grande  itidustrie  en  France  sous  le  régne  de  Louis  XV,  1903;  — 
P.  Masson,  Histoire  du  commerce  français  dans  le  Levant  au 
XVII'  siècle,  189i3;  Histoire  du  commerce  français  dans  le  Levant  au 
XVIII'  siècle,  1911. 


LA   CONTREBANDE   DES   TOILES    PEINTKS.  53 

nance  porte  que  tout  individu  convaincu  d'avoir  introduit 
en  France  des  toiles  peintes  sera  condamné  aux  galères  à 
perpétuité;  tout  marchand  qui  en  possédera  sera  déchu  de  sa 
maîtrise. 

Ces  arrêts  et  ordonnances  devaient  être  appliqués  en  Pro- 
vence comme  dans  les  autres  piovinces;  mais  la  situation 
particulière  de  Marseille  créait  certaines  difficultés.  L'édit 
de  mars  1669  avait  établi  la  franchise  du  port.  Fallait-il  éten. 
dre  <à  Marseille  les  mesures  arrêtées  pour  l'ensemble  du 
royaume  ou,  au  contraire,  l'en  excepter?  Les  Marseillais, 
naturellement,  prétendaient  être  exempts,  en  vertu  de  l'édit 
de  mars  1669.  Us  trouvèrent  dans  l'intendant  Lebret  un  avo- 
cat zélé.  Le  24  mai  1688,  Lebret  écrivait  au  contrôleur  géné- 
ral qu'il  attendait  de  nouveaux  ordres  avant  de  faire  saisir 
les  étoffes  chez  les  marchands,  de  peur  de  les  ruiner.  «  Je  ne 
crois  pas  que  l'exécution  de  cet  arrêt  regarde  aucunement  la 
ville  de  xMarseille,  car,  au  moyen  de  son  port  franc,  des  bu- 
reaux établis  aux  environs  de  son  terroir  et  de  la  domaniale, 
que  ses  habitants  paient  actuellement,  elle  doit  être  considé- 
rée à  cet  égard  comme  une  ville  étrangère;  outre  que  si  on 
ôloit  la  liberté  d'y  faire  entrer  ces  sortes  de  marchandises, 
il  en  arriveroit  deux  inconvénients  :  l'un,  que  les  Marseillais 
seroient  privés  d'en  fournir  l'Espagne  et  autres  pays  étran- 
gers, d'où  ils  rapportent  en  France  des  lingots  d'argent  et  les 
piastres  qui  sont  absolument  nécessaires  pour  le  commerce 
du  Levant,  et  l'autre  que  certaines  manufactures  du  royaume, 
et  particulièrement  celles  des  bonnets  qui  se  fabriquent  en 
cette  ville,  en  souffriroient  une  diminution  considérable, 
puisqu'elles  n'ont  de  débit  dans  le  Levant  qu'en  échange  de 
ces  toiles  de  coton'  ». 

Les  ministres  du  roi  parurent  d'abord  accepter  cette  ma- 
nière de  voir.  Informée  «  qu'il  se  manufacturoit  dans  la  ville 
de  Marseille  divers  ouvrages  piqués  sur  la  toille  de  coton 
blanche,  comme  couvertures,  jupes,  toillettes  et  autres  qui 


1.  Boislisle,  Correspo?ida?ice  des  contrôleurs  généraux  des  finances 
avec  les  intenda?its  des  provinces,  I,  p.  579. 


5'l  V.-L.    BOUKRILLY. 

doiineiitla  subsistance  à  un  grand  nombre  de  familles,  mesme 
qu'il  se  fait  encore  en  ladicte  ville  de  Marseille  des  bas,  chemi- 
settes, caleçons  et  autres  ouvrages  de  coton  au  tricot,  parti- 
culièrement pour  les  chiourmes  des  galères  »,  Sa  Majesté 
consentit  à  décharger  ces  produits  du  droit  de  4  livres,  aux 
bureaux  de  Septèmes  (pour  la  Provence)  et  d'Arles  (pour  la 
foire  de  Beaucaire).  L'intendant  fut  moins  heureux  après 
l'édit  du  10  févriei  1691  :  à  ses  observations  on  répondit 
par  des  «  ordres  très  fulminants  ».  Le  4  juillet,  Lebret  ren- 
dait une  ordonnance  par  laquelle  il  était  défendu  «  à  tous 
marchands  et  négociants  de  Marseille  de  faire  entrer  par  mer 
ou  autrement  aucunes  toiles  de  coton  peintes,  teintes  et  blan- 
ches, soit  des  Indes,  du  liCvant  ou  autres  pays  étrangers,  à 
peine  de  confiscation  desdites  marchandises  et  des  bâti- 
ments sur  lesquels  elles  se  trouveroient  avoir  été  apportées 
et  de  3.000  livres  d'amende  »;<à  tous  marchands  et  paiticuliers 
d'en  exposer  en  vente  sous  pareilles  peines;  un  inventaire 
des  toiles  peintes  ou  teintes  existant  en  magasin  était  pres- 
crit; les  étoffes  seraient  déposées  dans  un  magasin  fermé  à 
clef,  en  attendant  la  possibilité  de  les  exporter  en  pays  étran- 
ger. 

Cependant  les  protestations  des  échevins  marseillais  contre 
l'arrêt  du  10  février  et  contre  l'ordonnance  du  4  juillet  furent 
si  véhémentes  que  Pontchartrain  accorda  quelques  tempéra- 
ments. Le  12  octobre  1691,  il  informait  les  échevins  que  le 
roi  aulorisau  l'entrée  des  toiles  du  Levant  destinées  à  la  con- 
fection des  couvertures  piquées  à  débiter  dans  le  royaume, 
mais  à  condition  qu'on  n'emploierait  que  des  toiles  apportées 
du  Levant,  par  des  Français,  et  tirées  de  l'entrepôt  qu'on 
avait  concédé  aux  marchands.  Il  fallait  prendre  de  sérieuses 
précautions  contre  la  contrebande;  en  cas  d'abus,  si  on  débi- 
tait des  toiles  non  piquées  ou  si  on  employait  des  toiles  des 
Indes,  provenant  du  commerce  des  Anglais  ou  des  Hollan- 
dais, la  permission  serait  immédiatement  supprimée.  Le 
26  octobre  1694,  l'introduction  à  Marseille  des  toiles  bleues 
du  Levant  fut  autorisée,  comme  celle  des  toiles  blanches  : 
elles  devaient  être  mises  au  dépôt  en  attendant  l'expédition 


LA    CONTREBANDE   DES   TOILES   PEINTRS.  55 

à  l'étranger,  l'expédition  dans  le  royaume  étant  sévèrement 
interdite.  C'était  pour  ne  pas  atteindre  le  commerce  du  Le- 
vant que  le  gouvernement  faisait  ces  concessions;  on  ne 
laissait  entrer  que  les  cotonnades,  toiles  blanches  ou  toiles 
peintes,  venant  du  Levant.  Celles  des  Indes,  en  dépit  de  la 
franchise  du  port,  étaient  prohibées.  La  prohibition  fut 
renouvelée  dans  l'arrêt  du  10  juillet  1703,  qui  confirmait 
l'édit  de  port  franc  de  mars  1669,  toujours  sous  peine  de  con- 
fiscation et  de  3.000  livres  d'amende. 

Au  début  du  règne  de  Louis  XV,  tandis  que  le  régime 
prohibitif   devenait    plus    rigoureux    pour    l'ensemble    du 
royaume,  le  régime  du  poit  de  Marseille  se  précisait  et,  en 
se    précisant,    se    détendait    légèrement  de   sa   précédente 
rigueur.  Un  arrêt  du  30  mars  1720  permettait  «  dans  la  ville 
port  et  territoire  de  Marseille  l'entrée,  le  commerce  et  l'usage 
des  toiles  de  coton  blanches  venant  à  droiture  du  Levant, 
lesquelles  néantmoins  ne  pourront  être  introduites  dans  le 
royaume  qu'après  avoir  été  piquées  et  employées  en  couver- 
tures, bonnets   et   autres  ouvrages  faits  en  ladite  ville  de 
Marseille  ».  Jusqu'ici  rien  de  nouveau;  mais  voyons  la  suite  : 
f  les  étoffes  de  soye  pure  ou  mêlées  d'or  et  d'argent,  d'écor- 
ces  d'arbres,  laine,  fil  et  coton,  ou  autres  sortes  d'étoffes  du 
crû  ou  fabrique  du  Levant,  des  Indes  ou  de  la  Chine,  celles 
peintes  en  furies  ou  à  fleurs,  les  toiles  peintes  provenantes 
desdits  pays  ou  contrefaites  dans  d'autres  lieux  et  mesme  les 
toiles  peintes  et  à  carreaux  qui  sont  du  crû  et  fabrique  du 
Levant^  des  Indes  et  de  la  Chine  »  pourront  entrer  dans  la 
ville,  port  et  territoire  de  Marseille,  mais  seulement  pour 
être  transpoitées  dans  les  pays  étrangers.  Au  r^-ste,  faisait 
Sa  Majesté  «  ti'ès  expresses  inhibitions  et  deffenses  aux  mar- 
chands, négocians  et  autres  habitans  de  la  dite  ville  de  Mar- 
seille d'en  faire  aucun  usai;e  pour  habillemens  ou  meubles 
en  quelque  manière  et  sous  quelque  prétexte  que  ce  soit,  ni 
d'en  introduire  dans  le  royaume  sous  les  peines  portées  par 
les  arrêts  des  27  août  1709  et  17  septembre  1719,  qui  seiont 
au  surplus  exécutés  dans  ladite  ville,  port  et  territoire  de 
Marseille  ».  L'interdiction  sur  le  territoire  de  Marseille  de 


50  V.-L.    BOURRILLY. 

l'usage  des  toiles  peintes  pour  meul;)les  et  habillements  avait 
été  édictée  sur  la  réclamation  de  la  Compagnie  des  Indes  ;  elle 
fut  rapportée  par  arrêt  du  7  septembre  1720. 

L'application  de  ce  régime  spécial  eut  une  double  consé- 
quence.  D'abord,   tandis  que  dans  le  royaume  l'industrie 
cotonnière,  sacrifiée  à  l'industrie  lainière,  était  annihilée,  elle 
put  prendre  à  Marseille  un  certain  développement.  Le  coton 
y  arrivait  brut  (en  laine)  ou  en  filés,  ou  encore  sous  forme 
de  toiles  blanches  qui  étaient  imprimées  ou  teintes  dans  la 
ville  même  ou  dans  son  terroir.  La  fabrication  des  indiennes 
est    constatée   dans    les    dernières    années    du    règne    de 
Louis  XIV.  Lorsque  la  crise  provoquée  par  la  peste  de  1720 
eut  passé,  l'arrêt  du  ^0  mars  1720  porta  ses  fruits.  Une  sta- 
tistique  de   1733  dénombre  24   ateliers  de  «  peintures  en 
indiennes  >  à  cette  date.  Si  l'on  en  croit  les  termes  d'une  pé- 
tition où  J.-R.  Wetter,    en   1744,   demandait  le   privilège 
exclusif  pour  la  fabrication  d'indiennes  riches,  ces  ateliers 
ne  produisaient  que  des  étoffes  grossières  d'un  prix  modique, 
à  l'usage  des  gens  de  mer  ou  pour  l'exportation  en  Catalo- 
gne, aux  Baléares,  en  Italie  :  les  dessins  manquaientde  déli- 
catesse et  la  couleur  ne  résistait  pas  au  lavage.  Telles  quelles 
cependant  ces  étoffes  avaient  un  grand  débit  et,  avec  celles 
qui  venaient  du  Levant,  elles  étaient  exportées  non  seulement 
à  l'étranger,  mais  aussi  dans  la  Provence  et  dans  le  royaume. 
Car,  —  et  c'était  une  autre  conséquence  de  la  franchise  du 
port  et  de  la  situation  de  Marseille,  —  il  se  faisait  des  indien- 
nes une  intense  contrebande.  Grandes  dames  et  bourgeoises 
raffolaient  des  indiennes  de  luxe.  Saint  Simon  témoigne  de 
la  vogue  dont,  en  dépit  et  peut-être  même  à  cause  des  édits, 
ces  étoffes  jouissaient  à  la  cour.  Quant  aux  pauvres  gens,  les 
méridionaux  particulièrement,  ils  préféraient  ces  cotonna- 
des aux  lainages  en  raison  de  la  modicité  du  prix  et  de  l'éclat 
des  couleurs.  Toutes  les  classes  de  la  société  manifestaient 
la  même  prédilection.   Les  contrebandiers  étaient  toujours 
assurés  d'écouler  leurs  marchandises  à  des  prix  rémunéra- 
teurs et  pouvaient  assez  souvent  compter  sur  de  hautes  com- 
plicités ou  de  puissantes  influences. 


LA   CONTREBANDE   DES   TOILES    PEINTES.  57 

Pour  enrayer  l'engouement  public,  le  gouvernement  ne 
voyait  qu'un  moyen,  c'était  de  répéter  les  édits  prohibitifs  en 
aggravant  les  pénalités.  C'est  ce  qu'il  fit  à  plusieurs  reprises, 
sans  se  décourager,  la  répétition  même  des  mesures  eu 
prouvant  l'inefficacité.  L'édit  d'octobre  1726  fut  particuliè- 
rement rigoureux,  presque  féroce.  L'introduction  dans  le 
royaume  des  toiles  peintes  ou  teintes,  des  écorces  d'arbre  ou 
étofi"es  de  la  Chine,  des  Indes  et  du  Levant  était  absolument 
interdite.  Les  contrevenants,  s'ils  étaient  arrêtés  armés  et 
trois  ou  plus  ensemble,  seraient  passibles  de  la  peine  de 
mort  ;  s'ils  étaient  moins  de  trois  et  armés,  de  trois  ans  de 
galères  et  de  la  confiscation  des  biens,  ou  d'une  amende  attei- 
gnant au  moins  le  quart  des  biens;  200 livres  d'amende  pour 
ceux  qui  seraient  arrêtés  sans  armes;  en  cas  de  récidive,  de 
six  à  neuf  ans  de  galères.  Un  arrêt  du  Conseil  du  28  novem- 
bre 1730  confirma  ces  pénalités.  La  publication  de  ces 
mesures  devait  être  renouvelée  tous  les  six  mois  :  intendants 
et  subdélégués,  comme  les  agents  des  fermes,  étaient  invités 
à  en  assurer  l'exécution  d'une  manière  toute  spéciale. 

En  dépit  de  sa  rigueur,  le  nouvel  édit  ne  fut  pas  plus  effi- 
cace que  ceux  qui  l'avaient  précédé.  C'est  ce  que  constate 
lui-même  l'intendant  de  Provence,  M.  de  la  Tour^  dans  une 
lettre-circulaire  datée  d'Aix,le  18  juillet  1735.  Envoyant  à  ses 
subordonnés  des  exemplaires  de  l'arrêt  et  des  édits,  il  leur 
rappelle  l'obligation  de  les  faire  publier  tous  les  dix  mois. 
«  L'objet  de  ces  publications  réitérées  a  été  de  faire  cesser 
l'usage  abusif  dans  lequel  étoient  nombre  de  personnes  de 
porter  des  habits  de  toiles  peintes  ou  autres  étoffes  prohi- 
bées. »  Malgré  cela,  le  contrôleur  général  est  averti  que  «  l'on 
porte  avec  plus  de  licence  que  jamais  des  habits  de  celte 
espèce,  non  seulement  dans  les  campagnes,  mais  encore  dans 
les  villes.  »  Il  ajoute  que  cette  licence  qui  avait  paru  revivre 
depuis  peu  à  Paris  a  été  réprimée  par  différentes  saisies  qui 
y  ont  été  faites.  D'où  la  nécessité  de  redoubler  de  rigueur. 


1.  Jean-Baptiste  des  Gallois  de  la  Tour,  intendant  de  Provence  de  1734 
à  1747. 


58  V.-L.    BOURRILLY. 

«  II  ne  faut  point  s'attacher  à  faire  saisir  des  bagatelles, 
comme  de  vieux  tabliers  ou  de  mauvais  jupons,  qui,  sans 
produire  aucun  effet,  n'occasionnent  que  des  vexations  contre 
des  misérables;  mais  le  ministre  souhaite  qu'il  soit  fait  quel- 
ques exemples  d'éclat  qui  puissent  contenir  les  personnes 
qui  ont  du  goùl  pour  ces  sortes  d'habillements  et  de  parures 
et  faire  cesser  un  abus  si  préjudiciable  aux  manufactures  du 
royaume  ^  » 

C'était  fort  bien  parler;  mais  au  moment  même  où  M.  de 
la  Tour  donnait  ces  ordres,  le  directeur  général  des  fermes 
unies  lui  expliquait  les  raisons  du  développement  de  la 
contrebande  et  indiquait  le  meilleur  moyen,  selon  lui.  de  la 
faire  cesser.  «  Vous  savés  qu'on  n'a  jamais  été  en  usage  dans 
cette  province  de  dépouiller  dans  les  villes  les  particuliers 
qui  usent  des  toiles  peintes;  les  conséquences  en  ont  apara- 
ment  paru  trop  grandes  et  capables  d'exciter  le  peuple,  sur- 
tout dans  un  pays  chaud  où  les  gens  du  bas  étage  sont  presque 
les  seuls  qui  s'habillent  de  toiles  peintes  de  peu  de  valeur. 
On  s'est  réduit  cà  empêcher  l'introduction  des  marchandises 
prohibées,  de  saisir  celles  ({ui  ont  été  trouvées  cachées  parmi 
d'autres  sujetes  aux  droits  déclarés  dans  les  bureaux,  celles 
trouvées  sur  quelques  particuliers  sans  être  employées  en 
habits  ou  meubles.  Marseille,  par  la  franchise  de  son  port, 
se  trouve  être  le  dépôt  général  des  toiles  peintes  et  autres 
étoffes  du  Levant.  Il  y  a  plusieurs  fabriques  de  toiles  peintes 
et  les  unes  et  les  autres  peuvent  être  introduites  dans  les 
provinces  voisines  et  même  dans  les  autres  ports  de  Provence 
par  la  voye  de  mer...  Le  territoire  de  Marseille  est  coupé  par 
une  infinité  de  chemins  obliques;  les  brigades  des  environs 
ne  sçauroient  les  garder  tous  et  c'est  quelquefois  le  hasard 
•  |iii  donne  lieu  cà  des  saisies  sur  des  contrebandiers  qui  se 
sauvent;  les  autres  prennentsi  bien  leurs  mesures  que  malgré 
la  vigilance  des  employés,  ils  en  évitent  la  rencontre.  »  Pour 
supprimer  la  contrebande,  il  faudrait  faire  arrêter  &  les  gens 
renommés  pour  contrebandiers  et  les  faire  éloigner  sur  des 

l.  Archives  B.-du-Rh.,  G.  2300. 


LA    CONTREBANDE  DES   TOILES    PEINTES.  59 

lettres  de  cachet  et  fermer  les  entrepôts  dans  lesquels  ces 
miirchaiidises  sont  détaillées  au  public.  On  prétend  que  les 
inaisoi\s  de  plusieuis  personnes  de  distinction  à  Aix  servent 
d'entrepôt,  que  les  détaillans  tirent  les  marchandises  à 
mesure  du  débit  et  que  même,  dans  aucunes  de  ces  maisons, 
on  y  vend  des  toiles  peintes...  On  n'a  pas  cru  devoir  exposer 
les  emplo5^és  à  visiter  de  semblables  maisons  où  ils  auroient 
pu  être  refusés  et  peut-être  maltraités'  ». 

Le  10  avril  1736,  un  nouveau  règlement  interdit  le  port 
des  toiles  peintes  et  prescrivit  de  verbaliser  contre  toute  per- 
sonne, indistinctement,  que  l'on  trouverait  vêtue  de  toiles 
peintes  et  d'étoffes  de  contrebande.  Les  agents  des  fermes  ne 
devaient  pas  dépouiller  ceux  qui  en  étaient  vêtus,  «  mais 
seulement  en  dresser  leurs  procès  verbaux  bien  circons- 
tanciés, avec  assignation  par  devant  M.  l'intendant  pour  en 
voir  prononcer  la  confiscation  et  être  condamnés  à  l'amende^  » . 

L'application  de  ce  règlement,  qui  ne  fut  peut-être  pas 
partout  faite  avec  les  réserves  prescrites,  provoqua  le  plus 
vif  mécontement.  A  Toulon,  par  exemple,  les  protestations 
furent  générales  :  nous  en  trouvons  un  écho  dans  les  lettres 
adressées  le  2  octobre  au  contrôleur  général,  Orry,  par  M.  de 
Marnezia  et  par  le  maire  et  les  consuls  de  la  ville.  «  L'ex- 
trême pauvreté  qui  règne  dans  cette  ville  et  le  bas  prix  des 
indiennes  et  toilles  peintes  qu'on  peut  laver  comme  le  linge 
ont  engagé  presque  toutes  les  femmes  et  filles  d'en  faire 
usage  et  rien  n'est  plus  certain  que  les  trois  quarts  de  nos 
habitans  n'ont  uniquement  que  des  indiennes  pour  se  cou- 
vrir, »  Les  Toulonnais  sont  respectueux  des  lois.  Ceux  des 
habitants  qui  ont  le  moyen  de  remplacer  les  étoffes  prohibées 
ont  cessé  de  les  porter.  «  Mais  les  autres,  n'ayant  uniquement 
que  des  indiennes  pour  se  couvrir,  sont  réduits  à  la  dure 
nécessité  de  rester  enfermés  dans  leurs  maisons  pour  ne  pas 


1.  Grimod  de  Beauregard  à  M.  de  la  Tour,  Arles,  18  juillet  1735.  Arch. 
B.-du-Rh.,  C.  2300. 

2.  Arch.  B.-du-Rh.,  C.  2302  (texte  du  règlement  du  10  avril  1736);  C.23(X), 
lettre  de  la  Compagnie  des  fermes  à  M.  Grimod  de  Beauregard,  13  sep- 
tembre 1736. 


60  V.-L     BOURRILLY. 

s'exposer  à  êlre  querellés  en  contravention;  les  rues  sont 
presque  désertes,  ce  qui  cause  un  grand  dérangement  dans  la 
ville  et  rappelle  les  idées  du  temps  affreux  de  la  contagion 
[la  peste  de  1720].  »  La  situation  est  d'autant  plus  digne 
d'intérêt  «  que  la  plus  grande  partie  de  ces  femmes,  tilles  et 
enfans  ne  vivent  au  jour  la  journée  que  de  leur  travail 
manuel,  ce  qu'ils  ne  peuvent  faire  aujourd'huy,  n'osant  plus 
quitter  leurs  maisons  étant  hors  d'état  de  pouvoir  acheter 
d'autres  étoffes.  Dans  cette  triste  situation,  tout  gémit  et  se 
trouve  à  la  veille  de  mourir  de  faim.  »  Les  rues  présentaient 
un  aspect  à  la  fois  lamentable  et  comique.  L'on  y  voit  «  un 
nombre  de  femmes  et  de  filles  vêtues  des  vieilles  culottes  et 
capotes  de  leurs  maris,  pères  et  frères  »  »  Spectacle  tou- 
chant! »  ajoutent  les  consuls  qui  sollicitent  une  «  prorogation 
convenable  »  pour  le  port  des  habits  d'étoffes  prohibées,  afin 
de  permettre  aux  pauvres  de  gagner  l'argent  nécessaire  à 
l'achat  de  vêtements  de  rechange'.  —  A  Aix,  le  18  octobre, 
une  émeute  faillit  éclater.  Les  agents  des  fermes  ayant  voulu 
verbaliser  contre  plusieurs  femmes  vêtues  d'indiennes,  ils 
furent  assaillis.  Ils  se  retirèrent  auprès  de  l'intendant  pour 
porter  plainte  contre  les  violences  dont  ils  étaient  victimes. 
En  sortant,  ils  furent  «  chargés  dé  pierres  par  plus  de  six 
cents  personnes  qui  les  avaient  suivis  jusque  chez  l'inten- 
dant. »  Le  rapport  transmis  au  contrôleur  général  signalait 
parmi  celles  qui  avaient  le  plus  excité  le  populaire  contre  les 
employés  «  la  nommée  Marie  Bernard,  connue  pour  faire  la 
contrebande,  et  la  nommée  Nicolas,  bijoutière^,  » 

Dès  qu'il  fut  prévenu  de  ces  faits,  Orry  prescrivit  de  ne. 
pas  céder.  Il  refusa  le  délai  sollicité  par  les  consuls  de  Toulon. 
A  l'intendant  il  rappela  que  la  volonté  du  roi  était  formelle. 
Il  faut  que  «  les  règlemens  soient  exécutés,  même  avec 
rigueur.  Je  pense  qu'il  est  essentiel  de  profiter  de  la  conster- 
nation que  la  publication  de  l'arrêt  du  10  avril  dernier  a 


1.  Lettres  de  M.  de  Marnezia,  commandant  à  Toulon,  —  du  maire  et 
des  consuls  de  la  ville,  2  octobre  1736.  Archives  B.-du-Rh.,  C  2300. 

2.  Lettre  d'Orry   à  l'intendant,   30  octobre  1736.  Archives  B.-dii-Rh., 
C.  2300. 


LA    CONTREBANDE   DES   ÏOILES   PEINTES.  61 

répandue  dans  la  ville  de  Toulon  pour  procurer  l'exécutioa 
du  règlement ^  »  En  ce  qui  concernait  plus  spécialement  les 
incidents  d'Aix,  «  il  faut  absolument,  Monsieur,  faire  des 
exemples,  car  le  Roy  veut  estre  obéi  et  l'estre  également  dans 
toutes  les  provinces  de  son  royaume.  Tenez  y  donc  la  main  ; 
vous  estes  plus  en  état  qu'un  autre  de  le  faire,  en  reunissant 
comme  vous  le  faites  toutes  les  places'  ».  —  Le  lendemain, 
il  lui  adressait,  en  lui  recommandant  expressément,  de  les 
tenir  secrets',  mais  avec  injonction  de  faire  une  enquête 
sérieuse  et  efficace,  les  noms  de  ceux  qui  sont  soupçonnés 
de  ^aire  la  contrebande  à  Aix  et  leurs  entreposts  : 

«  La  demoiselle  Séguin  chez  M.  de  Gueydan*,  avocat  géné- 
ral du  Parlement,  et  chez  M.  de  \'alabreS  conseiller  du 
Parlement,  au  Cours. 

«  La  demoiselle  Jeanneton,  femme  de  chambre  de  M™«  de 
Valabre,  dans  sa  maison. 

«  La  demoiselle  Granette,  chez  M.  Venel^  ancien  conseil- 
ler, rue  Villeverte. 

a  La  demoiselle  Bourelly,  chez  M.  Mayol^  conseiller  en 
la  Cour  des  Comptes. 

«  La  nommée  Giraud,  dite  la  maréchalle,  femme  du  cuisi- 


1.  Orry  à  l'intendant,  22  et  27  octobre  1736.  Archives  B.-du-Rh., 
C. 2300. 

2.  Orry  à  l'intendant,  30  octobre  1736,  loc.  cit.  —  M.  de  la  Tour  était, 
en  même  temps  qu'intendant  de  Provence,  premier  président  au  Parle- 
ment d'Aix. 

3.  «  Cet  état  est  pour  vous  seul  et  ne  doit  point  estre  connu  dans  vos 
bureaux.  Ainsy,  je  vous  prie  de  le  tenir  secret  et  vous  informer  sûrement 
si  ceux  qui  y  sont  dénommés  font  effectivement  le  commerce  qui  leur  est 
imputé,  de  prendre  toutes  les  précautions  nécessaires  pour  faire  saisir  le 
magasin  d'indiennes,  s'il  existe,  et  pour  que  les  ordres  que  donnerez  à 
cet  effet  ne  parviennent  point  à  la  connaissance  de  ceux  qui  tiennent  maga- 
sin de  ces  étoffes.  »  Orry  à  l'intendant,  31  octobre  1736.  Archives  des 
B.-du-Rh.,  C.2300. 

4.  Gaspard  de  Gueydan,  avocat  général  au  Parlement  depuis  le 
18  mai  1714. 

5.  Antoine  Gautier,  sieur  de  Valabre,  conseiller  au  Parlement  de  1689 
à  1744. 

6.  Gaspard-Antoine  de  Venel,  conseiller  à  la  Cour  des  Comptes  (1701), 
mort  en  octobre  1739. 

7.  Jean-Joseph  Mayol,  conseiller  à  la  Cour  des  Comptes  (1723-1751). 


63  V,-L.    BOURRILLY. 

nier  de  M.  le  président  de  LimailleS  chez  ledit  président  et 
M.  d'Haupède  (d'Oppède)^;  elle  demeure  à  Saint-Sauveur. 

«  La  nommée  Margoton,  chez  M,  de  Gueydan. 

«  La  demoiselle  Marthély,  demeurant  cy  devant  chez 
M.  Mayol. 

«  La  demoiselle  Vigne,  près  les  Jésuites. 

«  Théreze  Laffont. 

«  Magazin  d'indiennes  chez  Pierre  Vincent,  dit  Pillon,  à 
Aix,  au  quartier  rue  Sarrade.  » 

Avant  de  recevoir  ces  ordres  du  contrôleur  général,  l'in- 
tendant avait  agi.  Étant  sur  place  et  voyant  combien  profond 
était  le  mécontentement  des  populations,  il  avait  cru  bon 
de  ne  pas  se  montrer  trop  rigoureux.  Déjà,  dans  une  lettre 
du  4  octobre,  il  avait  mis  en  garde  les  employés  contre  les 
abus  de  pouvoir.  Ils  devaient  verbaliser  contre  les  personnes 
vêtues  d'étofïes  prohibées,  «  mais  il  ne  faut  pas  que  sous 
prétexte  de  leurs  fonctions  ils  aillent  dans  toutes  les  mai- 
sons pour  faire  les  visites  de  toiles  peintes  et  autres  étoiles 
de  contrebande  :  ce  seroit  mettre  toute  la  province  en  com- 
bustion et  cela  pourroit  avoir  des  grans  inconvéniens  «. 
Après  les  incidents  de  Toulon  et  d'Aix,  il  prescrivit,  le 
25  octobre,  qu'il  fût  sursis  à  verbaliser  contre  les  personnes 
qui  n'avaient  d'autre  vêtement  que  de  toiles  peintes,  et  le 
surlendemain  27,  il  rendit  un  arrêt  qui,  tout  en  renouvelant 
les  défenses,  accordait  cependant  un  délai  d'un  mois  «  pen- 
dant lequel  les  personnes  habillées  de  ces  sortes  de  vête- 
ments pourront  s'en  procurer  d'autres,  d'étofïes  permises, 
afin  de  leur  ôter  tout  prétexte  d'excuse  lorsqu'après  le  délai 
expiré  elles  seront  trouvées  en  contravention.  »  —  Quant 
aux  perquisitions  réclamées,  il  les  considéra  comme  inutiles, 
car  les  troubles  du  18  à  Aix  avaient  incité  ceux  qui  déte- 
naient des  étoffes  prohibées  à  les  «  resserrer  ou  à  les  trans- 
porter dans  d'autres  endroits'  ». 

1.  Jean-Joseph-François-Dominique-Lazare  Coriolis,  baron  de  Limaye, 
président  à  la  Cour  des  Comptes  (1730). 

2.  J.-B.-Henry  de  Forbin-Meynier,  baron  d'Oppède,  conseiller  au  Parle- 
ment (17U2-1718). 

3.  L'intendant  à  Orry,  9  novembre  1736.  (Archives  B.-du-Rh.,  C.  2300.) 


tA.   CONTREBANDE    DES    TOILES   PEINTES.  63 

L'attitude  de  M.  de  la  Tour  ne  correspondait  guère  à  celle 
qu'avait  prescrite  le  contrôleur  général.  On  sait  qu'au 
xviii*  siècle  les  intendants  faisaient  souvent  preuve,  vis-à-vis 
du  pouvoir  central,  d'une  initiative  et  d'une  indépendance 
dont  les  préfets  d'aujourd'hui  nous  ont  déshabitués.  La  con- 
duite de  M.  de  la  Tour  dans  la  question  des  toiles  peintes 
nous  en  fournit  un  exemple.  Lorsqu'il  connut  l'arrêt  du 
27  octobre,  Orry  représenta  à  l'inlendant  qu'il  n'aurait  pas 
dû  prendre  une  mesure  manifestement  contradictoire  avec 
la  réponse  que  lui,  contrôleur  général,  avait  adressée  aux 
Toulonnais.  Il  n'y  avait  pas  à  y  revenir,  puisque  l'édit  avait 
été  publié.  Mais  il  blâma  sévèrement  M.  de  jaTour  de  n'avoir 
pas  fait  d'exemple  à  la  suite  de  la  mutinerie  d'Aix'.  «  Vous 
sçavez  qu'il  n'y  a  rien  de  plus  dangereux  que  de  céder  aux 
émotions  et  de  laisser  croire  au  peuple  que  c'est  par  sa  muti- 
nerie qu'il  a  obtenu  un  délay  à  l'exécution  des  ordres  du 
Roy.  »  Qu'il  avise  aux  moyens  de  «  réparer  une  faiblesse 
qui  peut  estre  si  préjudiciable  au  service  de  Sa  Majesté ^  ». 

M.  de  la  Tour  ne  mit  pas  beaucoup  d'empressement  à 
«  réparer  la  faiblesse  »  en  question,  car  il  continua  de  mon- 
trer dans  l'application  des  édits  et  des  règlements  une  grande 
modération.  Sans  doute,  à  l'expiration  du  délai  accordé,  il 
fit  publier  de  nouveau  les  édits.  La  publication  fut  renou- 
velée au  début  de  mars  1736-  <  Cette  précaution  m'a  paru 
d'autant  plus  nécessaire,  déclarait-il,  que  nous  voilà  bientôt 
dans  la  saison  où  les  femmes  se  pourvoyent  de  toiles  peintes 
pour  en  faire  usage  pour  le  printemps  et  l'automne.  »  Mais 
le  port  et  l'usage  des  étoffes  prohibées  continuaient  de  plus 
belle.  Malgré  tous  les  procès-verbaux  qu'on  dressait  jour- 
nellement, à  Toulon  le  mal  allait  en  empirant  et  le  port  de 
ces  sortes  d'étoffes  devenait  tous  les  jours  plus  commun. 


1.  M.  de  la  Tour  avait  même  affecté  d'ignorer  les  meneurs  (ou  plutôt 
meneuses)  des  troubles  d'Aix.  Dans  le  préambule  de  son  arrêt  du  "27  octo- 
bre, il  faisait  allusion  à  ces  troubles,  «  suivant,  ajoutait-il,  le  procès-verbal 
qui  nous  a  été  remis,  dans  lequel  il  n'y  a  personne  de  dénommé...  »  — 
Êvideaiment,  l'intendant  ne  tenait  pas  à  aller  au  l'und  de  l'atraire. 

2.  Orry  à  l'intendant,  19  novembre  1736.  (Archives  B.-du-Rh.,  G.  2300.) 


64  V,-L.    BOURRILLY. 

A.  Aix,  la  contrebande  était  toujours  florissante.  «  Je  suis 
informé,  écrivait,  le  26  mars  1787,  M.  Grimod  de  Beaure- 
gard,  que  les  nommées  Jeanneton  et  Séguine,  qui  sont  soup- 
çonnées depuis  longtemps  d'avoir  des  magasins  à  Aix,  dans 
des  maisons  de  personnes  de  distinction  et  d'y  vendre  publi- 
quement des  marchandises  prohibées,  se  sont  liées  ensemble 
pour  pratiquer  leur  commerce.  Les  emploies  n'ont  jamais 
osé  s'hazarder  à  faire  des  visites  et  des  saisies  dans  pareilles 
maisons.  Cependant  si  ce  commerce  continue,  il  ne  sera  pas 
possible  de  détruire  le  port  et  l'usage  des  toiles  peintes  dans 
Aix,  qui,  étant  la  capitale  de  la  province,  donne  l'exemple 
aux  habitans  de  tous  les  autres  lieux.  Si  vous  aviez  la  bonté 
d'interposer  vostre  autorité  pour  que  les  contrebandeuses 
fussent  chassées  des  lieux  où  elles  tiennent  leurs  magasins 
et  de  les  faire  arrêter,  il  y  a  apparence  que  le  principe  de  la 
contrebande  ne  subsisteroit  plus  et  qu'il  seroit  beaucoup 
plus  facile  de  désabuser  le  public  du  port  des  vêtemens 
prohibés'.  » 

Les  pouvoirs  des  agents  des  fermes  étaient  contestés.  Par 
ses  décisions  du  26  novembre  1737  et  du  12  février  1738, 
Orry  les  avait  nettement  délimités..  «  Tous  meubles  en  place 
dans  les  maisons  ne  sont  point  sujets  à  saisie  »,  mais  il  n'en 
est  pas  de  même  «  des  meubles  entrant  ou  sortant,  ni  des 
vêtemens  de  quelque  espèce  qu'ils  soient.  »  Partout,  «  lorsque 
les  emploies  font  des  visites  domiciliaires  pour  faux  sel, 
faux  tabac,  ou  entrepôt  d'indiennes  en  pièces,  s'ils  trouvent 
des  meubles  d'indiennes  ou  des  habillemens,  ils  n'en  doi- 
vent point  faire  la  saisie;  mais  ils  doivent  saisir  tous  les 
meubles  entrant  ou  sortant,  ainsi  que  les  habillemens  de 
toute  espèce  qui  peuvent  se  trouver  dans  des  ballots  et  dres- 
ser les  procès  verbaux  contre  les  personnes  qui  paraissent 
dans  les  rues  vêtues  de  ces  sortes  d'habillemens  ».  Malgré 
cela,  les  employés  se  voyaient  contrariés  dans  l'exercice  de 
leurs  fonctions  par  certaines  autorités  municipales;  ainsi, 
à  Gadenet,  les  consuls  refusaient  de  les  accompagner  dans 

1.  Archives  B.-du-Rh.,  C.  2300. 


LA   CONTREBANDE   DES    TOILES   PEINTES.  65 

leurs  visites. ^La  Compagnie,  sur  les  observations  de  l'inten- 
dant, leur  enjoignait  de  n'opérer  de  visites,  à  l'avenir,  «  que 
sur  des  avis  certains,  après  en  avoir  obtenu  la  permission 
des  subdélégués,  ou,  à  leur  défaut,  des  juges  des  lieux  ». 

Les  procès-verbaux  dressés  en  grand  nombre,  ce  qui  mon- 
trait la  fréquence  des  contraventions,  les  amendes  étaient 
généralement  égales,  ce  dont  Orry  était  fort  surpris,  car, 
disait-il,  «  il  y  a  des  étoffes  en  pièces  confisquées  qui  au- 
roient  mérité  de  plus  fortes  amendes*  »  ;  ou  si  les  amen- 
des étaient  élevées,  l'intendant  proposait  de  les  modérer. 
Le  contrôleur  général,  qui  dans  toutes  ses  lettres  poussait 
à  la  sévérité,  désapprouvait  naturellement  ces  modérations. 
Elles  «  sont  trop  fortes  et  peuvent  favoriser  la  désobéis- 
sance au  lieu  de  procurer  l'exécution  des  règlemens  ».  Sans 
doute  les  saisies  étaient  faites  sur  des  personnes  d'un  état 
médiocre,  mais  ce  n'était  pas  une  raison  pour  tolérer  ces 
abus.  «  Je  veux  croire,  ajoutait-il,  comme  vous  me  le  mar- 
qués, que  les  personnes  d'un  certain  état  ont  renoncé  abso- 
lument à  l'usage  de  ces  étoffes  prohibées;  mais  je  crains 
aussi  qu'il  n'y  ait  de  l'affectation  et  qu'on  n'use  de  trop  de 
ménagement  envers  ceux  qui  sont  le  plus  en  état  de  servir 
d'exemple'*...  »  Les  renseignemenis  qu'il  recevait  justifiaient 
ces  craintes.  «  Le  port  et  usage  des  étoffes  prohibées  sont 
aussi  publics  dans  la  ville  de  Toulon  que  s'il  n'avoit  été  fait 
aucun  exemple  contre  ceux  qui  ont  été  pris  en  contraven- 
tion aux  dispositions  des  règlemens  qui  proscrivent  absolu- 
ment le  port  et  usage  de  ces  étoffes.  L'on  m'assure  que  les 
gens  au-dessus  du  commun  s'y  croyent  autorisés  par  ce  qui 
se  passe  à  ce  sujet  à  Âix,  où  les  personnes  de  tous  les  états 
ne  font  point  de  difficulté  de  paraître  publiquement  avec  des 
habillemens  d'indiennes,  et  que  les  employez  sont  tellement 
rebutés  par  le  peu  de  fruit  de  leurs  recherches  et  par  les 
mauvais  traitemens  qu'ils  reçoivent  de  toutes  parts  à  cette 
occasion,  —  parce  qu'on  se  persuade  qu'ils  agissent  sans 


1.  Orry  à  l'intendant,  20  mai  17:38.  (Archives  B.-du-Eh.,  C.  2300.J 

2.  Orry  à  l'intendant,  10  février  17.38.  (Archives  B.-du-Rh.,  C.  2300.) 

ANNALES   DU   MIDI.   —   XXVI  5 


66  V.-L.    BOUKHILL-^. 

ordre,  —  qu'ils  sont  sur  le  point  d'abandonner  absolument 
ce  travail.  » 

Si  les  faits  étaient  exacts,  Orry  se  disait  très  étonné  de  la 
tolérance  de  l'intendant.  Il  pria  M.  de  la  Tour  de  donner  les 
ordres  les  plus  précis  pour  l'application  des  règleinenls,  en 
particulier  à  Aix  et  à  Toulon;  de  n'accorder  ni  proposer 
aucune  modération  aux  peines,  «  une  désobéissance  aussi 
formelle  aux  ordres  du  Roy  ne  méritant  point  de  grâce*  ». 

La  plupart  des  procès-verbaux  étaient  dressés  à  de  pau- 
vres gens,  incapables  de  payer  l'amende  à  laquelle  on  les 
condamnait;  la  confiscation  les  atteignait  peu;  ils  n'étaient 
guère  sensibles  qu'à  la  contrainte  par  corps.  Or,  M.  de  la 
Tour  s'avisa  de  l'interdire.  Parce  que  cette  voie  suivie  <à 
Brignoles  avait  «  presque  excité  une  émotion  ».  Tintendant 
ordonna  de  ne  procéder  à  l'avenir  «  que  par  saisie  des  meu- 
bles et  des  biens  ».  Il  en  résulta  des  difficultés  presque  inex- 
tricables, dont  voici  un  exemple.  Le  24  mars  1738,  on  saisit 
un  vêtement  prohibé  sur  la  fille  du  s»"  Gamelin,  marchand 
à  Toulon.  Elle  fut  condamnée  à.  30  1.  d'amende;  le  fermier 
n'avait  de  recours  que  sur  les  biens  du  père;  «  mais  ce  mar- 
chand ayant  fait  banqueroute  depuis  et  ses  créanciers  ayant 
saisy  tous  ses  meubles  et  immeubles,  même  ceux  affectés 
pour  la  dot  de  sa  femme,  il  ne  restoit  rien  de  libre  pour  le 
payement  de  cette  amende,  en  sorte  que  si  le  fermier  n'est 
autorisé  à  user  de  la  voye  d'emprisonnement  contre  cette 
fille,  il  faut  qu'il  se  fasse  colloquer  avec  les  créanciers  du 
père,  aux  risques  d'un  événement  douteux  et  de  très  longues 
discussions  ou  qu'il  abandonne  cette  affaire-  ». 

C'était  trop  de  mansuétude  à  la  fin  La  volonté  du  roi  était 
bafouée;  les  femmes  de  Beaucaire  se  plaignaient  (i'ètre  as- 
treintes à  des  règlements  dontà  Arles,à  Tarascon  on  ne  tenait 
pas  compte.  Le  contrôleur  général  irrité  écrit  à  M.  de  la  Tour, 
le  24  novembre  :  «  Il  me  revient  de  toutes  parts  que  l'usage 
des  toiles  peintes  est  public  à  Aix  et  à  Toulon  et  dans  toute  la 


1.  Orry  à  l'intendant,  18  février  1738.  (Archives  B.-du-Eh..  C.  2300.) 

2.  Orry  à  l'intendant,  8  septembre  17û8.  (Archives  B.  du-Rh.,  C.  2300.) 


LA    CONTREBANDE   DES   TOILES   l'ELXTES.  67 

Provence.  Je  vous  ai  cependant  marqué  plusieurs  fois  que 
l'intention  du  Roy  étoit  que  vous  fissiés  cesser  cet  usage. 
On  m'assure  que  les  personnes  de  tous  estats,  et  surtout  du 
premier,  en  portent  publiquement  à  Aix,  qu'on  en  vend  sans 
précautions  dans  les  maisons  des  officiers  du  Parlement,  que 
leurs  femmes  en  sont  vêtues  et  qu'on  ne  fait  des  poursuites 
que  contre  les  personnes  du  plus  bas  état.  Je  vous  ay  de 
même  écrit  sur  le  retardement  des  jugements  que  vous  au- 
riés  dû  rendre  sur  ces  poursuites;  mais  ceux  que  vous  pour- 
rés  rendre  à  ce  sujet  seront  bien  inutiles  quand  vous  soulfri- 
rés  que  Ton  contrevienne  si  ouvertement  aux  règlemens  dans 
les  maisons  des  officiers  du  Parlement  auquel  vous  présidés 
et  des  autres  cours,  surtout  que  l'on  vende  de  ces  toiles  dans 
leurs  maisons.  Cette  licence  excite  les  murmures  du  peuple 
qui  se  voit  poursuivy  pour  des  contraventions  qui  sont  auto- 
risées par  ceux  qui  devroient  montrer  l'exemple  pour  l'exé- 
cution des  règlements  que  l'intérêt  de  l'État  a  exigés.  11  est 
donc  important  que  vous  donniés  des  ordres  généraux  de 
comprendre  dans  les  procès-verbaux  toutes  les  personnes  de 
quelque  état  qu'elles  soient  qui  porteront  des  toiles  peintes; 
je  renouvelle  ces  ordies  aux  fermiers  généraux,  afin  que  per- 
sonne ne  soit  exceptée  des  poursuites  qui  seront  faites. 
A  l'égard  de  la  vente  qui  se  fait  dans  les  maisons  des  ofticiers 
du  Parlement  et  de  la  Cour  des  Aydes,  le  Roy  veut  que  vous 
la  fassiés  cesser  et  que  vous  avertissiés  ces  ofticiers  que 
S.  M.  donnera  des  ordres  de  visiter  dans  leurs  maisons  sui- 
vant les  avis  qu'Elle  se  fera  donner  des  contraventions  qui 
s'y  commettront.  Il  dépend  de  vous  de  les  arrêter.  Vous  y 
parviendrés  quand  vous  marquerés  de  la  fermeté  pour  les 
détruire.  Pourquoi  n'y  reussiriés-vous  pas  lorsqu'il  y  a  des 
provinces  considérables  dans  lesquelles  l'usage  de  ces  toiles 
qui  y  étoit  très  commun  est  cessé  par  l'attention  qu'ont  eue 
ceux  qui  étoient  chargés  des  ordres  du  Roy  de  le  détruire. 
Ayés  agréable  de  me  marquer  les  mesures  que  vous  prendrés 
sur  ce  sujets 

1.  Archives  B.-du-Rli.,  C.  2300. 


68  V.-L.    BOURRILLY. 

A  une  injonction  si  catégoriquement  exprimée,  il  fallut 
se  plier.  M.  de  la  Tour,  se  couvrant  des  ordres  du  contrô- 
leur général,  écrivit  aux  subdélégués,  aux  consuls  des 
villes.  Les  édits  et  règlements  furent  de  nouveau  publiés. 
Les  procès-verbaux  multipliés  suivirent  leurs  cours.  Le  port 
des  étoffes  prohibées  ne  fut  pas  entièrement  supprimé;  mais 
du  moins  on  n'eut  plus  guère  à  sévir  que  contre  les  gens  de 
misérable  condition,  n'ayant  qu'une  rob'^  pour  se  couvrir  et 
«  qui  se  mettent  peu  en  peine  des  condamnations  parce  qu'ils 
sont  à  l'abri  des  exécutions  par  leur  misère.  »  —  Orry  dai- 
gna montrer  sa  satisfaction  des  résultats  obtenus  et  permit  à 
l'intendant  de  modérer  à  l'avenir  les  amendes  encourues  par 
ceux  qui  seront  trouvés  en  contravention  «  portant  de  vieux 
tabliers,  juppes  et  autres  haillons'  ». 

Pourtant  l'efficacité  de  la  répression  ne  fut  que  passagère, 
car  bientôt  après,  dans  le  courant  de  1739,  les  mêmes  abus 
reparurent.  La  contrebande,  en  particulier,  se  multipliait  à 
Aix  plus  que  jamais,  comme  en  témoigne  le  curieux  mé- 
moire suivant,  daté  de  septembre  1739  et  plein  de  détails 
remarquablement  précis  et  savoureux. 

Mémoire  au  sujet  des  personnes  qui  vendent  des  indiennes 
dans  la  ville  d'Aix  (septembre  1739)-. 

«  La  Maréchale  qui  avoit  été  exilée,  logée  près  Saint-Sau- 
veur, continue  de  vendre  des  indiennes;  on  assure  qu'elle 
fait  son  entrepôt  chés  M.  de  la  Barben  ou  chés  M.  d'Opède; 
c'est  alt'îrnativement  chés  l'un  et  chés  l'autre;  en  effet  les 
personnes  qui  en  ont  acheté  l'ont  veu  aller  dans  ces  maisons; 
elle  ne  tient  rien  chez  elle. 

«  Lavigne,  qui  est  aussy  une  des  anciennes,  logée  près  les 
Jésuites,  en  vend;  elle  tient  ces  indiennes  au  plus  haut  de  la 
maison;  il  y  a  des  fenestres  qui  donnent  sur  le  ciel  ouvert  de 
la  maison  du  sieur  Bernard',  procureur  au  siège.  Quand  on 

1.  Orry  à  l'intendant,  22  décembre  1738.  Archives  B.-du-Rli.,  C.    2300. 

2.  Archives  B.-du-Rh.,  C.  2301. 

3.  François  Bernard,  procureur  au  Parlement. 


LA   CONTREBANDE   DES   TOILES   PEINTES.  69 

va  faire  des  visites  chés  elle,  la  balle  des  marchandises  est 
sur  le  champ  jettée  dans  un  de  ces  ciels  ouverts  et  elle  dis- 
paraît; le  gros  de  sa  marchandise  est  dans  des  caves  qui  se 
communiquent  et  qui  percent  souterrainement  en  deux  ou 
trois  maisons. 

«  Une  des  nouvelles  vendeuses  d'indiennes  est  la  nommée 
Dauphine,  logée  dans  la  rue  Saint-.Iean,  près  l'Intendance. 
Elle  porte  l'indienne  dans  les  maisons,  sous  ses  juppes. 
C'est  une  misérable  qui  n'a  rien  et  qui  vend  sans  doute  pour 
le  compte  de  quelque  autre.  Si  l'on  veut  la  surprendre,  cela 
ne  sera  pas  difficile  :  elle  passe  dans  les  rues  avec  une  cir- 
conférance  qui  est  depuis  longtemps  très  propre  à  la  faire 
reconnaître. 

t  La  nommée  Gamoine,  rue  Doualery,  près  la  Miséricorde 
qui  est  auprès  du  Marché.  Cette  femme  qui  est  pauvre,  vend 
pour  le  compte  de  Jean,  de  Bouc^  La  situation  de  sa  maison 
la  met  à  portée  de  recevoir  des  Boucains.  On  soupçonne 
qu'elle  cache  sa  marchandise  dans  l'Hôpital  de  la  Miséricorde 
qui  est  vis-à-vis  de  sa  maison. 

«  La  nommée  Bourély  est  une  de  celles  qui  vend  le  plus; 
elle  est  logée  derrière  le  Palais  auprès  de  M.  le  conseiller 
Franc^,  officier  du  Parlement;  autrefois  ses  domestiques  lui 
faisoient  la  main;  l'hiver  dernier,  il  fit  des  défenses  très  vi- 
ves,  cela  cessa;  mais  comme  il  est  souvent  à  sa  terre,  on 
pourroit  bien  ne  luy  avoir  pas  exactement  obey.  Cependant 
on  a  lieu  de  présumer  que  ladite  Bourély  cache  sa  marchan- 
dise dans  le  Palais  où  l'on  la  voit  souvent  entrer  par  une 
porte  de  derrière. 

«  [1  y  a  encore  la  veuve  Feran,  dont  le  mary  étoit  vitrier; 
elle  loge  dans  la  rue  qui  va  au  Séminaire,  au  dessous 
de  M.  le  conseiller  de  Galice^  On  n'a  pas  pu  découvrir  où 
elle  tient  sa  marchandise.  Plusieurs  en  cachent  une  partie 


1.  Bouc.  Aujourd'hui  commune  du  canton  de  Gardanne,  arr.  d'Aix,  le 
long  de  la  route  de  Marseille  à  Aix.  Les  contrebandiers  de  Bouc,  les 
Boucains,  comme  on  les  appelait,  avaient  une  certaine  réputation. 

2.  Joseph-Rémond  P^anc,  co-seigneur  de  Maillane. 

3.  Joseph-François  de  Galice,  conseiller  au  Parlement  (1701-1765). 


70  V.-L.    BOURRILLY. 

tantost  dans  une  maison  religieuse,  tantost  dans  une  autre, 
outre  ce  qui  si;  met  dans  les  souterrains  où  il  est  presque 
impossible  de  les  découvrir,  d'où  elles  tirent,  à  mesure 
qu'elles  vendent  un  tablier  ou  des  robes  de  chambres  sur 
des  échantillons. 

«  On  vient  d'apprendre  que  la  demoiselle  Bertrand,  vis-à-vis 
l'église  Sainte-Catherine  en  vend  aussy,  mais  ce  n'est  que 
pendant  la  nuit. 

«  M.  de  BandoP,  le  i)lus  ancien  de  MM.  les  présidens  k 
mortier  au  Parlement  d'Aix,  tolère  que  ses  domestiques  fas- 
sent la  contrebande  à  sa  terre  de  Bandol,  située  au  bord  de 
la  mer,  où  l'on  prélend  qu'ils  y  fabriquent  du  tabac  dont  ils 
font  beaucoup  de  débit.  Les  employés  n'osent  s'exposer  à 
l'empêcher  ni  à  faire  des  visites  tant  à  Bandol  que  dans  son 
hôtel  à  Aix,  paice  que  M.  de  Bandol  ne  le  permetroit  :  il  est 
très  haut  par  luy-mème  et  sa  qualité  de  président  augmente 
encore  sa  hauteur;  il  est  fort  opposé  au  servir. 

«  On  ajoute  qu'il  y  a  plusieurs  de  MM.  les  ofticiers  des  deux 
cours  supérieures  de  Provence  et  autres  personnes  de  dis- 
tinction qui  facilitent  la  contrebande.  » 

La  recrudescence  de  la  contrebande  et  la  multiplication 
d'abus  que  l'on  avait  cru  un  moment  à  la  veille  de  disparaî- 
tre, provoquèrent  de  nouvelles  mesures  de  rigueur.  Le  19  dé- 
cembre 1741,  un  arrêt  défendit  de  modérer  les  amendes  pro- 
noncées contre  les  contrevenants,  «  en  faveur  de  qui  que  ce 
soit  et  pour  quelque  cause  ou  considération  que  ce  puisse 
être^.  oLe  20  mars  1742,  un  bureau  de  contrôle  pour  la  visite 
et  la  marque  de  toutes  les  étoffes  qui  seraient  apportées  fut 
établi  à  Aix;  le  14juillet  suivant,  à  Arles. 

Nous  pouvons,  dans  une  certaine  mesure,  nous  rendre 
compte  de  l'aclivité  déployée  par  les  agents  des  fermes.  Dans 
le  carton  G  2750  du  fonds  de  l'Intendance  on  trouve  un 
cahier  contenant  les  états  des  procès-verbaux  dressés  de- 


1.  François  Boyer,  sieur  de  Bandol,  conseiller  en  juin  1693,  président  à 
mortier  en  mai  1699.  —  Bandol,  arr.  de  Toulon  (Var). 

2.  Orry  à  l'intendant,  2  janvier  174:1,  Arclùves  B.-du-Rli.,  C.  2302, 


LA   CONTRKBANDR   DH.S   TOILES    PEINTES.  71 

puis  1743  jusqu'à  la  lin  de  1758'.  Il  y  en  a  un  peu  plus  de  600. 
Le  plus  grand  nombre  a  été  dressé  à  Aix;  puis  à  Toulon,  à 
Tarascon,  à  Arles.  Ainsi  un  état  d'octobre  1743  en  con- 
tient 48,  dont  33  pour  Aix;  un  autre  de  janvier  1744,  22 dont 
17  pour  Aix  ;  celui  de  juillet  1744,  sur  39,  26  pour  Aix  ;  celui 
d'octobre  1745,  sur  16,  13  pour  Aix  2;  dans  un  état  de  sep- 
tembre 1749,  sur  46  procès-verbaux  il  y  en  a  16  pour  Aix  et 
13  pour  Toulon.  On  trouve  mentionnées  plusieurs  localités 
de  l'intérieur  :  Pertuis,  Lambesc,  (tardanne,  Salon,  autour 
d'Aix;  Lorgnes,  Draguignan,  Tourves  et  même  des  villages 
perdus  dans  les  Alpes  comme  Guillaumes.  Le  commerce  des 
toiles  peintes  pénétrait,  comme  on  le  voit,  fort  loin. 

Les  contrevenants  étaient  à  peu  près  tous  de  très  pauvres 
bères.  Il  y  a  d'abord  ceux  ou  celles  sur  qui  on  a  saisi  des  vête- 
ments d'étoffes  prohibées,  jupons,  tabliers,  robes,  cotillons, 
mouchoirs,  etc.  Ce  sont  des  femmes  du  peuple,  des  ménagères, 
la  femme  d'un  menuisier,  d'un  regratier,  une  aubergiste,  etc., 
un  prêtre  de  Guillaumes,  Jean-Honoré  Audoli  sur  lequel  on 
a  saisi  une  «  robe  de  chambre  indienne  ».  Généralement 
l'amende  de  300  livres  est  modérée  pour  ceux-là  dans  de 
très  fortes  proportions,  ramenée  à  une  soixantaine  de  livres 
au  maximum^.  —  Une  autre  catégorie  est  constituée  par 
les  contrebandiers  et  surtout  les  «  contrebandeuses  »,  chez 
qui  étaient  opérées  des  saisies  plus  considérables  :  tels,  à 
Aix,  la  nommée  Bourély,  femme  d'un  boulanger,  le  sieur  . 
Champourlin  et  sa  femme,  Marie  Jussian,  qui  continua  après 
la  mort  de  son  mari,  la  demoiselle  Hubert;  à  Tarascon, 
toute  une  famille,  Jacques  Marc,  sa  femme  Marguerite  et 

1.  Le  premier  état  est  daté  du  30  octobre  1743,  le  dernier  du  27  décem- 
bre 1758. 

2.  Ce  qui  provoque  cette  remarque  d'Orry,  «  Je  ne  puis  m'em pocher  de 
vous  observer  que  sur  ces  16  saisies  s'en  trouvent  13  dans  la  seule  ville 
d'Aix,  lieu  de  votre  résidence,  et  la  plus  grande  partie  de  celles  comprises 
dans  les  états  précédents  ayant  été  faites  dans  la  même  ville,  il  semble 
qu'on  n'y  soit  pas  fort  attentif  à  se  conformer  aux  dispositions  des  règle- 
mens  qui  ont  interdit  l'usage  de  ces  étoffes,  quoique  vous  y  fassiés 
renouveller  la  publication  de  ces  règlemens...  »  (Lettre  à  l'intendant,  du 
16  octobre  1745.) 

3.  Voici  à  titre  d'exemple  les  saisies  portées  sur  l'état  d'octobre  1745, 


72 


V.-L.    BOURRILLY. 


Marie  Cercude,  Jean-Joseph  Labaume  et  sa  femme;  à  Arles, 
Rolland  et  Agnès  Jourdan,  sa  femme,  Elisabeth  Maigret, 
femme  de  Joseph  Girard.  Ainsi  chez  Marie  Cercude  on 
saisit   «  50   coupons    d'indiennes  de  différentes  couleurs, 

26  mouchoirs  communs  et  16  autres  mouchoirs  cambré- 
sine,  tirant  en  tout  184  aulnes  et  ilemy;  »  chez  Jacques 
Marc  et  Marguerite  Cercude,  sa  femme,  «  2  pièces  4  cou- 
pons mouchoirs  communs  fond  brun  tigré  indienne,  tirant 

27  aulnes  et  demy;  1  pièce  4  coupons  aussi  mouchoirs  fins 
fond  blanc,  fleurs  rouges  et  bleues  indienne,  tirant  14  aulnes; 
1  pièce  2  coupons  indienne  tirant  18  aulnes  et  demie;  3  cou- 
pons rayés  rouge,  jaune,  blanc  et  noir,  tirant  3  aulnes; 
10  coupons  fond  blanc,  petites  fleurs  rouges  et  violettes  tirant 
55  aulnes  et  1/2;  8  coupons  fond  blanc  fleurs  rouges,  31  aul- 
nes; 3  coupons  fins,  fond  blanc,  grand  ramage  rouge  et  vio- 
let, 3  aulnes;  2  coupons  fond  blanc,  ramage  rouge  et  jaune, 
tirant  13  aulnes;  6  coupons  fond  bleu,  fleurs  blanches,  tirant 
27  aulnes;  tirant  le  tout  ensemble  194  aulnes  1/2.  »  Les  sai- 
sies chez  Catherine  Ivan  donnent  271  aulnes  1/2;  1.214  aul- 
nes 1/2  chez  Jean-Joseph  Labaume,  etc.  La  plupart  de  ces 
individus  étaient  hors  d'état  de  payer  l'amende  de  3.000  livres 
à  laquelle  ils  s'exposaient.  Aussi,  bien  que  la  saisie  fût  consi- 
dérable, bénéficiaient-ils  d'une  modération,  presque  toujours  : 
300  livres  aux  Cercudes;  300  livres  également  à  Catherine 
Ivan.  Même  des  récidivistes,  comme  la  nommée  Bourély  ou 


avec  les  noms  des  contrevenants  et  le  chiffre  auquel  fut  ramenée  l'amende 


de  3i)0  livres  : 

Marchand,  regratier  d'Aix.     20  liv. 

Bertier,  médecin 60  — 

La  femme  du  nommé  Lau- 

rens 12  — 

La  demoiselle  Martinon...     12  — 
La  femme  de  Toursec,  fai- 
seur  de   paniers   et  cor- 
beilles       12  — 

La  femme  Pache 50  — 

Demoiselle  Gastaud 12  — 

La  femme  d'Arnaud  Boulon.     12  — 
La  femme   d'Henri,   jardi- 
nier         8  — 


La  femme  de  Simon  Reboul, 
peseur  de  viande  à  Ai.x..     12  liv. 

La  femme  de  Faudon,  me- 
nuisier       18  — 

Les  sieurs  Serre  et  Nègre.     50  — 

La  demoiselle  Garcin,  fille 
bourgeoise 50  — 

Marie  Busquille,  femme  de 
Jean-Pierre  à  Lambesc.     20  — 

Pierre  Mandin  et  sa  femme.     40  — 

La  demoiselle  Grenier,  de 
Gardanne 12  — 


LA    CONTREBANDE   DES   TOILES    PEINTES.  73 

Marie  Jussian,  veuve  de  Champourlin,  étaient  gratifiées,  vu 
leur  situation  misérable,  d'une  amende  légère.  A  noter  cepen- 
dant que  Jean- Joseph  Labaume,  à  cause  de  l'énorme  quan- 
tité d'indiennes  trouvées  chez  lui,  fut  astreint  à  payer  les 
3.000  livres. 

Enfin,  un  dernier  groupe  de  contrevenants,  —  et  pour 
nous  ce  n'est  pas  le  moins  intéressant  —  comprend  les 
fabricants*  plus  ou  moins  clandestins  d'étoffes.  Les  états 
nous  fournissent  les  noms  de  cinq  ou  six  d'entre  eux,  avec  la 
nomenclature  du  matériel,  généralement  assez  primitif,  saisi 
chez  eux  :  François  Latyet  et  Jean-Joseph  Renaud  à  Toulon, 
chez  qui  l'on  trouve,  le  11  décembre  1749,  «  17  morceaux  de 
toile  peinte,  15  mouUes  de  bois  et  4  pots  de  terre  remplis  de 
peintures  de  diverses  couleurs  »;  —  Charles  Durand,  lyon- 
nais, opérant  dans  la  bastide  du  nommé  Routier,  maître  me- 
nuisier d'Aix(l9  décembre  1749); — Joseph  Touche  (d'Auba- 
gne)  et  Esprit  Gauvin,  de  Lorgnes  (Var)  :  on  saisit  chez  eux  le 
28  juillet  1758,  i  101  pans  indienne  en  18  pièces,  850  pans  toile 
blanche  en  49  pièces,  13  petits  outils,  une  brosse,  12  feuilles 
de  dessin,  2  livres  granete,  2  livres  alun,  6  livres  amidon, 
4  livres  bois  du  Brézil,  1  polissoir,  14  moules  et  une  table 
servant  à  la  fabrication;  »  —  Joseph  Reyre,  originaire  de 
Lambesc  :  le  10  avril  1756,  on  saisit  «  dans  sa  bastide,  située 
au  terroir  d'Eyguières,^...  plusieurs  pots  de  terre  où  il  y  avoit 
de  la  teinture  de  différentes  couleurs  que  ledit  Reyre  a  dé- 
claré appartenir  au  sieur  Richelme,  fabricant  d'indiennes  de 
la  ville  de  Marseille,  avec  un  paquet  de  toiles  nouvellement 
peintes,  encore  mouillées,  tirant  les  dites  toiles  10  aulnes 
en  6  coupons...  La  contravention  est  grave,  puisqu'il  s'agit 
d'une  fabrique  d'indienne  dans  l'intérieur  de  la  province; 
mais  le  nommé  Reyre  n'est  pas  aisé  et  ce  seroit  assez  de  le 
soumettre  à  100  livres  d'amende  par  modération.  »  On  avait 
fait  preuve  d'une  bienveillance  analogue  dans  les  cas  précé- 
dents :  50  livres  à  François  Latyet,  50  livres  également  à 
Charles  Durand;  800  livres  à  Joseph  Touche  et  24  à  Cauvin, 

1.  Ou  mieux  :  teinturiers  en  indiennes. 

2.  Canton  de  l'arrondissement  d'Arles  (Bouches-du-Rhône). 


74  V.-L.    BOURRILLY. 

un  «  païsan  »  qui  avait  seulement  prêté  sa  bastide.  Seul  un 
certain  Brunet,  tailleur  d'habits  à  Draguignan,  chez  qui  on 
avait  saisi,  le  27  décembre  1758,  7  aulnes  de  «  malbourouch, 
étoffe  de  fabrique  étrangère  »,  ne  bénélicia  d'aucune  pitié. 
«  Le  port  et  usage  de  cette  sorte  d'étotïe  n'est  que  trop  fré- 
quent en  Provence.  La  profession  du  contrevenant  le  rend 
plus  coupable  et  ce  n'est  que  par  un  exemple  de  sévérité 
qu'on  peut  arrêter  la  fraude.  Il  y  auroit  lieu  d'ordonner  la 
confiscation  de  l'étoffe  saisie  et  de  condamner  le  contreve- 
nant à  3.000  livres  d'amende,  sans  modération.  »  Jean- 
Joseph  Labaume  et  Brunet  sont  les  deux  seuls  contreve- 
nants auxquels  le  maximum  de  3.000  livres  ait  été  infligé 
dans  les  états  qui  nous  ont  été  conservés. 

Le  contrôleur  général  Otry  n'approuvait  pas  toujours,  ni 
sans  observations,  les  modérations  proposées  par  l'intendant. 
Machaut  et  ses  successeurs,  au  contraire,  —  les  cas  de  La- 
baume et  de  Bonnet  exceptés,  —  se  montrèrent  toujours 
bienveillants.  G'estqu'aussi  bien  à  partir  du  milieu  du  siècle, 
en  ce  qui  concerne  le  commerce  et  la  fabrication  des  toiles 
peintes,  les  idées  avaient  évolué.  Il  était  manifeste,  —  le 
nombre  de  contraventions  le  prouvait  surabondamment,  — 
que  la  politique  de  répression  avait  échoué.  Les  goûts  du 
public  n'avaient  pas  changé  et  les  autres  industries  textiles 
n'avaient  pas  tiré  de  la  prohibition  tout  le  bénéfice  qu'on  en 
avait  attendu.  L'administration  commençaàse  montrer  moins 
sévère,  sinon  à  fermer  les  yeux.  En  1750,  Forbonnais  publie 
son  Examen  des  avantages  et  des  désavantages  de  la  pro- 
hibition des  toiles  peintes.  Il  est  pour  la  prohibition  ;  mais 
Gournay  défend  la  thèse  contraire  et  la  question  se  trouve 
posée  non  plus  seulement  parmi  les  économistes,  mais  aussi 
devant  le  grand  public.  Dès  1756,  des  fabriques  apparaissent 
sur  divers  points  du  royaume'.  En  1758,  Michel  Sabillon  en 
établit  une  à  Aix.  L'année  suivante,  il  s'en  fonde  plusieurs 
autres  à  proximité  du  terroir  de  Marseille  :  il  s'agissait  sur- 


1.  Germain  Martin,  La  grande  industrie  sous  le  règne  de  Louis  XV, 
pp.  132-133. 


LA   CONTREBANDE   DES   TOILES   PEINTES.  75 

tout  d'imprimer  des  indiennes  fabriquées  à  Marseille  ou  pé- 
nétrant par  Marseille;  telles  sont  les  fabriques  de  la  Des- 
trousse, près  Roquevaire;  de  Saint-Pons,  dans  la  vallée  de 
l'Huveaune;  de  Roquefavour,  dans  la  vallée  de  l'Arc;  dans 
les  faubourgs  d'Aix,  à  Valabre^  Enfin,  les  arrêts  des  15  sep- 
tembre et  28  octobre  1759  autorisaient  l'introduction  des  toi- 
les peintes  par  certains  poits  désignés;  l'arrêt  du  19  juil- 
let 1760  autorisait  la  fabrication.  La  grande  controverse 
engagée  entre  la  protection  et  la  liberté,  dont  la  question  des 
toiles  peintes  n'était  qu'un  cas  particulier,  se  terminait  par 
la  défaite  de  la  protection.  Défaite  dont  les  colbertistes  es- 
sayèrent de  prendre  une  revanche  ;  ils  crurent  l'avoir  trouvée, 
lorsqu'en  1785,  à  l'occasion  de  la  reconstitution  d'une  Com- 
pagnie des  Indes,  ils  obtinrent,  par  l'arrêt  du  10  juillet,  l'abro- 
gation des  arrêts  des  15  septeml)re  et  28  octobre  1759  et  du 
19  juillet  1760.  Mais,  durant  le  quart  de  siècle  pendant  lequel 
elle  avait  joui  de  la  liberté,  l'industrie  des  toiles  peintes  avait 
fait  assez  de  progrès  pour  ne  pas  trop  souffrir  d'une  réaction 
qui  ne  fut  pas  absolument  complète  et  à  laquelle  d'ailleurs 
la  Révolution  vint  rapidement  mettre  un  terme. 

V.-L.  BoURRILLY. 


1.  Archives  des  B.-du-Rh.,  G.  2751. 


MÉLANGES  ET  DOCUMENTS 


Un   Registre  de  P.   Alègre,   notaire    a  Gastelsarrasin 

(1303-1306). 

(Documents  sur  la  vie  à  Gastelsarrasin  au  début  du  XIV»  siècle.) 

Les  historiens  qui  sont  curieux  d'étudier  les  mœurs  du 
xviii^  et  du  xix«  siècles  trouvent  peu  à  glaner  dans  les  regis- 
tres de  notaires.  On  ne  recourt  plus  ai»  notaire  que  pour 
faire  rédiger  certains  contrats  déterminés  :  ventes  immobi- 
lières, partages,  contrats  de  mariage,  testaments;  et  la  fan- 
taisie est  généralement  bannie  de  la  rédaction  de  ces  actes, 
en  sorte  que,  s'ils  nous  fournissent  de  précieux  renseigne- 
ments d'un  caractère  économique,  ils  ne  nous  éclairent  que 
rarement  sur  l'état  d'esprit  et  les  mœurs  des  contractants. 

Il  en  allait  tout  autrement  au  moyen  âge.  Les  gens  du 
xiv«  siècle,  dans  le  Midi  du  moins,  allaient  chez  le  notaire  à 
tout  propos.  Voulaient-ils  acheter  une  pièce  de  drap,  la 
vente  était  consignée  dans  un  acte  notarié.  Avaient-ils  été 
victimes  d'une  tentative  de  meurtre,  c'est  un  notaire  qu'ils 
chargeaient  de  dresser  le  procès-verbal  de  leurs  plaintes.  Et 
les  notaires,  de  leur  côté,  lorsqu'ils  rédigeaient  les  actes  ne  se 
contentaient  pas  de  copier  un  formulaire.  Il  ne  leur  déplai- 
sait pas  d'introduire  dans  leur  rédaction  un  peu  de  variélT^ 
et  de  vie.  Par  exemple,  lorsqu'ils  recevaient  le  testament 
d'un  malade,  ils  ne  craignaient  pas  d'indiquer  que  ce  malade 
était  pestiféré.  Il  n'est  pas  besoin  d'insister  davantage  pour 


MÉLANGES   ET   DOCUMENTS.  77 

montrer  l'intérêt  qui  s'attache  aux  registres  anciens  de 
notaires. 

Les  documents  qui  suivent  sont  extraits  d'un  registre  de 
notaire  deCastelsarrasin  du  début  du  xiv^  siècle. Ce  registre, 
qui  était  déposé  aux  Archives  de  Gastelsarrasin,  a  été  versé 
en  1911,  sur  notre  demande,  aux  Archives  départementales 
de  Tarn-et-Garonne.  Il  émane  de  Pierre  Alègre  {Alacris),  no- 
taire de  Gastelsarrasin  et  de  Montech.  Il  mesure  SSe^x  27*"", 
comprend  125  feuillets,  et  son  écriture  rappelle  celle  d'un 
registre  de  notaire  de  Puy-1'Évêque  de  1295,  qui  est  con- 
servé à  la  Bibliothèque  nationale  (fonds  français  8573)  et 
dont  un  fac-similé  tigure  dans  l'Album  paléographique  de 
M.  M.  Prou  (PI.  XVI,  n°  1)  •.  Il  est  rédigé  presque  tout  entier 
en  langue  vulgaire;  le  protocole  et  l'eschatocole  des  contrats 
—  et  sporadiquement  quelques  contrats  en  entier —  sont  en 
latin.  Les  actes  sont  écrits  avec  beaucoup  de  soin,  sans 
ratures  et  dans  l'ordre  chronologique.  Ce  registre  n'est  pas 
complet.  Le  premier  acte  conservé  est  du  25  juin  1303  et  le 
dernier  du  20  avril  1306.  L'écriture  étant  très  serrée,  chaque 
page  renferme  quatre  actes  en  moyenne. 

Nous  n'avons  pas  eu  la  prétention  de  publier  tous  les 
actes  intéressants  de  ce  registre;  nous  avons  voulu  seule- 
ment montrer  par  quelques  exemples  la  nature  des  rensei- 
gnements qu'il  peut  fournir  sur  la  vie  à  Gastelsarrasin  au 
début  du  xiv*'  siècle,  avec  l'espoir  qu'un  érudit  sera  tenté  de 
rétudier  d'une  manière  approfondie.  G'est  d'abord  sur  le 
commerce  à  Gastelsarrasin  que  le  notaire  Alègre  nous  offre 
de  précieuses  indications  :  ventes  de  barriques,  de  vin,  de 
moût  de  vin^  fourmillent  dans  son  minutier.  Et  ce  com- 
merce n'était  pas  local;  les  vins  de  Gastelsarrasin  n'étaient 
pas  consommés  sur  place;  plusieurs  contrats  de  fret  nous 
prouvent  que  les  vins  de  Gastelsarrasin  et  de  toute  la  région 
étaient  dirigés  par  la  Garonne  sur  Bordeaux  et  même  sur 
l'Angleterre  ^ 

1.  Manuel  de  Paléographie  latine  et  française^  S«  éd.  (1910),  Album. 

2.  Pièces  IV  et  V. 

3.  Pièce  VII. 


t8  ANNALES  DU   MIDI. 

La  présence  des  Juifs  a  été  de  tout  temps  un  impor- 
tant facteur  de  l'activité  commerciale;  il  y  en  avait  beau- 
coup à  Gastelsarrasin  au  commencement  du  xiv«  siècle, 
et  il  nous  a  paru  intéressant  de  recueillir  quelques  exem- 
ples de  leurs  transactions  :  ce  sont  généralement  des 
prêts  ^ 

Si  la  ville  de  Gastelsarrasin  était  prospère,  les  habitants 
n'y  vivaient  pas  dans  une  sécurité  complète.  Nous  publions 
plus  loin^  le  procès-verbal  d'un  habitant  relatant  l'agression 
nocturne  dont  son  frère  et  lui  ont  été  victimes;  les  auteurs 
se  sont  enfuis  sans  que  le  bayle  ait  pu  ou  voulu  les  faire 
appréhender.  Le  bayle,  il  est  vrai,  essaie  de  se  disculper  en 
produisant  le  témoignage  des  plus  savants  chirurgiens  de 
Gastelsarrasin,  d'après  lesquels  les  blessures  du  frère  du 
plaignant  ne  seraient  pas  mortelles,  se  aub^e  acsidetit  Dieus 
non  i  trametra.  Goûtons,  comme  il  convient,  la  sagesse  de 
cette  restriction. 

On  était  d'ailleurs  d'humeur  batailleuse  à  Gastelsarrasin 
et  les  religieux  eux-mêmes  ne  donnaient  pas  toujours 
l'exemple  de  la  douceur;  c'est  ainsi  qu'un  jour  les  Frères  du 
Mont-Garmel  empêchèrent  par  la  violence  le  vicaire  de  Saint - 
Sauveur  de  Gastelsarrasin  de  porter  le  Saint-Sacrement  à 
une  de  ses  paroissiennes^. 

Sur  la  vie  de  famille,  les  contrats  de  mariage  contenus 
dans  le  registre  nous  offrent  d'inléressantes  précisions  ; 
nous  en  publions  un*.  Gomme  de  nos  jours,  les  jeunes  gens 
qui  s'unissaient  obéissaient  souvent  plus  à  leur  goût  per- 
sonnel qu'aux  conseils  de  leurs  parents  et  de  leurs  amis,  ils 
trouvaient  quelquefois  un  prêtre  complaisant  pour  les  marier. 
Mais  ce  prêtre  n'entendait  pas  nécessairement  pousser  la 
complaisance  jusqu'à  supporter  les  conséquences  pécu- 
niaires de  sa  complicité,  et  deux  contrats  en  bonne  et  due 
forme  faits  le  jour  même  du  mariage  avec  le  concours  d'une 


1.  Pièces  IX,  XIII  et  XIV. 

2.  Pièces  I  et  II. 

3.  Pièce  XII. 

4.  Pièce  VI. 


MÉLANGES   ET   DOCUMENTS.  'Î'Q 

personne  interposée'  lui  permettaient  de  les  faire  retomber, 
le  cas  échéant,  sur  les  mariés. 

Après  le  mariage,  l'enfant.  Il  est  d'usage  de  nos  jours  de 
protester  contre  l'institution  des  «  remplaçantes  »;  mais  il 
ne  faut  pas  oublier  que  cette  institution  est  ancienne.  On 
mettait  les  enfants  en  nourrice  au  xiv^  siècle  et,  ce  qui  est 
plus  curieux,  le  père  et  la  nourrice  s'engageaient  l'un  envers 
l'autre  par  acte  notarié  2. 

Signalons]en  terminant  un  document  intéressant  pour 
l'histoire  de  l'art  que  nous  avons  trouvé  dans  le  registre  de 
Pierre  Alègre.  C'est  un  contrat  passé  par  un  clerc  copiste 
avec  les  fabriciens  de  l'église  de  Gandalou  pour  la  façon  de 
deux  livres  liturgiques 3.  Ce  contrat  est  intéressant  dans  sa 
précision  détaillée. 

Les  indications  qui  précèdent  justifieront,  nous  en  avons 
l'espérance,  la  publication  par  nous  entreprise. 

R.  Latoughe. 


I 

1303,  26  juillet.  —  P.  Coutela  dénonce  au  lieulenanl  du  hayle 
de  CasLelsarrasin  Vagression  nocturne  dont  son  frère 
Nicolas  p-t  lui  ont  été  victimes  le  25  juillet  précédent 
dans  une  rue  de  Castelsarrasin. 

[Fol.  2  v°.]  Nolum  sit  que  P.  Coutela  coslituil  devant  Bertran 
del  Bedat,  loc  tenent  d'En  Johan  Delrnas,  balle  deCastelsarrasi  per 
nostre  senhor  lo  rei  de  Franssa,  e  de  mi  notari  e  dels  testimonis 
sotz  escriulz  denunciet  en  denuncian  e  demostret  al  dich  loc  tenent, 
en  pero  ses  part  t'arque  non  enten  ni  vol  far,  qu'eu  Ar.  d'En  Senhors, 
En  Guilhe m  Ar.  d"En  Senhors,  En  R»  d'En  Vidal .lohan,  En  Guilhen» 
de  Sans  Guilhem,  En  Helio  de  Senilh,  lo  jorn  de  S.  Jacme  apostol 
e  de  S.  Cristofol,  a  la  nueh,  a  gah  fach  e  cosirat,  et  ab  armas 
dêfendudas,  totz  esemps  o  lau  de  lor  o*ls  dos,  nafreron  greument 

1.  Pièces  X  et  XI. 

2.  Pièce  III. 

3.  Pièce  VIII. 


80  ANNALES   DU   MIDI. 

entro  a  la  mort  Nicolau  Coutela,  son  fraire,  so  es  asaber  ab  espazas 
et  ab  coutels,  et  ab  massas  de  fer  e  de  fust  et  ab  gonios  et  ab 
l)asinetz  en  la  carriera  publica  del  dich  senhor  rei  de  Franssa  e 
lui  methis  P.  Coutela  encauseron  e'I  volian  auserre  si  non  fugis;  et 
aqui  methis  lo  dich  loc  tenent  respos  e  dihs  que-1  era  aparelhat 
que-n  fes  son  dever;  de  las  quais  cauzas  totas  e  senglas  lodich 
p.  Coutela  requiric  a  mi  notari  sotz  escriut  que  lo"n  fes  carta 
publica.  Hoc  fuit  factum  anno  et  die  quibus  supra  *.  Hujus  rei 
sunt  testes  magister  Bernardus  de  Gamorenc,  Johannes  de  Caselh, 
notarius,  Ramundus  Dagra,  Andréas  de  Mercerio  Junioris,  Petrus 
Mandiiia,  Petrus  de  la  Bachsiera,  P.  Guilhelmus  Sirloci,  Raaiun- 
dus  Durandus  Sirloci. 


II 

1303,  28  juillet.  —  Procès-verbal  de  la  visite  faite  par  le  lieute- 
nant du  bayle,  plusieurs  consuls  de  Castelsarrasin 
et  les  deux  plus  savants  chirurgiens  de  cette  ville 
à  Nicolas  Coutela  :  les  chirurgiens  déclarent  que  ses 
blessures  ne  sont  pas  mortelles. 

[Fol.  3  r°.]  Nolum  sit  qu'En  P.  Coutela  en  presencia  de  mi 
notari'e  dels  tostimonis  sotz  escriutz/lichs  e  fe  asaber  a-N  Bertran 
del  Bedat,  loc  tenent  d'En  Johan  Deliuas  baile  de  Gastel  sarrazi 
per  nostre  senhor  lo  rei  dels  Franxs,  et  a  maestre  Amat  de 
Nagac,  donzel  savi  en  drecli,  et  a  maestre  Ar.  Guilhem  de  Pueg 
Armier,  et  a-N  Bernât  de  Pueg  Arraier  et  a-N  R.  Dagra  et  a-N  Rn 
de  la  Planha,  cossols  del  dich  loc  de  Gastel  sarrazi,  que  Nicolau 
Coutela  es  forlz  greus  e-s  pejoira  de  cada  jorn,  e  siatz  segurs 
d'aquels  que  l'an  nafrat  ni  macat  d'aquels  que  son  en  la  vila;  e  faitz 
voslre  dever  d'aquels  que  s'en  son  fugitz  en  tal  maniera  que  non 
puescat^-  esser  repres  per  major  quant  los  quais  lo  dich  P.  Coutela 
a  denunciat  segon  que  dich-s  per  devant  vos  et  aqui  methis  los 
dichs  loc  tenent  e-ls  ^  cosols  respozeron  e  dichseron  que  ilh  eron  anat 
vezer  lo  nafrat  esemps  ab  lor  apelat  los  dos  plus  savis  surgias  que 
ilh  sabian  de  Gastel  sarrazi  e  granre  d'autres  promes  del  dich  Castel, 

1.  Anno  Domini  Mocccnij"...  sexto  die  exitus  julii. 

2.  Ms.  puescat. 

3.  Ms.  el. 


MÉLANGES    ET   DOCUMENTS.  81 

e  feron  jutgar  e  vezer  las  nafras  e-ls  colbs  del  dich  nafrat  en  tal 
maniera  que-ls  dichs  siirgias  o  metges  dichseron  que*l  dich  nafrat 
non  conoihsian  que  degues  morir  per  las  dichas  nafras,  enpero  si 
autre  acsident  Dieus  non  i  trametra;  enpero  si  trobavan  melhors 
metges  o  surgias  que  conoguesson  que  perilh  de  mort  i  agues,  nos 
ne  farem  totas  vetz  nostre  dever;  e  mais  dich  lo  dich  loc  tenent  al 
dig  P.  Coutela  que  el  agues  al  dig  nafrat  bos  metges,  surgias  e 
phisisias  que'l  guardo  e  que-1  euro  e  si  negus  conoihs  que  per  razo 
de  las  nafras  o  colbs  perilh  i  aga  e  lui  fara  totas  vetz  son  dever  en 
tal  maniera  que  ja  non  poira  esse  repres  per  sobira;  et  aqui  methis 
lodig  P.  Coutela  requiric  a  mi  notari  sotz  escriut  que  de  totas  las 
sobredichas  cauzas  lo'n  fes  carta  publica.  Hoc  fuit  factum  quarto 
die  ecxitus  julii,  anno  ut  supra.  Hujus  rei  sunt  testes  Bernardus 
de  Gamonenc,  Guilhelmus  Arnaldus  del  Caslar...,  Stephanus  de 
Liindraga,  Petrus  de  Podio  Armerio,  Bernardus  Guilhelmus  de 
Lairaco,  Petrus  de  la  Bo[squi]era. 


III 

1303,  15  septembre.  —  Marie  Bergonhona,  femme  de  Jacot 
Boto,  prend  en  nourrice  pour  un  an  la  fille  de  Jean 
Nicolas  moyennant  la  somme  de  24  sous  toulousains. 

[Fol.  6  r°.]  Notum  sit  que  Na  Mario  Bergonhona  molher  am 
Jacot  Boto,  ab  voluntat  del  dich  Jacot  Boto  que  aqui  era  présent, 
près  e  receub  per  apopar  e  noiriguar  ben  e  leialment  una  filha  d'En 
Johan  Nicolau  soes  asaber  de  la  primeira  festa  de  S.  Miquel  de 
septembre  que  sera,  en  i.  an,  per  pretz  de  xxiiij.  sol.  de  thol.,  les 
quais  lo  predich  Johan  Nicolau  lo  raandet  a  paguar,  soes  asaber 
la  mittat  aquesta  primera  festa  de  pascas  que  sera,  e  lautra  mittat 
de  la  dicha  festa  de  S.  Miquel  primer  que  sera,  en  i.  an;  enpero  la 
dicha  Mario  non  deu  lailisar  la  dicha  noiriguata  per  negun  autra 
noiriguar  entro  al  dich  terme,  si  cas  non  era  que  apopar  no  la 
pogues  ;  e  si  apopar  no  la  podia,  que  se"n  deu  rebatre  del  pretz  aitant 
cant  del  temps  falhiria,  e  per  tenir  e  complir  tôt  en  aihsi  cum 
desus  es  dig  ni  contengut,  la  una  part  a  l'autra,  obligueron  totz  lors 
bes  presens  et  endevenidors.  Hoc  fuit  factum  xvo  die  introitus 
septembris,  anno  ut  supra.  Hujus  rei  sunt  testes  Hugoninus 
Vaquerii,  Johannes  Delbosc,  Johannes  Alvernhas. 

ANNALES  DU  MIDI.   —    XXVI.  6 


S2  ANNALES  DU   MIDl. 


IV 


1304,  8  mars.  —  P.  el  Bernard  dels  Colomiers,  frères,  vendent  à 
Guillaume  Nègres  un  niuids  de  hon  moiU  de  vin  livra- 
ble aux  vendanges  prochaines  au  prix  courant. 

[Fol.  22  r».]  Notiini  sit  qu'En  P.,  En  Bernât  dels  Colomiers,  frai- 
res,  cadaus  lo  tôt  principalment  de  lor  solz  obliguatio  de  totz  lors 
bes  presens  et  endevenidors  devo  an  Guilhem  Nègres  et  a  son 
ordenh  i.  muog  de  bo  niost  merchant  a  la  canela  del  truolh  aquestas 
primeras  vendenhas  que  seran,  perpretz  be  valent  que  reconogron 
los  dichs  deutors  que  an  receubut  de  lui  en  bos  diniers  comtans, 
renunciero  ne  los  predichs  deutors  consuetndini  ville  Gastri  Sarra- 
ceni  et  epistole  divi  Adriani  et  omni  alii  auxilio  juris.  Hoc  fuit 
factura  anno  et  die  quibus  supra*.  Hujusrei  sunt  testes  Raimnn- 
dus  Boneti,  Raimundus  de  Gaup. 


V 

130'j,  8  avril.  —  Aimon  Girart,  charpe7ilier ,  vend  à  Bernard 
A  lègre  U7ie  douzaine  de  bons  tonneaux  livrables  à  la 
saint  Jean  prochaine  au  prix  courant.     ■ 

[Fol.  26  v°.]  Nolum  sit  qu'En  Aimo  Girart,  carpentier,  solz  obli- 
gatio  de  totz  sos  bes  presens  et  endevenidors,  deu  a'N  Bernât  Ale- 
gre  Mansonier  et  a  son  ordenh  una  dotzena  de  bos  tonels  nuds 
merchans,  aquesta  primera  festa  de  S.  Joha  que  sera,  estancxs  e 
barratz  en  las  primeras  vendenhas  que  seran,  per  prelz  be  valent 
que  reconoc  lo  predich  deutor  que-n  a  agut  e  receubut  de  lui  en 
diniers  comtans.  Renunciavit  predictus  debitor  consueludini  ville 
Gastri  Sarraceni  et  omni  auxilio  juris.  Hoc  fuit  factum  viii»  die 
introitus  aprilis,  anno  ut  supra.  Hujus  rei  sunt  testes  Ramundus 
Martini,  Bernardus  Piguassa. 

1.  Anno  Domini  Mo.ccciij»,  viij*  die  introitus  marcii. 


MÉLANGES   ET   DOCUMENTS.  83 


VI 

1304,  18  août.  —  Contrat  de  mariage  de  Durant  Burla  et  de 

Marie  de  Fort. 

[Fol.  47  fo.]  In  nomine  Domini  amen.  Nolum  sit  que  Na  Maria  de 
Fort  se  donet  per  molher  a-N  Durant  Burla  en  aihsi  dizen  :  Jeu 
Maria  me  doni  per  molher  a  vos  En  Durant  Burla,  loqual  respos  : 
Et  jeu  vo-n  recebi.  Iill  aqui  methis  lo  dich  Durant  Burla  se  donet 
per  marit  a  la  dicha  Maria  de  Fort  en  aihsi  dizen  :  Yen  Durant  me 
doni  per  marit  a  vos  Na  Maria  de  Fort,  laquai  respos  :  Et  jeu  vo'n 
recebi.  Et  ab  si  methisa,  la  dicha  Maria  donet  le  en  dot  e  per  nom 
de  dot  per  far  tota  sa  voluntat  de  lui  e  de  son  ordenh  ab  efant  et 
senes  efant,  si  mais  vio  qu'ela,  lxx  sol.  de  thol.  e  son  lietg,  soes 
asaber  una  colcera  de  bola  et  i.  coihsi  de  pluma  e  iiij.  lansols  et 
una  fleisada  e  si  vestida  de  capa  de  vaire  e  de  gardacors  de  blaveta 
tôt  bon  e  bel,  loqual  dot  et  lietg  e'I  veslirpredichs  lo  i)redich  Durant 
Burla  so  marit  reconoc  et  aulreget  aver  agul  e  receubut  de  la  pre- 
dicha  Maria  sa  molher  e  s'en  tenc  per  be  pagat,  en  l'enunciet  a  la 
exceptio  de  non  agut  ni  receubut  de  la  dicha  Maria  sa  molher  lo 
davant  dit  dot  e"l  lietg  el  vestir,  exceptioni  doli  mali  et  fraudis,  et 
omni  auxilio  juris  el  facti  cum  quo  se  posset  tueri  vel  contra  venire  ; 
et  si  per  aventura  s'endevenia  que  dezanes  d'En  Durant  Burla,  so 
marit  predich,  enans  que  de  Na  Maria  de  Fort  sa  molher  e  efans 
d'entramdos  aparvens  hi  avia,  ela  deu  esse  dona  e  poderoza  dels 
bes  e  de  las  cauzas  que  serian  estadas  del  dich  Durant  son  marit 
de  manjar,  e  de  heure,  e  de  vestir  e  de  causar,  demenfre  que  ab  los 
efans  tenir  e  capdelar  se  volia  senes  marit  penre  e  senes  vendre  et 
aliénai  que  re  non  pogues,  e  si  dels  efans  })arlir  se  volia,  dévie  ti'aire 
tôt  lo  sobr-e  dich  dot  e  lietg  e'I  vestir  aitant  bo  cum  li  o  aportet,  e 
si  efans  d'entramdos  aparvens  non  i  avia,  ela  deu  ne  traire  tôt  lo 
predig  dot  e-1  lietg,  e-1  vestir  aitant  bo  cum  li  aportet  e  mais  xl.  sol. 
de  thol.,  los  quais  lo  dich  Durant  Burla  so  marit  predich  donet  et 
autreget  a  la  predicha  Maria  de  Fort,  sa  molher,  en  donatio  fâcha 
per  nupcias  e  de  creihs  per  melhoirament  de  son  dot,  per  los  quais 
covens  desus  dichs  tenedors  e  complidors  lo  dich  Durant  Burla 
obliguet  l'en  totz  sos  bes  presens  et  endevenidors  a  la  dicha  Maria 
sa  molher  entro  pagada^n  fos  del  tôt  a  sa  voluntat  e  de  son  ordenh 
e  fon  de  covens  entre  lor  que  si  de  la  dicha  Mai-ia  sa  molher  volia 


S4  -,  ANNALES  DU   MIDI. 

dezanai'  enatis  que  del  dich  Durant  Burla  so  marit,  qu'ela  pogues 
donar  tota  la  rauba  e  joias  de  son  cors  per  amor  de  Dieu  a  cui  ela 
se  volgues.  Hoc  fuit  factum  apud  Gastrum  Sarracenum,  xiiijo  die 
exilus  mensis  augusli,  anno  Domini  mocgco  quarto,  régnante  Phi- 
lipo  rege  Franeorum,  Pelro  eijiscopo  Tholose.  Hujiis  rei  sunt  testes 
Giiiliiermus  Bergondus  Borderi,  Steplianus  de  Cambono,  Rebelius 
Carpeiiterii,  Johannes  Blanchardus.P.Iohannes  Mari,  Guilliermus 
de  Hospitali  Garpenterii,  Johannes  Baiiderii  Sancti  Nicolay.  Inde 
debent  fieri  duo  instrumenta. 


VII 


1304, 15  décembre.  —  Guillaume  de  Nordois,  marchand  d'Angle- 
terre, a/frète  les  gabares  de  P.  Barlas  el  de  Jourdain 
de  Vazus,  de  Caslelsarrasin,  pour  faire  transporter 
du  vin  de  Castelsarrasin  à  Bordeaux. 

[F°  70.]  Notum  sit  qu'En  Guillelmes  de  Nordois,  merchant  d'An- 
glaterra,  a  afretat  per  carguar  en  las  guabaras  d'En  P.  Bartas  et 
d'En  Jorda  de  Vazus  de  Castel  Sarrazi  de  lui  methis  Guilhelmes 
iiii*^  tonels  de  vi  nieuchs  (?),  i  tonel  e  x  pipas  de  vi,  so  e.^ 
asaber  ab  lo  dich  P.  Bartas  XLiij.  tonels  e  iiij.  pipas  per  dos  tonels, 
e  doas  pipas  avantatge,  et  ab  lo  dich  Jorda  de  Vazus  xxxvj.  to- 
nels e  doas  pipas  davantatge  ab  Faigua,  per  portar  del  port 
de  Castel  sarrazi  per  xxx.  sol  de  tor.,  que  lo  dich  Guillelmes 
lor  ne  deu  donar  de  port  e  de  peatge  per  cascun  tonel  e  de 
las  iiij.  pipas  per  dos  tonels  e  las  iiij.  pipas  avantatge  entro 
al  port  de  Bordel,  del  quai  fret  desus  dich  los  dichs  P.  Bartas, 
En  Jorda  de  Vazus  reconogron  e  autregeron  al  dich  merchant 
qiie-1  lor  n'a  paguat  en  bos  diniers  comtans  lx  e  x.  libras  de 
tomes  e  s'en  tengroii  per  be  paguat;  e-n  renuncieron  a  la  ex- 
ception de  non  a  lor  paguadas  en  bos  diniers  comtans  las  di- 
ch as  LX  e  x.  libras  de  tornes  per  razo  del  dich  fret  e  exception j 
doli  mali  et  fraudis  et  omni  auxilio  juris  et  facti  cum  quo  se  pos- 
tent tueri  vel  contra  venire,  e"l  rémanent  del  dich  fretlo  dich  mer- 
chant deu  e  lor  a  mandat  e  promes  redre  et  paguar  a  Bordel  cant 
los  dichs  vis  seran  descargualz  ^ ,  e- 1  dich  merchant  mandet  et  promes 

1.  Ms.  descarguat. 


MÉLANGES   ET   DOCUMENTS.  85 

als  dichs  P.  Bartas  et  aN  Jorda  de  Vazus  (f»  70  vo)  que  si  en  degun 
loc  lor  demandava  hom  peatges  mas  en  la  maniera  que  acostnmat 
es  a  peatgar  sa  en  reire  que-1  lor  paguara  lo  sobreplus  tanlost 
senes  tota  demora  e  tôt  aisso  en  aihsi  cum  sobredich  es.  An  se 
mandat  et  autreiat  la  nna  part  a  l'autra  sotz  obliguatio  de  totz 
lors  bes  mobles  e  non  mobles  presens  et  endevenidors;  enpero  las 
aventuras  de  l'aigua  son  sobre  lo  merchant  en  aihsi  cum  es  acos- 
tumat.  Hoc  fuit  factuni  xvo  die  mensis  decembris,  anno  Domini 
M"CGCO  quarto,  régnante  Philippo  rege  Francorum,  Petro  episcopo 
Tholose.  Hujus  rei  sunt  testes  Petrus  de  Bella  Serra,  Micael  de 
Fortanier,  Audinus  (?)  Pelliparius. 


VIII 

1305,  27  juin.  —  Berenguier  Delponl,  clerc,  s'engage  à  composer 
pour  l'église  de  Gandalou  deux  livres  liturgiques  con- 
tenant Vun  l'office  du  dimanche,  Vautre  l'office  des 
saints  moyennant  la  som,m.e  de  22  livres  toulousaines 
et  detni,  un  setier  de  froment  et  wne  pipe  de  vin. 

[Fol.  90  yo.]  Notum  sit  quod  anno  Domini  mocggo  quinto  vide- 
licet  quarto  die  exitus  mensis  junii,  régnante  domino  Philippo  rege 
Francorum,  Petro  episcopo  Tholose,  in  presenciaet  testimonio  do- 
mini Guilhermi  Stephani,  vicarii  ecclesie  de  Gandalou' Bornet 

clerici,  Laurentii  .Joglar,  Ar[nal]di  lo  Clerc  et  mei  Pétri  Ramundi 
Alacris,  notarii  publici  Gastri  Sarraceni  et  de  Montogio'^  auctori- 
tate  regia  approbati  et  confirmanti  {sic)  existentis  apud  villam  de 
■Gandalor,'  in  carreria  seu  platea  coramuni,  maestre  Belengier  del 
Pont  clerc  que  dichs  qu'esta  en  la  parroquia  de  S.  Serni^  prop  de 
Francor^  et  de  la  Bastida  Franceza*  en  l'avescat  de  Quaersi, 
raandet  e  promes  a'N  Duran  de  Boihseran,  clerc,  et  a'N  Durant  de 
Patras,  cossols  de  Gandalor,  et  a'N  Guilhem  Durant,  obrier  de  la 

1.  Commune  de  Castelsarrasin. 

2.  Montech,  chef-lieu  de  canton  de  l'arrond.  de  Castelsarrasin. 

3.  Cette  église  est  mentionnée  dans  le  pouillé  du  diocèse  de  Cahors  du 
XVII*  siècle  publié  par  M.  A.  Longnon  (Mélanges  historiques,  t.  II,  p.  64, 
n»  554). 

4.  Aujourd'hui  Francou,  château  de  la  commune  de  Lafrançaise  (Tarn- 
et-Garonne). 

5.  Lafrançaise,  chef-lieu  de  canton  de  l'arrondissement  de  Montauban. 


86  ANNALES   DU   MIDI. 

glieia  de  Gandalor,  et  aX  Juhan  Maiiot  et  aX  Hugoni  lo  Sordat, 
cossols  de  Laiiaguet',  el  aN  Esteve  Daniiet  de  Lairaguet,  obrier 
de  la  dicha  gleia  de  Gandalor  per  la  universitat  de  Lairaget  et  a-N 
Girart  île  la  Font  et  a"X  Johan  Gilhot  de  Lairaget,  presens  et  per 
lor  et  per  la  universitat  de  Rancejac^  enpero  per  aqnela  que  s'a- 
parte  a  la  diclia  glieia  de  Gandalor  et  a  son  perroquia  presens  per 
lor  methises  coma  a  singulars  personas,  e  coma  a  cossols  dels 
dichs  locx  per  lor  methises  e  per  las  dichas  universitatz  o  perro- 
qnias  que-1  maesIreBerengierpredicrh  lordeufara'ssoncost  eta'ssa 
meslio  (sic)  propriament  dos  libres  so  es  asaber  j.  dominical  et  j. 
santoral  de  l'orde  de  S.  Eslephe  de  Tholosa  ab  quatre  reglas  escrih 
e  notât  d'aqiiela  forma  de  letra  e  do  nota  d'un  quantern  o  quazer  o 
libre  que  dichso  qu'es  de  la  glieia  sobre  dicha  de  Gandalor  el  quai 
es  la  ligerida  de  totz  S.,  laquel  ligenda  conienssala  primera  leisso  : 
Legimus  in  eclesiasticis,  e  deu  los  redre  entierament  ben  conti- 
nuât de  la  forma  de  la  letra  de  las  leissos  las  leissos,  et  de  la  forma 
dels  respos  los  respos,  e  dels  vers,  e  de  antifenas,  e  de  nota  e  de 
réglas,  e  deu  aver  lo  dich  maestre  Berengier  tôt  son  pei-games  bon 
e  bel,  e  lotas  las  autras  cauzas  que  als  dichs  libres  anran  obs  tôt 
bon  e  bel  tincha  {sic)  et  enlumenar  d'asur  e  de  vermelha,  e  core- 
gir,  et  emendar,  e  reliar,  e  cubrir  e  de  sarradors  e  de  clavels  e  de 
capitels,  las  quais  obras  desus  dichas  totas  o  senglas  el's  dos 
libres  lo  dich  maestre  Berenger  deu  aver  complit  de  tôt  ponchs  del 
jorn  que  aquesta  présent  carta  fo  enquiriguda,  en  quinze  mes 
continuailaniens  venens  a  la  conoihsenssa  bona  e  leial  del  senher 
En  Gausbert  Sirvent,  rector  de  la  dicha  glieia  de  Gandalor,  e  del 
senher  X*  F]steve  de  la  Barda,  rector  de  la  glieia  de  las  Bartas'  o 
de  lors  predessessors  per  pret^^*  e  sobre  pretz  de  vint  e  doas  libras 
e  mega  de  tliol.  d'aquels  que  hom  met  ed  jorn  que  aquesta  carta  fo 
enquiriguda  e  d'un  sestier  de  froment  et  d'una  pipa  de  vi  entro  en 
viij.  barrials  saumatals  ei  fustdel  dich  maestre  Berengier,  lasquals 
los  dichs  cossols  et  obriers  de  las  dichas  vielas  o  locxs  en  aihsi 
coma  cossols  e  cadaus  de  lor  lo  tôt  principalment  en  obliguatio  de 
totz  lors  bes  et  dels  dichs  cossolatz  e  de  la  dicha  obra  presens  et 
endevenidors  devo  et  an  mandat  e  promes  redre*  e  pagar  e  solz 
refectio  de  dampnatge  e  de  despessas  al  dich  maestre  Berengier  et 

1.  Leyriguet,  commune  de  Castelsarrasin. 

2.  Roncejac,  commune  de  Castelsarrasin. 

3.  Les  Barthes,  canton  de  Castelsarrasin. 

4.  Ms.  Prêt.  —  5.  Ms.  Rede. 


MÉLANGEB   ET   DOCUMENTS.  87 

a  son  ordenli,  s.)  es  asal)pr  aquesta  prima  octava  de  S.  P.  e  de 
S.  Paul  que  sera,  cent  s  >I.  de  thol.  et.  j.   sestier  de  1)0   froment 
merchant  a  la  comunal  mezura  de  Gastel  sarrazi,  et  aqueslas  pri- 
ra.eras  vendenhas  que  seran  que  seran  (sic),  una  pipa  de  vi  etitro  en 
viij.  banals  saumatals  e-1  fust  del  dich  maestre  Belengiei-,  e  cent 
sol.  de  thol.  aquesta  primera  festa  de  pascas  que  sera,  e"ls  autres 
G.  sol  de  thol.  aquesta  primera  festa  de  S.  .Johan  Babtista  que  sera, 
e  laderriera  paga  de  vij  libras  e  mega  de  thol.  en  la  fin  dels  dichs 
XV  mes  en  la  fin  dels  libres  complilz,  lasquals  xxij  libras  e  mega 
de  thol.  reconogron  et  autregeron  los  predichs  deutors  que'l  devon 
per  razo  dels  dichs  çoves  de  far  los  dichs  libres,  e  s'en  tengon  per 
be  pagat  e-n  renuncieron  los  dichs  deulors  sertificatz  per  mi  notari 
sobre  escriout  a  la  exceptio  de  non  fach  covens  de  far  los  dichs 
libres  en  aihsi  cum  desus  es  dich  e  de  non  tengutz  per  ben  pagatz 
et  exceplioni  doli  mali  et  fraudis  et  epistole  divi  Adriani,  beneficio 
nove  constitutionis  de  duobus  reis  debendi  hoc  ila  tamen  utroque 
jure,  et  privilegio  fori,  et  omni  alii  auxilio  juris  et  facti  cum  quo 
se  possent  tueri  vel  contravenire  e  per  tenir  e  complir  tôt  en  aihsi 
cum  desus  es  dich  e  contengut  io  dich  maestre  Belengier  obliget 
lor  ne  totr^  ses  bes  presens  et  endevenidors,  e  si  lo  dich  maesire 
Belengier  ben  e  leialment  en  aihsi  cum  desus  es  dich  e  contengut 
non  o  fazia  que  defalhis  en  tôt  o  en  partida,  obliget  se  que  ilh  olau 
de  lor  l'en  poguesso  costrenher  e  contravenir  en  quai  que  cort  e 
loc  se  volhan  per  prendament  de  totz  sos  bes  e  per  arestament 
de*ssa  perssona  tôt  en  aihsi  cum  per  cauza  cofesada,  clara.  cono- 
guda  en  jutgament  o  deforas,  et  aisso  sot  réfection  de  damnatges 
e  de  despessas;  enpero  lo  dich  maestre  Berengier  non  deu  penre 
neguna  obra  que  montes  de  v  sol.  de  tornes  eiisus  entro  los  dichs 
libres  sion  acabatz,  els  dichs  cossols  et  obriers  devon  le  aver  al 
dich  maestre  Belengier  lo  breviari  del  senlier  en   P.   capela  que 
canta  en  la  capela  de  Lairaget  del  senher  abat  de  Moihsac  e  tolz 
los  libres  de  la  glieia  de  Gandalor.  Renunciet  ne  lo  predich  maes- 
tre Belengier  sertiflcat  per  mi  notari  sobre  escrijut  a  la  exceptio  de 
frau  e  d'engan,  et  oinni  privilegio  et  alii  auxilio  juris  et  facti  cum 
quo  se  posset  tueri  vel  contra  venire  e  per  tenir  et  complir  lot  en 
aihsi  cum  desus  es  dich  e  contengut  lo  predich  maistre  Belengier 
jurero  (?)  sobre  S.  Evangelis  de  Dieu   tocatz  corporalment  de  sa 
propria  ina.  H  jc  fuit  f  ictum  anna  et  die  et  loco  quibus  supra,  et  in 

1.  Ms.  Tôt. 


88  ANNALES   DU   MIDI. 

presencia  et  testimonio  lestium  supra  scriptorum  et  mei  Pétri 
Ramundi  Alacris  notarii  suprascripti,  qui  ad  reqnisitionem  dic- 
torum  contrnhencium  istam  cartam  scripsi. 


IX 

1305,  29  août.  —  Benetg  Giustos,  juif,  Beneuguda,  juive,  sa 
femme,  et  Isaac,  juif,  fis  d'Abraham.,  juif,  recon- 
naissent avoir  reçu  une  conque  et  une  bassinoire  de 
cuivre  en  gage  de  Peronne  d'Estoenxs,  femme  d'Ar. 
de  Montech,  qui  leur  doit  encore  îcne  som^tne  de 
iO  sous,  6  deniers  toulousains. 

[Fol.  97  r".]  Notum  sit  quod  anno  Domini  moccgo  quinto,  vide- 
licet  tercio  die  exitus  niensis  augusti,  régnante  Philippe  rege 
Francorum,  Petro  episcopo  Tliolose,  in  pre.sencia  et  testimonio 
domini  Ramundi  Probi  homini  (sic),  castellani  Castri  Sarraceni, 
magistri  Pétri  de  Loregut,  phizici,  Bernardi  Fornerii,  Guilhelmi 
Brossa  et  mei  Pétri  Ramundi  Alacris,  publici  notarii  Castri  Sarra- 
ceni et  de  Montogio  auctoritate  regia  conflrniati  existentis  apud 
Castrum  Sarracenum  in  carreria  publica  coram  hôspicio  Petii 
Grimoardi,  flli  {sic)  condam  domini  Vitalis  Grimoardi,  Benetg 
Giustos,  juzeu,  e  Na  Beneuguda,  sa  molher,  juzeua,  ab  volunlat  de 
lui,  En  Izac,  jnzeo,  filh  que  fo  d'En  Abram,  juzeo,  cadaus  de  lor  lo 
tôt  principalment  en  obliguacio  de  totz  lors  bes  presens  et  ende- 
venidors  et  sotz  refectio  de  dampnatges  e  de  despessas,  devo  et  an 
mandat  e  promes  redre  e  paguar  a  mi  notari  sobre  scriut  stipulant 
e  recebent  e  nom  et  en  persona  de  la  doua  Peirona  Destoencxs, 
molher  d'En  Ar.  de  Montuog,  abcent,  e  de  tôt  son  ordenh  una  con- 
qua  et  j.  calfaleu  de  coire,  aquesta  primera  festa  de  S.  Miquel  de 
septembre  que  sera,  o  cent  sol  de  thol.,  si  la  dicha  conqua  e  calftileu 
de  coire  redre  e  restituir  nol  podia  al  dich  terme,  laquai  conqua 
e-1  calfaleu  de  coire  los  dichs  deutors  reconogron  et  autregeron  que 
avian  près  en  penchs  e  receubutz  de  la  dicha  Peirona  Destoencxs, 
e  que  ela  los  avia  de  tôt  pagatz,  exceptât  x.  sol.  vj.  diniers  de  lliol. 
que  dichson  los  dichs  deutors  que  lor  ne  dévia  encarra,  e  si  al 
dich  terme  tôt  en  aihsi  cum  desus  es  dich  los  dichs  deutors  no"l 
redran  e  restiturau,  la  dicha  conqua  e"l  calfaleu  de  coire  obligeron 
s'en  a  tener  hostatges  e'I  castcl  de  Gastel  sarrazi  de  nostre  senhor 


MÉLANGES   ET   DOCUMENTS.  89 

lo  rei  de  Franssa  al  primer  somoniment  que  la  dicha  Peirona  lor  ne 
faraa  totz  esemps  o  a  l'au  de  lor  â  o  ad  i.cadau  e  manderon  e  prome- 
zeron  los  dichs  deutors  que  del  dich  castel  no-s  partirai!  ab  lors  pes 
ni  ab  los  autruis  entro  la  dicha  dona  Peirona  del  tôt  fos  setisfacha, 
e  de  las  mestios  que  s'en  faran,  de  las  quais  mestios  la  dicha  dona 
Peirona  deu  esser  crezuda  del  tôt  per  sa  simpla  paraula,  senes  sa- 
grament  e  testimonis  sertificat;  los  dichs  deutors  juzeus  per  mi 
notari  sobre  scriout  de  lor  drech  renuncieron  ne  a  la  exceptio  de 
non  près  ni  receubutz  los  dichs  gatges  de  la  dicha  dona  Peirona 
Destoenxs,  et  al  priviletge  lor  methis  e  de  lor  jutge  et  exceptioni 
doli  mali  et  fraudis  et  epistole  divi  Adriani,  beneficio  nove  consli- 
tutionis  de  duobus  reis  debendi  et  autentice  présente  habita  et  de 
pluribus  fidejussoribus  et  privilegio  fori,  tam  utroque  jure  et 
omni  alli  auxilio  juris  et  facti  cum  quo  se  posset  tueri  vel  contra 
venire.  Hoc  fuit  factura  anno  et  die  et  loco  quibus  supra  et 
in  presenlia  et  teslimonio  testium  suprascriptorum  et  mei  Pétri 
Ramundi  Alacris  notarii  suprascripti  qui  ad  requisitionem  diclo- 
rum  debitorum  istam  cartam  scripsi. 


X 


1305,  31  août.  —  R.  del  Fossat,  prieur  de  Saint-Sauveur  de  Cas- 
telsarrasin,  ayant  célébré  le  jour  même  le  mariage 
de  Maurel  Jean,  charretier,  et  de  Béatrice  de  Chalami, 
Colin  Andrieu  s'engage  à  l'indemniser  du  préjudice 
qu'il  pourrait  subir  si  une  plainte  était  portée  C07itre 
lui  en  raison  de  ce  mariage,. 

[Fol.  98  r°.]  Notum  sitquod  anno  DominiMoccCquinto,  videlicet 
ullimo  die  mensis  augusti,  régnante  Philippo  rege  Francorum, 
Petro  episcopo  Tholose,  in  presentia  et  testimonio  domini  Durandi 
Laginesta,  capellani,  Guilhelmi  Johannis  de  Bernedola,  Johannis 
de  la  Planha,  sartroris,  et  mei  Pétri  Ramundi  Alacris  notarii 
publici  Castri  Sarraceni  et  de  Montogio  auctoritate  regia  confir- 
mati  existenlis  apud  Gastrum  Sarracenum  in  monasterio  Sancti 
Salvatorisi  Castri  Sarraceni,  Colin  Andrieu,   barbier,   mandet  e 


1.  Saint-Sauveur  de  Castelsarrasin.  Celte  église  était  un  prieuré  dépen- 
dant de  l'abbaj'e  de  Mois.sac. 


90  ANNALES   DU   MIDI. 

promes  a  mi  notari  sobrescriout  stipulant  e  recebeiit  e  nom  et  en 
perssoiia  del  senlier  En  Rn  del  Fossat,  rector  del  dich  mostier,  que 
si  deguna  perssona,  de  canha  que  condilio  o  dignitat  sia,  deman- 
dava  0  menia  platg  o  questio  al  dich  rector  per  razo  o  ocazio  d'un 
lïiatrimotii  facli  o  selebrat  e-1  dich  mostier  lo  jorn  que  aquesta 
présent  carta  fo  enquiriguda  so  es  asaber  d'En  Maurel  Johan,  car- 
retier,  e  de  Na  Betritz  de  Chalami,  sa  mollier,  que-1  dich  Coli 
l'en  guardara  de  tôt  dampnatge  e  lo  restituira  e  lo  emendara  en 
oblig-uatio  de  totz  sos  bes  presens  et  endevenidors.  Hoc  fuit 
factum  anno  et  die  et  loco  quibus  supra,  et  in  presenlia  et 
testimonio  testium  suprascriptorum  et  mei  Pétri  Ramundi  Alacrls 
notarii  suprascripti  qui  ad  requisitionem  dicti  Colini  istam  cartam 
scripsi. 

XI 

1305,  31  août.  —  Maurel  Jean  et  sa  femme  Béalrix  de  Chalami 
promettent  à  Colin  Xndrieu  de  Vindeïuniser  de  toutes 
les  dépenses  qu'il  pourrait  avoir  à  subir  si  leur 
mariage  donnait  lieu  à  une  action  judiciaire  contre 
le  prieur  de  Saint-Sauveur  de  Castelsarrasin. 

[Fol.  98  r°.]  Notura  sit  quod  anno  Domini  M"  ccco  quinto,  videli- 
cet  ultimo  die  mensis  augusli,  régnante  Philippo  rege  Francorum, 
Petro  episcopo  Tholose,  in  presenlia  et  testimonio  Domini  Durandi 
Laginesta,  cappellani,  Guilhelnii  Johannis  de  Bernedola,  Johan- 
nis  de  la  Planha,  sartroris,  et  mei  Pétri  Ramundi  Alacris  notarii 
publici  Castri  Sarraceni  et  de  Montogio  auctoritate  regia  confirmati 
existentis  apud  Castrum  Sarracenum  in  monasterio  Sancti 
Salvatoris  Castri  Sarraceni,  MaurelJohan,  carretier,  e  Na  Beatritz 
sa  molher  de  Chalami  ab  voluntat  de  lui,  reconogron  et  autre- 
geron  a  maestre  Colin  Andrieu,  barbier,  que  a  las  pregarias  et  a  la 
rei|uesta  de  lor  s'es  obliguatz  a  mi  notari  sobrescriout  stipulant  e 
lecebent  e  nom  del  senhor  En  Rn  del  Fossat,  rector  del  dich 
mostier,  que  si,  per  razo  del  matrimoni  facli  o  selebrat  el  dich 
mostier  lo  jorn  que  aquesta  présent  caria  fo  enquiriguda  del  dich 
marit  e  molher,  quel  dich  Colin  engarde  de  dampnatge  lodich 
rector  de  totas  personas  de  canha  que  conditio  sion  aihsi  cum 
plus  plenierament  es  contengut  en  una  carta  fâcha  per  la  ma  de 
mi  notari  sobre  escriout  que,  si  degun  greuch,  dampnatge  o  mestios 


MÉLANGES   ET   DOCUMENTS.  91 

o  despessas  al  dich  Colin  Andrieu  en  venia  en  jutgament  o  deforas, 
que-ls  dich  marit  e  niolher  lo  emendaran  e  lo  restituiran  ;  del  quai 
greuch  e  mestlos  los  dichs  marit  e  molher  volgron  que-ldich  Colin 
Andrieu  en  fos  crezut  del  tôt  per  sa  simpla  paraula  senes  sagra- 
ment  et  teslimonis,  e  que-1  dich  maestre  Colin  los  ne  pogues  cos- 
trenher  en  quai  que  cort  e  loc  se  volgues  tôt  en  aihsi  cum  per  causa 
cofessada,  clara  e  manifesta  en  jutgament  o  deforas,  e  que  aquesta 
carta  présent  aia  aquela  methisa  forssa  e  fermetat  cum  si  notari 
public  del  loc  on  lo's  convendria  lavia  fâcha  et  escricha  o  enquiri- 
guda;  e  per  tenir  e  complir  tôt  en  aihsi  cum  desus  es  dich  ni  con- 
tengut  los  dichs  Maurel  Johan  e  Na  Betritz  de  Chalami  sa  molher 
obligueron  len  totz  lors  bes  presens  et  endevenidors  al  dich  Colin 
et  a  son  ordenh,  en  renuncieron  sertificat  de  lor  drech  per  mi 
notari  sobre  escriout  a  la  exceptio  de  frau  et  omni  auxilio  jnris  et 
facti  cum  quo  se  possent  tueri  vel  contra  venire.  Hoc  fuit  faclum 
anno  et  loco  quibus  supra,  et  in  presencia  et  testimonio  testium 
suprascriptorum  et  mei  Pétri  Ramundi  Alacrisnolarii  suprascripti 
quiadrequisilionem  dictorum  contrahenciumistam  cartam  scripsi. 


XII 


1305,  14  septembre.  —  Durand  Laginesle,  vicaire  du  prieur  de 
Saint-Sauveur  de  Caslelsarrasin,  fait  dresser  procès- 
verbal  conlre  Adam  le  Chantre  et  plusieurs  autres 
frères  de  Vordre  du  Mont-Carmel  de  Caslelsarrasin 
gui  par  leurs  violences  Vont  empêché  de  porter  la 
sainte  Eucharistie  à  Berlrande,  fem^me  de  Raimond 
de  Pincheriis,  malade. 

[Fol.  100  r». ]  Anno  Domini  Mocccoquinto,  videlicetxiiij  die  introi- 
tus  mensis  sepfembris,  régnante  Philippo  rege  Francorum,  Petro 
episcopo  Tholose,  in  presencia  et  testimonio  Guilhelmi  Ginionis, 
macellarii,  Rainaldi  de  Caramanch,  Ar«ii  de  Montegio,  Bernardi 
Piguassa,  pelliparii,  Johannis  Blanchardi,  clerici,  Guilhelmi  Cal- 
velli,  clerici,  Salterii  Pétri  Rainaldi  de  Mont  Albeze,  et  mei  Pétri 
Ramundi  Alacris,  notarii  pnblici  Casfri  Sarraceni  et  de  Montogio 
domini  nostri  régis  Fi'ancorum  auctoritale  regia  approbati  et  con- 
firmati  existentis  apud  Castrum  Sarrarenum  in  carreria  publica 
coram  hospicio  Guilhelmi  Gimonis  macellarii.  Noverint  universi 


92  ANNALES   DU   MIDI. 

présentes  pariteretfiituriquodcum  ad  devotisiraam  (sic) suplicatio- 
nem  Bertrande  uxoiis  Ramundi  de  Pincheriis,  domicelli,  dominus 
Durandus  Laginesta  cappellanus,  vicarius   domini  Ramundi  de 
Fossato,  rectoris  eclesie  Sancti  Salvatoris  de  Castro  Sarraceno,  por- 
tasset  cum  solita  reverentia  corpus  Cbristi  ad  dictam  Bertrandam 
inflnnitale  sui  corporis  graviter  laborantem  in  hospicio  quod  olim 
fuit  domini  Poncii  Grimoardi  domini  Castri  Ferucii^  in  perochia 
eclesie  supradicte,  ut  ipsum  corpus  dominicum  eidem  Bertrande 
postulanti  sumenduni  humiliter  ministraret,  frater  Adam  Cantor, 
frater  Ar'^"*  de  Borello  et  frater  Joliannes  de  Verduno,  hordinis 
béate  Marie  de  Monte  Garmeli,  cum  quibusdam  aliis  fratribus  sibi 
associatis,  domus  Castri  Sarraceni  inpie  et  ireverentur  irruerent 
contra  dictum  dominum  Durandum  cappellanum  et  eidem  domino 
Durando  opère  pariter  et  sermone  sine  justa  causa  inhibuerunt  ire 
dictum  hospicium  cum   sancta  lieucarestia  aliqualiler  introiret, 
ncet   dictum  hospicium  in  perochia  et  de  perochia  eclesie  Sancti 
Salvatoris  esse  et  fuisse  sit  notorium  et  publice  manifestum,  quod 
in  grave  scandalum  eclesie  santé  (sic)  Dei  non  est  dubium  redun- 
dare,  presertim  cum  in  dicta  inhibitione  mullitudo  clericorum  et 
laicorum  assisteret  populosa,  de  qua  quidem  violencia,  inhibicione 
et  omnibus  et  singulis  supradictis  dictus  dominus  Durandus  requi- 
sivit  me  notarium  infrascriptum  ut  conficerem  publicum  instru- 
mentum.  Hoc  fuit  faclum  anno  et  die  et  loco  quibus  supra,  et  in 
presencia  et  testimonio  testium  supradictorum  et  mei  Pétri  Ra- 
mundi Alacris   notarii  suprascripti,   qui    ad   requisitionem   dicti 
domini  Durandi  istam  cartam  scripsi. 


XIII 

1305,  15  novembre.  —  Guiraiid  Bertrand,  épicier,  promet  à 
Isaac,  juif  de  Serignac,  d'être  son  débiteur  solidaire 
pour  une  somme  de  66  sous  toulousains  que  ledit 
juif  doit  à  Ar.  et  P.  Pomaret,  frères  ;  mais  Isaac 
devra  l'indemniser  de  tous  ses  dépens. 

[Fol.  105  r".]  Anno  Domini  m"ccg«  quinto,  videlicet  xV  die 
introitus  mensis  novembris,  régnante  Philippe  rege  Francorum. 
Petro  episcopo  Tholose,  in  presencia  et  testimonio  Ar^i  de  Villa- 

1.  Castelferrus,  canton  de  Saint-Nicolas-de-la-Grave  (Tarn-et-Garonne). 


MÉLANGES    ET   DOCUMENTS.  93 

rio,  Ramuncli  de  la  Plancha  et  mei  Pétri  Ramundi  Alacris,  no- 
tarii  publie!  Castri  Sarraceni  et  de  Montogio  auctoritale  regia 
confirmati  existentis  apud  Castrum  Sarracenum  in  hoperatorio 
Bernardi  Guilhermi  de  Lairnco.  Nolum  sit  que  Yzac,  juzeu  de 
Serinhac',  reconoc  et  autreget  a-N  Guiraut  Bertrand,  espetier,  que 
tôt  aquel  deute  e  soma  de  seihsanta  e  sies  sol.  de  thol.,  e"l  quai  ab 
dos  esemps  son  obliguatz  a  paguar  a-X  Ar.  eta.N  P.  del  Pomaret, 
fraires,  aihsi  cum  plus  plenierament  es  contengut  en  una  carta 
fâcha  per  la  ma  de  mi  notari  sobre  scriout  per  la  cauza  contenguda 
en  la  dicha  carta,  es  tôt  del  dich  juzeo,  ses  part  quel  dich  Guiraut 
non  i  a,  mas  a  las  pregarias  del  dich  juzeo  lo  dich  Guiraut  intret 
fermanssa  et  principal  deutors  esemps  ab  lo  dich  juzeo,  e  si  per 
razo  del  dich  deute  recobrar  e  de  las  mestios  que  s''en  faria*  al 
dich  Guiraut  venia  ni  sufria  dampnatge  ni  cost  ni  mestios  en 
julgament  o  deforas,  aquelas  lo  promes  lo  dich  juzeo  emendar  e  l'en 
bbliget  totz  sos  bes  presens  et  endevenidors,  en  renunciet  lo  dich 
juzeo  a  tôt  drech.  Hoc  fuit  factum  anno  et  die  et  loco  quibus  supra, 
et  in  presencia  et  testimonio  testium  suprascriptorum  et  mei 
Pétri  Ramundi  Alacris  notarii  suprascripti,  qui  ad  requisitionem 
dictorum  contrahencium  istam  cartam  scripsi. 


XIV 


1305,  15  novembre. —  Andrieu  Bigos,  pêcheur,  promet  à  Benelg, 
juif,  fils  de  Lombarde,  juive,  de  hci  retidre  19  sous 
toulousains  que  ce  dernier  lui  a  prêtés. 

[Fol.  105  yo.]  Anno  Domini  moccco  quinto,  videlicet  xv»  die 
introitus  mensis  novembris,  régnante  Philippo  rege  Francorum, 
Petro  episcopo  Tliolose ,  in  presencia  et  testimonio  Ar*!'  Guil- 
helmi  Deplios,  Bertrandi  Fleisentxs,  et  mei  Pétri  Ramundi  Ala- 
cris, notarii  publie!  Castri  Sarraceni  et  de  Montogio  auctoritate 
regia  confirmati  existentis  apud  Castrum  Sarracenum  in  hope- 
ratorio Bernardi  Guilhelmi  de  Lairaco.  Notum  sit  qu'En  Andrieu 
Bigos,  pescaire,  en  obligacio  de  totz  sos  bes  presens  et  endeveni- 
dors et  sotz  refectio  de  dampnatge  e  de  despesas  deu  et  a  mandat 


1.  Sérignac,  canton  de  Beaumont-de-Lomagne  (Tarn-et-Garonne). 

2.  Ms.  Faraia. 


94  ANNALES   DU   MlDI. 

et  promes  redre  e  pagar  a"N  Benetg,  juzeo,  filh  de  Na  Lombarda, 
juzeua,  0  a  son  cert  comandament,  xviiij.  sol.  de  thoL,  aquest 
primer  caramantran  que  sera;  losquals  reconoc  et  autreget  lodich 
deutor  quel  prestet  en  bos  diniers  comtans;  renunciet  ne  lo  dich 
deutor  sertificat  de  son  drech  per  mi  notari  sobre  scriout  a  la 
excepcio  de  non  prestat  los  dichs  xviiij.  sol.  thol.  en  diniers 
comtans,  et  exceptioni  doli  mali,  consuetudini  ville  Castri  Sarra- 
ceni  et  omni  auxilio  juris  et  facti  cum  quo  se  poset  (sic)  tueri  vel 
contravenire.  Hoc  fuit  factum  anno  et  die  et  loco  quibus  supra,  et 
in  presencia  et  testimonio  testium  suprascriplorum  et  mei  Pétri 
Ramundi  Alacris  notarii  suprascripti  qui  ad  requisitionem  dic- 
torum  contrahenlium  istam  cartam  scripsi. 


COMPTES  RENDUS  CRITIQUES 


Pierre  de  Provence  et  la  Belle  Maguelonne,  édité  par 
Adolphe  BiiiDERMANN.  Paris  et  Halle,  1913;  in-8*»  carré  de 
xii-124  pages. 

II  existe  de  ce  joli  roman,  popularisé  en  Allemagne  par  d'innom- 
brables réimpressions  et  chez  nous  par  la  «  Bibliothèque  bleue  », 
deux  rédactions  :  la  plus  complète  (B)  est  représentée  par  l'édition 
Buyer  (Lyon,  vers  1480),  dont  on  ne  connaît  qu'un  exemplaire  et 
quatre  manuscrits  du  xv^  siècle;  l'autre  (C),  représentée  par  le 
manuscrit  de  Cobourg,  quatre  éditions  gothiques  et  de  très  nom- 
breuses réimpressions,  a  été  republiée  de  nos  jours  dans  la  collec- 
tion Silvestre  (1845).  11  était  donc  tout  naturel  que  le  nouvel  édi- 
teur reproduisît  la  première.  Son  édition  est  fondée  sur  le  manus- 
crit 1501  de  la  Bibliothèque  Nationale,  corrigé  à  l'aide  dés  trois 
autres  et  de  l'édition  Buyer,  dont  les  variantes  sont  communiquées 
(ainsi  que  quelques-unes  de  celles  du  manuscrit  de  Cobourg)*. 

La  brève  Introduction  qui  précède  le  texte  (p.  v-viii)  est  pure- 
ment provisoire,  M.  B.  se  réservant  d'étudier  ailleurs  la  question 
de  l'auteur.  Il  se  prononce  néanmoins  ici  sur  d'autres  points  im- 
portants et  difficiles  :  il  est  d'avis  que  «  le  roman  a  été  écrit  dans 
le  Midi,  et  en  fi-ançais,  vers  la  même  époque  que  Paris  et  Vienne  » 
ou,  plus  exactement,  vers  1438^.  Sur  la  localisation  et  la  date,  je 
me  garderais,  je  l'avoue,  d'être  aussi  afflrmatif.  La  rédaction  C  est 
précédée  d'un  prologue  où  il  est  dit  que  l'histoire  a  été  «  ordonnée  », 

1.  On  ne  s'explique  vraiment  pas  que  M.  B.  se  soit  résolu  à  «  simpli- 
fier »  la  graphie,  relativement  sobre,  du  ms.  1501.  De  là  quelques  étrange- 
tés  et  inconséquences.  Il  écrit,  par  exemple,  anticipant  sur  un  avenir 
peut-être  lointain  :  eut,  fit  (imp.  subj.)et,  d'autre  part,  portast,  saillist; 
d'une  part  missiez,  vissiez,  et  de  l'autre,  meus,  veés,  seur.  Il  n'y  avait 
pas  lieu  d'écarter  les  formes  comme  congié,  laissier,  encore  bien  vivantes 
à  cette  date  et  qui  sont  sans  doute  fce  que  la  varia  lectio  ne  nous  dit  pas) 
dans  tous  les  manuscrits. 

2.  Il  avait  déjà  proposé  cette  date  il  y  a  quelques  années  [Rom. 
Forschungen,  XXII,  676). 


96  ANNALES  DU   MIDI. 

le  livre  «  mis  en  ce  langaige  »  en  1453.  Ces  expressions  semblent 
bien  opposer  une  traduction  à  un  originale  Remarquons  au  reste 
que  M.  B,,  lui-même  est  enclin  à  placer  la  composition  de  l'œuvre 
une  quinzaine  d'années  plus  tôt.  Elle  pourrait  bien  avoir  été  écrite, 
comme  l'ont  supposé  divers  savants,  à  Naples,  ville  que  l'auteur 
connaît  fort  bien.  Le  récit  a  évidemment  été  écrit  pour  commémo- 
rer une  union  légendaire  du  royaume  de  Naples  et  de  la  Provence  : 
il  est  naturel  de  penser  qu'il  l'a  été  dans  des  circonstances  où 
cette  union  semblait  devoir  se  réaliser.  Ces  circonstances,  on  le 
sait,  se  présentèrent  plusieurs  fois  à  la  fin  du  xiv  siècle  et  dans  la 
première  moitié  du  xve. 

Ce  serait  pour  flatter  les  ambitions  napolitaines  des  comtes  de 
Pi'ovence  que  l'auteur  aurait  mis  la  main  à  la  plume.  (On  sait  de 
reste  que  les  allusions  aux  faits  contemporains  ne  sont  pas  rares 
dans  la  littérature  d'imagination  de  cette  époque.)  Il  était  double- 
ment naturel  qu'il  se  servit  du  provençal  :  d'abord  parce  qu'il 
s'adressait  à  des  princes  provençaux,  ensuite  parce  qu'il  mettait 
en  œuvre  —  cela,  du  moins,  est  bien  vraisemblable  —  une  tradi- 
tion languedocienne,  qui  avait  dû  lui  être  racontée  dans  le  dia- 
lecte local. 

Ce  qui  me  frappe,  en  tout  cas,  c'est  que  son  style  est  tout  farci 
de  méridionalismes,  dont  il  eût  été  utile  de  dresser  la  liste ^. 

Le  glossaire  est  un  peu  maigre  :  il  y  manque  quelques  mots 
rares  ou  acceptions  intéressantes'.  Quant  au  texte  même,  en  dépit 

1.  Ce  prologue,  il  est  vrai,  manque  dans  les  manuscrits  de  la  rédac- 
tion B;  il  eût  donc  été  naturel  dé  l'omettre  ou  du  moins  de  le  rejeter  en 
note. 

2.  Voici  les  faits  les  plus  caractéristiques.  Il  y  a  d'innombrables  exem- 
ples de  aller  (au  présent  ou  prétérit)  avec  l'infinitif  au  sens  du  prétérit  ; 
cet  usage,  devenu  normal  en  catalan,  est  très  répandu  dans  le  Languedoc 
et  la  Provence  au  xv«  siècle.  La  tournure  brief  et  seurement  (68,  18)  m'est 
inconnue  en  français.  Le  lexique  aussi  abonde  en  méridionalismes  :  aussi 
peu  (51,  <?4),  au  sens  de  «  non  plus  »  ;  adouber  {IS,  2)  «préparer,  habil- 
ler »  (un  poisson;  voy.  Mistral,  adouba; ;  et  mais  (71,21),  «  aussi  »;  faire 
besoin  (72, 6),  «  être  nécessaire»  ;  faim  (82,  7),  «  besoin  »  dans  faim  de  dor- 
mir; lever  (66,  19),  «  enlever»;  revenu  (88,  19),  c(  ranimé»;  touriter  a,\QC 
l'infinitif  au  sens  itératif  [le  tourna  asseoir,  82,  17;  les  tourna  ployer, 
54,  7;  cf.  60,  13;  43,  6,  etc.)  ;  retourner  (93,  23),  «  rendre  ». 

3.  Accompagner  (66,  11)  apparier,  unir,  affection  (18,25),  impatience; 
chercher  (4,  21),  parcourir;  cognoissance  (8,  19),  emblème,  signe  dis- 
tinctif;  contraire  (5,  15),  dommage;  délicieux  (57,  11),  délicat;  demeu- 
rer (78,  21;  92,  II)  ne  pas  être  ou  se  faire;  fonderesse  (91,  3),  fonda- 
trice; honorable  (39,  7)  somptueux;  honnier  (65,  14),  déshonorer;  'luati- 
nière  [étoile]  (36,  20);  cf.  consolière,  consolatrice). 


COMPTES   RENDUS   CRITIQUES.  97 

du  soin  avec  lequel  il  a  été  établi,  les  fautes  d'impression  n'y  sont 
pas  rares.  On  n'en  remerciera  pas  moins  M.  B.  de  la  peine  qu'il 
a  prise  et  ce  ne  sont  pas  seulement  les  amis  des  beaux  livres  qui 
tiendront  à  posséder  cet  élégant  petit  volume.        A.  Jeanroy. 


W.  WiEDERHOLD.  Papsturkunden  in  Frankreich.  VII  : 
Gascogne,  Guienne  et  Languedoc.  Gr.  in-S"  de  210  pages. 
(Extr.  des  Nachrichten  der  K.  Gesellschaft  der  Wissen- 
schaften  zu  Gœttingen,  1913.) 

Ce  fascicule  VII  clôt  la  série  de  ceux  où  M.  W.  a  rendu  compte 
des  fructueux  résultats  de  la  mission  dont  il  a  été  chargé  dans  nos 
archives  françaises*.  Il  concerne  trois  de  nos  anciennes  provinces 
(non  des  moins  importantes)  et  enrichit  leur  documentation  histo- 
rique de  151  bulles  inédites,  sauf  deux  qu'avait  déjà  publiées  Léo- 
pold  Delisle  (voir  l'Appendice).  Ces  bulles,  comprises  entre  les 
années  999  (?)  et  1198  (?},  l'auteur  a  su  les  retrouver,  à  force  de  mé- 
thode et  de  flaii-,  dans  les  archives  départementales  et  communa- 
les, dans  les  bibliothèques  communales  et  dans  diverses  collec- 
tions publiques,  semi-publiques  ou  privées,  énumérées  page  2. 
Cependant  M.  W.  est  le  premier  à  admettre  que  plus  d'une  a  pu 
encore  lui  échapper  soit  par  défaut  d'information  préalable,  soit 
par  le  parti- pris  de  certains  collectionneurs  de  garder  jalouse- 
ment leurs  richesses.  La  bulle  de  Pascal  II  (no  7)  relative  à  l'ab- 
baye de  Moissac,  publiée  sous  le  numéro  10,  vient  d'être  publiée 
une  seconde  fois  par  M.  F.  Galabert  [Annales  du  Midi,  1913, 
p.  427).  Une  bulle  d'Urbain  II  concernant  le  chapitre  collégial  de 
Saint-Antonin,  analysée  par  Jaffé-Lœwenfeld  d'après  une  copie 
(no  5430),  vient  d'être  retrouvée  par  M.  K.  Latouche  sous  sa 
forme  originale.  —  A  noter  que,  pour  des  raisons  d'ordre  prati- 
que, le  département  de  l'Ardèche  a  été  inclus  dans  le  fascicule  III 
relatif  au  Dauphiné,  le  département  du  Gard,  dans  celui  de  la 
Provence  (IV),  et  que,  dans  le  présent  fascicule  VII,  figurent  des 
bulles  (i-encontrées  dans  les  dépôts  du  S.-O.  et  du  Languedoc),  con- 
cernant La  Chaise-Dieu  d'Auvergne  (no  23),  le  diocèse  de  Soissons 
(nos  16  et  17)  et  celui  de  Chartres  (nos  15,  24,  74,  97,  100,  104,  107, 
110,  122,  126,  130  et  145),  les  évoques  de  Saragosse  (nos  35,  36, 
51),  le  monastère  de  Novy  dans  les  Ardennes  (no  69),  l'évêché  de 

1.  Voy.  les  Annales  du  Midi.  1913,  p.  135  et  ci-dessoas,  p.  Iâ9. 
ANNALES  DU   MIDI.   —  XXVI  7 


9Ô  ANNALES   DU   MiDl. 

Viviers  (n»  82),  les  moines  de  S:nnt-Victor  de  Miirseilie  (n"s  82  et 
91),  les  évêqiies  d'Angoulêiue  (no  105,  de  Sens  (n»  110),  de  Sois- 
sons,  Laon  et  Noyon  (no  114),  l'abbaye  de  Holy  Tiinity  de  Biir- 
well  (no  127).  La  note  de  la  page  2  appoi-le  aussi,  grâce  à  MM.  Prou 
et  Gandillion,  quelques  rectifications  à  la  mention  faite  ailleurs 
de  deux  bulles  relatives  aux.  diocèses  de  Sens  et  de  Bourges. —  La 
reproduction,  en  totalité  ou  en  pai'tie,  des  151  bulles  retrouvées  est 
précédée  d'un  long  apparat  bibliographique  et  critique(pp.  3  à  33), 
qui  combine  les  découvertes  faites  par  M.  W.  avec  celles  qu'en:  e- 
gistrent  les  Regesta  pontificutn  de  Jaflfé  (édit.  Lœwenfeld).  A  si- 
gnaler une  curieuse  bulle  d'Alexandre  III  (n»  80),  du  10  mai  1170, 
prenant  sous  sa  protection,   à  l'exemple  d'Eugène  III,  les  trou- 
peaux pacageants  et   les  bergers  de  l'Ordre  du  Temple  dans  le 
diocèse  de  Saint-Bertrand-de-Comminges,  et    une   bulle  de  Clé- 
ment III  (no  143),  du  10  niai  1188,  interdisant,  à  l'exemple  de  ses 
prédécesseurs,  de  nuire  aux  Juifs  en  aucune  façon,  même  de  les 
baptiser  contre  leur  gré.  —  On  regrettera  que,  dans  une  publication 
d'une  aussi  haute  valeur  scientifique,  l'auteur  n'ait  pas  pris  soin 
(avec  le  secours  des  archivistes  départementaux  dont  il  se  plaît  à 
constater  l'inaltérable  bienveillance  à  son  égard),  d'identifier  cer- 
tains noms  de  lieux  peu  connus.  Roazon  (no  118)  ne  serait-il  pas 
Roasson  en  Savoie?  La  chartreuse  de  Seillon  (nos  124  et  195)  sem- 
ble appartenir  au  département  de  l'Ain.  Mais  où  se  trouvent  la 
chartreuse  d'Arvières  (no  25),  le  prieuré  de  Néronville  (no  67),  le 
monastère  de  Saint-Denis  en  Broqueroie  (no  112)  et  celui  de  Bonne- 
val  (no  131)?  Clusa  (no  72)  ne  serait-il  pas  une  mauvaise  lecture 
pour  Elusa  =  Eauze  (Gers)?  La  Case-Dieu  du  numéro  23  est  sûre- 
ment La  Chaise-Dieu  d'Auvergne,  et  Saint-Émilien  du  numéro  97 
est   Saint-Êmilion  près   Bordeaux.   —  M.   W.  avoue  brièvement 
qu'il  a  corrigé,  sans  en  avertir  chaque  fois  le  lecteur,  les  bévues 
du  scribe  des  bulles  numérotées  33  et  43  :  Offenhare  Schreibfeliler 
verbessere  ich  stillschweigend.  C'est  là  un  procédé  peut-être  ex- 
cusable en  l'espèce,  mais  peu  conforme  aux  usages  de  l'érudition 
française  parce  qu'il  offre  plus  d'un  inconvénient.  —  En  somme, 
les  sept  fascicules  publiés  par  M.  Wiederhold  fournissent  un  sup- 
plément notable  aux  18  000  bulles  (en  chiû're   rond)  déjà  catalo- 
guées par  Jafifé  et  ses  continuateurs.  Quand  l'Académie  de  Gœtlin- 
gue  aura  mené,  dans  tous  les  pays  de  la  catholicité,  une  enquête 
aussi  méthodique  que  celle  qu'elle  a  fait  instituer  en   France,  ce 
sera  justice  de  dire  que  l'érudition  allemande  a  posé,  pour  la  cons- 


COMPTES    Kli.NUUS    CÎUÏKJUES.  91) 

truclion  à  venir  d'une  histoii'e  de  la  papauté  jusqu'à  l'avènement 
d'Innocent  III,  une  base  à  peu  près  définitive,  aussi  large  que  so- 
lide, dont  les  historiens  de  toutes  langues  lui  seront  grandement 
reconnaissants.  Alfred  Leboux. 


J.-M.  Vidal.  BuUaire  de  l'Inquisition  française  au  XIV" 
siècle  et  jusqu'à  la  fin  du  grand  schisme.  Paris,  Letou- 
zey  et  Ané,  1913;  in  8°  de  lxxxv-559  pages. 

Trois  cent  quarante-trois  documents,  suivis  de  quelques  autres 
en  appendice,  forment  le  Corps  de  ce  bnllaire.  Brefs  et  bulles  ne 
sont  pas  tous  inédits  et  tous  ne  sont  pas  reproduits  intégralement, 
mais  le  dessein  de  l'auteur  était  de  nous  donner  un  Corpus  qui 
se  suffit  à  lui-même  et  il  y  a'  réussi  d'autant  mieux,  ce  semble, 
que  ses  travaux  antérieurs  l'avaient  préparé  de  longue  main  à 
l'élabora ti(.)n  de  celte  œuvre  délicate.  M.  V.,  en  effet,  était  déjà 
connu  par  d:'s  publications  estimées  sur  l'histoire  ecclésiastique 
et  plus  parliculièremeut  sur  l'histoirederinqiiisition  méridionale. 

L'économie  du  présent  ouvrage  comporte  d'abord  une  introduc- 
tion compacte  et  bien  ordonnée  qui  précède  les  textes.  Elle  passe 
en  revue  successivement  l'organisation  territoriale  de  l'Inquisition 
en  France  au  xive  siècle,  le  personnel  des  tribunaux  (avec  listes 
d'inquisiteurs  et  d'officiers  étayées  de  références),  les  justiciables 
de  l'Inquisition  française,  les  détails  de  la  procédure  inquisilorialc, 
les  rapports  de  l'Inquisition  et  de  ses  justiciables  avec  la  Curie  et 
l'action  personnelle  des  Papes.  A  la  suite  des  documents,  d'abon- 
dantes notes  résolvent  les  problèmes  d'identification,  fournissent 
des  indications  bibliographiques,  résument  l'état  des  questions 
auxquelles  font  allusion  les  pièces.  Au  cours  de  cette  ample  anno- 
tation, M.  V.  témoigne  d'une  connaissance  approfondie  des  per- 
sonnages, des  familles,  des  incidents  locaux.  Parfois  ses  notes 
renferment  des  notices  biographiques  étendues,  parfois  même  des 
textes  inédits  insérés  à  l'occasion  d'un  fait  ou  à  l'appui  d'une 
datation.  Enfin  des  tables  alphabétiques  très  complètes  ont  été 
ménagées  à  la  suite  des  appendices. 

Tel  qu'il  se  présente,  l'ouvrage  est  donc  très  précieux.  L'his- 
toire méridionale  y  est  très  souvent  touchée  et  l'action  de  l'incjui- 
sition  dans  les  ressorts  de  Toulouse  et  Carcassonne  tient  une  large 
place  dans  l'ensemble  du  recueil.  L'enquête  dont  il  procède,  pour- 
suivie à  la  fois  dans  les  dépôts  locaux  et  aux  archives  valioa.ies, 


100     '  ANNALES   DU    MIDI. 

parait  bien  propre  à  épuiser  la  matière,  malgré  la  longue  période 
qui  s'étend  entre  les  limites  chronologiques  adoptées.  C'est  qu'il 
s'agit,  comme  le  fait  remarquer  M.  V.  lui-même,  3'une  période 
où  décline  l'Inquisition.  Plus  on  avance  dans  le  temps,  moins  le 
Saint-Office  présente  d'importance  et,  par  une  conséquence  natu- 
relle, moins  sont  nombreux  les  documents  qui  s'y  rapportent.  Fonc- 
tionnant parfois  à  vide,  l'institution  s'égare;  aussi  semble-t-il  bien 
que  son  jeu  tende  à  se  fausser  de  plus  en  plus  pai  l'effet  de  la  rapa- 
cité ou  de  l'esprit  de  vengeance  personnelle;  certains  documents 
du  bullaire,  par  exemple  ceux  qui  figurent  sous  les  numéros  194, 
310,  342,  tendent  à  fortifier  cette  impression.  A  l'éclat  de  ces  scan- 
dales, ou  d'autres  semblables  dont  la  mémoire  s'est  perdue,  tient 
apparemment  cette  influence  adoucissante  des  Souverains  Pontifes 
sur  laquelle  M.  V.  se  plait  à  insistera  la  fin  de  son  introduction. 
D'ailleurs  cette  introduction  est  écrite  avec  toute  l'impartialité 
qui  convient,  et  l'on  ne  saurait  guère  y  faire  qu'un  reproche,  celui 
de  n'avoir  pas  placé  d'abord  sous  les  yeux  des  lecteurs  une  vue 
d'ensemble,  un  aperçu  sur  la  distribution  géographique  des  hété- 
rodoxes. Car  rien  n'eut  mieux  expliqué  l'organisation  inquisito- 
riale,  la  chasse  aux  hérétiques,  refoulés  et  traqués  de  plus  en  plus 
loin.  Or,  si  les  données  dont  il  s'agit  sont  incluses  dans  les  pages 
très  denses  que  M.  V.  rédige,  elles  ne  sont  nulle  part  présentées 
en  synthèse,  à  quoi  l'ouvrage  eût  certainement  gagné.  Par  contre, 
l'esprit  d'analyse  qui  préside  à  ces  mêmes  pages  nous  a  valu  un 
véritable  dépouillement  du  Corpus.  Presque  tous  les  aspects  de 
quelque  intérêt  s'y  trouvent  "mis  en  lumière  à  la  place  que  le  plan 
môme  de  l'introduction  leur  a  discrètement  ménagée  d'avance. 

Un  point,  toutefois,  n'a  pas  été  spécialement  relevé  et  méritait 
de  l'être  :  c'est  la  construction  de  prisons  pour  hérétiques  à  l'aide 
de  dons  volontaires  faits  à  titre  d'œuvres  pies.  Plusieurs  des  textes 
compris  dans  le  recueil  font  fonctionner  sous  nos  yeux  en  des  lieux 
précis  ce  mode  d'érection  ou  d'agrandissement  des  prisons  inqui- 
sitoriales.  Or,  indépendamment  de  l'intéi'êt  considérable  qu'elles 
présentent  à  d'autres  égards,  de  telles  mentions  peuvent  enricliir 
précieusement  les  données  de  la  topographie  ou  de  l'archéologie 
locales.  C'est  aussi,  du  reste,  à  la  séduction  des  indulgences  que 
l'autorité  ecclésiastique  recourait  volontiers  afin  d'obtenir  des 
offrandes  dont  le  produit  était  destiné  à  nourrir  et  à  entretenir  ses 
prisonniers. 

La  disposition  matérielle  du  bullaire  est  pratique,  car  elle  déta- 


COMPTES  RENDUS   CRITIQUES.  101 

che  au  premier  regard,  en  italique,  l'analyse  placée  en  tête  de 
chaque  pièce.  Mais  on  regrette  une  lacune.  Il  aurait  été  désirable, 
en  etfet,  que  l'adresse  de  la  pièce  y  fut  portée  et  mise  en  vedette, 
comme  c'est  l'usage  ordinaire.  Faute  de  s'être  conformé  sur  ce 
point  aux  habitudes  ou  d'avoir  pris  une  précaution  équivalente, 
l'éditeur  nous  oblige  à  lire  le  texte  même  pour  savoir  à  qui  est 
destinée  la  bulle  ou  le  bref  :  pour  une  recherche  rapide,  l'inconvé- 
nient sera  réel. 

Très  au  courant  de  la  littérature  inquisitoriale  en  particulier  et 
des  ressources  de  la  bibliographie  historique  en  général,  M.  V. 
multiplie  beaucoup  dans  ses  notes  les  références.  Il  convient  en 
principe  de  lui  en  savoir  gré.  Parfois  cependant  ce  souci  ne  va 
pas  sans  quelques  excès  de  zèle.  N'est-il  pas  en  vérité  superllu  de 
nous  renvoyer  (p.  150,  n.  4),  à  propos  du  dernier  roi  de  Majorque, 
à  Lecoy  de  la  Marche,  au  Trésor  de  Chronologie  de  Mas-Latrie, 
voire  au  Répertoire  d'U.  Chevalier?  Par  contre,  p.  455,  au  sujet 
du  prévôt  Hugues  Aubriot,  plutôt  que  d'enregistrer  quelques  pages 
d'E.  Deprez  «  dsins Positions  de  thèses  de  doctorat  de  l'Université 
de  Paris  »  (qui,  pour  le  dii'e  en  passant,  ne  sont  en  réalité  que 
des  positions  de  mémoires  pour  le  diplôme  d'études  supérieures), 
c'est  la  thèse  latine  du  môme  qu'il  convenait  de  citer. 

Ce  sont  là  critiques  fort  légères.  L'impression  que  laisse  le 
Bullaire  de  M.  V.  est  nettement  celle  d'un  travail  d'érudition  très 
consciencieux,  conduit  avec  méthode  et  compétence,  appelé  par 
conséquent  à  rendre  des  services  signalés  et  à  prendre  un  rang 
des  plus  honorables  parmi  les  publications  faites  en  France  sur 
l'histoire  de  l'Inquisition.  J.  Calmette. 

Cartulaire  de  l'Université  de  Montpellier,  t.  II  :  Inven- 
taires des  Archives  anciennes  de  la  Faculté  de  méde- 
cine et  Supplément  au  tome  I  du  Cartulaire  de  l'Uni- 
versité de  Montpellier  (1181-1400),  avec  une  introduction 
par  J.  Calmette.  Montpellier,  imp.  Laiiriol,  1912;  in^**  de 
cLviii-930  pages. 

Le  tome  1er  du  présent  cartulaire  a  été  publié  par  l'Université  de 
Montpellier  en  1890*;  ce  volume,  débutait  par  V Histoire  de  V  Uni- 
versité de  Montpellier,  œuvre  inédite  de  feu  A.  Germain  (f  1887); 

1.  Montpellier,  imp.  Ricard;  in  4»  deXXXIX-760  pages  avec  fac-similés. 


102  ANNALES   DU    MIDI. 

il  contenait  une  collecliou  de  dociinients  de  provenances  diverses, 
relatifs  aux  divf-rses  Facultés,  droit,  méilecine,  etc.,  de  1181  à  1400. 
L*^  tome  III,  qui  est  en  préparation,  comprendra  les  documents 
du  xve  siècle.  Quant  au  tome  II,  œuvre  de  M.  -T.  Calmette,  il  est 
constitué,  comme  l'indique  un  second  titre,  par  un  inveutsiire  des 
archives  anciennes  de  la  Faculté  de  médecine  et  un  supplément  au 
tome  1er. 

Ces  archives,  dont  les  documents  offrent  pour  l'histoire  «le  l'en- 
seignement médical  un  intérêt  de  premier  ordre,  étaient  dans  un 
désordre  complet.  Après  avoir  procédé,  de  1903  à  1908,  à  leur  clas- 
sement, M.  G.  publie  aujourd'hui  le  résultat  de  son  travail.  Dans 
une  première  partie  (p.  1-208),  il  donne  le  texte  in  extenso  d'un 
ancien  inveiit;iire  de  1583  qu'il  a  retrouvé  et  qui  contient  la  men- 
tion de  nombreuses  pièces  aujourd'hui  perdues.  Ces  mentions  étant 
très  développées,  les  analyses  de  cet  inventaire  permettent  de 
reconstituer  presque  entièrement  le  document  et  fournissent  ainsi 
les  éléments  essentiels  qu'il  contenait  au  point  de  vue  historique. 
Quant  aux  documents  qui  subsistent,  une  tnble  de  concordance 
permet  de  les  retrouver  sous  la  cote  qui  leur  a  été  donnée  dans  le 
nouveau  classement. 

La  deuxième  partie  (pp.  209-849)  est  constituée  par  Tinvents^ire 
numérique  des  archives  anciennes  de  la  Faculté  de  1220  à  1809; 
on  y  trouve  l'indication  de  chaque  article  avec  sa  cote,  sa  date  et 
le  nombre  de  pièces  dont  il  se  compose.  Mais  comme  M.  C.  n'a 
pas  hésité  à  donner  très  souvent  un  numéro  à  une  seule  pièce; 
qu'en  outre,  lorsqu'il  ne  liasse  contient  plusieurs  pièces,  il  consacre 
à  chacune  une  analyse  particulière  (voir  série  F),  il  en  l'ésnlte  que 
cet  inventaire  numérique  est  iiussi,  en  fait,  ce  que  l'on  est  convenu, 
dans  |(>s  archives  départementales  et  communales,  d'appeler 
«  inventaire  sommaire  »,  c'est-à-dire  contenant  l'analyse  pièce  par 
pièi-e  des  documents  d'une  liasse.  Ainsi,  avec  les  analyses  de  l'in- 
ventaire de  l."83  et  celles  de  M.  C,  on  a  un  inventaire  sommaire 
(c'est-à-dire  détaillé  au  sens  administratif!)  à  peu  près  complet  de 
toutes  ces  archives. 

La  liste  des  séries  entre  lesquelles  M.  C.  a  réparti  les  documents 
composant  les  deux  fonds  principaux  du  collège  de  chirurgie  et  de 
l'ancienne  Faculté  de  médecine  dontiera  une  idée  «le  la  compo- 
sition de  ces  archives.  A  :  Inventaires  anciens.  B  :  Privilèges, 
litres  et  statuts  de  la  Faculté  (bulles  de  papes,  lettres  de  rois  d'Ara- 
gon, etc.,  publiés  en  partie  dans  le  tome  I).  C  :  Administration 


COMPTES   RENDUS   CRITIQUES.  103 

générale  et  ^aliments  de  la  Faculté.  D.  :  Chaires,  emplois,  per- 
sonnel de  la  Faculté.  E  :  Procès  de  la  Faculté  (notamment  ceux 
relatifs  à  Blazin  dont  les  étudiants  dénoncent  les  négligences, 
que  ses  collègues  dépouillent  de  sa  qualité  de  doyen;  ponrsiiit'^s 
diverses  pour  exercice  illégal  de  la  médecine).  F  :  (Correspondance 
générale  de  la  Facnlté  (et  notamment  ses  relations  avec  les  autres 
Facultés;  série  particulièrement  abondante;  on  y  voit  la  Faculté 
prendre  la  tête  du  mouvement  contre  les  tendances  centralisatrices 
de  la  Faculté  de  Paris,  résister  aux  interventions  ministérielles). 
G:  Comptabilité  et  gestion  financière  de  la  Faculté.  —  Le  classe- 
ment est  identique  pour  le  fonds  des  chirurgiens.  H  :  Privilèges  et 
statuts  des  chirurgiens  (leur  rivalité  avec  les  médecins  dont  ils 
cherchent  à  secouer  le  joug).  L  :  Administration  et  exercice  delà 
chirurgie.  M  :  Procès  des  chirurgiens  (notamment  contre  les  veuves 
de  maîtres,  contre  les  pratiquants  et  sages-femmes).  N  :  Corres- 
pondance des  chirurgiens  (particulièrement  intéressante  pour  sai- 
sir la  vie  intime  de  ce  corps,  ses  querelles  intérieures  (  «  je  crois 
que  vous  radotet  »),  ses  rapports  avec  les  autres  corps  de  chirur- 
giens pour  lutter  contre  les  médecins  qui  «  prétendent  mettre  la 
chirurgie  en  estât  d'esclavage  »,  ses  efforts  pour  se  séparer  com- 
plètement de  l'office  de  perruquier).  0  :  Comptabilité  et  gestion 
financière  des  chirurgiens.  P  :  Apothicaires  et  barbiers.  Q  :  Dos- 
siers spéciaux  et  pièces  diverses  (relatives  au  cancellariat.  jardin 
des  plantes,  collèges  de  Gironeet  de  Mende,  eaux  minérales,  etc.). 
R  :  Dossiers  individuels  d'étudiants  et  employés.  S  :  Registres 
(privilèges,  délibérations,  inscriptions,  etc.). 

Enfin,  dans  une  troisième  partie  ;pp.  851-869)  M. G.  a  signalé  ou 
p  iblié  20  documents  antérieurs  à  1400  qu'il  a  retrouvés  au  cours 
du  classement  et  qui  figurent  soit  dans  l'inventaire  de  1588 
(Ire  partie  du  volume),  soit  dans  l'inventaire  numérique  (2e  partie), 
notamment  une  bulle  de  Nicolas  IV  de  1289  (avec  un  fac-similé) 
relative  à  un  clerc  d'abord  l'efusé  à  l'examen  de  la  licence  et  que 
lofficial  del'évêque  de  Maguelonne  voulait  contraindre  les  maîtres 
<le  la  Faculté  à  recevoir,  et  le  plaidoyer  contre  Pons  <le  l^unel, 
écarté  de  l'enseignement  comme  étant  de  naissance  illégitime. 

Telle  est  la  com|)Ositi()n  de  ce  travail,  qui  nous  révèle  un  dépôt 
fort  important.  Grâce  au  classement  très  judicieux  opéré  par  M.  C. 
et  à  l'excellent  invenlaire  dont  il  l'a  fait  suivre,  on  peut  désor- 
mais entreprendre  l'histoire  universitaire  de  Montpellier.  M.  C.  a 
signalé  lui-même  dans  son  introduction  divers  travaux  qu'on  en 


104  ANNALES   DU   MIDI. 

pourrait  tirer  :  histoire  des  professeurs  au  xvi^  siècle,  rôle  des  étu- 
diants, plus  hardis  que  les  maîtres,  dans  les  progrès  de  la  pratique 
médicale,  programme  des  cours,  vie  de  la  Faculté  au  temps  des 
guerres  de  religion  ;  et  les  notices  relatives  à  chacune  des  séries 
de  cet  inventaire  sont  conçues  de  telle  sorte  qu'on  doit  les  consi- 
dérer comme  un  commencement  de  mise  en  œuvre  des  documents. 
Nous  signalerons  plus  particulièrement  :  à  propos  de  la  série  G, 
une  esquisse  de  l'organisation  des  étudiants,  leurs  pétitions  pour 
demander  des  créations  de  cours,  d'exercices,  «  un  enseignement 
pratique  au  lit  du  malade  »,  etc.  ;  à  propos  de  la  série  D,  une  étude, 
avec  publication  de  documents,  sur  le  concours  professoral  de  1574, 
que  connaissent  d'ailleurs  les  lecteurs  des  Annales  du  Midi  où  ce 
travail  a  été  déjà  publié i;  à  propos  de  la  série  E,  l'historique  du 
procès  relatif  à  l'exemption  des  tailles;  à  propos  de  la  série  P,  des 
aperçus  sur  l'institution  d'un  fonds  de  drogues  pour  les  études  en 
4588,  sur  la  part  prise  à  la  foire  de  Beaucaire  par  les  apothicaires 
de  Montpellier;  pour  les  séries  Q  et  S,  la  publication  de  documents 
relatifs  au  jardin  des  plantes,  de  l'inventaire  de  la  bibliothèque 
du  collège  de  Mende,  du  rapi)ort  envoyé  aux  médecins  de  Berlin 
en  réponse  à  une  consultation  relative  à  l'opportunité  d'une  opé- 
ration du  trépan,  de  la  description  de  l'uniforme  accordé  aux  étu- 
diants sur  leur  demande  en  1774. 

Plusieurs  documents  sont  donnés  en  fac-similé  et  une  table 
alphabétique  des  noms  de  personnes,  des  lieux  et  des  matières 
facilite  les  recherches  et  achève  de  faire  de  ce  livre  un  instrument 
de  travail  rédigé  avec  un  soin  extrême  et  où  la  clarté  de  la  dispo- 
sition t^'pographique  a  été  encore  augmentée  par  les  vastes  et 
luxueux  espaces  blancs  qui  séparent  les  analyses. 

Fr.  Galabert. 
1.  T.  XX,  p.  512  et  XXI,  p.  60. 


liKVUE   DES  PÉRIODIQUES 


PERIODIQUES  FRANÇAIS  MÉRIDIONAUX 

Alpes  (Hautes-). 

Bulletin  de  la  Société  d'Études  des  Hautes-Alpes,  30«  an- 
née, 1911. 

P.  42-50.  J.  RoMAX.  Monuments  et  objets  d'art  récemment  détruits  dans 
le  département  des  Hautes-Alpes.  [Inscription  du  xi«  siècle  au  Monê- 
tier-AUemont;  la  porte  LignoUe,  les  sculptures  sur  bois  de  la  cathé- 
drale de  Gap;  l'église  abbatiale  de  Boscodon;  la  tribune  et  un  vitrail  de 
l'église  de  Névache,  etc.]  —  P.  95-117.  Id.  Notes  sur  Auguste  de  Ray- 
mond de  Varse,  le  héros  de  la  «  Tallardiade  ».  [Ce  poème  comique  de 
Jean  Faure,  publié  en  1819,  raconte  l'histoire  d'un  chartreux  errant, 
qui  vient  s'installer  chez  le  curé  de  Tallard,  et  qui,  pour  prolonger  son 
séjour,  raconte  qu'il  est  le  légataire  universel  d'une  riche  cousine  bre- 
tonne. Il  s'agit  d'Auguste  de  Raj-mond  de  Varse,  issu  d'une  branche  de 
la  vieille  famille  embrunaise  des  Raymond,  qui  acquit  la  seigneurie  de 
Varse,  près  de  Quimper.  Né  en  1756,  Auguste  entra  à  la  chartreuse  de 
Gaillon.  Après  la  Révolution,  quoi  qu'en  dise  Faure,  il  n'a  ni  acheté  un 
château  près  d'Évreux,  ni  exercé  la  médecine  à  Gray.  En  1816,  le  curé 
de  Tallard,  qui  était  réellement  son  cousin,  l'appela  pour  l'aider  dans 
son  ministère.  C'est  alors  qu'Auguste  inventa  l'histoire  du  testament 
fait  à  son  profit  par  une  de  ses  cousines  de  Bretagne,  et  forgea  toute 
une  correspondance  relatant  la  mort  de  cette  cousine  et  les  péripéties 
du  convoi  qui  devait  amener  à  Gap  le  riche  héritage.  A  la  fin  l'impos- 
ture fut  décQuverte,  et  le  chartreux  dut  quitter  Tallard.  Il  mourut  à 
Serres  en  1&33.J 

31«  année,  1912. 

P.  1-46,  103-50,  294-335.  P.  Guillaume.  Le  Champsaur  et  le  Valgaudemar 
en  1789.  [M.  P.  G.  a  publié,  en  1908,  le  recueil  des  réponses  faites  par 


106  ANNALES   DU   MIDI. 

les  communautés  de  l'élection  de  Gap  au  questionnaire  envoyé  par  la 
Commission  intermédiaire  des  États  de  Dauphiné  en  1789.  Les  répon- 
ses faites  par  les  communautés  de  l'élection  de  Grenoble  ont  disparu,  à 
l'exception  de  celles  des  communautés  du  Champsaur  et  du  Valgaude- 
mar,  qui  se  trouvent  aux  Archives  des  Hautes-Alpes.  M.  P.  G.  les 
publie  avec  son  soin  habituel.  Elles  émanent  de  trente-et-une  commu- 
nautés, et  donnent  des  renseignements  précieux  sur  le  territoire,  la 
population,  l'état  sanitaire,  les  médecins,  les  sages-femmes,  les  produc- 
tions, les  subsistances,  les  biens  communaux,  l'arrosage,  les  canaux, 
les  rivières  et  les  torrents,  l'élève  du  bétail,  le  commerce  et  l'industrie, 
les  charges  .locales,  les  impôts  et  le  cadastre  La  plupart  des  commu- 
nautés insistent  sur  leur  état  misérable.]  —  P.  89-102.  C  Corréard. 
Trois  soldats.  [I  :  Gh.-Ant.  de  Lavillette,  né  à  Veynes  en  1761  et  mort 
dans  la  même  localité  en  1842;  état  de  ses  services  et  campagnes  au 
6  mars  1809.  Il  :  Fr.  Bourbousse,  né  et  mort  aussi  à  Veynes,  1770-1836; 
état  de  ses  services  depuis  1791.  III  :  Gésai-Louis  Mounier,  né  à  Vey- 
nes en  1781,  tué  dans  l'insurrection  de  Lyon  en  1834.]  —  P.  151-4. 
P.  Plat.  Trouvaille  d'un  moule  de  fondeur  de  bronze,  Saint-Pierre-Avez 
(Hautes-Alpes).  —  P.  197-278.  H.  Requin.  Laugier  Sapor,  évèque  de 
Gap  et  chancelier  de  Provence.  Son  emprisonnement  dans  le  château  de 
Tarascon  (1125-1427).  [Laugier  Sapor,  issu  d'une  famille  de  Montpellier, 
devint  évêque  de  Gap  en  1411,  mais,  après  deux  ans  de  résidence,  il  dut 
quitter  Gap  à  raison  du  climat,  et  vint  se  fixer  à  Avignon.  Il  sut  gagner 
la  confiance  de  la  reine  Yolande,  tutrice  de  Louis  III  de  Provence,  et 
devint  chancelier  de  Provence  en  1419.  Mais,  en  1425,  il  fut  arrêté 
dans  l'église  de  Tarascon,  au  milieu  des  fêtes  de  Sainte-Marthe,  et 
emprisonné  au  château.  On  l'accusait  d'iivoir  tué,  vers  1410,  le  seigneur 
et  la  dame  de  Pignan,  puis  d'avoir  vécu  maritalement,  étant  évèque, 
avec  la  sœur  du  seigneur  de  Lanzac  qu'il  aurait  épousée  avant  son 
épiscopat;  enfin  on  lui  reprochait  divers  sévices  commis  à  rencontre 
d'un  bourgeois  d'Avignon,  Henri  de  Revilhasc.  A  la  faveur  d'une  émeute, 
il  put  s'évader  en  Languedoc.  Il  fut  nommé  évêque  de  Maguelone 
en  1429,  et  mourut  en  1430.  Pièces  justificatives.]  —  P.  336-9.  J.  Roman. 
Une  monnaie  fausse  de  Constance  II  au  Musée  départemental  de  Gap. 
'  [Petite  monnaie  de  bronze,  portant  la  légende  {Consta]7itius  liin.  N. 
Caes.,  et  au  revers  :  Victoria  montis  Seleuci.  Ce  serait  une  falsification 
due  à  M.  Jeannin  de  Laplane.]  R.  C. 


PÉRIODIQUES   MÉRIDIONAUX.  107 

Garonne  (Haute-) 

Mémoires  de  l'Académie  des  Sciences^   Inscriptiotis  et 
Belles-Lettres  de  Toulouse^  10«  série,  t.  XII,  1912. 

P.  33-43.  F.  DE  Gélis.  Supplément  d'enquête  sur  le  manuscrit  apocryphe 
de  Saint-Savin.  [Après  M.  Roschach  qui  avait  péremptoirement  démon- 
tré le  caractère  apocryphe  de  ce  document,  l'auteur  de  l'Histoire  criti- 
que des  Jeux  Floraux  apporte  une  preuve  nouvelle  de  la  supercherie  ne 
étudiant  la  dernière  pièce  du  recueil,  la  chanson  de  Bertrand  de  Roaix; 
c'est,  conclut-il,  une  œuvre  de  conception  moderne  qu'on  a  essayé  d'ex- 
primer en  langage  de  l'ancien  temps,  un  pastiche  non  maladroit,  mais 
imparfait,  une  fantaisie  de  Du  Mège,  «  paléographe  mystificateur  et 
archéologue  sans  probité  ».]  —  P.  65-80.  J.  Chalande.  Les  formations 
alluviales  dans  le  bassin  de  la  Garonne  à  Toulouse  depuis  le  xii*  siècle. 
[Ce  sont  les  obslacles  apportés  par  les  hommes  à  l'écoulement  des  eaux 
qui  provoquent  les  inondations  :  énumération  des  ponts,  barrages,  etc., 
établis  dans  la  traversée  de  Toulouse  depuis  le  xii*  siècle,  et  relevé  pa- 
rallèle des  inondations  et  désastres  qui  en  ont  été  la  conséquence;  cf.  un 
compte  rendu  sommaire,  ^nna^g^,  t.  XXV,  p.  128.]  — P.  105-180.  J.  Cha- 
lande. Les  armoiries  capitulaires  au  Capitole.  [De  nombreux  remanie- 
ments, et  parfois  de  véritables  falsifications,  ont  été  apportés  aux  blasons 
que  les  capitouls  se  plaisaient  à  placer  un  peu  partout.  Les  seuls  docu- 
ments héraldiques  respectés  sont  ceux  des  cloches  de  l'horloge  (capitouls 
de  1768).  Étude  particulière  des  blasons  placés  aux  balcons  de  la  façade; 
quoique  authentiques,  appartenant  à  des  capitouls  en  charge  de  1750  à 
1770,  ils  ne  figuraient  pas  d'abord  à  ces  balcons  (les  blasons  en  place 
furent  détruits  en  1793);  ceux-ci,  forgés  aussi  par  Ortet,  devaient  être 
en  réserve;  ils  ont  été  adaptés  aux  balcons  sous  Charles  X.  Descrip- 
tion de  ces  blasons  ainsi  que  des  douze  écussons  capitulaires  existant  au 
château  de Ravy,  près  Verfeil;  tî.  An7iales,  t.  XXV,  p.  128.]—  P.  171-202. 
E.  Saint-Raymond.  Les  débuts  de  l'École  publique  de  dessin  à  Toulouse 
et  la  première  Société  des  Beaux-Arts.  [Fait  suite  à  l'article  sur  Dupuy 
de  Grez  paru  dans  le  précédent  numéro  du  même  recueil.  A  l'imitation^ 
de  ce  qu'avait  fait  Dupuy  de  Grez,  une  école  privée  se  forma  d'abord 
à  l'Hôtel  de  ville  autour  de  Rivais.  Les  capitouls  la  subventionnèrent 
en  1726  et  continuèrent  jusqu'à  la  mort  de  Rivais  en  1735.  Guill.  Cam- 
mas  reconstitua  l'école  et  obtint  de  nouveau  la  subvention  en  1738.  Il  fit 
même  créer  des  prix  en  17-14.  Pour  soutenir  l'école,  il  organisa  en  1746 
la  Société  des  Beaux-Arts.  M.  de  Mondran  y  prit  de  l'influence  et  la 


108  ANNALES   DU   MIDI. 

dirigea.  Comme  le  corps  de  ville  ne  voulait  plus  soutenir  là  Société, 
Mondran  s'arrangea  pour  obtenir  du  comte  de  Cailus  de  lettres  patentes 
transformant  la  Société  en  Académie  royale,  1750.]  L.  D. 

Gironde. 

L  Archives  historiques  de  la  Gironde^  1.  XLVI,  1911. 

p.  1-44.  Procès  entre  les  Frères  mineurs  de  l'Observance  et  les  Frères 
prêcheurs  de  Bordeaux,  p.  p.  P.  Caraman.  [Ms.  des  Archives  munici- 
pales de  Bordeaux,  du  xv«  siècle.  Le  procès  se  plaida,  en  1489,  devant 
un  tribunal  ecclésiastique  que  l'archevêque  de  Bordeaux  avait  formé.] 
—  P.  45-358.  Registre  du  clerc  de  ville  de  Bordeaux,  xvi'  siècle,  p.  p. 
P.  Harlé.  [Ce  ms.  contient  principalement  d'anciennes  ordonnances 
des  jurats  et  des  extraits  de  délibérations  de  la  jurade,  de  1520  à  1537, 
documents  dont  plusieurs  ont  été  publiés  déjà  {^Arch.  histor.,  t.  XII 
et  XXXVl)  et  ne  sont  pas  reproduits.  Mais  le  clerc  y  a  consigné  aussi, 
de  sa  main,  de  nombreux  sommaires  d'arrêts  du  Parlement,  de  lettres 
patentes  intéressant  la  ville,  des  listes  de  membres  de  la  Cour,  de  la 
jurade,  etc.,  des  renseignements  sur  les  affaires  locales,  des  notes  per- 
sonnelles, des  pamphlets  versifiés.  C'est  cette  partie,  correspondant 
principalement  au  xvi«  siècle,  mais  intéressant  aussi  la  fin  du  xv«  et  le 
début  du  xvii»,  que  publie  ici  M.  H.  Un  fac-similé.]  —  P.  359-400. 
Documents  concernant  diverses  chapelles  de  La  Palu  de  Bordeaux, 
p.  p.  A.  Leroux  et  P.  Coufteault.  [27  documents  des  xvii»  et 
XVIII*  siècles.  Ils  servent  de  pièces  justificatives  à  un  article  sur  les 
Origines  des  paroisses  Saint-Louis,  Saint-Martial  et  Saint-Remi 
publié  dans  la  Rev.  hist.  de  Bordeaux,  sept.-oct.  1911.] 

Tome  XLVII,  1912. 

p.  1-96.  Arrêts  du  Parlement  de  Guienne  concernant  l'histoire  des  débuts 
de  la  Réforme  dans  le  ressort  de  ce  Parlement,  p.  p.  H.  Patry.  [Suite 
du  recueil  commencé  aux  t.  XLIV  et  XLV;  148  pièces  analysées  ou 
insérées  in-exlenso,  du  9  août  1554  au  7  mars  1559.  Nombreuses  con- 
damnations, dont  plusieurs  au  feu.]  —  P.  97-164.  Documents  concer- 
nant la  viticulture  en  Bordelais  au  moyen  âge,  p.  p.  J.  Barexnes. 
[65  pièces,  de  1217  à  1488,  en  latin,  en  gascon  et  en  français.]  — 
P.  165-340.  Documents  divers.  [Au  nombre  de  45,  transcrits  par  diverses 
personnes,  le  premier  en  date  de  1376,  le  dernier  de  1792.  Entre  autres  : 
arrêts  du  Parlement,  de  1578,  fixant  le  prix  de  diverses  étoffes,  den- 
rées, etc.  (n"  ccvii  et  sqq.);  union  des  églises  de  Saint-Eutrope  et  de 


PÉRIODIQUES   MÉRIDIONAUX.  109 

Notre-Dame  de  la  Place  à  celle  de  Saint-Projet,  à  Bordeaux,  1584-1589 
(n»  ccxiv);  incendie  du  palais  de  l'Ombrière,  où  la  Cour  de  parlement 
était  logée,  ainsi  que  le  Sénéchal  et  autres  tribunaux,  1704  (n»  ccxxvi  et 
sqq.)  ;  procès-verbal  relatif  au  redressement  de  la  rue  Sainte-Catherine, 
de  la  place  Saint-Projet  et  d'autres  rues  adjacentes,  1753  (n»  ccxxxiii); 
limites  des  dix  paroisses  de  Bordeaux,  1791  (n"  ccxli)  :  la  ville  avait 
alors  106.166  habitants.  Quelques  textes,  de  1376  (n»  ccxliii),  1424 
(n*  ccxLiv),  etc.,  sont  en  gascon.]  —  P.  341-450.  Documents  concernant 
le  Château-Trompette  de  Bordeaux,  p.  p.  P.  Caraman,  P.  et  H.  Cour- 
TEAULT  et  autres.  [35  pièces,  de  1602  à  1711.  Elles  comprennent  une 
autorisation  donnée  au  sieur  Garcin  de  conserver  un  jeu  de  «  palmailh  » 
près  du  château  (1602-1604)  ;  des  états  et  mémoires  relatifs  aux  travaux 
de  fortification,  dont  plusieurs  émanés  du  chevalier  de  Clerville 
(1669-1670);  des  lettres  du  gouverneur  du  château,  le  sieur  du  Eepaire, 
sur  la  réfection  de  l'artillerie  (1702),  etc.]  P.  D. 

II.  Revue  historique  de  Bordeaux  et  du  département  de 
la  Gironde,  t.  IV,  1911. 

p.  5-8.  Joseph  Benzacar.  L'histoire  locale  et  l'Université  de  Bordeaux.  — 
P.  9-23.  P.  CouRTEAULT.  Les  impressions  d'une  Anglaise  à  Bordeaux, 
en  1785.  [D'après  le  journal  de  M""  Cradock.]  —  P.  24-54.  F.  Gebelin. 
Le  gouvernement  du  maréchal  de  Matignon  en  Guyenne  pendant  les 
premières  années  du  règne  de  Henri  IV  (1589-1594).  [Suite  et  fin; 
cf.  même  revue,  1910.]  —  P.  5-5-6.  P.  C[ourteault].  La  rue  Huguerie.  — 
P.  56-8.  R.  Brouillard.  Les  professeurs  de  droit  [de  l'Université  de 
Bordeaux]  et  la  Révolution.  [Document.]  —  P.  58-60.  R.  Brouillard. 
Portail  nord  de  l'église  Saint-André  [de  Bordeaux]  pendant  la  Révolu- 
tion. [Mutilations  qu'il  a  subies].  —  P.  60-1.  J.  Durikux.  Un  médaillé 
de  l'an  VIII.  [Pierre  Lacassaigne,  de  Podensac]  —  P.  73-89.  H.  de  La 
VuxE  de  Mirmont.  Joseph  Scaliger  et  Élie  Vinet.  [Leurs  rapports  à 
l'occasion  de  l'édition  à.'Ausone.']  —  P.  90-6.  Th.  Ricaud.  Une  inscrip- 
tion bordelaise  du  temps  de  Henri  IV.  [Inscription  en  latin  et  en  espa- 
gnol. Pl.j  -  P.  97-119,  191-206,  271-83,  336-46,  413-24.  J.  Barennes.  Viti- 
culture et  vinification  en  Bordelais  au  Moyen  âge.  [A  suivre.]  — 
P.  120-7.  R.  Brouillard.  Les  logis  de  Lacombe  à  Bordeaux.  — 
P.  128-81.  J.-A.  Brutails.  La  sculpture  romane  saintongeaise.  [En 
Bordelais.]  —  P.  131-3.  A.  Vovard.  Un  officier  girondin  proposé  pour 
les  Trois  Toisons  d'or.  [Jean  Meylier,  de  Sauveterre,  en  1809.]  — 
P.  133-5.  D'  G.  Martin.  Prêts  aux  viticulteurs  de  la  Gironde,  en  1808. — 
P.  135-6.  G.  D[ucAUNNÈs-]D[uvALJ.  La  porte  du  Jardin  public,  place  du 


llO  ANNALES   DU    MIDI. 

Cliauip-de-Mars.  —  P.  145-66.  G.  Cïrot.  Les  Juifs  de  Bordeaux,  leur 
situation  morale  et  sociale,  de  1550  à  la  Révolution.  [Suite;  cf.  même 
revue,  1909,  p.  368.J  —  P.  167-90,  5253-70,  Meaudre  de  Lapouvade. 
Impressions  d'une  Allemande  à  Bordeaux,  en  1785.  [D'après  le  journal  de 
,  M™'  de  La  Rocbe.J  —  P.  207-10.  P.  Car.aman.  Les  abattoirs  parrticuliers 
à  Bordeaux,  en  1828.  — P.  210.  J.-A.  B[rutails].  Le  constructeur  du  Châ- 
teau-Trompette. [Il  s'appelait  Jean  des  Vignes.]  —  P.  210.  P.  C[our- 
teault].  La  mise  en  place  des  groupes  sculptés  par  l'rancin  pour  la 
porte  du  Chapeau-Rouge.  —  P.  217-52.  A.  Leroux.  Origines  historiques 
des  paroisses  Saint-Louis,  Saint-Martial  et  Saint-Remi  de  Bordeaux. 

—  P.  289-307.  J.  Callen.  L'orientalisme  à  Bordeaux.  [Relations  de 
l'Orient  avec  Bordeaux  avant  et  depuis  l'ère  chrétienne.]  —  P.  308-24, 
401-12.  B.  Saint-Jours.  La  population  de  Bordeaux  depuis  le  xvi«  siècle. 

—  P.  325-35.  R.  Brouillard.  Les  monuments  de  Bordeaux  pendant  la 
Révolution.  La  tour  Pey-Berland.  [Ses  vicissitudes.]  —  P.  347-8.  Th.  Amt- 
MANN.  Un  chargement  de  vins  de  Bordeaux  à  destination  d'Edimbourg, 
en  1673.  —  P.  348-9.  A.  Vovard.  Les  Girondins  titulaires  d'armes 
d'honneur,  membres  de  droit  de  la  Légion  d'honneur.  —  P.  349-50. 
G.  D1ucaunnès-]D[uval].  Fouilles  archéologiques  rue  Neuve-de-l'Inten- 
dance,  en  1804.  —  P.  350-2.  J.  Barenxes.  Un  incident  administratif 
au  XVIII'  siècle.  Eaux  et  forêts.  [Mission  envoyée  de  Bordeaux  en  pays 
basque,  en  1744.]  —  P.  362-84.  H.  de  La  Ville  de  Mirhont.  L'histoire 
tragique  et  miraculeuse  de  Martial  Deschamps.  [Médecin  bordelais  du 
xvr  siècle,  ami  de  Vinet.]  —  P.  384-400.  P.  Caraman.  Le  télégraphe  aérien 
de  la  tour  Saint-Michel,  à  Bordeaux  (1823-1853).—  P,  424-5.  G.  D[ucaun- 
nés-JD[uval].  Les  fresques  de  la  salle  à  manger  de  l'Hôtel  de  ViUe  de 
Bordeaux.  [Œuvre  de  Pierre  Lacour.]  —  P.  426-7.  R.  Brouillard.  Les 
gâteaux  des  rois  en  1793.  —  P.  427-8.  M[eaudre]  de  L[apouyade].  Un  puits 
mystérieux  aux  Chartrons.  [En  1798.]  —  P.  428-9.  F.  Thomas.  Les  ar- 
moiries des  Rohan.  [Destruction  de  leur  blason  sur  la  porte  de  l'arche- 
vêché de  Bordeaux,  en  1791.]  —  P.  429.  P.  C[ourteault].  Les  plaques 
indicatrices  des  noms  de  rues.  [En  1755.]  —  P.  429-30.  A.  Vovard.  Le 
général  Proteau.  [Né  à  Libourne,  1750-1794.] 

T.  V,  1912. 

p.  5-17.  Meaudre  de  Lapouyade.  La  statue  de  Clément  V  à  la  cathédrale 
Saint-André.  [La  tète  et  la  main  sont  modernes,  ainsi  que  la  tète  d'un 
des  évèques  du  portail.  PL]  --  P.  18-41,  105-14.  Abbé  A.  Gaillard.  A  tra- 
vers le  schisme  constitutionnel  en  Gironde.  —  P.  42-6.  J.  de  Maupas- 
SANT.  La  prise  du  corsaire  de  Jersey  la  «  MoUy  »  (6  avril  1757).  [Par  la 


PÉRIODIQUES   MÉRIDIONAUX.  lll 

frégate  bordelaise  la  a  Comtesse-de-Noailles  ».J  —  P.  47-58,  122-33. 
J.  Barennes.  Viticulture  et  vinification  en  Bordelais  au  moyen  âge' 
[Suite  et  fin.]  —  P.  59-61.  P.  Harlé.  L'horloge  de  la  Grosse-Cloche 
[A  Bordeaux.]  —  P.  61-2.  E.  E[ousselot].  Le  lieu  de  décès  du 
comte  Lynch.  [Mort  à  Labarde  (Gironde),  le  16  août  1835.]  —  P.  62- 
R.  Brouillard.  Baisei*s  patriotiques.  [Document  de  1791.]  —  P.  63. 
F.  Thomas.  Un  prince  royal  d'Angleterre  à  Bordeaux.  [Frédéric" 
Auguste,  en  mai  1791.J  —  P.  73-104,  192-205,  256-68,  328-4.5,  400-18. 
M.  Lhéritier.  Histoire  des  rapports  de  la  Chambre  de  commerce  de 
Bordeaux  avec  les  intendants,  le  Parlement  et  les  Jurats,  de  1705  à  1791. 
[A  suivre.]  —  P.  115-21.  M[eaudre]  de  L[apouyade].  Mésaventure 
d'un  musicien  du  Grand-Théâtre,  en  1781.  —  P.  134-5.  P.  Courteault. 
A  propos  d'un  portrait  de  Victor  Louis. —  P.  136.  A.  Vovard.  Un  capo- 
ral girondin  décoré  de  la  Légion  d'honneur  en  1807.  —  P.  145-57. 
P.  Courteault.  Une  Académie  des  sciences  à  Bordeaux  au  xvii'  siècle. 

—  P.  158-63.  J.  Barennes.  Montesquieu  et  le  braconnage  à  La  Brède.  — 
P.  164-81,  229-55.  Meaudre  de  Lapouyade.  Voyage  d'un  Allemand 
à  Bordeaux,  en  1801.  [D'après  la  relation  de  Lorenz  Meyer.  Pl.J  — 
P.  182-91,  269-76.  Abbé  A.  Gaillard.  Les  Messieurs  Latapy.  [Histoire 
de  trois  prêtres  constitutionnels.]  —  P.  206.  P.  C[ourteault].  A  propos 
d'un  portrait  de  Vistor  Louis.  [Cf.  p.  134-5.]  — P.  206-7.  R.  Brouillard. 
Un  notaire  qui  n'aime  pas  les  tyrans.  [Document  de  1793.]  —  P.  217-28. 
P.  Caraman.  Recherches  sur  l'église  Notre-Dame  de  la  Place,  à  Bordeaux 
et  sur  ses  diverses  appellations.  — P.  277-8.  R.  Brouillard.  Un  ballet  ori- 
ginal. [Au  Grand-Théâtre  de  Bordeaux,  l'an  IL]  —  P.  278-9.  J.  Durieux. 
L'État-Major  du  Château-Trompette,  en  1773.  —  P.  289-307.  J.-A.  Bru- 
TAiLS.  Portails  d'églises  girondines.  [Étude  iconographique.  PL]  — 
P.  308-27,  379-99.  R.  Brouillard.  Nouvelles  recherches  sur  les  Giron- 
dins proscrits  (1793-1791),  —  P.  348-9.  P.  Courteault.  La  maison  mor- 
tuaire de  Goya.  —  P.  349-51.  P.  Harlé.  Notes  sur  la  basoche  et  ses  far- 
ces au  XVI*  siècle.  [Arrêt  du  Parlement  de  Bordeaux.]  —  P.  351-3. 
F.  Thomas.  Le  Masson  du  Parc  et  les  pêcheurs  du  captalat  de  Buch. 
[Suppression,  en  1742,  du  privilège  de  pêche  du  captai  de  Buch].  — 
P.  361-78.  G.  Chinard.  Un  romancier  bordelais  inconnu  :  Antoine  du 
Périer,  sieur  de  Sarlagues.  [Auteur  d'un  roman  exotique,  publié  en  1601.] 

—  P.  419-20.  F.  Thomas.  Une  mésaventure  conjugale  du  peintre  Lon- 
sing.  —  P.  420-1.  A.  L[erou;c].  Une  prophétie  de  Montesquieu  (1711). 
[Relative  à  la  chute  «  avant  deux  siècles  »  de  l'empire  ottoman.]  — 
P.  421.  P.  C[ourteault].  Encore  Goya.  [Cf.  p.  348-9.]  P.  C. 


112  ANNALES   DU    MIDI. 

III.  Revue  philomathîque  de  Bordeaux  et  du  Sud-Ouest^ 
14«  année,  1911. 

P.  7-32.  P.  CouRTEAULT.  Les  Portes  de  Bordeaux.  [Leur  rôle  et  leur  histoire. 
PL]  —  P.  33-43.  P.  Meller.  Les  registres  paroissiaux  de  la  Gironde.  — 
P.  49-80.  L.  GoYETCHE.  Quelques  ex-libris  bordelais.  [PI.]  —  P.  86-94, 
117-27.  P. -A.  Delboy.  Les  Bituriges  fondateurs  de  Bourges  et  de  Bur- 
digala.  —  P.  145-63.  P.  Courteault.  Un  prédicateur  et  un  pliilosophe  à 
Bordeaux  en  1842.  [Incident  Bersot-Lacordaire.]  —  P.  283-99.  Th.  Ki- 
CAUD.  La  mutualité  bordelaise  à  la  fin  du  xvii'  siècle.  [Catalogue  des 
confréries.]  —  P.  300.  P.  C[ourteault].  Un  nouveau  document  sur  l'in- 
cident Bersot  Lacordaire. 

15«  année,  1912. 

p.  1-22,  80-99,  141-66.  A.  Leroux.  Histoire  des  quartiers  de  Bordeaux  :  le 
quartier  de  Bacalan.  [Excellente  monographie.  Pl.J  —  P.  129-40. 
F.  Thomas.  Les  dîners  de  MM.  les  Jurats  du  12  novembre  17JJ6  au 
28  août  1758.  —  P.  205-15,  271-85.  J.  Barennes.  Histoire  des  quartiers 
de  Bordeaux  :  le  quartier  Saint-Michel.  [PI.]  —  P.  223-7.  G.  de  Lagarde. 
Un  paysagiste  bordelais,  maître  de  Ingres.  [Jean  Briant,  d'après  le  tra- 
vail de  M.  H.  Lapauze.]  —  P.  286-308.  J.  de  Maupassant.  Les  arma- 
teurs bordelais  au  xviii»  siècle.  Le  corsaire  le  «  Pantalon  »  et  la  prise  de 
r  «  Apparence  »  (1761-1762).  —  P.  309-31.  A  Leroux.  Comment  organi- 
ser les  études  historiques  à  Bordeaux?  —  P.  338-54.  A.  Chauliac.  L'ar- 
chevêque de  Bordeaux,  Henri  de  Sourdîs,  à  la  bataille  navale  de  Gue- 
taria  (1638).  P.  C. 

IV.  Société   archéologique    de    Bordeaux,    t.    XXXII, 
2e  fasc,  1910. 

P.  89-96.  C.  de  Mensignac.  Note  sur  l'achat  fait  par  la  ville  de  Bordeaux 
de  130  faïences  anciennes  provenant  de  la  III«  maison  de  secours  de 
Bordeaux.  [Catalogue  et  planches.]  —  P.  97-101.  M.  Charrol.  Une  ins- 
cription romaine  inédite.  [A  Sainte-Hélène  de  Médoc.  PI.  Cf.  Revue  des 
Études  ancie?ities,  1910,  p.  418-9.]  —  P.  101-35.  Th.  Ricaud.  Quelques 
monuments  religieux  de  l'ancienne  paroisse  Sainte-Colombe  de  Bor- 
deaux. [PL  I  — P.  136-8.  A.  BoNTEMPS.  Bas-relief  mérovingien  de  Guitres. 
[PI.]  —  P.  138-50.  A.  CoNiL.  Sépultures  franques  et  mérovingiennes  de 
Saint-Nazaire-de-Loubès  et  de  Cournol.  [PL]  —  P.  151-65.  G.  Lvlanne, 
Deux  années  de  fouilles  préhistoriques.  [Résumé  des  résultats,  aux  points 
de  vue  stratigraphique,  industriel  et  artistique,  des  fouilles  faites 
Laussel  de  1908  à  1910.  [Fig.]  —  P.  167-70.  M.  C[harrol].  La  source 
purgative  de  La  Rousselle.  [Emplacement  de  cette  source  disparue.] 


PÉRIODIQUES   MÉRIDIONAUX.  113 

T.  XXXIII,  Mémoires,  !■•«  partie,  1911. 

P.  9-16.  R.  Ferbos.  Excursion  du  7  mai  1911  à  Saint-Macaire,  Langon  et 
Brannens.  —  P.  17-27.  J.-A.  Brutails.  A  propos  du  quatrième  cente- 
naire d'une  cloclie.  [La  cloche  de  Brannens.]  —  P.  28-49.  J.  Callen.  Le 
cippe  funéraire  de  Domitia,  au  Musée  des  Antiques  de  Bordeaux. 
[Cippe  à  deux  inscriptions,  l'une  païenne,  l'autre  chrétienne.]  — 
P.  50-61.  Th.  RiCAUD.  Une  visite  à  la  chapelle  Sainte-Marguerite  de 
.Saint-Émilion,  en  1677.  [Document.]  P.  G. 

Hérault. 

I.  Bulletin  de  la  Société  a^Théologique...  de  Béziers, 
3«  sér..  t.  IX  (vol.  XLI  de  la  collection),  1911.  Néant.  — 
T.  X  (vol.  XLII).  1912. 

P.  5-142.  P.  Cassan.  La  commanderie  et  la  paroisse  de  Carnpagnoles 
près  Cazouls-lès-Béziers  (1109-1793).  [Avec  8  pièces  justificatives  iné- 
dites, de  1218  à  1787,  et  un  long  index.  Planche,  p.  88  :  le  château  et 
l'église  en  1613.  Fondation  de  la  commanderie.  Donations.  Les  comman- 
deurs depuis  1183.  Le  domaine  de  la  commanderie  ;  ses  revenus,  qu'il 
est  impossible  d'évaluer  avec  les  pièces  citées,  vu  qu'elles  appartiennent 
à  (les  époques  très  diverses.  Juridiction  du  commandeur,  haute,  moyenne 
et  basse,  dans  ce  terroir.  La  commanderie  ancienne  de  Campagnoles 
devient,  dans  la  seconde  moitié  du  xv'  siècle,  un  simple  «  membre  »  de 
celle  de  Saint-Félix-de-Sorgues  (en  Larzac,  dioc.  de  Vabres),  alors  choi- 
sie comme  capitale  par  les  chevaliers  de  Saint-Jean  de  Jérusalem.  La 
paroisse;  l'église.]  P.  D. 

II.  Mémoires  de  V Académie  des  sciences  et  letti^es  de 
Montpellier  (Lettres),  2»  série,  t.  V,  1908-1912*. 

p.  71-92.  G.  Mercier.  Le  développement  industriel  et  commercial  de  Maza- 
met.  [L'essor  de  Mazamet  au  xix'  siècle,  grâce  au  maréchal  Soult  et  à 
Pierre-Élie  Houles;  l'industrie  des  draps,  remplacée  par  l'industrie  de 
la  laine  et  des  cuirs,  à  partir  de  1871  notamment;  les  relations  avec  les 
pays  de  production  :  la  Plata,  le  Cap,  l'Australie;  autres  industries 
représentées  à  Mazamet  :  draps,  bonneterie,  mégisserie,  engrais],  — 
P.  93-508.  Valéry.  Des  lettres  missives.  [Étude  essentiellement  juri- 
dique. Quelques  détails  historiques  sur  l'évolution  du  service  des  cour- 
riers et  des  postes,  le  rôle  des  banques  et  des  foires.]  V.-L.  B. 

1.  Cf.  A7inales  du  Midi,  1910.  p.  521. 

ANNALESDU  MIDI.   —    XXVI.  8 


114  ANKALES  DU   Mlt)î. 

IH.  Mémoires  de  la  Société  cu-chéologigue  de  Montpel- 
lier, >-«  série,  t.  IV,  1908-191  P. 

p.  195-8.  Ij.  Guiraud.  Les  moulins  à  sang  de  Montpellier.  [Le  moulin  de 
la  Valfère,  établi  probablement  à  l'époque  des  routiers  ;  un  autre,  datant 
de  la  troisième  guerre  de  religion,  dans  le  voisinage  de  la  porte  de  la 
Blanquerie.]  —  P.  199-212.   Cazalis  de  Fondouce.  Verveiles  pour  les 
faucons  et  pour  les  chiens.  [Avec  une  planche.]  —  P.  213-21.   L.  Gui- 
raud. Note  sur  trois  milliaires  du  département  de  l'Hérault  conservés 
à  Teillan  (Gard).  [Un  milliaire  d'Auguste,  un  de  Tibère  et  un  de  Claude; 
ces  «  pierres  antiques  »  furent  données  comme  «  du  tout  inutilles  »  par 
le  chapitre  cathédral  de  Saint-Pierre  de  Montpellier  à  Philippe  de  Bor- 
nier,  président  à  la  chambre  des  comptes  du  Languedoc  en  1621. J  — 
P.  222-35.  J.  Berthelk.  Identification  toponymique  de  deux  anciens 
cimetières  des  environs  de  Montpellier.  [Les  cimetières  de  Saint-Satur- 
nin de  Pouzols,  dans  le  terroir  de  Villeneuve-lès-Maguelone,  et  de  Saini- 
Étienne  de  Béj argues,   dans   le   terroir    de    Saint- Jean  de   Védas.J   — 
P.  236-49.  Grasset-Morel.  L'hôtel  Saint-Côme,  fondation  de  La  Peyro- 
nie  en  faveur  des  chirurgiens  de  Montpellier.  [Biographie  de  François 
de  la  Peyronie,  l'i  janvier  1678-25  avril  1747;  extraits  de  son  testament 
en  date  du  18  avril  1747,  par  lequel  il  lègue  deux   maisons  à  la  ville 
de  Montpellier  en  vue  de  la  construction  d'un  amphithéâtre.  Construc- 
tion de  l'iiôtel  Saint-Côme,  désaffecté  pendant  la  Révolution.]  —  P.  250-3. 
L.  Guiraud.  Sur  un  fragment  d'ancien  registre  de  l'église  Notre-Dame- 
des-Tables.  [Tiré  d'archives  notariales  et  contenant  des  actes  compris 
entre  le  12  août  1392  et  1415.]—  P.  254-85.  J.  Berthelé.  La  voie  domi- 
tienne  d'Ambrussum  au  forum  Domitii.  [Prouve  que  le  nom  de  chemin 
de  la  Monnaie  est  identique,  comme  sens,   au  nom  de  clœmin  Mou- 
narès  (des  meuniers)  et  que  cette  qualification  correspond  bien  à  la  fonc- 
tion que  la  voie  domitienne  avait  entre  le  Vidourle  et  la  Mosson;  iden- 
tifie, à  la  suite  de  J.-P.  Thomas,  le  forum  Domitii  avec  la  partie  basse 
du  village  de  Montbazin.  Plan.]  —  P.  286-99.  E.  Bonnet.  Sur  une  sépul- 
ture gallo-romaine  découverte  à  Pignan  (Hérault).  [Description,  avec 
planches,  du  mobilier  acquis  par  la  Société  archéologique  et  provenant 
de  la  sépulture  gallo-romaine  découverte  à  Pignan  en  juillet  1887.]  — 
P.  300-31.  L.  Guiraud.  Julius  Pacius  en  Languedoc  (1597-1616).  [Julius 
Pacius  à  Nimes,  en  1597;  ses  démêlés  avec  Robert  de  Wismes;  son 
départ  en  1600  pour  Montpellier,  où  il  demeura  jusqu'en  1616.  Quatre 
pièces  justificatives. J  — P.  332-42.  E.  Bonnet.  Les  bijoux  wisigothsde  la 

1.  Cf.  Annales  du  Midi,  1910,  pp.  521-522. 


PÉRIODIQUES    MÉRIDIONAUX.  115 

trouvaille  de  Laurens  (Hérault).  [Description  avec  planches.]  —  P.  343-58. 
E.  BoN'NKT.  L'atelier  monétaire  de  Béziers  sous  Henri  III.  [Atelier 
monétaire  qui  fonctionna  de  mai  à  septembre  1586;  type  des  pièces 
fabriquées,  décriées  par  ordonnance  royale  du  2G  mni  1587.]  —  P.  359-87. 
J.  Sahuc.  Une  voie  gallo-romaine  de  Béziers  à  Albi  et  Cahors.  [L'empla- 
cement est  marqué  à  certains  endroits  par  des  ornières  du  diable,  par 
le  Camy  farat;  tracé  par  Murviel,  Fabrègues,  Saint-Pierre-de-Rhèdes, 
Rosis,  le  Plo-de-Bru,  Cabrié,  Lugan,  Roquecésière,  Montfranc,  Alban; 
importance  de  cette  voie,  débris  antiques  trouvés  à  proximité.]  — 
P.  388-403.  Quelques  anciens  documents  relatifs  à  l'exercice  de  la  méde- 
cine et  de  la  chirurgie  dans  la  région  de  Gignac  et  d'Aniane.  [Tirés  dos 
papiers  recueillis  par  l'abbé  Cassan;  du  \v«  au  xviii'  siècle.]  —  P.  404-9. 
E.  Bonnet.  Note  sur  le  mobilier  d'une  sépulture  découverte  à  Murviel- 
lez-Montpellier.  [Ce  mobilier  d'une  sépulture  découverte  en  1872  a  été 
acquis  par  la  Société  archéologique;  description  sommaire,  avec  trois 
planches.]  V.-L.  B. 

Lot-et-Garonne. 
Revue  de  l'A  gênais,  t.  XXXIX,  1912. 

P.  1-7.   J.    DuFFAU.   Quelques  considérations   sur   l'oppidum   île   Sos.  — 
P.  8-15.  Bastard.  Fouilles  de  Sos  de  1911-1912.  —  P.  16-25.  .J.  Momméja. 
Le  vicomte  de  Métivier  et  les  premières  explorations  archéologiques 
du  territoire  des  Sotiates.  —  P.  124-40,  227-54.  De  Métivier.  Disserta- 
tion   sur    divers     monuments,    coutumes,   dénominations    et    usages 
anciens  de  l'ancienne  cité  des  Sotiates  publiée  et  annotée  par  J.  Mom- 
méja. —  P.  501-14.  Fouilles  de  Sos  :  Rapport  des  membres  de  la  sous- 
comm-ission.  Notes  de  M.  A.  Bahthalès.  [Notes  et  documents  anciens 
et  modernes,  articles  ayant  tous  la  même  tendance  :  prouver  que  l'oppi- 
dum des  Sotiates  dont  parle  J.  César  est  bien  Sos,  jolie  commune  du 
Lot-et-Garonne  au  bord  des  Landes.]  —  P.  26-34.  J.  Amblard.  La  réor- 
ganisation du  barreau  d'Agen  (1812).  —  P.  35-55,  141-63,  197-226.  J.-R. 
Marboutin.    Le  château  de  Castelnoubel.  [Suite  et  fin  de  cette  intéres- 
sante monographie   illustrée,   commencée  en  1911.  Les  propriétaires  et 
les  hôtes  célèbres  du  château  :  Fi-ançois  de  Durfort,  Etienne  de  Durfort 
et  Rose  de  Montesquieu,  dont  le  tombeau,  élevé  à  Sainte-Catherine  de 
Lafox,  se  trouve  aujourd'hui  au  musée  d'Agen,  Alain  et  François  de 
Durfort,  qui  vendit  à  un  Raffin  Castelnoubel  et  ses  dépendances  pour 
les  racheter  quelque  temps  après.  Le  château,  au  xvii»  siècle,  appartint 
à  Arnaud  de   Gasc,  aux  Secondât,  aux  Pascault  de  Poléou  et,   au  xix« 


116  ANNALES   DU   MIDI. 

à  Pierre  Loubat,  négociant  bordelais,  à  la  famille  Giraud  des  Écherolles, 
représentée  aujourd'hui  par  M""»  Pardo.  Quelques  détails  sur  deux 
hôtes  du  château  :  M""  d'Ayzac,  professeur  à  la  maison  de  la  Légion 
d'honneur,  à  Saint-Denis,  une  poétesse  qui  ne  manquait  pas  de  talent, 
et  le  cardinal  Meignan,  archevêque  de  Tours.]  —  P.  56-73,  16-4-75. 
K.  BoNNAT.  Les  archives  départementales  de  Lot-et-Garonne.  [Extraits 
des  rapports  adressés  au  préfet  et  au  conseil  général  sur  le  service  des 
archives  de  1908  à  191L]  —  P.  93-110.  J.-R.  Marboutin.  UnAgenaisami 
de  Ronsard.  JeanDutreuilh  deBelot.  [A  qui  le  poète  dédia  deux  poésies: 
a  La  Lyre  »  et  «  L'Ombre  du  Cheval.  »  De  Belot,  maître  des  requêtes 
au  parlement  de  Bordeaux,  était  un  Agenais  des  environs  de  Cancon.] 
—  P.  111-23,  316-31.  J.  Benaben.  Villeréal.  [Continuation  d'une  intéres- 
sante monographie  communale.  Notes  sur  l'enseignement,  les  écoles  et 
les  régents  de  1561  à  1905;  l'église,  le  clergé  et  les  chapelles.]  — 
P.  176-80.  J.  Dubois.  Guillaume  de  Ranse.  [Né  à  Sauveterre,  il  appartint 
à  la  maison  d'Antoine  de  Bourbon  et  de  Jeanne  d'Albret,  d'Henri  de 
Navarre  et  de  Marguerite  de  France.  On  le  retrouve  ensuite  contrôleur 
des  domaines  des  Navarre  en  Albret,  puis  receveur  général  à  l'amirauté 
de  Guyenne.]  —  P.  189-96.  Ph.  Lauzun.  Souvenirs  du  vieil  Agen  :  la  tour 
du  Chapelet.  [De  l'époque  romane  en  sa  partie  intérieure;  le  reste  a  été 
remanié  au  xiv"  siècle  et  peut-être  plus  tard.]  —  P.  273-5.  J.  Amblard. 
Un  Agenais  à  la  prise  de  la  Bastille.  [Lettre  relative  à  la  prise  de  la 
Bastille  extraite  de  la  correspondance  inédite  d'un  négociant  en  draps 
des  Cornières  d'Agen,  M.  du  Prat,  qui  se  trouvait  à  Paris  en  1789J.  — 
P.  277-8.  L'autel  de  l'ancienne  chapelle  des  Carmélites  d'Agen,  aujour- 
d'hui lycée  de  jeunes  filles.  [Classé  comme  monument  historique 
en  1912.  Rapport  favorable  fait  au  Conseil  municipal  par  M.  Allègre.]  — 
P.  285-98,  381-402.  Ph.  Lauzun.  Souvenirs  du  vieil  Agen  ;  l'église  et  le 
quartier  Sainte-Foy;  Saint  Caprais.  [Suite  de  l'étude  de  Ph.  L.  sur  les 
monuments  d'Agen.  Excellent  résumé  de  ce  qui  a  été  publié  sur  ce  su- 
jet.]—  P. 299-315.  E.  RoMAT.  Le  fief  et  les  seigneurs  du  Faudon  à  Saint- 
Pierre  de  Nogaret.  [Très  anciennement  possédé  par  la  famille  de  Melet 
qui  le  vendit  au  xviii»  siècle  aux  Galz.  En  1830  la  terre  passa  à  la  fa- 
mille de  Ricaud.]  —  P.  332-48.  P.  Dubourg.  Synode  tenu  à  Agen,  sous 
l'épiscopat  de  M''  Mascaron,  du  28  au  29  mai  1686  pour  le  rachat  des 
offices  de  receveur  et  de  contrôleur  des  décimes  et  impositions  du 
clergé.  [Débute  par  une  erreur  :  au  point  de  vue  financier  «  il  n'y  a  eu, 
entre  l'ordre  du  clergé  et  les  autres  ordres,  que  la  difTérence  dans  la 
manière  d'imposer  les  redevances  et  de  percevoir  ces  impôts  ».]  — 
P.   349-52.    Ph.    Lauzun.   Vente  des  effets  mobiliers  trouvés  dans  une 


PÉRIODIQUES   MÉRIDIONAUX.  117 

malle  appartenant  A  feu  Solminiac,  oncle  de  l'émigré  Solminiac  cadet. 
[Pièce  de  la  série  Q  des  archives  de  Lot-et-Garonne  qui  permet  de  cons- 
tater quelle  était  la  garde-robe  d'un  officier  de  cavalerie  sons  Louis  XVI.] 
—  P.  353-08,437-62.  A.  Gayral.  Petite  monographie  de  la  Confrérie  des 
Pénitents-Blancs  de  Caudecoste  aux  xvii»  et  xviii»  siècles  (1624-1791). — 
[Renseignements  sur  les  statuts,  les  chapelles,  les  pèlerinages,  l'admi- 
nistration et  les  œuvres  de  charité  de  la  Confrérie.]  —  P.  403-20.  J. 
Benaben.  Rives  et  Tourliac.  [Essai  de  monographies  de  deux  communes 
lot-et-garonnaises  du  canton  de  Villeréal,  la  première  plus  complète  que 
la  seconde.]  —  P.  421-32,  515-30.  P. -H.  Guilhamon.  Le  temple  de  Bru- 
Ihes  et  ses  commandeurs  au  xviii»  siècle.  [Commanderie  de  l'ordre  de 
Malte,  avec  les  maisons  qui  en  dépendaient  :  Sainte-Quitterie,  Sau- 
vagnas,  Sainte-Foy  de  Jérusalem,  Saint-Sulpice  de  Rivalède,  Saint- 
Caprais,  Saint-Jean  de  Ferran,  notes  sur  quelques  commandeurs,  les 
Gascq,  les  Pominerols,  les  Galléans,  etc.]  —  P.  433-36.  De  Laoranqe- 
Ferrègues  :  Un  Argan  Agenais  :  Pierre  de  Catuffe.  [Publication  d'un 
feuillet  de  livre  de  raisou  de  la  fin  du  xvni»  siècle,  qui  prouve  combien 
on  usait  alors  de  médecines,  de  purges  et  de  lavements.]  —  P.  477-96. 
M.  de  Bellegarde.  Un  poète  méridional  au  xvii«  siècle,  Théophile  de 
Viau.  [Réédition  d'articles  de  journaux*  parus  en  1898  à  Bordeaux, 
dans  lesquels  M.  de  B.  étudia  l'œuvre  du  poète  dont  il  descendait  «  non 
pas  en  ligne  directe,  mais  en  ligne  collatérale  ».]  —  P.  497-500.  Une  ques- 
tion posée  par  M.  le  D'  E.  Labat.  [M.  L.  demande  l'origine  de  hameaux 
très  anciens  qu'on  retrouve  fréquemment  en  Gascogne  et  qui  n'ont 
jamais  été  construits  que  pour  abriter  dix,  quinze,  vingt  familles.  Il 
suggère  l'hypothèse  qu'ils  ont  été  bâtis  par  les  grands  propriétaires 
fonciers  du  moyen  âge,  afin  de  retenir  sur  le  sol  qu'il  fallait  défricher  des 
groupes  importants  de  travailleurs.]  —  P.  531-5.  J.  Dubois.  Charles  Ogier 
de  Sérignac,  gouverneur  de  Clairac  (1623-1639).  [Notes généalogiques  ;  ren- 
seignements sur  sa  fortune  et  sa  famille.]  —  P.  536-61.  Ph.  Lauzun.  Les 
correspondants  de  Bory  de  SainL-Vincent.  [Publication  de  quatorze  let- 
tresde  Félix  Lamouroux  sur  la  botanique,  dontdouze  adressées  à  Bory.] 

R.  B. 

Pyrénées  (Basses-). 
Revue  internationale  des  études  basques,  t.  V,  1911. 

P.  5-9.  C.  C.  Uhlenbeck.  Quelques  observations  sur  les  noms  composés 
en  basque.  [Les  rapports  en  basque  et  en  indo-européen  sont  respec- 
tivement tout  à  fait  semblables.  Exemples.]  —  P.  10-13.  Carmelo  de 
EcHAGARAY.  Una  nota  de  Guillermo  de  Huniboldt  sobre  la  lengua  vasca. 
[La  langue  basque  aurait  de  commun  avec  les  langues  latine,  allemande 


118  ANNALES   DU    MIDI. 

et  mémo  grecque  uue  foule  de  mots  radicaux.]  —  P.  14-47.  Darricar. 
RÉRE.  Le  livre  basque  intitulé  :  Onsa  hilceco  hidia  «  le  moyen  de  bien 
mourir  ».  [Note  sur  l'auteur,  Jean  de  Tartas,  curé  d'Aroue.  Étude  sur 
le  dialecte  basque  dans  lequel  a  été  écrit  l'ouvrage;  ses  caractéristiques. 
L'imprimeur.]  —  P.  48-55.  J.-B.  Daranatz.  Bertrand  d'Echaux  et  le 
journal  de  Héroard.  [Notes  biographiques.]  —  P.  58-85,  224-69.  Juan 
Carlos  de  Guerra.  Ilustraciones  genealogicas  de  los  linages  basconga- 
dos  contenidos  en  las  grandezas  de  Espana.  [Suite  et  à  suivre.  Don 
Pedro  de  Ayola  et  don  Inigo  de  Guebara.]  —  P.  86-96,  405-20  De  Aguirre- 
Garoa  {jarraipena).  [Suite  et  à  suivre.]  —  P.  98-101.  J.  Vinson.  La 
troisième  Célestine  et  le  chant  de  Lelo.  [Lettre  de  l'auteur  à  J.  de 
Urquijo.]  —  P.  102-59.  R.-M.  Azkue.  Ortzuri.  [Pièce  en  3  actes  écrite  en 
basque  avec  traduction'espagnole  en  regard.]  —  P.  169-93.  B.  Faddegon. 
Une  théorie  psychologique  des  changements  consonantiques  et  son 
application  à  la  phonétique  des  dialectes  basques.  [Consonnes  en  géné- 
ral; groupe  des  consonnes;  influences  à  distance;  sonorité,  etc.,  etc.]  — 
P.  198-210,  494-501.  A.  Campion.  Gacetilla  de  la  Historia  de  Nabarra. 
[Suite  et  à  suivre.  De  l'année  1298  à  l'année  1311.]—  P.  211-23.  J.  Vinson. 
Spécimen  de  variétés  dialectales  basques.  [Suite  et  à  suivre]  -  P.  270-81. 
T.  de  Aranzadi.  Sobre  el  or'igen  de  5  por  8.  A  proposito  de  los  5  por  8 
castellanos.  —  P.  283-374.  P.  de  Axular.  Gvero.  [Suite  et  à  suivre.]  — 
P.  375-401,581-9.  J.  de  Urquijo.  Los  refranes  y  sentencias  de  1-596.  Es- 
tudio  comparativo.  [A  suivre.]  —  P.  421-32.  G.  Hérelle.  Notices  sur 
quelques  pastorales  basques.  [Classification des  pastorales  basques;  les 
textes;  littérature  comparée;  cycle  de  l'antiquité  profane  :  Œdipe]  — 
P.  451-6.  H.  ScHdCHARDT.  Zu  den  Sprichwortern  Oihenarts.  —  P.  472-93. 
A.  Léon.  Quelques  réflexions  sur  le  verbe  basque  dans  la  conjugaison 
basque.  [Signification  de  la  particule  verbale  ki;  sens  du  préfixe  qui 
précède  les  noms  verbaux  conjugables;  confirmation  qu'apporte  à  la 
théorie  passive  la  considération  des  verbes  basques.]  —  P.  502  32.  J.-B. 
Daranatz.  Edouard  Ducéré.  [Notes  biographiques.  Bibliographie  com- 
plète de  ses  travaux.]  —  P.  533-537.  H.  Gavel.  A  propos  du  chant  du 
prologue  dans  les  pastorales  basques.  —  P.  538-55.  J.  de  Urquijo. 
Axular  y  su  libro.  [Notes  biographiques.  Étude  sur  le  Gvero."\  —  P.560- 
80.  J.  de  Ukquijo.  Les  études  basques  :  leur  passé,  leur  état  présent  et 
leur  avenir.  [Conférence  faite  au  Congrès  de  Biarritz-Association.]  — 
P.  590-603.  M.'Landerreche.  Euskalzaleen-Bizarra. 
T.  VI,  1912. 

P.  .5-99,  334-84,  441-82.  P.  de  Axular.   Gvero  (jarraipena).  [Suite  et  à  sui- 
vre.] —  P.  104-10.  ScHUCH\RDT.  Tsingurri.  [Étude  de  mot.]  —  P.  111-31. 


PÉRIODIQUES   MÉRIDIONAUX.  119 

.1.  ViNSON.  Formes  verbales  simples  extraites  de  vieux  ouvrages  basques. 
[Expressions  verbales  relevées  dans  les  ouvrages  des  vieux  écrivains  du 
pays  basque-français  des  xvi*  et  xvii*  siècles  (Dechepare,  1545;  Matene, 
1617;  Divers,  1493-16S0;  Proverbes  biscayens,  lâP6;  Proverbes  d'Oihe- 
nart,  1657-1665;  Poésies  d'Oihenart,  1657;  Dargaignuratz,   1661;  Prônes 
labourdins,  bas-navarrais  et  souletins.)]  —  P.  139-41.  Carmelo  de  Echa- 
GAR.VY.    Inscripciôn   de  la  casa  de  Aniézquela.   —   P.    147-52.   304-10. 
G.  Hérelle.  Notices  sur  quelques  pastorales  basques.  [Cycle  de  l'Ancien 
Testament  :  Abraham,  Joseph,  Moïse.  Littérature  comparée.]  —  P.  153-60, 
310-32.   A.  Campio.n.  Gacetilla  de  la  Historia  de  Navarra.  [Suite  et  à 
suivre.  Années  1314  à  1321.]—  P.  160-71.  J.  de  Jaurgain.  Toponymie 
basque.  [Pour  les  noms  de  maisons,  le  suffixe  déterminatif  ne  serait  pas 
enea  mais  bien  ea,  ia.  Étymologie  des  noms  de  Baïgorry  et  de  Bayonne. 
A  suivre.]  —  P.   174-96,  425-40.   D.   de  Aglirre.    Garoa  {jarraipena). 
[Suite  et  à  suivre.]  —  P.  201-23.  3H5-4Û0,  483-537.  J.-C.  de  Guerra.  Ilus- 
traciones  genealogicas  de  los  linajes  bascongados  conlenidos  en  las  gran- 
dezas  de  Espaha.  [Suite  et  à  suivre.  Linaje  de  Balda;  casa  de  Idiacaiz 
en  Azcoytia;  casa  guipuzcoana  de  Muxica;   senorio  de  Vizcaya;  mar- 
queaes  del  Carpio.J  —  P.  230-4.  J.  de  Urquijo.  Los  refranos  y  sentencias 
de  1596.  Esludio  comparative.  [Suite  et  à  suivre].  —  P.  267-81.  H.  Schu- 
chardt.    Zur    methodischen    Erforschung    der  Sprachverwandtschaft 
fNubisch  und  Baskisch).—  P.  285-91.  P.  Labrouche.  L'emploi  du  basque 
dans  les  actes  labourdins.  [D'après  les  archives  du  château  de  Sainte- 
Marie.]  —  P.  292-304,  547-51.  J.  de  Urquijo.  Axular  y  su  libro.  [Suite 
et  à  suivre.]  —  P.  405-11.  J.  Vinson.  Toponymie  basque.  [Réponse  à 
.l'article  de  J.  de  Jaurgain.]  —  P.  412-4.  G.  G.  Uhlenbeck.  Basque  et  ou- 
ralo-al laïque.  —  P.  415-8.  L.-L.  Bonaparte.  Mots  basques  signifiant 
«tonnerre».  —  P.  419-21.    11.   Gavel.   Dialectes  et  langue  commune. 
[Avenir  réservé  aux  dialectes  basques.]  —  P.   511-6.   J.-B.   Daranatz. 
L'Accadien   et   le  Basque.    [Examen   des   hypothèses   émises   par   Fr. 
Lcnormant.]  G.  L. 

Pyrénées-Orientales. 

l.  Revue  calalane,  t.  VI,  1912 

p.  117-23.  J.  GiBR.^T.  Notice  historique  sur  le  monastère  de  Saint-Sau- 
veur de  Sera.  —  P.  151-4.  P.  Tavris.  Chute  du  dôme  de  l'église  de 
Céret.  [Dans  la  nuit  du  24-25  janvier  1734.]  —P.  181-8.  J.  Gibrat.  Notes 
historiques  sur  Siinl-Mariin-de-Villaplana  (Prats-de-MoUo).  —  P.  347- 
5  t,  378-82.  J.  Capkille.  \]i\  manoir  catalan  au  xvii'  siècle.  [Inventaire 
du  château  de  Nyer,  1698;  termes  catalans  intéressants.]  J.  C. 


120  ANNALES   DU   MIDI. 

II.  Ruscino,  t.  II,  1912. 

p.  5-59,  449-547.  J.  Sarrète.  Vierges  ouvertes,  Vierges  ouvrantes  et  la 
Vierge  ouvrante  de  Pajau  del  Vidre.  [Étude  générale  illustrée  de  ce  type 
iconographique,  description  du  monument  de  Palau,  qui  serait  une  œuvre 
française  du  xiv«  siècle.] —  P.  61-115.  P.  Vidal.  Notions  de  géographie 
physique  sur  le  département  des  Pyrénées-Orientales.  [Formation  du  sol 
roussillonnais,  montagnes,  cours  d'eau,  côte,  étangs,  climat.  Mise  au  point 
claire  et  méthodique  des  connaissances  actuelles.]  — P.  117-35.  P.  Bergue" 
Étude  critique  sur  les  chansons  catalanes,  deuxième  partie.  [Analyse  le 
sentiment  rural  dans  les  chansons  les  plus  répandues  en  Roussillon.]  — 
P.  147-50.  P.  Vidal.  Les  chevaliers  du  Quercy  appelés  à  l'armée  de 
Roussillon  en  juillet  1473  menacent  de  faire  grève  si  on  ne  les  paie 
pas.  [Interprétation  d'un  curieux  document  publié  par  Ed.  Albe  dans  le 
Bulletin  tHoiestriel  de  la  Société  des  études  littéraires,  scientifiques 
et  artistiques  du  Lot,  t.  XXXV,  3'  fascicule.]  —  P.  151-206.  J.  Massot. 
Note  sur  des  monnaies  trouvées  à  Castell-Rossello.  [Catalogue  critique 
d'une  trouvaille  comprenant  152  numéros.  Les  monnaies  emporitaines 
l'emporteraient  sur  les  narbonnaises  ]  —  P. .221-30.  P.  Thiers.  Rapport 
sur  les  fouilles  de  Castel-Roussillon.  [Extrait  du  Bulletin  archéologi- 
que du  Comité  des  travaux  historiques  et  scientifiques,  1912;  concerne 
la  campagne  menée  du  1"  mai  au  15  octobre  1911,  restes  du  forum, 
quelques  inscriptions.]  —  P.  237-54.  P.  Bergue.  Étude  critique  sur  les 
chansons  catalanes,  troisième  partie.  [Là  musique.]  —  P.  255-66.  B.  Alart. 
La  médecine  et  les  médecins  en  Roussillon  au  xiv«  siècle.  [Œuvre  pos- 
thume, intéressants  détails  sur  l'exercice  de  la  médecine,  notamment  à 
CoUioure.]  —  P.  269-334.  P.  V^idal.  Sources  narratives  locales  de  l'his- 
toire du  Roussillon  en  langue  catalane.  [Suite,  de  1462  à  1493.]  —  P.  405- 
32.  J.  Calmette.  La  frontière  pyrénéenne  entre  la  France  et  l'Aragon. 
—  P.  519-71.  P.  Bergue.  Les  voyelles  a  et  ii  en  catalan.  [Surtout  inté- 
ressant pour  la  notation  de  certaines  prononciations.]  —  P.  573-91. 
P.  Vidal  Le  commandant  Palegry,  1776-1837.  J.  C. 

III.  Société  agricole^  scientifique  el  littéraire  des  Pyré- 
nées-Orientales, t.  LUI,  1912. 

P.  1-92.  J.-M.  Vidal.  Procès  d'inquisition  contre  Adhémar  de  Marset. 
[Inculpation  de  béguinisme,  1632-1634,  Ms.  626  de  la  Bibliothèque  muni- 
cipale de  Toulouse.]  —  P.  93-172.  P.  Masnou.  Mémoires  de  l'église  Saint- 
Jacques  de  Perpignan  (Suite).  -^  P.  177-481.  J.  Freixe.  Le  passage  du 
Perthus  (suite). [Poursuit  l'historique  du  passage,  de  la  fin  du  xv*  siècle 
au  traité  des  Pyrénées.  Pièces  de  première  importance.]  J.  C. 


PÉRIODIQUES   MÉRIDIONAUX.  121 

Savoie  (Haute-). 
La  Revue  Savoîsienne,  52"  année,  1911. 

p.  1-29.  Séances  de  l'Académie  florimontane.  [Désormaux,  Proposition 
d'enquête  sur  l'état  actuel  des  parlers  en  Savoie.  Id.,  Note  sur  Hélène 
Gillet,  condamnée  à  mort  pour  infanticide  en  1625,  et  qui  ne  saurait 
être,  comme  on  l'a  prétendu,  l'arrière-petite-fille  du  président  Favre. 
Marteaux,  Note  sur  l'origine  des  noms  de  Ballaison,  Solaison,  Viai- 
son.  Le  suffixe  atio  marque  une  action  qui  dure,  et  l'endroit  ou  le  temps 
oi\  elle  se  fait.  Ballatio  est  l'endroit  où  l'on  danse;  balatio,  où  les  brebis 
bêlent;  solatio,  où  le  sole#  brûle;  viatio,  où  passe  un  chemin.  Leton- 
NBLiER,  Critique  du  privilège  de  Pascal  II  au  profit  des  religieux  de 
Savigny  (-4  février  1107).  L'église  de  Anesseu,  qui  figure  dans  ce  texte, 
doit  être  l'église  d'Annemasse  (Aniniasseu),  et  non  pas  d'Annecy  {Anas- 
siacum).  Annemasse  figure  d'ailleurs  dans  un  nouveau  privilège  de  1250 
au  profit  d'Ainay.  Marteaux  pense  au  contraire  qvî Anesseu  peut 
'fort  bien  désigner  Annecy.  Letonnelier,  Plat  en  cuivi-e  du  xvi«  siècle, 
dans  l'église  de  Viuz-Faverges.  Le  Roux,  Découvertes  archéologiques 
aux  Fins  :  crânes  d'un  enfant  gallo-romain  et  de  deux  Burgondes;  mon- 
naies diverses.  Marteaux,  Sur  les  noms  en  aiide  (Chamarande,  La 
Confermande).]  —  P.  30-43.  J.  Désormaux.  «  Le  chariot  d'or  »  d'Albert 
Samain  et  la  Revue  Savoisienne.  [Étude  comparée  des  variantes.]  — 
P.  44-8.  G.  Letonnelier.  Mesures  prises  pour  éviter  la  peste  à  Annecy 
en  1503.  [Règlement  du  Conseil,  du  24  mars  1503  :  défense  aux  hôteliers 
de  recevoir  des  hôtes  suspects;  ordre  de  garder  les  portes  de  la  ville; 
création  de  fonctionnaires  spéciaux.]  —  P.  69-75.  Séances  de  l'Académie. 
[J.  Serand,  Recensements  de  la  population  d'Annecy,  de  1476  à  1911. 
Marteaux,  Origine  des  mots  Compeis,  Compeys,  Compois  (de  compi- 
tus,  carrefour,  ou  du  gentilice  Compitius),  Compesières  {compitiarias 
villas).  Le  Roux,  Triens  mérovingien  trouvé  à  Grufiy,  avec  la  légende 
agu...  acifii,  sans  doute  originaire  d'Aoste.]  —  P.  92-102.  J.  Désor- 
maux. Notes  d'histoire  littéraire.  [I  :  Le  P.  Horace  Torsellini,  Jean 
Tournet,  Saint  François  de  Sales.  Le  Jésuite  Torsellini  (1545-1599) 
a  écrit  un  abrégé  d'histoire  universelle  s'arrêtant  à  l'année  1598. 
Cet  ouvrage  fut  traduit  en  français  par  Jean  Tournet,  qui  le  con- 
tinua jusqu'en  1622.  avec  beaucoup  de  détails.  Il  mentionne  l'Intro- 
duction-à  la  dévotion  {sic)  de  saint  François  de  Sales.  II  :  «  Au 
jardin  de  l'infante  »  d'Albert  Samain  et  la  Revue  Savoisienne.  Étude 
des  variantes.]  —  P.  114-7.  Ch.  Manteaux.  Lettres  d'Albert  Samain 


122  ANNALES    DU   MIDI. 

(1893-1897)  et  sonnet  inédit.  —  P    118-22.  G.  Letonnelier.  Glaciologie 
et  météorologie  rétrospectives.  [Notes  prises  dans   les  archives  de  la 
Haute-Savoie.    Bénédiction   des   glaciers  de   Chamonix,    en   1614,    par 
Ch.-Aug.  de  Sales,  neveu  de  saint  François.]  —  P.  122-6,  188-90.  J.  Désor- 
MAUx.  Glanes  dialectologiques.  [I  :  Lettre  d'Aimé  Vaschy  à  Aimé  Cons- 
tantin (15  septembre  1879),  contenant  un  extrait  de  la  Ri7ima  Savoyarda 
du  Zaragon  de  Servante,  nourrece  et  hiiyandire,  tiré  d'un  ouvrage 
du  British  Muséum.  II   :    Forniulettes  en  patois  savoyard,  extraites 
d'un  manuscrit  du  début  du  xix"  siècle,  et  se  rapportant  surtout  aux 
événements  de  1'  «   escalade  ».]  —  P.  133-5.   Séances  de  l'Académie. 
[Letonnelier,  Donation  faite  à  l'église  de  Sainte-Colombe  de  Cons, 
en  1477,  de  31  reliques  provenant  pour  la  plupart  d'apôtres  ou  de  saints 
de  l'église  primitive,  ce  qui  prouve  le  succès,  dès  cette  époque,  en  Savoie 
comme  en  France,  de  la  thèse  del'apostolicitè  des  églises  de  Gaule. J  — 
P.  136-55,  248-58.  J.   Désorm.vux.  Enquête  sur  les  parlers  savoyards. 
[Résumé  des  réponses,  opinion  des  correspondants  sur  l'utilité  de  la 
conservation  des  patois.]  —  P.  156-60.  A.  Fontaine.  Le  clocher  d'An- 
necy-le-Vieux.  [Historique  et  description  de  la  vieille  église,  de  la  pre- 
mière moitié  du  xii«  siècle.]  —  P.  165-81,  262-71.  G.  Pérouse.  Origine 
de  la  taille  en  Savoie,  Bresse  et  Bugey.  [Rentré  en  possession  de  ses 
domaines  après   le    traité   de  Cateau-Cambrésis,   Emmanuel-Philibert 
convoqua  à  Chambéry  les  Trois  États  de  Savoie,  le  4  juillet  1560.  A  la 
suite  de  leurs  délibérations,  un  édit  du  3  novembre  1560  établit  une 
gabelle  sur  le  sel,  en  créant  un  monopole  de  vente  au  profit  du  duc,  et 
un  édit  du  19   août    1561   fixa  la  quantité  de  sel  que  chaque  individu 
devait  consommer  par  quartier  ou  trimestre.  En  1563,  cette  gabelle  fut 
lemplacée  par  une  capitation,  qui  elle-même  fit  place,  le  18  juillet  1564, 
à  un  impôt  de  répartition,  frappant  chacun  selon  ses  facultés.  Cet  impôt 
s'appellera  plus  tard  la  taille.  En  1.J67,  on  créa  une  nouvelle  gabelle 
sur  la  vente  du  vin,  mais  on  la  supprima  en  1575,  et  l'on  répartit  entre 
les  communes  de  chaque  bailliage,  proportionnellement  à  la  taille,  le 
produit  de  cette  gabelle  supprimée.  Un  édit  de  1584  décida  que  dans 
cliaque  commune  l'impôt  serait  réparti  entre  les  propriétaires  ;  la  taille 
devait  désormais  être  réelle  et  non  personnelle.   Mais  l'absence  de 
cadastre  souleva  de  telles  difficullés  qu'on  revint,  en  1586,  à  la  taille 
personnelle  dans  diverses  communes.  Le  principe  de  la  réalité  de  la 
taille  triompha  enfin  complètement  en  1600.  A  la  suite  de  cet  important 
article,  M.  P.  publie  une  série  de  documents  :  dénombrement  des  feux 
de  la  Savoie  en  1546;  ordonnance  de  la  Chambre  des  comptes  du  11  oc- 
tobre 1560;  édit  du  19  août  1561;  extrait  des  registres  de  la  Conserva- 


PÉRIODIQUES   MÉRIDIONAUX.  123 

torie  de  la  Gabelle  du  sel  en  Savoie  (I56"2)  ;  édit  du  2  juin  1563;  ordon- 
nance du  gouverneur  de  Savoie,  du  12  novembre  1563;  édits  de  1564  et 
de  1565;  «  rôle  de  la  commutation  de  la  gabelle  du  sel,  avec  les  5  deniers 
pour  livre  y  joints  pour  augmentation  le  droit  de  la  gabelle  du  vin  » 
en  1575,  document  très  important  pour  la  géographie  administrative  à 
la  fin  du  xvi"  siècle,  donnant,  bailliage  par  bailliage,  mandement  par 
mandement,  la  liste  des  communautés  et  le  chiffre  d'impôt  qu'elles 
paient.] —  P.  182-8.  L.  Ritz.  Quelques  documents  inédits  sur  le  prieuré 
de  Talloires.  [Extraits  de  l'ancien  inventaire  des  titres  de  l'abbaye  de 
Savigny,  mentionnant  divers  documents  relatifs  à  Talloires  et  aujour- 
d'hui disparus.  Acte  du  12  novembre  1290,  convertissant  en  une  rente 
en  argent  une  redevance  de  truites  due  à  Savigny  par  les  prieurs  de 
Saint-Jorioz,  de  Talloires  et  de  Lovagny.  Cet  acte  doit  être  authentique, 
bien  qu'une  erreur  de  copiste  ait  changé  le  nom  de  l'abbé  de  Savigny.] 
—  P.  197-209.  Séances  de  l'Académie.  [M.irteaux,  Sur  les  noms  en  ex, 
forme  donnée  par  certains  scribes  aux  suffixes  ai  [acum),  ey  (etum),  et 
(ittum).  Letonnelier,  Date  de  la  création  du  Parlement  de  Chambéry 
par  François  l";  cette  date  est  1536,  et  non  1539,  car,  dès  1537,  on  men- 
tionne un  conseiller  à  la  nouvelle  cour.  Id.,  Le  «  maître  de  l'œuvre  » 
de  la  cathédrale  d'Annecy;  c'est  un  bourgeois  de  Genève,  Jacques  Ros- 
sel.  D'  Thonion,  Sur  un  livre  dePh.  Desportes,  contenant  diverses  poé- 
sies, imprimé  à  Annecy,  chez  J.  Bertrand,  en  1576.  Marteaux,  Sur  les 
noms  de  lieux  d'origine  germanique  (liste  de  noms  ayant  cette  origine). 
Lktonnelier,  Tentative  d'introduction  des  moutons  d'Espagne  à  Cha- 
monix,  en  l'an  IX,  par  Jacques  Balmat.]  —  P.  222.  Glanes.  [Enthou- 
siasme à  Annecy,  en  1792,  au  moment  de  la  réunion  de  la  Savoie  à  la 
France,  d'après  le  procès-verbal  des  délibérations  du  Conseil.]  —  P.  223-8. 
Ch..  Marteaux.  Note  sur  le  Viens  Alhinnum  (Albens,  Savoie).  [Établis- 
sements celtiques,  romains  et  burgondes.]  —  P.  229-47.  H.  Mettrier. 
Le  Mont-Blanc  dans  la  géographie  administrative  de  la  France.  [Le 
département  du  Mont-Blanc,  créé  le  27  novembre  1792,  comprenait  toute 
îa  Savoie,  Mais,  après  l'annexion  de  Genève,  le  8  fructidor  an  VI,  on 
sépara  de  ce  département  le  Chablais,  la  basse  vallée  del'Arve  et  le  Bas- 
Faucigny,  que  l'on  rattacha  au  nouveau  département  du  Léman;  puis, 
le  28  pluviôse  an  VIII,  on  en  fit  autant  pour  l'ancien  district  de  Cluses, 
et  dès  lors  le  Mont-Blanc  ne  se  trouva  plus  dans  le  département  qui 
portait  son  nom.  Tentatives  infructueuses  du  préfet  Verneilh,  en  l'an  XII. 
pour  obtenir  le  rattachement  du  Mont-Blanc  à  son  département,  en  le 
joignant  à  l'arrondissement  de  Moutiers.  Le  département  du  Mont- 
Blanc,  mutilé  encore  davantage  à  la  suite  du  traité  de  Paris  de  1814, 


124  ANNALES    DU   MIDI. 

disparut  en  1815,  quand  la  Savoie  entière  fut  rendue  au  roi  de  Sardai- 
gne,  et  il  ne  reparut  pas  en  1860.  Propositions  faites,  depuis  lors,  pour 
donner  à  la  Haute-Savoie  le  nom  de  Mont-Blanc. J  —  P.  259-62.  Privilè- 
ges et  franciiises  de  la  ville  de  Sallanches.  [Franchises  accordées  par 
Henri  de  Savoie-Nemours,  le  8  décembre  1601. J 

53e  année,  1912. 

P.  1-14.  Séances  de  l'Acadéniie.  [Marteaux,  Les  noms  de  lieux  d'origine 
germanique;  suite,  de  M.  à  Y.  Le  Roux,  Phase  industrielle  du  cuivre 
chez  les  habitants  des  palafittes  du  lac  d'Annecy;  chronologie  de  ces 
palafittes.  Letonnelier,  Textes  de  1670  et  de  1752,  où  se  rencontre  le 
mot  luge  (loege,  lege),  Marteaux,  Texte  de  1400  sur  le  même  sujet  : 
unius  li<gie.  J.  Serand,  Extrait  des  délibérations  municipales  d'An- 
necy, en  1634,  mentionnant  une  faille  (feux  de  joie  des  brandons).  Mar- 
teaux, Mots  dérivés  de  campus  (Champel,  Champagne,  Béchamp,  etc.). 
Nanche,  pira  soj'da,  pierre  qui  fait  écho;  d'où  Champsourd.]  — 
P.  17-51.  Fr.  et  J.  Serand,  Jean-Jacques  Eousseau  en  Savoie.  L'idylle 
des  cerises.  Notes  et  documents.  [La  premenade  faite  par  Rousseau 
à  Thônes,  avec  M""  Galley  et  de  Gratï'enried,  doit  se  placer  le  1"  juil- 
let 1730.  Identification  minutieuse  de  l'itinéraire  de  Rousseau;  notes 
sur  les  deux  héroïnes,  sur  le  château  de  La  Tour,  à  Thônes,  qui  appar- 
tenait à  M""  Galley,  et  où  les  trois  promeneurs  déjeunèrent.  Tableau 
à  l'huile,  actuellement  à  Ugines,  provenant  de  la  famille  de  M^i*  Galley, 
et  reproduisant  la  scène  des  cerises.]  —  P.  76-80,  128-43.  G.  Pérouse, 
Origine  de  la  taille  en  Savoie,  Bresse  et  Bugey.  [Suite  et  fin  de  cette 
importante  publication.  Rôle  de  1575  pour  les  bailliages  de  Maurienne, 
de  Bugey  et  Valromey,  de  Bresse,  de  Genevois,  de  Faucigny.  Édit  du 
1"  mai  1600.  Bilan  général  des  cotes  pour  1627.]  —  P.  87-96,  Séances 
de  l'Académie.  [Marteaux,  Formes  anciennes  du  motGiffre  {Gifrie, 1285; 
Gayvry,  1235;  Jeffria,  1339);  de  l'allemand  Geifor,  bave?  Id.,  Le  mot 
moiis  en  topographie  :  Mussel  (monticellus) ,  Musson  [montio].  Entre- 
mont, Balmont,  Montarus,  Monthoux,  etc.  Désormaux,  Un  grammai- 
rien savoyard  au  xviii*  siècle  :  J.-T.  Fabre,  précepteur  dans  la  maison 
Borson  (vers  1795-1805),  et  auteur  d'un  recueil  inédit  d'expressions 
vicieuses  et  de  termes  particuliers  à  la  Savoie.  Marteaux,  Le  nom  de 
Miolan  (Mediolanum,  comme  Milan,  Meylan,  Mélan).]  —  P.  103-14. 
P.  Jacquet.  L'église  du  Saint-Sépulcre  d'Annecy.  [Fondée  vers  1348, 
achevée  au  xv  siècle,  abandonnée  par  les  chanoines  et  déjà  presque 
eu  ruines  avant  la  Révolution.]  —  P.  145-7.  Séances  de  l'Académie. 
[J.  Serand,  Panneau  de  pierre,  aux  armes  de  la  famille  Luxembourg- 


PÉRIODIQUES   MÉRIDIONAUX.  125 

Martigues,  trouvé  à  Annecy;  ancien  passage  voûté,  permettant  le  ravi- 
taillement de  la  place  en  temps  de  guerre.]  —  P.  148-52.  G'  Borson. 
Une  carabine  d'un  armurier  d'Annecy  de  la  fin  du  xvii*  siècle.  [Arme 
fabriquée  en  1680  à  Annecy  par  Bedel,  maître  armurier  du  duc  de  Savoie. 
Note  du  chanoine  Ducis  sur  les  Bedel.]  —  P.  152-60,  Fr.  Miquet.  Les 
Savoyards  devant  le  Tribunal  criminel  révolutionnaire.  [Le  tribunal 
révolutionnaire  de  Paris  jugea  38  Savoyards.  25  comparurent  devant 
lui  avant  le  9  thermidor,  20  furent  condamnés  à  mort,  1  fut  condamné 
à  la  réclusion,  4  furent  acquittés.  Depuis  le  9  thermidor,  il  y  eut 
12  acquittements,  et  une  condamnation  à  mort,  celle  de  Duchesne  des 
Voirons,  royaliste  fougueux.]  —  P.  1(51-4.  J.  Désormaux,  Une  enquête 
linguistique  en  1457  à  Chamonix.  [Les  commissaires  chargés  de  déli- 
miter les  communautés  de  Chamonix  et  de  Montjoie  en  1457  durent  se 
préoccuper  de  fixer  le  sens  du  mot  exerenae.  Les  témoins  consultés 
déclarèrent,  les  uns,  que  le  mot  désignait  les  sommets,  altitudo  mon- 
tium,  les  autres,  que  ce  terme  visait  les  lieux  où  souffle  le  «  seran  », 
locus  i7i  quo  magis  currunt  boreae  seu  serena.  Cette  dernière  expli- 
cation est  peut-être  la  bonne f  cependant  on  peut  songer  aussi  à  arein 
ou  ami  (avalanche).]  —  P.  165-71.  G.  Letonnelier.  Notice  sur  un  plan 
d'Annecy  du  xvii"  siècle.  [Plan  conservé  au  Ministère  de  la  Guerre, 
et  donnant  avec  précision  le  détail  des  fortifications  d'Annecy.  Il  est 
intéressant  de  le  comparer  avec  la  gravure  de  Chàtillon,  de  la  fin  du 
XVI*  siècle,  et  avec  le  plan  d'Annecy  qui  se  trouve  dans  le  Theatrum 
Sabaudiae  de  1682.]  —  P.  181-3.  Eug.  Ritter.  Glanures  Salésiennes. 
[1  :  Passage  des  Controverses  de  S.  François  de  Sales,  visant  le  Caté- 
chisme de  Genève  de  Calvin.  Il  :  Passage  de  Théodore  de  Bèze,  relatif 
à  Calvin,  inexactement  cité  dans  l'Histoire  du  bienheureux  Fr.  de 
Sales  par  Ch.-Aug.  de  Sales.]  —  P.  184-9,  263-7.  Ch.  Marteaux.  Noms 
de  lieux  en  ata,  atum,  atis,  ate.  [Noms  terminés  en  az  {ata\  :  Cessenaz 
(cassinata);  en  od  {atum)  :  Chanipanod  (campanatum) ;  en  az  (atis)  : 
Brenaz,  in  Bresenatis ;  v.  aussi  Doussard  {dtilciatis) ,  Uriage  (auriati- 
cum).]  —  P.  193-208.  Séances  de  l'Académie.  [Gardler,  Objets  trouvés 
dans  l'ancien  vicus  de  Boutae.  Marteaux,  Antiquités  gallo-romaines 
des  Fins.  Désormaux,  Le  faria  ou  argot  des  ramoneurs.  Abbé  Gon- 
THiER,  Savoyards  émigrés  à  l'étranger  :  Ch.  Falconnet,  né  à  Arenthon 
en  1580,  fondateur  d'une  famille  de  médecins  lyonnais;  les  de  Peyssard, 
venus  du  Chàtelard-en-Bauges,  installés  à  Chalonnes-sur-Loire.  Miquet, 
Claude  Masse,  ingénieur  géographe,  né  à  Chambéry,  auteur  d'un  grand 
nombre  de  plans  de  villes  et  de  fortifications,  de  1679  à  1736,  et  sans 
doute  du  plan  d'Annecy  indiqué  plus  haut.  Marteaux,  Sur  le  mot  mons 


126  ANNALES   DU   MIDI. 

suivi  d'un  nom  d'homme  d'origine  germanique.  Id.,  Poteries  trouvées 
aux  Fins,  [d..  L'adjectif  altuni  en  topographie.  Désormaux,  Note  sur 
les  langages  conventionnels.]  —  P.  241-5"2.  A.  van  Gennep.  Mélanges 
de  Folklore  savoyard.  [I  :  Raquette,  ramasse  et  luge.  II  :  Surnoms  des 
communes  et  totémisme.  Intérêt  qu'il  y  aurait  à  relever  les  noms  d'ani- 
maux ou  de  plantes  que  l'on  donne  aux  habitants  de  certaines  com- 
munes de  Savoie  :  serait-ce  une  survie  de  l'organisation  totémique  des 
clans  burgondes?  III  :  Deux  lettres  de  Maurice  Dantand,  de  1907,  indi- 
quant que  l'Olympe  disparu  et  le  Gardo  de  cet  écrivain  contiennent, 
à  côté  d'emprunts  aux  coutumes  populaires  de  Savoie,  des  inventions 
personnelles  de  l'auteur.]  —  P.  268-72.  J.-F.  Gonthier.  Le  château  de 
la  Pesse.  [Notes  sur  les  propriétaires  successifs  du  château,  et  notam- 
ment sur  les  Viollon,  bourgeois  d'Annecy,  qui  l'achetèrent  en  1550  et  le 
gardèrent  jusque  dans  la  seconde  moitié  du  xviii«  siècle.]  —  P.  273-5. 
J.  Désormaux.  Bulgarutn  en  Savoie.  [G7-ebou,  terme  du  faria  (langue 
des  ramoneurs),  serait  l'anagramme  du  mot.]  R.  G. 

Tarn-et-Garonne. 

I.   Bulletin   de  la  Société  (archéologique  de   Tarn -et - 
Garonne,  t.  XXXX,  1912. 

P.  21-7.  Abbé  G.  Daux.  Un  évêque  de  Compostelle  à  l'abbaye  de  Mois- 
sac.  [Il  s'agit  de  Diego  Gelmirez,  qui,  allant  à  Rome  en  1104,  s'arrêta 
plusieurs  jours  à  |Moissac.  Article  fait  de  seconde  main  d'après  la 
Historia  de  la  Santa  A.  M.  Iglesia  de  Santiago  de  Compostela,  par 
A.-L.  Ferreiro.]  —  P.  46-58.  L.  Boscus  et  Firmin  Galabert.  La  fonda- 
tion de  la  bastide  royale  de  Lafrançaise  (11  mai  1274).  [Les  auteurs 
réfutent  i;ne  assertion  de  Dominici  à  l'aide  d'un  factum  de  1733.  Le  ter- 
rain nécessaire  pour  édifier  la  bastide  aurait  été  cédé  le  11  mai  1274 
par  Bertrand  de  Saint-Génies  à  Philippe  III,  qui  l'année  suivante  aurait 
accordé  une  charte  de  coutumes  aux  habitants.  Nous  ferons  reitiarquer 
qu'il  faut  lire  11  mai  1273,  et  non  1274,  les  auteurs  ayant  opéré  une 
conversion  de  date  inopportune.]  —  P.  .59-64.  Chanoine  H.  Calhiat.  La 
confrérie  des  pénitents  bleus  de  Lauzerte.  [D'après  des  souvenirs  d'en- 
.fance.]  —  P.  75-85.  H.  de  France.  La  Peyro  de  la  Sal.  [L'auteur  expli- 
que ce  vocable  toponymique  en  montrant  qu'aux  lieux  qui,  à  Montau- 
ban,  portent  ce  nom  se  trouvait  autrefois  une  borne  délimitant  la 
partie  de  la  juridiction  de  Montauban  qui  par  privilège  était  détachée 
du  Languedoc,  pays  de  gabelle.]  —  P.  91-5.  Abbé  F.  Galabert.  Notre- 
Dame  de  Pitié  de  Montpezat.  [Note  sur  une  statue  de  l'église  de  Mont- 


p:ériodiques  méridionaux.  121' 

pezat,  de  la  fin  du  xv  siècle.]  —  P.  96-111.  Abbé  Buzenac.  Une  petite 
paroisse  rurale  sous  l'Ancien  Régime  :  Notre-Dame  de  Saux.  [Quelques 
détails  anecdotiques  sur  cette  paroisse  qui  est  située  dans  la  commune 
de  Montpezat-de-Quercy.  Pas  de  références.]  —  P.  121-8.  Comte  de 
GiROXDE.  Un  château  féodal  au  x«  siècle  :  Castelnau,  en  Vallespir 
(Pyrénées-Orientales).  [Récit  d'une  excursion  sans  valeur  archéologi- 
que.] —  P.  129-3;l  Latouche.  Archives  départementales  :  rapport  pour 
la  seconde  session  du  Conseil  général  de  1912.  [Dans  cet  extrait  se  trou- 
vent la  liste  de  plusieurs  documents  importants  relatifs  à  Saint-Anlonin, 
qui  ne  figurent  pas  dans  l'inventaire  des  séries  G  et  H,  elle  répertoire 
des  archives  municipales  d'Escazeaux  et  des  archives  hospitalières  de 
Montpezat.]  —  P.  134-44.  B.  Taillefer.  Deux  documents  inédits  :  récits 
du  XVI»  siècle.  [L'un  est  une  relation  du  concile  de  Pise  (1511),  dont 
M.  Taillefer  n'indique  pas  la  provenance;  l'autre  une  relation  des  États 
de  Blois  (1588),  trouvée  dans  l'étude  du  notaire  de  Montaigu.]  — 
P.  145-59.  Chanoine  F.  Pottier.  Les  authentiques  de  reliques.  [Intéres- 
sant article  contenant  la  description  de  reliquaires  se  trouvant  dans  les 
églises  d'Ardus,  Bouillac,  Montpezat.  Planches.]—  P.  202-22.  A.  Frays- 
siNET.  L'administration  du  temporel  d'une  église  aux  xvi°  et  xxw  siècles 
(Beaumont-de-Lomagne).  [D'après  un  compte  des  marguilliers  de  1567 
à  1616.]  —  P.  223-37.  Dom  R.  Trilhe.  La  bibliothèque  et  le  trésor  du 
collège  cistercien  de  Saint-Bernard  de  Toulouse  en  1491.  [Publication, 
précédée  d'une  courte  introduction,  d'un  inventaire  de  la  chapelle  et  de 
la  bibliothèque  de  ce  collège  rédigé  entre  1498  et  1503  et  conservé  aux 
Archives  de  la  Haute-Garonne  dans  le  fonds  de  l'abbaye  de  Granselve.] 
—  P.  238-40.  A.  Fontaine.  Identification  d'un  tableau  du  musée  Ingres  de 
Montauban.  fil  s'agit  d'un  tableau  représentant  Apollon  et  Daphné  qui 
doit  être  restitué  à  Bonnemer,  ami  de  Le  Brun.]  —  P.  241-6.  H.  de 
France.  Le  moulin  des  Albarèdes.  [A  Montauban.  Notice  composée 
d'après  des  documents  conservés  aux  Archives  de  Tarn-et-Garonne.]  — 
P.  247-50.  B.  Bouygues.  Une  installation  de  Patron-Fondateur  au  cha- 
pitre collégial  de  Montpezat.  [En  1789.]  —  P.  286-9.  Chanoine  F.  Pottier. 
Relations  entre  les  abbayes  de  Moissac  et  de  Cluny.  [Communication 
faite  aux  fêtes  du  Millénaire  de  la  fondation  de  Cluny.]  —  P.  290-300. 
H.  de  France.  Mystères  célébrés  à  Montauban  (1522).  [Texte  et  com- 
mentaire d'un  contrat  intitulé  Instrumetitum  pro  lusoribus  de  gendre 
humey?i  et  concernant  la  représentation  à  Montauban  en  1522  de  deux 
mystères,  dont  l'un  devait  avoir  pour  objet  l'histoire  du  genre  humain 
depuis  la  création  jusqu'à  la  passion  du  Christ  (  Ystoria  de  gendre 
hymeyn),  l'autre  un  pèlerinage  à  Saint-Jacques  de  Compostelle  (  y^foria 


128  ANNALES   DU   MIDI. 

de  mossen  sanct  Jacme).'\  —  P.  301-4.  Taillefer.  Notes  pour  servir  à 
l'histoire  du  département  (Canton  de  Montaigu).  [D'après  des  registres 
de  notaires.  A  signaler  une  convention  pour  soigner  la  teigne,  de  1634.] 

—  P.  305-7.  Taillefer.  La  messe  et  les  cartes.  [Récit  non  daté  d'un 
vieux  soldat  qui  se  servait  d'un  jeu  de  cartes  pendant  la  messe.J 

R.  L. 

II.  Recueil  de  V  Académie  de  Tarn- et -Garonne,  t.  XXVII, 
1911-1912. 

p.  45-60.  Bois.  La  première  conversion  de  Pascal.  [L'auteur  essaie  de 
montrer  l'unité  profonde  delà  vie  de  Pascal.]  —  P.  81-96.  R.  Latouchb. 
Valeur  historique  des  légendes.  [Elle  serait  absolument  nulle.  Quelques 
exemples  seulement  sont  empruntés  au  folklore  du  midi.]  —  P.  107-11. 
J.  BouRDEAU.  M.  Edouard  Forestié  :  Notice  lue  dans  une  séance  men- 
suelle de  l'Académie.  [Pas  de  bibliographie.]  R.  L. 

Var. 

Bulletin  de  la  Société  d'Études  scientifiques  et  archéolo- 
giques de  Draguignan,  t.  XXVIH,  1910-1911. 

P.  xiii-xvi.  H.  Belletrud.  Note  sur  la  paroisse  de  Broves.  [Analyse  un 
Mémoire  instructif  pour  le  sieur  vicaire  de  Broves,  au  diocèse  de 
Fréjus,  rédigé  en  1720  :  détails  sur  les  obligations  du  prieur  et  du 
vicaire,  la  perception  de  la  dlme,  le  cérémonial  de  l'église,  les  fondations 
dont  elle  bénéficiait.]  —  P.  xix-xxiii.  Caillet  et  Mireur.  Quittance 
délivrée  à  Foulques  V  de  Pontevès,  seigneur  de  Cotignac,  par  Florent  de 
Castellane,  seigneur  d'Andon.  [Au  Plan  du  Bourg  du  Muy  (Var),  1 
10  mai  1393.] —  P.  xxv-xxix.  E.  Poupé.  La  destitution  d'Henry  de  Mon- 
cabrié.  [Moncabrié,  commandant  de  la  frégate  La  Vestale,  à  Toulon, 
destitué  à  la  fin  d'avril  1793,  sur  dénonciation  de  la  Société  populaire  de 
cette  ville;  d'après  une  lettre  du  commandant,  du  5  août  1793,  cette  dé- 
nonciation n'aurait  été  appuyée  d'aucune  preuve.]  —  P.  xxxi-xxxii. 
H.  MiREUR.  Lettres  de  collation  du  doyenné  de  la  collégiale  de  Lorgues. 
[14  décembre  1428;  lettres  signées  de  Jean  Bélard,  évèque  de  Fréjus.] 

—  P.  xxxiv-xxxvi.  E.  Poupé.  Barras  et  les  émigrés  du  Var.  [A  propos 
d'une  lettre  lue  par  Escudier  représentant  du  Var  à  la  Convention  et 
dénonçant  la  rentrée  d'émigrés  dans  ce  département,  Barras  écrit  à  l'ac- 
cusateur public  près  le  tribunal  criminel  du  Var  (15  mai  1795)  pour  avoir 
des  renseignements  précis.]  —  P.  xlvii-l.  Z.  d'Agnel  D'AciciNÉ.  Le 
mille  romain.  [Trouve  pour  le  mille  romain  une  longueur  qui  se  rappro- 


PÉRIODIQUES   MÉRIDIONAUX.  129 

che  de  celle  donnée  par  l'historien  provençal  Honoré  Bouche,  1488,  88  ; 
rapports  entre  le  passus,  la  canne  et  lepaw.].  —  P.  liv-lyii.  J.  Combet. 
Le  comité  de  surveillance  de  la  Cadiére  (Var).  [Établi  le  20  octobre  1793, 
il  s'occupe  surtout  à  délivrer  des  certificats  de  civisme  aux  habitants  du 
bourg  qui  avaient  des  parents  ou  des  enfants  enfermés   dans  Toulon; 
supprimé  le  3  septembre  1794.]  —  P.  lix-lxxi.  E.  Poupé.  Déclarations 
de  fortune  des  Conventionnels  des  Alpes-Maritimes,  des  Basses-Alpes, 
des  Bouches-du-Rhône  et  du  Var.  [Reproduit  les  déclarations  faites  fin 
septembre  ou  début  d'octobre  1795,  par  Blanqui,  Dabray,  Massa,  députés 
des  Alpes-Maritimes  ;  Bouret,  des  Basses-Alpes  ;  Bayle,  Durand-Mail- 
lane,   Granet,    Laurens,  Pellissier,  des  Bouches-du-Rhône  ;  Ricord,  du 
Var,] — P.  Lxxvii-Lxxxiii.  F.  Mireur.  Les  petites  curiosités  de  l'histoire. 
La  ferme  des  jeux  à  Barjols  au  xv»  siècle.  [Détails  sur  les  attributions 
d'un  bailli  de  petite  ville  ;  texte  du  7  juin  1479.J  —  P.  c-cv.  A.  Etienne. 
Documents  relatifs  au  siège  de  Toulon.  [Réquisitions,  tirées  des  archi- 
ves communales  du  Beausset,  et  signées  de  Carteaux  et  Buonaparte.]  — 
P.   cix-cx.  F.  Mireur.   Gratuité  de  l'instruction  à  Barjols  (Var)  sous 
François  I".  [Délibération  de  l'assemblée  municipale  de  Barjols  en  date 
du  1"  octobre  1532,  donnant  10  écus  au  «  magister  »  pour  qu'il  enseigne 
gratuitement  les  enfants  de  la  ville.  |  —  P.  2-21 .  Z.  d'Agnel  d'Aciqné. 
Quelques  marques  de  maîtres  es  pierres  relevées  dans  le  département 
du  Var.  [Avec  cinq  planches.  Les  différentes  marques  relevées  procèdent 
du  sautoir  ou  de  la  croix  plus  ou  moins  modifiée.]  — P.  28-47.  E.  Poupé. 
Le  lieu  de  la  rencontre  de  Lépide  et  d'Antoine  sur  les  bords  de  l'Argens 
et  de  la  Florièye  (fin  mai  43  av.  J.-C).  [Établit  que  Forum  Voconii  cor- 
respond à  Châteauneuf,  que  la  voie  aurélienne,  au  sortir  de  Fréjus,  pas- 
sait par  le  Piiget,  Clastron,  Sainte-Roseline,  les  Arcs,  Taradeau,  Châ- 
teauneuf et  que  «  les  soldats  d'Antoine  se  joignirent  à  ceux  de  Lépide, 
sur  les  bords  de  la  Florièye  et  de  l'Argens,  dans  la  plaine  de  Planguillet, 
en  vue  de  l'ancien  village  de  Taradeau  ».  Carte.]  —  P.  49-342.  E.  Poupé. 
Le  tribunal  révolutionnaire  du  Var.  [M.  Poupé  étudie  d'abord  l'organi- 
sation et  le  fonctionnement  du  tribunal  révolutionnaire  :  désorganisé  par 
le  soulèvement  de  Toulon,  le  tribunal  criminel  qui  siégeait  en  cette  ville, 
fut  reconstituée  Grasse  par  arrêté  en  date  du  8  sept.  93  des  convention- 
nels en  mission  Barras,  Fréron,  Ricord,  Robespierre  jeune.  Il  n'avait 
d'abord  à  connaître  que  des  afTaires  de  droit  commun;  mais  il  ne  tarda 
pas  à  être  chargé  de  juger  les  Varois  compromis  dans  le  mouvement 
sectionnaire  et  à  devenir  tribunal  révolutionnaire  (22  novembre).  Il  cessa 
de  fonctionner  le  27  avril  1794,  conformément  à  la  loi  du  16-17  avril  pré- 
cédent. Il  eut  à  juger  des  contre-révolutionnaires,  des  citoyens  accusés 

ANNALES  DU   MIDI.   —   XXVI  9 


180  ANNALES   DU   MÎDl. 

d'avoir  voulu  discréditer  les  assignats  et  les  émigrés  rentrés.  Pendant 
les  cinq  mois  de  son  existence,  il  jugea  189  inculpés,  dont  18  furent 
condamnés  à  mort,  7  à  la  déportation  à  vie  ou  à  temps,  33  acquittés,  mais 
détenus  comme  suspects  jusqu'à  la  paix;  loi  acquittés  purement  et 
simplement.  M.  Ponpé  a  dressé,  par  ordre  chronologique,  le  résumé  des 
affaires  portées  devant  le  tribunal  et  extrait  des  dossiers  les  détail.s 
intéressants.  Il  y  a  joint  la  liste  des  Varois  transférés  des  prisons  d3 
Marseille  dans  celles  de  Grasse  et  de  ceux  qui  furent  jugés  par  le  tribu- 
nal révolutionnaire  des  Bouches-du-Rhône;  il  a  pris  la  peine  de  dresser 
la  statistique  des  condamnations  ou  des  acquittements,  de  la  profession, 
de  l'âge,  du  lieu  de  résidence  des  prévenus.  A  partir  de  mai  1794,  les 
prévenus  furent  transférés  à  Paris  en  quatre  convois;  78  contre-révolu- 
tionnaires y  furent  ainsi  conduits  entre  le  24  juin  et  le  10  septembre  1794. 
Eniin  trente-quatre  pièces  justificatives  (arrêtés  de  Barras,  lettres  de 
l'accusateur  public,  actes  d'accusation,  interrogatoires,  etc.)  sont  jointes 
à  ce  travail  aussi  savant  que  complet.]  —  P.  343-53.  Louis  de  Bresc. 
Page  inédite  delà  biographie  de  Barras.  [Rappelle  et  reproduit  l'ex-voto 
suspendu  en  1788  par  Barras  (alors  sous-lieutenant  dans  l'infanterie  de 
marine  à  bord  de  l'Actif)  dans  l'église  Notre-Dame  de  Bon-Secours  à 
Fox-Amphoux,  Var.]  —  P.  355-68.  F.  Mireur.  Le  roi  René  s'est-il  em- 
barqué à  S*-Raphaul  (Var)  en  1453?  [Suppose,  en  se  fondant  sur  des 
lettres  de  confirmation  de  privilèges  accordées  par  le  roi  René  à  la  ville 
d'Aups  et  datées  de  Fréjus  le  l'--  août  1453,  que  le  roi  s'est  embarqué  à 
S*-Raphaëlpourle  golfe  de  Gênes. J— P.  369-80.  A.  Guébiiard.  Sur  certains 
objets  préhistoriques  de  bronze  provenant  des  Alpes-Maritimes,  donnés 
par  M.  A.  Bonnet  aux  collections  de  la  Société  d'Études.  [Description 
accompagnée  de  deux  planches.]  V.-L.  B. 


NÉCIIOLOGII': 


Le  7  décembre  1913  est  mort,  à  Toulouse,  M.  Maurice  Massip, 
directeur  des  archives  et  bibliotliécaire  de  la  ville.  Né  le  11  décem- 
bre 1852,  licencié  en  droit  en  1879,  il  avait  été,  après  examen  spécial, 
nommé  archiviste  départemental  de  l'Ardéche,  puis  archiviste- 
bibliothécaire  de  la  ville  de  Narbonne;  il  fut  appelé  définitive- 
ment à  Toulouse  en  1889.  11  avait  publié  en  1890  une  histoire  du 
Collège  de  Toiivnon  en  Yivarais,  écrite  d"un  style  alerte  et  vif  et 
pleine  de  faits  relatifs  aux  méthodes  d'enseignement  des  Jésuites 
et  des  Oratoriens  depuis  1545  jusqu'au  début  du  xi\e  sièrlH. '. 
Nous  citerons  aussi  divers  articles  dans  le  Bulletin  delà  Commis- 
sion archéologique  de  Narbonne  [Le  voyage  d'nn  Narhonnais  à 
Paris  en  1588.  Le  ^no^nlier  du  dernier  archevêque  de  Narbonne, 
Une  maison  de  mercerie  à  Narbonne  en  1157,  La  maison  du 
Bon-Pasteur  à  Narbonne,  L'instruction  publique  à  Narbonne 
pendant  la  Révolution),  dans  les  Mémoires  de  la  Société  archéo- 
logique du  midi  de  la  France  {Fers  à  gaufres  du  A'Ve  et  du 
XVIl^  siècles),  dans  les  Mémoires  de  l'Académie  de  Toulouse 
sur  La  thérapeutique  au  XVIIe  siècle  et  le  scepticisme  médical, 
sur  Les  enseignes  privilégiées  à  Toulouse,  sur  Une  victime  de 
l'aviation  au  XI^  siècle,  et  une  longue  étude  historique  sur  Les 
variations  du  climat  de  Toulouse.  Les  habitués  de  la  Bibliothè- 
que municipale  savent  avec  quelle  inépuisable  obligeance  il  se 
mettait  à  la  disposition  de  tous  les  érudits  ou  amateurs  pour  leur 
fournir  lesindicationsbibliogriiphiques  qui  leur  étaient  nécessaires, 
et  la  liste  de  ses  travaux  serait,  dit-on.  beaucoup  plus  longue  si  on 
voulait  énumérer  tous  ceux  auxquels  il  a  plus  ou  moins  collaboré. 

1.  Cf.  Annales,  t.  III,  p.  88. 


CHKONlQUIi: 


On  annonce  la  publicalion  prochaine  d'une  Revue  historique  de 
Toulouse  (directeur,  abbéLeslrade  à  Gragi.ague,  Haule-Garonne; 
administrateur,  abbé  Contrasty,  à  Sainte-Foy-de-Peyrolières, 
Haute-Garonne).  Elle  se  propose,  sous  le  patronage  de  l'archevêque 
de  Toulouse,  non  seulement  de  publier  des  mémoires,  mais  sur- 
tout de  mettre  sous  la  main  des  travailleurs  éloignés  de  Toulouse 
des  séries  de  textes  concernant  l'histoire  civile  et  religieuse  du 
diocèse  actuel.  En  éditant  ainsi  quantité  de  documents  auxquels 
les  revues  actuelles  ne  peuvent  donner  asile,  elle  rendra,  malgré 
son  caractère  confessionnel,  de  réels  services,  et  nous  lui  souhai- 
tons longue  vie  et  prospérité. 

* 
*    *  - 

Parmi  les  récentes  publications  de  textes  d'un  intérêt  général,  il 
y  a  lieu  de  signaler  celle  de  M.  Richard  Salomon,  qui  donne  le 
Liber  de  coronalione  Karoli  lY  imperaioris  à  la  collection  in 
usum  scholarum  annexée  aux  Monumenta  Gevnianiœ  historica, 
Hanovre  et  Leipzig,  1913,  in-8o,  et  celle  de  MM.  Louis  Halphen 
et  René  Poupardin,  qui  donnent  les  Chroniques  des  comtes  d'An- 
jou et  des  seigneurs  d'Amboise  à  la  Collection  de  textes  pour  ser- 
vir à  l'élude  et  à  l'enseignement  de  l'histoire,  Paris.  A.  Picard, 
1913,  in-8".  Le  fascicule  que  nous  devons  ainsi  à  M.Richard  Salo- 
mon remplacera  pour  les  historiens  l'édition  du  Liber  imprimé  à 
Prague,  en  1864,  par  Constantin  Hœfler.  Le  volume  de  MM.  Hal- 
phen et  Poupardin  remplacera  de  même  l'édition  des  Chroniques 
des  comtes  d'Anjou,  de  MM.  Marchegay  et  Salmou,  publiée, 
comme  on  sait,  en  1850,  pour  la  Société  de  l'Histoire  de  France  : 
les  nouveaux  éditeurs  ont  soin  de  faire  ressortir,  tant  dans  leur 
copieuse  introduction  que  dans  des  notes  particulièrement  appro- 
fondies, les  améliorations  qu'ils  apportent  au  travail  de  leurs  de- 
vanciers. 


CHRONIQUE.  133 

Mouvemenl  féllbvéen.  —  Le  Mémorial  d'Aix  annonce,  dans 
son  numéro  du  2  novembre  1913,  que  les  œuvres  de  Mistral  vont 
être  traduites  en  japonais  par  M.  S.  Matsouoka,  soci  du  félibrige, 
qui  a  fait  une  partie  de  ses  études  au  collège  Saint-Gabriel,  à 
Saint-AfTrique. 

M.  Bruno  Durand,  jeune  étudiant  d'Aix,  dont  les  poésies  furent 
couronnées,  cette  année,  aux  Jeux  septermaux  du  félibrige,  vient 
de  les  publier  en  recueil  sous  ce  titre  :  Lis  Alenado  dôic  Gavagai 
(F.  Mathieu,  Aix-en-Provence).  Le  jeune  poète,  qui  est  le  neveu 
de  Léon  de  Berluc-Perussis,  un  nom  ch»  r  aux  amis  des  choses 
de  Provence,  a  dédié  ce  premier  recueil  à  la  mémoire  de  son  oncle. 

La  librairie  félibréenne  Paul  Raat,  à  Marseille,  annonce  l'appa- 
rition prochaine  d'une  Pichoto  Islôride  la  Lileraluro  d'O  o  prou- 
vençalo  par  M.  P.  Roustan. 

La  T^^rro  d'Oc  de  novembre  donne  le  compte  rendu  détaillé  de 
la  commémoration  de  la  bataille  de  Muret,  ainsi  que  lesdocuments 
concernant  la  polémique  qui  s'est  engagée  à  propos  de  cette  fête 
(Imp.  G,  Berthoumieu,  Toulouse).  On  trouvera  d'autres  comptes 
rendus  dans  la  chronique  de  la  Revue  des  Pyrénées;  cf.  aussi 
Vivo  Prouvènço,  octobre  1913.  M.  J.  Ronjat,  majorai  du  félibrige, 
a  soutenu  en  Sorbonne,  le  17  décembre  1913,  une  thèse  sur  la 
Syntaxe  des  parlers  du  Midi  de  la  France. 

Sous  le  titre  Jasmin  à  Muret  (Toulouse,  Éd.  Privât,  éditeur), 
M.  G.  A.  de  Puybusque  publie  trois  poésies  gasconnes  de  son 
père.  La  première  est  un  remerciement  joliment  tourné,  adressé  à 
Jasmin  à  l'occasion  de  son  séjour  à  Muret,  où  il  était  venu  pour 
une  fête  de  charité.  Une  autre  de  ces  trois  pièces,  Lou  viel  farou 
(Le  vieux  chien  de  berger),  est  remarquable  de  simplicité  et  d'é- 
motion. 

M.  Xavier  de  Cardaillac  a  publié,  à  propos  du  septième  cente- 
naire delà  bataille  de  Muret,  le  texte  d'une  conférence  sur  Pierre  II 
d'Aragon,  le  roi  troubadour  et  le  roi  chevalier  (Bayonne,  impri- 
merie A.  Foltzer,  1913;  20  p.).  Il  y  met  en  relief  le  caractère  cheva- 
leresque du  roi  d'Aragon  à  la  bataille  de  las  Navas  de  Tolosa  et  à 
celle  de  Muret.  En  ce  qui  concerne  Pierre  II  troubadour,  nous 
serons  moins  affirmatif  que  M.  de  Cardaillac;  cf.  notre  brochure. 

L'auteur  du  présent  article  a  fait,  pendant  le  mois  d'octobre,  à 
Hambourg,  une  série  de  dix  conférences  sur  la  littérature  proven- 
çale ancienne  et  moderne.  Les  trois  dernières  ont  été  consacrées 
aux  félibres,  aux  poètes  populaires  du  félibrige  et  à  Mistral. 


134  ANNALES   DU   MIDI. 

Le  nouveau  i)oème  gascon  de  Na  Pliiladelplie  de  Gerde,  Berna- 
deto,  vifiit  de  paraître. 

Le  baron  de  Toiirloulon,  auteur  <luiie  savante  Histoire  de 
Jacques  ler  d'Aragon,  le  Conquérant,  est  mort  à  Aix  le  1'^  août 
dernier.  Il  fut  un  des  fondateurs  de  la  Revue  des  Langues  Roma- 
nes et  publia  un  important  travail  sur  La  limite  géographique  de 
la  langue  d'oc  et  de  la  langue  d'oïl  (Paris.  1876.) 

J.  Anglade. 


Chronique  de  l'Agenais. 

Depuis  notre  dernière  chronique,  quatre  ans  se  sont  écoulés, 
marqués  par  la  disparition  de  deux  revues  locales  à  tendances 
littéraires  et  historiques,  où  le  folklore  et  la  fantaisie,  la  poésie 
française  ou  patoise  tenaient  une  large  place  :  L'Ame  gasconne  et 
Le  Lot-et-Garonne  illustré.  Elles  n'étaient  pas  sans  mérites  et 
leur  fin  laissera  des  regrets.  Mais  il  semble  que  des  périodiques  de 
cette  nature  ne  puissent  avoir  qu'une  existence  éphémère.  La 
raison  en  est  qu'enfantés  par  quelques  personnalités,  ils  disparais- 
sent avec  elles.  Ils  ne  répondent  pas  d'ailleurs  à"  de  véritables 
besoins,  car,  tels  qu'on  les  conçoit,  ils  ne  peuvent  prétendre  riva- 
liser avec  les  mille  et  un  magazines  illustrés  qui,  de  Paris,  inon- 
dent la  province. 

Il  ne  re.-te  en  Lot-et-Garonne  que  la  Revue  de  VA  gênais,  avec 
un  organe  félibi'éen.  Et  pourtant  l'ombre  que  projette  ce  bulletin 
de  la  Société  académique  d'Agen  n'est  pas  tellement  épaisse,  ses 
racines  ne  sont  pas  tellement  puissantes  que  rien  ne  puisse  croître 
autour  de  lui.  Quoi  qu'il  en  soit,  c'est  lui  encore  qui  fournit  à 
l'oeuvre  historique  et  archéologique  la  contribution  la  plus  large 
et  la  plus  heureusement  féconde.  Les  Annules  du  Midi  en  font 
chaque  année  le  dépouillement;  inutile,  par  conséquent,  d'y  reve- 
nir. Signalons  seulement  les  principaux  tirages  à  part  dela/?et?we 
de  l'Agenais  :  Les  églises  du  capiton  de  Prayssas,  par  R.  Mar- 
boutin;  Notes  historiques  sur  La  fox  :  Le  château  de  Caslel~ 
noubel,  du  même  auteur;  Jacques  de  Rognas,  par  Dubois.  Mom- 
méja  et  Bonnat. 

A  côté  de  ces  études,  il  faut  mentionner  les  pages  charmantes 
que  M.  Bordes,  professeur  au  lycée  Bernard-Palissy,  a  consacré  à 


CHRONIQUE.  135 

V École  secondaire  et  au  collège  d'Agen  [1805-1893);  les  mono- 
jrraphies  de  M.  Veilhon  sur  la  commune  de  Cocumont  et  de 
M.  Maurin  sur  celle  de  Meilhnn;  la  savante  étude  d'histoire  du 
droit  sur  la  Coutume  d'Agen,  qui  a  valu  à  M.  Tropamer  le  titre 
de  docteur  en  droit;  les  deux  énormes  compilations  que  feu  M.  le 
chanoine  Dubourg  a  mis  au  jour  sur  les  communes  de  Moirax  et 
de  Layrac;  le  discours  ému  que  M.  Allègre,  un  petit-fils  des 
hommes  du  «désert»,  a  donné  sur  les  origines  de  la  Réforme  à 
Agen  devant  la  cultuelle  protestante  de  la  ville  ;  le  catalogue  de 
212  pièces  du  Musée  d'Agen,  par  Jules  Momméja;  les  articles  sur 
la  délimitation  des  vins  delà  région  de  Bordeaux, où  MM.Rabaté 
et  Bonnat  ont  soutenu  les  revendications  lot-et-garonnaises  en 
faisant  fréquemment  appel  à  l'histoire,  et  enfin  la  Généalogie  de 
la  famille  de  5eu/n,  dont  de  nombreux  représentants  vivent  encore 
en  Agenais. 

Cette  sèche  énumération  suffit  à  démontrer  que,  dans  son  ensem- 
ble, l'érudition  lot-et-garonnaise  est  toujours  digne  d'éloges.  Si 
quelques  disparitions  malheureuses,  comme  celles  de  deux  travail- 
leurs acharnés,  Oswald  Fallières  et  Dubourg,  viennent  inspirer 
quelque  inquiétude  pour  l'avenir,  les  vides  que  cause  la  mort  se 
comblent  peu  àpeu  et  la  vie  reprend  son  cours  normal.  On  peut  espé- 
rer, d'ailleurs,  que  la  nouvelle  Société  savante,  créée  en  1911  sur 
l'initiative  de  l'évêque  d'Agen  et  sous  le  titre  de  Société  de  Vesins, 
nous  fournira  un  jour  quelques  précieux  collaborateurs.  Com- 
posée uniquement  d'ecclésiastiques,  elle  a  pris  le  nom  d'un  évêque 
d'Agen  du  xix*  siècle  et  publie  chaque  mois  le  compte  rendu  de 
ses  séances.  Les  études  qu'on  y  lit  reçoivent  pour  la  plupart  l'hos- 
pitalité de  la  Revue  de  V Agenais  ou  des  Bulletins  paroissiaux, 
qui  font  ainsi  — originale  innovation  —  une  bonne  place  à  l'his- 
toire du  diocèse. 

En  outre,  la  Société  de  Vesins  a  mis  au  concours  entre  tous  les 
ecclésiastiques  du  pays  «  la  monographie  d'une  circonscription 
religieuse  ou  civile  (archiprêlré,  juridiction  on  paroisse)  sous  l'an- 
cien régime  :  il  s'agit  de  bien  marquer  l'aciion  bienfaisante  de 
l'Église  en  ce  qui  concerne  l'assistance,  linslriiction.  les  œuvres 
corporatives,  les  (tonfréries,  etc.  ».  Aucun  candidat  ne  s'est  encore 
présenté,  mais  il  est  certain  qr.e  les  prix  affectés  à.  ce  concours 
(médailles  d'or  et  d'argent  ou  100,  80  et  50  francs)  seront, un  jour 
disputés. 

Pour  faciliter  les  études  religieuses,  historiques  ou  scientifiques 


136  ANNALES   DU   MIDI. 

du  clergé,  des  ecclésiastiques  du  diocèse  ont  également  fondé,  sous 
le  nom  de  Comité  Toumier,  une  association  qui  forme  et  gère 
une  bibliothèque  destinée  à  remplacer  avantageusement  les  col- 
lections des  grand  et  jîetit  séminaires  dispersées  à  la  suite  de  la  loi 
de  séparation. 

Un  autre  comité,  sous  l'impulsion  du  minisire  de  l'Instruction 
publique,  s'est  constitué,  il  y  a  quelques  années,  dans  le  départe- 
ment de  Lot-et-Garonne,  mais  le  zèle  et  l'activité  qu'il  déploie  sont 
infiniment  moins  grands  :  je  veux  parler  du  Comité  départe- 
mental d'études  sur  l'histoire  économique  de  la  Révolution  fran- 
çaise. Convoqué  plusieurs  fois,  il  a  confié  à  M.  Calvet,  bibliothé- 
caire de  la  ville  d'Agen,  le  soin  de  publier  une  série  de  documents 
relatifs  à  la  convocation  des  États  généraux  de  1789  et  aux  cahiers 
des  paroisses  de  l'Agenais.  Le  travail  de  ^L  Calvet  est  presque 
achevé;  mais,  depuis  quatre  ans,  le  Comité  n'a  pas  donné  signe 
de  vie.  Et  cependant  les  fonds  d'archives  à  explorer  ne  manquent 
pas.  Constamment,  on  en  trouve  de  nouveaux  dans  les  mairies; 
beaucoup  sont  déposés  aux  archives  départementales,  dont  les 
collections  ne  cessent  de  s'accroître  et  qui  vont  bientôt  recevoir, 
avec  les  séries  anciennes  du  chartrier  communal,  tout  le  fonds 
révolutionnaire  de  la  ville  d'Agen. 

Puisque  je  parle  d'archives,  et  du  chartrier  de  la  ville,je  signalerai 
le  don  fait  à  cette  dernière  du  Livre  jicralo ire  des  consuls  d'Agen. 
Orné  de  curieuses  enluminures,  il  date  de  la  fin  du  xiu»  siècle  et 
contient,  avec  quelques  formules  religieuses,  le  texte  des  coutumes 
de  la  cité.  C'est  sur  l'une  de  ses  pages  —  dont  les  miniatures  ont 
perdu  de  leurs  riches  couleurs  —  que  consuls  et  grands  person- 
nages posaient  la  main  droite  pour  jurer  de  conserver  intacts  les 
droits  et  prérogatives  de  la  communauté.  Prêté  au  xviiie  siècle,  à 
l'occasion  d'un  procès,  le  manuscrit  n'a  été  rendu  qu'en  1911  à 
l'administration  municipale  qui  s'est  empressée  de  lui  faire  nue 
place  d'honneur  au  milieu  des  livres  précieux  de  la  bibliothèque 
communale. 

N'est-il  pas  regrettable  que  cette  même  administration  n'ait  pas 
cru  devoir  accepter  le  legs  fait  au  Musée  par  l'abbé  Lanusse, 
aumônier  de  l'École  militaire  de  Saint-Cyr?  L'acceptation  de  ce 
legs  entraînait  quelques  charges,  mais  elles  étaient  minimes.  Il  y 
avait  du  toc  dans  les  collections  artistiques  du  vénérable  ecclésias- 
tique, mais  il  s'y  trouvait  aussi  de  nombreuses  pièces,  notamment 
des  ivoires,  dignes  de  figurer  dans  un  musée  public. 


CHRONIQUE.  137 

Celui  d'Agen  est  en  voie  de  transformation.  Pour  remédier  à 
une  situation  lamentable  qui  durait  depuis  trop  longtemps,  une 
Commission,  composée  de  diverses  personnalités  du  département  : 
artistes,  amateurs,  collectionneurs,  a  été  constituée  en  1913  par  les 
soins  de  la  nouvelle  municipalité.  Elle  a  commencé  l'aménage- 
ment des  salles  de  peinture,  obtenu  la  mise  ;;  jour  d'un  registre 
d'entrée  interrompu  depuis  1904,  réclamé  la  confection  de  iiches 
descriptives,  décidé  un  récolement  général  du  Musée,  bientôt 
suivi,  nous  l'espérons,  d'un  catalogue  général  qui  permettra  de  se 
rendre  compte  des  richesses  d'art  de  la  ville  d'Agen.  Il  y  a  beau- 
coup à  faire  dans  les  hôtels  d'Estrades  et  de  Vaurs  qui  abritent 
nos  collections  municipales  :  classer  à  nouveau  la  collection  paléon- 
tologique  de  Ludomir  Combes,  complètement  désorganisée  et 
abandonnée,  achever  des  salles,  placer  des  toiles,  modifier  l'aspect 
de  certaines  galeries,  etc..  Espérons  qu'on  ne  «lambinera  «  pas  et 
que  le  Musée,  fermé  depuis  deux  mois,  pourra  rouvrir  ses  portes 
à  la  fin  de  1914. 

Une  autre  commission,  qui  fonctionne  en  Lot-et-Garonne  comme 
dans  les  autres  départements,  peut  aussi  faire  œuvre  utile,  bien 
que  son  champ  d'action,  dans  un  pays  tel  que  le  nôtre,  soit  infini- 
ment restreint  :  je  veux  parler  de  la  commission  des  sites  et  des 
monuments  pittoresques.  Elle  a  fait  classer  la  Garenne  de  Nérac, 
la  fameuse  promenade  qui  s'étend  aux  pieds  du  château,  sur  les 
bords  de  la  Baïse,  et  qu'affectionnaient  Henri  de  Béarn  et  la  reine 
de  Navarre,  la  Marguerite  des  Marguerites.  Elle  a  obtenu  que  le 
domaine  des  Scaliger,  dans  le  vallon  de  Vérone,  près  Agen,  con- 
servât l'aspect  plaisant  que  lui  ont  laissé  le  temps  et  les  hommes. 

D'autres  classements,  d'une  nature  différente,  ont  été  eft'ectués 
depuis  peu  :  la  tnaison  dit  Sénéchal  à  Agen  (xiv»  siècle),  dont  les 
fenêtres  aux  arcades  géminées  et  aux  chapiteaux  à  feuillage  den- 
telé étaient  sur  le  point  de  partir  pour  l'Allemagne;  l'autel  de  l'an- 
cien couvent  des  Carmélites  d'Agen,  aujourd'hui  Lycée  de  filles, 
avec  ses  colonnes  de  porphyre  et  son  tableau  de  sainte  Thérèse  en 
extase  (de  style  Louis  XV);  une  série  d'ornements  et  de  vêtements 
religieux  qui  se  trouvent  à  l'hôpital  d'Agen  construit  par  Mas- 
caron. 

Il  me  reste  à  traiter  une  question  extrêmement  intéressante,  qui 
a  suscité  des  polémiques  de  presse  et  des  communications  aux 
journaux  et  aux  Sociétés  savantes,  divisé  les  archéologues,  ex- 
cité la  verve  de  chansonniers  et  de  faiseurs  de  jeux  de  mots  : 


138  ANNALES   DU   MIDI 

la  commune  de  Sos,  qui  se  dresse  à  la  lisière  des  landes  de  Lot- 
et-Garonne,  est-elle  bien  la  capitale  des  Soliates  dont  l'oppidum 
fut  attaqué  et  pris  par  Crassus  dans  une  campagne  que  raconte 
complaisamment  Jules  Cés;ir?  Pour  l'identification,  nous  avions 
déjà,  avec  l'opinion  favorable  de  la  plupart  des  historiens  et  des 
érudits,  la  siujililude  des  noms,  des  concordances  géographiques 
et  quelques  particularités  sur  lesquelles  il  serait  trop  long  d'insis- 
ter ici,  mais  qui  ont  été  décrites  par  l'abbé  Breuiis,  au  tome  XXXVI 
(1895)  de  la  Revue  de  Gascogne.  Récemment,  on  trouva  dans  le 
pays  des  traces  d'exploitation  de  minerai  de  fer  àTépoque  romaine, 
ce  qui  confirmait  en  partie  une  des  phrases  de  César  sur  l'habileté 
des  Sotiates  à  tirer  parti  des  mines  de...  cuivre.  D'autre  part, 
des  dégagements  de  terrain  effectués  pour  l'établissement  d'une 
ligne  de  tramways  départementaux  mirent  à  jour,  avec  une  ins- 
cription à  une  déesse  tutelle,  d'énormes  blocs  de  pierre  à  queue 
d'aronde  sur  l'ancienne  affectation  desquels  on  n'est  pas  encore 
d'accord.  Peut-être  datent-ils  de  la  période  celtique.  M.  Momméja 
et  M.  Jullian  l'affirment;  d'autres  réservent  leur  opinion  jusqu'à 
plus  ample  informé.  Des  fouilles  furent  alors  décidées.  Subven- 
tionnées par  le  Ministère  de  l'Instruction  publique  et  dirigées 
par  la  Société  académique  d'Agen,  elles  amenèrent  la  découverte 
de  fibules,  de  fragments  de  poteries,  de  briques  à  rebord,  de  cubes 
de  mosaïques,  de  restes  d"hypocauste  et  de  piscine  gallo-romains, 
de  traces  d'une  cella  du  haut  moyen  âge,  des  fondations  de  l'an- 
cienne église  de  Sos  duxie  siècle,  etc..  Evidemment,  la  question  de 
l'attribution  à  Sos  de  l'ancien  oppidum  des  Sotiates  a  fait  un  pas, 
qu'on  me  tolère  cette  expression,  mais  elle  est  loin  d'être  tranchée 
d'une  façon  définitive.  Les  fouilles  continuent  ;  je  doute  qu'elles 
donnent  la  solution  du  problénie. 

Pour  terminer,  je  signalerai  l'hommage  rendu  par  la  ville 
de  Nérac  au  plus  illustre  de  ses  enfants,  Jacques  de  Romas,  le  cé- 
lèbre physicien.  Grâce  à  la  générosité  de  M.  Armand  Fallières  et 
nu  zèle  inlassable  de  MM.  Bergognié  et  Courteault,  professeurs  à 
l'Université  de  Bordeaux,  la  statue  de  l'émule  de  Franklin  ornera 
désormais  l'une  des  plus  belles  allées  de  la  vieille  cité  de  Henri  IV. 
Elle  a  été  solennellement  inaugurée  en  1911  par  le  président  de  la 
République,  eu  présence  des  délégués  de  l'Institut,  d'Arsonval  et 
Gauthier,  de  M.  Marcel  Prévost  et  des  représentants  de  l'Académie 
de  Bordeaux. 

La  ville  d'Agen,  elle  aussi,  a  donné  à  trois  de  ses  rues  le  noni  de 


CHRONIQUE.  139 

personnalités  agenaises  qui  l'honorent  grandement  :  Laulanié,  le 
savant  directeur  de  l'École  vétérinaire  de  Toulouse,  dont  le  portrait 
fait  par  un  artiste  toulousain,  M.  Loubat,  figure  dans  la  galerie 
des  Illustres  de  l'hôtel  de  ville;  Ducos  du  Hauron,  un  des  inven- 
teurs de  la  photographie  en  couleurs,  dont  l'un  des  premiers  essais, 
extrêmement  remarquable,  vient  d'être  donné  au  Mut^ée  d'Agen  par 
M.  Tholin,  archiviste  honoraire  de  Lot-et-Garonne;  et  Bory  Saint- 
Vincent,  le  naturaliste,  qui,  au  dire  d'une  méchante  épitaphe,  fut, 
dans  la  première  moitié  duxix^  siècle,  «  savant  sans  orthographe, 
et  colonel  sans  régiment».  R.  Bonnat. 


Chronique  de  Vaucluse. 

Depuis  l'époque  où  a  paru  la  dernière  chronique  de  Vaucluse, 
les  archéologues  n'ont  pas  cessé  de  fouiller  le  sol  antique  du  dépar- 
tement. Ils  ont  signalé  par  de  nombreux  mémoires  les  découvertes 
qu'ils  y  ont  faites.  Dans  le  tome  II  du  Congrès  archéologique  de 
France  tenu  à  Avignon  en  1909  (ce  volume  a  paru  en  1911), 
MM.  Sauve  et  R.  Vallentin  du  Cheylard  avaient  étudié  un  certain 
nombre  d'objets  gallo-romains  exhumés  les  années  précédentes  à 
Apt,  Vaison  et  Orange. 

Mais  c'est  à  M.  l'abbé  Joseph  Sautel  qu'il  a  été  donné  de  faire 
les  recherches  les  plus  intéressantes.  Depuis  longtemps  déjà,  il 
s'occupait  des  antiquités  de  Vaison,  et  dans  le  volume  du  Congrès 
archéologique  que  nous  venons  de  citer,  il  avait  déterminé  l'em- 
placement des  thermes  de  l'ancienne  ville  voconce  et  décrit  les 
restes  qui  en  ont  été  retrouvés  à  différentes  reprises.  Son  ambition 
était  déjà  de  reprendre  les  fouilles  dans  le  théâtre  romain,  où  l'on 
avait  en  la  chance  de  mettre  au  jour  le  fameux  Diadumenos,  une 
des  plus  belles  répliques  de  l'original  de  Polyclète.  Il  obtint  une 
subvention  du  Ministère  de  l'Instruction  publique  et  se  mit  à 
l'œuvre  en  1911.  Il  se  proposa  de  déterminer  le  plan  de  la  scène  et 
des  parties  voisines.  Il  dégagea  d'abord  le  mur  du  pulpitum  qui 
séparait  de  Vorchestraln  partie  réservée  aux  acteurs,  le  fossé  et  les 
diverses  trappes  servant  à  la  manœuvre  du  rideau  et  des  machines 
théâtrales;  il  pénétra  enfin  dans  les  hyposcaenia  proprement  dits. 
Des  débris  de  marbre  qu'il  y  recueillit  l'engagèrent  l'année  sui- 
vante à  reprendre  ses  investigations  du  même  côté.  Après  5  mètres 
de  tranchée,  il  eut  la  joie  de  tomber  sur  un  amas  de  statues  en 


140  ANNALES   DU  MIDI. 

marbre,  dont  les  fragments  étaient  épars  au  milieu  d'une  couche 
de  terre  et  de  cendres.  Il  a  pu  y  leconnaîlre  un  magnifique  torse 
d'empereur,  vêtu  d'une  cuirasse  richement  ornée  défigures  ciselées 
et  de  motifs  décoratifs;  puis,  une  grande  statue  de  femme,  vêtue 
à  la  romaine,  dans  l'attitude  classique  de  la  pudicité  (1er  siècle 
avant  J.-C);  enfin,  un  personnagemuuicipal,  ime  jambe  de  guerrier 
et  d'autres   fragments   moins  importants i.  La  campagne  de  1913 
produisit  non  moins  de  résultats.  A  l'intérieur  des   hyposcaenia, 
M.  l'abbé  Saulel  découvrit  im  autre  personnage  municipal;  ensuite, 
débris  par  débris,  il  exhuma  une  grande  statue  de   l'empereur 
Hadrien  dépouillée  de  tout  vêtement,  sauf  un  manteau  agrafé  sur 
l'épaule  gauche  et  rejeté  en  arriére.  Il  reconstitua  même  une  tête 
de  femme  qui  s'adaptait  parfaitement  à  la  statue  découverte  l'année 
précédente  :  il  ne  serait  pas  éloigné  d'y  reconnaître  l'impératrice 
Sabine,  femme  d'Hadrien.  Il  a  déjà  composé  plusieurs  mémoires 
sur  les  résultats  de  ses  campagnes.    Il  les   a   insérés   dans    la 
Revue  des  Éludes  anciennes  de  1911  et  dans  le  Bulletin  archéo- 
logique de  1912.  D'autres,  communiqués  à  l'Académie   de  Vau- 
cluse,  sont  encore  inédits  à  l'heure  où  j'écris.  Dans  les  Annales 
d'Avignon  et   du  Comté   Venaissin  (1913,  p.  5  à  16),   il  a  fait 
connaître  aussi  les  antiquités  romaines  qui  composent  à  Vaison  la 
collection  Clément. 

Il  était  évident  que  lorsqu'on  se  donnerait  la  peine  de  faire  des 
fouilles  méthodiques,  l'emplacement  de  l'ancienne  ville  de  Vaison, 
abandonné  depuis  de  longs  siècles,  décèlerait  une  partie  des  secrets 
que  la  terre  a  recouverts.  Il  en  est  de  même  dans  presque  tous  les 
endroits  anciennement  habités  et  aujourd'hui  déserts.  C'est  ainsi 
que  l'on  n'a  eu  qu'à  donner  quelques  coups  de  pioche  sur  la  mon- 
tagne Saint-Eutrope  d'Orange  pour  mettre  au  jour  des  ruines 
romaines-.  Au  sommet  de  la  colline  de  Saint-.Iacques,  qui  domine 
Cavaillon,  on  a  aussi  dégagé  une  sépulture  gauloise,  dans  laquelle 
se  trouvaient  des  débris  de  vases  polychromes.  M.  Félix  Mazauric 
les  a  reconstitués  avec  patience  et  les  a  étudiés  dans  un  article  du 


1.  Le  Journal  des  Débats,  sous  la  signature  d'André  Mévil,  avait  signalé 
ces  découvertes  dans  son  numéro  du  14  février  1913.  L'article  est  reproduit 
dans  la  Revue  du  Midi,  1913,  p.  179  et  suiv. 

2.  L.  Duhamel,  Une  découverte  archéologique  à  Orange,  dans  la  Revue 
du  Midi,  1911,  p.  723-724.  —  A  propos  d'Orange,  je  signalerai  dans  la 
même  revue,  1911,  p.  401-40G.  l'article  de  M.  Yrondellesur  le  déblaiement 
du  théâtre  romain. 


CHRONIQUE.  141 

Bulletin  archéologique  de  19111.  Il  y  a  volontiers  reconnu  les 
produits  d'un  art  local.  M.  Joseph  Déchelette,  au  contraire,  les  a 
rapproches  des  poteries  de  l'Italie  méridionale;  pour  lui,  ils  ont 
été  importés  en  Gaule  2. 

A  Avignon  même,  dans  le  quartier  de  la  rue  Peyrolerie  et  dans 
l'immeuble  Aubanel,  quelques  fouilles  ont  été  pratiquées  pour 
essaj'er  de  découvrir  si  on  ne  pourrait  rattacher  à  un  ensemble  de 
constructions  les  arcades  et  murs  en  grand  et  petit  appareil  que 
l'on  y  connaissait.  Le  résultat  en  a  été  consigné  dans  les  Mémoires 
de  l'Académie  de  Vaucluse^.  M.  Eugène  Duprat,  qui  est  certai- 
nement celui  qui  a  le  mieux  étudié  Avignon  antique,  en  a  profité 
pour  rappeler  toutes  les  anciennes  découvertes  faites  dans  cette 
région  de  la  ville  et  proposer  à  son  tour  une  hypothèse  sur  la  des- 
tination des  monuments  qui  se  trouvaient  là*. 

Les  collectionneurs  d'objets  antiques,  dont  ils  notent  la  prove- 
nance certaine,  ne  peuvent  que  rendre  des  services  à  l'archéologie 
lorsqu'ils  sont  aussi  zélés  que  M.  Marc  Deydier,  de  Gucuron.  Un 
monument  en  pieri'e  qu'il  a  recueilli  par  fragments  à  Cabrières- 
d'Aigues  et  qu'il  a  présenté  au  Comité  des  travaux  historiques  et 
scientifiques,  a  donné  l'occasion  à  M.  Héron  de  Villefosse  de  publier 
deux  dissertations  sur  le  halage  à  l'époque  romaine  et  les  utricu- 
laires  de  la  Gaule».  Dans  cette  dernière,  il  a  réhabilité  une  tessère 
des  utriculaires  de  Gavaillon,  à  laquelle  Esprit  Calvet  avait  jadis 
consacré  un  copieux  mémoire  latin,  et  que  l'on  avait  ensuite  crue 
fausse.  Le  même  M.  Deydier  avait  édité,  l'année  précédente,  une 
notice  sur  une  lable  d'autel,  probablement  de  l'époque  carolin- 
gienne, qui  avait  appartenu  à  l'église  de  Vaugines  et  qu'il  avait 
recueillie  dans  sa  collection*.  M.  le  marquis  de  Monclar,  au  châ- 

.    l.P.  3  à  13. 

2.  Joseph  Déchelette,  Les  vases  peints  de  Cavaillon,  dans  le  Bulletin 
archéologique,  1912,  p.  185-188. 

3.  D' Colombe  et  D""  Pansier,  Les  fouilles  de  l'immeuble  Aubanel,  dans 
les  Mémoires  de  l'Académie  de  Vaucluse  de  1912,  p.  119  à  130. 

4.  Eugène  Duprat,  Notes  d'archéologie  avignonaise.  III.  Les  ruines 
antiques  de  la  rue  Peyrolerie,  dans  les  mêmes  Mémoires,  1912,  p.  131 
à  163. 

5.  Marc  Deydier,  Un  monument  romain  à  Cabrières-d' Aiguës,  dans  le 
Bulletin  archéologique,  1912,  p.  87-93.  —  Héron  de  Villefosse,  Rapport 
sur  une  coinmunication  de  M.  Marc  Deydier,  dans  le  même  volume, 
p.  94-116. 

6.  Marc  Deydier,  Table  d'autel  chrétien  à  Vaugines,  dans  le  Bulletin 
archéologique,  1911,  p.  225-228. 


142  ANNALES   DU   MIDI. 

teau  d'Allemagne  (Basses-Alpes),  a  lui  aussi  sauvé  une  pierre  avec 
entrelacs  carolingiens,  provenant  deCarpentras.  Elle  présente  cette 
particularité  très  rare  d'être  bordée  d'une  inscription  en  relief, 
malheureusement  incomplète,  qui  indique  que  ce  monument  a 
été  commandé  par  un  évêque'. 

Pour  ces  époques  lointaines,  on  me  permettra  de  signaler  encore 
les  notes  publiées  par  M.  Eugène  Duprat  sur  l'emplacement  de 
localités  citées  par  les  chartes  ou  les  auteurs  anciens  et  sur  la  pro- 
venance de  certains  noms  de  lieux*. 


Les  travaux  de  restauration  du  Palais  des  Papes  n'ont  pas 
chômé.  Le  très  habile  architecte  des  monuments  historiques, 
M.  Nodet,  qui  en  a  la  direction,  a  consacré  les  derniers  crédits  au 
dégagement  des  appartements  à  l'ouest  de  la  cour  d'honneur.  Il  a 
rétabli  aussi  les  anciennes  baies  de  la  façade  au  sud  de  cette  cour, 
et  il  a  notamment  refait  la  grande  fenêtre  du  premier  étage,  vis- 
à-vis  la  porte  principale  de  la  chapelle  de  Clément  VL  On  pourra 
discuter  sur  le  bien  fondé  de  sa  restauration;  elle  ne  serait  pas 
justifiée,  s'il  faut  voir  là  cette  fenêtre  de  l'Indulgence  sur  laquelle 
on  a  déjà  beaucoup  écrit'. 

M.  Nodet  a  trouvé  en  M.  le  Dr  Colombe  un  collaborateur  des 
plus  érudits  et  des  plus  zélés.  Armé  des  textes  publiés  jusqu'à  ce 
jour,  le  Dr  Colombe  s'efforce  de  résoudre  les  problèmes  les  plus 
ardus  qui  se  posent  au  sujet  des  dispositions  primitives  du  Palais. 
J'ai  déjà  eu  l'occasion  de  signaler  les  deux  premiers  mémoires  qu'il 
a  publiés  sous  le  titre  général  :  Ait  Palais  des  Papes  d'Avignon. 
Recherches  critiques  et  archéologiques.  Il  en  a  écrit  de  nouveaux 


1.  L.-H.  Labande,  Inscription  gravée  autour  d'une  pierre  à  entrelacs 
provenant  de  Carpentras,  dans  les  Comptes  rendus  des  séances  de 
V Académie  des  inscriptiotis  et  belles-lettres,  1911,  p.  588-595. 

2.  Eugène  Duprat,  Cinga  ou  Sidga?  Orga  ou  Sorgia?  Lettre  à 
M.  Camille  JiUlian,  dans  la  Revue  des  Études  ancienîies,  1911,  p.  459- 
464;  —  Note  sur  le  mot  Thor  ou  Tor,  dans  les  Annales  de  Prooence, 
1911,  p.  231:  —  Notes  de  topographie  avignonaise.  II.  Saint-Trophime 
de  Blauvac  et  Saiiit-Victor  de  Bouquet,  dans  la  Revue  du  Midi,  1911, 
p.  .56:3-573;  —  Villanova  près  de  Bédarrides  et  Tillanova  pi-ès  d'Avi- 
gnon, dans  les  Annales  d'Avignon  et  du  Comtat- Venais sin,  1912, 
p.  19-27.  (Cf.  Atinales  du  Midi,  XXV,  p.  401,  539,  540.) 

3.  Voir  encore  à  ce  sujet  l'article  du  D'  Colombe,  intitulé  :  La  bénédic- 
tion pontificale  au  XIV^  siècle,  dans  \'An7iuatre  de  la  Société  des  Amis 
du  Palais  des  Papes  et  des  monuments  d'Avignon,  1913,  p.  23-46, 


CHRONIQUE.  143 

sur  la  tour  des  Latrines  ou  tour  de  la  Glacière,  le  lieu  de  la  déten- 
tion de  Nicolas  Rienzi,  les  travaux  faits  pour  l'aménagement  d'une 
caserne  dans  le  Palais,  le  pont  d'Innocent  VI,  la  prétendue  tour 
effondrée,  le  grand  promenoir  et  la  terrasse  dite  de  la  grande  cha- 
pelle, enfin  la  réfection  du  portail  de  cette  même  chapelle'. 

D'autres  érudits  sont  venus  se  joindre  à  lui.  Je  signalerai, 
en  premier  lieu,  M.  Robert  Michel,  qui,  en  attendant  de  nous  don- 
ner son  recueil  de  textes  inédits  sur  le  Palais,  s'est  attaché  à  en 
étudier  les  fresques  du  xiv»  siècle;  il  en  a  recherché  les  auteurs  et 
déterminé  les  sujets.  Il  a  eu,  en  particulier,  le  mérite  de  prouver 
que  les  peintures  de  la  salle  d'audience  sont  de  Mathieu  de 
Viterbe^.  M.  L.  Duhamel  a  pris  occasion  de  la  restauration  de  la 
salle  où  se  trouvent  les  fresques  des  Barberini,  pour  nous  donner 
un  long  récit  de  la  légation  du  cardinal  François  Barberini  et  de 
ses  réceptions  à  Avignon 3. 

Le  Palais  n'a  d'ailleurs  jamais  connu  autant  de  protecteurs. 
Une  Société  des  Amis  du  Palais  des  Papes  et  des  monuments 
d'Avignon  s'est  fondée  en  1908  pour  grouper  toutes  les  compéten- 
ces et  toutes  les  bonnes  volontés  et  intervenir  à  l'occasion  auprès 
des  pouvoirs  publics  ;  puis,  une  Commission  consultative  du  Palais 
des  Papes  a  été  constituée  en  1912  par  la  municipalité,  pour  étudier 
les  moyens  d'utiliser  les  salle.«  nouvellement  restaurées.  La  pre- 
mière a  publié  déjà  deux  annuaires  avec  notices  historiques  et 
archéologiques.  La  seconde  s'est  préoccupée  d'obtenir  le  moulage 
des  statues  du  pape  Clément  VI,  de  l'abbé  Renaud  de  Monclar, 
du  cardinal  Pierre  de  la  Jugie  et  du  pape  Benoît  XII,  conservées 
dans  l'église  abbatiale  de  la  Chaise-Dieu,  la  cathédrale  de  Nar- 


1.  Mémoires  de  l'Académie  de  Vaucluse,  1911,  p.  37-47,  823-314; 
1912,  p.  165-228,  265-276;  1913,  p.  43-60,  111-136;  Revue  du  Midi,  1913, 
p.  293-296,  369-370.  Dans  les  deux  articles  consacrés  à  la  réfection  du 
portail,  il  faut  corriger  le  nom  des  lapicides  Mathieu  et  Etienne  de  Erua, 
en  Erna.  —  M.  le  D""  Colombe  a  aussi  publié  dans  le  t.  II  du  Congrès 
archéologique  d'Avignon,  p.  333-340,  un  article  sur  les  grandes  cuisines 
du  Palais  des  Papes. 

2.  Robert-André  Micliel,  Matteo  de  Viterbe  et  les  fresques  de  l'au- 
dience au  Palais  pontifical  d'Avignon,  dans  la  Bibliothèque  de  l'École 
des  chartes,  1913,  p.  341-349;  Les  fresqties  de  la  chapelle  Saint-Jean 
au  Palais  des  Papes  d'Avignon,  extrait  des  Archives  de  l'Art  français. 
Mélanges  Lemonnier,  1913. 

3.  Léopold  Duhamel,  La  fresque  des  Barberini  au  Palais  des  Papes, 
dans  la  Revue  du  Midi,  1911,  p.  119-12«;  1913,  p.  94-102.  129-139,  244- 
251,  336-347,  527-536. 


144  ANNALES   DU   MIDI. 

bonne  et  les  cryptes  de  Saint-Pierre  de  Rome.  C'est  le  commence- 
ment d'un  musée  d'art  chrétien,  pour  lequel  on  ne  i^eut  que  faire 
les  meilleurs  vœux. 

Les  publications  relatives  aux  papes  du  xiye  siècle,  et  notam- 
ment celles  des  lettres  communes  de  Jean  XXII  et  de  Benoît  XII, 
ont  continué  avec  plein  succès.  Les  dernières  (lettres  communes  de 
Benoît  Xll),  éditées  par  M.  l'abbé  Vidal,  ont  même  reçu  leur 
couronnement  avec  les  tables  parues  en  1911.  Les'documents  éma- 
nés des  souverains  pontifes  avignonais,  relatifs  aux  départements 
du  Gard  et  aux  anciens  diocèses  de  la  Belgique,  ont  été  également 
réunis  en  volume  par  les  soins  de  M.  l'abbé  Henri  Grange  ^  et  de 
l'Institut  historique  belge  de  Rome 2.  Si  je  les  signale  en  cet  en- 
droit, c'est  que  les  historiens  d'Avignon  et  du  comté  Venaissin  y 
puiseront  de  nombreux  renseignements.  Ils  en  trouveront  beau- 
coup plus  encore  dans  les  comptes  de  dépenses  de  la  Chambre 
apostolique  au  xive  siècle,  publiés  par  le  Dr  K.-H.  Schafer.  Un  pre- 
mier volume,  relatif  au  règne  de  Jean  XXII,  a  paru  en  1911, 
dans  la  collection  de  la  Gôrres-Gesellschaft".  Un  deuxième,  qui 
comprendra  les  pontificats  suivants  jusques  et  y  compris  Inno- 
cent VI,  verra  le  jour  incessamment.  C'est  d'ailleurs  d'après  les 
registres  des  Inlroitus  et  Exitus  au  Vatican  que  la  plupart  des 
historiens  ont  puisé  les  sources  de  leur  documentation  sur  les 
travaux  artistiques  commandés  au  xiv^  siècle.  Ainsi  a  fait 
M.  Robert  Michel  pour  la  construction  des  remparts  d'Avignon* 
et  de  la  Chartreuse  de  Bonpas",  pour  l'édification  du  tombeau 
d'Innocent  VI  à  Villeneuve-lez-Avignon  ^  Certainement,  si  M.  Fran- 


1.  Henri  Grange,  Sommaire  des  lettres  pontificales  concernant  le 
Gard  ematiées  des  Papes  d'Avignon.  XIV^  siècle.  1"  partie.  Nimes, 
Chastanier,  1911,  in-S". 

2.  Analecta  vaticano-belgica,  publiés  par  la  Société  historique  belge 
de  Rome  :  I.  Suppliques  de  Clément  VI,  publiées  par  D.  Ursnier  Berlière, 
1906;  —  II  et  111.  Lettres  de  Jean  XXII,  publiées  par  Arnold  Fayen, 
1908-1912;  —  IV.  Lettres  de  Benoît  XII,  publiées  par  Alphonse  Fierens, 
1910;  —  V.  Suppliques  d' Innocetit  VI,  publiées  par  Ursmer  Berlière,  1911 . 
Tous  ces  volumes  de  format  in-S"  sont  édités  à  Rome,  chez  Bretschneider  ; 
à  Bruxelles,  chez  Dewit;  à  Paris,  chez  Champion. 

3.  D""  K.-H.  Schafer,  Die  Ausgaben  der  apostolischen  Kamm,er  unter 
Joha7in  XXII...  Paderborn,  F.  Schôningh,  1911,  in-8°. 

4.  Congrès  archéologique  de  France,  tenu  à  Avignon  en  1909.  t.  II, 
p.  341-360. 

5.  Mélanges  d'archéologie  et  d'histoire,  1911,  p.  369-392. 

6.  Revue  de  l'art  chrétien,  1911,  p.  205-210. 


CHRONIQUE.  145 

cis  Bond  y  avait  eu  recours,  il  n'aurait  pas  affirmé  avec  autant 
d'assurance  que  le  dais  du  tombeau  de  Jean  XXII,  en  l'église 
Notre-Dame-des-Doms,  est  du  xv»  siècle'. 

Gomme  étude  d'ensemble  sur  les  papes  d'Avignon,  on  ne  peut 
citer  qu'avec  éloges  le  livre  de  M.  l'abbé  G.  Mollat,  paru  en  1912"; 
car  il  a  utilisé  non  seulement  tous  les  travaux  parus  antérieure- 
ment à  lui,  mais  encore  de  nombreux  documents  inédits  recueillis 
pendant  de  longs  séjours  à  Rome.  Il  se  recommande  aussi  par  une 
très  précieuse  bibliographie.  Le  pontificat  de  Clément  V  et  les  re- 
lations de  ce  pape  avec  le  roi  Hliilippe  le  Bel  ont  fourni  à  M.Geor- 
ges Lizerand  un  excellent  sujet  de  thèse  pour  le  doctorat*.  M.  Paul 
Fournier,  dans  le  Journal  des  Savants*,  n'a  pas  manqué  d'en 
apprécier  l'intéi-êt.  M.  l'abbé  M.  Ghaillan,  enfin,  a  donné  un  Bien- 
heureux Urbain  V  à  la  collection  Les  Saints  de  la  librairie  Le- 
coff're  (Gabalda  successeur,  1911). 

La  dernière  chronique  de  Vaucluse  annonçait  les  préparatifs 
que  l'on  faisait  à  Avignon  pour  célébrer  le  centenaire  de  la  mort 
d'Esprit  Galvet  et  de  la  fondation  du  musée  qui  porte  son  nom. 
Celte  commémoration  a  eu  lieu  en  1911,  c'est-à-dire  un  an  après 
la  date  requise.  Chose  curieuse,  c'est  surtout  l'Académie  de  Vau- 
cluse qui,  par  ses  concours''',  ses  publications**  et  sa  séance  solen- 
nelle'', a  le  mieux  honoré  la  mémoire  de  Galvet.  Et  pourtant 
Galvet  ne  lui  avait  été  attaché  que  par  de  faibles  liens*;  il  l'avait 
complètement  oubliée  dans  ses  libéralités  posthumes.  Si  l'on 
excepte  le  conservateur,  M.  Joseph  Girard,  qui  a  payé  largement 


1.  Francis  Bond,  Le  tombeau  de  Jean  XXII,  dans  le  t.  II  du  Congrès 
archéologique  de  France,  tenu  à  Avignon  en  1909,  p.  390-392. 

2.  G.  Mollàt,  Les  Papes  d'Avignon  (1305-1378).  Paris,  J.  Gabalda  et  C''*, 
1912,  in-8°. 

3.  Georges  Lizerand,  Clément  V  et  Philippe  IV  le  Bel.  Paris,  Hachette 
et  G",  1910,  in-8°. 

4.  1911,  p.  356-370. 

5.  V.  Joseph  Didiée,  Rapport  sur  le  concours  historique  et  poétique, 
dans  les  Mémoires  de  V Académie  de  Vaucluse,  1911,  p.  153-159.  —  Le  prix 
du  concours  historique  a  été  accordé  à  l'excellent  mémoire  de  M.  Eugène 
Duprat,  intitulé  :  Calvet  et  les  mofiuments  antiques  d'Avigtion.  Ce 
travail  a  été  publié  dans  les  mêmes  Mémoires,  1911,  p.  211-279. 

6.  Toute  la  seconde  livraison  de  ses  Mémoires  pour  1911  est  consacrée 
à  Galvet. 

7.  Le  U  mai  1911. 

8.  V.  A.  Brun,  Calvet  et  l'Académie  de  Vaucluse,  dans  les  mêmes 
Mémoires,  1911,  p.  137-151). 

ANNALESDU   MiDl.   —    XXVI.  10 


146  ANNALES    DU   MIDI. 

de  sa  personne",  riulministnitioii  du  mnsée  Calvet  a  tenu  un  rôln 
presque  elTacé.  L'occasion  était  cependant  très  belle  de  marquer 
le  premier  centenaire  par  une  publication  honorable.  N"aurail-on 
fait  que  mettre  au  jour  un  des  catalogues  manuscrits  de  cet  él:i- 
blisseraent  qu'on  aurait  rendu  un  véritable  service.  En  fait  île 
catalogue,  si  nous  exceptons  celui  des  inscriptions  antiques  publié 
par  M.  Espérandieu  (aux  frais  de  l'Académie  de  Vaucluse)  et  celui 
des  tableaux  par  M.  Joseph  Girard  (1909),  tout  est  à  créer.  Il  y  a 
bien  une  Notice  des  statues,  bustes,  bas-reliefs  et  autres  ouvrages 
de  sculpture  de  la  Renaissance  et  des  temps  modernes  exposes 
dans  les  Galeries  du  Museum-Calvel,  rédigée  par  M.  Aug.  Deloye 
et  imprimée  en  1881,  mais  elle  est  singulièrement  arriérée  aujour- 
d'hui. Que  ne  fait-on  une  sorte  de  guide  po\ir  les  visiteurs,  de  100 
à  150  pages  environ,  qui  donnerait  la  nomenclature  sommaire 
des  objets  exposés,  salle  par  salle,  et  attirerait  plus  spécialement 
l'attention  sur  ceux  qui  le  méritent  davantage?  Quand  donc 
verra-t-on  paraître  aussi  un  catalogue  détaillé  des  monuments  de 
l'antiquité  et  de  ceux  du  moyen  âge? 

Il  faut  cependant  marquer  que  l'administration  du  musée  Calvet 
fait  imprimer  à  l'heure  actuelle  le  catalogue  des  ouvrages  concer- 
nant la  région,  qui  se  trouvent  dans  la  Bibliothèque  publique.  On 
sait  que  cette  Bibliothèque  est  sous  le  même  régime  que  le  musée. 

Bien  que  l'Académie  dé  Vaucluse,  de  plus  en  plus  prospère, 
continue  très  régulièrement  la  publication  de  ses  Méynoires,  la 
Société  des  Recherches  historiques  de  Vaucluse,  constituée  il  y  a 
quelques  années,  a  pensé  qu'il  était  encore  possible  de  consacrer 
un  nouveau  périodique  à  l'histoire  du  département.  Depuis  le 
15  janvier  191'2,  elle  offre  tous  les  trois  mois  un  fasci.ule  des 
Annales  d'Avignon  et  du  Comtat-Venaissin.  Elle  demande  à  ses 
collaborateurs  de  lui  apporter  surtout  des  articles  qui  soient 
accompagnés  de  nombreuses  pièces  justificatives.  Elle  vise  à 
constituer  un  recueil  rempli  de  documents  plutôt  qu'une  revue 


1.  Il  a  publié  des  articles  sur  le  centenaire  du  luusée  Calvet  d'Avignon 
dans  la  Revue  archéologique,  t.  XVII,  1911,  p.  156-157  (reproduction 
d'un  article  du  Petit  Temps),  Les  Musées  de  France,  1911,  pp.  60-62.  la 
Revue  du  Midi,  1911,  p.  58-60,  312-322.  Il  a  de  même  inséré  un  article 
sur  L'Œuvre  d'Esprit  Calvet  dans  les  Mémoires  de  l'Académie  de  Vau- 
cluse, 1011,  p.  161-2rt9.  —  Je  signalerai  encore,  parmi  les  publications 
relalives  au  cenleuaiie  du  musée  Calvet,  celle  de  M.  André  Hallays  dans 
la  Revue  de  l'art  ancien  et  moderne,  t.  XXIX,  p.  241-258. 


CHRONIQUE.  147 

senibhible  aux  Mémoires  de  V Académie  de  Vaucluse.  Il  est  inutile 
d'énuinérer  ici  les  principaux  articles  qui  y  ont  déjà  paru.  Cepen- 
dant il  est  une  mention  toute  spéciale  à  faire  des  relatiotis  écrites 
par  Guillaume  de  Garet,  Etienne  de  Governe  et  Barthélémy  Nov:i- 
rin  ;  publiées  par  le  docteur  Pansier,  elles  constituent  une  vérita- 
ble chronique  avignonaise  de  1392  à  1519  La  collection  intitulée 
Recherches  historiques  et  documents  sur  Avignon,  le  CotnUU- 
Venaissin  et  la  Principauté  d'Orange,  ne  s'est  augmentée  depuis 
trois  ans  (jue  d'un  volume  :  il  concerne  VŒvvre  des  Repeyities  à 
Avignon  du  Xfll^  au  XVflI^  siècle;  il  a  pour  auteur  l'infatigable 
docteur  Pansier  1. 

Les  institutions  du  comté  Venaissin  ont  eu  le  privilège  d'attirer 
beaucoup  l'attention  des  savants  durant  ces  dernières  années*. 
Il  semblait  cependant  qu'après  l'excellent  ouvrage  de  M.  Joseph 
Girard  sur  les  États  du  Gomtat  et  celui  de  M.  Claude  Faure  sur 
l'administration  et  l'histoire  du  même  pays  depuis  le  xiiie  jus- 
qu'au xve  siècle,  la  matière  fût  à  [)eu  près  épuisée.  M.  Marcel 
David  ne  l'a  pas  pensé,  et  il  a  publié  un  ass^z  gros  volume  sur  le 
même  sujet*.  Son  livre  était-il  nécessaire?  Il  est  peut-être  permis 
d'en  douter.  Sa  bibliographii^l'aille-urs  est  loin  d'être  complète  ; 
il  ne  paraît  pas  avoir  utilisé,  non  plus,  tous  les  registres  d'archives 
dont  il  a  donné  une  nomenclature.  C'est  seulement  sous  le  côté 
bibliographique  que  je  considérerai  ici  le  Manuel  d'histoire  local", 
de  M.  l'abbé  AUibert*,  puisque  cet  auteur  a  eu  la  prétention  <le 
fournir  un  guide  pour  la  rédaction  des  monographies  historiques, 
en  envisageant  surtout  la  Provence  et  le  comté  Venaissin.  A 
cet  égard,  il  offre  de  très  regrettables  l.icuues.  J'ai  beaucoup  plus 
de  plaisir  à    signaler  une   histoire    fort    détaillée  et  très  docu- 

1.  Je  signalerai  encore  d'une  façon'|toute  spéciale  le  volume  si  docu- 
meaté  que  le  docteur  Pansier  a  publié  sur  Les  Rues  d'Avignon  au 
moyen  âge,  d'abord  dans  Xes^Mémoires  de  V Académie  de  Vaucluse, 
puis  en  volume  séparé  (Avignon,  F.  Seguin,  1911.  gr.  in-S"). 

'2.  A  tous  ceux  qu'intéresse  l'histoire  des  anciens  consulats  je  recom- 
manderai tout  spécialement  l'article  de  MM.  V.  Laval  et  H.  Chobaut 
paru  dans  les  Mémoires  de  V Acadétnie  de  Vaucluse,  1913,  p.  1-42,  sous 
e  tiLre   de  :  Z,e  Consulat  seigneurial  de  l'Isle-en-Venaissin. 

3.  Marcel  David,  Be  l'organisation  administrative,  financière  et  judi- 
ciaire du  Comtat-Venaissin  sous  la  domination  des  papes  {1229-1791). 
Aix,  E.  ïournel,  1912,  in-8«. 

4.  Abbé  Allibert,  Manuel  d'histoire  locale.  Guide  pour  la  rédaction 
des  monographies  historiques  avec  une  préface  de  M.  G.  Fagniez, 
Avignon,  Aubanel,  s.  d.,  [1913],  in-S". 


148  ANNALES    DU   MIDI. 

mentée  que  M.  Antoine  Yrondelle  nous  a  donnée  sur  le  collège 
d'Orange  '. 

Si  je  voulais  dresser  une  bibliographie  complète  des  articles  et 
volumes  qui  ont  paru  depuis  trois  ans  sur  l'histoire  et  l'archéolo- 
gie du  département  de  Vaucluse,  j'aurais  encore  beaucoup  à  dire^. 
Mais  tel  n'est  pas  mon  dessein.  Je  me  contenterai  de  signaler  très 
sommairement  à  l'attention  des  érudils  les  pages  de  M.  Jean  Saint- 
Martin,  sur  les  Der7iiers  représenlanls  de  Rotne  à  Avignon  et  le 
Conilat-Venaissin,  rédigées  au  moj'en  de  documents  puisés  aux 
Archives  du  Vatican';  l'état  sommaire  des  Archives  des  districts 
d'Apt,  Avignon,  Carpentras  et  Orange,  ainsi  que  les  textes  sur  les 
œuvres  de  l'instruction  publique  dans  le  district  de  Carpentras 
insérés  par  M.L.Duhamel  dans  les  Annuaires  administra  tifs .. .  de 
Vaucluse  pour  les  années  1911, 1912,  1913.  Il  faut  aussi  faire  une 
place  à  part  au  gros  volume  publié  par  le  D^Victorin  Laval  sur  Le 
général  Joseph  François  Dours  et  le  fédéralisme  dans  les  départe- 
ments de  Vaucluse,  Bouches-du-Rhône  et  Var.  La  Commission,  qui 
s'est  donné  pour  but  d'éditer  les  documents  relatifs  à  la  vie  écono- 
mique de  la  Révolution,  a  décidé  de  confier  à  M.  Duhamel  le  soin  de 
préparer  un  volume  sur  les  cahiers  de  doléances  du  Comtat 
Venaissin  en  1789,  et  à  M.  Joseph  Girard  un  autre  sur  la  vente  des 
biens  nationaux  dans  le  district  d'Avignon, 

En  terminant,  j'ai  la  très  agréable  satisfaction  de  mentionner 
encore  le  bel  ouvrage  que  M.  Belleudy,  grâce  au  concours  de  l'Aca- 
démie de  Vaucluse,  a  consacré  au  peintre  carpentrassien  Joseph- 
Sifltrède  Dnplessis*.  Cet  artiste,  en  effet,  mérite  d'être  beaucoup 
mieux  connu  qu'il  ne  l'était.  Ses  portraits  étaient,  certes,  fort  ap- 
préciés des  connaisseurs,  mais  jusqu'ici  on  n'en  avait  pas  dressé 

1.  Antoine  Yrondelle,  Histoire  du  collège  d'Oratige  depuis  sa  fonda- 
tion jusqu'à  nos  jours  (1573-1909).   Paris,  H.   Champion,  1912,  in-8». 

2.  On  me  permettra  de  ne  pas  oublier  le  Bullaire  des  indulgences 
concédées  avant  1431  à  l'œuvre  du  Pont  d'Avignonpar  les  Souveraitis 
Pontifes,  édile  par  le  marquis  de  Ripert-Monclar,  dans  la  collection 
de  textes  pour  servir  à  l'histoire  de  Provence  publiée  sous  les  auspices  de 
S.  A.  S.  le  prince  Albert  I"  de  Monaco.  Monaco,  impr.  de  Monaco; 
Paris.  A.  Picard  et  fils,  1912,  in-8». 

3.  Jean  Saint-Martin,  Les  derniers  repj'ésentants  de  Rome  à  Avignon 
et  dans  le  Comtat-Venaissiii.  LGiovio,  archevêque  d'Avignon;  Il.Pie- 
racchi,  recteur  du  comté  Venaissin,  dans  la  Revue  du  Midi,  1911, 
p.  639-651.  725-738;  1912,  p.  52-58.  69-84,  133-148,  219-228. 

4.  Jules  Belleudy,  J.-S.  Duplessis,  peintre  du  roi.  1725-1802.  Chartres, 
imp.  Durand,  1913,  in-4°. 


CHRONIQUE.  149 

un  catalogue  complet,  et  l'on  n'avait  pas  discuté  suflisamrnent  les 
attributions  proposées.  L'œuvre  de  M.  Belleudy  sera  donc  fort 
utile  au.x  historiens  de  l'art.  M. Fabbé  Arnaud  d'Agnel  a,  lui  aussi, 
donné  deux  volumes  sur  le  mobilier  eu  Provence  et  dans  le  comté 
Venaissin;  ilsse  recommandent  par  une  documentation  abondante 
et  par  la  beauté  de  l'illustration  '. 

L.-H.  Labande. 


1.  Abbé  G.  Arnaud  d'Agnel,  Arts  et  industries  artistiques  de  la  Pro- 
vence. Le  meuble,  ameublement  provençal  et  comtadin,  du  moyen 
âge  à  la  fin  du  XVIll'  siècle.  Préface  de  M.  Henry  Havard.  Paris, 
L.  Laveur;  Marseille,  A.  Jousène,  1913,  2  vol.  in-4». 


LIVRES  ANNONCÉS  SOMMAIREMENT 


De  Blay  de  Gaïx.  Lellres  de  Mqi'  Jean  de  Fonlanges,  evéqiœ 
de   Lavaur,   1749-1764.    Paris,  H.    Champion,    1912;    in-18  de 
2(37  pages.  —  Depuis  sa  nomination  à  révêclié  de  Lavaur  jusqu'à 
sa  mort,  M^r  de  Fonlanges  entretint  un  commerce  de  lellres  avec 
un  sien  parent,  le  baron  de  Gaïx,  qui  se  trouva  justement  établi  à 
Castres  en  qualité  de  commissaire  des  guerres.  Ce  sont  seulement 
les  lettres  de  l'évêque  de  Lavaur  que  publie  un  des  descendants  de 
son  correspondant.  Faite  avec  un  certain  luxe  de  ]>réfaces,  intro- 
ductions, notices,  cette  publication  élalt-elle  bien  utile?  L'évêque 
de  Lavaur  ne  fut  pas  sans  quelque  importance.  II  assista,  dès  son 
arrivée,  à  la  résistance  des  États  de  Languedoc  lors. de  l'établisse- 
ment du  vingtième;  il  fut  délégué  à  l'assemblée  du  clergé  de  1755, 
laquelle  eut  à  se  prononcer  sur  l'application  de  la  bulle  Unigenitus; 
il  se  rangea  du  côté  des  Jésuites  et  eut  plus  tard  maille  à  partir  avec 
le  Parlement  de  Toulouse  qui  condamna  au  feu  un  de  ses  mande- 
ments; il  s'intéressa  au  développement  économique  de  sa  région. 
Ôr,  de   tout  cela  il  n'est  guère  question  dans  cette   correspon- 
dance; par  une  modestie  louable  sans  doute,  mais  que  l'historien 
regrette,  l'évêque  de  Fonlanges  s'y  efface  le  plus  souvent  et  ne  fait 
que  des  allusions  vagues  et  lointaines  aux  événements  importants. 
Il  parle  bien  plus  volontiei's  des  visites  qu'il  a  reçues  ou  qu'il 
attend,  de  sa  santé,  qui  fut  assez  précaire.  Il  se  révèle  un  homme 
aimable  et  souriant,  de  commerce  agréable,  très  disposé  à  s'em- 
ployer pour  ses  amis;  il  fut  un  prélat  attentif  à  son  diocèse,  on  le 
devine  d'après  son  application  à  résider.  Mais,  pour  son  rôle,  il 
n'en  dit  rien,  préférant  célébrer  les  mérites  du  lait  d'ânesse  ou  du 
bouillon  de  tortue. 

La  notice  biographique,  si  l'on  excepte  quelques  renseignements 
sur  les  diverses  branches  de  la  famille  de  Fonlanges,  ne  contient 
guère  que  des  citations  ou  des  résumés  des  lettres;  la  matière 


LIVRES   ANNONCÉS    SOMMAIREMENT.  151 

valait-elle  In  peine  d'êlre  ainsi  présentée  deux  fois  au  licleni? 
Quant  aux  notes  ajoutées  au  texte,  elles  se  bornent  —  à  très  peu 
près  —  à  de  sommaires  indications  généalogiques  relatives  aux 
personnages  nobles  cités'.  L.  Dutil. 

Canet  (L.).  HisLoire  du  corps  des  prébendes  de  l'église  collé 
giale  Sainl-Vincenl  de  Bagnères-de-Bigorve  {1401-1789).  Essai 
de  monographie  critique.  Toulouse,  Privât;  Tarbes,  imp.  Lesbor- 
des,  1911;  in-8o  de  261  pages.  —  M.  C  apporte  à  l'étude  de  ce 
corps  de  prébendes  une  conscience  et  une  méthode  que  l'on  vou- 
drait retrouver  au  même  degré  dans  toutes  les  études  d'histoire 
locale.  L'abondance  et  la  précision  de  sa  documentation  sont  irré- 
prochables, et  en  retraçant  ainsi  cette  histoire  qui  par  elle-même  ne 
paraissait  pas  des  plus  captivantes,  il  a  su  donner  à  son  sujet  un 
intérêt  incontestable.  Après  avoir  exposé  les  origines  au  xiii"  siè- 
cle de  ce  collège  de  pi-êtres  bagnérais  que  les  lettres  patentes 
de  1401  nous  montrent  définitivement  constitué,  il  nous  donne  les 
détails  de  son  organisation  au  xv«  siècle,  montre  la  désunion  qui 
dès  ce  moment  se  glisse  chez  les  prébendes,  leur  esprit  processif, 
^urs  conflits  presque  constants  avec  l'archiprètre,  conflits  non 
exempts  «  de  violences  odieuses,  indignes  de  prêtres,  mais  bien 
symptomatiques  de  la  grossièreté  des  mœurs  et  de  la  brutalité  des 
rapports  sous  l'ancien  régime  ». 

Au  XVII'  siècle,  divers  documents  nous  font  connaître  la  vie 
quotidienne  des  prébendes,  l'étendue  de  leurs  possessions,  leurs 
revenus,  plutôt  médiocres  au  début,  mais  que  les  legs  et  dona- 
tions augmentent  suffisamment  pour  qu'ils  puissent  venir  en  aide 
à  lu  ville  de  Bagnères  endettée  et  répondre  par  des  «  dons  gratuits  » 
aux  continuelles  demandes  d'argent  de  la  royauté.  Successivement 
on  voit  apparaître  des  affaires  par  lesquelles  sont  éclairés  divers 
points  de  la  vie  locale  :  celle  delà  résidence,  les  visites  de  l'évêque 
prescrivantdiverses  mesures  relatives  au  culte,  à  l'enseignement,  et 
révélant  ilivers  abus  et  usages  locaux  (cris  indécents  des  femmes 


1.  Pourquoi  l'éditeur  persiste-t-il  à  nommer  Chamelin  l'abbé  de  Chauve- 
lin,  le  rapporteur  bien  connu  de  l'affaire  des  Jésuites  au  Parlement  de 
Paris  (p.  35  et  p.  215  note)?  —  Pourquoi  dil-il  que  les  protestants  des 
Cévennes  essaient  d'éc.liapper  aux  prescriptions  de  l'édit  de  Ntmtes 
(p.  21)  et  que  Fontan;,'p.s.  s'étant  prononcé  dans  le  sens  de  l'application 
complète  de  l'édit  de  Nantes,  croyait  avoir  quelque  chose  à  craindre  des 
calvinistes  (p.  37)?  Ne  s'agit  il  pas  plutôt  de  l'édit  de  révocation? 


152  ANNALES   DU   MIDI. 

aux  funérailles,  cimetières  mal  entretenus  ou  servant  de  lieu  de 
réunion,  scandales  dans  les  établissements  de  bains,  etc.) 

Au  xviii«  siècle  comme  au  xviie.  même  alternative  de  luttes  et 
d'apaisement  dans  la  rivalité  avec  l'arcliipiêlre;  mais  le  corps  des 
prébendes  est  bientôt  menacé  par  le  désir  de  la  royauté  de  faire  de 
plus  en  plus  contribuer  les  biens  de  mainmorte  aux  dépenses  de  l'État. 
L'administration  d'un  homme  de  valeur,  le  syndic  de  Caubous, 
rend  au  corps  des  prébendes  de  1752 à  1777  un  éclat  particulier,  mais 
la  Révolution  ne   tarde  pas  à  mettre  fin  à  son  existence. 

Ainsi  cette  histoire,  en  même  temps  qu'elle  nous  montre  dans  le 
détail  la  vie  du  clergé  moyen  en  province,  l'administration  de  ses 
biens  fonciers,  nous  donne  aussi  des  aperçus  curieux  sur  la  vie 
d'une  petite  ville.  (Voir  encore  à  ce  sujet  en  appendice,  parmi  les 
pièces  justificatives,  le  jugement  de  Gaubous  sur  les  habitants  de 
Bagnères,  les  progrès  du  luxe,  les  grisettes  qui  sont  toutes 
«  Mlles  et  même  madames  »  et  les  artisanes  «  demi-demoiselles  «; 
«  on  voit  jusqu'aux  servantes  qui  ont  les  rubans  à  la  tête  ».  Nous 
sommes,  bien  entendu,  en  1784,  et  cela  explique  que  Gaubous  se 
scandalise  de  si  peu!)  Fr.  Galabert. 

Colombe  (Dr).  Au  palais  des  papes  d'Avignon.  Recherches 
critiques  el  archéologiques.  VII.  La  lour  soi-disant  e/fondrée. 
Paris,  Champion,  1913  ;  in-8o  de  19  pages,  avec  plan.  (Extr  des 
Mémoires  de  l'Acad.  de  Vaucluse.)  —  Le  Dr  Colombe  ne  croit  pas 
que  la  Chapelle  pontificale  entrât  dans  les  prévisions  des  archi- 
tectes quand  fut  édifiée  la  Grande-Audience;  il  appuie  celle 
hypothèse  sur  d'intéressants  détails  de  construction.  Au  début  du 
règne  d'Innocent  VI,  la  tour  Saint-Laurent  vint  s'ajouter  à 
l'édifice.  Citée  dans  les  comptes  de  1353,  elle  devait  contenir  la 
sacristie  dite  revestiarium.  A  l'autre  extrémité  de  l'Audience  et  de 
la  Chapelle,  et  du  même  côté  que  la  tour  Saint-Laurent,  une 
autre  tour  était  prévue,  mais  ne  fut  jamais  bâtie.  Turris  aperla 
Peyrolarie  n'est  qu'une  mauvaise  lecture;  il  faut  lire  :  Turris 
a  parle  Peyrolarie,  et  il  s'agit  encore  de  la  tour  Saint-Laurent. 

H.  Graillot. 

DuPLAN  (de  Laborde).  Patois  celte  de  Bigorre.  Tarbes,  impri- 
merie Emile  Croharé,  1897;  in-8o  de  192  pages.  —  Cet  ouvrage 
posthume  a  été  édité  par  le  neveu  de  l'auteur  postérieurement  à  la 
date  qui  figure  sur  le   volume.   Cette  circonstance,   et  d'autres 


LIVRES    ANNONCÉS   SOMMAIREMENT.  158 

encore  indépendantes  de  ma  volonté,  et  dont  je  m'excuse,  ont 
causé  le  retard  considérable  avec  lequel  paraît  ce  compte  rendu 
sommaire.  —  Dans  ce  livre,  dédié  «  à  la  jeunesse  studieuse  de 
France  »,  tout  le  monde  a  beaucoup  à  apprendre,  le  grand  public 
et  les  philologues.  Les  uns  y  verront  qu'un  jour  viendra  où,  la 
guerre  étant  devenue  impossible,  les  frontières  disparaîtront  et  les 
nations,  ayant  une  unité  de  poids,  de  mesure  et  de  monnaie,  vou- 
dront une  unité  de  langue.  «  Elles  n'auront  qu'à  supprimer  les 
lettres  qu'ont  ajoutées  les  langues  qu'on  a  faussement  appelées 
latines  et  à  ajouter  les  lettres  que  les  Anglais  et  les  Allemands  ont 
retranchées  à  notre  patois  celte  de  Bigorre,  et  l'ancien  et  le 
nouveau  continent  jouiront  de  cette  langue  universelle  comme 
l'Europe  entière  en  a  joui  au  temps  jadis.  »  Les  autres  apprendront 
que  «  le  grand  linguiste  Cluwer,  dont  parle  Taillandier,  a  eu 
raison  de  dire  (il  y  a  trois  cents  ans)  que  les  nations  qui  peuplè- 
rent l'Illyrie,  l'Espagnç,  les  Gaules,  l'Allemagne  et  la  Bretagne 
insulaire  étaient  des  Celtes  qui  parlaient  tous  la  même  langue,  et 
que  cette  langue  était  et  est  le  beau  et  richissisme  patois  de  Bigorre 
qui  s'est  conservé  pur,  sans  mélange  d'aucune  autre  langue  ». 
Tel  est  le  fond  de  la  théorie  savamment  développée  par  l'auteur 
en  185  pages.  Elle  convaincra,  nous  osons  Tespérer,  «  les  latino- 
philes  aveugles  qui  répètent  comme  des  perroquets  que  les 
langues  se  sont  formées  par  filiation  et  non  par  dérivation  ou 
apocope  ».  Elle  convaincra  peut-être  aussi  les  «  philologues  à 
courte  vue  qui  n'ont  comparé  (imparfaitement)  que  deux  ou  trois 
langues  »  et  qui  ne  voient  pas  «  que  le  latin  et  les  langues  celti- 
ques se  sont  formés  de  notre  langue  de  Bigorre,  qui  est  le  plus 
ancien  de  nos  patois  :  big.  hè,  béarn.  ha,  lang.  fa,  cat.  fer,  it. 
far  eifare,  port,  fazer,  esp.  hacer,  facer,  d'où  les  Latins  ont  fait 
faeere  et  les  Français  faire  ».  De  la  lecture  de  ce  livre  il  ressort 
de  toute  évidence  que  «  les  huit  langues  écrites  qui  se  cultivent  ou 
se  sont  cultivées,  qui  se  parlent  et  s'écrivent  dans  l'Europe 
entière  »  sont  sorties  du  bigourdan,  et  que  ce  «  modeste  patois  est 
la  source,  l'origine,  la  mère  et  la  matrice  de  toutes  ces  langues  et 
idiomes  :  big.  malriçaAv.  matrice,  it.  inatrice,  esp.  tnalriz,Y>or\. 
malriz,  lat.  matrix,  angl.  malrix,  ail.  matrize  ». 

»  G.    MiLLARDET. 

Fage  (R.).  Véglise  de  Saint-Léonard  et  la  chapelle  du  Sépul- 
cre. Caen,  1913;  gr.  in-8o  de  34  pages.  —  L'église  de  Saint-Léonard 


154  ANNALES   DU    MIDI. 

de  Noblat  est  un  des  joyaux  de  l'architecture  religieuse  du  Li- 
mousin. M.  F.,  qui  s'en  est  déjà  occupé  à  deux  reprises,  lui 
consacre  aujourd'hui  une  étude  descriptive  très  soignée,  où  le  lec_ 
teur  peut  prendre  une  idée  exacte  de  l'ensemble  de  Fédiflce,  de 
son  plan  primitif  et  des  multiples  modifications  qu'il  a  subies 
depuis  le  xii"  siècle.  L'auteur  signale  les  divers  problèmes  que 
cette  église  présente  à  l'archéologue  et  reconnaît  très.loj-alement 
son  impuissance  à  les  résoudre  tous.  En  ce  qui  touche  la  chapelle 
du  Sépulcre,  de  forme  circulaire,  bâtie  hors  oeuvre  sur  le  flanc  nord 
de  la  nef  et  dont  la  destination  a  été  souvent  controversée,  il 
conclut  avec  beaucoup  de  vraisemblance  que  cette  chapelle,  du 
xie  ou  du  xiie  siècle,  «  a  été  bâtie  en  mémoire  et  en  imitation  du 
Saint-Sépulcre  de  .lérusalem  »,  comme  plusieurs  autres  du  même 
genre  que  l'on  signale  en  France.  Cette  étude  est  assortie  de  dix 
planches  qui  en  rehaussent  encore  la  valeur.  A.  L. 

Garrigues  (D.).  Deux  notts  concernant  Vabbaye  Notre-Dame 
d'Eaunes  en  Commlnges.  Saint-Gaudens,  Abadie,  1913;  in-S»  de 
47  pages.  Extr.  de  la  Revue  de  Coniminges ,  1912  et  1918.]  — 
Établit  d'une  façon  indiscutable,  an  moyen  de  documents  très 
rigoureusement  interprétés,  que  l'abbaye  cistercienne  d'Eaunes, 
près  de  Muret,  a  été  fondée  en  1120  et  que,  contrairement  à  l'affir- 
mation de  la  Gnllia,  elle  n'a  pas  été  détruite  par  les  Huguenots  au 
xvie  siècle.  Ses  reliques  n'ont  pas  été  ])illées  par  eux,  mais  volées 
en  1717;  ses  archives  étaient  intactes  en  1790  et  ont  été  détruites, 
non  pas  au  xvi«  siècle,  mais  en  1887!  Fr.  Galabert. 

Gaston  (J.).  La  communauté'  des  notaires  de  Bordeaux  (1520- 
1791).  Bordeaux,  (Jadoret.  1913;  gr.  in-8o  de  437  pages.  —  Ce  gros 
volume  expose  d'une  manière  instructive  l'histoire  de  la  corpora- 
tion des  quarante  notaires  bordelais  depuis  François  1er  jusqu'à 
la  Révolution  :  ses  origines  (l'édit  du  24  juillet  1520),  son  organisa- 
lion,  son  ressort,  ses  «  glorieux  »  privilèges,  ses  statuts,  sa  vie 
intérieure,  ses  finances,  ses  luttes  contre  diverses  corporations  de 
la  ville,  l'état  actuel  de  ses  archives,etc.  Arelever  (p.3)cette  décla- 
ration de  l'auteur:  «  On  lirait  facilement  les  textes  [provenant  des 
niinutiers],  s'ils  n'étaient  pour  la  plupart  mal  écrits.  »  Nous  soup- 
çonnons que  M.  G.  a  reculé  devant  un  dépouillement  méthodique 
et  complet  de  la  «  garde-note  »  conservée  aux  Archives  départe- 
mentales <le  la  Gironde.  Son  livre  n'en  représente  pas  moins  un 


LIVRES  ANNONCÉS   SOMMAIREMENT.  155 

ong  travail  préparatoire  et  est  bien  supérieur,  au  point  de  vue 
historique,  à  la  moyenne  des  thèses  de  doctorat  en  droit. 

Alfred  Leroux. 

De  Jaurgain  (J.).  La  maison  de  Caumont.  Généalogie  de  ses 
diverses  branches  du  XV^  siècle  à  nos  jours  rectifiée  et  suivie 
de  ses  preuves.  Paris,  H.  Champion,  1912;  in-4o  de  153  pages.  — 
Le  dernier  ouvrage  de  l'érudit  M.  de  Jaurgain  présente  un  intérêt 
moins  général  que  ses  devanciers.  C'est  une  généalogie;  mais 
la  maison  qui  en  est  l'objet,  la  maison  de  Caumont-La  Force  est 
trop  célèbre  pour  que  le  travail  de  M.  de  Jaurgain  ne  mérite  pas 
une  mention  dans  une  revue  d'histoire  méridionale. 

Cette  généalogie  est  faite  avec  conscience.  M.  de  Jaurgain  ne  l'a 
établie  qu'après  avoir  visité  un  grand  nombre  de  dépôts  d'ar- 
chives; je  sais  notamment  qu'il  a  exploré  les  archives  départe- 
mentales de  Tarn-et-Garonne,  et  en  particulier  le  riche  fonds  des 
notaires  de  ce  département.  Elle  est  aussi  faite  avec  critique.  Il 
faut  lire  pour  s'en  rendre  compte  les  deux  pages  que  M.  de  Jaur- 
gain a  écrites  pour  écarter  «  la  prétention  émise  par  M.  l'abbé  Alis 
de  faire  des  Layard  d'Angleterre  une  branche  de  la  maison  de 
Caumont-La  Force  »  (pp.  81-82). 

Les  pièces  justificatives  paraissent  très  correctement^publiées  ou 
analysées.  Les  références  sont  soigneusement  données;  l'auteur  les 
a  placées  à  la  fin  des  transcriptions;  il  serait  plus  logique  de  les 
mettre  au  commencement:  il  faut  que  le  lecteur^connaisse  immé- 
diatement la  provenance  des  documents  qu'on  lui  présente. 

R.  Latouche. 

Latouche  (R.).  SaintAntonin.  Pages  d'histoire,  préface  de 
A.  FoxTAiNE.  IMonfauban,  Masson,  1913;  petit  in-8o  de  91  pages. 
(Société  des  Études  locales  dans  l'enseignement  public;  groupe 
de  Tarn-et-Garonne.)  —  Ce  petit  volume  a  été  écrit  surtout  dans 
un  but  de  vulgarisation  ;  mais  il  a,  bien  que  l'auteur  s'en  défende, 
tous  les  caractères  d'une  œuvre  d'érudition  :  bibliographie  critique 
très  complète,  références  précises,  notes  révélant  un  esprit  sans 
cesse  en  garde  contre  les  actes  faux  ou  les  chroniques  erronées  et 
ne  ménageant  pas  les  jugements  sévères  sur  les  historiens  de 
«  parti  pris  »  ou  «  les  architectes  les  plus  illustres  »  qui  «  abiment 
les  monuments  quand  on  a  la  faiblesse  de  les  leur  livrer  ».  Quant 
au  texte  lui-même,  c'est  une  succession  de  tableaux  admirable- 


156  ANNALES   DU   MIDI. 

ment  présentés  où  presque  toujours  la  parole  est  laissée  aux  docu- 
ments, sous  forme  de  traduction  lorsque  c'est  nécessaire,  l'auteur 
se  contentant  de  relier  ces  différents  morceaux,  empruntés  surtout 
aux  archives  communnles,  par  quel(jnes  phrases  destinées  à  en 
faire  ressortir  le  caractère.  On  conçoit  dès  lors  que,gi'àce  à  ce  pro- 
cédé, l'histoire  de  cette  petite  ville  apparaisse  d'une  façon  particu- 
lièrement vivante. 

Nous  voyons  ainsi  défiler  successivement  la  légende  de  saint 
Antonin,  la  donation  par  Pépin,  roi  d'Aquitaine  (83.5),  au  monas- 
tère de  Saint-Antonin  de  l'abbaye  de  Saint-Théodard,  origine  de 
Montauban,le  récit  du  troubadour  Uc  de  Saint-Cii'c  sur  le  vicomte 
Raiuiond  .lourdain,  autre  troubadour,  les  passages  les  plus  carac- 
téristiques de  la  coutume  de  1140,  le  siège  et  la  prise  de  Saint- 
Antonin  par  Simon  de  Montfort  en  1312,  la  charte  de  protection 
de  saint  Louis  (1237),  les  règlements  de  1351  concernant  les  dra- 
piers dont  l'industrie  était  particulièrement  florissante,  les  lettres 
de  rémission  accordées  par  Jean  le  Bon  en  1355  aux  habitants  qui 
avaient  livré  la  ville  aux  Anglais,  et  quelques  autres  textes  mon- 
trant la  misère  de  Saint-Antonin  pendant  la  guerre  de  Cent  ans. 
Puis  c'est  la  République  protestante  au  xvie  siècle,  Gaylus,  ville 
voisine,  restant  la  ville  catholique,  le  journal,  si  tragique  dans  sa 
simplicité,  d'un  habitant  racontant  le  siège  et  la  prisé  de  la  ville 
par  Louis  XIII  en  1633,  la  chronique  d'un  contemporain  de  la 
Révocation,  enfin  le  journal  du  voyage  d'un  émigré  qui  se  rendait 
à  Genève.  «  L'âge  héroïque  de  Saint-Antonin  est  terminé  »;  au 
xviiie  siècle,  Saint-Antonin  devient  station  thermale  où  l'inten- 
dant malade  vient  faire  une  cure.  Le  cahier  des  doléances  de 
1789,  le  récit  de  la  Grande  Peur  et  la  description  récente  par 
Pouvillon  de  cette  ville  qui  garde  encore  sa  physionomie  du 
moyen  âge,  avec  ses  ruelles  étroites  et  ses  vieilles  maisons,  termi- 
nent cet  ouvrage  dont  le  style  limpide  et  la  composition  bien 
ordonnée  rendent  la  lecture  très  attachante,  et  qui  constitue  une 
évocation  frappante  de  la  vie  d'une  petite  cité  dans  les  divers 
aspects  de  son  passé.  Fr.  Galabert. 

PoRTAL  (Gh.).  Cordes.  Notice  historique  et  archéologique.  Cor- 
des, 1913;  in-8o  de  57  pages  (collection  de  V  Albigeois  pittoresque). 
—  11  serait  à  désirer  que  les  ouvrages  de  vulgarisation  fussent 
écrits  par  des  spécialistes  et  que  les  érudits  qui  composent  des  mo- 
nographies eussent  le  courage  de  résumer  les  résultats  de  leurs 


LIVRES   ANNONCÉS   SOMMAIREMENT.  157 

recherches  dans  des  plaquettes  précises,  mais  succinctes,  à  l'usage 
du  public.  La  plupart  des  erreurs  qui  fleurissent  dans  les  «  Gui- 
des »,  et  qui  résultent  de  la  connaissance  insuffisante  que  les  au- 
teurs de  ces  livres  ont  de  leur  sujet,  seraient  évitées. 

M.  Portai,  archiviste  du  Tarn,  a  eu  ce  courage.  Après  avoir 
rédigé  un  Inventaire  sommaire  des  Archives  communales  de  Cor- 
des et  publié  une  importante  Histoire  de  la  ville  de  Cordes  (Albi- 
Cordes,  1902),  qui  de  l'avis  des  savants  les  plus  exigeants  est  un 
modèle  du  genre,  il  a  pensé  que  les  nombreux  touristes  qui  visi- 
tent cette  curieuse  ville  seraient  heureux  d'en  lire  une  notice  his- 
torique et  archéologique.  C'est  pour  eux  surtout  qu'il  a  écrit  le  fas- 
cicule de  la  collection  de  l'Albigeois  pittoresque  qui  a  Cordes 
pour  objet,  et  il  l'a  fait  avec  la  précision  et  la  conscience  qui  ca- 
ractérisent ses  travaux. 

L'histoire  de  Cordes  est  condensée  dans  dix  pages;  le  reste  de 
l'ouvrage  est  consacré  à  la  description  des  édifices  publics  et  par- 
ticuliers. Des  illustrations  nombreuses  et  des  schémas  rendent 
cette  description  tout  à  fait  limpide.  Il  est  inutile  d'ajouter  que 
l'érudition  de  M.  Portai  est  de  bon  aloi.  Diverses  légendes  cordai- 
ses  encore  vivaces,  celle  du  Puits  de  cent  Mètres,  celles  qui  ont 
trait  aux  demeures  du  Grand  Fauconnier,  du  Grand  Veneur,  du 
Grand  Écuyer,  sont  réfutées  par  lui  à  l'aide  d'arguments  judicieux 
et,  nous  l'espérons,  définitivement.  R.  Latouche. 

RoMiER  (L.).  Les  origines  politiques  des  guerres  de  religion.  /• 
Heyiri  II  et  l'Italie.  Paris,  Perrin,  1913;  in-S"  de  ix-577  pages.  — 
Bien  que  le  sujet  traité  par  M.  Romier  dépasse  sensiblement  le  cadre 
et  l'horizon  de  cette  Revue,  l'ouvrage  qu'il  vient  de  consacrer  à  la 
politique  de  Henri  II  en  Italie  est  trop  important  pour  que  nous 
ne  nous  faisions  pas  un  devoir  de  l'annoncer.  Jusqu'ici,  on  avait 
surtout  étudié  la  politique  allemande  et  la  conquête  des  frontières 
du  Nord  et  de  l'Esl  ;  la  politique  italienne  n'avait  inspiré  que  quel- 
ques travaux  de  détail.  A  M.  Romier  revient  l'honneur  d'avoir  le 
premier  tenté  une  synthèse.  Il  a  trouvé,  surtout  dans  les  archives 
italiennes  qu'il  a  consciencieusement  explorées,  d'abondants  do- 
cuments qui  lui  ont  permis  d'exposer  d'une  façon  précise  les  vicis- 
situdes de  la  politique  française  et  de  renouveler  certaines  ques- 
tions que  l'on  croyait  bien  connaître,  comme  par  exemple  le 
conflit  entre  Henri  II  et  .Iules  III  (1552-1553).  Il  a  distribué  sa  ma- 
tière en  cinq  livres  :  le  roi  et  la  constitution  des  partis;  les  Far. 


158  AtoALEs  DU  Midi. 

nèse  (le  conflit  avec  Jules  III);  l'entreprise  de  Toscane  (l'affaire 
de  Sienne);  la  Irêve  de  Vaucclles  ;  les  inslilulio7is  et  les  réfor- 
mes françaises  en  Italie  avant  la  trêve  de  Vaucelles  (Piémont 
et  Sienne).  11  n'a  pas  cru  devoir  consacrer  un  chapitre  particulier 
à  l'occupation  de  la  Corse  par  les  Français  :  les  raisons  qu'il  en 
donne  sont  assez  plausibles  (p.  viii,  n.  3);  il  a  cependant  montré 
la  liaison  de  cet  événement  avec  ceux  dont  la  Toscane  fut  le  théâ- 
tre à  la  même  époque. 

Ce  qui  frappe  le  plus  à  la  lecture  de  ce  livre,  c'est  l'effort  pres- 
que toujours  heureux  pour  rendre  concret  l'exposé  de  ces  intrigues 
diplomatiques  particulrèrement  complexes  et  embrouillées.  M.  R. 
nous  montre  les  personnages  vivant  et  agissant,  leurs  passions, 
leurs  intérêts.  11  a  multiplié  les  portraits,  non  seulement  ceux  des 
protagonistes  :  Henri  II,  Montmorency,  les  Guises,  le  cardinal 
Charles  et  le  chef  militaire  François,  le  héros  de  Metz,  en  atten- 
dant qu'il  devienne  celui  de  Calais,  les  papes  Paul  III  et  .Jules  111, 
mais  encore  les  acteurs  secondaires,  les  cardinaux  protecteurs  en 
cour  de  Rome,  Jean  du  Bellay,  le  cardinal  de  Tournon,  les  Far- 
nèse  et  même  les  comparses,  tout  un  monde  actif  ou  agité,  turbu- 
lent ou  brouillon  de  serviteurs,  de  clients  et  d'aventuriers.  Parmi 
les  personnages  que  leur  origine  ou  leur  qualité  rattachent  plus 
étroitement  à  notre  Midi,  on  trouvera  dans  le  livre  de  M.  R.,  des 
renseignements  précieux  ou  nouveaux,  d'abord  sur  quelques  Ita- 
liens, titulaires  de  bénéfices  méridionaux  comme  Agostino  Trivul- 
zio,  évêque  de  Toulon  (pp.  90-91,  226),  Lorenzo  Strozzi,  évêque  de 
Béziers  (163-164);  puis  sur  des  Méridionaux  authentiques,  gens  de 
guerre  comme  Paul  Labarthe,  seigneur  de  Termes,  et  Louis  de  Saint- 
Gelais,  seigneur  de  Lanssac,  ou  gens  d'église  comme  cet  extraordi- 
naire Jean  de  Monluc,  digne  frère  de  Biaise,  ou  ce  benêt  de  Domi- 
nique du  Gabre,  évêque  de  L,odève.  On  y  verra  passer  les  figures 
plus  effacées  d'Odet  de  Selve,  évêque  de  Lavaur,  de  Claude  de  la 
Guiche,  évêque  de  Mirepoix;  de  Lancelot  de  Carie,  évêque  <le 
Riez.  Pour  caractériser  l'action,  le  rôle,  les  relations  de  chacun 
d'eux,  L.  R.  a  su  trouver  des  termes  excellents  et  tirer  des  docu- 
ments d'archives  des  détails  précis,  concrets,  parfois  amusants,  qui 
font  de  son  livre  une  galerie  de  portraits  en  même  temps  qu'une 
remarquable  contribution  à  l'histoire  des  guerres  d'Italie  et  aussi 
de  l'italianisme  en  France. 

V.-L.  BOURRILLY. 


LIVRES   ANNONCÉS   SOMMAIREMENT.  l59 

RoYER  (abbé  L.).  Noire-Dame  de  Valence.  Baa  el  le  chemin  de 
Saint- Jacques.  Thouars  el  Bardanac  en  1289.  Bordeaux,  Pech, 
1913;  gr.  in-8"  de  8  pages.  —  L'auteur  croit  pouvoir  placer  au  châ- 
teau de  Thouars,  Iprès  le  fief  des  iMonges  ou  de  Notre-Dame  (pa- 
roisse de  Talence),  une  bastide  du  xiiie  siècle,  désignée  dans  les 
Rôles  gascons  sous  le  nom  de  Baa  et  que  l'on  a  quelquefois  située 
dans  la  paroisse  de  Gradigtian.  A.  L. 

WiEDERHOLD  (W.).  Papstuï^kicnden  in  Frankreich.  III  •  Dau- 
phiné,  Savoyen,  Lyonnais  und  Vivarais.  Gr.  in-S^  de  37  pages 
(Extr.  des  Nachrichlen  der  K.  Gesellschafl  der  Wisse7ischaflen 
zn  Gœttingen,  1907).  —  IV  :  Provence  tnit  Venaissin,  Uzegois, 
Alais,  Nemosez  und  ISizza.  Gr.  iii-8°  de  172  pages.  (Extrait  des 
Nachrichlen...,  1907.)*  —  Le  fascicule  III  de  cette  importante 
publication  concerne  une  région  de  la  France  où  les  recherches 
d'histoire  locale  ont  été  très  activement  poussées  depuis  un  demi- 
siècle.  Aussi  M.  W.  n'a-t-il  pu  tirer  des  archives  et  bibliothèques 
qu'il  a  visitées,  au  nombre  de  vingt  et  une,  plus  de  seize  bulles 
inédites,  comprises  entre  les  années  1130  et  1192.  Il  les  reproduit 
en  tout  ou  en  partie,  en  les  accompagnant  des  indications  biblio- 
graphiques et  critiques  que  réclame  chacune  d'elles.  A  signaler 
la  bulle  d'Adrien  IV  (26  déc  1154)  accordant  à  l'archevêché  de  Lyon 
la  primatie  sur.  ceux  de  Tours,  Rouen  et  Sens,  conformément  à  la 
tradition  établie  par  Grégoire  VII  et  ses  successeurs  immédiats. 

Le  fascicule  IV,  bien  qu'il  ne  s'applique  qu'à  16  dépôts  (archi- 
ves ou  bibliothèques),  apporte  au  contraire  une  riche  moisson  de 
quatre-vingt-quatorze  bulles  inédites,  publiées  suivant  la  même 
méthode  que  précédemment.  Elles  sont  comprises  entre  les  années 
1059-et  1197.  A  relever  une  bulle  d'Adrien  IV  (ler  janv.  1157-58  ou  59) 
confirmant  la  paix  de  Dieu  conclue  entre  l'archevêque  de  Nar- 
bonne,  les  comtes  de  Toulouse  et  de  Rodez  el  le  vicomte  de  Bé- 
ziers,  —  et  une  bulle  de  Géiestin  1IL(5  mai  1194)  léglant  le  genre 
de  vie  des  chanoines  de  la  cathédrale  d'Aix. 

Dans  l'un  et  l'autre  de  ces  deux  fascicules,  les  bulles  de  privi- 
lège et  de  sauvegarde  dominent  sensiblement.  A.  L. 

1.  Ces  fa.scicules  III  et  IV  nous  sont  parvenus  longtemps  après  le  fas- 
cicule VI  (Auvergne,  Poitou,  Périgord,  Angoumois,  Saintonge,  Marche  et 
Limousin),  dont  il  a  été  rendu  compte  sommairement  dans  les  Atiuales 
du  Midi,  1913,  p.  1-35.  Prière  de  s'y  reporter.  —  Cf.  aussi,  plus  haut, 
p.  97,  un  compte-rendu  critique  du  fasc.  VII. 


PUBLICATIONS  NOUVKLLES 


Anglaoe  (J.).  La  bataille  de  Muret  (12  septembre  1213),  d'après 
la  chanson  de  la  Croisade.  Toulouse,  Privât;  Paris,  Cham- 
pion, 1013;  petit  in-8o  de  99  p.  avec  grav. 

Archives  départementales  de  la  Creuse.  Répertoire  numérique, 
série  L  (période  révolutionnaire),  par  F.  Autorde.  Guéret,  Imp. 
centrale,  1913;  in-4o  à  deux  col.,  col.  1  à  90. 

Arnaud  d'Agnel  (abbé  G.).  Le  meuble.  Ameublement  provençal 
et  comtadin  du  moyen  âge  à  la  fin  du  xvme  siècle.  Marseille, 
Jouvène;  Paris,  Laveur,  1913;  2  vol.  gr.  in-4o  de  viii-319  et  372  p. 
avec  planches. 

Catalogue  général  des  livres  imprimés  de  la  Bibliothèque  natio- 
nale. Auteurs.  T.  LI  et  LIl  :  Ferramosca-Fomopoulos.  Paris, 
Imp.  nat.,  1913;  2  vol.  in-8o  de  1240  et  1279  col. 

Chareïon  (V.).  lia  Réforme  et  les  guerres  civiles  en  Vivarais, 
particulièrement  dans  la  région  de  Privas  (Valentinois)  (1544-1632). 
Paris,  éditions  de  Documents  d'histoire,  P.  Catin,  13,  rue  Lacé- 
pède,  1913;  in-8o  de  xii-430  p.  avec  plans  et  grav. 

Dictionnaire  critique  et  documentaire  des  peintres,  sculpteurs, 
dessinateurs  et  graveurs  de  tous  les  temps  et  de  tous  les  pays,  p.  p.  E. 
Bénézit.  t.  II  :  D-K.  Paris,  Roger  et  Chernoviz,  1913  ;  in-8o  de  826  p. 

Fage  (R.).  La  cathédrale  de  Limoges.  Paris,  Lauren-s,  s.  d.;  petit 
in -8»  de  116  p.  avec  grav.  (Pelites  inonographies  des  grands  édi- 
fices de  la  France.) 

FoROT  (V.).  Les  églises  de  la  Corrèze.  Paris,  Schmit,  1913;  petit 
in-8o  de  85  p.  avec  grav. 

Lecler  (abbé  A.).  Le  Limousin  et  la  Marche  au  tribunal  révo- 
lutionnaire de  Paris.  T.  II.  Limoges,  Ducourtieus  et  Goût,  1913  ; 
in-8»  de  422  p. 

MoNTELHET  (A.).  Catalogue  du  médaillier  du  musée  Crozatier  de 
la  ville  du  Puy.  T.  II  :  Empire  romain,  d'Augustus  à  Commodus. 
Paris,  Leroux, -1913  ;  in-8o  de  iv-204  p.  et  planches. 

Rëiset  (Vicomte  de).  Joséphine  de  Savoie,  comtesse  de  Pro- 
vence (1753-1810).  Paris,  Emile-Paul  frères,  1913;  in-8o  de  46G  p. 

Roman  (.J.).  Description  des  sceaux  des  familles  seigneuriales 
du  Dauphiné.  Grenoble,  imp.  Allier,  1913;  in-S^de  xli-475  p.  avec 
grav. 

Roman  (J.).  Manuel  de  sigillographie  française.  Paris,  Picard, 
1912;  in-8o  de  vii-401  p.  avec  grav. 

Le  Gérant,  Éd.  PRIVAT. 


luulouse.  liiip.  DouLaûourE-PRIVaT,  rue  S'-Home,  39    -  903 


.'  i 


UN  FAUX  EVEQUE  D'AVIGNON 

(PIERRE,   1225) 


Tous  les  auteurs  qui  se  sont  occupés  de  l'histoire  ecclé- 
siastique d'Avignon  ont  inséré  dans  les  listes  épiscopales  — 
entre  1224  et  1226  —  comme  successeur  de  Guillaume  de 
Monteux  et  prédécesseur  de  Nicolas  de  Corbie,  un  évêque 
que  la  plupart  nomment  Pierre  de  Corbie,  et  quelques-uns 
Pierre  III  ou  IV.  Les  premiers  ont  suivi  le  sentiment  de 
Gaguin,  les  autres  se  sont  ralliés  à  celui  de  Polycarpe  de 
la  Rivière.  Une  étude  attentive  du  prétendu  épiscopat  de  cet 
évêque  va  nous  prouver  que  l'affirmation  de  Gaguin  repose 
sur  une  erreur  et  que  les  dires  de  Polycarpe  sont  étayés  d'un 
faux.  De  telle  sorte  que,  tout  se  réduisant  au  témoignage  de 
ces  deux  auteurs,  on  peut  affirmer  sans  crainte  que  l'évêque 
Pierre  s'est  introduit  dans  les  listes  épiscopales  avignonaises 
grâce  à  un  lapsus  calami  et  s'y  est  maintenu  à  l'aide  d'un 
document  apocryphe.  C'est  ce  que  nous  allons  essayer  de 
démontrer. 


Et  d'abord  examinons  l'erreur  de  Gaguin.  Après  avoir 
raconté  le  siège  d'Avignon  et  sa  reddition,  qui  eut  lieu  au 
début  de  septembre  1226*,  Gaguin  prétend  que  le  légat  Ro- 

1.  Sur  ce  point,  voyez  Petit-Dataillis  (Ch.),  Étude  sur  la  vie  et  le 
règne  de  Louis  VIII  (1187-1226),  p.  309.  Paris,  1894,  in-8'  (Bibl.  de  l'École 
des  Hautes-Études). 

ANN4LK8  DU  MIDI.   —   XXVI.  11 


162  EUGÈNE   DUPtlAT. 

main,  cardinal  de  Saint-Ange,  mit  sur  le  siège  d'Avignon 
Pierre  de  Corbie  :  Cives  ab  interdicto  Romanus  laœavit, 
ordinato  illic  episcopo  Petro  Corbio  erudito  homine  qui  eœ 
Cluniaci  cœnoMo  eratK 

Pour  bien  montrer  que  le  chroniqueur  s'est  simplement 
mépris  sur  le  nom,  mettant  Pierre  là  où  il  aurait  dû  écrire 
Nicolas,  il  suffit  de  comparer  son  texte  avec  celui  des  Anna- 
listes dont  il  s'est  inspiré. 

Le  modèle  suivi  par  Gaguin  doit  être  le  récit  de  l'auteur 
des  Gesta  Ludovici  VIII  regis^.  La  comparaison  des  deux 
textes  est  probante  : 


GBSTA   LUDOVICI   VIII 

Anno  Domini  1226.  Ludovi- 
cus,  rex  Francie,  et  omnes  criice- 
signati  Bituris  conveniunt.  Et 
inde  procedentes  per  Nivernam 
et  Lugdunum  civitates,  apud 
Avignionem  urbem  forlissimam 
et   quasi   inexpugnabilein ,    ab 


GAGUIN 

Anno  insequenli  qui  erat 
Xplane  gratie  ducentesimus  vi- 
gesimus  8eplimus  supra  mille- 
simum,  Ludovicus  et  qui  cum 
eo  cruce  dominica  insigniti 
erant  ad  Bituriges-conveniunt, 
inde  Nivernum,  Lugdunum  que 


1.  Compefidium  Roherti  Guaguini  super  Francorum  gestis  (édition 
de  1514),  fol.  cviii  v  (édition  de  1521,  fol.  xliiii  r"). 

2.  On  peut  aussi  croire  —  et  non  sans  raison  —  que  c'est  le  récit  de  Vincent 
de  Beauvais,  reproduisant  de  très  près  celui  de  l'auteur  des  Gesta  Ludo- 
vici VIII  {Mon.  Germ.  Hist.,  SS.  xxvi,  p.  631)  qui  a  été  copié  par  Gaguin 
(Cf.  ihid.,  p.  472,  note  donnant  le  texte  du  livre  XXX,  c.  125,  du  Spécu- 
lum historiale.)  Les  extraits  de  Suarès  et  de  Nouguier  que  nous  donnons 
et  dans  lesquels  ces  auteurs  citent  Vincent  de  Beauvais  comme  ayant 
mentionné  Pierre  de  Corbie,  sembleraient  même  indiquer  que  l'erreur 
commise  par  Gaguin  aurait  sa  source  dans  une  édition  défectueuse  de 
Vincent  de  Beauvais.  D'autres  chroniqueurs  ne  donnent  pas  le  nom  de 
l'évêque  Nicolas.  La  Chronique  de  Saijit-Martin  (M.  G.  H.,  6'iS.  xxvi, 
p.  475)  dit  :  villam  intravit,  ecclesias  mundavit  episcopumque  et  cle- 
ricos  ibi  instituens..-  La  Chronique  de  Tours  (M.  G.  H..  iSS.  xxvi, 
p.  475)  ne  fait  pas  mention  de  l'institution  d'un  évèque  par  le  légat,  mais 
seule  elle  donne  un  détail  qui  figure  sur  la  sentence  rendue  contre  Avi- 
gnon par  le  cardinal  légat  :  Episcopo  Avenioneîisi  marcas  argenti  mille 
dantes...  hesGrandes  Chroniques  de  Fraiice  (éd.  P.  Paris,  1836,  col.  948) 
traduisent  l'auteur  des  Gesta  Ludovici  VIII  :  «  Le  cardinal  absoult  la 
ville  et  y  mist  moult  de  bonnes  coustumes  et  aussi  fist  ordonner  et  sacrer 
evesque  un  moine  de  Clugny  nommé  maistre  Nicole  de  Corbie.  » 


UN    FAUX   ÉVÊQUE   d'aVIUXuN. 


163 


ecclesia  romana  per  septem  an- 
nos  excomiijunicationi  subiec- 
tani  proptei-  hereticam  pravita- 
teni,  pervenerunt.  Cum  igitur 
rex  crederet  pacificum  per  Avi- 
gtiionem  transitum  habiturum, 
propter  quasdam  previas  pac- 
tiones,  quas  cum  illis  de  civitate 
habuerat,  illi  portas  suas  clau- 
serunt  et  regem  cum  suis  exte- 
rius  excluserunt.  Rex  miratur, 
et  spiritu  virtutis  assumpto 
villam  obsidet,  obside  triper- 
tito...  Durât  obsidio  usque  ad 
festum  assumptionis  béate  Ma- 
rie, ibidem  tamen  mortalitate 
maxima  publiante.  De  nostris 
circa  duo  milia  telorum  ym- 
bribus  et  lapidum  volatu  et 
infirmitate  propria  moriuntur. 
Moritur  ibidem  Guido  comes 
Sancti  Pauli  percussus  lapide 
petraria,  vir  armis  strenuus, 
catholicus  et  honestus.  Mori- 
tur etiam  ibi  episcopus  Lemo- 

vicensis Tune   Avignonen- 

ses  régis  magnanimi  constan- 
tiam  àttendentes,  qui  cum  suis 
proceribus  iuramento  firmave- 
rat  se  non  recessurum,  donec 
villa  caperetur  vei  redderetur, 
ducentis  dalis  obsidibus  de  me- 
lioribus  sue  civitatis,  jurant 
stare  ecclesie  se  mandato.  Ad 
mandatura  igitur  legati  et  l'ege 
imperante,  fossata  implentur, 
trecentes  (sic)  domus  turrales, 
que  in  villa  erant,  et  omnes 
mûri  circumquaque  solo  di- 
ruti  coequantur.  Villa  absolvi- 


pretereuntes  Aviuionem  ,  Pro- 
vincie  non  contennendam  ur- 
bem,  petunt,  que  septimo  iam 
anno  interdicto  ecclesiastico 
damnata  ab  heresi  non  resipue- 
rat.  Quam  cum  Ludovicus  pacto 
civibus  interposito  spondet  nullo 
incommodo  affecturum  sed  ultra 
profecturum,  portas  régi  occlu- 
dunt.  Qua  accepta  iniuria,  Ludo- 
vicus Avinionem  circumvallat. 
Ea  obsidio  cum  kalendis  decem- 
bribus  ad  médium  Augustum 
continuata  non  procederet,  for- 
tissime  se  tuentibus  hereticis  te- 
lis  etscorpionum,  mille  sexcenti 
ex  nostris  periere.  Inter  quos 
Guido  Sancli  Pauli  comes  stren- 
nuusetbellicarumrerura  peritis- 
simus  et  Lemovicarum  autistes 
interempti  sunt.  His  incommo- 
dis  acceptis,  Ludovicus  iurat  se 
nunquam  nisi  urbe  recepta  inde 
habiturum.  Cognita  régis  indig- 
nations etconstantia,  cives  duos 
ad  eum  de  primoribus  civitatis 
miltunt,  qui  se  civitatemque 
potestati  Ludovici  atque  Ro- 
mani legati  permitterent.  Rébus 
compositis,  Ludovicus  urbem 
ingressus  fossas  civitatis  terra 
expleri  ad  summum  imperat,  de- 
mum  trecentis  preclaris  œdibus 
murisque  ad  soliim  excisis;  ci- 
ves ab  interdicto  Romanus  laxa- 
vit,  oi'dinato  illic  episcopo  Petro 
Gorbio  erudito  hoinine  qui  ex 
Gluniaci  coenobio  erat.  A  vinione 
recepta,  rex  Tholosam  ad  quar- 
tum  usque  lapidem  pervadens 


164 


EUGENE   DUPRAT. 


tur  et  legatus  inducit  in  ea  mul- 
tas  bonas  et  laudabiles  consti- 
tutiones.  Magister  vero  Nicolaus 
de  Corbeia  monachus  Clugnia- 
censis  in  ipsius  loci  episcopum 
consecratur.  Rex  inde  amoto 
exercitu  progreditur  per  Provin- 
ciam  et  redduntur  in  pacitice 
civitates,  fortericie  et  castra 
orania  usque  ad  leucas  quatuor 
a  Tholosa... 


desiderium  cepit  Franciam  re- 
visendi. 


De  la  comparaison  de  ces  textes  il  ressort  que  le  récit  de 
Gaguiii  est  absolument  conforme  au  récit  des  autres  anna- 
listes. Il  en  diffère  seulement  par  le  nom  donné  à  l'évêque, 
que  tous  les  autres  documents  appellent  Nicolas*.  Pour  le 
reste,  tout  est  identique  :  les  deux  personnages  sont  dits 
de  Gorbie;  tous  les  deux  sont  moines  de  Gluny,  imposés  par 
le  légat  et  installés  après  le  siège,  c'est-à-dire  vers  le  mois 
de  septembre  1226.  Le  lapsus  est  si  évident  qu'il  serait  mal- 
séant d'insister  davantage.  Le  Pierre  de  Gorbie  de  Gaguin 
est  tout  simplement  le  même  personnage  que  Nicolas  de 
Gorbie. 


Malheureusement,  la  mauvaise  leçon  fut  adoptée  par  l'au- 
teur du  Catalogus  episcoponmi  et  archiepiscopo7^um  Ave- 
nionensîum  de  1609*,  qui  inséra,  sans  explication,  Pierre 
de  Gorbie  entre  les  évêques  Guillaume  et  Nicolas,  à  la  date 
de  1226.  Le  Gallia  christiana  de  Robert  fit  de  même^. 


1.  Non  seulement  les  annalistes,  mais  encore  les  actes  postérieurs,  ceux 
du  17  juin  1227  (Arch.  de  Vaucluse,  G.  Chapitre  métropolitai7i,  28,  fol.  37); 
du  24  février  1228  (Ibid.,  G.  Archevêché,  15,  fol.  102),  etc. 

2.  Archives  de  Vaucluse,  G.  Archevêché,  127,  fol.  1. 

3.  Robert  (CL),  Gallia  christiana...  Paris,  1H26,  in-fol.,  p.  21,  place 
après  Guillaume  Pierre  de  Gorbie  (1226),  puis  Bernard  (1234),  Bertrand 
(1254),  et  enfin  Nicolas  de  Gorbie. 


UN   FAUX   ÉVÊQUE   d'aVIGNON.  165 

Dans  la  suite,  Suarès*  se  ralliait  à  Gaguin  et  aussi  Nou- 
guier^,  volontiers  imitateur  de  Suarès.  Fantoni^,  Calvet*  et, 
de  nos  jours,  Reynard-Lespinasse  ^  ont  partagé  le  sentiment 
de  Gaguin. 

En  1638,  Polycarpe  de  la  Rivière'^  ne  fut  pas  dupe  de  l'er- 
reur commise,  et  il  prit  plaisir  sur  ce  point  à  critiquer 
Gaguin,  le  gourmandant  d'avoir  confondu  Pierre  avec  Nico- 
las de  Gorbie,  l'évêque  de  1227.  Mais  pour  avoir  commis  une 
erreur,  Gaguin  et  ceux  qui  l'ont  suivi  n'ont  rien  fait  de 
répréhensible.  Errare  humanimi  est.  Polycarpe  de  la  Ri- 
vière, après  s'être  donné  le  mérite  de  détruire  l'erreur,  ne 


1.  Suarès  (Joseph-Marie),  Avenio  christiana,  Bibl.  nat.,  ms.  lat.  8971, 
fol.  69  [daté  de  1648]  :  Petrus  de  Corbeya  monachus  Cliaiiacensis,  post 
urhis  deditione>n  a  legato  pontificis  Avenionensi  ecclesiœ  prœficitur 
[quem\  Petrum  de  Corhario  nuncupat  Guaguinus...  Vincentius  Bur- 
gundus  (sic)  ipsii^n  cum  successore  forte  confundens. 

2.  Nouguier,  Histoire  chronologique  de  l'Église,  Evesqiies  et  Arche- 
vesques  d' Avignon,  Avignon,  1660,  in-é»,  p.  75  (cependant  Nouguier  place 
la  reddition  de  la  ville  en  1225)  ;  Petrus  [III]  de  Corbie,  77ioyfie  de  Cltiny, 
après  la  reddition  de  la  ville,  l'an  1225,  fut  estably  evesque  par  Ro- 
main, légat  du  Saint-Siège.  Vincent  de  Beauvais  le  dit  homme  célèbre 
pour  sa  piété  et  sçavoir.  Remarquons  que  le  texte  de  Vincent  de  Beau- 
vais parle,  non  de  Pierre,  mais  de  Nicolas  de  Corbie.  Pour  montrer  com- 
bien chez  Nouguier  l'inspiration  de  Suarès  est  flagrante,  il  faut  ajouter 
ce  que  Nouguier  dit  à  la  page  79  en  parlant  de  son  successeur  :  Nicolas 
est  surnommé  par  Jean  Chenu  de  Corbie,  le  confondant  avec  son  pré- 
décesseur sans  raison  toutes  fois.  Nouguier  assigne  Nicolas  à  l'année  1227. 

3.  Fantoni-Castrucci  (S.),  Istoria  délia  città  d'Avignon  e  del  Contado 
Venesifio  stati  délia  seda  apostolica  nella  Gallia.  Venise,  1678,  in-8°, 
t.  II,  p.  809  :  Pietro  de  Corbario  o  de  Corberia  detto  ancora  de  Corbeia 
monaco  Cluniacense  fu  eletto  vescovo  nel  1225  e  confermato  da 
Romano,  cardin...,  etc.  »  Nicolas  est  placé  à  l'année  1227. 

4.  Calvet  (E.-C),  Œuvres.  Ms.  de  la  Bibl.  de  Marseille,  t.  V  (n»  1508), 
fo  J84  yo  ;  «  py^  Petrus  III  de  Corberia,  1225.  Cet  évêque,  auparavant 
moine  de  Cluni,  prit  le  titnon  de  cette  Église  en  1225...  Il  y  a  dans 
l'article  de  cet  évêque,  de  même  que  dans  le  précédent,  de  légères 
erreurs  de  chronologie...  ï)  Calvet  place  Nicolas  à  l'année  1227. 

5.  Reynard-Lespinasse,  Armoriai  historique  du  diocèse  et  de  l'État 
d' Avignon.  Paris,  1874,  in-4''  (à  la  date  de  1226).  Reynard-Lespinasse,  par 
extraordinaire,  ne  suit  pas  Polycarpe,  mais  Nouguier  et  Fantoni.  Il  fait 
mourir  Pierre  en  1227. 

6.  Polycarpe  de  la  Rivière,  Antiales  christianissimœ  ecclesiœ  et 
coronce  Fraticorum...  T.  I.  Provincia  Avenionensis  po?itificce  in  Gal- 
lia ditionis.  Bibl.  de  Carpentras,  mss.  515  et  516.  T.  I  (no  515),  p.  770. 
Voir  plus  loin  le  texte  de  Polycarpe. 


166  EUGÈNE   DUPBAT. 

renonça  pas  à  l'idée  <le  meltre  quelque  chose  à  la  place.  Il  en 
prit  prétexte  pour  lancer  un  faux.  De  Pierre  de  Corbie  il  fit 
Pierre  JV  et  l'introduisit  dans  la  liste  des  évêques  d'Avignon 
à  l'aide  d'un  diplôme  qu'il  attribua  à  Frédéric  II,  tandis  qu'il 
en  était  le  véritable  auteur.  Puis  il  agrémenta  le  tout  des 
facéties  dont  il  était  coutumier. 

Tous  ceux  qui  connurent  plus  ou  moins  les  Annales  de 
Polycarpe  adoptèrent  son  avis  et  son  diplôme.  Le  Gallia 
christiana  de  Sainte-Marthe*,  Fornery^,  les  listes  de  Gams^ 
et  de  Mas-Latrie*  sont  d'inspiration  polycarpique^ 


Avant  d'étudier  la  notice  que  Polycarpe  consacre  à  l'évêque 
Pierre,  il  est  absolument  nécessaire  de  rappeler  en  quelques 
mots  les  jugements  portés  sur  la  probité  littéiaire  de  ce  sin- 
gulier personnage.  Dès  le  xyiii^  siècle,  le  P.  Eusèbe  Didier'' 
et,  de  nos  jours.  M?""  Duchesne'  ont  jeté  une  suspicion  légi- 


1.  Sainte-Marthe  (Denis  de),  Gallia  christiana...  Paris,  171.5-1785),  I, 
col.  816.  Par  une  contradiction  curieuse,  après  avoir  placé  Pierre  en  12i^, 
l'anteur  dit,  à  la  notice  de  Nicolas  :  Nimirum  niillits  ah  antiis  septem 
erat,  ut  vero  proprius  videtur,  apud  Aveiiionefn  episcopus. 

2.  Fornery  (J.),  Histoii'e  ecclésiastique  et  civile  du  comté  Venaissin 
et  de  la  ville  d'Avignon  (éditée  par  M.  Duhamel).  Avignon,  1909,  3  vol. 
in-S".  T.  III,  p.  85.  Il  suppose  que  Pierre  était  éloicrné  d'Avignon,  alors 
excommunié,  et  que  Jacques  Bon  était  son  vicaire  général.  ]\Iais  le  vica- 
riiiS  Giacobo  Buonvicini  figurant  dans  l'acte  du  5  fév.  12<*6  (.\rch.  d'Avi- 
gnon, A  A  1,  fol.  114  v),  était  le  viguier  du  podestat  et  non  le  vicaire  géné- 
ral de  l'évêché. 

3.  Gams  (P.-B.),  Séries  episcoporîim  ecclesiae  cathnlicae.  p.  504  (Ratis- 
bonne,  1873,  in-4<>),  le  fait  siéger  pendant  onze  mois  de  l'année  122.5. 

4.  Mas-Latrie,  Trésor  de  chronologie  d'histoire  et  de  géographie... 
Paris,  1889,  in-fol.,  col.  1382.  L'auteur  fait  mourir  Guillaume  vers  1216, 
puis  place  une  vacance,  et  en  1225  (25  nov.)  Pierre  IV. 

5.  Et  aussi  l'article  sur  Avignon  de  la  Grande  Encyclopédie  (IV,  p.  912, 
v»  Avignon). 

6.  P.  Eusèbe  [Didier],  Payiégyrique  de  saint  Agricol,  citoyen,  évéque 
et  patron  de  la  ville  d'Avignon...  Avignon,  1755,  in  4",  passim. 

7.  Duchesne  (Ms-^),  Fastes  épiscopaux  de  l'ancienne  Gaule  (2'  éd.),  t.  I, 
pp.  VI,  266  et  passim. 


UN   FAUX   ÉVÊQUE   d' AVIGNON.  167 

time  sur  son  œuvre.  Mais  il  a  eu  d'acharnés  défenseurs'. 
On  m'excusera  de  rappeler  qu'ayant  été  amené  à  étudier 
dans  le  détail  ses  Annales"^,  j'ai  consacré  de  nombreuses 
notes  et  un  chapitre  entier  à  dévoiler  encore  plus  de  faux 
qu'on  ne  lui  en  accordait,  à  démasquer  ses  procédés,  à  mettre 
en  évidence  ses  facéties,  à  constater  la  faiblesse  de  ses  con- 
naissances historiques,  voilée  sous  les  apparences  d'une 
forte  érudition.  Mais  il  a  fallu  reconnaître  —  à  rencontre 
même  de  ses  défenseurs^  —  que  Polycarpe  alliait  à  une 
audace  extraordinaire  une  intelligence  fort  vive  et  une  habi- 
leté fort  grande.  Ses  qualités  intellectuelles>xpliquent  le 
succès  de  quelques-uns  de  ses  faux,  que  des  érudits  de 
grande  valeur  ont  accueillis^  et  même  défendus. 
L'absence  de  scrupules  et  l'habileté  de  Polycarpe  se  mani- 


1.  Notamment  Cambis-Villeron,  auteur  anonyme  des  Réflexions  criti- 
ques et  historiques  sur  le  panégyrique  de  saint  Agricol.  Avignon,  1755, 
in-J:°.  Sur  la  controverse  qui  eut  lieu  à  ce  sujet  entre  le  P.  Eusébe  et  Cam- 
bis-Villeron, voir  mes  Origines  de  l'Église  d'Avignon  (des  origines 
à  879)  dans  Mémoires  de  V Académie  de  Vaucluse,  1908,  p.  375,  note  3, 
et  tirage  à  part,  Paris,  1909,  in-S",  p.  37. 

2  Duprat  (E.),  Les  Origines  de  l'Église  d'Avignon,  p.  111  et  passim. 
Voir  aussi  l'Insci-iption  de  Casarie  et  Polycarpe  de  la  Rivière  dans  les 
Anyiales  de  la  Société  d'études  provençales  d'Aix,  1908,  pp.  329-344,  et 
tirage  à  part,  Aix,  1908,  in-8''. 

3.  Pour  défendre  Polycarpe,  on  veut  nous  le  représenter  comme  un  naïf 
abusé  par  des  faussaires,  un  pauvre  homme  à  qui  l'on  aurait  fait  accueil- 
lir toutes  les  pièces  apocryphes  contenues  dans  ses  Annales.  C'est  là  un 
jugement  auquel  ne  souscrira  aucun  de  ceux  qui  ont  étudié  l'œuvre  du 
prieur  de  Bonpas.  Le  but  de  Polycarpe  nous  avait  échappé.  Nous  avions 
supposé  qu'il  avait  voulu  mystifier  ses  contemporains,  ou  que,  par  vanité 
d'auteur,  il  tea  lit  à  passer  pour  mieux  informé  qu'aucun  autre.  Après  une 
nouvelle  étude,  je  crois  pouvoir  affirmer  que  Polycarpe  rêvait  tout  sim- 
plement de  détrôner  Baronius,  Il  ne  m'est  pas  possible  d'entrer  ici  dans 
une  démonstration  que  je  réserve  pour  le  jour  où  paraîtra  la  réhabilitation 
de  ce  faussaire,  promise  depuis  quatre  ans,  et  qui  doit  aller  de  pair  avec 
celle  de  son  émule  en  mystification,  le  célèbre  Jérôme  Vignié,  exécuté  par 
.T.  Havet.  {Questiotis  mérovingienyies .  II.  Colloque  de  Lyon,  499,  dans 
Bibl.  de  l'École  des  Chartes,  XLVI,  1885,  pp.  233  et  ss.) 

4.  Ainsi  la  donation  de  Gausselin  en  8-53,  insérée  dans  le  Gallia  chris- 
tiajta  (nova),  I,  p.  803,  et  figurant  dans  la  première  édition  des  Fastes 
épiscopaux  (p.  261),  le  début  de  l'inscription  de  Casarie  recueillie  par  le 
C.  I.  L.  (xii),  Leblant,  Albanès,  etc.  Je  ne  parle  pas  des  écrivains  avigno- 
nais  comme  Fornery,  Reynard-Lespinasse,  etc.,  qui  ont  adopté  en  bloc 
les  dires  de  Polycarpe. 


168  EUGÈNE   DUPRAT. 

festent  avec  éclat  à  propos  de  l'évêque  Pierre.  Après  avoir 
montré  l'erreur  de  Gaguin,  il  n'a  rien  trouvé  à  mettre  aux 
années  1225  et  1226.  Évoques  et  documents  lui  faisant  défaut, 
il  a  tout  bonnement  inventé  les  uns  et  les  autres. 

Pour  démasquer  l'imposture,  il  suffit  de  rapporter  les 
paroles  mêmes  de  Polycarpe  et  d'opposer  à  ses  affirmations 
les  textes  précis  et  indiscutables  qui  les  démentent.  La  cita- 
tion est  un  peu  longue,  mais  comme  il  s'agit  d'une  accusation 
de  faux,  les  pièces  du  procès  doivent  être  aussi  complètes 
que  possible. 


A  la  fin  de  sa  notice  sur  l'évêque  Guillaume  de  Monteux, 
Polycarpe  écrit ^  : 

[P.  770.]  [Guillelmus  Aveniomn.  Episc.  corpore  liberatur.]  Parte  vero  extl'ema 

huius  anni  [1224],  Guillelmum  Avenionensem  episcopum  in  aeter- 
num  Deitatis  templum  emigrasse  salis  evidenter  probat  nientio 
electi  successoris  eius  Pétri,  quae  habetur  in  praecepto  Raimuntli 
Berengarii  comilis  et  marchionis  Provinciae  et  Forcalquerii,  dato 
Aquis  Idus  Januarii  anni  proxinii,  par  quod  statuit  bona  Rai- 
mundi  de  Sancto  Andeolo  canonici  ecclesiae  Beatae  Mariae  Ave- 
nionensis,  qui  sine  scripto  decesserat  testamento,  ad  ipsam  perli- 
nere.  Nec  sane  discordant  vetustiores  tabellae  Avenionensium 
Pontificum,  licet  punctira  diem  et  mensem  non  annotera  oppido, 
ut  nos,  credo,  hic  quoque  ut  alibi  saepe  incertos  rebnquam^ 

LXXVI 

[Honori  III  pap.  PTrTRTTQ   TV  [Ludovici  VIII. 

AN.  1224 

[Petrui  IV  crMtur  Avenion.  antistes,  1224.]  Avenionensl  ecclesiae  erepto 
Willelmo  praesule,  qui  pedum  eius  exciperet,  maxime  omnium 
placuit  Petrus,  eiusdem  jam  Praepositus  et  multis  aliis  virtutibus 

1.  Nous  respectons  scrupuleusement  le  texte  de  Polycarpe;  toutefois, 
nous  avons  mis  entre  crochets,  en  plus  petits  caractères,  ce  qui  était  en 
manchettes  dans  son  manuscrit. 

2.  Cette  phrase  paraît  signifier  que  la  date  de  la  mort  de  Guillaume  est 
incertaine.  A  nos  il  faudrait  peut-être  substituer  hos. 


UN   FAUX   ÉVÊQUE   d'aVIGXON.  169 

1.  arus,  sed  qui  brevis  aevi  vix  triennio  sedem  possedit  [p.  771]. 
(1225)  Memoria  eius  nulla  alla  celebrior  augustiorque,  ea  quam 
habet  insigne  diploma  Frederici  imperatoris  in  gratiam  et  tutelam 
Coenobii  Montis  maioris  dalum  hoc  anno  millesimo  ducentesimo 
vigesimo  quinto,  meni=e  novembri.  Argumentum  illius  nos  illubet 
primum  hic  dare.  Magna  erat  per  ea  tempora  Comitum  Forcalca- 

riensium  potentia,  factio,  clientela...  [Iterum  Fridericus  pro  defensione  Montis 
majoris  adversus  comitem  Forcalquerii.] 

Polycarpe  raconte  alors  les  démêlés  de  l'abbaye  de  Mont- 
majour  avec  Guillaume  de  Sabran,  comte  de  Forcalquier, 
au  sujet  de  la  possession  de  Pertuis,  puis  il  revient  h  l'évè- 
que  en  question. 

«  Is  (Guillaume,  abbé  de  Montmajour]  primo  quldem  comitem  apud  Are- 
latensem  et  Aquenseni  archiepiscopos  accusabat,  qui  sacroruni 
communione  interdicere  minabantur  :  sed  non  propterea  ab  eo 
adempta  scribebat.  Quare  quod  unicum  supererat  refugium,  ad 
Fridericum  imperatorem  labore  ingenti,  et  magno  sumptu  in  Ita- 
liam  contendere  ipsemet  hoc  anno  ad  occasum  vergente  coactus  est, 
qui,  audita  Gomitis  obstinatione  et  niandatorum  suorum  con- 
temptu,  caeterisque  eius  facinoribus  plene  arreptis,  proscribi  con- 
tinue oportere  iudicavit,  archiepiscopis  Arelatensi  et  Aquensi  et 
Cavallicensi,  Avenionensi  et  Gistaricensi  episcopis  donans  in  man- 
datis,  uti  proscriptum  per  Provinciam  quamprimum  pronuncient, 
nec  ab  ipsa  proscriptione  prius  libèrent,  quam  imperio  et  Monlis- 
maioris  abbati  et  monachis  amplissime  fecerit  satis,  Praeceptum 
hic  sistimus  dignnm  certe  quod  attentis  oculis  percurratur^    [^   ex 

armariis  eiusdem  coenobii.] 

Fridericus  Dei  gratia  Romanorum 
Imperator  semper  Augustus  et  Rex  Siciliae,  dilectis 
fidelibus  suis  venerabilibus  archiepiscopis  Arelatensi  et 
Aquensi  et  Gavallicensi  Avenionensi  et  Gistaricensi 
episcopis  gratiam  suam  et  omne  bonum. 

[P.  772.]  Digna  animadversione^  recolentes  quid  debeamus  eccle- 
siis,  ecclesiasticos  omnes  una  cum  eorum  rébus  omnibus  et  bonis 
semper^  nostra  deffensione  esse  volumus  contra  noxia  quaeque  flr- 


1.  Sione  est  en  interligne  sur  des  lettres  barrées. 

2.  Après  semper,  no  est  barré. 


170  EUGÈNE   DUPRAT. 

matos.  Praesentium  igitur  tenore  notum  sit  vobis,  quod fidelis  noster 
Willelmus,  abbas  Montis  maioris,  ad  praesentiam  nostram  veniens 
sua  celsitudini  nostrae  cotiqiiestione  monsti-avitqiialiter  Willelmus 
de  Sabrano  cornes  Folcarcariensis,  ecclesiae  suae  damna  enormia 
iiTogans,  ipsum  etmonachos  suos  multis  possessionibus  spoliavit, 
insuper  et  castrum  ac  villam  Perlusii  invasit  quae  ad  dictum 
raonasterium  pertinet,  ita  ut  nec  ipse,  nec  aliquis  mouachorum  a 
quatuor  et  amplius  annis  ibidem  ad  manendum  et  serviendum 
Dec  audeat  apparere.  Et  licet  per  Aquensem  '  archiepiscopum,  eius 
diocesanum,  excommunicationis  sententia  fuerit  propter  lioc  in 
eu  m  lata  et  Pontificis  romani  authoritate  nostroque  jussu  confir- 
mata  ac  promulgata  ab  Arelatensi  archiepiscopo  et  episcopo 
Cavallicensi,  ipse  nihilominus  in  contemptum  Dei,  ecclesiae  et 
Im péril  nostri  eidem  abbati  et  ecclesiae  in  nulle  satisfaciens  in 
sua  execrabili  pertinacia  permaneat^;  propter ^  hoc,  prefatus  vene- 
rabilis  abbas  in  praesentia  venerabilium  Sifridi  Moguntinensis 
[Johanuis  Vesuntiensis,  Alberti  Tridentini]*,  Hugonis  Leodiensis, 
Henrici  Basiliensis  et  Pétri  Avinionensis  episcoporum  et  aliorum 
quam  plurium  tam  Imperii,  quam  Regni  magnatum  Excellentiae 
nostrae  humillime  supplicavit,  ut  quod  restât  ad  impériale  officium 
exindedignemurprosequi.Nolentes  igitur  ut  per  violentiam  praefati 
comitis  eidem  abl)ati  et  ecclesiae  ipsius  ulterius  praejudicium  fiât, 
litteras  jam  super  his  datas^  ad  eosdem  Arelalensem  et  Caval- 
licensem  episcopos  (sic)  confirmantes  innovamus;  et  insuper 
atteridentes  perversam  dieti  comitis  contumaciam  ad^  petitionem 
praefati  diocesani  episcopi  censuram  ecclesiasticam  postposito 
Dei  timoré  ipse  comes  tamdiu''  contemnens  ab  infestatione  eius- 
dem  coenobii  non  desistit;  cum  absonum  sit  imperio  nostro  tam 
énormes  ecclesiis  irrogari  iniurias  quas*  ex  collata  nobis  pleni- 
tudine  potestatis  defensare  et  fovere   tenemur  omnibus   modis; 


1.  Aquensem  est  en  interligne  sur  le  mot  Arelatensem  barré. 

2.  La  fin  de  permaneat  est  sur  un  grattage. 

3.  Pro  est  sur  un  grattage. 

4.  Les  mots  entre  crochets  sont  en  marge. 

5.  Ceci  est  une  allusion  aux  lettres  données  par  Frédéric  à  l'archevêque 
d'Arles  et  à  l'évèque  de  Cavaillon  le  23  mai  1223  et  le  6  avril  1224.  (Cf. 
Huillard-Bréholles,  1"  partie,  t.  II,  pp.  373  et  430.) 

6.  Manque  un  mot  avant  ad,  sans  doute  quia. 

7.  Tamdiu  a  été  ajouté  après  coup  dans  la  marge,  au  début  de  la  ligne 
commençant  par  contemnens. 

8.  Il  y  avait  primitivement  quae  ;  ae  a  été  changé  en  a  et  *  a  été  ajoutée, 


UN   FAUX    ÉVÊQUE   d' AVIGNON.  171 

praedictum  comitem  sententialiter  proscriptuin  deniinciamus  et 
velut  praescriptum  ab  omnibus  evitari  raandanius.  Praeterea 
venerabilibus  *  archiepiscopis  Arelatensi  et  Aquensi  et  Gavalli- 
censi,  Avenionensi  et  Gistaricensi  episcopis  per  bas  litteras  damus 
in  niandatis  ut  eumdem  comitem  pro  predictis  excessibus  perpe- 
tratis  proscriplum  denuncient  et  ab  ea  proscriptione  ipsum  non 
solvant,  donec  dicto  abbati  et  monachis  digne  satisfecerit,  sed  ab 
omni  majestatis  nostre  gratia  penitus  exclusum  cognoscant. 

Datum  Crémone  decimo  quarto  Novembris  indictione  décima 
tertia. 

Puis  Polycarpe,  abandonnant  l'évêque  Pierre,  raconte  le 
siège  d'Avignon.  Ce  récit  n'a  rien  à  voir  avec  notre  étude. 
Mais  à  propos  de  cet  événement  il  cite  Vincent  de  Beauvais, 
ce  qui  le  ramène  à  l'évêque  Pierre,  et  il  ajoute  : 

[P.  774.]  Hactenus  Vincentius,  ex  quo  nonpauca  Gaguinus  licet 
in  aliquibus  ad  amusim  non  quadret  bac  descriptione  c.  ['  Gaguin. 

lib  7,  Compendii  de  Francor.  gentis,  fol.  58.) 

Anno  vero  insequenti  qui  erat  christianae,  etc. 

de  Gaguin  fol.  58b  jusques 

à  ces  mots  inclus  deputala  in  Franciam  venit. 

[Petrus  Avenionensis  epiïcopus  migrât  ad  Deum.  ]    Haec    GaguinUS    In    anni 

certa  notatione  primum  hallucinans  ac  mox  in  Pétri  episcopi 
élections  qui,  hoc  potius  anno  postquam  triennium  circiter  in 
pontificatu  consumpsisset  praematuro  admodum  fato  sublatus 
est,  et  Nicolao  viam  feret  ad  sedem.  Uti  de  ea  mox  suo  loco  sed 
nec  convenienter  eumdem  Petro  de  Corbio  a  se  cognominatum 
(vel  de  Gorbario  dictum  ab  optimo  et  pererudito  Galliae  chris- 
tianae auctore  Roberto)  monachum  memorat  Cluniacensem,  qui 
ex  Avenionensis  ecclesiae  preposito  (ut  jam  protulimus)  ad  eius 
regimen  pontificale  assumptus  fuerit  quique  moriens  multos  et 
amploR  redditus  ex  pi'opriis,  quas  habebat  amplissimas,  posses- 
sionibus  conscriptis  ea  de  re  testamenti  tabulis  eidem  suae  eccle- 
siae variis  tune  afflictatae  ruinis  et  bostili  dilac^ratae  fiirore  reli- 
quit. 

Et  Polycarpe  retourne  à  l'histoire  d'Avignon  et  termine  par 
le  récit  du  siège  de  1226  et  l'installation  de  Nicolas  de  Corbie. 

1.  Le  mot  Venerabilibus  est  en  interligne  et  le  F  est  en  surcharge. 


172  EUGÈNE   DDPRAT. 


Reprenons  ce  texte  et  examinons  une  à  une  les  affirma- 
tions de  Polycarpe  et  les  documents  qu'il  produit. 

Et  d'abord  l'évêque  Guillaume  n'est  pas  mort  parte 
extrema  de  l'année  1284.  Les  preuves  en  sont  certaines. 
Guillaume  de  Monteux  figure  encore,  le  25  septembre  1222, 
dans  un  hommage  rendu  à  l'archevêque  d'Arles'.  Mais  il 
était  mort  avant  le  2  août  1223,  ainsi  qu'il  résulte  d'une 
concession  emphythéotique  faite  par  les  Hospitaliers  d'Avi- 
gnon ^.  Il  est  dit  dans  cet  acte  que  la  concession  sera  confir- 
mée en  présence  de  l'évêque  lorsque  celui-ci  aura  été  élu. 
Il  ressort  donc  de  ces  deux  documents  que  Guillaume  de 
Monteux  mourut  entre  le  25  septembre  1222  et  le  2  août  1223, 
et  non  à  la  fin  de  l'année  1224,  comme  l'affirme  Polycarpe. 
Et  si  ce  n'était  suffisant,  la  preuve  en  résulterait  encore  de 
la  lettre  d'Honorius  III  du  29  mai  1224  accordant  au  chapitre 
d'Avignon  l'autorisation  d'élire  un  évêque^. 

A  côté  de  cette  erreur,  Polycarpe,  par  extraordinaire, 
étale  une  insuffisance  de  renseignements  fort  rare  chez  lui. 
Habituellement,  ce  facétieux  historien  nous  fournissait  les 
jour,  mois  et  an  précis  de  l'avènement  ou  de  la  mort  des 
évêques  avignonais  —  fussent-ils  du  ii«  et  du  iii«  siècle*.  — 
Or,  ici  Polycarpe  se  déclare  incapable  de  nous  donner  la 
date  exacte  de  la  mort  de  Guillaume.  Rien  pourtant  n'est 
plus  facile. 

1.  Archives  des  Bouches-du-Rhôiie,  G.  Livre  Rouge  de  l'archevêque 
d'Arles,  fol.  336  v°.  —  Albanès,  Gallia  christiana  novissima,  Arles, 
n°  892  (indiqué). 

2.  Archives  des  Bouches-du-Rhône,  H,  Cartulaire  des  Hospitaliers 
d'Avignon,  fol.  111  :  ctim  episcopus  in  civitate  Avinionis  factus  fuerit. 

3.  Pressuti,  Regesta  Honorii  papae  III,  t.  II,  p.  253,  n»  5020  (d'après 
Reg.  Vat.,  lib.  8,  epist.  496,  fol.  204).  Le  texte  se  trouve  presque  en  entier 
dans  Haroy,  Honorii  III  Roma7ii  pontificis  opéra  omnia.  Paris,  4  vol. 
in^o;  IV,  p.  668,  n»  236  (avec  la  date  du  31  mai). 

4.  Ainsi  pour  les  faux  évêques  Antistius  (p.  130),  Elotherius  (p.  258), 
Jidianus  (p.  270),  R...  (p.  388).  (Voir  note  6,  p.  12,  de  VI?iseription  de 
Casarie.) 


UN   FAUX   ÉVÊQUE  D* AVIGNON.  173 

La  depositio  de  Guillaume  est  marquée  au  xiiii  kl.  de 
décembre  (18  novembre)  dans  le  Nécrologe  de  l'abbaye  de 
Saint-André  d'Andaon^.  Or,  si  Guillaume  vivait  encore  le 
25  septembre  1222  et  s'il  était  déjà  décédé  le  2  août  1223, 
sa  mort  ne  peut  se  placer  qu'au  xiiii  des  kal.  de  décembre 
intermédiaires,  c'est-à-dire  au  18  novembre  1222.  Voilà  bien 
établi,  et  sans  l'aide  de  Polycarpe,  un  point  jusqu'ici  non 
fixé  de  la  chronologie  des  évêques  d'Avignon. 

Mais  poursuivons.  D'après  Polycarpe,  le  successeur  de 
Guillaume  est  Pierre,  quatrième  du  nom.  Or,  les  listes  les 
plus  certaines  des  prélats  avignonais  ne  fournissent,  avant 
1223,  qu'un  seul  évêque  du  nom  de  Pierre  2. 

Pierre,  affirme  Polycarpe,  était  prévôt  de  l'église  métro- 
politaine :  cette  affirmation  a  contre  elle  des  textes  certains. 
Sans  doute  il  y  eut,  entre  1214  et  1221 3,  à  Avignon,  un  prévôt 
du  nom  de  Pierre  d'Aramon,  mais  il  mourut  avant  1222  et 
il  eut  pour  successeur  Geoffroy  de  Pargues,  qui  figure  à  côté 
de  son  évêque,  Guillaume  de  Monteux,  dans  un  acte  passé 
à  Saint-Paul-Trois-GhâteauxMe  12  septembre  1222*. 

Mais  voici  le  morceau  de  résistance,  le  diplôme  de  Frédé- 


1.  Bibl.  d'Avignon,  uis.  2466,  fol.  185  r»  (copie  de  Ménard)  :  XIIII  kl. 
Bec.  depositio  doynni  Guillelmi  Avenionensis  episcopi. 

2.  Voyez  les  listes  d'évèques  données  jusqu'au  x'  s.  par  M»''  Duchesne, 
Fastes,  1,  pp.  ^66-270,  et  dans  non  Origines  de  l'Église  d'Avignon 
(p.  129),  et  celles  des  évêques  du  x%  xi"  et  xii=  s.  dues  à  M.  de  Manteyer. 
La  Marche  de  P)'ovence  jusqu'aux  partages  et  Vévêché  d'Avigfion 
jusqu'à  la  Commune,  pp.  11,  13  et  4  (Positions  de  thèses  de  l'École  des 
Chartes,  1897,  Noyon,  1897,  in-8»). 

3.  Arch.  de  Vaucluse,  G.  Chap.  métrop.,  10  (paroisse  de  la  Principale, 
n»'  6,  7  et  9),  et  de  Maulde,  Coutumes  et  règlements  de  la  république 
d'Avignon  au  XIII'  siècle,  p.  240,  n»  vu. 

4.  Sentence  arbitrale  rendue  par  l'archevêque  d'Arles  sur  les  différends 
del'évèque  et  des  habitants  de  Saint-Paul-Trois-Châteaux  :  Assistentibus 
nabis  venerabilibus  fratribus  nostris  W.  Avinion.  et  R.  Vasion.  epis- 
copis...  Testes...  Gaufredus  de  Parco  prepositus  Aviiiion...  »  (Fillet, 
dans  Bulletin  hist.  et  philol.  du  Co^nité  des  Travaux  historiques  et 
scientifiques,  1891,  p.  336;  Albanès,  Gallia...  Arles,  n»  891  (ind.).  Voir 
aussi  acte  du  24  août  1222  (Arch.  de  Vaucluse,  G.  Archevêché,  112, 
fol".  52). 

5.  A  Geoffroy  de  Pargues  succéda  Raymond  de  Sos,  qui  apparaît  en 
janvier  1224.  (Arch.  de  Vaucluse,  G.  Chap.  métr.,  9  (paroisse  Saint-Pierre, 
n»  1.) 


174  EUGÈNE   DUPRAT. 

rie  II.  Bohmer-Ficker  *,  Huillard-Bréholles*  et  Albanès^  en 
ont  admis  l'autlienlicité.  Or,  il  faut  le  déclarer  catégorique- 
ment, ce  diplôme  de  Frédéric  II  est  un  faux,  et  la  preuve 
en  est  facile  à  donner. 

Rappelons  auparavant  les  constatations  que  l'étude  des 
faux  de  Polycarpe  nous  a  amené  à  faire.  Elles  sont  néces- 
saires à  cette  démonstration. 

Pour  reconnaître  les  pièces  apocryphes  de  Polycarpe,  il 
ne  faut  point  se  borner  à  l'examen  interne  des  documents 
suspects.  L'examen  externe  fournit  d'habitude  les  premiers 
éléments  pour  démasquer  la  tromperie.  Or  cet  examen,  por- 
tant sur  toute  une  collection  de  faux,  m'a  conduit  aux  trois 
remarques  suivantes*  : 

l»  Chaque  fois  que  Polycarpe  va  nous  gratifier  d'une  pièce 
fausse,  il  a  soin  de  la  faire  précéder  d'une  phrase  laudative 
destinée  à  célébrer  l'importance  de  la  pièce  elle-même  ou  la 
valeur  du  manuscrit  dont  il  prétend  la  tirer 5. 

2°  Tous  les  manuscrits  ou  recueils  de  textes  d'où  Poly- 
carpe extrait  ses  faux  n'ont  jamais  été  vus  que  par  lui.  Ils 
n'ont  depuis  jamais  été  retrouvés".  Au  contraire,  nous  pos- 
sédons encore  presque  tous  les  originaux  des  actes  authen- 
tiques qui  sont  dans  ses  Annales. 

3°  Tous  les  documents  faux  fabriqués  par  Polycarpe  — 
sans  exception  —  portent  des  grattages,  ratures,  surchar- 


1.  Bôhmer,  Regesta  hnperii.  V.  Bie  Regesten  des  Kaiserreichs  unter 
Philipp,  Otto  IV,  Friedrich  II...  1198-1272  (éd.  Ficker  et  Winkelmann). 
Innsbruck,  1887-19U1  ;  3  vol.  in-4°.  V.  n°  1544. 

2.  HuiUard-Bi'éholles,iîi5ioria  diplomatica Frederici Secundi...  Paris, 
1852-1861;  6  t.  en  12  vol.,  plus  1  vol.  d'introduction.  T.  Il  (1"  partie), 
pp.  464-6. 

3.  Albanès,  Gallia...  Arles,  n»  915  (ind.). 

4.  Voyez  appendice  n"  1  (p.  118)  de  mes  Origines  de  l'Église  d' Avignon, 
où  cette  question  est  traitée  en  détail. 

5.  C'est  tantôt  un  bonus  et  vere  aureus  Codex  {Polycarpe,  p.  57),  ou 
un  Codex  optim.ce  notœ  et  indubitatœ  fidei,  ou  un  antiquus  et  probus 
noster  Codex  (pp.  37  et  357),  etc.  (Voir  Inscription  de  Casarie...,  p.  13). 

6.  Par  exemple  le  Codex  Savaronis,  le  Codex  reruin  Avenionensiuni, 
les  Indices  Sanctandrenni,  le  Codex  Carthusice  Portarum,  le  Codex 
Anianensis,  etc.  (Cf.  Inscription  de  Casarie,  p.  lU,  et  Origines  de  l'Église 
d'Avignon,  p.  112). 


UN    FAUX   ÉVÊQUE   D'AVIGNON.  175 

ges,  renvois  en  marge.  Les  erreurs  ne  sont  pas  des  fautes 
de  copiste,  ce  sont  de  vraies  corrections  d'auteur  modifiant 
la  forme  ou  le  fond  même*.  Au  contraire,  les  chartes 
authentiques  données  par  Polycarpe  sont  vierges  de  toute 
correction  ou  grattage^. 

Gela  dit,  si  nous  examinons  le  diplôme  de  Frédéric  II, 
nous  constatons  :  1°  qu'il  est  introduit  par  une  formule  lau- 
dative;  2»  que  seul  Polycarpe  a  vu  ce  diplôme,  et  8°  que  sa 
copie  porte  de  nombreuses  corrections  et  ratures. 

En  efifet,  Polycarpe  appelle  ce  document  insigne  diplotna, 
et,  au  moment  de  le  servir,  il  s'écrie  :  Prœceptum  hic  sisti- 
mus  dignum  cetHe  quod  attentis  oculis  percurratur.  Du 
coup,  il  faut  se  méfier. 

Et  à  bon  droit,  car  on  constate  que  Polycarpe  est  seul  à 
avoir  vu  ce  diplôme.  Personne  avant  lui  ne  l'a  connu,  n'y  a 
fait  allusion.  Après  lui,  personne  n'a  retrouvé  l'original  ou 
une  copie.  En  marge  du  diplôme,  notre  faussaire  écrit  : 
eœ  armariis  eiusdem  coenoMi  [Montis  MajorisJ.  J'ai  en  vain 
fouillé  le  fonds  de  cette  abbaye  aux  Archives  des  Bouches- 
du-Rhône.  Je  n'ai  rien  trouvé.  L'Inventaire  des  Archives 
de  Montmajour^,  exécuté  en  1604,  c'est-à-dire  plus  de  trente 
ans  avant  l'arrivée  de  Polycarpe  en  Provence,  n'en  fait  pas 
mention.  On  y  voit  cependant  notées  toutes  les  pièces  et 
tous  les  autres  diplômes  impériaux  relatifs  à  l'affaire  de 
Pertuis*.  Au  xviii«  siècle,  Chantelou  ne  le  rencontre  pas. 
N'est-ce  pas  un  singulier  hasard  qui  voudrait  que  Polycarpe, 

1.  Voyez  les  inscriptions  d'Hadrien  (Polycarpe,  I,  p.  34),  des  Casaries 
(pp.  358  et  360),  de  Dynamius  (p.  88-4),  de  Vérédème  (p.  429),  de  Eemigisus 
(p.  410),  les  fragments  de  Saint-Amant  (p.  57),  les  chartes  de  Dagobert 
(p.  389),  de  Charles  Martel  (p.  440),  de  Charlemagne  (p.  487),  de  Gausselin 
(p.  521),  de  Oda  (p.  528),  de  Boson  (p.  574),  de  Caumont  (p.  576),  etc. 
(Cf.  Origines...,  p.  113,  note  1  et  passim,). 

2.  Voyez  les  actes  examinés  dans  mes  Origines...,  note  2  de  la  page  113. 

3.  Arch.  des  Bonches-du-Rhône,  H.  Montmajour,  Inventaire  de  1604. 

4.  Du  fol.  308  au  fol.  382,  cet  inventaire  contient  333  notices  d'actes 
ayant  trait  à  Pertuis.  On  y  trouve  la  mention  de  tous  les  diplômes  impé- 
riaux d'Othon  IV  et  de  F'rédéricII,  qui  figurent  dans  Chanlelou  (Historia 
rnonasterii  Mo?itis  majoris,  Bibl.  Nat.,  lat.  n"  13915)  et  dans  du  Roure 
{Hist.  de  Montmajour,  pp.  293,  301,  303,  304,  311,  312,  315),  sauf  celui 
donné  par  Polycarpe. 


176  EUGÈNE   DUPRAT. 

enfermé  à  la  Chartreuse  de  Bonpas,  ait  eu  seul  connaissance 
d'un  acte  aussi  précieux  pour  Montmajour  ?  On  aurait 
droit  de  s'étonner  si  l'on  ne  savait  que  Polycarpe  est  coutu- 
mier  de  ces  bonnes  fortunes i. 

Enfin,  sa  copie  porte  des  corrections  assez  nombreuses 
et  caractéristiques  qui  démontrent  qu'elle  n'était  pas  trans- 
crite d'un  original  ou  d'une  autre  copie.  Notre  faussaire 
n'avait  pas  de  modèle  sous  les  yeux;  il  composait,  et  son 
improvisation  demandait  parfois  des  retouches.  Nous  avons 
donné  en  note  ces  ratures  et  corrections. 

Nous  retrouvons  donc  dans  l'examen  externe  de  ce  diplôme 
les  procédés  employés  habituellement  par  Polycarpe.  L'exa- 
men du  fond  de  l'acte  va  changer  ces  présomptions  en  cer- 
titude. 


Constatons  d'abord  que  le  diplôme  de  Frédéric  II  est  daté 
de  Crémone,  14  novembre,  treizième  indiction,  ce  qui  cor- 
respond au  14  novembre  1224  (l'indiction  13  se  rapportant 
à  1225,  mais  ayant  changé,  selon  l'usage  de  la  chancellerie 
impériale,  dès  le  24  septembre  1224).  Malheureusement,  il 
était  difficile,  comme  Huillard-Bréholles  l'avait  déjà  fait 
remarquer,  que  l'empereur  fût  ce  jour-là  en  Lombardie, 
puisque  quatre  jours  auparavant  —  le  10  novembre  1224  — 
il  était  à  Trapani^  et  qu'il  était  encore  en  Sicile  au  mois  de 
décembre  3.  Mais  Huillard-Bréholles  supposait  que  sous  le 
nom  de  Crémone  se  cachait  quelque  petite  ville  sicilienne 
que  Polycarpe,  ignorant  ou  pressé,  aurait  changée  pour  une 
autre  plus  connue  de  lui.  C'est  là  une  inadvertance  qui  ne 
pourrait  s'admettre  que  si  c'était  la  seule  singularité  pré- 
sentée par  ce  diplôme. 

Nous  allons  en  constater  de  plus  fâcheuses  encore.  On 
voit  figurer  dans  ce  document  un  certain  nombre  de  pré- 

1.  Voyez  Inscription  de  Casarie,  pp.  9-11. 

2.  Huillard-Bréholles,  t.  Il,  1"  partie,  p.  463. 

3.  Ibid.,  p.  467. 


UN  FAUX  ÉVÊQUE  d'aVIGNON.  177 

lats  :  Sigfried,  archevêque  de  Mayence;  Jean,  archevêque 
de  Besançon;  Albert,  évêque  de  Trente;  Hugues,  évêque  de 
Liège;  Henri,  évêque  de  Bâle,  et  Pierre,  d'Avignon 

Or,  à  la  date  du  14  novembre  1224,  Jean  n'étrit  pas  encore 
archevêque  de  Besançon.  C'était  Gérard  qui  occupait  ce 
siège,  et  il  mourut  seulement  après  le  16  mars  12251. 

Il  est,  d'autre  part,  fort  étonnant  qu'en  novembre  1224 
Sigfried  de  Mayence  se  soit  trouvé  à  la  cour  de  Frédéric  H 
en  Sicile.  En  effet,  Albéric  de  Trois-Fontaines^  rapporte 
qu'entre  le  11  et  le  18  novembre  3,  l'archevêque  de  Mayence 
accompagna  à  Toul  le  légat  Conrad.  Gomment  aurait-il  pu 
dans  ces  conditions,  être  en  Sicile  le  14,  et  même  à  Cré- 
mone? Pendant  le  même  mois  de  novembre,  Sigfried  assis- 
tait, comme  témoin,  à  un  diplôme  donné  à  Toul  par  Henri 
fils  de  Frédéric  H,  en  faveur  de  l'abbaye  de  Gembloux^' 
Dans  ce  même  acte  figure  l'évêque  de  Liège  Hugues    Par 
conséquent,  ce  prélat  aussi  était,  en  novembre  1224    à  la 
cour  de  Henri  à  Toul  et  non  à  celle  de  Frédéric  II  en  Italie 
comme  le  suppose  le  diplôme  de  Polycarpe. 

Le  diplôme  ne  peut  donc  être  du  14  novembre  1224  Y  a-t-il 
erreur  d'indiction? 

On  pourrait,  en  effet,  croire  que  lorsque  Polycarpe  a  copié 
le  diplôme  en  question,  il  a  par  inadvertance  mal  pris  le 
chiffre  de  l'indiction.  Si  l'on  admet  que,  sur  le  modèle  suivi 
par  Polycarpe,  le  chiffre  de  l'indiction  était  indiqué  en  chif- 
fres et  non  en  lettres,  Polycarpe  a  pu  lire  indictione  XIII, 
alors  que  le  texte  aurait  porté  indictione  XIUI  (avec  quatre 
barres),  ou  encore  indictione  XII.  Dans  les  deux  cas  la 
démonstration  tourne  à  la  confusion  de  Polycarpe  En  effet 
le  prétendu  original  du  diplôme  de  Frédéric  II  ne  pouvait 
porter  indictione  XII,  car  on  serait  ainsi  ramené  au  14  novem- 

i   ^;,,^«"^'«;?!^»'^'*^-'XV,col.60;  Huillard-Bréholles,  11(2»  part  ),nov  10:^4 
(P.^812);  27  dec.  1224  (p.  817);  28  déc.  1224  (pp.  817,  818  em9).  Ta^slt 

si.'xiîiTraM).'"'^^'''''  '''''''''''''  "^"  "'"''""'  ^^^^  ^'^'"-  ^^^"*-  ^^■^^•' 

3.  Albéric  dit  :  m  octavis  beati  Martini 

4.  Huillard-Bréhollea,  II  (2«  part.),  p.  812. 

ANNALES  DU   MIDI.   —  XXVI  a^ 


itS  EUGÈNE  DUPRAT . 

bre  1223,  et,  par  la  lettre  d'Honorius  III  du  29  mai  1224, 
nous  savons  que  le  siège  d'Avignon  était  alors  vacant.  Si  le 
pseudo -diplôme  portait  indictione  XIIII,  ce  serait  alors  la 
date  du  14  novembre  1225,  ce  qui  est  bien  la  date  donnée  en 
toutes  lettres,  dans  son  récit,  par  Polycarpe  *  —  et  il  faut 
pour  lui  qu'il  en  soit  ainsi,  puisqu'il  fait  mourir  Guillaume 
de  Monteux  parte  eœt?'ema  de  1224.  —  Mais  les  documents 
indiquent  qu'en  octobre  1225  Frédéric  était  à  Tarente.  Le 
9  novembre,  il  est  à  Brindisi,  où  il  célèbre  ses  noces  2. 
Donc,  il  est  impossible  d'admettre  que  le  14  novembre  il  fût 
à  Crémone.  De  plus,  le  30  novembre,  le  légat  Conrad  tint  un 
concile  à  Mayence.  Il  est  naturel  que  Sigfried  y  ait  assisté, 
bien  que  la  Chronique  d'Emon  ne  le  dise  pas*.  En  effet,  le 
16  novembre  1225,  l'archevêque  de  Mayence  prend  sous  sa 
protection  la  collégiale  de  Saint-André  d'Hildesheim*.  Le 
lieu  où  est  passé  l'acte  n'est  pas  indiqué,  mais  c'est  sûrement 
Mayence,  puisque  le  même  jour  Sigfried  est  partie  dans  un 
acte  passé  en  cette  ville». 

Ainsi,  l'acte  ne  peut  être  ni  de  1223,  ni  de  1224,  ni  de  1225. 
Une  erreur  involontaire  de  Polycarpe  ne  peut  se  soutenir  : 
il  s'est  simplement  embrouillé,  une  fois  de  plus",  dans  le 
calcul  des  indictions  en  fabriquant  la  date  de  1225,  qu'il 
voulait  obtenir. 

Ces  erreurs  sont  capitales;  elles  démontrent  avec  force 
que  les  présomptions  de  fraude  déjà  exposées  étaient  légi- 
times. Le  diplôme  est  faux  et  les  erreurs  qu'il  comporte 
nous  dispensent  d'examiner  la  rédaction  de  ce  document, 


1.  Cf.  ci-dessus,  p.  9. 

2.  Huillard-Bréholles,  II,  2»  partie,  pp.  524,  525,  526  et  863. 

3.  Emonis  Chronicon,  Mon.  Germ.  Hist.,  SS.  x.xiii,  p.  510. 

4.  Will  (C),  R.  Bôtimer  (F.),  Regesten  zur  Geschichte  der  Mainzer 
Erzbischôfe  von  Bonifacius  bis  Uriel  von  Gemmingen.  Innsbruck,  1886, 
t.  II,  p.  191,  n»  498. 

5.  xvu  kal.  dec.  1225  :  (Hoogeweg  (H.),  Urhundenbuch  des  Hochstifts 
Hildesheim  und  seine  Bischôfe.  Hanovre  und  Leipzig,  1901,  t.  II,  p.  58, 
n»  130.) 

6.  Ainsi  pour  l'Inscription  de  Casarie,  qu'il  place  à  l'année  589  au 
lieu  de  587,  qui  est  la  vraie  date.  (Cf.  mes  Origines...,  p.  68,  note  in 
fine.) 


UN   FAUX   ÉVÊQUK   D'aVIGNON.  l^g 

bien  éloignée  du  style  de  la  chancellerie  impériale,  et  de 
rechercher  les  actes  qui  lui  ont  servi  de  modèle  *. 


Mais  s'il  est  établi  que  Gaguin  s'est  trompé  et  que  Polv- 
carpe  nous  a  trompés,  si  aucun  document  ne  mentionne  m, 
eveque  d'Avignon  entre  la  mort  de  Guillaume  de  Mon  eux 
18  novembre  1222)  et  l'installation   de  Nicolas  de  clZl 
septembre  12263),  à  quelle  solution  faut-il  s'attachera    ot 
testab  ement,  il  convient  d'abord  d'effacer  des  listes  épisco- 
pales  d  Avignon  aussi  bien  Pierre  de  Gorbie  que  Pierre  ïll 
ou   V  Mais  ensuite.  Doit-on  admettre  que,  malg  é  1  Zent 
de  ton  renseignement,  il  y  a  eu  à  Avignon,  entre  1223  et  1226 
un  eveque  dont  nous  ignorons  le  nom,  ou  encore  suppose; 
que  le  siège  resta  vacant  ?  ^"pposer 

La  première  hypothèse  sera  vite  examinée.  Les  documents 
du  2  août  1223  et  lettre  d'Honoiius  III  du  29  mai  12243  _ 

Bérenger,  comte  de  Provence  Ly'rdBérlr  ITT'''  ''  ^^^'"°"^ 
de   feu  Raymond  de  Saint-Andéo\  4^0^?;^,^^^^^^^^^^^ 

Pins  heureL  que  PolyT/p e  t  qu^Vl^^S^Tt    IT^  ""T  '''''^■ 

refusa  communication  de  ses  archives  i'ai  ^u  f.î  ^''!''-^^"^'^  ^^^  Doms 
le  fonds  du  Chapitre  métrooolif«innn;  ^  .  ^  ^^^  recherches  dans 
du  dit  Chapitre.\ui  e^t' 3 '  Z^r  ^ rn'aZ^s  t"^  ^nCaru.larre 
acte  dont  j'aurais  cependant  volontiers  pubHé  le'  xej'v'"  ''  ''' 
plus  heureux  aux  Archives  des  Bouches  dn  R  Ll  ^  !  ,  ""  ""'  P^^  ^'^ 
le  17  décembre  1227,  j'ai  retrouvTvii    et  un  ac^^^  '■'  '."^^^  ^^^^  «* 

Bérenger.  La  fatalité  a  voulu  que  cehfi  in^iim,r  o^''''''  '^^  Raymond 
pas.  Ajoutons  que  Polycarpe  est  le    eVl  à  ^«!^P"^:^"^^^^^  n'y  figurât 

ment,  et  qu'aux  environs  de  ] 224  i p  .  .    ?  ''^"'^^'  '^^  ^^  "'  ^ocu- 

le  nom  de  Raymond  de  Saint-lndlol  P.  """''/"'"^  '^^""«^"^  ^^^'^^^ 
tions  un  pareil  témoignage?  "^"'"'"'^^  ''''''''  ^'«^«  ^'^  condi- 

2.  Petit-Dutaillis,  Étude  sur  in  nie  ot  /,,.,■ 

3.  La  CAron.-5t.e  de  Mouskes  î  v  25  i'  ^""t^"  """"^'^  ^^''''  P'  ^^'9- 
des  clercs  et  des  moines  mais  nl'fatft?  'n""' ^' P"^^^'^^^'  P^^-^^ 
même,  les  autres  chroniqu;urs  .vaut  r  L  rT^"""'^""  ^  ^'^^ê^^^^-  ^e 
la  prise  d'Avignon  ne  font  abSlument  n«ï  ^"''''''^'  "''  ^'"^'^eois  et 
évêque  à  ce  moment               absolument  pas  soupçonner  l'existence  d'un 


180  EUGÈNE   DUPRAT, 

établissent  sans  contestation  possible  que  le  siège  d'Avignon 
resta  vacant  du  18  novembre  1222  au  29  mai  1224,  soit  pen- 
dant dix-buit  mois  au  moins. 

Du  29  mai  1224  à  septembre  1226,  on  ne  voit  apparaître 
d'évêque  avignonais  ni  dans  les  textes  narratifs,  ni  dans  les 
actes  privés,  ni  dans  les  documents  émanés  des  pouvoirs 
publics  avignonais  ou  autres*.  Rien  :  c'est  le  silence  absolu. 

Nous  avons  bien  une  lettre  d'Honorius  III,  du  20  décem- 
bre 12242,  confirmant  l'accord  intervenu  entre  le  chapitre 

1.  Voici  un  recueil  d'actes  privés  des  années  1224  à  1226  (à  partir  du 
29  mai  1224).  31  décembre  1224  :  Échange  entre  les  Hospitaliers  d'Avignon 
et  Raimond  Moutonnier  Cabecia  (Archives  des  B.-du-Rh.,  ïl.  Hospitaliers, 
305). — 4  mai  1225  :  Vente  d'une  vigne  au  précepteur  des  Hospitaliers  d'Avi- 
gnon (7ii(c?.,  H.  Cartulaire  des  Hospitaliers, iol. 68).  — 6  ïé\.  et2maTsl22(}  : 
Vente  par  Isnard  Mauvoisin,  au  nom  de  son  père  Bertrand  (et  avec  l'au- 
torisation de  la  cour  d'Avignon)  d'une  censé  sur  des  vignes  (Arch.  des  Bou- 
ches-du-Rhône,  H.  Hospit.,  313).  —  30  mars  1226  :  Guillaume  Cascavel  cède 
aux  FF.  Prêcheurs  d'Avignon  ses  droits  sur  la  troisième  partie  d'un  jar- 
din, sis  à  l'Estel  (Mahuet,  Praedicatorium  Avinio7iense  seu  historia 
conventus  Avinionetisis  Fratrum  Praedicatorum,  Avignon,  1678,  in-8', 
p.  9).  —  14  mai  1226  :  Confirmation  par  Bertrand  Mauvoisin  de  la  vente 
faite  en  son  nom  par  Isnard  Mauvoisin;  l'acte  est  passé  in  aula  nova 
domini  episcopi  ;  les  deux  podestats,  le  clavaire  et  le  syndic  y  figuren; 
(Arch.  des  Bouches-du-Rhône,  H.  Cart.  Hosp.,  fol.  82).  —  Les  actes  d'ordre 
administratif  intervenus  durant  cette  même  période  sont  :  30  avril  1225  : 
Serment  de  Spino  de  Sorrexina,  podestat  de  Marseille  et  d'Avignon,  ratifié 
par  les  conseillers  de  la  commune  d'Avignon,  les  chefs  de  métiers,  etc. 
(Arch.  de  Marseille,  AA  11;  Labande,  Avignon  au  XIII"  siècle;  L'évêqiie 
Zoan  Tencarari  et  les  Avignonais,  p.  305,  n"  V,  Paris,  1908,  in-S").  — 
5  février  1226  :  Accord  entre  les  chevaliers  et  les  citoyens  d'Avignon  passé 
dans  le  jardin  de  l'évêque  (Archives  d'Avignon,  AA  1,  fol.  114.  L'Inven- 
taire sommaire  des  Archives  communales  de  la  ville  d'Avig?ion,  p.  4, 
[1906,  in-4°]  porte  par  erreur  que  cet  accord  est  passé  «  sous  les  auspices 
de  Pierre,  évèque  d'Avignon  »).  —  27  mai  1226  :  Engagement  fait  aux 
podestats  d'Avignon  par  les  officiers  du  comte  de  Toulouse,  passé  in 
viridario  ante  cameram  pictam  staris  episcopalis(Hist.  de  Languedoc, 
VIII,  n»  252,  col.  837-8).  —  9  juin  1226  :  Manifeste  du  cardinal  légat  contre 
les  habitants  d'Avignon  (Teulet,  Layettes...,  II,  n»  1787,  p.  85).  —  Je  n'ai 
absolument  rien  trouvé,  pas  même  une  allusion,  dans  les  recueils  de 
Teulet  [Layettes,  II)  de  l'Histoire  de  Languedoc  (t.  VIII),  dans  les  fonds 
de  l'Archevêché  et  du  Chapitre  métropolitain  d'Avignon  (Arch.  de  Vau- 
clusej,  dans  le  Cartulaire  des  Hospitaliers  d'Avignon  (Arch.  des  Bouches- 
du-Rliône,  H.),  dans  les  divers  Gallia  d'Albanès,  dans  les  recueils  de 
chartes  de  Chantelou  sur  Montmajour  et  Saitii-André  d'Andaon,  les 
Registres  d'Honorius  III,  etc. 

2.  Biblioth.  Nationale,  Baluze  88,  fol.  92  :  fratribus  nostris  archiepis- 
copo  Arelate7isi,  episcopo  Avinionensi.  » 


UN   FAUX   ÉVÊQUE   d'aVIGNOX.  181 

d'Arles  et  l'abbaye  de  Saint-Michel  de  Frigolet,  et  dans  la- 
quelle il  est  question  d'un  évêque  d'Avignon  anonyme.  Mais 
il  est  bien  difficile  d'admettre  qu'entre  le  29  mai  1224  et  le 
20  décembre  de  la  même  année,  une  lettre  d'Honorius  III, 
autorisant  une  élection  épiscopale,  soit  parvenue  à  Avignon, 
que  cette  élection  d'évêque  ait  eu  lieu,  que  l'évêque  ait  été 
consacré!,  qu'il  soit  intervenu  dans  un  accord  entre  Arles  et 
Frigolet,  qu'ensuite  cet  accord  ait  été  communiqué  à  Rome  et 
que  le  Pape  l'ait  approuvé  le  20  décembre.  La  chancellerie 
romaine  allait  moins  vile.  En  réalité,  l'accord  sanctionné  par 
Honorius  III  le  20  décembre  1224  est  celui  qui,  sur  les  ins- 
tances de  Hugues,  archevêque  d'Arles,  de  Guillaume,  évêque 
d'Avignon,  et  de  Raymond  des  Baux,  intervint  entre  le 
chapitre  d'Arles  et  les  moines  de  Frigolet  le  21  avril  1220*. 
L'évêque  anonyme  de  la  lettre  pontificale  est  donc  Guillaume 
de  Monteux3. 

Que  conclure,  sinon  qu'en  l'état  actuel  on  ne  peut  vérifier 
l'existence  d'un  évêque  d'Avignon  entre  1224  et  1226?  Il  n'est 
ni  impossible,  ni  même  très  invraisemblable  qu'il  y  en  ait 
eu  un  ;  mais,  dans  ce  cas,  il  faut  confesser  que  nous  ignorons 
tout  de  lui,  et  jusqu'à  son  nom. 


Et  devant  un  tel  silence  des  documents,  l'hj^pothèse  d'une 
vacance  totale  prend  une  force  singulière.  Sans  doute,  c'est 
une  hypothèse,  mais  qui  a  pour  elle  des  présomptions  rai- 

1.  Sinon,  il  aurait  porté  le  titre  à'electus. 

2.  Arch.  des  Bouches-du-Ehône,  G.  Archev.  d'Arles,  Livre  Rouge,  fol. 
421  r°-422  v  ;  Albanès,  Gallia...  Arles,  n»  658  (ind.). 

3.  Ijl  y  a  un  certain  nombre  de  documents  qui  ne  parlent  pas  de  Pierre, 
mais  dont  nous  ne  pouvons  faire  état  parce  qu'ils  omettent  des  évêques 
avignonais  dont  l'existence  est  pourtant  certaine.  Ainsi  le  Nécrologe  de 
l'abbaye  de  Saint-André  d'Andaon  mentionne  de  nombreux  évêques  d'Avi- 
gnon; il  ne  dit  rien  de  Pierre,  mais  il  est  muet  aussi  sur  Nicolas  de  Corbie.  De 
même,  dans  une  reconnaissance  faite  en  1231,  en  faveur  de  Bernard,  évê- 
que d'Avignon  (Arch.  Vaucluse,  G.  Archev.,  15,  fol.  4),  on  lit  :  predeces- 
soribus  vestris  et  specialiter  domino  Gaufredo,  domino  Bostagno 
de  Margaritis,  domino  Rostagno  Autorgato  et  domino  Guillelmo  de 


182  EUGÈNE    DUPKAT. 

soiinables.  Elle  a  de  plus  le  mérite  d'expliquer  bien  des  cho- 
ses qui,  sans  elle,  paraissent  obscures. 

Pour  bien  comprendre  la  possibilité  d'une  vacance  du  siège 
épiscopal  à  Avignon  à  cette  époque,  il  est  nécessaire  de  don- 
ner de  brèves  indications  sur  l'organisation  politique  d'Avi- 
gnon à  cette  date  et  sur  les  événements  qui  s'y  produisirent. 
Trois  pouvoirs  avaient  été  en  présence  au  xii^  siècle,  celui 
des  vicomtes,  celui  de  l'évêque  et  celui  de  la  commune*. 
Dans  le  courant  du  xn^  siècle,  les  pouvoirs  des  vicomtes 
furent  annihilés  par  ceux  de  l'évêque  et  de  la  commune. 
Entre  1154  et  1178  —  et  surtout  sous  l'épiscopat  de  Geoffroy 
—  la  puissance  de  l'évêque  atteignit  son  apogée.  M.  de  Man- 
teyer  a  démontré  qu'il  était  le  praeses  de  la  commune,  qu'il 
approuvait  l'élection  des  consuls^  Ceux-ci  devaient  jurer  de 
le  défendre,  lui  et  son  église.  Chez  lui  et  sous  sa  présidence 
se  réunissaient  les  consuls  et  se  tenait  le  consilium  civi- 
tatis^. 

Or,  au  début  du  xni«  siècle,  la  commune  fait  des  progrès 
rapides  sans  que  cependant  ses  rapports  avec  l'évêque  s'en 
ressentent.  Il  faut  insister  sur  ce  point  que,  sous  l'épiscopat 
de  Guillaume  de  Monteux,  l'évêque  n'eut  à  se  plaindre 
d'aucun  procédé  injurieux  à  son  égard*. 

C'est  la  mort  de  Guillaume  de  Monteux  qui  vint  modifier 
les  bons  rapports  de  l'évêque  et  de  la  commune. 


Montiliis  felicis  memorie  episcopis...  On  ne  peut  rien  conclure  de  cette 
énumération  qui  est  incomplète.  Outre  Pierre,  il  manque  h  cette  liste 
Nicolas  de  Corbie,  prédécesseur  de  Bernard,  et  Pons,  successeur  de 
Geoffroy,  vers  1177. 

1.  Abstraction  faite  des  droits  de  suzeraineté  exercés  par  les  comtes  de 
Forcalqnier,  de  Provence  et  de  Toulouse  et,  au-dessus,  des  droits  de  l'em- 
pereur d'Allemagne.  Voir  Labande,  Avignon  au  XIII'  siècle,  p.  2  et  ss. 

2.  Manteyer  (G.  de),  La  Marche  de  Provence  jusqu'aux  partages, 
p.  17. 

3.  Sur  ces  points,  voyez  Labande,    Avignon  au  XIII'  siècle,   p.  16 

et  suiv. 

4.  Ainsi,  lors  des  dissensions  entre  les  chevaliers  et  les  prud'hommes 
d'Avignon,  l'évêque  d'Avignon  arbitre  le  différend  ('^7  février  et  aoùtl2iri, 
Arch.  des  Bouches-du-Rliône,  B.  309;  Labande,  Avignon,  p.  29G,  n»  m). 
De  plus,  les  consuls  se  portent  caution  pour  lui,  22  septembre  1221  (Archi- 
ves d'Avignon,  AA  1,  fol.  116). 


UN   FAUX    ÉVÊQUE   d'aVIGNON.  183 

Guillaume  mort,  le  chîipitre  aurait  dû  nommer  son  suc- 
cesseur; mais  Honorius  III  avait  interdit  aux  chapitres  de 
procéder  aux  élections  épiscopales  sans  son  autorisation i. 
Cette  permission  se  fit  attendre  jusqu'au  29  mai  1224,  c'est- 
à-dire  près  de  dix-neuf  mois. 

Or,  la  vacance  du  siège  épiscopal  avait  eu  des  effets  singu- 
liers au  point  de  vue  du  pouvoir  consulaire.  Les  consuls  de 
l'année  1223  et  ceux  de  l'année  1224  entrèrent  en  fonctions 
le  dimanche  des  Rameaux,  sans  l'agrément  et  l'autorisation 
de  l'évêque,  puisqu'il  n'y  en  avait  pas. 

Quand  arriva  la  lettre  d'Honorius  autorisant  l'élection, 
s'ouvrait  à  Avignon  une  période  de  luttes  intestines  qui 
devaient  aboutir  à  un  changement  politique  radical.  Le 
30  avril  1225,  on  voit  apparaître  un  podestat.  Cet  établisse- 
ment d'un  pouvoir  nouveau  marque  la  fin  des  troubles; 
par  conséquent,  ceux-ci  ont  dû  se  produire  au  cours  de 
la  période  antérieure,  c'est-à-dire  pendant  l'année  1224  au 
moins,  et  j'ajoute  :  durant  la  vacance  du  siège. 

Dans  ces  luttes,  on  ne  voit  jamais  paraître  l'évêque.  Guil- 
laume avait  jadis  été  l'arbitre  des  partis.  Dans  les  troubles 
qui  précédèrent  l'établissement  du  podestat,  dans  la  presta- 
tion de  serment  qui  suit,  l'évêque  ne  figure  pas.  N'est-ce 
point  une  chose  étonnante  qu'on  ait  changé  le  gouvernement 
de  la  ville  dont  il  était  le  praeses  sans  qu'il  ait  protesté  ou 
sait  intervenu?  Un  tel  effacement  ne  s'expliquerait-il  pas  par 
l'absence  d'un  évêque? 

N'est-il  pas  surprenant  —  s'il  y  a  eu  un  évêque  —  que  les 
grands  actes  de  la  vie  avignonaise,  à  cette  époque,  aient  été 
passés  hors  de  sa  présence',  sans  une  allusion  à  sa  personne, 
à  ses  droits  ou  à  son  pouvoir?  Non  seulement  l'acte  impor- 
tant du  5  février  1226  ignore  l'évêque,  mais  cet  acte  est  passé 
in  carte  episcopp  et  l'assemblée  est  convoquée  ad  clomum 


1.  Lettre  au  légat  Conrad  du  3  juin  1221  (Pressutti,  Regesta,  n"  3433; 
Potlliast.  n»  6484). 

2.  Cf.  les  actes  cités  ci-dessus,  p.  20,  note  1. 

3.  Dans  cet  acte  et  celui  du  14  mai  1226,  je  crois  pouvoir  interpréter 
çurte  ou  aula  episcopi  non  par  cour  de  l'évêque  [en  fonction],  mais  par 


184  EUGÈNE   DUPRAT. 

episcopalem.  L'acte  qui  porte  confirmation  de  vente  d'une 
censé*  est  rédigé  le  14  mai  1226  in  aula  nova  domini  épis- 
copi.  Dans  ce  document  figurent  les  deux  podestats,  le  cla- 
vaire, le  sj^ndic,  mais  non  l'évêque.  De  même  l'engagement 
du  27  mai  1226  fait  aux  podestats  par  les  officiers  du  comte 
de  Toulouse  est  passé  in  viridario  ante  cameram  pictam 
staris  episcopalis,  et  l'évêque  n'y  paraît  pas.  Nouveau  sujet 
de  surprise. 

Remarquons  encore  que  dans  l'accord  du  5  février  1226^ 
figurent,  en  tète  des  témoins,  deux  chanoines  de  la  cathé- 
drale, Foulque  et  G.  Ameil.  Que  font  ces  deux  chanoines 
dans  un  acte  passé  à  l'évêché  sans  l'évêque?  Ne  serait-ce 
point  par  hasard  —  malgré  l'absence  de  tout  qualificatif  — 
les  deux  administrateurs  du  diocèse  pendant  la  vacance  du 
siège  ^? 

Enfin,  certaines  clauses  de  la  sentence  prononcée  après  la 
prise  d'Avignon  par  le  cardinal  de  Saint-Ange*  prennent  une 
signification  plus  nette  par  l'hypothèse  d'une  vacance.  Si  on 
l'accepte,  on  s'explique  l'intervention  du  légat  dans  la  nomi- 
nation de  l'évêque  et  le  choix  qu'il  fit  hors  duchapitre,  au 
lieu  de  laisser  les  chanoines  élire  leur  candidat.  Habituel- 
lement, ceux-ci  choisissaient  leur  prévôt,  lequel,  en  jan- 
vier 1224,  pendant  que  le  siège  demeure,  et  sans  aucun 
doute,  vacant,  est  Raymond  de  Soz,  successeur  de  Geoffroy 
de  Pargues.  Pour  expliquer  l'attitude  du  légat,  il  faudrait 
supposer  que  l'évêque  élu  en  1224  mourut  fort  à  propos  à 
la  fin  du  siège.  Ce  n'est  certes  point  là  une  coïncidence 

cour  de  l'évêque  en  général;  episcopi  aurait  ici  le  sens  de  l'adjectif  epi- 
scopalis :  il  s'agirait  de  la  cour  de  l'évêché.  Ce  sens  me  semble  légitimé  par 
les  expressions  domiis  episcopalis  de  l'acte  du  5  février  1226  et  staris 
episcopalis  de  celui  du  27  mai  1226. 

1.  Cf.  ci-dessus,  p.  20,  n.  1. 

2.  Archives  de  Vaucluse,  AA  1,  fol.  114.  —  De  Maulde,  Coutumes..., 
pp.  246-8. 

3.  Voyez  les  deux  chanoines  qualifiés  de  prociiratores  episcopatus 
Avinionensis ,  sede  vacante  {A.cte  du  7  juin  126.3,  Arch.  de  Vaucluse,  G. 
Archev.  8,  fol.  147). 

4.  Sentence  du  cardinal  Romain  de  Saint-Ange  rendue  contre  Avignon 
après  le  4  janvier  1227  (Archives  de  Vaucluse,  G.  Archevêché,  8  [Aureum 
vidimus],  fol.  88  Vj. 


UN   FAUX   ÉVÊQUE   D'AVIGNON.  185 

extraordinaire  et  la  chose  est  possible.  Mais  on  en  revient 
alors  à  se  demander  pourquoi  il  n'est  jamais  question  du 
prélat. 

Au  contraire,  si  l'on  suppose  une  vacance,  on  peut  en 
expliquer  la  prolongation  de  bien  des  façons.  D'abord  les 
événements  politiques  dans  lesquels  étaient  engagés  les  Avi- 
gnonais,  leur  amitié  avec  Raymond  VII  et  leur  traité  avec 
les  Marseillais,  en  révolte  contre  leur  évêque^  et  excommu- 
niés, rendent  tout  à  fait  vraisemblable  une  crise  d'hostilité 
contre  le  clergé  dont  la  sentence  du  cardinal  porte  la  trace 
indiscutable. 

Gomment  comprendrait-on,  sans  admettre  l'inimitié  de  la 
commune  envers  le  pouvoir  rival  de  l'évêque,  l'ordre  donné 
aux  Avignonais  de  restituer  à  l'église  et  à  l'évêque  les  biens 
et  les  droits  usurpés  -,  droits  qui,  sans  doute,  étaient  mécon- 
nus par  l'établissement  du  régime  du  podestat? 

Que  signifie,  dans  la  même  sentence,  la  défense  de  procé- 
der à  l'élection  des  magistrats  municipaux  sans  l'approbation 
de  l'évêque  3,  si  les  Avignonais  ne  s'étaient  pas  soustraits  à 
cette  obligation,  non  seulement  en  1223  et  1224,  mais  encore 
en  1225  et  1226? 

Les  chanoines  et  les  maisons  religieuses  n'avaient  pas  eu 
d'ennuis  sous  l'épiscopat  de  Guillaume  de  Monteux,  et  pour- 
tant la  sentence  défend  de  les  molester*;  n'est-ce  pas  avouer 


1.  Voir  l'acte  du  30  avril  1225  dans  lequel  le  podestat  jure  d'observer  le 
traité  d'alliance  avec  Marseille. 

2.  «  Item  precipimus  quod  omnia  iura  episcopatus  et  eccîesie  Avi- 
nionensis  in  omnibus  dim,ittantur  libère  et  quiète  et  quod  episcopus 
et  ecclesia  Avinionensis  in  om.nibus  uti  possit  libère  et  sine  cofitra- 
dictio7ie  aliqua  iure  suo.  »  (Arch.  de  Vaucluse,  G.  Archev.  8,  fol.  88).  — 
La  Chronique  de  Tours,  dans  Mon.  Germ.  Hist.,  SS.  XXVI,  p.  474,  dit  : 
«  Episcopo  Avinio7iensi  Marcas  argenti  mille  ddtites.  » 

3.  «:  Nullus  vero  in  Potestatem  sive  Rectorem  vel  consulem  ipsius 
civitatis  de  cetera  sine  consilio  et  voluntate  ipsius  episcopi  eligatur...  » 
{Ibid.) 

4.  «  Item  precipimus  ut  eccîesie  et  domus  religiose  in  libertate  ple- 
narie  co7ïserveiUur,  videlicet  quod  in  eis  albergatie,  procurationes  vel 
exactiones  quecumque  sint  nullatenus  exigantur  et  percipiantur...'» 
{Ibid.) 


186  EUGÈNE   DDPRAT. 

qu'entre  1224  et  1226,  chanoines  et  religieux  eurent  à  se  plain- 
dre? La  défense  de  les  faire  contribuer  aux  impôts,  de  les 
soumettre  à  la  juridiction  de  la  commune,  n'est-elle  pas  la 
preuve  que,  depuis  1223,  Ihs  Avignonaisessaj'aient  de  ruiner 
l'autorité  politique  de  l'église  d'Avignon  et  de  son  chef? 

Dans  sa  sentence,  le  cardinal  légat  interdit  aux  Avignonais 
de  s'immiscer  dans  les  élections  épiscopales'.  Qu'est-ce  à  dire 
sinon  que  les  Avignonais  avaient  quelque  chose  à  se  repro- 
cher sur  ce  point?  Or,  ce  n'est  certainement  pas  à  propos  de 
1  élection  de  Guillaume  de  Monteux  ou  de  ses  prédécesseurs 
que  pareil  grief  pouvait  leur  être  fait.  Ces  élections  parais- 
sent avoir  été  régulières,  puisque,  selon  une  vieille  habitude, 
les  chanoines  avaient  choisi  pour  évèque  leur  prévôt.  L'allu- 
sion du  légat  vise  des  faits  plus  récents.  N'est-il  pas  légitime 
de  penser  qu'après  la  lettre  d'Honorius  III,  du  29  mai  1224, 
autorisant  le  chapitre  à  élire  son  évèque,  les  partis  qui  se 
disputaient  le  pouvoir  intervinrent  soit  pour  essayer  de  faire 
nommer  un  des  leurs,  soit  pour  retarder  l'élection,  soit  même 
pour  l'empêcher? 

Enfin,  si  l'on  se  souvient  que  les  Avignonais  étaient  excom- 
muniés depuis  environ  six  ans-  et  qu'ils  étaient  accusés  d'être 
hereticos  et  hereticorum  receptatores  et  fautiwes^^  sem- 
blera-t-il  difficile  d'admettre  qu'ils  aient  prolongé,  par  leur 
attitude,  par  leurs  violences  envers  les  chanoines  ou  par  toute 
autre  manœuvre,  une  vacance  qui  favorisait  leurs  desseins 
politiques?  Tout  cela  prouve  bien  l'existence  d'une  politique 

1.  «  Et  defufictis  earum  [église  et  maisons  religieuses]  episcopis  vel 
aliis  rectoribus  ipseecclesie  niillo  niodo  spolientur  nec  adminixtrationi 
earum  seu  custodie  occasione  alicuius  consuetudinis  vel  aliqua  alia 
causa  se  ipsi  Avinionenses  debeant  immiscere,  sed  omnia  sine  dimi- 
niitio)ie  eorum  successoribus  reserventur  et  electioni  episcopi  vel 
alterius  rectoris  ecclesie  faciende  velper  se  vel  per  aliam  quamcunqiie. 
personani  nullatoiiis  se  ùmnisceant  )iec  aliqiiam  violentiam  de  cetera 
faciant  vel  impedimentum  prestent  quominiis  electio  libère  et  canonice 
celebretur.  »  {Ibid.) 

2.  Depuis  la  bulle  d'Honorius  III  du  30  juillet  1218  (Teiilet.  I.  n»  1.3011 

3.  Manifeste  donné  à  Pont-de-Sorgues  par  le  cardinal  légat  de  Saint- 
Ange  (Teulet,  II,  n"  1787,  9  juin  I2i6).  Cf.  aussi  les  accusations  d'impiété 
portées  contre  les  Avignonais  par  Philippe  Mouskes,  vers  "^.èill  (t.  I, 
p.  525). 


UN    FAUX   ÉVÊQUE   d' AVIGNON.  187 

anticléricale  pratiquée  à  Avignon  après  la  mort  de  Guillaume 
de  Monteux,  de  1223  à  1226. 

L'hypothèse  d'une  vacance  du  siège  épiscopal,  entre  1223 
et  1226,  est  donc  infiniment  vraisemblable'.  Elle  explique 
mieux  qu'une  autre  hypothèse  le  silence  des  documents  sur 
le  titulaire  de  ce  siège. 


Toutefois,  ce  ne  sont  là  que  des  conjectures,  et  il  est  temps 
de  conclure.  En  se  basant  sur  des  documents  de  tout  repos, 
on  aboutit  aux  déductions  suivantes  : 

1°  Contrairement  à  l'assertion  de  Gaguin,  l'évêque  imposé 
aux  Avignonais  après  le  siège,  en  1226,  s'appelait  Nicolas  et 
non  Pierre  de  Corbie. 

2°  Guillaume  de  Monteux  est  mort  le  18  novembre  1222; 
cela  résulte  de  la  combinaison  des  actes  du  25  septem- 
bre 1222  et  du  3  août  1223  avec  Vobiit  du  Nécrologe  de  Saint- 
André. 

3°  Du  18  novembre  1222  au  29  mai  1224,  le  siège  épiscopal 
a  été  certainement  vacant. 

40  Entre  le  29  mai  1224  et  le  mois  de  septembre  1226 
s'écoule  une  période  pendant  laquelle  aucun  texte  narratif, 
aucun  document  d'ordre  privé  ou  public  ne  fait  la  moindre 
allusion  à  un  évêque.  Pendant  cette  période,  la  vacance  a 
dû  se  prolonger.  Et  si  un  évêque  trouve  place  entre  ces  dates, 
nous  ne  savons  rien  de  lui. 

5'^  Le  diplôme  de  Frédéric  II,  du  14  novembre  1224,  tenu 
jusqu'ici  pour  authentique,  est  un  faux  qui  permet  de  cons- 
tater une  fois  de  plus  la  manière  d'opérer  de  Polycarpe. 

6"  Pour  expliquer  le  silence  des  textes  entre  1224  et  1226, 
on  peut  supposer  que  les  Avignonais  ont  eu  intérêt  à  prolon- 

1.  Il  n'est  pas  jusqu'à  l'acte  de  pariage  passé  entre  l'abbaye  de  Saint- 
André  d'Audaon  et  le  roi  Louis  VIII  (sept.  1226.  Teulet,  II,  n-  1801),  qui 
ne  démontre  la  vacance  du  siège.  Vu  les  droits  de  l'évêque  d'Avignon 
sur  l'abbaye,  il  n'eût  pas  manqué  de  s'opposer  à  un  tel  accord. 


188  EUGÈNE  DUPRAT. 

ger  une  vacance  qui  servait  leurs  intérêts  politiques.  Si  ce 
n'est  là  qu'une  conjecture,  il  est  cependant  certain  qu'entre 
la  mort  de  Guillaume  de  Monteux  et  l'avènement  de  Nicolas 
de  Corbie,  il  y  a  eu  une  crise  d'animosité  violente  contre  le 
clergé,  au  cours  de  laquelle  les  Avignonais  ont  modifié  leur 
gouvernement  aux  dépens  de  la  puissance  épiscopale. 

Qu'entre  1224  et  1226  il  y  ait  eu  vacance  du  siège  ou 
occupation  de  ce  siège  par  un  titulaire  dont  nous  ignorons 
jusqu'au  nom,  la  présente  étude  aura  du  moins  pour  résultat 
certain  de  discréditer  davantage  —  si  c'est  possible  —  les 
productions  de  Polycarpe,  d'enlever  à  ses  partisans  quelques- 
unes  des  illusions  qui  leur  restent,  d'épurer  la  liste  des 
évêques  d'Avignon,  et  enfin  de  débarrasser  désormais  les 
recueils  sérieux  d'un  faux  diplôme  de  Frédéric  II  tout  sim- 
plement fabriqué,  en  1638,  à  la  chartreuse  de  Bonpas. 

Eugène  Duprat. 


LE  TROUBADOUR  GUILIIEM  DE  CABESTANH 

(Suite.) 


II.  Chansons  d'authenticité  douteuse. 


VIII.  —  Bartsch,  Gj^und?\,  213,8. 

Manuscrit  :  V,  fol.  98  v°-99  (Archiv,  XXXVI,  439). 

Édition  :  A.  Kolsen,  Romanische  Forschungen,  XXIII  (Mélanges  Chn- 
baneau),  p.  489. 

Versification  :  cinq  coblas  unissonans  de  onze  vers  de  cinq  syllabes.  Le 
vers  7  est  féminin.  La  disposition  des  rimes  est  celle-ci  : 

abababcdefe 

Ce  type  manque  dans  Mans,  Strophenbau,  où  il  devrait  figurer  entre  les 
n"'  269  et  270. 

Auteur  :  voir  ci-dessus,  p.  6. 

I.  Ogan  res  qu'ieu  vis 

No -m  det  alegrier 
Ni- m  plac  flors  de  lis 
4    Ni  fruiz  d'aiglentier. 
Ans  vau  mieg  au  sis 
De  mieg  desirier 
E  de  benvolenza; 
8    Qu'e  mala  merce 
M'a  tengut  Amors, 
Don  mi  ven  l'esmais 
11    E  la  greus  dolors. 

I.  —  1  Egan.  —  3  flor.  —  4  fruit.  —  11  greu. 


190  ARTHUR  LANGFORS. 

II.  Be  m'a  tôt  conquis 

Per  son  domengier 
Amors,  qu'ie*!  so  fis, 

15    Et  aman  sobrier 

Et  estau  aclis 

Al  pejor  guerrier; 

Qu'ieu  ai  gran  faillenza 
19    Fait,  car  no-1  sove 

Dels  amoros  plors, 

Q'era  m'es  esglais 
22    Zo  qe*m  fon  douzors. 

III.  S'els  huils  abelis 

Amors  de  primier, 
Mas  li  plor  el  vis 

26    E"l  douz  cossirier 

Son  al  cor  assis, 

D'enuejos  mestier 

No'm  par  malsabenssa; 
30    Qu'ieu  am  mais  de  re 

Leis  don  fatz  clamors 

E,  can  non  pusç  mais, 
33    Die  ne  deslausors. 

IV.  Tant  jorn  ai  enqis 

Per  talan  leugier 
Q'ieu  de  leis  auzis 

37    Blasm'o  reproier; 

Mas  cil  del  pais 

Son  gen  vertadier 

De  sa  captenenza 
41    Qe  so  q'il  fa,  be 

L'es  grazit  e  sors. 

E  voil  esre  frais 
44    C'a  leis  si'  honors. 

II.  —  15  Corr.  En  amar  (?).  —  19  Fajcar. 

III.  23  Corr.  Als  h.  (?)  —  24  Amor.  —  25  elris.  —  26  cossiriers.  — 
27  Mson. 

IV.  —  43  uoles  refrais.  —  44  sia. 


LE  TROUBADOUR  GUILHEM  DE  GABESTANH.  191 

V.  D'aitan  m'obezis, 

Si  mais  non  sofier  : 

Volgues  que'l  servis 
48    E,  si  trop  li  qier 

Lo  seu  gent  cors  lis 

D'un  joi  plasentier 

Umil,  sa  valenza 
52    L'adouzis  vas  me 

L'orguill;  que  sabors 

M'es  que  tôt  joi  lais 
55    Ans  que-m  vir  aillors. 

I.  Cette  année,  rien  que  j'aie  vu  ne  m'a  procuré  de  la  joie,  ni  la 
fleur  du  lis,  nile  fruit  de  l'églantiernem'ontplu.  Mais  je  vaisdemi- 
mort  d'un  désir  et  d'un  amour  qu'on  paye  d'indifférence  (?);  car 
Amour  m'a  traité  sans  pitié,  d'où  me  vient  l'émoi  et  la  grand  douleur. 

II.  Amour  m'a  acquis  tout  entier  pour  son  vassal,  moi  qui  lui 
suis  fidèle,  et  aime  extraordinairement,  et  je  suis  soumis  au  pire 
adversaire;  car  j'ai  commis  une  grande  erreur,  puisqu'il  ne  lui 
souvient  plus  des  larmes  d'amour,  de  sorte  que  ce  qui  m'était  une 
douceur  me  devient  maintenant  un  supplice. 

III.  D'abord  Amour  plaît  aux  (?)  yeux,  mais  les  pleurs  sont  au 
visage  et  la  douce  peine  au  cœur;  pourtant  ce  triste  métier  ne  me 
cause  aucun  déplaisir,  car  j'aime  plus  qu'aucune  autre  chose  celle 
de  laquelle  je  me  plains;  mais,  comme  je  ne  puis  rien  faire  de 
plus,  je  la  blâme. 

IV.  Bien  des  fois  j'ai  souhaité,  à  la  légère,  d'entendre  sur  elle 
blâme  ou  mauvais  propos;  mais  ceux  de  son  pays  sont  bien  véri- 

V.  —  47  uolges.  —  53  ques. 

I.  6  M.  Kolsen  traduit  mieg  par  «  einseitig,  unerwidert  »  (cf.  Levy, 
demeg  «  imparfait»). 

III.  23  M.  Kolsen  interprète  ahelhir  par  «  briller  »  (Raynouard,  Lex., 
II,  207,  7),  et  donne  à  malsabenssa  (v.  29)  le  même  sens  de  «  Aeusserung 
des  Missvergnùgens,  Klage  »,  que  M.  Levy  {SW.,  V,  72)  a  dubitative- 
ment donné  à  malsaber.  M.  Kolsen  traduit  les  v.  23-9  ainsi  :  «  Si  d'abord 
Amour  brille  dans  les  yeux,  alors  que  les  pleurs  sont  au  visage  et  la 
douce  peine  au  cœur,  la  plainte  ne  me  paraît  pas  l'expression  de  senti- 
ments hostiles  ».  —  33  Deslausor  «  blâme  »  manque  dans  les  dictionnaires. 

IV.  42  Sors  «  élevé,  exalté  ».  Voir  Kolsen,  p.  491.  —  43  frais  «  dévoué  ». 
Voir  Kolsen,  p.  492. 


192  ARTHUR  LANGFORS. 

diques  sur  sa  conduite,  et  ce  qu'elle  fait  est  agréé  (approuvé)  et 
exalté,  et  je  veux  m'y  accorder,  ce  qui  sera  à  son  honneur. 

V.  Qu'au  moins  elle  fasse  pour  moi  ceci,  si  elle  ne  m'accorde 
pas  davantage  :  qu'elle  me  permette  de  la  servir,  et,  si  je  sollicite 
trop  souvent  de  sa  jolie  et  douce  personne  une  agréable  et  humble 
joie,  que  son  excellence  adoucisse  son  orgueil  envers  moi;  car 
j'aime  mieux  abandonner  toute  joie  que  de  me  tourner  vers  une 
autre. 

IX.  —  Bartsgh,  Grundr.,  242,  7. 

Manuscrits  :  A,  f.  85  v  {Studj,  III,  259-60);  C,  f.  14  v°b-15b  (Malin, 
Ged.,  1,  n»  205;  les  v.  41-45  aussi  dans  Raynouard,  Choix,  V,  196,  et 
Mahn,  Werke,  I,  116)  ;  D,  f.  102  (Hùfter,  G.  de  Cab.,  p.  61-2);  H,  f.  39  v 
{Studj.  V,  481-2);  I,  f.  106  (Mahn,  Ged.,  III,  p.  15,  n"  689);  K,  f.  90; 
M  f.  12  v»b-13  V»;  R,  f.  82  (84  selon  l'ancienne  numérotation;  Mahn, 
Ged.,  III,  p.  15-6,  n»  690);  Ss  ,  f.  70;  F.  f.  76  (Arch.,  XXXVI,  422-3); 
a,  p.  68-9  {Rev.  des  langues  rom-,  XLII,  p.  37-8).  —  Le  premier  vers 
se  trouve  encore  dans  N^  (Archiv,  Cil,  204).  —  Sa  est  l'ancien  manus- 
crit Gil  y  Gil  à  Saragosse,  actuellement  à  Barcelone.  Je  dois  la  copie 
de  ce  manuscrit  à  l'obligeance  de  M.  P.  Barnils.  Je  l'imprime  in  extenso 
à  la  suite  du  texte  critique. 

Édition  d'après  tous  les  manuscrits  par  Adolf  Kolsen,  Zeitschr.  f.  rom. 
Phil.,  XXXII,  1908,  698-704. 

Versification  :  La  chanson  se  compose  de  six  coblas  unissonans,  d'une 
tornada  de  cinq  vers  et  d'une  autre  de  trois  vers,  selon  le  schéma 

suivant  : 

8a  7b  8a  76  8c  8d  8c  8c  8d||8c8d  8c  8c8d|18c  8c  8d 
C'est  l'unique  exemple  de  cette  forme  strophique  qui  figure  dans  Maus, 
Strophenbau.  sous  le  n"  382. 

Classement  des  manuscrits.  —  Comme  je  l'ai  dit  plus  haut  (p.  9),  cette 
chanson  est  attribuée  à  Guilhemde  Cabestanhpar.4D//i.  Si  cette  attri- 
bution est  exacte,  comme  le  veut  M.  Kolsen,  les  autres  manuscrits  — 
CM(N'^)RS^Va,  auxquels  on  peut  ajouter  H — remontent  à  un  même  ori- 
ginal fautif,  à  moins  qu'on  ne  veuille  admettre  que  plusieurs  copistes 
aient  pu,  indépendamment  les  uns  des  autres,  attribuer  faussement  la 
chanson  à  Giraut  de  Bornelh.  C'est,  en  effet,  l'hypothèse  dont  M.  Kolsen 
s'efforce  de  démontrer  la  vraisemblance.  L'étude  des  variantes  l'a  amené 
à  un  groupement  tout  autre  que  celui  qui  résulte  de  l'attribution. 

M.  Kolsen  accepte  deux  fois  une  leçon  donnée  par  IKS^V  contre 
tous  les  autres  manuscrits  :  d'abord  au  v.  26  (Qu'Amors  mi  fetz  pe-ls 
huels  passar  Sa  beutat)  où,  au  lieu  de  Amors,  les  mss.  ACDHRa  lisent 
ela  •  puis,  au  v.  28  (Soven  remembri  sas  faissos]  où,  au  lieu  de  remem- 
bri  les  mss.  ACDHMRa  ont  remire  (voir  la  note  à  ce  vers).  —  Le  vers  50 
est'trop  court  dans  la  plupart  des  manuscrits;  le  mot  qui  manque  au 
début  du  vers  est  bien  probablement  Litges  qui  se  trouve  dans  IK, 
et  que  S^V  remplacent  par  Privât.  Le  mot  manquant  a  été  remplacé 


LE  TROUBADOUR  GUlLHEM  DE  CABESTXNH.  193 

dans  A  par  Cotn,  ce  qui  fait  un  vers  faux  (l'original  aurait-il  porto.  Et 
omf).  Les  niss.  CDMRa  n'ont  rien  fait  pour  le  corriger.  M.  Kolsen  tire 
de  ceci  la  conclusion  que  les  manuscrits  IKS'V,  qui  sont  les  seuls  à 
donner  le  nombre  nécessaire  de  syllabes,  ont  une  leçon  supérieure  à 
celle  des  autres;  mais  on  pourrait  lui  répondre  que  si  le  copiste  de 
l'archétype  de  S^V  par  exemple,  a  trouvé  dans  son  original  un  vers  trop 
court,  il  a  très  bien  pu  le  compléter  en  ajoutant  un  mot  de  deux  syl- 
labes. —  Les  mss.  IKS^  (V  et  H  manquent)  donnent  encore  la  bonne 
leçon  domesgar  au  v.  58,  ou  ACDMRa  lisent  dernostrar.  Au  vers  56, 
la  chanson  est  adressée  à  la  dame,  d'après  IKR  (Cella)  et  Se  (Celles),  ce 
qui  paraît  plus  naturel  (comp.  le  v.  15),  tandis  que  d'après  ACDMa  elle 
est  envoyée  à  un  ami  (H  et  V  manquent). 

Il  faut,  selon  le  classement  de  M.  Kolsen,  accepter,  au  v.  29,  gran, 
qui  est  dans  IKS^  (F  manque),  plutôt  que  greu,  qui  est  dans  ACDHRa. 

—  -Au  V.  25,  j'ai  accepté,  contrairement  à  M.  Kolsen,  la  leçon  vei  IKV 
[ACDHMRS^a  portent  vi;  cf.  la  traduction  et  la  note  de  ce  vers).  D'au- 
tre part,  la  leçon  Privât  au  v.50  constitue  une  faute  commune  pour  S^V 

—  Au  V.  35,  dit  M.  Kolsen,  m'er  a  pu  être  omis  indépendamment  par 
les  copistes  de  IK  et  M,  étant  donnée  la  proximité  du  mot  niercejar. 

M.  Kolsen  n'a  pas  considéré,  au  point  de  vue  du  classement  des  ma 
nuscrits,  le  v.  4.  On  y  trouve  tout  d'abord,  à  côté  de  la  bonne  leçon  no 
s'eii  fra?iha,  donnéepar  CHRS^Va,  la  variante  wo-w  sofraignaXDIKM, 
groupe  qui  est  presque  identique  à  celui  qui  donne  pour  auteur  Guilhem 
de  Gabestanh  lADIK).  Ceci  est  d'autant  plus  frappant  que  nous  savons 
par  ailleurs  que,  en  général,  ADIK  vont  presque  toujours  ensemble*. 

La  leçon  no-m  sofraigna  est  pourtant  une  mauvaise  leçon,  provoquée 
sans  doute  par  le  v.  22  {m'i  sofranha).  Cette  faute  suffit-il  pour  assurer 
un  modèle  commun,  déjà  fautif,  des  manuscrits  ADIK,  ou  faut-il  croire 
plutôt  que  tous  ces  manuscrits  ont  commis  la  faute  indépendamment? 
Cette  dernière  hypothèse  semble  appuyée  par  le  fait  que  le  manuscrit  M 
s'accorde  ici  avec  ADIK.  —  La  première  partie  du  même  vers  4  est 
également  intéressant.  La  leçon  acceptée  par  'SI.  Kolsen  et  par  moi 
{Sol  mos  sabers)  est  dans  DIKMS^  [Sols  S&).  La  leçon  de  A  est  excel- 
lente, mais  probablement  refaite  [mas  doptos  Sui  que  sabers  no  in 
sofraigna).  Tons  les  axitres  manuscrits  s'accoi'dent  avec  A  pour  donner 
la  pr-emière  personne  du  verbe  auxiliaire  :  Sui  ACa,  SoY,  So)i  HR.  Cette 
faute  semble  remonter  à  un  modèle  où  on  avait  oublié  l'I  de  Sol. 

De  ce  qui  précède  il  ressort  qu'un  classement  rigoureux  des  manus- 
crits n'est  pas  possible  et  que  par  conséquent  l'étude  des  rapports  des 
manuscrits  ne  contribue  en  rien  à  la  solution  de  la  question  concernant 
l'auteur.  La  supériorité  des  leçons  choisies  par  M.  Kolsen  est  à  peine 
contestable;  notamment  au  v.  58  domesgar  IKSs  donne  seul  un  sens. 
Pour  l'établissement  du  texte,  il  faut  procéder  par  tâtonnement  —  ce 
qu'a  du  reste  fait  M.  Kolsen  :  au  v.  21,  la  leçon  adoptée  par  lui  se 
trouve  dans  V  seul  (je  lis,  avec  la  majorité  des  manuscrits,  Qu'horas; 


1.  M.  Kolsen  n'a  pas  signalé  l'étroite  parenté  des  manuscrits  AD  qui  est  solidement 
établie  par  les  passages  suivants  :  42  que'tn  doues  AD  (les  autres  mss.  que'l  me  des); 
42  rie  manque  dans  AD,  le  vers  est  faux  dans  D,  A  la  corrigé  à  sa  façon;  54  Sofrez  AD, 
les  autres  mss.  ont  Sofrissez,  le  vers  est  faux  dans  D,  le  copiste  de  j1  a  corrige.  Au 
vers  22,  ADa  lisent  qem,  IK  lisent  men,  tous  les  autres  manuscrits  mi. 

ANNALES   DU   MIDI.    —    XXVI.  13 


194  ARTHUR   LANGFORS. 

ce  pluriel  semble  s'opposer  mieux  A  jorns)  ;  au  v.  52,  dans  IK  seuls 
(degrâ);  au  v.  58,  dans  R  seul  (voir  ci-dessus,  p.  8)  ;  au  v.  59,  la  forme 
yslandes  se  trouve  dans  a  seul;  au  v.  60,  N'  dans  IS'Enuejatz  est 
dans  S^  seul.  Du  reste  mon  texte  ne  diflëre  du  sien  que  par  quelques 
détails  insignifiants  (v.  10,  21,  10,  58,  59)  :  il  est  presque  identique  à 
celui  de  IKS9. 
Orthographe  de  C, 

I.  Al  plus  leu  qu'ieu  sai  far  chansos, 

Gum  selh  que  daur'ez  estanlia, 
3    M'i  empren  eras,  mas  doptos  : 

Sol  mos  sabers  non  s'en  franha! 
Mas  per  tal  mi  platz  assajar 
6    Gum  leu  chansoneta  fezes, 

Quar  so  chant'om  mais  qu'es  meyns  car, 
Per  qu'eu  vau  planan  mon  chantar 
9    D'escurs  digz  qu'om  leu  l'aprezes. 

IL  Lonc  temps  ai  amat  em  perdos, 

No  puesc  sufrir  no  m'en  planha, 
12    E  non  sai  per  quais  ochaizos; 
Mai  ben  esperans  gazanha, 
Per  qu'ieu  ateii  —  mas  tart  me  par!  — 
15    Que  lieys  qui  m'es  del  cor  pus  près 
Fas'  Amors  tant  humiliàr 
Que*m  don  joy;  quar  no-m  pot  vedar 
18    Qu'ieu  non  l'am,  ab  qu'ilh  no  m  volgues. 

III.  Ges  d'amar  lieys  un  an  o  dos 

No-m  plane,  si  tôt  m'es  estranha, 

I.  1   qu'ieu]  que    F;   sai]  pose  IK;  far]  fatz  A;  que   farai  ch.  R.  — 

2  daur'ez]  daura  (et  manque)  IK,  dautret  a,  daut  V;   stamha  M.  — 

3  emprez  RV;  mas]  moût  IK.  —  4  Sols  S?,-  Son  m.  s.  R,  So  m.  s.  V, 
Son  mon  saber  H,  Sui  nions  s.  a,  Sui  mon  saber  C,  Sui  que  sabers  A  ; 
non  se  fragna  a,  nom  sofraigna  ADIKM.  —  6  Que  leus  chanzonetas  V. 
—  7  Car  so  prez  om  mays  Sa,  Car  mais  chant  hom  zo  V,  Car  so  chanta 
hom  (mais  manque)  R;  Car  so  chancs  (quancs  /)  hom  que  mais  a  c.  IK; 
qu'es]  que  D;  meyns  |  meis  H.  —  8  qu'eu]  quen  C,  qe  M;  vau]  ual  IK, 
manque  V.  —  9  leu  apr.  ARSoV;  Descuers  d.  qom  1.  li  prezes  M. 

II.  10  Loncs  IKMRVa;  amatz  V.  —  11  sufrir]  mudar  Sa.  —  12  quai 
CMa;  E  nom  par  que  sia  razos  R.  —  13  esperan  ACDHMV.  —  14  aten] 
naten  ADHR;  tar  IK.  —  15  Que]  Per  M;  del]  al  RS9 .  —  16  Mfai  V; 
amor  IK;  17  quar]  que  V;  ioi  quem  no  po  IK.  —  18  non  la  am  quilh  R; 
nom]  non  M;  lam  ia  ill  A  ;  âmes  AD. 

III.  20  plane]  clam  V. 


LE   TROUBADOUR   GUILHEM   DE   GABESTANH,  195 

21     Qu'horas,  jorns  e  temps  e  sazos 
Et  amors  tera  mi  sofranha. 

Qu'anc,  pus  la  vi,  per  nulh  pensar 
24    No  fo  qu'ins  el  cor  no  m'estes 

Ses  semblans  per  qu'ieu  la  vei  clar; 

Qu'Amors  mi  fe  pels  huels  passar 
27    Sa  bentat  que  tostemps  mires. 

IV.  Soven  remembri  sas  faissos, 

Qu'Amors  mi  ten  en  gran  lanha, 
30    E  no'm  par  ni  cre  que  anc  fos 
Vas  ren  de  mala  companha 
Mas  vas  me,  que  ges  dezamar 
33    Non  la  puesc  per  dan  que-n  prezes; 
Que'l  mais  m'es  douz  a  sufertar 
Per  que'l  bes  m'er  a  mercejar 
36    Qu'ieu  n'aten;  mas  no  m'o  tardes! 

V.  De  liey  servir  sui  volontos, 

Qu'ai  mens  aitan  cug  m'en  tanha; 
39    Qu'e  mans  luecs  es  servizis  bos. 
Eras  ai  trop  dig,  remanha  ! 
Qu'ab  un  fil  de  son  mantelh  var, 
42    S'a  lieys  fos  plazen  que-1  me  des, 
Me  fei'a  plus  jausent  estar 


21  Coras  e  iorns  t.  Sa,  Core  soyorns  t.  V.  —  532  Et]  Mas  A  ;  mi]  qem 
ADa,  men  IK.  —  23  Qan  M,  Car  Ss;  nul]  nulls  Sa,  rail  a.  —  24  No 
fo  quinz  al  cor  estes  (sic)  IK.  —  25  Snm  sembla  C,  Son  (So  T")  seinblan 
RV;  vei]  vi  ACDHMRSsa.  —  26  Qu'Amors  mij  Car  ellam  A,  Elam  (vers 
faux)  D,  Ez  111  me  M,  Ela  mi  CHRa;  uls  V.  —  27  beutatz  R;  totz  iorns  V. 

IV,  Les   V.   29-37   manquent  dans    V.   Le   v.   34  manque  dayis  Sa. 

—  28  S.  remire  ADHMRa,  S.  remir  en  C.  —  29  Samors  D;  tens  IK; 
gran]  greu  A  CDHRa,  tal  M.  —  30  ni  non  cre  cane  A  ;  que  anc]  cane 
(vers  faux)  R.  —  31  renda  m.  IK.  —33  qem  D;  quey  prezes  R.  —  34  mal 
CR.  —  35  qels  M;  be  So;  m'er]  mes  A,  met  C,  manque  IKM;  a]  ab  M; 
bes  mes  a  mesurar  a.  —  36  n'  ma7ique  da?is  a;  nol  me  t.  IK. 

V.  Les  V.  29-37  manquent  dans  V.  —  37  soi  R,  soy  Ss,  son  CH.  — 
38  Quel  C;  aitanz  H,  aten  A,  ateing  D;  cug]  cuiz  AD,  cre  IK.  —  39  Qez 
en  m.  1.  es  seruirs  b.  A,  Qen  m.  1.  es  seruirs  b.  (vers  faux)  D,  Que  m.  1. 
es  gent  seruir  b.   V.  —  40  ai]  nai  AV;  ditz  IK.  —  41  un  manque  D. 

—  42  plazenz  a,  plazem  A;  qem  dones  AD;  quil  lom  des  IK;  me] 
mo  a. 


196  ARTHUR   LANGFORS. 

E  mais  rie  que  noTQ  pogra  far 
45    Autra  del  mon  qu'ab  si'm  colgues. 

VI.  Fis  amies  dezaventuros, 

Ab  pauc  de  joy,  ses  mesclanha, 
48    Messongiers  de  messongas  bios, 

Esquius  pus  qu'ausels  de  sanha, 
Litges  per  vendre  e  per  donar 
51     Vos  ai  estât  e,  si"us  plagues, 
Degra-m  ab  vos  merce  trobar. 
Dona,  pus  als  ncm  voletz  far, 
54    Sofrissetz  qu'icus  vis  e'us  pregues! 

VII.  Chansos,  tu  m'iras  saludar 

Sela  qui  m'es  del  cor  pus  près 
57    E  dir  a-N  Raimon  ses  duptar 

Qu'ieu  cug  Malleon  domesgar 
Plus  leu  d'un  falcon  yrlandes. 

VIII.  N'Enuejatz,  ieu  sai  tan  d'amar 
61    Que  miels  dezir  e  miels  tene  car 

E  miels  am  d'ome  qu'anc  nasques. 

44  Ancar  m.  que  non  A,  F,  m.  que  nom  (vers  faux)  D;  ries  IKR; 
no  IK,  non  Aa.  —  45  Cautra  V;  qam  sim  M  ;  colques  IKR. 

VI.  Le  ms.  H  s'arrête  ait  mot  Mesongier,  v.  48;  le  reste  de  la  chan- 
son manque.  —  47  A  HMRV,  E  C;  mesclanha]  clanha  C.  —  48  Messon- 
gier  CH;  de  mensonia  b.  S9,  de  mensonges  b.  IK.  —  49  Esqiu  M, 
Esqui  R,  E  qi  a,  Li  soi  So ;  qu'auselsj  cauzel  So,  couzel  a;  de  saynha  C, 
despainha  S9;  E.  consels  de  sardeingna  IK.  —  50  Litges]  Privatz  V, 
Priuat  Ss,  Com  A,  manque  CDMRa;  e]o  CDMRSa,  ou  a;  p.  dar  S3.  — 
51  Uos  sut  estatz  A.  —  52  Degra  ab  ACMRSaa,  Degrab  [vers  faux)  B; 
Degrap  uos  be  m.  t.  V.  —  53  als]  al  a;  nom]  non  D;  D.  sais  nom 
uolgessatz  f.  T'.  —  54  Soflfrissatz  V,  Sulïrez  {vers  faux)  D;  que-us] 
ques  V;  Sofretz  qeus  uis  eqeus  preies  A,  Suffrirez  queus  am  e  nom  no 
ges  (sic)  IK. 

VII.  Les  manuscrits  HV  n'ont  pas  les  deux  tornades.  —  55  Chanso 
CRa;  saludar]  laudar  a.  —  56  Seluy  CADMa.  Celles  Sb;  del]  el  a.  — 
57  Raimon]  'R-  MSoa;  di  a  raimon  (raimen  A')  IK;  E  diras  li  (lim  D} 
aenes  d.  ADE.  —  58  Qiem  a,  Quem  R,  Que  D;  maleon  M,  malleo  Ss,  al 
deon  R,  m'Aldeon  Kolsen;  demostrar  ADMRa,  desmostrar  C.  —  59falco 
CD;  yrlanes  C,  yslandes  a,  que  prees  IK. 

VIII.  Cette  tornade  est  dans  CIKMSoa.  —  60  Enueiat  CM;  Enueios 
eu  sui  t.  IK;  Non  veratz  eu  fai  a.  —  61  Quel  CIK;  el  m.  CIK. 


LE   TROUBADOUR   GUILHEM   DE   GABESTANH. 


197 


Ss  (fol.  70).  —  Guiraut  de  borneill. 


I 
Al  plus  leu  quieii  sai  far  chansos. 
con  cel  qui  daura  ezesta  |  inha. 
mien  pren  era  mais  dubtos. 
sols  mos  sabers  no  sen  (  frainha. 
mas  per  tal  rai  platz  essaiar. 
com  leu  chansoneta  |  fezes. 
car  so  prezom  maj-s  (\ues  nieyns  cai-. 
per  quieu  uau  pla| nan  mon  chantar. 
descurs  digz  com  leu  aprezes.  | 

II 

Lonc  temps  ai  amat  enperdos. 
no  puesc  mudar  nomenplainha. 
et  (fol.  70")  no  sai  per  cals  ocaizos. 
mas  benesperans  gasayna. 
per  queu  atcn  mas  tart  |  me  par. 
que  lies  qui  mes  alcor  plus  près, 
fas  samors  tant  humeliar. 
quem  |  don  ioi  car  nom  pot  uedar. 
quieu  no  lam  ab  quill  nom  uolgues.  f 

III 

Jeis  damar  lieis  un  an  odos. 
nom  plane  si  tôt  mes  estrayna. 
coras  e  |  iorns  tems  e  sazos. 
e  amors  tem  mi  sofrainha. 
car  pois  la  ui  per  nulls  pen  |  sar. 
no  fo  quins  el  cor  no  mestes. 
SOS  semblans  per  quieu  laui  clar. 
camors  |  mi  fes  pels  hueills  passar. 
sa  beutat  q«e  tostems  mires.  | 

IV 

Souen  remenbre  sas  faysos. 
camors  mi  te  en  gran  lainha. 
et  nom  |  par  ni  cre  que  anc  fos. 
uas  re  de  mala  eompainha. 


mas  uasme  que  ges  dezam  [  ar. 
non  la  puesc  per  dan  quen  prezes. 

per  quel  be  mer  amerceiar. 
quieu  na  |  ten  mas  nom  ho  tarzes.| 

V 
De  lieis  serair  soyuolontos. 
cal  meins  aitan  cug  mentainha. 
quen  mains  j  luecs  es  seruicis  bos. 
eras  ai  trop  dig  remayna. 
cab  un  fil  de  son  mantel  |  uar. 
salieis  fos  plazen  quel  mi  des. 
mi  fera  plus  iauzen  estar. 
emay  rich  |  que  nom  pogra  far, 
autra  del  mon  cab  sim  colghes.  | 

VI 
Fis  amies  dezauenturos.  | 
ab  pauc  de  ioi  ses  mesclainha. 
mensoniers  |  de  mensoniablos. 
li  soi  plus  cauzel  despainha. 
priuat  per  uendre  o  per  dar.  | 
uos  ay  estât  et  sius  plagues. 
degra  ab  uos  merçe  trobar. 
domna  pos  als  |  nom  uoletz  far. 
sufrisses  queus  uis  eus  pregues   | 

VII 

Chansos  tu  miras  saludar. 
celles  qui  mes  del  cor  plus  près, 
e  dir  an  -R-  |  ses  dubtar 
quieu  cug  malleo  domesgar. 
plus  leu  dun  falcow  irlandes.  | 

VIII 

Nenueiatz  eu  sai  tan  damar. 
que  miels  dezir  et  miels  tenc  car. 
et  miels  |  am  dôme  quanc  nasques. 


I.  J'entreprends  maintenant,  comme  celui  qui  dore  et  étame,  de 
faire  une  chanson  facile,  de  la  façon  la  plus  simple  dont  je  sois 
capable,  craignant  seulement  que  mon  savoir  (ma  réputation  de 
savoir?)  n'en  souffre.  Mais  il  me  plaît  d'essayer  de  faire  une  chan- 


I.  2  Daur'ez  estanha.  Les  mêmes  mots  se  trouvent  accouplés  en  an- 
cien français  pour  dire  «  polir,  arranger  »  :  Li  cors  se  dore  et  si  s'estame 
{Li  Regrès  Xostre  Dame,  par  Huon  le  Roi  de  Cambrai,  58,4).  —  7  Car 
«  difficile  »  (Levy,  SW.,  I,  208,4). 


198  ARTHUR   LAXGFORS. 

son  facile,  parce  que  l'on  chante  plus  souvent  ce  qui  est  moins 
difficile,  et  si  j'épure  ma  chanson  de  mots  obscurs,  c'est  pour 
qu'on  l'apprenne  (ou  l'apprécie)  plus  facilement. 

II.  J'ai  longtemps  aimé  sans  récompense,  et  je  ne  puis  m'empê- 
cher  de  m'en  plaindre,  et  je  ne  sais  pour  quelle  raison  [je  n'ai  rien 
obtenu];  mais  c'est  par  l'attente  que  l'on  réussit,  et  c'est  pourquoi 
je  patiente  —  mais  l'attente  m'est  longue  !  —  dans  l'espoir  qu'Amour 
adoucisse  celle  qui  m'est  le  plus  près  du  cœur  au  point  qu'elle  me 
donne  de  la  joie;  car  elle  ne  peut  me  défendre  de  l'aimer,  quand 
même  elle  ne  voudrait  pas  de  moi. 

III.  Je  ne  me  plains  pas  de  {c.-à-d.  je  consens  à)  l'aimer  [en 
vain]  un  an  ou  deux,  bien  qu'elle  me  soit  cruelle  à  un  tel  point 
que  je  crains  que  les  heures  et  le  jour  et  le  temps  et  la  saison  et 
l'amour  ne  me  manquent  {ou  ne  se  dérobent);  car  jamais  depuis 
que  je  l'ai  vue,  aucune  préoccupation  n'a  empêché  que  son  image 
ne  remplît  mon  cœur,  de  sorte  que  je  la  vois  clairement,  parce 
qu'Amour  a  fait  traverser  mes  yeux  par  sa  beauté  afin  que  je  l'ad- 
mirasse toujours. 

IV.  Souvent  je  me  remémore  sa  beauté  [ou  ses  façons  d'être), 
car  Amour  me  tient  en  grande  affliction,  ni  je  ne  crois  qu'elle  n'ait 
jamais  maltraité  personne  sauf  moi  qui  ne  puis  cesser  de  l'aimer, 
quelque  dommage  que  j'en  éprouve;  mais  le  mal  m'est  doux  à 
souffrir  parce  que  [je  sais  que]  j'aurai  à  lui  rendre  grâces  pour  le 
bien  que  j'attends  d'elle  :  mais  qu'elle  ne  me  le  fasse  pas  trop 
attendre! 

V.  Je  suis  déterminé  à  la  servir,  et  je  crois  que  j'ai  au  moins  ce 
droit(?);  car  en  maints  lieux  le  service  est  bon  {c.-à-d.  finit  par 

II.  1(1  Dans  Loncs  temps  IKMRVa  \'s  de  loncs  a  sans  doute  été  attiré 
par  r*  de  temps.  —  18  Ab  que  «  quand  même  »  (Levy,  iS'TT'..  I,  1,  2). 

II.  12  Ce  vers  se  rattache  au  v.  10  et  le  commente. 

III.  25  Au  lieu  de  la  de  tous  les  manuscrits,  on  pourrait  lire  Ja  [ja 
vei,  etc.,  «  car  je  vois  clairement  qu'Amour,  etc.  »). 

IV.  28  M.  Kolsen  a  oublié  de  signaler  la  variante  de  C  :  remir  en  sas 
faissos,  qui  semble  indiquer  qu'il  faut  interpréter  remire  de  la  plupart 
des  manuscrits  par  remir  e.  —  35  M'er  est  dans  DUR  seuls  [m'es  Aa, 
m,et  C  ;  IKM  manquent). 

V.  37-40  Le  sens  du  passage  est  sans  doute  :  «  Que  ma  dame  me  per- 
mette au  moins  de  la  servir;  car  autrement  je  serais  tenté  de  m'adresser 
à  une  autre;  mais  ce  sont  là  des  paroles  légères...  » 


I.E  TROUBADOUR    GUILHEM   DE   OABESTANH.  199 

obtenir  la  récompense).  Mais  j'en  ai  trop  dit,  assez!  Car  avec  un 
lil  de  son  manteau  vair,  sil  lui  plaisait  de  me  le  donner,  elle  me 
ferait  plus  joyeux  et  plus  riche  que  ne  me  pourrait  faire  n'importe 
quelle  autre  femme  au  monde  qui  m'accorderait  les  dernières  fa- 
veurs. 

VI.  Ami  fidèle  et  malheureux,  peu  favorisé,  patient  (sans  récri- 
minations), mensonger  sans  mensonge(?),  timide(?j  plus  qu'un 
oiseau  de  marais,  vassal  si  soumis  que  vous  pourriez  me  vendre 
ou  me  donner,  voilà  ce  que  je  fus  pour  vous;  aussi  devrais-je, 
s'il  vous  plaisait  ainsi,  trouver  merci  auprès  de  vous.  Dame,  puis- 
que vous  ne  voulez  pas  m'accorder  autre  chose,  souffrez  que  je 
vous  voie  et  vous  prie! 

VII.  Chanson,  tu  iras  saluer  pour  moi  celle  qui  est  le  plus  près 
de  mon  cœur  et  dire  à  Raim.on,  sans  hésiter,  que  je  compte  appri- 
voiser Mallèon  plus  facilement  qu'un  faucon  irlandais. 

VIII.  Désiré,  je  suis  tellement  versé  dans  l'art  d'aimer  que  je 
désire  et  chéris  et  aime  mieux  qu'aucun  homme  qui  naquit  jamais. 


II 

LES  QUATRE  RÉDACTIONS  DE  LA  BIOGRAPHIE 


quel  Guillielmo, 

Che  per  cantar  a'I  fior  di  suoi  di  scemo. 
(Pétrarque,  Trionfi,  III,  53-4). 


La  vie  du  troubadour  Guilhem  de  Gabestanh,  telle  qu'elle 
est  racontée  par  les  anciens  biographes  provençaux,  se  pré- 
sente dans  quatre  rédactions  différentes. 

L  —  La  rédaction  la  plus  courte  est  donnée  par  les  manus- 

VI.  49  Sanha  «  pré  marécageux,  terrain  humide»  (Levy,  SW.,  VII, 
468). 

VII.  58  Sur  la  leçon  adoptée  par  M.  Kolsen,  voir  ci-dessus,  p.  8.  — 
59  M.  Kolsen  fait  observer  que  le  pays  d'origine  des  faucons  de  chasse 
est  plutôt  l'Islande  que  l'Irlande.  Mais  il  n'est  guère  probable  que  le  poète 
ait  pensé  à  l'Islande,  Yslandes  se  trouve  d'ailleurs  dans  a  seul. 


200  ARTHUR    I.ANGFORR. 

crits  IK  et  dans  un  ms.  de  l'Ambrosienne,  identique  à  ceux- 
ci.  En  voici  la  traduction  : 

«  Guilhem  de  Cabestanh  était  un  chevalier  de  la  contrée 
de  Roussillon,  voisine  de  la  Catalogne  et  du  Narbonnais.  Il 
était  beau,  très  bon  cavalier  et  très  courtois.  Il  y  avait  dans 
la  contrée  une  dame  appelée  Seremonda,  femme  de  Raimon, 
seigneur  de  Château-Roussillon'.  Celui-ci   était  un  homme 
très  riche  et  noble,  mais  dur  et  méchant,  sauvage  et  orgueil- 
leux.  Et  Guilhem  de  Cabestanh   aimait  d'amour  la  dame 
Seremonda  et  chantait  d'elle  et  faisait  ses  chansons  sur  elle. 
Et  la  dame,  qui  était  jeune  et  noble  et  belle  et  agréable,  l'ai- 
mait sur  toutes  choses  au  monde.  Et  cela  fut  dit  un  jour  à 
Raimon  de  Château-Roussillon,  et  celui-ci,  furieux  et  jaloux, 
apprit  que  c'était  vrai,  et  fit  garder  sa  femme  sévèrement. 
Et  un  jour  Raimon  de  Château-Roussillon  trouva  Guilhem 
passant-  sans  grande  escorte  et  le  tua.  Ensuite  il  lui  enleva 
le  cœur  et  le  fit  porter  par  un  écuyer  à  son  château.  Puis  il 
le  fit  rôtir  et  préparer  au  poivre  et  le  donna  à  manger  à  sa 
femme.  Et  quand  elle  l'eut  mangé,  le  seigneur  lui  dit  ce  que 
c'était,  et  elle  en  perdit  la  vue  et  l'ouïe.  Revenue  à  elle,  elle 
lui  dit  :  «  Seigneur,  vous  m'avez  donné  un  si  bon  mets  que 
«  jamais  je  n'en  mangerai  d'aulre.  »  Quand  il  entendit  ce 
qu'elle  disait,  il  voulut  la  frapper  à  la  tête  avec  sou  épée, 
mais  elle  se  précipita  du  haut  du  balcon  et  mourut.  » 

II.  —  Dans  la  deuxième  rédaction,  conservée  dans  les 
manuscrits  ABN^,  le  début  est  à  peu  près  identique  à  celui 
de  la  première.  Pour  ce  qui  suit,  il  y  a  entre  les  rédactions 
I  et  II  trois  différences  essentielles  à  noter. 

1«  En  même  temps  que  le  cœur,  le  mari  enlève  à  son 
malheureux  rival  la  tête,  qu'il  montre  ensuite  à  sa  femme, 
après  lui  avoir  révélé  ce  qu'elle  venait  de  manger  (l'épisode 
de  la  tète  manque  dans  iV-,  de  même  que  dans  /A',  tandis 


1.  Je  rétablis  la  forme  correcte,  plusieurs  fois  altérée  dans  les  manus- 
crits (voy.  plus  loin  le  texte). 

2.  Tous  les  manuscrits  IKABN*  ont  paissmi,  que  Chabaneau  (Biogr., 
p.  307)  corrige  tacitement  en  passait;  j'adopte  cette  interprétation. 


LE   TROUBADOUR    GUILHEM   DE   CABESTANH.  201 

qu'elle  se  trouve  dans  toutes  les  autres  rédactions;  cette 
lacune  rapproche  d'une  manière  particulière  le  ms.  N^  de  la 
rédaction  I;j'y  reviendrai'). 

2°  Le  dialogue  entre  le  mari  et  la  femme,  après  le  repas 
tragique,  est,  dans  la  deuxième  rédaction,  plus  développé  et 
surtout  beaucoup  plus  naturel.  Voici  les  passages  en  ques- 
tion : 

«  Il  lui  fit  enlever  le  cœur  et  couper  la  tête  et  les  fit  porter 
à  son  château.  Et  il  fit  rôtir  le  cœur  et  préparer  au  poivre  et 
le  fit  donner  à  manger  à  sa  femme.  Et  quand  la  femme  l'eut 
mangé,  Raimon  de  Ghâteau-Roussillon  lui  dit  :  «  Savez-vous 
t  ce  que  vous  avez  mangé?  »  Et  elle  répondit  :  «  Non,  sinon 

*  que  c'était  un  mets  bon  et  savoureux,  »  Et  il  lui  dit  que  ce 
qu'elle  avait  mangé  était  le  cœur  de  sire  Guilhem  de  Gabes- 
tanh.  Et  pour  qu'elle  le  ciùt  mieux,  il  fit  apporter  la  tête  de- 
vant elle,  et  quand  la  dame  vit  et  entendit  cela,  elle  en  perdit 
la  vue  et  l'ouïe.  Revenue  à  elle,  elle  lui  dit  :  «  Seigneur,  vous 

*  m'avez  donné  un  si  bon  mets  que  jamais  je  n'en  mangerai 
€  d'autre...  » 

3°  La  différence  la  plus  importante  entre  la  biographie  I  et 
la  biographie  II  consiste  en  ce  que  raconte  le  rédacteur  de  la 
biographie  II  des  événements  survenus  après  la  mort  de  la 
dame.  Tandis  que  la  rédaction  I  s'arrête  après  avoir  raconté 
cette  mort,  la  rédaction  II  continue  ainsi  : 

«  La  nouvelle  courut  par  le  Roussillon  et  par  toute  la  Cata- 
logne que  sire  Guilhem  de  Gabeslanh  et  la  dame  avaient  péri 
ainsi  malheureusement,  et  que  sire  Raimon  de  Ghâteau-Rous- 
sillon avait  donné  le  cœur  de  sire  Guilhem  à  manger  à  sa 
femme.  Et  le  deuil  en  fut  grand  par  toutes  les  contrées.  Et  la 
plainte  en  vint  jusqu'au  roi  d'Aragon,  qui  était  le  seigneur 
de  Raimon  de  Ghâteau-Roussillon  et  de  Guilhem  de  Gabes- 
tanh.  Et  il  vit  venir  Raimon  de  Ghâteau-Roussillon  devant 
lui,  le  fit  prendre  et  lui  enleva  tous  ses  châteaux  et  les  fit 
détruire  et  lui  prit  tout  ce  qu'il  possédait  et  l'emmena  en  pri- 
son. Puis  il  fit  prendre  les  corps  de  Guilhem  de  Gabestanh  et 

1.  Voir  ci-dessous,  p.  211. 


202  ARTHUR    LANGFORS. 

(le  la  dame  et  les  fit  porter  à  Perpignan  et  les  mettre  dans  un 
tombeau*  devant  la  porte  de  l'église.  Et  il  fit  inscrire  sur  le 
tombeau  de  quelle  manière  ils  étaient  morts.  Et  il  ordonna 
que  tous  les  chevaliers  et  les  dames  du  comté  de  Roussillon 
allassent  tous  les  ans  célébrer  l'anniversaire  de  leur  mort.  Et 
Raimon  de  Château -Roussillon  est  mort  dans  la  prison  du 
roi.  » 

III.  —  Les  deux  autres  rédactions  ont  de  commun  surtout 
liMir  caractère  de  razo  :  ce  qui  les  distingue  des  biographies 
déjà  mentionnées  c'est  la  préoccupation  de  citer  la  chanson 
la  plus  célèbre  du  troubadour  et  d'expliquer  dans  quelles 
circonstances  elle  fut  composée.  La  rédaction  III  est  conser- 
vée dans  les  manuscrits  HRb.  D'après  ces  manuscrits  (et 
également  d'après  la  rédaction  IV),  le  troubadour  aurait  com- 
posé sa  plus  célèbre  chanson  quand  le  mari  jaloux  «  eut 
enfermé  sa  femme  dans  une  tour  et  lui  fit  et  dit  autant  de 
choses  désagréables  qu'il  put.  Guilhem  de  Cabestanh  entra 
alors  dans  une  grande  tristesse  et  fit  la  chanson  qui  dit  : 

Li  doulz  consire 
Qe-m  don'Ambrs  soven. 

Et  quand  Raimon  de  Castel-Roussillon  entendit  la  chanson 
que  Guilhem  avait  composée,  il  comprit  qu'il  l'avait  faite  sur 
sa  femme.  »  Le  manuscrit  R  renchérit  encore,  en  ajoutant  : 
«  Quand  Raimon  entendit  la  chanson,  il  crut  qu'elle  avait  été 
composée  sur  sa  femme,  car  il  était  dit  dans  un  couplet  : 
«  Tout  ce  que  je  fais  par  crainte,  vous  devez  le  prendre  en 
«  bonne  foi,  même  quand  je  ne  puis  vous  voir^.  »  Et  c'est  à 
ces  mots qu'ille  comprit, car  Guilhem  ne  pouvait  pas  la  voir.  » 
Le  récit  de  la  version  III  est  du  reste  à  peu  près  le  même 
que  dans  IL  L'épisode  de  la  tête  s'y  retrouve,  mais  le  dialo- 
gue entre  le  mari  et  la  femme  est  peu  habilement  retouché. 
En  racontant  que  le  mari  voulait  la  frapper,  R  ajoute  mala- 

1.  Monumen  ne  veut  pas  nécessairement  dire  «  monument  »  (comme 
traduit  G.  Paris,  Hist.  litt.,  XXVIII.  377),  mais,  de  même  qu'en  ancien 
français,  simplement  «  tombeau  ». 

^.  Ce  sont  les  vers  27-30  de  la  chanson. 


LE  TROUBADOUR   GUILHEM   DE   GABESTANH.  203 

droitement  qu'  <  elle  eut  peur  et  s'enfuit  vers  les  fenêtres  de 
la  tour,  »  etc. 

Le  récit  des  événements  survenus  après  la  mort  des 
amants  abonde,  dans  la  rédaction  III,  en  détails  géographi- 
ques. Selon  H,  «  le  roi  d'Aragon  fit  mettre  Guilhem  de  Ga- 
bestanh  et  la  dame  dans  un  tombeau  devant  la  porte  d'une 
église  à  Perpignan,  riche  château  {horc)  qui  est  dans  la  plaine 
de  Roussillon  et  appartenant  au  roi  d'Aragon,  i  La  version  IV 
(ms.  P)  dit  à  peu  près  la  même  chose  :  «  devant  la  porte  de 
l'église  à  Perpignan,  dans  un  château  {porc)  qui  est  dans  la 
plaine  de  [en  plan  de)  Roussillon  et  de  Gerdagne  et  apparte- 
nant au  roi  d'Aragon...  Et  le  château  où  furent  ensevelis 
Guilhem  et  la  dame  s'appelle  Perpignac.  »  Le  manuscrit  R, 
où  manquent  ces  détails,  est  autrement  précis  :  selon  R,  les 
amants  furent  ensevelis  devant  la  porte  de  l'église  de  Saint- 
Jean  à  Perpignan. 

IV.  —  La  quatrième  rédaction  est  conservée  dans  le  ma- 
nuscrit P  seul.  Ge  long  récit  est  tout  un  roman.  Les  détails 
abondent.  Il  y  a  là  à  noter  surtout  une  intrigue  amoureuse 
assez  compliquée  à  laquelle  sont  mêlées  la  sœur,  appelée 
Agnès,  de  la  dame  (appelée  ici  Margarida)  et  le  mari  d'Agnès, 
Robert  de  Tarascon. 

Stendhal  a  traduit  —  «  mot  à  mot  et  sans  chercher  aucune- 
ment l'élégance  du  langage  actuel  »  —  ce  récit  au  chapitre  lu 
{La  Provence  au  XII^  siècle)  de  son  livre  De  Vamour.  Il  en 
a  même  vu  le  manuscrit,  au  moins  a  t-il  muni  sa  traduction 
de  cette  note  qui  ne  manque  pas  de  saveur  :  «  Le  manuscrit 
est  à  la  bibliothèque  Laurentiana.  M.  Raynouard  le  rapporte 
au  tome  V  de  ses  Troubadours,  page  189.  Il  y  a  plusieurs 
fautes  dans  son  texte;  il  a  trop  loué  et  trop  peu  connu  les 
troubadours.  »  L'interprétation  de  Stendhal  est  en  effet  assez 
correcte;  elle  pourra  servir  de  traduction  au  texte  reproduit 
plus  loin.  Quelques  rectifications  seront  données  en  note, 
entre  crochets.  —  Nous  citons  l'édition  originale  de  1822. 

«  Monseigneur  Raymond  de  Roussillon  fut  un  vaillant  baron, 
ainsi  que  le  savez,  et  eut  pour  femme  madona  Marguerite,  la 


204  ARTHUR   LANGFORS. 

plus  belle  femme  que  l'on  connût  en  ce  temps,  et  la  plus  douée 
de  toutes  belles  qualités,  de  toute  valeur  et  de  toute  courtoisie.  Il 
arriva  ainsi  que  Guillaume  de  Gabstaing,  qui  fut  fils  d'un  pauvre 
chevalier  du  château  Gabstaing,  vint  à  la  cour  de  monseigneur 
Raymond  de  Roussillon,  se  présenta  à  lui  et  lui  demanda  s'il 
lui  plaisait  qu'il  fût  varlet  de  sa  cour.  Monseigneur  Raymond, 
qui  le  vit  beau  et  avenant,  lui  dit  qu'il  fut  le  bienvenu  et  qu'il 
demeurât  en  sa  cour.  Ainsi  Guillaume  demeura  avec  lui  et  sut  si 
geiitement  se  conduire  que  petits  et  grands  l'aimaient;  et  il  sut 
tant  se  distinguer  que  monseigneur  Raymond  voulut  qu'il  fût 
donzel  de  madona  Marguerite,  sa  femme;  et  ainsi  fut  fait.  Adonc 
s'efforça  Guillaume  de  valoir  encore  plus  et  en  dits  et  en  faits. 
Mais  ainsi  comme  il  a  coutume  d'avenir  en  amour,  il  se  trouva 
qu'Amour  voulut  prendre  madona  Marguerite  et  enflammer  sa 
pensée.  Tant  lui  plaisait  le  faire  de  Guillaume,  et  son  dire,  et  son 
semblant,  qu'elle  ne  put  se  tenir  un  jour  de  lui  dire  :  «  Or  ça, 
dis-moi,  Guillaume,  si  une  femme  te  faisait  semblant  d'amour, 
oserais-tu  bien  l'aimer?  »  Guillaume,  qui  s'en  était  aperçu,  lui 
répondit  tout  franchement  :  «  Oui,  bien  ferais-je,  ma  dame,  pourvu 
seulement  que  le  semblant  fût  véritier.  —  Par  saint  Jean  !  fit 
la  dame,  bien  avez  répondu  comme  un  homme  de  valeur;  mais 
à  présent  je  te  veux  éprouver  si  tu  pourras  savoir  et  connaître,  en 
fait  de  semblans  quels  sont  de  vérité  et  quels  non.  » 

«  Quand  Guillaume  eut  entendu  ces  paroles,  il  répondit  :  «  Ma 
dame,  qu'il  soit  ainsi  comme  il  vous  plaira.  » 

«  Il  commença  à  être  pensif,  et  Amour  aussitôt  lui  chercha 
guerre  ;  et  les  pensers  qu'Amour  envoie  aux  siens  lui  entrèrent 
dans  le  tout  profond  du  cœur,  et  de  là  en  avant  il  fut  des  servans 
d'Amour  et  commença  à  trouver  *  de  petits  couplets  avenans  et 
gais,  et  des  chansons  à  danser  et  des  chansons  de  chant-  plaisant, 
par  quoi  il  était  fort  agréé,  et  plus  de  celle  pour  laquelle  il  chan- 
tait. Or  Amour,  qui  accorde  à  ses  servans  leur  récompense  quand 
il  lui  plaît,  voulut  à  Guillaume  donner  le  prix  du  sien;  et  le  voilà 
qui  commence  à  prendre  la  dame  si  fort  de  pensers  et  de  réflexions 
d'amour  que  ni  jour  ni  nuit  elle  ne  pouvait  reposer,  songeant  à 
la  valeur  et  à  la  prouesse  qui  en  Guillaume  s'était  si  copieusement 
logée  et  mise. 

«  Un   jour  il   arriva  que  la  dame  prit  Guillaume  et  lui  dit  : 

1.  Faire. 

2.  Il  inventait  les  airs  et  les  paroles. 


LE   TROUBADOUR   GUILHEM   DE  CABESTANH.  205 

«  Guillaume,  or  ça,  dis-moi,  t'es-tu  à  cette  heure  aperçu  de  mes 
semblans,  s'ils  sont  véritables  on  mensongers?  »  Guillaume  ré- 
pond :  «  Madona,  ainsi  Dieu  me  soit  en  aide,  du  moment  en  ça 
que  j'ai  été  votre  servant,  il  ne  m'a  pu  entrer  au  cœur  nulle  pensée 
que  vous  ne  fussiez  la  meilleure  qui  onc  naquit  et  la  plus  véritable 
et  en  paroles  et  en  semblans.  Gela  je  crois  et  croirai  toute  ma 
vie.  »  Et  la  dame  répondit  : 

«  Guillaume,  je  vous  dis  que  si  Dieu  m'aide  que  ja  ne  serez  par 
moi  trompé,  et  que  vos  pensers  ne  seront  pas  vains  ni  perdus.  » 
Et  elle  étendit  les  bras  et  l'embrassa  doucement  dans  la  chambre 
où  ils  étaient  tous  deux  assis,  et  ils  commencèrent  leur  druerie*  ; 
et  il  ne  tarda  guère  que  les  médisants,  que  Dieu  ait  en  ire,  se  mi- 
rent à  parler  et  à  deviser  de  leur  amour,  à  propos  des  chansons 
que  Guillaume  faisait,  disant  qu'il  avait  mis  son  amour  en  ma- 
dame Marguerite,  et  tant  dirent-ils  à  tort  et  à  travers  que  la  chose 
vint  aux  oreilles  de  monseigneur  Raymond.  Alors  il  fut  grande- 
ment peiné  et  fort  grièvement  triste,  d'abord  parce  qu'il  lui  fallait 
perdre  son  corapagnon-écuyer  qu'il  aimait  tant,  et  plus  encore 
pour  la  honte  de  sa  femme. 

«  Un  jour  il  arriva  que  Guillaume  s'en  était  allé  à  la  chasse  à 
l'épervier  avec  un  écuyer  seulement;  et  monseigneur  Raymond  fit 
demander  où  il  était  ;  et  un  valet  lui  répondit  qu'il  était  allé  à 
l'épervier,  et  tel  qui  le  savait  ajouta  qu'il  était  en  tel  endroit.  Sur- 
le-champ  Raymond  prend  des  armes  cachées  et  se  fait  amener 
son  cheval,  et  prend  tout  seul  son  chemin  vers  cet  endroit  où 
Guillaume  était  allé  :  tant  il  chevaucha  qu'il  le  trouva.  Quand 
Guillaume  le  vit  venir,  il  s'en  étonna  beaucoup,  et  sur-le-champ  il 
lui  vint  de  sinistres  pensées,  et  il  s'avança  à  sa  rencontre  et  lui  dit  : 
«  Seigneur,  soyez  le  bien  arrivé.  Comnient  êtes-vous  ainsi  seul?  » 
Monseigneur  Raymond  répondit  :  «  Guillaume,  c'est  que  je  vais 
vous  cherchant  pour  me  divertir  avec  vous.  N'avez- vous  rien  pris? 
—  Je  n'ai  guère  pris,  seigneur,  car  je  n'ai  guère  trouvé;  et  qui  peu 
trouve  ne  peut  guères  prendre,  comme  dit  le  proverbe.  —  Laissons 
là  désormais  cette  conversation,  dit  monseigneur  Raymond,  et, 
par  la  foi  que  vous  me  devez,  dites-moi  vérité  sur  tous  les  sujets 
que  je  vous  voudrai  demander.  —  Par  Dieu  !  seigneur,  dit  Guil- 
laume, si  cela  est  chose  à  dire,  bien  vous  la  dirai-je.  —  Je  ne  veux 
ici  aucune  subtilité,  ainsi  dit  monseigneur  Raymond,  mais  vous 

1.  A  far  air  amore. 


206  ARTHUR   LANGFORS. 

me  direz  tout  entièrement  sur  tout  ce  que  je  vous  demanderai.  — ' 
Seigneur,  autant  qu'il  vous  plaira  me  demander,  dit  Guillaume, 
autant  vous  dirai-je  la  vérité.  »  Et  monseigneur  Raymond  de- 
mande :  «  Guillaume,  si  Dieu  et  la  sainte  foi  vous  vaut,  avez-vous 
une  maltresse  pour  qui  vous  chantiez  ou  pour  laquelle  Amour 
vous  étreigne?  »  Guillaume  répond  :  «  Seigneur,  et  comment 
ferais-je  pour  chanter,  si  Amour  ne  me  pressait  pas?  Sachez  la 
vérité,  monseigneur,  qu'Amour  m'a  tout  en  son  pouvoir,  »  Ray- 
mond répond  :  «  Je  veux  bien  le  croire  ,  qu'autrement  vous 
ne  pourriez  pas  si  bien  chanter;  mais  je  veux  savoir  s'il  vous 
plaît  qui  est  votre  dame.  —  Ah  !  Seigneur,  au  nom  de  Dieu, 
dit  Guillaume,  voyez  ce  que  vous  me  demandez.  Vous  savez 
trop  bien  qu'il  ne  faut  pas  nommer  sa  dame,  et  que  Bernard 
de  Ventadour  dit  : 

En  une  chose  ma  raison  me  sert  ' , 

Que  jamais  homme  ne  m'a  demandé  ma  joie, 

Que  je  ne  lui  en  aie  menti  volontiers. 

Car  cela  ne  me  semble  pas  bonne  doctrine, 

Mais  plutôt  folie  et  acte  d'enfant, 

Que  quiconque  est  bien  traité  en  amour 

En  veuille  ouvrir  son  cœur  à  un  autre  homme, 

A  moins  qu'il  ne  puisse  le  servir  et  l'aider. 

«  Monseigneur  Raymond  répond  :  «  Et  je  vous  donne  ma  foi 
que  je  vous  servirai  selon  mon  pouvoir.  »  Raymond  en  dit  tant 
que  Guillaume  lui  répondit  : 

«  Seigneur,  il  faut  que  vous  sachiez  que  j'aime  la  sœur  de 
madame  Marguerite  votre  femme  et  que  je  pense  en  avoir 
échange  d'amour.  Maintenant  que  vous  le  savez,  je  vous  prie 
de  venir  à  mon  aide  ou  du  moins  de  ne  pas  me  faire  dommage. — 
Prenez  main  et  foi,  fit  Raymond,  car  je  vous  jure  et  vous  engage 
que  j'emploierai  pour  vous  tout  mon  pouvoir.  »  Et  alors  il  lui 
donna  sa  foi,  et  quand  il  la  lui  eut  donnée  Raymond  lui  dit  :  «  Je 
veux  que  nous  allions  à  son  château,  car  il  est  près  d'ici.  —  Et  je 
vous  en  prie,  fit  Guillaume,  par  Dieu.  »  Et  ainsi  ils  prirent  leur 
chemin  vers  le  château  de  Liet^.  Et  quand  ils  furent  au  château 


1.  On  traduit  mot  à  mot  les  vers   provençaux  cités  par  Guillaume 
[Grundriss,  70,1]. 

2.  [Le  manuscrit  porte  en  effet  de  liet.  Chabaneau  suppose  qu'il  faut 
lire  de  liei.] 


LE   TROUBADOUR   GUILHEM  DE   CABESTANH.  20'i' 

ils  furent  bien  accueillis  par  En  '  Robert  de  Tarascon,  qui  était 
mari  de  madame  Agnès,  la  sœur  de  madame  Marguerite,  et  par 
madame  Agnès  elle-même.  Et  monseigneur  Raymond  prit  ma- 
dame Agnès  par  la  main,  il  la  mena  dans  la  chambre  et  ils  s'assi- 
rent sur  le  lit.  Et  monseigneur  Raymond  dit  :  «  Maintenant  dites- 
moi,  belle  sœur,  par  la  foi  que  vous  me  devez,  aimez-vous 
d'amour?  »  Et  elle  dit  :  «  Oui,  seigneur.  —  Et  qui?  fit-il.  —  Oh  ! 
cela,  je  ne  vous  le  dis  pas,  répondit-elle;  et  quels  discours  me 
tenez- vous  là"?  » 

«  A  la  fin,  tant  la  pria,  qu'elle  dit  qu'elle  aimait  Guillaume  de 
Cabstaing;  elle  dit  cela  parce  que  elle  voyait  Guillaume  triste  et 
pensif,  et  elle  savait  bien  comme  quoi  il  aimait  sa  sœur;  et  ainsi 
elle  craignait  que  Raymond  n'eût  de  mauvaises  pensées  de  Guil- 
laume. Une  telle  réponse  causa  une  grande  joie  à  Raymond.  Agnès 
conta  tout  à  son  mari,  et  le  mari  lui  répondit  qu'elle  avait  bien 
fait,  et  lui  donna  parole  qu'elle  avait  la  liberté  de  faire  ou  dire  tout 
ce  qui  pourrait  sauver  Guillaume.  Agnès  n'y  manqua  pas.  Elle 
appela  Guillaume  dans  sa  chambre  tout  seul,  et  resta  tant  avec 
lui,  que  Raymond  pensa  qu'il  devait  avoir  eu  d'elle  plaisir 
d'amour;  et  tout  cela  lui  plaisait,  et  il  commença  à  penser  que  ce 
qu'on  lui  avait  dit  de  lui  n'était  pas  vrai  et  qu'on  parlait  en  l'air. 
Agnès  et  Guillaume  sortirent  de  la  chambre,  le  souper  fut  préparé, 
et  l'on  soupa  en  grande  gaieté.  Et  après  souper  Agnès  fit  préparer 
le  lit  des  deux  proche  de  la  porte  de  sa  chambre,  et  si  bien  firent 
de  semblant  en  semblant  la  dame  et  Guillaume,  que  Raymond 
crut  qu'il  couchait  avec  elle. 

«  Et  le  lendemain  ils  dînèrent  au  château  avec  grande  allé- 
gresse, et  après  dîner  ils  partirent  avec  tous  les  honneurs  d'un 
noble  congé  et  vinrent  à  Roussillon.  Et  aussitôt  que  Raymond  le 
put,  il  se  sépara  de  Guillaume  et  s'en  vint  à  sa  femme,  et  lui  conta 
ce  qu'il  avait  vu  de  Guillaume  et  de  sa  sœur,  de  quoi  eut  sa  femme 
une  grande  tristesse  toute  la  nuit.  Elle  lendemain  elle  fit  appeler 
Guillaum.\  et  le  reçut  mal,  et  l'appela  faux  ami  et  traître.  Et  Guil- 
laume lui  demanda  merci,  comme  homme  qui  n'avait  faute  aucune 
de  ce  dont  elle  l'accusait,  et  lui  conta  tout  ce  qui  s'était  passé  mot 


1.  En,  manière  de  parler  parmi  les  Provençaux,  que  nous  traduisons 
par  le  sire. 

2.  [Il  faut  fermer  les  guillemets  après  pas  et  traduire  la  suite  ainsi  : 
«  Que  vous  en  parlerais-je  plus  longuement?  »  —  Même  sens  plus  loin, 
où  Stendtial  traduit  fautivement  :  «  et  qu'on  parlait  en  l'air  »  [vanl) .] 


y08  ARTHUR  LANGFÔRS. 

à  mot.  Et  la  femme  manda  sa  sœur,  et  par  elle  sut  bien  que  Guil- 
laume n'avait  pas  tort.  Et  pour  cela  elle  lui  dit  et  commanda  qu'il 
fit  une  chanson  par  laquelle  il  montrât  qu'il  n'aimait  aucune 
femme  excepté  elle,  et  alors  il  fit  la  chanson  qui  dit  : 

La  douce  pensée 
Qu'amour  souvent  me  donne. 

Et  quand  Raymond  de  Roussillon  ouït  la  chanson  que  Guillaame 
avait  faite  pour  sa  femme,  il  le  fit  venir  pour  lui  parler  assez  loin 
du  château  et  lui  coupa  la  tête  qu'il  mit  dans  un  carnier;  il  lui  tira 
le  cœur  du  corps  et  il  le  mit  avec  la  tête.  Il  s'en  alla  au  château  ;  il 
fit  rôtir  le  cœur  et  apporter  à  table  à  sa  femme,  et  il  le  lui  fit  man- 
ger sans  qu'elle  le  sût.  Quand  elle  l'eut  mangé,  Raymond  se  leva 
et  dit  à  sa  femme  que  ce  qu'elle  venait  de  manger  était  le  cœur  du 
seigneur  Guillaume  de  Gabstaing,  et  lui  montra  la  tête  et  lui  de- 
manda si  le  cœur  avait  été  bon  à  manger.  Et  elle  entendit  ce  qu'il 
disait  et  vit  et  connut  la  tête  du  seigneur  Guillaume.  Elle  lui  répon- 
dit et  dit  que  le  cœur  avait  été  si  bon  et  si  savoureux,  que  jamais 
autre  manger  ou  autre  boire  ne  lui  ôterait  de  la  bouche  le  goût 
que  le  cœur  du  seigneur  Guillaume  y  avait  laissé.  Et  Raymond  lui 
courut  sus  avec  une  épée.  Elle  se  prit  à  fuir,  se  jetta  d'un  balcon  en 
bas  et  se  cassa  la  tête. 

«  Cela  fut  su  dans  toute  la  Catalogne  et  dans  toutes  les  terres  du 
roi  d'Aragon.  Le  roi  Alphonse  et  tous  les  barons  de  ces  contrées 
eurent  grande  douleur  et  grande  tristesse  de  la  mort  du  seigneur 
Guillaume  et  de  la  femme  que  Raymond  avait  aussi  laidement 
mise  à  mort.  Ils  lui  firent  la  guerre  à  feu  et  à  sang.  Le  roi  Alphonse 
d'Aragon  ayant  pris  le  château  de  Raymond,  il  fit  placer  Guillaume 
et  sa  dame  dans  un  monument  devant  la  porte  de  l'église  d'un 
bourg  nommé  Perpignac.  Tous  les  parfaits  amans,  toutes  les  par- 
faites amantes  prièrent  Dieu  pour  leurs  âmes.  Le  roi  d'Aragon 
prit  Raymond,  le  fit  mourir  en  prison  et  donna  tous  ses  biens  aux 
parens  de  Guillaume  et  aux  parens  de  la  femme  qui  mourut  pour 
lui  '.  » 

Ce  récit  n'est  autre  chose  qu'un  délayage  de  la  rédac- 
tion in.  L'étroite  parenté  des  rédactions  III  et  IV  (les  ma- 
nuscrits HR  et  P)  est  démontrée,  par  exemple,   par  les 

1.  [Le  dernier  morceau  est  traduit  en  abrégé.] 


LE   TRODBADOtîR   GUILHEM   DE   CABESTANH.  209 

détails  suivants.  C'est  dans  ces  trois  manuscrits  seuls  qu'il 
est  question  de  la  carnassière  (carnayrol)  où  Kaimon  met 
la  tête  et  le  cœur  (ou  la  tête  seule,  selon  R)  de  Guilhem. 
Dans  les  mêmes  manuscrits  (par  opposition  à  AB),  il  est  dit 
d'abord  que  Raimon  coupe  la  tête  à  Guilhem  et  puis  qu'il  lui 
enlève  le  cœur,  etc.  Le  manuscrit  P  offre  surtout  avec  le 
manuscrit  H  des  ressemblances  frappantes.  Aux  détails  déjà 
signalés,  on  peut  en  ajouter  d'autres.  Selon  H  (les  mots  en 
question  manquent  dans  /?),  Guilhem  était  le  vassal  de 
Raimon  de  Ghâteau-Roussillon.  Ce  détail  est  développé  dans 
P.  On  trouve  dans  /T  et  P  certaines  expressions  qui  man- 
quent dans  les  autres  manuscrits.  Ainsi,  il  y  est  dit  que  la 
dame  se  précipite  du  haut  du  balcon  :  et  esmodega  sel  col 
(tous  les  autres  manuscrits  ont  d'autres  expressions).  De 
même,  il  est  dit  des  parents  et  des  amis  des  morts  qu'ils  com- 
battirent Raimon  de  Ghâteau-Roussillon  a  foc  et  a  sanc.  Ces 
derniers  mots  ne  se  trouvent  que  dans  If  et  P.  Pour  toute 
cette  dernière  partie,  H  et  P  s'accordent,  du  reste,  presque 
textuellement.  Ainsi,  il  est  clair  que  la  rédaction  IV  (ms.  P) 
provient  de  la  rédaction  III  et  d'un  texte  très  analogue  à  H. 

La  rédaction  III  (HP)  étant  évidemment  un  remaniement 
de  la  rédaction  II  (AB)  et  la  rédaction  IV  (P)  provenant 
directement  de  la  rédaction  III,  il  reste  à  déterminer  les  rap- 
ports des  rédactions  I  (IK)  et  II.  La  question  se  pose  ainsi  : 
Laquelle  de  ces  deux  rédactions  est  la  plus  ancienne?  En 
d'autres  termes  :  la  rédaction  I  (IK)  est-elle  un  abrégé  de  II 
ou  bien  la  rédaction  ll{AB)  est-elle  un  délayage  de  la  rédac- 
tion 1?  M.  Emil  Beschnidt  a,  dans  un  travail  soigné^  soutenu 
l'antériorité  de  la  rédaction  I^.  A  l'appui  de  cette  assertion, 
M.  Beschnidt  n'a  su  apporter  aucun  argument  de  fait,  si  ce 
n'est  celui-ci  :  plusieurs  biographies  provençales  finissent 

1.  Die  Biographie  des  Trobadors  Guilhem  de  Capestaing  und  ihr 
historischer  Werth  (Diss.  de  Marburg,  1879),  p.  13. 

2.  M.  Beschnidt  avait  d'abord  trouvé  rapprobation  de  Gaston  Paris 
{Hist.  litt.,  XXVIII,  377)  qui,  plus  tard,  ayant  étudié  certaines  autres 
versions  du  cœur  mangé,  est  revenu  sur  cette  opinion  {Romania,  XII, 
362,  note  2). 

ANNALES   DU   MIDI.   —  XXVI  14 


210 


ARTHUR   LAXGFOKS. 


par  .des  expressions  comme  enaissi  moric,  definet,  fenic,  etc. 
Or,  la  rédaction  I  finit  par  e  fon  morta.  Ce  qui  suit  dans 
les  autres  manuscrits  est  donc  apocryphe,  conclut  M.  Be- 
schnidt.  A  cela,  M.  J.  E.  Matzke^  réplique  avec  justesse  que, 
quand  les  biographies  des  troubadours  finissent  par  des  mots 
comme  enaissi  morte,  le  sujet  du  verbe  est  le  poète  dont  on 
relate  la  vie.  Or,  dans  notre  cas,  le  sujet  de  e  fon  mo?'ta  est 
la  dame  en  question.  Selon  le  raisonnement  de  M.  Beschnidt, 
l'histoire  aurait  dû  finir  avec  la  mort  de  Guilhem  de  Gabes- 
tanh,  et  alors  il  n'y  aurait  pas  été  question  du  cœur  mangé. 

Les  autres  arguments  de  M.  Beschnidt  sont  d'une  valeur 

égale.  Quand  il  dit,  par  exemple,  que  «  la  seconde  partie  de 
la  biographie  a  une  intention  marquée  de  glorifier  l'adultère 
qui  était  sans  doute  étrangère  au  naïf  auteur  de  l'original  », 
c'est  là  un  argument  qui  ne  mérite  pas  d'être  pris  en  considé- 
ration. 

Le  raisonnement  de  M.  Beschnidt  aboutit  au  classement 
suivant  : 


IK 


AB 


H 


w 


R 


Ce  classement  a  été  modifié  par  M.  Matzke,  dans  l'article 
déjà  cité,  de  la  manière  suivante  : 


1.    The  Legend  of  the  Ealen  Heart,  article  posthume    publié   clans 
Modem  Language  Notes,  XXVI  (1911),  p.  1-8.  Voir  notamment  p.  1-4. 


LE   TROUBADOUR   GUILHliM    DE   CABliSTANH,  211 

M.  Matzke  tire  des  arguments  d'une  compaiaison  des 
textes  français  avec  d'autres  versions  du  conte  du  cœur 
mangé,  dont  nous  n'avons  pas  à  nous  occuper  ici,  M.  Matzke 
a  sans  doute  raison  de  mettre  à  part  AB^  comme  donnant  le 
meilleur  texte.  Mais  il  ne  nous  dit  pas,  —  et  il  me  serait 
difiicile  de  le  dire*,  — quelle  serait  la  faule  commune  qui 
réunit  les  manuscrits  HPRIK.  Si  son  tableau  veut  repré- 
senter un  classement  des  manuscrits,  il  est  arbitraire;  s'il 
veut  exprimer  un  classement  des  rédactions,  il  ne  rend  pas 
suffisamment  compte  des  relations  réciproques  des  textes 
existants. 

Pour  éclaircir  la  question,  il  faut  tout  d'abord  faire  entrer 
en  considération  le  manuscrit  iV-,  que  ni  M.  Beschnidt  ni 
M.  Matzke  n'ont  utilisé. 

Le  manuscrit  N^  appartient,  en  effet,  indiscutablement  à 
la  rédaction  AB.  Mais  on  n'y  trouve  aucune  trace  de  l'épi- 
sode de  la  tèle  coupée,  lacune  qui  le  rapproche  singulière- 
ment des  manuscrits  IK.  Il  y  a  mieux  :  pour  un  assez  grand 
nombre  de  passages,  il  existe  entre  IK  et  N^  une  concor- 
dance verbale  telle  qu'il  est  indubitable  que  ces  manuscrits 
sont  étroitement  apparentés.  Voici  les  passages  les  plus 
importants  : 

Con  Cataloingna  e  con  Narbones  IKN-  —  ah  G.  et  ab  N.  AB. 

avinenz  IKN-  —  avinenz  hom  de  la  persona  AB. 

e  de  servir  e  de  cortesia  IKN^  —  e  de  c.  et  de  s.  AB. 

e-n  fazia  sas  chanssos  AB  —  e  fasia  sas  chansoas  iV^;  —  iV» 
ayant  une  leçon  fautive  (e  pour  en),  IK  ajoutent  avec  rai- 
son d'ella  :  e  fazia  sas  chansos  d'ella. 

joves  e  gentil  e  bella  e  plaissenz  IKN^  —  joves  e  gaia  e  gentils 
e  bella  AB. 

fez  gardar  la  moiller  (domna  iV-)  fort  IKN-—  fort  manque  dans 
AB. 

trais  (le  cor)  IKN"^  —  fetz  traire  AB. 

fez  lo  portar  ad  un  escudier  TKN^  —  ad  un  esc.  manque  dansAB. 

far  peurada  IKN'^  (N-  ajoute  soura)  —  far  a  pebrada  AB. 

l'ac  manjat  lo  cor  d'En  Guillem  de  G.  IKN'  —  Tac  raanjat  AB. 

1.  On  pourrait  à  la  rigueur  considérer  comme  uae  faute  commune  le 
fait  que  le  dialogue  entre  le  mari  et  la  femme  est  maladroitement  mené 
dans  tous  les  autres  manuscrits  que  ABN*. 


212  ARTHUR  LANGFORS. 

E  quant  el  (Raimonz  N-)  auzi  so  qu'elJa  (que  la  domna  N-)  dis 
IKN-  —  E  qand  el  auzic  so  AB. 

La  seule  diflerence  essentielle  entre  IK  et  N-  —  sauf  que 
dans  IK  la  suite  manque  —  est  que  IK  remplacent  le  dialo- 
gue (relaté  dans  iV'  en  discours  indirect^)  entre  le  mari  et  la 
femme  au  repas  tragique,  simplement  par  ces  mots  :  e-N 
Raimon  li  dis  o  que  el  fo. 

Ainsi  le  manuscrit  iV^  donne,  d'une  part,  un  récit  essen- 
tiellement analogue  à  celui  de  AB^  et  offre,  d'autre  part,  un 
accord  verbal  très  remarquable  avec  IK.  Gomme  il  est  infi- 
niment peu  probable  que  le  compilateur  de  N"^  ait  utilisé  en 
même  temps  AB  Qi  IK,  il  y  deux  hypothèses  qui  se  présen- 
tent^.  Première  hypothèse  :  N^  peut  représenter  la  version 
la  plus  ancienne,  dont  proviendraient,  d'une  part,  l'abrégé  //i, 
d'autre  part  le  remaniement  AB.,  plus  riche  en  détails  : 

Original 


IK  Amhr.                                 AB 
•      I 


H  R 

I 
P 

Seconde  hypothèse  :  celui  qui  le  premier  attacha  le  conte 
du  cœur  mangé  au  nom  du  troubadour  Guilhem  de  Cabes- 
tanh,  avait  raconté  à  peu  près  ce  qu'on  lit  dans  la  rédac 

1.  E  Raimonz  la  demandet  se  ela  sahia  so  que  avia  manjat,  et  ella 
dis  que  non,  mas  que  malt  li  avia  saubut  bon  so  qu'ella  avia  manjat. 

2.  Je  ne  puis  partager  la  manière  de  voir  de  M.  A.  Pillet.  Ayant  cons- 
taté l'étroite  parenté  de  N'^  et  IK  [Archiv  fi'tr  das  Studium  der  neneren 
Sprachen  und  Litt.,  CI,  p.  114-6),  M.  P.  se  demande  si  c'est  N*  ou  IK 
qui  représente  une  tradition  plus  ancienne,  et  il  écarte  la  première 
hypothèse,  «  parce  que,  vu  l'ancienneté  de  /  et  de  K  et  l'ancienneté  plus 
grande  encore  de  leur  modèle  commun,  l'original  de  N-  remonterait  alors 
à  une  date  où  les  plus  anciens  même  des  chansionniers  conservés  n'exis- 
taient pas  encore.  Le  peu  d'étendue  et  le  genre  du  recueil  parlent  contre 
cette  hypothèse»  (p.  IIC).  Ainsi,  pour  expliquer  la  forme  que  revêt  dans 
JV^  la  biographie  de  Guilliem  de  Cabeslanh,  M.  P.  est  forcé  de  recourir 
à  l'hypothèse  de  deux  souxxes  utilisées  simultauément  par  le  compilateur  : 
d'une  part  IK  (ou  leur  original),  d'autre  part  AB  (p.  129). 


LE   TROUBADOUR   GUILHEM   DE   CABESTA.NH.  213 

tien  II  (AB),  peut-être  toutefois  sans  la  suite  qui  raconte  la 
punition  de  Raimon  de  Ghâteau-Roussillon,  et  qui  peut  être 
due  à  un  continuateur.  De  ce  texte  provient,  d'une  part,  par 
l'omission  de  l'épisode  de  la  tête  coupée,  un  texte  qui  nous 
est  conservé  dans  iV^,  texte  qui,  de  son  côté,  a  servi  de  mo- 
dèle pour  un  texte  encore  une  fois  abrégé,  IK  (rédaction  I); 
d'autre  part,  un  texte  analogue  à  ^fî  a  servi  de  modèle  pour 
un  remaniement  qui  est  le  modèle  commun  des  rédac- 
tions III  et  IV,  remaniement  essentiellement  identique  au 
manuscrit  actuel  H.  La  rédaction  IV  (P)  n'est  qu'un  dé- 
layage fort  détaillé  d'un  texte  très  analogue  à  H. 

Original  =  AB,  peut-être  moins  la  continuation. 

I 
AB 


N2  |— 

H  R 

IK  Ambr.        | 
P 

Si  M.  Beschnidt  a  plaidé  pour  l'antérioriié  de  la  rédac- 
tion I,  c'est  surtout  qu'il  a  considéré  comme  apocryphe  la 
dernière  partie  de  la  rédaction  plus  étendue,  qui  raconte  les 
événements  survenus  après  la  mort  des  amants.  Nous  pou- 
vons, en  effet,  accorder  à  M,  Beschnidt  que,  cette  suite  n'étant 
pas  indispensable  pour  l'histoire  racontée,  il  est  possible 
qu'elle  ait  été  ajoutée  par  un  remanieur  postérieur  pour 
satisfaire  k  un  besoin  naïf  de  justice  chez  lui  et  chez  ses 
lecteurs  et  pour  ajouter  à  la  crédibilité  de  la  biographie  en 
l'attachant  à  des  événements  historiques  précis. 

Les  deux  arbres  généalogiques,  tracés  ci-dessus,  veulent 
représenter,  non  pas  la  filiation  des  manuscrits ,  mais  la 
filiation  des  versions.  Nous  avons  dit  (p.  201)  que,  au  point 
de  vue  littéraire,  la  version  II  {AB)  est  incontestablement 
supérieure  à  la  version  1  {IK).  Mais  il  n'est  pas  possible  de 
tirer  de  l'infériorité  ou  de  la  supériorité  d'un  texte  des 
conclusions  sur  son  ancienneté.  Ainsi  nous  manquons  de 
moyens  de  choisir  entre  les  deux  hypothèses. 


214  ARTHUR   LXNGFORS. 


I 

Manuscrits  :  /,  fol.  105  v^b-lOStis  (Francisque  Michel,  Les  Chatisons  du 
Châtelain  de  Coucy,  Paris,  1830,  p.  xxxvii);  K,  fol.  89  vb;  Milan,  Bibl. 
Ambros.,  D.  465  inf.,  fol.  8  v  (Ganello,  Giorti.  di  fil.  romanza,  II,  79). 

Édition  :  E.  Beschnidt,  Die  Biographie  des  Trobadors  G.  de  Cabestanh, 
p.  15  {IK,  combinés  avec  ABHRP]. 

Orthographe  de  I. 

Giiillems  de  Capestaing  si  fo  uns  cavalliers  de  l'encontrada 
de  Rossillon,  que  confinava  con  Cataloingna  e  con  Nnrbones. 
Molt  fo  avinenz  e  prezatz  d'armas  e  de  fervir  e  de  cortesia. 
Et  avia  en  la  soa  encontrada  una   domna   que    avia  nom 
5    madonipna  Ser[e]monda  i,  moiller  d'En  Raimon  del-  (lastel 
de  Rossillon,  qu'era  molt  ries  e  gpntils  e  mais  e  braus  [e  fers]' 
et  orgoillos.  E  Guilleras  de  Capestaing  si  l'amava  la  domna 
per  amor  e  cantava  de  lleis  e  fazla  sas  chansos  d'ella.  E  Ha 
domna,  qu'era  ioves  e  gentil  e  l)e]la  e  plaissenz,  si[-l]*  volia 
10     be  major  que  a  re  del  mon.  E  fon  dit  a  Raimon  del  Gastel 
de   Rossiglon,  et  el,  com  hom  iratz  e  gelos,  enquéri  lo  fait, 
e  sap  que  vers  era,  e  fez  gardar  la  moiller  fort  E  quant  venc 
un^  dia  Raimon  del  Castel  Rossillon  troba  paissau  Guillem 
senes  gran  compaingnia,  et  ausis  lo  ;  e  trais  li  lo  cor  del 
15    cors,  e  fez  lo  portar  a  un  escudier  a  son   alberc;  e  fez  lo 
raustir  e  far  peurada,  e  fez  lo  dar  a  manjar  a  la  muiller. 
E  quant  la  domna  l'ac  manjat  lo  cor  d'En  Guillem  de  Capes- 
taing, En  Raimon  li  dis  o  que**  el  fo,  et  ella,  quant  o  auzi, 
perdet  lo  vezer  e  l'auzir.  E  qunnt  élu  revenc,  si  dis  :  «  Sein- 
20    gner,  ben  m'avez  dat  si  bon  manjar  que  ja  mais  non  manjarai 
d'autre.  »  E  quitnt  el  auzi  so  qu'ella  dis,  el  eoret  '  a  sa  espaza 
e  voie  li  dar  sus  eu"*  la  testa,  et  ella  s'en  anet  al  balcon  e 
se"  laisset  cazer  jos  e  fo  morla. 

1  Sermonda  Z.  —  2  de  Ambr.  —  3  e  fers  manque  dans  i.  —  4  si  1. 
—  5  una  K.  —  6  dis  aque  IK  Ambr.  —  7  coinenzet  7.  —  8  en  ^nanqiie 
dans  Ambr.  —  9  se  mnnqtce  dans  K  Am.hr. 

L.  16.  Raynouard  {Lex.,lY,  473)  note  la  variante  pevrada,  dont  M.  Levy 
(SW.,  s.  V.  pebrada),  induit  en  erreur  par  le  texte  uniformisé  de  M.  Be- 
schnidt, conteste  à  tort  l'existence  :  peurada  est  bien  dans  les  trois 
manuscrits. 

L.  18.  Les  manuscrits  portent  aqtie,  ce  qui  n'a  pas  de  sens  (Tobler, 
Zeitschr.f.rom.  PhiL.lU,  609).  G.  Varis  {Hist. /itf.,  XXXVIII,  377,  n.  1) 
corrige  o  g?<e,  c'est-à-dire  littéralement:  «  il  lui  dit  ce  qu'il  était  (le  cœur).  » 


LE   TROUBADOUR   GUILHEM   DE   CABESTANH.  215 


II 


Manuscrits  :  A,  fol.  SS-'-i  {Studj,  III.  252-3;;  B.  fol.  52  v»-53  (Sludj,  III, 
689-90);  N\  fol.  18  V-IO  {Archiv,  Cil,  191-2). 

Éditions  :  Mahn,  Biographien  der  Troubadours,  p.  3  {B);  Bartsch, 
Provenu.  Lesebuch-,  p.  23]  (B);  Bartsch,  Chrest.^,  col.  261  (AB  et 
Beschnidt);  HùfTer,  G.  de  Cab.,  p.  7  (/f,  d'après  Mahn);  Chabaneau, 
Biogr.,  p.  306  {/iiC,  combinés  avec  AB). 

Orthographe  de  A.  Les  principales  variantes  de  *V*  ont  été  données 
ci-dessus,  p.  211. 

Guillems  de  Gabestaing  si  fo  us  cavalliei-s  de  l'encontrada 
de  Rossillon  que  confina  '  ab  Cataloigtia  et  ab  Narbones. 
Moût  fo  avinens  hom  de  la  persona  e  moiit^  presatz  d'arinas 
e  de  cortesia  e  de  servir.  Et  a  via  en  la  soa  encontrada^  iina 
5  dompna  que  avia  nom  niadona  Soremonda,  moiller  d'En 
Raimon  de  Castel  Rossillon,  que  era  mont  gentils  e  ries  e 
mais  e  brans  e  fers  et  orgoillos*.  E-N  Guillems  de  Cabestaing 
si  amava  la  dompna  per  amor,  et  chantava  de  lieis  e'n  fazia 
sas  chanssos.   E  la  dompna,   qu'era  joves  e  gaia  e  gentils 

10  e  belln,  si'l  volia  ben  mais^  qe  a  ren  del  mon.  E  fon  dich  so 
aN  Raimon  de  Castel  Rossillon,  et  el,  cum  hom  iratz  e  gelos, 
enqpric  tot^  lo  faich  e  siup  que  vers  era,  e  fetz  gardar  la 
moiller.  E  qan  venc  un  dia,  Raimons  de  Castel  Rossillon 
trobet  paissan  Guillem  de  Cabestaing  ses  gran  compaignia  et 

15  aucis  lo;  e  fetz  li  traire  lo  cor  del  cors  e  fetz  li  taillar  la  testa, 
e"l  cor  felz  porlar  a  son  alberc,  e  la  testa  atressi^.  E  fetz  lo 
cor  raustir  *  e  far  a  pebrada,  e  fetz  lo  dar  a  manjar  a  la  moil- 
ler. E  qnn  la  dompna  l'ac  manjat,  Raimons  de  Castel  Ros- 
sillon li  dis  :  «  Sobelz  vos  so^  que  vos  avetz  manjat?  »  Et 

20  elle  dis'"  :  «  Non,  si  non  que  moût  es  estada  bona  vianda  e 
saborida.  »  Et  el  li  dis  qu'el  era"  lo  cors  d'En  Guillem  de 
Cabestaing  so  que  ella  avia  manjat;  et  a  so  qu'ellal  crezes 

1  confinaua  B.  —  2  moût  manque  dans  BN\  —  3  Et  en  la  soa  encon- 
trada  auia  B.  —  4  moût  g.  e  m.  e  br.  e  f.  e  r.  et  o.  B.  —  5  maior  BX'. 

—  6  tôt  manque  dans  BNK  —  7  ...  taillar  la  testa,  e  la  testa  cl  cor  fez 
portar  a  son  alberc  B.  —  8  Lo  cor  fez  ntustir  B.  —  9  so  manque  dans  B. 

—  10  et  ella  li  dis  B  (elle  dis  da7is  A  doit  être  un  italianisme).  —  11  i^ 
ajoute  :  estatz  certanamen. 


216  ARTHUR   LANGFORS. 

mieils  i-,  si  fetz  aportar  la  testa  denan  lieis.  E  quan  la  dompna 
vie  so  et  auzic,  ella  perdet  lo  vezer  e  l'auzir  i^.  E  qand  ella 

25  revenc,  si  dis^*  :  «  Seigner,  ben  m'avetz  dat  si  bon  nianjnr 
que  ja  mais  non  manjarai  d'autre.  »  E  qand  el  auzic  so,  el 
cors  ab  s'espaza  e*^  vole  li  dar  sus  en  la  testa.  Et  ella  cors  ad 
un  balcon  e  laisset  se  cazer  jos.  Et  enaissi  moric. 

E*  la  novella  cors  per  Rossillon  e  per  tota  Cataloigna  q'En 

30  Guillems  de  Cabestaing  e  la  dompna  eran  enaissi  malaraen 
mort,  e-  q'En  Rainions  del  Castel  Rossillon  avia  donat^  lo 
cor  d'En  Guillem  a  manjar  a  la  dompna.  Moût  [en]  *  fo  grans 
tristesa^  per  totas  las  encontradas;  e-1  reclams  venc  denan  "^ 
lo  rei  d'Aragon ,   que  era  seigner   d'En   Raimon  de   Castel 

35  Rossillon  e  d'En  Guillem  de  Cabestang.  E  venc  s'en  a  Perpi- 
gnan en  Rossillon,  e  fetz  venir  Raimon  de  Castel  Rossillon 
denan  si.  E  qand  fo  vengutz,  si-1  fetz  prendre,  e  tolc  li  totz 
SOS  chastels  els  fetz  desfar,  e  tolc  li  tôt  qant"  avia,  e  lui  en 
menet  en  preison.  E  pois  fetz  penre  Guillem  de  Cabestaing  e 

'lO  la  dompna  e^  fetz  los  portar  a  Perpignan  e  mètre  en  un 
monumen  denan  l'uis  delà  gleisa,  e  fetz  desseignar  de  sobrel 
monumen  cum  ill  eron  estât  mort,  et  ordenet  per  tôt  lo  comtat 
de  Rossillon  que  tuich  li  cavallier  e  las  dompnas  lor  vengues- 
son  far  anoal  chasciin  an.  Ei-N]."  Raimons  de  Castel  Rossillon 

43    moric  1^'  en  la  preison  del  rei^'. 


III 

Manuscrits  :  H,  fol.  21a-c  (Studj,  V,  419-21):  R,  fol.  3  \"  b;  h  (ms.  non 
utilisé;  cf.  Mussafia,  Sitzungsberichte  de  l'Académie  de  Vienne,  cl.  de 
phil.  et  hist.,  t.  LXXVI,  252). 

ÉDITIONS  :  Rochegude,  P.  0..  38-9  {R,  retonché;  Rochegude  a  connu  aussi 
les  niss.  B,  /et  K);  Raynouard,  Choix,  V,  187-9  {R,  retouclié  à  l'aide  de  H; 
Raynouard  a  connu  aussi  les  mss.  IK);  Bartsch,  Lesebuch^,  p.  157 
{R,  retouché);  Mahn,  W.,  104-5  (=  Raynouard)-.  Milâ.  Obras  ^ ,  II, 
466-7,  note  (copie  très  défectueuse  de  H);  Chabaneau,  Biogr.,  307-8, 
p.  100  du  tirage  à  part  (=  Milâ,  avec  quelques  variantes  de  R)  ;  Cres- 
cini,  Manualetto*,  263-5  (=  Cliabaneau). 

12  ben  B.  —  ISB  ajoute  :  tantost.  —  14  reuenc  et  ella  dis  B.  —  15  cor- 
rec  sobre  lieis  ab  lespaza  e  B. 

1  E  Nianque  B.  —  2enB.  —  S  daiB.  —  4  en  manque  dans  A.  —  5  grans 
dois  e  grans  tristessa  B.  —  6  dauanC  —  1  B  ajoute  :  el.  —  8  Guillem  de 
Cabestaing  e  la  dompna  fetz  penre  e  i^.  —  9  E  .4 .  —  10  i^  ajoute  :  doloi- 
rosamen.  —  11  iî  ajoute  :  d'Aragon. 


LE    TROUBADOUR   GUILHEM   DE   CABESTANH. 


217 


H 


Guillems  de  Capestaing  si  fo 
uns  gentils  castelans  del  com- 
tat  de  Rossillon,  q'es  del  rei 
d'Arangon,  a  l'entrar  de  Cata- 
5  loingna.  Valons  fo  e  cortes  e 
niout  enseignatz  e  bons  cava- 
liers d'armas,  e  moût  presiatz 
per  totas  las  bonas  gens,  e 
moût  amatz  per  las  dompnas. 

10  E  fo  bons  trobaire.  Et  ena- 
moret  se  d'una  gentil  dompna 
q'era  moilliers  d'un  rie  baron 
d'aqela  encontrada ,  qe  avia 
nom  Rainions  de  Castel  Ro- 

15  sillon.  E-NGuillelms  de  Capes- 
taing si  era  sos  vasals.  Lon- 
gamen  la  amet  et  entendet  en 
ela  e'n  fazia  sas  cansons.  Et 
ella  li  vole  ben  tan  q'en  fetz 

20  son  cavalier  de  lui.  Lonc  temps 
ac  gran  joi  d'ela  et  ela  de  lui. 
E  fon  dichz  a'N  Raimon  de 
Castel  Rossillon  q'En  Guilelms 
amava  soa  moillier  et  ela  lui; 

25  don  el  s'eiigelosi  d'ella  e  de 
lui,  e  serret  la  sus  en  una  tor 
e  fetz  la  fort  gardar  e  felz  li 
gran  re  (d)de  despJasers,  e"ill 
dis;  don   Guillems  de  Capes- 

30  taing  intret  en  gran  dolor  et 
en  gran  tristessa,  et  fel[z] 
aqella  canson  qe  dis  : 

Li  doulz  consire 
Qe'm  don'Amors  soven... 

E  qant  Raimons  de  Castel  Ros- 
sillon   auzi    la    canson    q'En 


R 

La  vida  d'En  Guilhem 
de  Cabestanh. 

Guilhem  de  Cabestang  fon  us 
gentils  castelas  del  comtat  de 
Rossilhon. 

Valens  fon  e  cortes  e 
bos  cavayers  d'armas  e  bos  tro- 
baires. 


Et  enn- 
moret  se  d'una  gentil  dona 
qu'era  molher  d'un  onrat  baro 
per  nom  En  Raimon  de  Castel 
Rossilho. 

Lon- 
gamen  l'amet  En  Guilhem  de 
Cabestanh  e*n  fe  mantas  bonas 
chansos.  E  la  dona'l  vole  tan  de 
be  que-1  fey  son  cavayer,  et  este- 
ron  ab  gran  joi  essems  lonc 
tems.   E  fon  dig  al  marit  d'ela. 


don  el  n'ac  gran  gelozia,  e  en- 
serret  la  en  una  tor,  on  li  foron 
faytz  man  desplazer;  don  Gui- 
lhem de  Cabestanh  ac  gran  do- 
lor, don  fes  una  canso  : 


Le  dos  cossire 
Que'iïi  don'  Amors  soven... 

E   can    Raimon   entendet   la 
canso ,    crezet   que    fos    de   sa 


218 


ARTHUR    LANGFORS. 


35  Guillems  avia  faita,  el  enten- 
det  e  creset  qe  de  sua  moillier 
l'agues  faita. 


Si*l  fetz  venir  a  parlamen  ab 
si  defors  lo  castel  de   Gapes- 

40  taing  e  luilet  li  la  testa  e  mes 
la  en  un  carnaii'ol,  e  tras  11  lo 
cor  del  cors  e  mes  lo  en  [lo] 
carnarol  com  la  testa.  Et  anet 
s'en  al  seu  castel  e  fetz  lo  cor 

45  rau[sjtir  e  fez  lo  a  porta  r  a  la 
taula  a  la  moillier  e  fetz  loil 
manjar  a  non  saubuda.  E 
qant  l'ac  manjat,  Rainions  si 
levet  sus  e  dis  a  la  moillier  qe 

50  so  q'ela  avia  manjat  era  lo 
cor  d'En  Guillem  de  Capes- 
taing,  e  moslret  li  la  testa,  e 
demande!  li  si  era  estatz  bons 
a  manjar.  Et  ela  ausi  so  qe  li 

55  demandava  e  so  qe-ill  diszia, 
e  vi  e  conuc  la  testa  d'En  Guil- 
lem de  Gapestaing.  E  si*l  res- 
pondet  qe  Fera  estatz  si  bons 
e  si  saboros  que  ja  mais  autres 

60  manjars  ni  autre  beures  noùl 
toirian  la  sabor  de  la  bocha 
qe"l  cor  Guillem  de  Gapestaing 
li  avia  laisada.  E  can  Raiinons 
de   Gastel    Rossillon    ausi    so 

65  q'ela  disia,  si  li  cors  sobre  com 
l'e-ipada;  et  ela  fugi  a  l'iis  d'un 
balcon,  et  el  venc  de  cors 
après;  e  la  doinpna  si  laissa 
caser  del  balcon  jos  et  esmo- 

70    dega  se-1  col. 


molher,    car    dis   en    una   co- 
bla: 

Tôt  can  fas  per  temensa 

Devetz  en  bona  fey 

Penre  neys  can  no'us  vey... 

Et  aquest  mot  entendet,  car  En 
Guilhem  non  la  podia  vezer. 

E  mandet  lo  marit  aN  Gui- 
lhem que  vengues  a  parlamen. 
E  menet  lo  ab  si  foras  luenh  del 
castel,  et  a  trassio  el  li  tolc  la 
testa  e  mes  la  en  un  carnayrol, 
e  trays  li  lo  cor  del  ventre.  Et 
intret  s'en  el  castel  e  fes  lo  cor 
raustir,  per  socarladona  s'agra- 
dava  fort  de  cor  de  salvay- 
zina,  e  fes  lo  manjar  a  sa  mo- 
lher en  semblan  qu'el  ne  manjes. 
E  can  Tac  niitnjat,  el  li  dis  que 
so  c'avia  manjat  era-1  cor  d'En 
Guilhem  de  Gabestanh,  e  mos- 
lret li  la  testa,  e  demandet  si 
Fera  estatz  bos.  E  la  dona  conoc 
la  testa,  e  dis  que  tan  bos  li  era 
estatz  que  ja  mais  autre  manjar 
ni  autre  beure  no-1  tolria  la  sa- 
bor. 


E-1  marit,  cant  o  auzi,  cor- 
ret  li  desus  ab  l'espaza.  E  la 
dona  ac  paor  e  fugi  ves  las  fe- 
nestras  de  la  for,  e  gitet  se  de 
la  fenestra  aval  e  niori. 


LE   TROUBADOUR    GUILHEM   DE   GABESTANH. 


919 


Aqest  mais  fo  saiibulz  per 
tota  Cataloina  e  per  totas  las 
terras  del  rei  d'Arangon,  e  per 
lo  rei  A.nfos  e  per  totz  los  baros 

75  de  las  encontradas.  Grans  tris- 
stesa  fo  e  grnns  doloi-s  de  la 
mort  d'En  Guillem  de  Capes- 
taing  e  de  la  dompna,  qar  si 
laidamenz  los  a  via  mortz  Rai- 

80  mons  de  Castel  Rossillon.  Et 
ajosteren  se  li  paren  de  Gui- 
lelm  e  de  la  dompna  e  tuit  li 
cortes  cavalier  d'aquela  encon- 
trada,  e  tuit  cill  qe  eren  ama- 

85  (ior,  e  guerreieren  Raimon  de 
Castel  Rosillon  a  foc  et  a  sanc. 
E"l  reis  d'Aragon  venc  en  aqella 
encontrada  qan  saup  la  mort 
de  la  dompna  e  del  cavalier  e 

90  près  Raimon  de  Castel  Ros- 
sillon, e  desfetz  li  los  castels  e 
las  terras,  e  fetz  Guilelm  de 
Capestaing  e  la  dompnai  mètre 
en  un  monimen  enan  la  porta 

95  d'una  glesia  a  Perpingna,  en 
un  rie  bore  q'es  el  plan  de 
Rossillon,  lo  cals  bores  es  del 
rei  d'Aragon.  E  fo  sazos  qe 
tuich  li  cortes  cavalier   e   las 

100  dompnas  de  Rossillon  e  de 
Sardaigna  e  de  Cofolen  e  de 
Riupoles'  e  de  Peiralades  e 
de  Narbones-  Ior  fazian  cas- 
cun  au  anoual,  e  tuich  li  tin 

105  amador  e  las  finas  amairesas 
pregaven  Deu  per  las  Ior  ani- 
mas. Et  enaisi  lo  près  lo  reis 
d"AragDn,  Raimon  de  Castel 
Russillon,  e-1   deserretet   e-ill 


Et  aquest  mal  fo  sauputz  per 
tota  la  terra,  don  fon  mot  gran 
tristeza  de  la  dona  e  d'En  Gui- 
Ihem  de  Cabestanh. 


Et  ajustero 
se  los  parens  d'En  Guilhem  e 
de  la  dona  e  totz  los  cortes  ca- 
vayers  d'aquela  encontrada,  e 
tug  li  amailor,  e  guerregeron 
Raimon  de  Castel  Rossilhon. 
E-1  rey  Anfos  d'Arago  venc  en 
la  terra,  can  saup  lo  fag,  e  près 
Raimon  de  Castel  Rossilho,  e 
fes  metr'  En  Guilhem  de  Cabes- 
tanh denan  Fus  de  la  gleyza  de 
e  San  Joan  a  Perpinhan,  e  la 
dona  ab  el. 


E  fon  una  longa  sazo 
que  tug  li  cortes  cavaj'er  e  las 
donas  gentils  de  Cataluenha  e 
de  Rossilho  e  de  Sardanha  e  de 
Narbones  venian  far  cascnn  an 
anoal  per  lurs  armas  aytal  jorn 
can  rnuriro,  pregan  Nostre  Se- 
nhor  que  lur  agues  merce. 

Aysi 
com  avetz  auzit,  lo  rey  près 
Raimon  de  Castel  Rossilho  e-1 


1.  niipoles  H. 
3.  marbones  H. 


220  ARTHUR   LANGFORS. 

110  desfetz  sos  castels  e-1  fetz  mo-  deseretet  e-1  lolc  totz  sos  castels 

rir  en  preison,  e  det  totas  las  e-1  fes  mûrir  en  sas   preizos,  e 

suas   possessions    als    parens  donet    totz   sos  bes  als  parens 

d'En  Guilelm  de  Capestaing  e  d'En  Guilhein  e  de  la  dona. 

de  la  dompna  qe  mori  per  el. 

E"l  cantar  per  qu'el  mûri  co- 

mensa  : 

Lo  dos  cossire 
Que-m  don' Araors  soven. 

Et  avsi  a  de  sa  obra. 


IV 

Manuscrit  :  P,  fol.  50-51  {Archiv,  L,  258). 

Éditions  :  Manni,  Istoria  del  Decamerone  (1782),  pp.  308-13;  Raynouard, 

Choix,  Y,  189-95  (=  Manni)  ;    Mahn,   W.,  I,    105-9   (=  Raynouard); 

Hûffer,  G.  de  Cab..  pp.  8-13  (=Mahn);  Cliabaneau,  Biogr.,  pp.  308-11. 

Guillelm  de  Cabstaing. 

Mon  segnor  Raimon  de  Rossillion  ^  fo  un  valenz  bar,  aisi  cora 
sabet[z],  et  ac"^  per  moller  ma  dopna  Margarida,  la  plus 
bella  dopna  c'om  saubes  en  aqel  temps,  e  la  mais  presiada  de 
totz  bons  pretz  e  de  toutas  valoi's  e  de  tota^  cortesia.  Avenc  si 
5  qe  Guillelm  de  Gastaing,  que  fu  fil  d'un  paubre  cavalier*  del 
castel  de  Gastaing,  venc  en  la  cort  de  mon  seignor  Raimon 
de  Rossillion,  e  se  presentet  a  lui^  se-il  plasia  qe  el  fos  vaslet 
de  sa  cort.  Mon  segnor  Raimon  qe-1  vi  bel  ez  auinenz,  e  li 
semblet  de  bona  part,  dis  li  qe  ben  fos  el  vengutz,  e  qe  de- 

10  mores  en  sa  cort.  Aisi  demoret  con  el,  e  saup  si  tan  gen  cap- 
tener  qe  pauc  h  gran  l'amavon.  Es^  saup  tan  ennausar  qe 
mon  segnor  Raimon  vole  qe  fos  donçel  de  ma  dompna  Mar- 
gharida  sa  molher;  ez  en  aisi  fo  fait.  Adotic  s'esforzet  Guillelm 
de  mais  valer  et  eu  ditz  et  en  faitLz].   Mais,   ensi  com  sol 

15  avenir  d'amor,  venc  c'Amors  vole  assalir  ma  dompna  Marga- 
rida de  son  assaut  el  escalfel"  la  de  pensameu.  Tan  li  plasia 
l'afar  de  Guillelm  e-1  dich  e-1  semblantz  qe  non  se  poc  tenir  un 

Rubrique  :  Guillm  (avec  1  barré).  Le  manuscrit  porte  souvent,  en 
abrégé,  G.  que  7ious  transcrivons  par  Guillelm;  de  inéme  R  =  Rai- 
mon; nous  transcrivons  l'ahréviatioii  de  et  par  et  devant  voyelle  et 
par  e  devant  consonne.  .4  la  première  ligne  bar  est  écrit  b'. 

1  Rossillion.  —  -2  iac.  —  3  tota».  —  4  baubre  caualiers.  —  5  allui.  — 
6  Et.  —  7  scalfola  de. 


LE   TROUBADOUR   GUILHEM   DE   CABESTANH.  231 

dia  q'el  no'l  dizes  :  «  Ara-m*  digatz,  Guillelni,  s'una  dopna 
te  fasia  semblan  d'amor,   auzarias  la-  tu  amar?  »  Guillelm, 

20  qe  se  n'era  perceubutz,  li*  respondet  lot  franchamen  : 
«  S'ieu*,  ma  dopna,  sol  [saupes]  qe'l  semblanz  fosson  verta- 
dier.  »  —  «  Per  saint  Johan,  fet[z]  la  dopna,  ben  avelz  res- 
pondut  a  g[u]isa  de  pro;  mas  eras  te  volgl  proar,  se  tu  poi- 
ras^  saber  e  conoisser  de  semblanz  cal  son  vertadier,  o  cal 

25  non.  »  Cant  Guillelm  ac  entendu[d]as  las  parolas,  respon  li  : 
«  Ma  dompna,  tôt  aisi  con  vos  plaira''  sia.  »  E  comenset  a 
pensai',  e  mantenant  li  moc  Amors  esbaralla,  e  l'intret  el  cor 
tôt  de  preon  lo  pensamen  c'Amors  tramet  al[s]  sieus.  De  [s]i 
enan[s]  fo  del[s]  servenz  d'Amor,  e  comencet  de  trobar  cobletas 

30  avinenz  e  gaias,  e  danzas  e  cansos  d'avinent  cantar.  [A  totz  era] 
d'asautz^  e  plus  a  lei  per  cui  el  cantava.  Et  Amors,  qe  rend 
a  sos  servenz  sos  gasardos,  can  ^  li  ven  a  plaser,  vole  rendre 
de  son  servisi  lo  gi*at.  Vai  destregnen  la  dompna  tan  greumen 
de  pensamen  d'amor  e  consire,  qe  jorn  ni  noie  non  podia  pau- 

35  sar,  pensan  la  valor  e  la  proessa  q'er[a]  e-N  Guillelm  pausada 
e  messa  tan  aondosamen.  Un  jorn  avenc  qe  la  dompna  près 
Guillelm  e-1  dis  :  «  Guillelm,  eram  digatz,  es  tu  ancara  aper- 
ceubutz"  de  mos  semblanz,  si  son  verais  o  mensongiers?  » 
Guillelm  respon  :  «  Dompna,  si-mi"  vallia  Dieus,  de  l'ora  en 

40  sai  qe  fui  vostre  servire,  no'm  poc  entrar  el  cor  nul  pensamen 
qe  non  fossatz  la  mielz  c'anc  nasqes,  e  la  mais  verladiera  ab 
ditz  eta[b]  semblanz.  Aiso  crei  e  creirai  tota  ma  vida.  »  Et  la 
dopna  respos  :  «  Guillelm,  eu  vos  dic^',  se  Deus  m'enpar,  qe 
ja  per  me  non  seres  galiatz  n[i]'l  vostre  pensamen  non  er  en 

45  bada.  »  Et  tes  lo  braz  e  Tabraset^-  dousamen  inz  en  la  zam- 
bra,  on '3  ill  eron  amdui  assis;  e  lai  comenseron  lor  drudaria. 
Et  duret  non  longamen  qe  lansiniers,  cui  Dieus  air,  comense- 
1011 '"^  de  s'amor  parlar,  ez  anar  devinan  per  las  chansos  qe 
Guillelm  fasia,  disfeu  q'el  s'entendia  en  ma  dompna  Marga- 

50  rida  [fo  50  v°].  Tan  anneron  disen,  ejus  e  sus,  c'a  Taurella 
de  mon  segnor  Raimon  venc.  Adonc  li  saup  trop  mal,  e  trop 
greu  [fo]  iratz,  per  [s]o  c'a  perdre  li  avinia  son  compagnon  qe 
tant  amava,  e  plus  de  l'onta  de  sa  molher.  Un  jorn  avenc  qe 

1  Aran.  —  2  auziria  las.  —  3  li]  le.  —  4  eieu.  —  5  porai.  —  6  plaria.  — 
7  e  cant'as  davinens  cantor  era  dasautz  (la  correction  est  de  Chabaneau). 

—  8  can]  ca'.  —  9  auperceubutz.  — 10  sin.  —  11  eu  us  dis.  —  12  labrasetz. 

—  13  eu.  —  14  Omenseron. 


222  ARTHUR   LANGFORS. 

Guillelm  era  anat  a  [ejsparvier  ab  un  escuier*  solamen.  Et 

55  mon  segnor  Raimon  lo  felz  deuiaiidar-  on  era;  et  un  valletz  li 
dis  c'anatz  era  a  [e]sparvier,  et  sel  qe-1  sabia  li  dis  :  «  en  aital 
encontrada.  »  Mantenent  se  vai  armar  d'armas  celadas,  e  si 
fet[zj  amenar  son  destrier,  et  a  près  lot  sol  son  chamin  vas 
cella  part  on  Guillelm  era  annat.  Tan  chavalqet  qe  Irobet^  lo. 

60  Gant  Guillelm  lo  vi  vengut*,  e  si  s'en  donet  merveilha,  e  tan 
tost  li  venc  mais  pensamens.  Et  i*l  venc  a  rencontra,  et  i'I 
dis  :  «  Senher,  ben  siatz^  vos  vengiitz.  Corn  es  ai[si]  sols?  » 
Mon  sengnor  Raimon  respondet  :  «  Guillelm,  qar  vos  vauc 
qeren  per  solazar  mi  a  vos.  Et  avetz  nient**  près?  »  —  «  0 

65  ieu,  sengner,  non  gaire,  car  ai  pauc  trobaf,  et  qi  pauc  troba 
non  pot  gai[re]  penre,  so  sabetz  vos,  si  co-1  proverbi  ditz.  » 
—  «  Laissem  oiniais^  aqest  parlamen  estar,  dis  mon  segnor 
Raimon,  et  digalz  mi^  ver  per  la  fe  qe-m  devetz  de  tôt  aiso 
qe'us  voirai  demandar.  »  —  «  Per  Deu,  senher,  ditz  Guillelm, 

70  s'aiso  es  de'"  dir,  be-us  dirai.  »  —  «  Non  voill  q[e]"im  metatz 
nul  escondit,  so  dis  mon  senlior  Raimon,  mas  tôt  enteramen 
me  diret[z]  d'aiso  qe-us  demand[a]rai.  »  —  «  Senher,  pois  qe'us 
platz,  demandatz  mi,  so  dis  Guillelm,  si  vos  dirai  lo  ver.  » 
Et  mon  senhor  Raimon  demandet  :  «  Guillem,  si  Dieus  e  fes 

75  vos  vallia,  avetz  dopna  per  cui  cantatz  ni  per  "cui  amor  vos 
destringna?  »  Guillelm  respon ':  «  Seigner,  e  com  cantaria*', 
s'amor  no"m  destrign[i]a?  Sapchatz  de  ver,  mon  senhor, 
c'amor  m'a  tôt  en  son  poder.  »  Raimon  respon  :  «  Ben  o  voill 
creire,  q'estiers  non  pogratz  tan  gen  chantar;  mas  saber  voill, 

80  si  a  vos  platz,  digatz  qi  es  vostra  domna'-.  »  —  «  Ai  !  segnier, 
per  Dieu,  [dis]  Guillelm,  garutz  qe'm '*  demandatz,  si  es  rai- 
sons c'on  deia  desc^lar  s'amor!  vos  m'o  '*  digatz,  qe  sabes  q'en 
Bernard  del  Venladorn^^  dis  : 

D'una  ren  m'aonda  mos  senz 

Cane  nulz  hom  mon  joi"'  no'm  enquis 

Q'eu  volentier  non  l'en  mentis, 

Qar  no"m  par  bons  ensegnamenz, 

Anz  es  follia  ez*'  enfança 

Qi  d'amor  a  benananza", 
Q'en  vol  son  cor  ad  ome"  descobrir 
Se  no  l'en  pod  o  valer  o  servir. 

1  Chabaneaii  ajoute  tan.  —  2  demander.  —  3  trouer.  —  4  venu  (venir ?i. 
—  5  siau.   —  6  nientz.    —  7  trobar.   —  8  Laissen  eimais.  —  9  moi.    • 
10  da.  —  11  con  canteria.  —  12  dôna.  —  18  qim.  —  11  me.  —  15.  Ven- 
tendorn.  —  16  lois.  —  17  es.  —  18  benenanza.  —  19  ornes. 


Le   tROUBADOUH   GUILHEM   DE   CABESTANH.  223 

Mon  segnor  Raimon  respon  :  «  Eu  vos  plevis[c]  q'ie-us  en  val- 

85  rai  a  mon  poder.  »  Tan  li  poc  dir[ej  Raimon  qe  Guillelm  li 
dis  :  «  Senher,  aitan  sapchatzi  q  eu  am  la  seror  de  ma  donna 
Margarida,  vostra  molher,  et  cuig  en  aver  cambi  d'amor.  Ar 
o-  sabetz,  e-us  prec  qe  m'en  valhatz,  o  qe  sivals  no  m'en 
tengatz  dampnage.  »  —  «  Prenez  man  e  fes,  fetfz]  Raimon, 

90  q'eu  vos  jur  eus  plevis[c]  qe-us  en  valrai  lot  mon  poder.  »  Et 
aisi  l'en  fianset.  Et  qant  l'acfiansat,  li  dis  Raimon  :  «  Eu  voill 
c'anem^  inqua  lai,  car  prop  esd'aqi*.  »  —  «E'us^en  prec,  fetz 
Guillelm,  per  Dieu.  »  Et  enaisi  prenneron  lor  cami  vas  lo 
chastel  de  liei".  Et  qan  foron  al  chastel,  si  foron  ben  acuilliz 

95  per  En  Robert  de  Tarascon,  q'era  maritz  de  ina  dompna  Agnes, 
la  seror  de  ma  dompna  Margarida,  e  per''  ma  [fol.  51]  dopna 
Agnes  autressi.  El  mon  segnor  Raimon  près  ma  dopna  Agnes 
per  la  man;  e  mena  la  en  chambra  e  si  s'aseton  sobra  lo  lie^. 
Et  mon   segnor  Raimon  dis  :  «  Ara-m  digatz,   cognada,  fe 

100  qe'm  devetz,  amatz  vos  per  amor  ?  »  Ez  ella  dis  :  «  Oc,  senher.  » 
—  «  Et  cui?  »  fetz  el.  —  «  Aqest  no*us  die  ieu  ges.  »  Et  qe 
vos  vau^  romanzan?  A  la  fin  tant  la  preget  q'ella  dis  c'amava 
Guillelm  de  Cabslaing.  Aqest  dis  ella  per  zo  q'ella  vezia  Guil- 
lelm marrit^  e  pensan;  et  sabia  ben  com  el  amava  sa  seror; 

105  don  ella  se  temia  qe  Raimon  non  crezes  mal  de  Guillelm. 
D'aiso  ac  Raimon  gran  [ajlegressa.  Aqesta  razon  dis  la 
dompna  a  son  marit;  e'imaritliiorespondetqebenaviafach*', 
et  det  li  parola  q'ella  poges  far  o  dir  tôt  zo  qe  fos  escampa- 
men  de  Guillelm.  Et  la  dopna  ben  o  fetz,  q'ella  apellet^^  Guil- 

110  lelm  dinz  sa  chambra  tôt  sol,  et  [ejstet  con  el  tant  qe  Raimon 
cuidet  qe  degues  aver  d'ella  plazer  d'amor.  E  tôt  azo  li  plazia, 
e  comenset  '^  a  pensar  qe  so  qe  li  fo  dig  d'el  non  era  ver.  Et  qe 
vau^*  dizen?  La  dompna  e  Guillelm  essiron  de  chambra,  e  fo 
aparelliat  lo  sopar,  e  soperon  con  gran  [ajlegressa.  Et  pois 

115  sopar^  fec  la  dompna  aparelliar  lo  lieg  d'els  dos,  prop  de  l'uis 
de  sa  chambra,  e  tant  feron,  qe  d'unasemblanzaqe  d'autra,  la 
dompna  e  Guillem,  qe  Raimon  crezia  qe  Guillelm  jagues  con 
ella.  Et  l'endeman,  disneron*^  al  castel  con  gran  [ajlegressa;  e 
pois  disnar,  s'em  partiron  con  bel  comjat^*^,  e  vengueron  a 

120  Rossillio.  E  si  tost  com  Raimon  poc,  se  parti  de  Guillelm,  e 

1  sapccatz.  —  2  ou.  —  3  canam.  —  4  deqi.  —  5  Etus.  —  6  liet.  —  7  de. 
—  8  nar.  —  9  manritz.  — 10  le.  —  11  fatz.  —  12  apella.  —  13  Oinenset.  — 
14  uan.  —  15  ladoman  disnaron.  —  16  conniat. 


224  ARTHUR   LÂNGF0R8. 

venc  s'en  a  sa  •  mollier,  e  contet  li  zo  q'avia  vist  de  Guillelm 
e  [de]  sa  seror.  De  zo  ac  la  donipna  gran  Irislessa  (ou ta  la 
nuoig.  Et  l'endeman-  mandet  per  Guillelm  e  si  lo  receup  mal, 
ez  apellet  lo  fais  e  traitoi-.  Et  Guillelm  li  clamet  merce,  si  com 

125  lîom  qe  non  avia  colpa  d'aiso  q'ella  l'acassonava;  et  dis  ^  li  tôt 
zo  com  era  [e]stat  a  mot  a  mot.  Et  la  dompna  mandet  per  sa 
seror  e  per  ella  e  sa[u]p  ben  qe  Guillelm  non  avia  colpa.  Et 
per  zo  la  dompna  li  dis  cl  comandei  q'el  degues  far  una  chan- 
son en*  la  qal  el  mostres  qe  non  âmes  autra  dopna  mas  ella. 

130  Don  el  fetz  aqesta  chanson  qe  dis  : 

Li  doutz  consire 
Qs'm  don'  Amors  soven, 

Dompna'in*  fai  dirfe] 
De  vos  mant  vers  plagen. 

Pensan  remire 
Vostre  cors  car  e  gen 

Cul  eu  désire 
Mais  q'ieu  non  fatz  parven. 
Et  se  tôt  me  deslei 
De  vos,  ges  non  amnei, 
Q'ades  vas  [vos]  soplei 
Per  trancha  benvolhenza  ; 
Dompna,  cui  beutat  genza, 
Mantas  vetz  ^  oblit  mai, 
Q'eu  laus  vos  e  mercei. 

Et  qant  Raimon  de  Rossillon  ausi  la  chanson  qe  Guillelm  avia 
fâcha  de  sa  molher,  don  lo  fetz  venir  a  parlamen  a  si^,  fora 
del  chastel,  et  talhet  li  la  testa,  et  mes  la  en  un*  carnarol,  e 
tras  li  lo  cor  del  cors,  e  mes  lo  con  la  testa.  Et  annet  s'en  al 

135  chastel  et  fet[z]  lo  corraustir  et  aportar  a  la  taula  a  sa"  molher, 
e  fet[z]  lui  mangiar  a  no  saubuda^".  Et  qant  l'ac  manjat,  Rai- 
mon se  ievet  sus,  e  dis  a  la  molher  qe  so  q'el'avia  manjat  era 
lo  cor  d'En  Guillelm  de  Gabsfaing;  e  mostret  li  la  testa,  e 
demandet  li  se  era  estât  bon  a  manjar.  Et  ella  auzi  co  q[e]'il 

140  demandava,  e  vi  e  conoc  la  testa  d'En  Guillelm.  Ella  li  res- 
pondet  e  dis  '^  li  qe  l'era  estât  si  bons  e  saboros  qe  ja  mais 
autre  manjars  [fol.  51  vo]  ni  autres  heures  no'l  tolrian^^  sabor 
de  la  boccha  qe'l  cor  d'En  Guillelm  li  avia  lassât.  Et  Raimon 
licors^^sobracol'espasai^.Et  ella  si^^  fug  a  ruis^'^  d'un  balcon 

1  assa.  —  2  lademan.  —  3  dist.  —  4  el.  —  5  Dôpnan.  —  6  auetz.  — 
7  assi.  —  8  ennun.  —  9  la.  —  10  m.  antesabuda.  —  11  dist.  —  12  torrian. 
—  13  corts.  —  14  laspasa.  —  15  11.  —  16  luic. 


LE  TROUBADOUR  GUILHEM  DE  CABESTANH.  225 

145  [e  laissa  se  cazer]  jus,  et  esniondega  si  lo  col.  Aiqest  mal  fo 
sabutz  per  tota  Catalogna,  e  per  totas  las  terras  del  rei  d'Ara- 
gon, e  per  lo  rei  Anfos,  e  per  tol[z]  los  barons  de  las  encon- 
tradas.  Gran  tristessa  fo  e  grans  dolors  de  la  mort  d'En  Guil- 
lelm  e  de  la  dompna  q'aisi  laidamenz  los  avia  mort  Raimon, 

150  Et  jostcron  si  li  paren  d'En  Guillelm  e  de  la  dompna,  et  tuit  li 
cortes  chavaliers  d'aiqella  encontrada,  et  tuit  cil  qi  eron  ama- 
dor  e  guerrejeron'  Raimon  a  foc  et  a  sanc.  E-1  reis  Anfos 
d'Aragon  venc  en  aqella  encontrada,  qant  saup  la  mort  de  la 
dompna  e  del  chavalier;  et  près  Raimon  e  desfetz  li  lo  chas- 

155  teP  e  las  terras;  et  fetz  Guillelm  e  la  dopna  mètre  en  un  mo- 
nimen  denan  Tuis  de  la  gleisa  a  Perpignac,  en  un  bore  q'e[s] 
en  plan  de  Rossillion  e  de  Sardagna^,  lo  cals  bore  es  del  rei 
d'Aragon*.  Et  fo  sazos  qe  tuit  li  cavalier  de  Rossillion  e  de 
Sardagna  e  de^  Cofolen  e  de  Riuples  e  de  Peiralaida"  e  de 

160  Narbones  lor  fazian  chascun  [an]  annoal;  et  tuit  li  fin  ama- 
dors  e  las  finas  amaressas  pregavan  Dieu^  per  la[s]  lor 
armas.  Et  aisi  lo  près  lo  rei  d'Aragon,  Raimon,  e  deseritet  lo, 
e  1  fet[z]  morir  en  la  prison,  et  det  totas  las  soas  possession[s] 
als  parenz  d'En  Guillelm  et  als  parens  de  la  dompna  qe  mori 

165  per  el.  E'I  bore  en  lo  cal  foron  seppellitz  Guillelm  e  la  dopna 
a  nom  Perpignac. 

{A  suivre.)  Arthur  Langfors. 


1  guerriren.  —  2  chastels.  —  3  Sardogna.  —  4  reis  deragon.  —  5  di. 
6  Peiralaide.  —  7  preganen  dieus. 


ANKales  du  Midi.  —  XXVI.  '  lô 


MÉLANGES  ET  DOCUMENTS 


I 

BÉRENGER,    COMTE    DE    SUBSTANTION    (oU   DE  MAUGUIO)   EN  898 


La  notice  d'un  jugement  d'avril-mai  898,  conservée  dans 
le  Cat^tulaire  de  N.-D.  de  Nîmes,  commence,  d'après  Tédi- 
teur  de  ce  cartulaire*  : 

ludicium  seu  et  notitia  siimil  continentur  in  unum,  qualiter,  vel 
quibus  presentis  bonis  hominibus,  qui  subtus  scripturi  vel  signa 
factura,  ici  est  in  presentia  :  Agilardo,  gratia  Dei  sedis  Nemau- 
sensis  episcopo;  vel  in  presentia  Bernardo,  vices  comité;  Sen- 
tilde,  vasso;  Regemundo  comité;  Ansemundo,  vasso;  Bereugario, 
comité;  Audino;  Cotilane;  seu  et  in  presentia  iudicum  :  Milone, 
Rainulfo,  Sentilde,  Eliane,  Teotgario,  Wilardo,  Agambaldo  indi- 
ces, etc. 

Ce  texte  présente  des  fautes  évidentes  de  ponctuation. 
D'après  l'usage  du  ix"  siècle,  le  mot  vassus^  dans  les  men- 


1.  E.  Germer-Durand,  Cartulaire  du  chapitre  de  l'église  cathédrale  de 
N.-D.  de  Nîmes,  Nîmes,  1875;  voir  p.  16,  pièce  VIII.  La  pièce  n'est 
datée,  à  la  fin,  que  du  X  Kal.  Junias,  anno  priyno  régnante...  (le  nom 
du  roi  manque.)  Mais  Agelardus  est  devenu  évèque  de  Nîmes  entre 
avril  892  et  avril  895  (même  recueil,  pièces  V  et  Vil),  et  il  est  mort  entre 
902  et  905  (pièces  IX  et  X).  Le  nom  manquant  ne  peut  être  que  celui  de 
Charles  (le  Simple);  et  comme,  en  892  et  895,  on  datait  à  Nîmes  d'après 
les  années  d'Eudes,  la  date  de  notre  charte  VIII  ne  peut  se  rapporter  qu'au 
second  avènement  de  Charles  le  Simple  (1"  janv.  898).  —  Le  mallus  de  Car- 
rugière  a  été  tenu  40  nuits  avant  le  mallus  du  23  mai  898,  c'est-à-dire 
vers  le  13  avril. 


MÉLANGES    ET   DOCUMENTS.  227 

tioiis  Senlilde,  vasso  et  Ansemundo,  vasso,  voudrait  un 
détermi natif  :  ce  mot  ne  suffit  pas  à  définir  l'état  des  deux 
personnages  et  leur  titre  à  siéger  dans  l'afTaire.  D'autre  part, 
il  est  impossible  que  deux  comtes  aient  siégé  ensemljle  au 
tribunal  dont  il  s'agit;  impossible  qu'ils  aient  siégé  comme 
assistants  de  leur  inférieur  le  vicomte;  impossible  qu'ils 
soient  nommés  après  des  vassi,  personnages  inférieurs 
encore.  Il  faut  lire  : 

...  in  presenLia  Bernardo,  vices-comite  ;  Sentilde,  vasso  Rege- 
mundo  comité;  Ansemundo,  vasso  Berengario  comité;  Audino, 
etc. 

On  peut  relever,  dans  l'édition  du  même  cartulaire,  une 
série  de  fautes  toutes  semblables.  Ainsi,  dans  le  jugement 
rendu  au  châleau  des  Arènes  de  Nîmes  qui  termine  notre 
notice,  au  lieu  de  : 

in  presentiaArlando,  vasso;  Regemundo  comité,  qui  est  missus; 
Bernardo  vice-comité;  seu  et  indices,  etc. 

on  doit  lire  : 

in  presentia  Arlando,  vasso  Regemundo  comité,  qui  est  missus 
Bernardo  vice-comité. 

En  effet,  qui  est  tnissus  n'a  aucun  sens;  le  molvasso  n'est 
pas  un  titre;  et  ni  le  comte  Raymond,  ni  le  vicomte  Bernard 
n'ont  siégé  comme  assistants  du  vassal  Arlandus^. 

La  présence  de  Sentilde,  vassal  du  comte  Raymond,  au 
mallus  tenu  en  commun  par  l'évêque  et  le  vicomte  de  Nîmes, 
ne  fait  pas  difficulté  :  Raymond  était  comte  de  Nîmes^,  et 
les  vassi  comitis  assistaient  régulièrement  au  mallus  com- 
tal  (ou  vicomtal)^.  Mais  que  fait  ici  Ansemundus,  vassal  du 
comte  Bérenger,  et  quel  est  ce  comte  Bérenger?  Le  lieu  de 


1.  Autres  exemples  :  Dans  la  pièce  IX  (90^),  lire  :  Framaldo,  'ûiisso  vel 
auditore  Regemundo  comité  (Cf.  pièce  XX,  p.  36).  —  Pièce  XVI  (91.ô)  : 
ùi  prese)itia  Fredelone,  vasso  Regem,undo  comité. —  Pièce  XXXIII  (928), 
p.  bS  :  Almerado,  vasso  Raimundo  comité. 

2.  Hist.  du  Languedoc,  t.  V,  n»  xii  (890),  n"  xxxvii  (909).  Cf.  t.  III, 
p.  44. 

3.  Capitul.  Aquisgranetise  a.  809,  c.  5  (Boretius  I,  148). 


228  ANNALES   DU   MIDI. 

Carrugarla^  où  se  tint  le  mallus  en  question,  se  trouvait 
dans  la  commune  actuelle  d'Aigues-Vives,  tout  près  de  la 
route  romaine  de  Nimes  à  Substantion  (la  voie  Domitienne), 
et  à  quelque  trois  kilomètres  du~  Vidourle,  qui  était  la  limite 
des  deux  comtés  de  Nîmes  et  de  Maguelone  (Substantion)- 
Il  semble  infiniment  probable  qu'Ansemundus  était  venu 
du  comté  voisin  de  Substantion,  où  il  était  vassal  du  comte 
Bérenger.  Nous  savons  que  les  jours  et  lieux  où  un  comte 
tenait  mallus  étaient  notifiés  à  l'avance  au  comte  et  au  public 
des  cités  limitrophes^  Ansemundus  se  sera  rendu  au  mallus 
de  Garrugière  soit  pour  ses  affaires  privées,  soit  pour  rem- 
plir une  mission  du  comte  Bérenger.  Garrugière,  qui  tou- 
chait au  comté  de  Substantion,  était  par  contre  éloigné  des 
autres  comtés  limitrophes  de  Nimes,  et  ce  n'est  guère  là  que 
des  habitants  des  comtés  d'Arles,  d'Avignon,  de  Viviers, 
de  Mende^,  seraient  venus  trouver  le  vicomte  Bernard. 

On  ne  connaissait  pas  de  comte  de  Maguelone  ou  de  Subs- 
tantion depuis  le  temps  de  Gharlemagne^  jusqu'au  début  du 
x^  siècle.  Un  comte  Bernard  est  attesté  au  temps  de  Charles 
le  Simple*;  un  comte  Bérenger,  qu'on  suppose  être  le  fils  du 
précédent,  était  en  fonctions  vers  950  ;  suivit  un  Bernard  II, 
mort  vers  986.  Notre  Bérenger  de  898  peut  être  le  N.  du 
tableau  généalogique  de  cette  dynastie  comtale  qu'ont  dressé 
les  auteurs  de  ^Histoire  du  Languedoc  (t.  III,  p.  178). 
L'usage  de  l'alternance  des  noms  aurait  justement  fait  sup- 
poser que  N.  s'était  appelé  Bérenger. 

E.-Gh.  Babut. 


1.  Edict.  Pistense  de  864,  c.  32  (Boretius-Krause,  II,  324). 

2.  Je  ne  parle  pas  de  Eodez,  qui  avait  le  même  comte  que  Nîmes. 

3.  Hist.  du  Languedoc,  II,  p.  315  et  IV,  p.  174. 

4.  Hist.  du  Languedoc,  V,  p.  145,  n»  XLvn. 


MÉLANGES  ET  DOCUMENTS.  229 


II 


A  PROPOS  D  UN  NOM  DE  LIEU  DANS  PEIRE  VIDAL 


Peire  Vidal  n'est  pas  mort  tout  entier;  il  revit  dans  la  per- 
sonne de  son  homonyme *,  M.  Peire  Vidal,  le  savant  biblio- 
tliécaire  de  la  ville  de  Perpignan,  catalaniste  distingué  et 
directeur-fondateur  delà  revue  i^w.sciJïO.  Celui-ci  me  signale 
que  le  nom  de  lieu  Alio,  qui  se  trouve  dans  la  pièce  XXXIII, 
V.  54,  de  mon  édition  de  Peire  Vidal,  et  que  je  n'avais  pas  su 
identifier,  doit  représenter  Llo,  canton  de  Saillagouse  (Pyré- 
nées-Orientales). 

Le  passage  de  l'ancienne  forme  Alto  à  la  forme  catalane 
actuelle  Llo  ne  présente  aucune  difficulté.  M.  Peire  Vidal 
donne  les  formes  anciennes  suivantes^  :  Alloni,  Allô,  qui 
pourraient  bien  représenter  Alioni,  Alio. 

A  propos  des  noms  de  lieu  dans  Peire  Vidal,  je  signalerai 
encore  que  Brens  (Tarn)  se  trouve  également  dans  Peire 
Raimon  de  Tolosa,  Pos  iverns  franh  los  brotz. 

J.  Anglade. 


1.  Il  y  a  deux  autres  homonymes  du  troubadour  parmi  les  habitants  de 
sa  ville  natale.  On  lit  en  effet  dans  Y A7inuaire  de  la  Haute-Garonne, 
191.S  (Éd.  Privât,  éditeur),  p.  1568  :  Peyrevidal,  couvreur-plombier; 
Peyre-Vidal,  meubles.  L'orthographe  indique  que  dans  ces  familles 
Peire  n'est  plus  un  prénom. 

2.  Guide  historique  et  pittoresque  dans  le  département  des  Pyrénées- 
Orientales,  par  Pierre  Vidal;  2»  éd.  Alte  et  Fau,  Perpignan,  1899,  p.  436. 


230  ANNALES   DU   MIDI. 


III 


NOTE  SUR  LE  TRAITEMENT  DU  SUFFIXE  -ANUM  DANS  CERTAINS  NOMS  DE  LIEU 

DU  DÉPARTEMENT  DE  L'AUDE 


La  note  qui  suit  sert  de  complément  à  un  article  que  j'ai 
publié,  il  y  a  quelques  années,  au  tome  XIX  de  celte  revue. 
Les  formes  nouvelles  données  ci  après  sont  empruntées 
à  l'excellent  Dictionnaire  topograpliique  de  VAude,  de 
M.  l'abbé  Sabarthès,  dont  on  trouvera  plus  loin  un  compte 
rendu.  Gr.àce  à  cet  instrument  de  travail,  les  études  de  topo- 
nomastique,  en  ce  qui  concerne  ce  département,  ont  désor- 
mais une  base  solide.  Voici  la  liste  des  formes  que  nous 
avons  relevées;  on  sait  que  leur  intérêt  consiste  surtout 
en  ce  qu'elles  dénoncent  un  déplacement  d'accent;  on  se 
reportera,  pour  ce  fait  de  phonétique,  à  ce  qui  a  été  dit 
dans  l'article  précité. 

Benausse.  Yenanlianum  (1002)  ^. 

BouissE?  Les  plus  anciennes  formes  sont  Buxa  (870);  en  1377,  on 
a  Buxanum,  qui  pourrait  représenter  une  forme  ancienne. 

BouQUiGNAN,  auj.  Boicquignà,  est  noté  Bogunhe  dans  une  forme 
francisée  entre  1503  et  1589. 

Gampagna-de-Sault.  Catnpanhano  (1337),  mais  Campaigne  en 
1594;  auj.  Campagne. 

Geille,  Ceilho,  ancien  nom  du  château  moderne  d'Auriac;  voyez 
ce  mot  au  Dictionnaire;  on  a  les  foi'me.i  Sellanum  (1101), 
Scelanxnn  (1236),  Ceillan  (1318),  Selie,  Ceille  et  Ceillio,  formes 
modernes.  On  a  ainsi  à  peu  près  toute  la  série  des  change- 
ments. Cf.  Sa[nt-.Jean-de-Ceilhe. 

CoMiGNE  (vulg.  Coumigno).  Cuminianum  (951),  ComynJian  (1532), 
Comigne  (17«1). 

CouizE.  Cabizanum  (8'i2),  Coissa  (1242),  Couize  (1781). 


1.  Les  chiffres  entre  parenthèses  indiquent  l'îinnée  et  sont  empruntés 
au  Dictionnaire  topographique. 


MÉLANGES   ET   DOCUMENTS.  231-: 

DouRNE?  Borna  en  1000,  iiinis  Durnianum  en  1142. 

DuRK  (La).  Duranum  (815),  Dura  (1308). 

FoNTiERS.  Les  anciennes  formes  sont  Fontianum-Foncianum. 
Ici  il  s'agit  d'une  Lransforniation  d'un  autre  genre;  sous  l'in- 
fluence du  yod  a  est  passé  à  ie,  d'où  Fonties,  écrit  Fontiers  : 
la  forme  doit  d'ailleurs  représenter  Fonliani'i. 

FucHE.  Fuxanum  (1279),  Fouxian,  Foxian  (1281). 

Garilhe.  Garilianum  (1001),  Garilhan  (1499),  Garille  (xvme  s.). 

Grèze  (La).  Grasano  (1143). 

Grèzes.  Gvadanae  (1251),  Grazanis  (1209). 

Massignan.  Mansinianuyn  (xie  s.),  Massigno  (1763).  La  pronon- 
ciation actuelle  n'est  pas  indiquée  dans  le  DlcUonnaire  lopo-. 
graphique. 

Mille  dans  Millegrand.  Milianum  (908),  Milha  (1369).  ; 

Monze.  Monzano  (1347),  Monsan  (1532),  prononciation  moderne, 
Mûnzo  {u  =  ou  français). 

Mouche.  Cf.  Moucha  et  Mvissanum  (1374),  représenté  par  Moisse 
aux  xve-xvie  siècles. 

Plaigne.  Plainha  (1244),  Plaignanum  (1269). 

Preisse.  Prexanus  (782);  cf.  Preixan  prononcé  aujourd'hui 
Prèicho. 

Preuille  (La  ?  Rivière;  cf.  Proaille.  Aucun  nom  se  rapportant 
à  l;i  forme  Preuille  ne  se  trouve  dans  le  DlcUonnaire. 

Ruines?  Rouvynia?!  (1594),  Rouvigne  (1729),  Ruine  (1807). 

Saint-Rome.  5.  Romanum  (1159). 

Sérame?  Les  formes  anciennes  sont  assez  diverses;  on  trouve 
Seranianuni  en  1144,  qui  pourrait  être  Seramanum;  cf.  les 
formes  f;iulives  Caesaranus  (8Sl),  Cesaranus  (922),  qui,  si  elles 
représeulent  Sérame,  indiqueraient  une  formation  en  -anum. 

Skuck.  Serz'tn'un  (1215).  Cf.  Sainl-Marlin  ds  Serge. 

Servies  offre  le  même  traitement  que  Fontiers.  Seriniano  •=.Ser- 
viano  (951). 

Taure  (La).  Taurano  (936);  cf.  Tauran. 

Villefloure.  Villa fluranum  (1197)  ;  cf.  Floure. 

J.  Anglade, 


232  ANNALES  DU   MIDI. 


IV 


DANS    LES    JARDINS    d'aRPAILLARGUES  ,    EN    1397.    —    DERNIER 
ÉCHO  DE  LA  TOUCHINERIE  DU  RAS  LANGUEDOC. 


Auguste  Molinier  a  emprunté  aux  registres  du  Trésor  des 
Chartes  et  imprimé  dans  les  Preuves  de  la  nouvelle  édition 
de  V Histoire  de  Languedoc  des  Bénédictins  ^  un  assez  grand 
nombre  de  lettres  de  rémission  qui  jettent  une  vive  lumière 
sur  certains  épisodes  du  soulèvement  des  Touchins^,  lamen- 
table floraison  des  pays  de  langue  d'oc  au  début  du  règne  de 
Charles  VI.  Mais  il  n'a  pas  épuisé  cette  riche  source  d'infor- 
mation. Je  crois  êlre  agréable  aux  lecteurs  des  Annales  du 
Midi  en  leur  faisant  connaître  une  pièce  que  Molinier  n'a 
ni  publiée  ni  même  signalée.  Postérieur  d'une  quinzaine 
d'années  aux  mouvements  populaires,  le  document  nous 
montre  combien  le  souvenir  de  cette  atroce  période  était 
encore  vivace  au  fond  des  cœurs.  Un  rien  suffisait  à  faire 
jaillir  le  nom  de  toucfiin,  lancé  et  relancé  comme  une 
suprême  injure,  et  dans  la  région  d'Uzès,  où  la  Touchinerie 
avait  été  particulièrement  violente,  cet  écho  sinistre  des  an- 
ciens excès  était  capable,  même  en  1397,  d'en  provoquer  de 
nouveaux  3. 


1.  TomeX. 

2.  Malgré  l'usage  —  qu'il  convient  de  réformer,  non  de  subir  —  il  faut 
dire  Touchin  et  non  Tuchin;  c'est  ce  que  font  les  textes  français  les  plus 
sûrs  et  ce  que  demande  l'étymologie.  Voir  Anti.  du  Midi,  IV,  439  et 
VIII,  99. 

3.  Auguste  Molinier  a  noté  que  le  nom  de  touchin  était  resté  «  une 
mortelle  injure  »,  en  renvoyant  à  une  lettre  de  rémission  dont  il  se  borne 
à  indiquer  l'existence,  sans  en  donner  la  moindre  analyse,  Arcli.  nat., 
JJ  137,  n»  107  (Hist.  de  Languedoc,  IX,  912).  Il  ne  paraîtra  pas  hors  de 
propos  de  la  publier  ici,  d'autant  plus- qu'elle  renferme  des  détails  de 
mœurs  bons  à  retenir  et  dont  le  lecteur  saura  faire  son  profit,  sans  qu'il 
soit  nécessaire  de  les  souligner.  Je  note  seulement  que  le  vicomte  de 


MÉLANGES   ET   DOCUMENTS.  233 

Bertrand  de  Sauve  ou  de  Deaux,  seigneur  en  partie 
d'Arpaillargues  et  autres  lieux  au  diocèse  d'Uzès,  a  été  sauvé 
de  l'oubli. par  sa  haine  des  Touchins  et  par  les  précautions 
qu'il  a  eu  soin  de  prendre  pour  se  faire  absoudre  de  sa  con- 
duite à  leur  égard.  Ménard  a  publié  ^  intégralement  les  lettres 
de  rémission  qui  lui  furent  accordées  par  le  duc  de  Berry 
en  décembre  1386,  et  dont  voici  un  aperçu. 

Un  des  sujets  du  seigneur  d'Arpaillargues  s'était  enrôlé 
dans  la  troupe  de  Touchins  commandée  par  le  capitaine 
Vachon  et  qui  fut  taillée  en  pièces  à  Uchau-,  le  21  no- 
vembre 1381  :  le  texte  latin  le  nomme  Johannes    Volta; 

Narbonne  dont  le  sommeil  (par  l'excès  de  zèle  de  son  maître  queux)  eut 
de  tragiques  conséquences,  est  Aimeri  IX,  mort  en  1388. 

«  Charles  etc.  Savoir  faisons...  Nous  avoir  oye  l'umble  supplicacion  de 
Jehan  Benat,  contenant  que,  l'an  de  grâce  mil  ccc  iiij*''  et  quatre,  le 
vij"  jour  du  nioys  de  juing,  le  viconle  de  Narbonne,  qui  pour  lors  vivoit, 
feûst  logiez  en  nostre  ville  de  Nymes,  en  l'ostellerie  de  [sic]  Paon,  et  cellui 
jour,  après  souper,  se  feûst  retrait  en  sa  chambre  pour  soy  couchier,  et 
le  dit  suppliant,  avec  un  autre  homme,  feûst  enmy  la  rue,  près  de  la  dicte 
hostellerie,  et  se  feûst  assiz  sur  une  fenestre  de  Jaques  d'Albermas,  cor- 
doannier,  et  eussent  priz  à  chanter  une  chançon  pour  eulx  déporter  et 
esbatre,  et  sur  eulx  feûst  survenu  Pierre  Prouvensal,  familier  et  queux 
du  dit  viconte,  le  quel  Prouvensal  molt  rigoreusement  dist  au  dit  sup- 
pliant qu'il  faisoil  mal  de  chanter  illecques,  car  son  maistre  estoit  alez 
concilier  et  estoit  en  son  lit,  auquel  le  dit  suppliant  eûst  respondu  que  de 
son  maistre  ne  lui  chaloit,  et  adonc  ycellui  Prouvensal  de  félon  courage 
eûst  appelle  [le]  dit  suppliant  toiichin,  ja  soit  ce  que  onques  ne  l'eiist  esté 
ne  de  leur  secte,  maiz  tousjours  eûst  esté  nostre  bon  et  vray  obéissant, 
et  pour  ce  l'eûst  desmenti,  ainsi  comm.e  fere  lui  loysoit...,  et  sur  ce  le  dit 
Prouvensal  le  redesmenti  ;  avint  que,  après  pluseurs  pai-oles  contencieuses 
qui  furent  dites  de  l'un  à  l'autre,  le  dit  suppliant,  considérant  que  autant 
valoit  dire  touchin  comme  rebelle  et  ti-aïtre,  meû  de  chaude  cole  et  de 
hastivité,  fery  d'une  dague  qu'il  portoit  le  dit  Pierre  Prouvensal,  un  seul 
cop  en  la  poitrine,  non  mie  en  entencion  de  le  tuer,  de  la  quelle  playe  le 
dit  Prouvensal  morut...,  pour  occasion  du  quel  fait...  ledit  suppliant  se 
absenta  et  rendi  fuitif  du  .dit  pays,  pourquoy  sa  povre  mère  aagee  de 
soixante  ans,  sa  femme  et  ses  enfans  ont  esté  et  sont  cheûtes  et  devenues 
en  grant  misère  et  povreté...,  mesmement  comme  il  fu  deffendu  et  crié 
publiquement  par  nostre  dicte  ville  de  Nymes,  à  voix  de  trompeté,  que 
nul  ne  feûst  si  hardi  d'appeller  aucune  personne  touchin...  Donné  à 
Nymes,  l'an  de  grâce  mil  ccc  inj^^^  et  ix,  et  de  nostre-  règne  le  x"'«  ou  moys 
de  janvier.  —  Par  le  Roy,  J.  Bertaut.  » 

1.  Hist.  de  la  ville  de  Kismes,  éd.  orig.,  t.  III,  preuves,  pp.  89-91, 
pièce  XIX. 

2.  Canton  de  Vauvert,  arr.  de  Nimes.  Orthographe  officielle  Uchaud, 
où  le  rf  est  absurde  ;  en  latin  Octavus. 


234  ANNALES    DU   MIDI. 

disons  La  Foit^e,  pour  parler  français  ^  La  Voûte  échappa 
au  carnage  et  revint  au  gîte.  Bertrand  de  Sauve  l'y  accueillit 
si  rudement  que  le  fuyard  sentit  sa  vie  en  danger  et,  «  timoré 
raortis  »,  chercha  provisoirement  son  salut  dans  la  ville 
d'Uzès,  où  il  «  touchina  »  de  plus  belle.  Des  gens  d'armes 
tenaient  garnison  à  Arpaillargues  ;  ils  réussirent  un  jour  <à 
s'emparer  du  misérable,  le  ramenèrent  à  Arpaillargues  et 
assouvirent  atrocement  sur  lui  leur  haine  conire  les  ïou- 
chins  :  en  la  présence,  sinon  par  ordre  même  de  Bertrand 
de  Sauve,  La  Voûte  fut  livré  à  des  supplices  variés  (on  lui 
brûla  notamment  les  jambes  et  les  pieds  avec  de  l'huile 
bouillante);  finalement,  on  le  jeta  dans  un  puits,  qui  fut  son 
tombeau. 

Un  autre  Touchin  d'Uzès,  Guilhem  A^ut^,  fut  aussi  vic- 
time du  terrible  seigneur  d'Arpaillargues  ;  mais  celui-là  s'en 
tira  à  bon  compte.  Les  passions  s'étaient  un  peu  calmées. 
Le  roi  avait  défendu  aux  particuliers  non  seulement  de 
courir  sus  aux  Touchins  «  per  arma  bellica  »,  mais  de  les 
molester  d'aucune  manière  '.  Ignorant,  prétend-il,  la  défense 
royale,  Bertrand  de  Sauve  s'empara  de  Guilhem  Agut,  s'ap- 
propria ce  qu'il  avait  sur  lui  et  le  mit  à  rançon  ;  mais  avant 
d'avoir  pu  arrachera  son  prisonnier  la  rançon  convoitée,  il 

1.  Ménai'd  dit  Jean  Voûte.  M.  Portai  {Ann.  du  Midi,  IV,  445)  l'appelle 
Jean  de  la  Voiilte  et  le  croit  originaire  d'un  hameau  de  ce  nom,  commune 
de  Mons,  arr.  de  Saint-Pons  (Hérault),  ce  qui  n'a  guère  de  vraisemblance  ; 
en  outre,  il  en  fait  un  noble,  ce  qui  est  en  conti'adiction  avec  les  termes 
des  lettres  de  rémission  :  «  Quidam  vulgariter  Vachon,  qui  tune  pro  parte 
Tuchinorum  senescallie  Bellicadri  unus  de  capitaneis  existebat,...  in 
cujus  comitiva...  accedebat  Johannes  Volta,  ipsius  supplicantis  subditus 
dicti  loci  sut  de  Arpalhanicis.  » 

2.  Le  texte  latin  le  nomme  Guillelmus  Accuti. 

3.  «  Non  obstante  quod  per  dictum  dominum  meum  fiiisset  per  suas 
litteras  mandatum  et  inhibitum  ne  contra  aliquos  luchinos  per  arma 
bellica  vel  alias  aliqua  danipna  inferrentur,  quod  idem  supplicans  igno- 
rabat.  »  Cf.  le  Mémoire  des  consuls  de  Nimes  publié  aussi  par  Ménard, 
op.  et  lac.  cit.,  p.  72  :  «  Et  ulterius...  dux  Bituricencis...  deffensiones 
fecit...  ne  aliquis  nobilis  auderet  injuriare  quemquam  de  facto  aut  verbo.  » 
La  lettre  de  rémission  en  faveur  do  Jehan  Benat,  de  Nimes,  fait  allusion 
à  une  proclamation  analogue  (ci-dessus,  p.  233)  ;  il  ne  semble  pas  que  les 
récents  historiens  de  la  Toucliinerie,  très  hostiles  au  duc  de  Berry,  aient 
tenu  compte  de  cet  effort  méritoire  pour  hâter  la  pacification  du  Lan- 
guedoc, 


MÉLANGES   ET   DOCUMENTS.  235 

prit  le  parti  de  le  conduire  :i  Saze',  où  il  le  remit  entre  les 
mains  du  vicomte  d'Uzès,  lequel  le  livra  au  sénéchal  de 
Beaucaire.  Prisonnier  du  roi,  Agut  fut  délivré  en  vertu  du 
pardon  général  solennellement  accordé  aux  Touchins  en 
mars  1384. 

Bertrand  de  Sauve  rappelait  dans  sa  supplique,  pour  atté- 
nuer ses  fautes,  qu'il  avait  beaucoup  souffert  personnelle- 
ment des  Touchins,  qui  avaient  incendié  sa  maison  d'Ar- 
paillargues;  le  duc  de  Berry  déclara  tenir  compte,  en  outre, 
du  fait  que  le  seigneur  d'Arpaillargues  avait  fait  bon  service 
au  roi  dans  l'armée  récemment  réunie  pour  passer  en  Angle- 
terre^ Et  il  est  à  croire  que  les  lettres  de  rémission  furent 
entérinées  par  les  juges  de  la  sénéchaussée  de  Beaucaire  et 
de  Nimes. 

Ménard  a  trouvé  dans  les  archives  de  l'abbaye  de  Saint- 
Sauveur-de-la-Font,  hors  les  murs  de  Nimes,  sur  la  famille 
de  Sauve  ou  de  Deaux,  des  détails  généalogiques  que  j'utili- 
serai plus  loin  pour  l'annolation  de  mon  texte  :  il  sait  que  la 
femme  de  notre  Bertrand  s'appelait  Amorose  (c'est  ainsi 
qu'il  énonce  ce  joli  prénom),  son  fils,  Jacques,  sa  bru,  Mar- 
guerite de  l'Euzière,  sa  petite-fille,  Lucie,  laquelle  fut  non- 
nain  à  Saint-Sauveur...  Mais  ce  qu'il  ignore,  n'ayant  point 
travaillé  sur  les  registres  du  Trésor  des  Chartes,  c'est  ce 
drame  intime  de  1397,  auprès  duquel  toute  sa  science  paraît 
bien  froide.  Il  n'y  a  vraiment  que  les  beaux  crimes  qui  nous 
touchent,  et  quoique  les  livres  d'histoire  en  soient  pleins, 
les  archives.  Dieu  merci,  coïitieunent  encore  de  quoi  réveiller 
l'appétit  des  lecteurs  les  plus  blasés. 

Donc,  en  mars  1397,  Amoureuse  —  c'est  ainsi  que  notre 
texte  l'appelle,  et  non  sans  de  bonnes  raisons,  puisqu'il  est 
rédigé  en  français,  voire  en  français  qui  ne  se  sent  pas  trop 
du  milieu  languedocien  où  il  a  été  élaboré,  —  Amoureuse 
d'Arpaillargues,  dis-je,  par  un  bel  après-midi,  s'en  alla,  avec 
quelques  amies,  visiter  son  jardin  :  l'ail  aux  gousses  odo- 

1.  Canton  le  Villeneuve-lès-Avignon,  arrondissement  d'Uzès. 

2.  Laquelle,  comme  on  sait,   dut  rester  sur  le  continent,  bon  gré  mal 
gré,  et  se  disloqua  à  la  lin  de  l'automne  1386. 


236  ANNALES   DU   MIDI. 

rantes,  si  prisées  des  palais  méridionaux,  s'y  mariait  à  la 
marjolaine  au  parfum  plus  subtil,  évocatrice  d'aubades  et  de 
sérénades'.  Un  rustre,  propriétaire  d'un  jardin  voisin,  em- 
poisonna le  plaisir  de  la  noble  dame,  non  seulement  par  des 
paroles  malgracieuses,  mais  par  des  voies  de  fait  sur  une 
innocente  touffe  de  marjolaine.  «  Ribaut  touchin  !  »  s'écria 
la  noble  dame.  Et,  de  fait,  le  voisin,  Jehan  Picart,  avait 
dans  le  pays  un  fâcheux  relent  de  touchinerie.  «  Vous  êtes 
ma  sœur!  »  répondit-il  du  tac  au  tac,  sans  songer  peut-être 
à  l'énormité  de  ce  qu'il  disait,  ni  qu'il  s'adressait  à  sa  dame 
elle-même,  lui,  son  humble  «  subgiet  et  justiçable  ».  On  de- 
vine que,  de  retour  dans  son  hôtel,  Amoureuse  épancha  son 
courroux  en  famille.  Son  mari,  si  bouillant  en  1881,  devait 
être  quelque  peu  rassis.  Mais  son  fils  Jacques  et  son  gendre, 
Antoine  Aybrant,  étaient  jeunes,  et  l'outrage  fait  à  leur 
mère  ne  pouvait  rester  impuni.  Dans  la  huitaine,  en  reve- 
nant du  marché  d'Uzès,  Jehan  Picart  tombait,  mortellement 
atteint,  sous  les  coups  des  deux  jeunes  écuyers.  La  ven- 
geance est  un  plaisir  divin,  et  quand  elle  s'abrite  ainsi  sous 
le  couvert  des  devoirs  de  famille,  il  est  bien  difficile  de  ne 
pas  lui  trouver  des  excuses  aux  yetix  de  la  loi.  Le  mort  avait 
pris  part,  disait-on,  à  l'incendie  de  l'hôtel  d'Arpaillargues  et 
au  siège  de  Marguerittes  ;  quoiqu'il  fût  sous  la  sauvegarde 
royale  et  détenteur  d'une  parcelle  de  puissance  féodale 
comme  baile  du  coseigneur  d'Arpaillargues,  le  glaive  de  la 
loi  était  bien  émoussé  à  l'égard  de  ses  meurtriers.  Je  laisse 
au  lecteur  le  soin  de  s'initier,  par  la  lecture  du  document,  à 
toutes  les  questions  juridiques  que  ne  manqua  pas  de  sou- 
lever le  coup  de  main  audacieux  des  deux  jeunes  beaux- 
frères.  Un  mois  de  prison  au  pain  et  à  l'eau  et  cinquante 
francs  versés  au  trésor  royal  furent  leur  seule  punition, 
«  afin  que  pour  le  temps  avenir  lesdiz  Jaques  et  Aiithoine  ne 

1.  Cf.  l'ancienne  locution  :  «  resveiller  les  potz  de  marjolaines  »  (donner 
une  aubade)  et  ce  début  d'un  poème  du  xv  siècle  : 
Entre  chien  et  loup,  sur  le  tart, 
Qu'on  va  marjolaines  querre. 

(Eug.  Rolland,  Flore  populaire,  IX,  24). 


MÉLANGES    ET    DOCUMENTS.  237 

soient  hâtez  ne  enclins  à  perpétrer  semblables  ou  autres  ma- 
léfices ».  Souhaitons  d'apprendre  un  jour,  puisqu'ils  étaient 
«  bien  habillez  et  bien  tailliez  »  de  servir  leur  roi  et  leur 
pays,  qu'ils  ne  se  montrèrent  pas  indignes  de  la  clémence 

royale. 

Antoine  Thomas, 


Charles  etc.  Savoir  faisons  à  tous  presens  et  avenir  de  la  partie 
des  amis  cliarnelz  de  Jaquez,  filz  de  Bertran  de  Salve  *,  dit  de 
Deus  2,  escuier,  seigneur  de  La  Rouvyere^^et  d'Arpailhargues  ■* 
en  partie  à  cause  de  Amoureuse,  sa  femme,  et  les  (sic)  amis  cliar- 
nelz de  Anthoine  Aybrant,  filz  du  seigneur  de  Salsan'  et  gendre 
desdiz  escuier  et  Amoureuse,  clers  mariez,  nous  avoir  esté  exposé 
que,  ou  mois  de  mars  derren  passé,  il  vint  a  la  notice  desdiz 
Jaques  et  Anthoine  que  il  n'avoit  gaires  que  la  dicte  Amoureuse 
estoit  alee  après  disner,  acompaignee  d'aucunes  autres  femmes,  en 
un  leur  jardin  ou  courlil  qui  est  audit  lieu  dArpailhargues,  delez 
le  quel  jardin  Jehan  Picart,  pour  ce  que  la  dicte  Amoureuse  cueil- 
loit  ou  faisoit  cueillir  des  aulx  et  autres  verdures  qui  estoient  en 
son  dit  jardin  ou  autrement,  dist  a  icelle  Amoureuse  aucunes 
paroles  malgracieuses,  la  quelle  lui  respondi  que  elle  ne  cueilloit 
ou  faisoit  cueillir  riens  du  sien,  lequel  Picart,  tout  esmeû  de  félon 
courage,  en  la  présence  d'icelle  Amoureuse  esracha  une  mote  de 

1.  Ménard  nous  donne  les  détails  suivants  sur  ce  personnage  et  sa 
famille  :  «  Bertrand  de  Sauve  étoit  de  la  maison  de  Deaux,  dont  il  portoit 
aussi  le  nom,  mais  moins  communément  que  celui  de  Sauve.  Outre  la 
terre  de  la  Rouvière  et  d'Arpaillargues,  il  possédoit  de  plus  celle  de 
Blausac.  Amorose  d'Arpaillargues,  dame  de  ce  lieu,  lui  avoit  apporté 
cette  terre  en  mariage.  Il  en  eut  un  fils,  appelle  Jacques  de  Deaux,  qui  se 
maria,  le  8  de  décembre  de  l'an  1395,  avec  Marguerite  de  l'Euzière,  fille 
de  Rostaing  de  l'Euzière,  seigneur  du  même  lieu.  Ce  Jacques  de  Deaux 
eut  de  son  mariage  une  fille,  nommée  Lucie,  qui  fut  religieuse  dans 
l'abbaye  de  Saint-Sauveur  de  la  Fontaine  de  Nismes.  »  {Hist.  de  Nismes, 
t.  III,  Preuves,  p.  64.) 

a.  Écrit  aujourd'hui  Deaux,  commune  du  canton  de  Vézenobre,  ar- 
rondissement d'Uzés. 

3.  Ms.  :  La  Romyere.  Il  s'agit  de  La  Rouvière  (autrefois  La  Rouvière- 
en-Malgoirès),  commune  du  canton  de  Saint-Chate  (officiellement  Saint- 
Chaptes  (I),  travestissement  grotesque  du  languedocien  Sanch'  Ata, 
Sainte-Agathe),  arrondissement  d'Uzés. 

4.  Arpaillargues,  commune  du  canton  d'Uzés. 

5.  Je  n'ai  pas  réussi  à  identifier  cette  seigneurie,  et  je  ne  sais  rien  sur 
la  famiUe  Aybrant. 


238  ANNALES   DU   MIDI. 

marjolaine,  qui  estoit  en  un  lieu  entre  lesdiz  deux  jardins  et  plus 
ou  jardin  d'icelle  Amoureuse  que  en  cellui  dudit  Pierre,  et  gecta 
icelle  mote  de  marjolaine  à  terre  en  disant  que  c'estoit  en  despit 
de  la  dicte  Amoureuse,  pourqnoy  icelle  Amoureuse,  ainsi  attaïn- 
nee  et  esmeûe  par  le  dit  Picart,  l'appella  ribaut  louchin,  h  quoy 
respondi  tantost  le  dit  Picart  moult  arroganment  à  la  dicte  Amou- 
reuse, de  la  quelle  il  estoit  homme  subgiet  et  justiçable  en  partie, 
ces  paroles  :  «  Vous  estes  ma  seur  »,  ou  semblables  autres  paroles 
et  d'un  mesmes  effect,  par  lesquelles  paroles  il  vouloit  dire,  selon 
le  langaige  i  et  interpretacion  commune  du  pays,  que  la  dicte 
Amoureuse  estoit  aussi  ribaude  et  touchine,  pour  lesquelles  paroles 
ainsi  dictes  par  le  dit  Picai-t,  ou  grant  vitupère  et  diffame  d'icelle 
Amoureuse  et  dud.  escuier,  son  mary,  et  de  tout  leur  lignage,  les- 
diz Jaques  et  Anthoine,  jeunes  escuiers,  furent  moult  dolens  et 
esmeuz  contre  le  dit  Picart:  durant  lequel  mouvement  et  cour- 
roux il  advint  que  le  dit  Bertran,  père  dudit  Jaques,  et  un  autre 
escuier  qui  est  seigneur  de  Gaujac^,  et  un  varlet  dud.  Bertran 
apellé  Giron,  et  lesdiz  Jaques  et  Antlioine  en  leur  compaignie, 
aprez  ce  qu'ilz  orent  disné  en  l'ostel  dud.  Bertran  d'Arpailhargues, 
se  partirent  pour  aler  a  Usés,  pour  certaines  besongiies  touchans 
led.  Bertran  et  le  dit  seigneur  de  Gaujac;  et  ainsi  qu'ilz  chevau- 
clioient  et  estoient  sur  les  champs,  lesdiz  Anthoine  et  Jaques  advi- 
serent  le  dit  Jehan  Picart,  qui  venoit  du  marchiè  d'Uzès  et  s'en 
aloit  audit  lieu  d'Arpailhargues,  et  si  tost  qu'ilz  l'orerit  apperceii, 
recordans  des  paroles  et  injures  dessus  dictes,  laissèrent  chevau- 
chier  lesdiz  Bertran  et  seigneur  de  Gaujac,  qui  aloient  parlant 
ensemble,  et  le  dit  varlet  derrière,  et  se  arresterent  hors  du  che- 
min, lez  l'oree  d'un  petit  buisson,  pour  attendre  le  dit  Picart,  et 
ainsi  que  lesdiz  Bertran  et  seigneur  de  Gaujac,  qui  chevauchoient 
devant,  furent  esloigniez  tant  que  lesdiz  Jaques  et  Anthoine  les 
orent  perdus  de  veûe,  et  que,  d'autre  part,  le  dit  Picart  fu  aprochié 
des  diz  Jaques  et  Anthoine,  icellui  Picart  les  apperceut,  et  pour 
ce  se  destourna  du  grant  chemin  et  se  mist  en  un  autre,  pour  soy 
en  aler  audit  lieu  d'Arpailhargues,  mais  les  diz  Jaques  et  Anthoine 
le  suierent  ^,  l'un  l'espee  ou  coustel  trait,  et  l'autre  menant  leurs 

1.  Naturellement,  Amoureuse  et  Jehan  Picart  s'exprimaient  en  langue- 
docien. 

2.  Il  y  a  plusieurs  Gaujac  dans  le  Gard,  et  je  n'ai  pas  le  moyen  d'iden- 
tifier sûrement  cette  seigneurie. 

3.  Meridionalisuie  pour  suivirent,  qui  a  échappé  au  rédacteur  de  la 
supplique  reproduite  par  la  lettre  de  rémission. 


MÉLANGES   ET  DOCUMENTS.  239 

chevaulx,  et  aprez  ce  qu'ilz  le  orent  attaint,  yceulx  Jaques  et 
Anthoine,  ou  l'un  d'eulx  en  la  présence  de  l'autre,  fer)»^  le  dit 
Picart  et  lui  donna  un  cop  sur  le  col  derrière  et  un  autre  sur  la 
[sejnestre  jambe,  de  l'espee,  dont  mors  s'en  ensuy  lantost  après  : 
pour  occasion  du  quel  fait  les  diz  Jaques  et  Anthoine,  doubtans 
rigueur  de  justice,  se  sont  absentez  et  rendus  fuitifs;  pourquoy  et 
par  vertu  d'aucunes  informacions  faictes,  si  comme  l'en  dit,  en  la 
court  du  seneschal  de  Beaucaire  et  aussi  par  la  justice  du  lieu 
d'Uzés,  certain[s]  procès  sont  encommenciez  en  pluseurs  cours,  à 
la  requeste  de  nostre  procureur  et  de  pluseurs  autres  parties,  que 
pour  le  dit  cas,  et  aussi  pour  ce  qu'ilz  dïent  que  le  dit  Picart  estoit 
en  njstre  sauvegarde  par  pluseurs  moiens  et  par  especial  pour  ce 
que  il  estoit  baille  audit  lieu  d'Arpailhargues  pour  Guill[aumje 
Audibert,  seigneur  en  partie  dudit  lieu,  et  aussi  pour  ce  qu'il  estoit 
en  chemin  poursuyant,  ont  contre  les  dis  Jaques  et  Anthoine  fait 
pluseurs  conclusions;  et,  d'autre  part,  s'est  meû  un  autre  procès, 
par  devant  le  dit  seneschal,  entre  le  viconte  d'Uzè[s]  et  nostre  dit 
procureur  en  la  seneschaucie  de  Beaucaire,  pour  raison  de  ce  que 
le  dit  viconte  maintient  que  la  congnoissance  du  cas  lui  appar- 
tient, nostre  dit  procureur  dizant  au  contraire,  et  a  esté  sur  ce 
tant  procédé  que  le  dit  viconte  a  appelle  à  nous  ou  à  nostre  court 
de  Parlement,  pour  lesquelles  *  poursuites  et  procès  les  diz  Jaques 
et  Anthoine,  qui  sont  jeunes  hommes,  sont  en  voye  d'estre  dure- 
ment et  rigoureusement  traictiez  et  d'estre  desers,  se  par  nous  ne 
leur  est  sur  ce  pourveù  de  nostre  grâce  et  remission,  de  laquelle 
leurs  diz  amis,  attendu  et  considéré  ce  que  dit  est,  et  que  le  dit 
Picart  estoit  homme  rioteux  et  de  petit  gouvernement,  mal  re- 
nommé, et  avoit  esté  touchin  et  rebelle  contre  noz  gens  et  les 
nobles  du  pays,  et  de  la  compaignie  des  autres  touchins  et  rebelles 
qui  ja  pieça  coururent  le  païs,  et  estoit  publiquement  diffamé 
d'avoir  esté  avecques  les  diz  touchins  quant  ilz  desroberent  et  pil- 
lèrent le  lieu  de  Marguerites  ^  et  bouleront  le  feu  audit  lieu  d'Ar- 
pailhargues ou  chastel  et  maison  dud.  Bertrand;  attendu  aussi 
les  paroles  dictes  par  le  dit  Picart  à  la  dicte  Amoureuse,  qui  estoit 

1.  Le  scribe  a  répété  pour  lesquelles. 

2.  Marguerites  (l'orlliographe  officieUe  y  met  deux  t,  sans  aucune  rai- 
son), chef-lieu  de  canton  de  l'arrondissement  de  Nimes.  La  prise  de 
Marguerites  par  les  Touchins  date  de  mars  138;3. 

3.  On  ignore  la  date  précise  de  cet  incendie  de  la  maison  de  Bertrand 
de  Sauve,  qui  est  aussi  rappelé  dans  la  lettre  de  rémission  publiée  par 
Ménard. 


240  ANNALES   DU   MIDI. 

sa  dame,  et  que  les  parens  et  amis  des  diz  Jaques  et  Anthoine  et 
le  dit  Jaques  meïsmes  nous  ont  bien  servi  en  noz  guerres,  et  que 
iceulx  Jaques  et  Anthoine  sont  jeunes  escuiers  bien  habilles  et 
bien  tailliez  de  nous  servir  ou  temps  avenir,  et  aussi  que  ilz  sont 
mariez  à  deux  jeunes  damoiselles,  desquelles  chascune  a  un  petit 
enfant,  dont  ilz  sont  chargiez  •  et  qu'ilz  n'avoient  pas  entencion 
de  tuer  le  dit  Picart,  mais  seulement  de  le  batre,  laquele  bateûre 
fu  faicte  chaudement,  dedens  huit  heures  ou  environ  après  ce  que 
les  dictes  paroles  vindrent  à  leur  congnoissance,  nous  ont  hum- 
blement supplié  de  leur  pourveoir  ;  pourquoy  nous,  considéré  les 
choses  dessus  dictes,  la  jeunesse  des  diz  Jaques  et  Anthoine,  et  la 
doleur  qu'il  (sic)  orent  des  dictes  paroles  ainsi  dictes  à  la  dicte 
Amoureuse  par  le  dit  défunt,  qui  estoit  son  subget,  aians  pitié 
d'eùlz  et  de  leurs  dictes  femmes  et  onfens,  et  eii  regart  à  ce  que  en 
tous  autres  cas  ilz  sont  de  bonne  renommée,  comme  l'en  dit,  à 
iceulx  Jaques  et  Anthoine  et  à  chascun  d'eulx  avons,  ou  cas  des- 
sus dit,  quittié,  pardonné  et  remis,  quittons,  pardonnons  et  remet- 
tons, de  grâce  especial  et  de  nostre  auctorité  royal,  les  fais,  infrac- 
cion  de  sauvegarde  et  cas  dessus  diz,  avecques  tous  adjourne- 
mens,  procès  et  appeaulx  pour  occasion  de  ce  faiz  contre  eulx,  le 
ban,  s'il  s'en  est  ensuy,  et  toute  peine,  amende  et  offense  corpo- 
relle, criminelle  et  civile  que  eulx  et  chascun  d'eulx  ont  pour  ce 
encoru  envers  nous  et  justice,  et  les  restituons  au  païs  à  kur 
bonne  renommée  et  à  leurs  biens  non  confisquez,  parmi  ce  que, 
avant  que  les  diz  Jaques  et  Anthoine  joïssent  de  nostre  présente 
grâce,  ilz  feront  satisfaccion  à  partie  civilement,  se  faicte  n'a  esté, 
et  en  lieu  de  peine  et  amende,  afin  aussi  que  pour  le  temps  avenir 
les  diz  Jaques  et  Anthoine  ne  soient  hatiz  ne  enclins  à  perpétrer 
semblables  2  ou  autres  maléfices,  les  diz  Jaques  et  Anthoine 
demour[r]ont  en  nos  prisons  à  Beaucairé  ou  à  Nymes,  au  pain  * 
et  à  l'yaue,  l'espace  d'un  mois  entier,  et  paieront  à  nostre  recepte 
de  Beaucairé  ou  à  nostre  trésor  à  Paris  la  somme  de  cinquante 
frans.  Si  donnons  en  mandement  au  seneschal  de  Beaucairé  *  et 
à  touz  noz  autres  justiciers  et  officiers...  que  de  nostre  présente 


1.  Grâce  à  Ménard,  nous  savons  que  Jacques  de  Sauve  (ou  de  Deaux) 
s'était  marié  le  8  décembre  1395,  mais  c'est  tout. 

2.  Ms.  :  semblablenient. 

3.  Ms.  :  plain. 

4.  Le  sénéchal  de  Beaucairé  et  de  Nimes  était  alors  Guillaume  de 
Naillac. 


MÉLANGES   ET   DOCUMENTS.  241 

grâce  et  rémission  facent  et  seuffrent  les  diz  Jaques  et  Anthoine 
et  chascun  d'eulx  joïr  et  user  paisiblement... 

Donné  à  Paris  ou  mois  de  septembre,  l'an  de  grâce  mil  ccc  iiij^'^ 
et  xvij,  et  de  nostre  règne  le  xvij". 

Par  le  Roy  à  la  relacion  du  Conseil,  ou  quel  estoient  vous  ',  le 
patriarche  d'Alexfandrie]^,  l'evesque  de  Noyon^,  messire  Almaury 
d'Orgemont  et  pluseurs  autres. 

Charité. 


1.  O'est-à-dire  le  chancelier  de  France,  Arnaud  de  Corbie. 

2.  Jean  de  Cardaillac. 

3.  Philippe  de  Moulin. 


ÀNNALKS  DO   MIDI.   —  XX Vl  Ï6 


COMPTES  RENDUS  CRITIQUES 


Abbé  Sabarthès.  Dictionnaire  topographique  du  dépar- 
tement de  l'Aude.  Paris,  Imprimerie  Nationale,  1912; 
in-40  de  Lxxx  +  596  pages. 

Le  volume  publié  par  M.  l'abbé  Sabartbès  fera  honneur  à  la 
collection  des  Dictionnaires  topographiques  de  la  France,  dont  la 
publication  fut  entreprise  il  y  a  plus  de  cinquante  ans  et  qui 
n'avance  que  trop  lentement,  à  notre  gré.  Pour  se  rendre  compte 
de  tout  ce  que  le  Dictionnaire  de  l'Aude  contient  d'important,  il 
suffit  de  le  comparer  au  Dictionnaire  de  l'Hérault,  publié  en  1885, 
et  qui  est  fait  d'ailleurs  avec  beaucoup  de  soin. 

M.  l'abbé  Sabarthès  s'est  fait  connaître  depuis  longtemps  par 
ses  publications  sur  l'Aude  :  publications  de  textes  en  langue  vul- 
gaire de  Montréal,  essai  sur  les  noms  des  rivières,  bibliographie 
méthodique  de  l'Aude,  etc.  Il  était  donc  très  qualifié  pour  entre- 
prendre et  mener  à  bien  un  travail  de  cette  nature.  Et  quand  on 
pense  que  l'auteur  de  cette  œuvre  est  un  curé  de  campagne 
(M.  l'abbé  Sabarthès  est  curé  de  Leucate)  et  que  les  instruments 
de  travail  ne  doivent  pas  abonder  autour  de  lui,  on  ne  saurait  lui 
être  avare  ni  d'admiration  ni  de  remerciements. 

M.  S.  ne  parait  avoir  oublié  aucun  des  grands  recueils  où  se 
cachent  les  milliers  de  noms  relevés  dans  son  dictionnaire.  11  a 
donc  consulté  les  archives  départementales  et  communales,  ecclé- 
siastiques et  hospitalières;  plusieurs  documents  d'archives  parti- 
culières ont  été  aussi  mis  à  profit.  Parmi  les  imprimés,  je  n'ai  pas 
remarqué  le  nom  de  M.  P.  Skok^,  ni  de  renvoi  à  une  note  sur  les 

1.  Nous  rappellerons  que  l'auteur  d'un  des  meilleurs  travaux  qui  exis- 
tent sur  la  toponymie  du  midi  de  la  France,  M.  Peter  Skok,  a  préparé 
son  travail  étant  professeur  au  lycée  de  Banjaluka,  dans  la  lointaine 
Bosnie! 


COMPTES   RENDUS   CRITIQUES.  243 

noms  de  lieu  en  —  anum,  parue  dans  les  Annales  du  Midi, 
tome  XIX,  et  dont,  par  modestie,  je  ne  nommerai  pas  l'auteur. 
UHisloria  albigensium  de  Pierre  de  Vaux-Cernay  est  citée,  mais 
la  Chanson  de  la  Croisade,  qui  donne  les  formes  languedociennes 
de  nombreux  noms  de  localités,  ne  l'est  pas.  Je  ne  trouve  pas  non 
plus  dans  la  bibliographie  les  Gesta  Karoli  Magni  ad  Carcasso- 
na7n  (le  pseudo  Philomena)  publiées  par  M.  F.-Ed.  Schneegans 
(Halle,  1898)  ni  la  dissertation  de  M.  H.  Kempe  sur  les  noms  de 
lieu  de  Philomena^  Ce  ne  sont  pas  là  des  sources,  à  proprement 
parler,  mais  on  trouve  dans  quelques-unes  au  moins  de  ces  publi- 
cations les  formes  de  la  langue  vulgaire.  Je  signale  aussi  qu'il  y  a 
des  formes  de  ce  genre  dans  le  Livré  vert  de  Lacaune  (Bergerac, 
impr.  J.  Castanet,  1911). 

Ce  volume  présente  une  innovation  dont  on  doit  l'initiative,  je 
crois,  à  M.  Paul  Meyer,  et  dont  il  faut  féliciter  le  Comité  des  tra- 
vaux historiques  :  c'est  la  notation  de  la  prononciation  locale  pour 
les  noms  de  lieu.  M.  Sabarthés  l'a  fait  chaque  fois  que  cela  lui  a 
été  possible.  On  sait  comment  ont  été  francisés  la  plupart  des  noms 
de  lieu;  cela  a  été  fait  au  hasard  des  scribes  et  des  cartes;  il  en 
est  résulté  des  graphies  d'une  incohérence  étonnante;  la  forme 
officielle,  ni  dans  le  Midi,  ni  en  Bretagne,  ni  en  Flandre  ne 
représente  ordinairement  la  prononciation  et  par  conséquent  la 
forme  locale.  Il  y  a  dans  la  nomenclature  officielle  des  déforma- 
tions nombreuses  qui  sont  constamment,  pour  les  philologues,  et 
plus  spécialement  pour  les  étrangers,  des  sources  d'erreur.  Les  his- 
toriens et  les  géographes  qui  chei'chenl  à  identifier  des  noms  de 
lieu  sont  exposés  aux  mêmes  dangers,  et  cela  d'autant  plus  qu'ils 
n'ont  pas  le  plus  souvent  comme  guides,  pour  se  reconnaître  dans 
ces  difficiles  problèmes  d'identifications  toponymiques,  les  règles 
précises  et  rigoureuses  de  la  phonétique.  La  notation  des  formes 
locales  est  donc  une  excellente  Innovation  et  qu'il  faudra  continuer 
et  développer  dans  les  autres  dictionnaires  de  la  collection.  La 
notation  employée  par  M.  S.  n'est  pas  absolument  phonétique  et 
on  s'aperçoit  qu'il  est  plus  historien  que  phonéticien  (cf.  en  parti- 
culier la  note  de  la  page  lxxix);  mais  telle  quelle,  cette  notation 
est  à  peu  près  suffisante;  et,  d'ailleurs,  les  parlers  de  l'Aude  ne 
sont  pas  d'une  telle  complication  qu'il  faille,  pour  les  rendre,  re- 


1.  H.  Kempe,  Die  Ortsnamen  des  Philomena,  Halle,  1901.  (Thèse  de 
Halle.) 


244  ANNALES   DU   MIDI. 

courir  aux  types  les  plus  vai-iés  et  les  plus  rares  de  la  transcrip- 
tion phonétique.  11  y  aura  lieu  seulement  d'être  sévère  pour  l'em- 
ploi des  pseudodiphtongues  {ou  français,  par  exemple)  et  de  noter 
avec  la  plus  grande  précision  l'accent.  Les  desiderata  des  philo- 
logues seront  alors  à  peu  près  satisfaits. 

M.  S.  a  relevé,  chemin  faisant,  nombre  d'erreurs  d'identification 
commises  par  les  auteurs  de  l'Histoire  de  Languedoc  ou  par 
d'autres  historiens.  Sa  connaissance  de  l'histoire  ecclésiastique  du 
pays  qui  a  formé  le  département  de  l'Aude  le  lui  a  facilement 
permis.  Dans  certains  cas,  on  éprouve  quelques  hésilation.s  et 
quelques  scrupules  en  se  plaçant  au  point  de  vue  delà  phonétique. 
Sans  doute,  la  phonétique  des  noms  de  lieu  n'est  pas  la  phonétique 
ordinaire;  il  y  a,  dans  l'histoire  de  la  transformation  de  ces  noms, 
trop  de  causes  qui  interviennent  pour  troubler  le  développement 
phonétique  régulier.  Ces  causes  ne  nous  sont  jîas  toujours  con- 
nues; de  là  des  hésitations  chez  les  philologues  et  des  scrupules, 
comme  on  peut  le  voir  dans  le  livre  du  regretté  Lucien  Beszard 
sur  les  noms  de  lieux  de  la  province  dn  Maine'. 

Ce  qui  complique,  en  effet,  le  problème,  c'est  que  les  erreurs  de 
lecture  sont  innombrables.  Passe  encore  pour  les  monuments  épi- 
graphiques  ou  numismatiques,  où  il  suffit  de  savoir  bien  lire.. 
Mais  dans  les  transcriptions  des  autres  documents,  que  de  fautes 
de  lecture  de  la  part  des  scribes  et,  par  suite,  que  de  sources  d'er- 
reur! Il  faut  donc  à  chaque  instant,  quand  il  s'agit  de  problèmes 
d'identification,  faire  la  critique  de  la  forme  donnée  par  les  docu- 
ments. C'est  dire  que  ces  problèmes  sont  fort  compliqués,  fort  déli- 
cats et  que  ce  qui  en  fait  la  difficulté  est  précisément  ce  qui  en  fait 
l'intérêt. 

M.  S.  ne  s'est  pas  contenté  de  donner  les  noms  de  lieu  actuelle- 
ment habités.  Il  a  cité  aussi  des  noms  de  localités  disparues  depuis 
longtemps  et  qui  ont  cependant  joué  un  rôle  dans  l'histoire  du 
pays  ou  qui  sont  citées  dans  les  textes  anciens.  Ainsi  cet  énigma- 
tique   Hosuerbas^,  cité   déjà  dans  VIlinéraire  d'Anlonin,   dont 


1.  Lucien  Beszard,  Étude  sur  l'origiiie  des  noms  de  lieux  habités  du 
Maine.  Paris,  1910. 

2.  Jouârros  serait,  au  point  de  vue  phonétique,  la  forme  qui  s'en  rap- 
proche le  plus  parmi  celles  qu'on  fi  proposées.  Mais  il  y  a  encore  des  dif- 
ficultés qui  paraissent  insurmontables.  S  de  Hosuerbas,  Usuerva  paraît 
assurée  dans  les  textes  anciens  ;  et  il  y  a  loin  de  Hosuerbas  à  la  forme  la 
plus  ancienne  àe  Joiiàrros,  qui  est  Aioharas  (ann.  1110). 


COMPTES   RENDUS   CRITIQUES.  245 

aucun  nom  de  lieu  moderne  ne  se  rapproche  et  dont  l'identifica- 
tion reste  encore  à  trouver. 

Nous  sigaalerons  enfin  V Introduction  historique  que  M.  S.  a 
mise  en  tête  du  dictionnaire.  Un  peu  sèche  pour  la  période  du 
moyen  âge  (surtout  pour  la  période  féodale),  elle  est  plus  abon- 
dante pour  la  période  moderne,  et,  pour  la  période  révohitionnaire 
en  particulier,  où  le  département  actuel  de  l'Aude  a  subi  des  modi- 
fications nombreuses,  elle  donne  de  multiples  renseignements. 
Le  volume  se  termine  par  une  liste  alphabétique  des  noms  de  lieu 
anciens,  accompagnés  des  formes  modernes,  et  par  trois  pages 
d'additions  et  corrections, 

Voici  quelques  remarques  sommaires  sur  certaines  formes  et 
quelques  additions  : 

BoDissE.  La  prononciation  moderne  est  en  réalité  Bicicho  {u  =  ou)  ; 

M.  S.  note  une  triphtongue  qui  n'existe  pas. 
Ganôs.  L'accentuation  du  mot  est  intéressante  et  mérite    d'être 

notée  :  l'o  est  ouvert. 
Douce-France.  Nous  signalons  ce  curieux  lieu  dit,  déjà  cité  en  146S. 
DouzENS.  Citons  l'étymologie  populaire  de  duobus  annis,  faite  par 

un  scribe  de  1303. 
Dreuille.  m.  s.  ne  cite  que  des  formes  modernes.  J'ai  cité  des 

formes   plus  anciennes,  d'après  Douais   {Annales   du    Midi, 

tome  XIX,  Sur  le  traitement  du  suffixe  -anum). 
Garry.  Je  ne  sais  pas  si  on  peut  identifier  ce  nom  ^ivec  Garelianus, 

Gareliacus,  qui  renvoient  plutôt  à  Garilhe. 
Langoust.  La  prononciation  locale  est  Lengïist  {u  =:  ou  français), 

qui  représente  assez  bien  (avec  t  épenthétique)  le  Lengocium  de 

IIM. 
Mayral.  N'est-ce  pas  peut-être  excessif  dénoter  tous  les  mnyrals? 

Il  y  a  des  ■tnayrals  dans  presque  toutes  les  communes;  ce  n'est 

plus  un  nom  propre. 
Mijanèlos  (Las),  lieu  dit  près  Montrabech  :  à  ajouter. 
Negoetau.  Je  signale  à  M.  S.  la  forme  Negosdumos,  désignant 

une  partie  de  l'àude,  près  de  Lengoust. 
Orbieu  se  trouve  cité  dans  les  Chroniques  de  Frédégaire,  ainsi 

que  Les  Palais •,  la  forme  moderne  réclame   un  pluriel;  les 

formes  anciennes  citées  au  Dictionnaire  sont  au  singulier. 


L  Valle  Corbaria  Palatio   occurrit  {palatio  avec  minuscule  dans  le 
texte  de  Kruscli)  ;  Ired.  Chr.  168,7. 


246  ANNALES    DU   MIDI. 

Plo  Di'.  Maurou.  Lieu  (lit  du  territoire  de  hézign?Ln;  =z  Maiiro- 

rum  ? 
Resplandi.  La  prononciation  et  l'accentuation  locales  sont  Res- 

plândis. 
RoMENGUÈRE.  Ajouter  :  Rouminguièro  (la),  château,  commune  de 

Lézignan. 
Roque.  Voici  quelques  formes  de  la  nomenclature  officielle  qui  ne 

manquent  pas  de  saveur  :  Roquenégade,  Roquelrocade,  Ro- 

quetrincade. 
TiMBAUT  (Rèc),  commune  de  Paraza,  à  ajouter  à  Timbaitd  de  la 

page  445a. 

Nous  nous  contentons  de  ces  remarques  sommaires  et  de  ces 
additions  de  peu  d'importance.  Nous  aurons  probablement  l'occa- 
sion de  revenir  sur  ce  travail  et  de  le  prendre  pour  point  de  départ 
d'études  toponymiques;  nous  nous  contentons  d'indiquer  en  ter- 
minant comment,  grâce  à  lui,  on  peut  retrouver,  dans  nos  lieux- 
dits  gallo-romains  ou  autres,  et  dans  les  noms  de  lieu  en  général, 
des  mots  que  la  langue  ordinaire  n'a  pas  conservés,  des  suffixes 
rares,  des  formations  curieuses  et  des  déformations  étranges,  tou- 
tes les  curiosités  linguistiques  que  cachent  les  noms  de  lieu  en  un 
pays  comme  le  département  de  l'Aude,  où  se  sont  succédé  des 
civilisations  différentes  et  où  a  existé  de  tout  temps  une  route  inter- 
nationale. Et  ce  n'es;t  pas  seulement  la  philologie  qui  tire  profit  de 
ces  travaux  bien  ordonnés;  tout  un  côté  de  l'histoire  transparait 
dans  l'histoire  de  la  formation  des  noms  de  lieu  ;  il  s'agit  de  savoir 
interroger  ces  documents  toponymiques,  comme  on  interroge  les 
autres.  L'auteur  du  Dictionnaire  topographique  de  VAiide  peut 
être  assuré  de  notre  reconnaissance  pour  nous  les  avoir  olîerts  si 
sûrs  et  si  abondants.  .J.  Anglade. 


Jean  Régné.  Étude  sur  la  condition  des  Juifs  de  Nar- 
bonne  du  V^  au  XIV^  siècle.  Naiboiiiie,  Gaillard,  1912; 
in-8"  de  xiv  et  268  pages. 

La  condition  des  Juifs  du  Languedoc  au  moyen  âge  a  fait  l'ob- 
jet, en  1881,  d'une  remarquable  étude  de  Gustave  Saige.  Parue 
d'abord  pour  partie  dans  la  Bibliothèque  de  l'École  des  Charles, 
cette  étude  fut  publiée  ensuite  à  part,  avec  de  nouveaux  chapitres 
sur  la  condition  juridique  et  la  capacité  civile  des  Juifs,  puis  sur 


COMPTES   RENDUS   CRITIQUES.  247 

l'expulsion  des  Juifs  par  Philippe  le  Bel  en  1306,  et  enfin  avec  un 
grand  nombre  de  pièces  justificatives  i. 

Le  nouveau  livre  de  M.  R.  est  très  visiblement  inspiré  par  le 
travail  de  Saige,  et  les  résultats  généraux  auxquels  il  arrive 
ne  sont  pas  sensiblement  différents  de  ceux  de  son  devancier. 
Mais  il  a  préféré  limiter  son  étude  à  l'importante  communuuté 
juive  de  Narbonne,  et,  sur  ce  domaine  restreint,  il  a  cherché  à 
être  aussi  complet  que  possible.  Il  a  profité  des  ouvrages  parus 
en  France  depuis  1881  sur  la  condition  des  Juifs  au  moyen  âge, 
notamment  dans  la  Revue  des  Études  juives;  il  a  utilisé  les 
documents  publiés  dans  la  nouvelle  édition  de  l'Histoire  générale 
de  Languedoc  ;  le  Livre  de  Comptes  de  Jacme  Olivier  et  les  textes 
que  M.  A.  Blanc  a  joints  à  son  édition  lui  ont  donné  de  nombreux 
renseignements.  Les  Archives  municipales  de  Narbonne  et  la  col- 
lection Doat  ont  été  explorées  et  ont  fourni  un  certain  nombre  de 
textes  inédits.  Par  contre,  la  littérature  étrangère  sur  le  sujet 
échappe  en  grande  partie  à  M.  R.,  et  en  particulier  il  ne  paraît 
pas  connaître  les  travaux  allemands  récents  sur  le  rôle  écono- 
mique des  Juifs  au  moyen  âge,  tels  que  l'ouvrage  de  Hoffmann, 
Der  Geldhandel  der  deutschen  Jûden  wâhrend  des  Mittelalters 
bis  zum  lahre  1350  (1910). 

Nous  savons  en  somme  peu  de  choses  sur  l'histoire  et  la  condi- 
tion de  la  colonie  juive  de  Narbonne  avant  le  xii^  siècle.  Les 
documents  que  nous  possédons  sur  la  question  sont  trop  rares,  et 
l'on  est  obligé  de  les  compléter  par  des  textes  d'une  [portée  plus 
large.  En  particulier,  pour  déterminer  ce  qu'a  pu  être  la  situation 
•des  Juifs  narb  mnais  sous  le  gouvernement  des  Wisigoths,  M.  R. 
a  élé  conduit  à  étudier  la  législation  wisigothique.  Malheureuse- 
ment celte  élude  n'est  pas  aussi  nourrie  et  aussi  complète  qu'on 
pourrait  le  souhaiter.  L'auteur  ne  paraît  pas  avoir  utilisé  les  tra- 
vaux qui,  dans  ces  dernières  années,  ont  renouvelé  la  connais- 
sance de  la  législation  wisigothique;  il  aurait  dû  se  reporter  aux 
articles  publiés  par  K.  Zeumer  dans  le  Neues  Archiv,  articles  qui 
ont  préparé  la  grande  édition  de  la  Lex  Visigothoricm  dans 
les  Monumenla  Germaniae  hislorica:  il  aurait  dû  consulter 
aus-i  le  livre  de  M.  Rafaël  de  Urena  sur  la  législation  wisigo- 
thique. 11  eût  trouvé  dans  ces  ouvrages  d'amples  renseignements 


1.    Gustave    Saige,    Les  Juifs    du    Latiguedoc    antérieurement    au 
XIV'  siècle,  Paris,  Picard,  1881,  x  et  388  pp.  in-8». 


248  ANNALES  DU  MIDI. 

sur  les  transformations  du  droit  wisigothique  au  sujet  des 
Juifs  1. 

Depuis  le  xii«  siècle,  les  documents  relatifs  aux  Juifs  de  Nar- 
bonne  deviennent  plus  abondants.  Saige  en  avait  édité  quelques- 
uns;  M.  R.  en  ajoute  de  nouveaux;  son  travail  devient  plus 
nourri  et  plus  solide,  et  il  nous  donne  un  tableau  très  vivant  des 
deux  communautés  juives  établies  à  Narbontie. 

L'une  de  ces  communautés,  installée  sur  le  domaine  des  vicomtes 
de  Narbonne,  a  été  particulièrement  nombreuse  et  prospère.  Les 
vicomtes  n'ont  pas  hésité  à  en  favoriser  le  développement  et  à 
concéder  aux  Juifs  des  maisons  et  des  terres.  Notamment,  le 
8  mars  1217,  par  un  acte  que  Saige  avait  publié  (p.  155),  que 
M.  R.  analyse  et  dont  il  fait  ressortir  l'importance,  le  vicomte 
Aimeri  IV  confirme  aux  Juifs,  moyennant  un  cens  annuel  {usa- 
ticum)  de  10  sous  narbonnais,  la  possession  de  leurs  maisons,  de 
leurs  écoles,  de  leurs  ateliers.  Les  Juifs  pourront  librement  dis- 
poser de  leurs  biens,  et  le  vicomte  s'interdit  de  lever  sur  eux  de 
nouvelles  exactions.  L'allodialité  de  Vhonor  du  «  roi  »  juif  est 
formellement  reconnue.  En  somme,  cet  acte  de  1217  se  présente 
moins  comme  une  innovation  que  comme  la  consolidation  d'an 
état  de  fait  antérieur;  les  Juifs  sont  assimilés  aux  tenanciers 
libres.  La  concession  était  précieuse,  et  valait  bien  les  1000  sous 
melgoriens  que  la  communauté  juive  versa  au  vicomte  à  titre  de 
droit  d'entrée  en  jouissance  {nomine  accapili)  -.  A  cette  époque, 
les  Juifs  ne  sont  encore  représentés  que  par  des  prud'hommes: 
mais,  un  peu  plus  tard,  la  communauté  juive  eut  ses  consuls,  et 
un  acte  de  1278,  que  M.  R.  analyse  après  Saige,  nous  les  montre 
subordonnés,  dans  la  gestion  de  la  communauté  juive,  au  contrôle 
et  à  l'autorité  supérieure  des  consuls  généraux  de  la  cité. 

1.  V.  en  dernier  lieu  sur  ce  point  :  J.  Juster,  La  coiidition  légale  des 
Juifs  sous  les  rois  visigoths  {Études  d'histoire  ju)'idique  oifertes  A 
P.-Fr.  Girard,  Paris,  1913,  t.  II.  p.  275-335). 

2.  C'est  par  un  lapsus  évident  que  M.  E.  parle  d'un  acapte  de  100  sous, 
p.  66;  mais  cette  erreur  en  a  entraîné  une  autre.  P.  102,  l'auteur  remar- 
que que  tt  le  prix  d'entrée  payé  par  les  Juifs  archiépiscopaux  (10  livres 
tournois)  est  plus  élevé  du  double  que  celui  que  versèrent  les  Juifs  vicom- 
taux  ».  La  monnaie  melgorienne  ayant  une  valeur  très  supérieure  à  la 
monnaie  tournois,  il  est  inexact,  de  toute  façon,  de  dire  que  10  livres 
tournois  font  le  double  de  100  sous  melgoriens.  Mais  l'erreur  est  encore 
plus  considérable  si  l'on  rétablit  le  chiffre  de  1000  sous  melgoriens.  La 
redevance  payée  par  les  Juifs  vicomtaux  est  infiniment  plus  forte  que 
celle  que  versèrent  les  Juifs  de  l'archevêque  ;  et  cela  est  naturel,  la  com- 
munauté vicomtale  étant  plus  nombreuse  et  plus  importante. 


COMPTES   RENDUS   CRITIQUES.  249 

A  son  tour,  en  1284,  la  communauté  juive  établie  dans  le 
domaine  de  l'archevêque  de  Narbonne  reçut  ses  franchises.  Cette 
charte,  émanée  de  l'archevêque  Pierre  de  Montbrun,  avait  été 
publiée  d'une  façon  très  fautive  par  Du  Mège  dans  l'ancienne 
édition  de  VHlstoire  de  Languedoc  :  M.  R.  l'édite  correctement. 
Il  l'étudié  avec  soin  et  la  rapproche  de  l'acte  de  1317.  Au  fond, 
ces  deux  actes  sont  très  différents.  La  charte  de  1284  est  une 
véritable  charte  de  libertés.  L'archevêque  se  préoccupe  de  placer 
sur  un  pied  d'égalité,  dans  les  procès,  les  Juifs  et  les  Chrétiens. 
Il  assure,  le  jour  du  sabbat  et  les  jours  des  fêtes  juives,  une 
liberté  temporaire  aux  Juifs  emprisonnés  pour  dettes.  Il  permet 
aux  Juifs  créanciers  de  vendre  au  bout  d'un  ou  de  deux  ans  les 
gages  mobiliers  qu'ils  ont  entre  les  mains.  Il  autorise  les  Juifs  à 
circuler  librement,  à  émigrer,  et  il  leur  procure  un  guidage  à  tra- 
vers ses  domaines.  En  échange  de  ces  privilèges,  chaque  feu  doit 
payer  un  cens  annuel  de  10  sous  tournois  i,  et  la  communauté 
tout  entière  remet  à  l'archevêque  10  livres  tournois  à  titre  d'm- 
It^ada,  de  droit  d'entrée  dans  les  libertés  nouvelles. 

En  somme,  les  deux  communautés  juives  de  Narbonne  ont  été 
florissantes  au  xiie  siècle  et  au  xme.  Les  Juifs  ont  pu  y  vivre 
librement,  se  consacrer  au  commerce  de  l'argent,  occuper  aussi 
des  situations  importantes  comme  fermiers  des  revenus  de  leurs 
seigneurs.  Il  ne  paraît  même  pas  qu'ils  aient  été  sérieusement 
soumis  à  Narbonne  aux  incapacités  spéciales  et  aux  formalités 
humiliantes  que  mentionnent  d'autres  coutumes  voisines.  Sans 
doute,  le  concile  provincial  de  Narbonne  de  1227  leur  a  imposé  le 
port  de  la  rouelle  2.  Mais  cette  mention  est  isolée,  et  le  silence  de 
tous  les  autres  documents  sur  ce  point  nous  semble  montrer  que 


1.  M.  R.  a  traduit  inexactement  l'art.  7,  p.  99  :  «  Toutefois  si,  après 
avoir  séparé  leurs  domiciles  et  leurs  biens,  le  père  et  le  fils  veulent  les 
réunir  et  manger  de  nouveau  à  la  même  table,  ils  ne  seront  plus  taxés 
pour  deux  feux,  mais  pour  un  seul.  »  Le  texte  dit  exactement  le  contraire  : 
«  nihilominus  pro  duabus  personis  servicium  annuum  domino  archiepi- 
scopo  dare  et  solvere  teneantur  ».  La  solution  de  l'article  7  est  d'ailleurs 
conforme  au  principe  que  l'on  retrouve  maintes  fois  dans  les  coutumes 
du  moyen  âge,  d'après  lequel  une  communauté  taisible,  une  fois  dissoute 
par  la  séparation  de  ses  membres,  ne  peut  plus  se  reconstituer  sans  le 
consentement  du  seigneur. 

2.  Régné,  p.  27.  Il  ne  faut  pas  oublier  que  le  concile  ne  fait  en  somme 
que  suivre  sur  ce  point  les  décisions  du  quatrième  Concile  de  Latran, 
c.  68;  v.  Decr.  de  Grég.  ix,  V,  6,  de  Judaeis,  c.  15.  —  Cf.  Saige,  p.  21 
et  s. 


250  ANNALES   DU   MIDI. 

la  prescription  du  concile  ne  fut  guère  observée.  Ce  silence  est 
caractéristique,  surtout  si  on  songe  à  la  prolixité  d'autres  coutu- 
mes de  la  France  méridionale  sur  cette  question  du  vêtement  des 
.Juifs  1. 

Assurément,  à  Narbonne  comme  ailleurs,  les  Juifs  n'étaient  pas 
à  l'abri  d'un  déchaînement  subit  des  préjugés  et  des  haines  popu- 
laires. Ils  ont  pu,  à  certains  moments,  être  accusés  de  faits  graves, 
notamment  de  meurtres  rituels  d'enfants  chrétiens  :  —  l'on  sait 
que  ces  accusations  se  reproduisent  encore  au  xxe  siècle.  En  12.36, 
à  la  suite  du  meurtre  d'un  jeune  pêcheur,  la  foule  envahit  la  jui- 
verie  vicomtale;  et  il  fallut  toute  l'énergie  du  vicomte"  Aimeri  IV 
pour  arrêter  les  violences  et  le  pillage.  Mais  ce  sont  là  des  faits 
i-iolés;  la  communauté  juive  de  Narbonne  vivait  en  somme  tran- 
quille, x'iche  et  prospère,  lorsque  la  grande  expulsion  des  .Juifs, 
ordonnée  par  Philipite  le  Bel  en  1306,  vint  la  frapper  d'un  coup 
dont  elle  ne  devait  jamais  se  relever. 

La  seconde  partie  de  l'ouvrage  est  consacrée  à  la  condition  juri- 
dique et  sociale  des  .Juifs.  M.  R.  a  relevé  avec  soin  les  particula- 
rités des  actes  où  des  Juifs  interviennent.  Or,  de  ses  constatations 
mêmes,  il  résulte  que  le  droit  coutumier  des  Juifs  narbonnais  res- 
semble, beaucoup  plus  que  l'auteur  ne  le  croit,  au  droit  pratiqué 


1.  Cf.  notamment  les  nombreux  passages  des  statuts  des  comtes  de 
Provence  sur  cette  question.  Giraud,  Essai  sur  l'histoire  du  droit,  II, 
p.  67  (statut  de  Robert,  1306)  ;  —  p.  12.'>  (statuts  rédigés  à  Saint-Ruf,  en 
1337,  par  les  évoques  des  trois  provinces  d'Aix,  d'Arles  et  d'Embrun).  — 
«  Livre  Rouge  »  d'Aix-en-Provence,  f°  XI,  r"  :  doléances  des  syndics  et 
des  consuls  de  la  ville,  qui  se  plaignent  qu'il  n'y  ait  aucune  différence 
entre  les  Chrétiens  et  les  Juifs  au  point  de  vue  des  vêtements,  et  réponse 
de  la  comtesse  Ysabelle.  —  Statuts  synodaux  d'Aymon  de  Cliissé,  évèque 
de  Grenoble,  publiés  par  A.  Prudiiomme  dans  le  Bulletin  de  l'Académie 
delphinale,  3=  série,  t.  XVII.  1881-1882,  p.  230,  etc  —  Il  faut  remarquer 
que  ces  textes  dauphinois  et  provençaux  sont  surtout  abondants  à  partir 
des  premières  années  du  xiv"  siècle.  Ils  ont  peut-être  été  motivés  par  une 
nombreuse  immigration  de  Juifs,  chassés  du  Languedoc  comme  du  reste 
du  royaume  de  France  en  1.306.  Les  Juifs  se  sont  alors  réfugiés  en  grand 
nombre  sur  la  rive  gauche  du  Rhône  ;  il  fallut  leur  appliquer  plus  rigou- 
reusement les  règles  déjà  existantes.  —  Cependant,  dès  128?,  des  disposi- 
tions de  ce  genre  furent  promulguées  dans  le  synode  provincial  de  Vienne 
(Prudhomme,  ib.,  p.  137).  —  V.,  sur  la  Juiverie  d'Aix,  une  intéressante 
étude  de  M.  J.  de  Duranti  La  Calade,  dans  les  Annales  de  Provence, 
t.  X,  1913,  p.  395  et  s, 


COMPTES   RENDUS   CRITIQUES.  251 

par  les  Chrétiens  de  la  même  époque;  les  usages  qu'il  relève,  les 
clauses  qu'il  note  dans  les  actes,  n'ont  rien  de  spécial  aux  Juifs. 
Une  transaction  de  1276,  entre  le  vicomte  et  l'archevêque,  constate 
expressément  «  quod  Judei  subsunt  legibus,  et  jure  romano  vivere 
debent  ».  Le  «  droit  romain  »,  la  coutume  romanisante  de  la 
France  méridionale  s'applique  aux  Juifs  comme  aux  Chrétiens  de 
Narbonne.  Leurs  actes  révèlent  le  même  droit  coutumier. 

Nous  pourrions  en  donner  de  nombreux  exemples.  La  promesse, 
fournie  par  l'un  des  contractants,  d'indemniser  sur  tous  ses  biens, 
meubles  et  immeubles,  l'autre  partie  en  cas  de  violation  du  contrat, 
n'est  point  particulière  aux  Juifs  :  c'est  une  forme  d'obligation 
générale  que  l'on  trouve  à  foison  dans  les  chartes  du  xiiie  siècle. 
De  même  pour  les  renonciations  à  Vexceplio  non  numeraiae 
pecuniae,  pour  la  pi'omesse  de  garantir  suh  hypotheca  l'exécution 
du  contrat  (p.  147  et  suiv.).  Le  serment  prêté  ad  sanctam  legem 
Mosaycam  corporaliter  tactam  remplace  simplement  le  serment 
ad  sancta  Dei  Evangelia  corporaliler  tacta. 

De  même  encore  l'obligation,  pour  celui  qui  accuse  un  Juif,  de 
se  soumettre  éventuellement,  en  cas  d'échec,  à  la  peine  du  talion 
(charte  de  1284,  art.  1er)  n'est  pas  uniquement  une  l'éminiscence 
de  l'Ancien  Testament  (p.  100),  et  ne  constitue  pas  un  privilège 
pour  le  Juif.  Cette  règle,  empruntée  au  droit  romain,  se  trouve  à 
la  même  époque  dans  d'autres  coutumes  séculières  \  Très  gênante 
pour  l'accusation  privée,  elle  a  contribué  au  déclin  de  la  procédure 
accusatoire.  D'ailleurs,  il  ne  faut  pas  oublier  que,  à  l'époque  où 
cette  charte  fut  concédée  à  la  Juiverie  épiscopale,  l'accusation 
privée  est  déjà  en  plein  déclin  dans  la  France  méridionale,  et  a 
fait  largement  place  à  la  poursuite  d'office,  au  système  inquisi- 
toire, dans  lequel  aucune  garantie  du  même  genre  n'existe  pour  le 
Juif  inculpé. 

On  retrouverait  aussi  dans  bien  d'autres  actes  du  moyen  âge 
des  malédictions  semblables  à  celles  que  M.  R.  reproduit  (p.  149). 
Non  seulement  de  très  nombreuses  chartes  contiennent  une  énu- 
mération  identique  des  maux  qui  doivent  frapper  celui  qui  man- 
que à  ses  engagements  —  il  suffit  d'ouvrir  un  recueil  quelconque 
de  chartes  du  xie  ou  du  xiie  siècle  pour  s'en  convaincre,  —  mais 
les  anciens  statuts  d'Arles,  de  la  fin  du  xiie  siècle,  donnent,  dans 
leur  dernier  chapitre,  un  texte  du  Sacramenlum  Judeorum  iden- 

1,  V.  Esmein,  Histoire  de  la  Procédure  criminelle,  p.  108. 


252  ANNALES   DU   MIDI. 

tique  à  celui  de  Narbonne,  et  disposé  lui  aussi  en  questioas  et 
réponses'.  Il  est  donc  inutile  de  rattacher  le  texte  narbonnais  aune 
influence  aragonaise  (p.  150).  Il  ne  doit  être  qu'un  exemplaire  d'un 
formulaire  très  répandu  dans  la  région  méditerranéenne. 

Les  Juifs  de  Narbonne  tiennent  leurs  terres  de  l'archevêque  et 
du  vicomte;  et,  ici  encore,  il  n'y  a  vraiment  rien  de  spécial  dans 
les  tenures  à  cens  ou  à  colonage  partiaire  concédées  aux  .Juifs  par 
leurs  seigneurs  chrétiens^.  L^-s  considérations  de  M.  R.  (p.  167) 
sur  les  avantages  respectifs  du  bail  à  fermage  fixe  et  du  bail  à 
colonage  partiaire  pourraient  figurer  dans  toute  histoii'e  sommaire 
du  droit  médiévaP. 

Les  contrats  de  prêt  dans  lesquels  des  Juifs  interviennent  sont 
particulièrement  intéressants.  Ils  se  rattachent  à  plusieurs  types 
juridiques  très  distincts.  Les  uns  sont  des  contrats  de  mortgage. 
On  sait  que  le  mortgage  a  été  largement  pratiqué  au  moyen  âge, 
non  seulement  par  les  Juifs,  mais  par  les  Chrétiens,  qui  y  voyaient 
un  moyen  de  tourner  la  prohibition  du  prêt  à  intérêt,  et  cela  Jus- 
qu'aux décrétâtes  d'Alexandre  III.  Les  actes  de  1154  et  de  1199, 
publiés  par  M.  R.  (pp.  325  et  227),  rentrent  nettement  dans  cette 
première  catégorie.  Les  parties  déclarent  expressément  que  ^es 


1.  Giraud,  Essai  sur  l'histoire  du  droit  français,  II,  p.  244  et  s. 

2.  Les  Juifs  de  Narbonne  ne  sont  pas  tous  des  tenanciers:  il  y  a  parmi 
eux  des  alleutiers.  M.  R.  leur  consacre  un  chapitre  très  nourri  et  très 
intéressant  (pp.  171-188).  Notons  seulement  (p.  183  et  s.)  que  ces  alleutiers 
ont  eux-mêmes  des  tenanciers,  qui  occupent  leurs  terres  à  charge  de  cens 
ou  d'autres  redevances  ;  et  ces  alleutiers  sent  bien,  à  cet  égard,  des 
seigneurs  :  En  1195,  Clarimoscius  (Kalonymos),  concédant  à  titre  d'acapte 
une  pièce  de  terre  aux  Hospitaliers  de  Narbonne,  réserve  expressément 
ses  droits  féodaux  et  son  seniorivum  (Saige,  p.  139).  M.  R.,  qui  connaît 
bien  le  livre  de  M.  Chénon  sur  l'Histoire  des  alleux,  ne  devrait  pas 
oublier  que  l'on  traitera  précisément  comme  alleu  noble,  au  xiv*  siècle, 
tout  alleu  ayant  dans  sa  mouvance  une  autre  terre,  lief  ou  censive 
(Chénon,  p.  83). 

3.  Quelques  calculs  de  M.  R.  soulèvent  des  observations.  Une  redevance 
du  quart  de  la  récolte  n'a  rien  d'  «  exagéré  »  (p.  16S),  et,  au  xx«  siècle, 
beaucoup  de  paysans  en  sont  encore  au  métayage,  c'est-à-dire  au  partage 
par  moitié  avec  le  propriétaire.  —  Par  contre,  uue  rente  de  11  sous  mel- 
goriens,  pour  une  terre  valant  l-ôO  sous,  serait,  non  pas  «  très  minime  », 
mais  considérable;  elle  représenterait  un  placement  à  7,33  "/o-  Que  reste- 
rait-il au  cultivateur  auquel  une  pareille  redevance  serait  imposée?  Heu- 
reusement, il  y  a  erreur  dans  les  chitl'res.  La  terre  a  été  vendue  cxxx  sous, 
et  elle  rapporte  ii  (deux)  sous,  et  non  onze  sous  de  rente,  ce  qui  ne  fait 
plus  que  1,5  "/o.  Les  chiffres  véritables  étant  rétablis,  l'observation  de 
M.  R.  redevient  exacte. 


COMPTES  RENDUS  CRITIQUES.  253 

fruits  du  bien  engagé  seront  perçus  par  le  créancier  et  ne  s'impu- 
teront pas  sur  le  capital  de  la  créance  :  «  perceptis  inde  gauditis 
non  computandis  in  paccam  '  ». 

Au  contraire,  l'acte  de  1251,  publié  par  Saige  (p.  188),  n'est  plus 
un  engagement.  Cette  charte  nous  donne  un  exemple  très  remar- 
quable de  Vohligation  spéciale,  qui  s'est  introduite  dans  les  cou- 
tumes du  moyen  fige  au  moment  de  la  renaissance  du  droit  romain, 
et  qui  a  préparé  les  voies  à  Thypothèque  romaine.  Les  parties  ne 
parlent  plus  de  pignus  ;  elles  déclarent  que  l'immeuble  donné  en 
garantie  est  specialiter  ohligatum,  siib  paclo  adjeclionis  in  diem 
(v,  p.  191)  :  si,  à  l'échéance,  le  créancier  n'est  pas  payé,  il  pourra 
vendre  l'immeuble  et  se  payer  sur  le  prix.  Ici,  il  n'y  a  plus  de 
saisine  du  créancier,  et  celui-ci  ne  perçoit  plus  les  fruits  :  aussi 
a-t-il  soin  de  stipuler  un  intérêt  {pena,  lucrum). 

A  côté  des  garanties  immobilières,  les  actes  mentionnent  le  gage 
•mobilier.  La  charte  de  libertés  de  la  Juiverie  épiscopale  de  Nar- 
bonne  (1284),  dans  ses  articles  8  à  10,  le  réglemente;  elle  autorise 
le  créancier  à  vendre  au  bout  de  deux  ans  les  gages  consistant  en 
objets  d'argent,  et  au  bout  d'un  an  les  vêtements  remis  en  gage. 
De  plus,  elle  interdit  aux  Juifs  de  recevoir  en  gage  des  vêtements 
ou  des  ornements  ecclésiastiques,  et  aussi  des  vêtements  ensan- 
glantés ou  déchirés  à  coups  de  couteau.  Des  dispositions  analogues 
se  retrouvent  ailleurs,  et  M.  R.  aurait  pu  en  indiquer  l'équivalent 
dans  la  législation  des  rois  de  France-. 

Dans  les  contrats  de  prêt,  prêt  sur  gage  ou  prêt  sans  garantie 
spéciale,  un  seul  point  sépare  nettement  la  coutume  des  Juifs  de 
celles  des  Chrétiens  :  le  prêt  à  intérêt  est  permis  aux  Juifs. 
M.  Régné  a  étudié  les  taux  d'intérêt  que  nous  relevons  dans  les 
chartes.  Dans  l'acte  de  1251,  cité  plus  haut,  l'intérêt  est  de 
6  deniers  par  mois  et  par  livre,  soit  30  o/o  par  an.  D'autres  textes 

1.  Il  ne  faut  pas  dire,  avec  M.  K.  (p.  202),  que  ce  mortgage  ressemble 
«  à  un  prêt  sur  garantie  hypothécaire  »,  car  chacun  sait  que  l'hypothèque 
n'entraîne  ni  saisine  du  créancier,  ni  perception  des  fruits  à  son  profit. 

2.  Ord.  des  rois  de  France,  I,  p.  36  (Philippe-Auguste,  2  février  1219)  : 
«  Item  nullus  Judaeus  accipiet  in  vadium  ornamentum  ecclesiae,  aut  ves- 
timentum  sanguinolentem  aut  madidum,  aut  ferrum  carrucae  aut  anima- 
lia  carrucae  aut  bladum  non  ventilatum.  »  —  V.  encore  ib.,  p.  44  et  s. 
(1"  septembre  1206)  ;  p.  597  (ord.  de  Louis  le  Hutin,  du  28  juihet  1315, 
art.  14).  —  "V.,  pour  les  dates  des  deux  ordonnances  de  Phihppe-Auguste, 
L.  DeUsle,  Catalogue  des  actes  de  Philippe-Auguste,  n°»  1003  et  1873. 
L'ordonnance  de  1219  se  retrouve  aussi,  attribuée  à  Philippe  le  Long  et 
datée  de  1319,  dans  les  Ord.,  I,  p.  682. 


254  ANNALES   DU   MIDI. 

mentionnent  un  intérêt  de  8  ou  même  10  deniers,  soit  40  ou  même 
50  °/o  par  an  pour  des  prêts  à  court  terme.  Le  dernier  chiffre  seul 
dépasse  le  taux  fixé  par  les  ordonnances  royales  ^  Il  n'est  pas 
douteux  que,  sur  ce  point  comme  sur  d'autres,  les  Juifs  naz-bonnais 
ont  bénéficié  d'une  large  tolérance,  dont  ne  jouissaient  pas  les 
Juifs  des  régions  voisines.  M.  R.,  qui  a  publié  un  Catalogue  des 
actes  de  Jaime  M,  Pedro  III  el  Alfonse  III,  rois  d'Aragon, 
concernant  les  Juifs,  signale  un  acte  de  Jaime  ler  fixant  le  taux 
maximum  à  20  c/o-  On  peut  ajouter  aussi  que  des  statuts  de  Pro- 
vence fixent  à  5  deniers  par  livre  et  par  mois,  soit  à  25  o/o,  le  taux 
maximum  de  l'intérêt,  avec  prohibition  de  l'anatocisme  2.  Il  ne 
faut  d'ailleurs  jamais  perdre  de  vue,  en  ces  matières,  que  les  taux 
très  élevés  que  nous  rencontrons  ne  concernent  d'ordinaire  que 
des  prêts  de  courte  durée. 

On  voit,  par  ce  trop  long  compte  rendu,  avec  quel  intérêt  nous 
avons  lu  le  livre  de  M.  R.  Les  observations  de  détail  que  nous 
avons  cru  devoir  présenter  ne  nous  empêcheront  pas,  en  termi- 
nant, de  reconnaître  les  grandes  qualités  de  son  travail.  Écrit 
dans  une  langue  sobre,  claire  et  précise,  sur  un  plan  simple  et 
commode,  son  exposé  est  nourri  et  parait  complet.  Les  documents 
inédits  qui  l'accompagnent  sont  publiés  avec  soin.  Et  cette  mono- 
graphie nouvelle  viendra  prendre  une  place  très  honorable  dans 
l'ensemble  des  études  consacrées  à  la  condition  des  Juifs  au 
moyen  âge.  R.  Gaillemer. 

Michel  Lhéritier.  Histoire  des  rapports  de  la  Chambre 
de  Commerce  de  Guienne  avec  les  intendants,  le  Par- 
lement et  les  jurats,  de  1705  à  1791.  Préface  de 
M.  Paul Courteault.  Bordeaux, Gounouilhou,  1913;  gr.in-8o 
de  xiii-139  pages. 

Publiée  sous  les  auspices  de  la  Chambre  de  commerce  de  Bor- 
deaux, cette  monographie  méthodique  et  approfondie  fixera  sûre- 

1.  Les  ordonnances  du  l"  septembre  1206  et  du  2  février  1219,  ainsi 
que  le  mandement  qui  suivit  cette  seconde  ordonnance  (L.  Delisle,  Cat. 
des  actes  de  Philippe- Auguste,  n»«  1003,  1873,  1874;  Ord.  des  rois  de 
France,  I,  p.  36,  44,  682;  XI,  p.  291,  315),  fixent  à  deux  deniers  par  livre 
et  par  semaine,  soit  à  43  "/o,  le  taux  maximum  permis  aux  Juifs,  mais 
en  arrêtant  au  bout  d'une  année  le  cours  des  intérêts.  —  MM.  Blanc  et 
Régné  signalent  dans  les  Archives  municipales  de  Narbonne  un  texte  sem- 
blable, émané  de  Philippe  le  Long,  du  2;^  mai  1318  (Régné,  p.  206, note  7). 

2.  Giraud,  Essai,  II,  p.  19  et  s. 


COMPTES   RENDUS   CRITIQUES.  255 

ment  l'attention  des  historiens  de  la  vie  économique  dans  l'ancienne 
France.  L'auteur,  qui  a  travaillé  tout  particulièrement  sur  les 
registres  de  délibérations  et  de  correspondance  de  la  Chambre,  n'a 
cependant  ignoré  aucun  des  documents,  aucun  des  ouvrages  qui 
pouvaient  lui  être  utiles  en  dehors  de  ces  registres  :  sa  bibliogra- 
phie, soigneusement  et  clairement  établie,  occupe  trois  pages. 
Aussi  a-t-il  une  compréhension  nette  de  son  sujet,  du  jeu  des  pou- 
voirs locaux,  de  leurs  attributions  multiples,  si  mal  délimitées 
que  le  Parlement  intervenait  dans  le  fonctionnement  de  la  Cham- 
bre au  titre  administratif  presque  aussi  souvent  qu'au  titre  judi- 
ciaire. 

Après  le  chapitre  ler,  où  il  expose  la  situation  i-espective  de  ces 
pouvoirs  en  1705,  et  le  chapitre  ii  où  il  les  montre  collaborant 
pacifiquement  en  vue  de  réparer  les  désastres  économiques  de  la 
fin  du  «  grand  règne  »,  M.  Lhéritier  nous  laisse  entrevoir,  dans  le 
chapitre  irr,  la  formation,  au  sein  de  la  Cha,mbre  de  commerce, 
d'une  oligarchie  dirigeante  pendant  les  années  1720-43.  Mais  subor- 
donnée aux  jurats  de  Bordeaux,  négligée  par  le  Parlement,  tenue 
en  tutelle  par  l'intendant,  cette  oligai'chie  encore  inexpérimentée 
et  timide  ne  peut  pas  grand'chose  jusqu'au  jour  où  un  nouvel 
intendant,  Aubert  de  Tourny,  la  met  à  son  école,  la  forme  à  son 
image  si  l'on  peut  dire,  et  solutionne  avec  elle  de  grosses  ques- 
tions relatives  au  service  du  fleuve,,  aux  matières  fiscales,  au  com- 
merce des  neutres  dans  les  colonies.  C'est  l'objet  du  chapitre  iv, 
qui  s'étend  de  1743  à  1757.  Les  trois  derniers  chapitres  montrent  la 
Chambre  en  coquetterie  avec  le  Parlement,  puisse  plaçant,  à  partir 
de  1774,  à  la  tête  du  commerce  bordelais,  et  enfin  collaborant  aux 
idées  de  réformes  qui  se  manifestent  avec  tant  d'intensité  de  1787 
à  1791. 

Pour  bien  comprendre  l'œuvre  propre  de  la  Chambre  de  com- 
merce de  Guienne,  œuvre  inégale  et  pourtant  durable,  il  faut  lire 
la  «  conclusion  »  du  volume,  où  l'auteur,  en  un  style  nerveux  et 
concis,  après  avoir  caractérisé  les  rapports  jcle  cette  corporation  de 
marchands  avec  les  intendants,  le  Parlement  et  les  jurats,  dégage 
son  rôle  particulier,  qui  fut  toujours  inspiré  par  le  souci  des  faits 
plutôt  que  des  doctrines  et  par  une  préoccupation  dominante,  celle 
de  la  prospérité  de  Bordeaux. 

Il  est  à  souhaiter  que  les  études  de  ce  genre  se  multiplient,  avec 
les  mérites  que  nous  avons  relevés  dans  celle  de  M.  L.  Chambres 
de  commerce,  académies,  sociétés  d'agriculture  furent,  comme  le 


256  ANNALES   DU   MIDI. 

remarque  INI.  Paul  Courteault  dans  la  préface  dont  il  a  honoré  ce 
livre  d'un  débutant,  des  institutions  à  peu  près  indépendantes  du 
pouvoir  central  et  qui  répondaient  à  des  besoins  jusque-là  négli- 
gés. Mieux  connues  dans  leur  histoire  intime,  elles  permettraient 
une  synthèse  qui  donnerait  de  l'ancienne  France  à  son  déclin 
(j'entends  la  France  provinciale)  une  image  assez  différente  de 
celle  que  nous  nous  en  faisons  encore.  On  parle  volontiers  de  la 
mort  intellectuelle  des  provinces  à  la  veille  de  la  Révolution,  de 
l'inerlie  des  pouvoirs  publics,  de  la  mollesse  des  groupements 
locaux,  et  ce  n'est  que  trop  vrai  en  beaucoup  de  villes.  La  vie 
n'avait  cependant  point  abaudonné  toutes  les  parties  du  corps 
social  ;  elle  se  maintenait,  se  fortifiait  même  à  la  périphérie,  dans 
des  villes  comme  Lyon,  Marseille,  Nimes,  Montpellier,  Toulouse, 
Bordeaux  pour  ne  parler  que  du  Midi.  C'est  par  elles  que  la  France 
a  retenu  pendant  si  longtemps  la  vieille  suprématie  qu'allait  lui 
disputer  au  xix^  siècle  l'Angleterre  dans  le  domaine  économique 
et  l'Allemagne  dans  le  domaine  scientifique. 

Alfred  Leroux, 


HEVUE   DES  PÉRIODIQUES 


PÉRIODIQUES  FRANÇAIS  MÉRIDIONAUX 


Aude. 

Bulletin  de  la  Commission  archéologique  de  Narhonne^ 
t.  XIl,  1913,  2e  semestre. 

p.  801-40i,  483-586.  A.  Sabarthès.  Bibliographie  de  l'Aude  (suite  et  à 
suivre).  —  P.  405-20.  L.  Berthomieu.  Un  tableau  signé  «  Oiotto  »,  au 
Musée  de  Narbonne.  [M.  B.  incline  vers  l'attribution  à  Neri  de  Bicci, 
imitateur  de  Filippo  Lippi.]  —  P.  421-36.  J.  AMARDEL.Les  faïences  à  re- 
flets métalliques  fabriquées  à  Narbonne.  [Étude  excellente  sur  ces  produits 
d'une  fabrique  qui  fut  peut-être  créée  à  Narbonne  à  la  fin  du  xv«  siècle 
par  des  potiers  des  Baléares.]  —  P.  436-69.  J.  Régné.  Le  livre  de  raison 
d'un  bourgeois  d'Armissan,  près  Narbonne,  dans  le  premier  tiers  du 
XVIII*  siècle.  [Il  fournit  nombre  de  renseignements  intéressants.]  — 
P.  469-81.  J.  Anglade.  Discours  prononcé  à  l'inauguration  de  la  plaque 
commémorativeenl'honneurdes  Troubadours  de  Narbonne  (26  mai  1912). 
[Avec  le  texte  et  la  traduction  de  La  primeira  pastorella  d'En  Gr. 
Riquier  Fâcha.]  —  P.  487-536.  II.  Rouzaud.  Une  excursion  sur  la  voie 
Domitienne.  [Se  prononce  contre  la  situation  des  Trophées  de  Pompée 
à  l'Écluse  Haute  et  préconise  des  fouilles  au  fort  de  Bellegarde;  émet 
l'hypothèse  que  le  dépeuplement  de  Montlaurès,  ville  mère  de  Nar- 
bonne, fut  ordonné  par  les  conquérants  romains.]  —  P.  597-609.  J. 
Amardel.  Les  anciennes  faïences  fabriquées  à  Narbonne.  —  P.  610-34> 
P.  Clercv.  Notice  sur  l'ancienne  abbaye  de  Saint-Hilaire.  [Avec  neuf 
planches.  Notice  historique  sur  l'abbaye;  description  du  cloître,  de  la 
salle  capitulaire,  de  l'église  et  des  œuvres  d'art  qu'elle  renferme.] 

Ch.  L. 

ANMALKS   DO   MIDI.    —    XXVI,  l*? 


258  ANNALES  DU  MIDI. 


Cantal. 

Revue  de  la  Haute- Auvergne,,  1912. 

P.  5-36,  123-56,  265-304,  368-92.  L.  Jalenques.  Le  dixième  et  les  ving- 
tièmes dans  la  province  d'Auvergne.  [Début  d'un  excellent  travail  qui 
sera  pour  l'Auvergne  le  pendant  de  celui  de  M.  Marion  pour  la  Guyenne.] 

—  P.  32-52.  B.  Faucher.  Formation  et  organisation  du  département  du 
Cantal  [Fin].  —  P.  61-8.  J.  Galle.  Les  ruines  de  Griffeuille.  [Étude  inté- 
ressante sur  les  ruines  de  ce  prieuré  fondé  par  Bertrand  de  GriflFeuille  en 
1120.]  —  P.  69-78.  M.  BouDET.  L'ours  et  le  gros  gibier  dans  la  Haute-Auver- 
gne d'autrefois.  [Fin.  En  particulier  les  loups.]  —  P.  93-122,  230-64, 339-67. 
M.  BouDET.  L'histoire  d'un  bandit  méconnu  :  Bernard  de  Garlaa  dit  le 
Méchant  Bossu,  capitaine  d'Alleuze.  [Étude  remarquable  sur  ce  per- 
sonnage, chef  d'une  des  grandes  compagnies  alliées  aux  Anglais,  qui 
ont  fait  le  plus  de  mal  à  l'Auvergne,  de  1380  à  1391,  jusqu'ici  inconnu  ou 
méconnu,  et  confondu  par  Froissart  avec  Aimerigot  Marchés.]  — 
P.  169-82.  De  Scorraille.  Saint  Etienne  de  Muret,  fondateur  des  Bons- 
hommes de  Grandmont,  et  les  abbés  généraux  auvergnats  de  cet  ordre. 

—  P.  197-229,  398-431.  L.  Bélard.  La  Société  populaire  de  Saint-î'lour 
et  la  mission  de  Chàteauneuf-Randon  dans  cette  ville.  [Avec  cinq  pièces 
justificatives.  Étude  intéressante  et  neuve  sur  le  rôle  de  cette  société 
jusqu'au  6  fructidor  an  III  et  sur  les  actes  de  Chàteauneuf-Randon; 
extrait  de  l'arrêté  de  Bo,  représentant  du  peuple,  relatif  à  la  démolition 
des  fortifications  de  Saint-Flour.]  — P. 305-10.  M.  Boudet.  Adjonction  à  la 
notice  sur  Hugues  Joly,  maître  des  œuvres  de  Jean  de  Berry,  archi- 
tecte de  la  cathédrale  de  Saint-Flour.  [Nouveaux  documents  sur  cet  ar- 
chitecte et  ses  travaux  à  la  cathédrale  en  1393.]  —  E.  D.  Une  journée 
révolutionnaire  à  Mauriac;  la  fin  du  château  de  Drugeac.  [Documents 
sur  les  mauvais  traitements  subis  par  le  marquis  de  Lur-Saluces  et  la 
destruction  de  son  château  en  1790-93.]  —  P.  325-38.  De  Ribier.  Quel- 
ques reproductions  des  fresques  de  Branzac.  [Fresques  du  xvi"  siècle, 
de  caractère  italien.]  —  I.  D.  P.  432-8.  A  propos  du  Centenaire  de  la 
mort  du  général  Delzons  1812-1912.  Règlement  pour  la  communauté  des 
prêtres  de  Moussages  (1509).  Ch.  L. 


PÉRIODIQUES   MÉRIDIONAUX.  259 


Charente. 

Bulletins  et  Mémoires  de  la  Société  historique  et  archéo- 
logique de  la  Charente,  S»  série,  tome  III,  1912. 

Bulletins.  —  P.  xxvir.  J.  George.  Note  sur  la  façade  de  l'ancien 
Doyenné  d'Angoulême  (xw  siècle),  rue  du  Minage.  —  P.  xxviii.  Mou- 
RiER.  Note  sur  la  comtesse  de  Jarnac,  marquise  de  Soubran  (1690-1769). 

—  P.  xxx-xxxi.  Lettre  du  marquis  de  Montalenibert  au  Ministre  de  la 
Guerre,  26  mai  1793.  [Sur  la  valeur  défensive  de  l'île  d'Aix  et  l'effectif 
militaire  qu'on  doit  y  placer,  p.  p.  J.  George.]  —  P.  xxxiv-xxxv.  Gaillar- 
DON.  Note  sur  le  colonel  Puymoreau,  chef  de  la  révolte  de  la  gabelle 
(1548-49).  [Probablement  Bouchard,  seigneur  de  Puymoreau,  pays 
d'Aubeterre.]  —  P.  xxxvii-xxxviii.  G.  Chauvet.  Note  sur  les  d'Hémery, 
[Famille  noble  champenoise,  immigrée  en  Poitou  depuis  1748.]  — 
P.  XXXIX.  E.  Biais.  Note  sur  Arnauld  de  Boux,  juge  dans  le  procès  de 
Cartouche  (xvm»  siècle).  —  P.  xxxix.  G.  Mourier.  L'inscription  de  la 
cloche  d'Houlette  (1665).  —  P.  xli-xliii.  E.  Biais.  Note  sur  un  magis- 
trat bibliophile  et  amateur  d'art  :  Gabriel  de  la  Gharlonye  (xvii*  siècle). 

—  P.  xLvni-Lviii.  A.  Favraud.  Un  poste  de  surveillance  gallo-romain 
au  Pas-des-Méniers.  [Commune  de  Saint- Yrieix,  Charente.  Découvertes 
archéologiques.]  —  P.  lx.  E.  Biais.  Arnaud  du  Chesne  et  l'Ordre  du 
Moment.  [Créé  en  1727;  société  badine  de  l'Angoumois.]  —  P.  lxi. 
Abbé  Legrand.  Le  colonel  de  la  Gabelle,  Puymoreau.  [Son  fief  situé 
paroisse  de  Salles  de  Barbezieux.]  —  P.  lxii.  Imbert.  Note  sur  un  mo- 
nitoire  de  l'official  de  Limoges,  publié  à  Saint-Maurice-des-Lions,  en 
1635.  [Au  sujet  d'une  prétendue  sorcière,  semeuse  d'épizooties.]  — 
P.  Lxiii-Lxix.  G.  Chauvet.  Quelques  objets  du  cimetière  barbare  de 
Ronsenac.  [Fibules  et  agrafes  analogues  à  celles  qu'a  décrites  Barrière- 
Flavy.]  —  P.  Lxix-Lxxi.  Lettre  du  colonel  Baltazar  aux  maire  et 
échevins  d'Angoulême.  [Annonçant  la  mort  du  maréchal  de  Schomberg, 
24  novembre  1632),  p.  p.  E.  Biais,  avec  note  sur  le  colonel  Baltazar, 
Allemand  du  Palatinat  au  service  de  France.]  —  P.  lxxi-lxxvii.  Abbé 
Legrand.  L'enclave  de  Juillac-le-Coq  et  ses  rôles  d'impositions  (1687- 
1730).  —  P.  Lxxvu-Lxxxi.  État  du  couvent  des  Cordeliers  d'Aubeterre 
(1761),  p.  p.  Gaillardon.  —  P.  lxxxiii-iv.  Abbé  Mazière.  Restes  de  la 

voie  romaine  de  Saintes  à  Périgueux,  entre  Charmant  et  Ronsenac.  

P.  xcii-ciii.  J.  George.  Étude  bibliographique  sur  les  Coutumes 
d'Angoumois.  [Depuis  l'édition  de  1546  jusqu'à  celle  de  1780,  au  total 


260  ANNALES   DU   MIDI. 

11  éditions;  la  Coutume  remonte  à  1514.]  —  P.  cxxi-cxxii  et  cxxiv- 
cxxvi.  Fayraud.  Note  sur  Madeleine  de  Savoie,  dame  de  Montbron, 
femme  du  connétable  Anne  de  Montmorency.  [Prétend  qu'elle  était  fille 
bâtarde  et  non  nièce  de  Louise  de  Savoie,  ce  que  M.  Touzaud  conteste  ; 
la  pièce  sur  laquelle  M.  Favraud  s'appuie  est  un  document  informe,  non 
signé,  sans  caractère  d'authenticité  et  sans  valeur.]  —  P.  rxLii-CL. 
P.  MouRiER.  Les  découvertes  archéologiques  faites  à  l'abbaye  Saint- 
Cybard.  [Crosse  abbatiale,  travail  limousin  du  xiii»  siècle;  pierre  tom- 
bale du  comte  Guillaume  ïaillefer  II,  10^8;  carreaux  émaillés  décorés.] 
—  P.  cLi-CLv.  Abbé  Nanglard.  Un  nouvel  exemplaire  du  Pouillé  du 
diocèse  d'Angoulème,  de  Jean  CoUain  (1766). 
Mémoires .  —  P.  1-83.  Abbé  Nanglaro.  Registre  d'ordinations  du  diocèse 
d'Angoulème  (1587-1603),  sous  Mgr  Charles  de  Bony.  [Texte  sans  grande 
portée.  L'introduction  intéresse  la  renaissance  catholique  consécutive 
au  Concile  de  Trente.]  —  P.  83-129.  L.  Imbert.  Les  Comptes  de  l'évèché 
d'Angoulème  sous  Philibert  Babou  (1536-1553).  [Étude  précise,  bien 
conduite,  sur  l'organisation  économique  et  financière  des  domaines  de 
l'évèché  d'Angoulème,  sur  les  revenus  et  les  dépenses  de  l'évêque.] 

P.  B. 

Charente-Inférieure. 

Archives  historiques    de   la   Saintonge  et  de   l'Aimis, 
tome  XLIII,  1912. 

P.  1-114.  Les  établissements  religieux  et  hospitaliers  à  Rochefort  (1683- 
1715).  [Documents  p.  p.  L.  Delavaud,  intéressant  l'organisation  hospi- 
talière, les  congrégations  des  Sœurs  grises  et  des  Prêtres  de  la  Mission; 
accessoirement  la  prostitution,  la  misère  publique,  la  persécution  contre 
les  protestants,  et  enfin  l'enseignement  de  l'hydrographie;  le  tout  pré- 
cédé d'une  notice  très  fouillée  sur  l'intendant  de  la  marine  ArnouL]  — 
P.  114-83.  Lettres  inédites  de  Raymond  Phélypeaux  d'Herbault  et  de 
Paul  Ardier  au  maréchal  d'Estrées,  au  siège  de  La  Rochelle  (1627-28), 
p.  p.  M.  Delavaud.  [Intéressante  publication  sur  cet  épisode  célèbre 
d'histoire  générale;  les  correspondants  d'Estrées  sont  le  secrétaire 
d'État  Phélypeaux  et  son  commis  P.  Ai-dier  qui  assistaient  au  siège; 
M.  Delavaud  y  a  joint  deux  lettres  inédites  de  Louis  XIII  à  Richelieu 
et  une  lettre  de  Michel  de  Marillac,  qui  établit  que  celui-ci  composa 
sous  l'inspiration  de  Richelieu  la  relation  du  siège  de  Ré,  imprimée  en 
J628.]  —  P.  183-429.  Minutes  de  notaires,  p.  p.  Ch.  Dangibeaud.  [Con- 


PÉRIODIQUES   MÉRIDIONAUX.  261 

cernant  le  xvw  et  le  xviii^  siècle  :  utile  publication  qui  intéresse  l'his- 
toire sociale  et  économique,  l'organisation  et  l'existence  intime  des  corps 
ecclésiastiques;  la  vie  municipale  à  Saintes  ;  les  rivalités  des  gens  de 
justice;  l'assistance  ;  les  salaires,  etc.  La  publication  eût  gagné  au  grou- 
pement des  actes  dans  un  ordre  plus  méthodique.]  P.  B. 


Garonne  (Haute-). 

Bulletin  de  la   Société  mxhéologique   du   Midi   de   la 
France,  n"  41,  du  28  novembre  1911  au  9  juillet  1912. 

P.  213-4.  Saint-Raymond.  État  actuel  du  Collège  de  Périgord,  rue  du  Taur, 
Toulouse.  [Description  des  restes  d'architecture  remis  au  jour  par  le 
ravalement  des  façades.] —  P.  244-9.  J.  de  Lahondès.  L'église  de  Mont- 
réal dans  il'Aude.  [Avec  deux  planches.  Notice  historique  et  description 
complète.]  —  P.  254.  Bégouen.  Photographies  de  deux  tableaux  repré- 
sentant le  départ  et  le  retour  de  Pénitents  de  Toulouse  en  pèlerinage  à 
Notre-Dame  de  Garaison.  —  P.  257-62.  Abbé  Auriol.  Trois  épitaphes 
de  l'ancien  cloître  de  Saint-Sernin.  [Déchififrement  et  commentaire  de 
ces  trois  inscriptions  inédites  qui  paraissent  être  du  début  du  xu"  siè- 
cle.]—  P.  262-5.  J.  Chalande.  La  maison  de  Cujas  à  Toulouse.  [Recons- 
titution de  l'histoire  de  la  vraie  maison  de  Ciijas,  en  réalité  Cugeux.fils 
de  Guillaume  Cugeux,  tondeur  de  draps.]  —  P.  265-75.  J.  de  Lahondès 
et  Decap.  Notice  sur  M.  Anthyme  Saint-Paul,  membre  honoraire.  Biblio- 
graphie :  les  œuvres  d'Anthyme  Saint-Paul.  —  P.  277-8L  Abbé  Auriol. 
Le  lustre  historié  de  l'église  de  Milhars  en  Albigeois  (avec  une  figure). 
Un  ostensoir  du  xvii=  siècle  à  Saint-Nicolas  de  Toulouse  (avec  une 
fig'are).  —  P.  282-4.  E.  Lamouzèle.  Nomination  de  musiciens  de  l'hôtel  de 
ville  en  1761  à  Toulouse.  [Avec  la  copie  du  document  et  des  renseigne- 
ments complémentaires  fournis  par  M.  Chalande.]  —  P.  284-6.  J.  Cha- 
lande. Les  deux  hôtels  des  Comère,  capitouls  à  Toulouse.  [Prouve  que 
le  premier,  rue  Saint-Rome,  n"  3,  fut  construit  de  1616  à  1617,  le  second, 
rue  des  Changes,  n"  27,  en  1618.]  —  P.  287-9.  Fr.  Galabert.  Un  don  du 
baron  de  Bethmann  à  la  ville  de  Toulouse.  [Il  s'agit  d'une  reproduction 
en  couleurs  de  la  miniature  des  capitouls  de  1593.]  —  P.  289-93.  J.  de 
Lahondès.  Le  château  de  Saint-Jory,  près  Toulouse.  [Histoire  de  ce 
château  construit  pour  Michel  du  Faur  de  Saint-Jory  par  Nicolas  Ba- 
chelier; description  des  restes,  en  particulier  de  la  façade  et  de  l'église 
de  Saint-Jory.]  —  P.  294-5.  RozÈs.  Un  sceau  conservé  au  Musée  des 
Toulousains  de  Toulouse.  [Petit  sceau  ogival  de  l'Université  de  Tou- 


262  ANNALES   DU   MIDI. 

louse,  portant  la  date  de  1586  et  attaché  à  un  diplôme  de  1762.]  — 
P.  296-7.  Desazars  de  Montgailiiard.  Une  Piela  en  bois  de  l'ancien 
couvent  des  Capucins  de  Cazères.  —  P.  298-301.  J.  Chalande.  L'hôtel 
dit  de  Raymond  Séguy,  à  Toulouse.  [C'est  en  réalité  la  tour  de  Pierre 
de  Séguy,  de  la  première  moitié  du  xv  siècle,  et  l'hôtel  Jean  Bolé,  cons- 
truit entre  1549  et  1562.]  —  P.  301-3.  J.  de  Lahondès.  Le  crucifix  à 
double  face  du  Musée  Saint-Raymond;  son  origine.  [Prouve  qu'il  avait 
appartenu  à  l'église  des  Jacobins  ;  biographie  du  cardinal  Pierre  de 
de  Godieu,  représenté  au  pied  du  crucifix.]  —  P.  303-5.  Adher.  La 
maison  patrimoniale  de  Jean  Dubarry,  manoir  de  Cères  (Haute-Ga- 
ronne). —  P.  309-11.  Graillot.  Pièces  d'archives  sur  Goudelin,  de 
1645.  —  P.  312-3.  Abbé  Degert.  Le  séjour  de  Pétrarque  à  Toulouse. 
[Réunit,  après  M.  Lo  Parco,  les  textes  relatifs  à  ce  séjour,  en  13'29.J  — 
P.  313-7,  389-93.  L.  Vie.  Un  incident  à  l'Université  de  Toulouse  en  1645 
à  propos  de  la  censure  du  livre  De  scientia  média.  —  P.  319-21. 
J.  Chalande.  La  maison  du  capitoul  Saint-Germain,  à  Toulouse.  [Rec- 
tifie l'erreur  qui  confond  Guillaume  de  Saint-Germain,  capitoul,  pro- 
priétaire de  la  maison,  et  son  fils  Guillaume,  trésorier  général  de 
France.]  —  P.  .324.  Harot.  Les  armoiries  de  Montréjeau.  —  P.  326-36. 
H.  Bégouen.  Les  travaux  de  Marc  Arcis  pour  la  chapelle  des  Pénitents- 
Blancs  de  Toulouse.  [Avec  le  texte  d'un  bail  à  besogne  de  1705.]  — 
P.  336-45.  ;Harot.  Additions  et  corrections  à  l'armoriai  des  évêques  et 
archevêques  de  Toulouse  (avec  figures).  — P.  346-9.  Abbé  Auriol.  Un- 
calice  ancien  conservé  à  Gramont,  près  Toulouse.  [Avec  une  figure. 
Probablement  du  début  du  xvii»  ou  de  la  fin  du  xvi»  siècle.]  — 
P.  3.56-7.  J.  de  Lahondès.  La  stalue  de  Clémence  Isaure  à  l'hôtel 
d'Assézat.  —  P.  358-62.  J.  Chalande.  L'hôtel  dit  de  Simon  Buet,  rue 
de  la  Pomme,  n"  5.  [Prouve  qu'il  a  été  construit  pour  Jean  Bernuy, 
avant  le  26  mai  1539,  peut-être  par  Nicolas  Bachelier.]  —  P.  362-'^. 
J.  DE  Lahondès.  Sur  un  mortier  en  pierre  du  Musée  (avec  une  figure).— 
P.  363-4.  Harot.  Le  blason  des  Dominicains.  —  P.  365.  Abbé  Auriol.  Le 
sceau  d'un  prieur  de  Notre-Dame  de  la  Daurade,  Toulouse.  —  P.  365-8 
Dk  Rey-Pailhade.  Un  portulan  hollandais  du  xvii'  siècle.  Une  pendule 
décimale  ancienne.  —  P.  370-6.  Bégouen.  Une  excursion  aux  fresques 
préhistoriques,  à  Cogul,  près  Lérida  (Espagne).  [Avec  deux  planches.] 
—  P.  377-80.  D.  Garrigues.  Index  bibliographique  de  la  Haute-Garonne. 
—P.  381-5.  J.  de  Lahondès.  Un  ancien  dessin  de  la  Cité  de  Carcassonne. 
[Admet  que  les  tours  de  la  Cité  ont  pu  être  primitivement  couvertes  en 
ardoises  comme  dans  la  restauration  de  Viollet-le-Duc]  —  P.  385  9. 
Bégouen.  État  de  l'hôpital  général  de  la  Grave  vers  1648.  —  P.  393-6. 


PÉRIODIQUES   MÉRIDIONAUX.  263 

J.  RozÈs.  Une  thèse  toulousaine  du  xviii«  siècle  (avec  planche).  — 
P.  397-8.  A.  Couzi.  Un  mascaron  gallo-romain  à  Luchon.  —  P.  398-404. 
Id.  Excursion  archéologique  à  Gouaux-de-Larboust  (Haute-Garonne). 
[Avec  trois  figures.  Excellente  description  d'un  bas-relief  de  la  cruci- 
fixion, d'un  chrisme  et  d'une  statue  de  saint  Exupère,  qui  se  trouvent 
dans  l'église  de  Gouaux.] 

No  42,  du  26  novembre  1912  au  17  juin  1913. 

P.  3-7.  J.  DE  Lahondés.  Portes  d'hôtels  Louis  XVI,  à  Toulouse.  [Avec 
deux  figures.  Hôtels  de  Gary,  rue  Ninau,  et  de  Veye,  rue  Perche- 
pinte.]  —  P.  10-8.  De  Gélis.  Une  éducation  militaire  au  xviii*  siècle, 
d'après  une  correspondance  inédite  du  temps.  [Il  s'agit  du  fils  du  mar- 
quis de  Beaufort,  cadet  dans  le  Régiment  du  roi  à  Besançon,  en  1764.] 
—  P.  18-24.  Saint- Raymond.  Une  maison  de  la  rue  Saint-Rome,  n"  30. 
[Description  des  restes  d'une  maison  de  la  fin  du  xvi*  siècle.]  — 
P.  24-33.  Pasquier.  Rapport  général  sur  le  concours  de  1912.  [Signa- 
lons parmi  les  travaux  couronnés  :  La  Basoche  de  Toulouse, 
par  M.  René  Glangeaud  ;  deux  travaux  sur  La  Charte  de  Coutu- 
mes de  Mondouzil,  conservée  aux  Archives  de  la  Haute-Garonne, 
par  MM.  Roger  et  l'abbé  Gorraze;  l'Histoire  de  Caraman,  par  M.  l'abbé 
Mauretle]  —  P.  50-2.  L.  Vie.  Un  plan  de  Toulouse  dans  Les  Tablettes 
guerrières  de  1709.  —  P.  54.  J.  de  Lahondés.  Une  inscription  funé- 
raire du  xiv«  siècle,  à  Castelnaudary  (1314).  —  P.  55.  E.  Gartailhac. 
Une  précieuse  tapisserie  du  Musée  Saint-Raymond  (avec  une  planche). 
P.  57-9.  Bégouen.  Les  bâtons  des  Pénitents-Bleus  de  Castellane.  —  P.59. 
J.  Chalande.  Deux  documents  :  certificat  de  noblesse  relatif  à  Pierre 
Roquette,  capitoul  de  1466  à  1489;  extrait  du  premier  livre  des  Annales 
manuscrites  de  1466,  donnant  la  liste  des  capitouls.  —  P.  61-2.  Bégouen. 
Les  statues  de  bisons  du  Tue  d'Audoubert  (avec  quatre  planches).  [Ré- 
sumé de  son  mémoire  sur  cette  importante  découverte.]  —  P.  62-3. 
J.  DE  Lahondés.  Les  anciens  plans  et  coupes  de  l'église  de  la  Daurade. 
[Étude  sur  ces  documents,  qui  sont  des  cartons  de  Hardy,  offerts  à  la 
Société  par  M.  le  colonel  Delort.]  —  P,  63.  D.  G.arrigues.  Un  jeton  des 
États  généraux  du  Languedoc  de  1776.  —  P.  65-9.  D'  de  Santi.  Tou- 
louse au  temps  d'Ausone.  —  P.  73-5.  Bégouen  et  L.  Vie.  A  propos  de 
la  Scientia  werfia  du  P.  Annat.  — P. 76-83.  J.  Chalande.  Les  fortifications 
romaines  du  moyen  âge  dans  le  quartier  Saint-Michel,  Toulouse.  [Avec 
un  plan.  Excellent  travail.]  —  P.  85-8.  Fr.  Galabert.  Note  sur  une 
inscription  de  l'abbaye  de  Saint-Genis-des-Fontaines  (Pyrénées-Orien- 
tales). [Avec  une  planche.   Description  de  la  pierre  ;  lecture  de  cette 


264  ANNALES   DU   MIDI. 

épitaphe  de  l'abbé  Gaubert,  1212-1234,  déjà  publiée  par  M.  L.  de  Bon- 
nefoy.]  —  P.  89-90.  J.  de  Lahondès.  Bas-relief  sculpté  au  n»  8  de  la 
rue  de  la  Dalbade,  à  Toulouse.  —  P.  91-2.  J.  de  Lahondès.  La  restau- 
ration de  la  Cité  de  Oarcassonne.  [Appréciation  de  l'œuvre  de  Viollet-le- 
Duc]  —  P.  92-7.  J.  Adher.  La  succession  des  abbesses  de  Lévignac-snr- 
Save  au  xvii*  siècle.  [Étude  sur  une  lettre  de  Henri  IV,  de  1008,  relative 
à  une  abbesse  de  ce  monastère  et  publication  d'une  pièce  inédite  de 
1604.]  —  P.  98-9.  Lespinasse.  Description  des  restes  de  l'abbaye  de 
Bonnefont,  à  Saint  Martory.  —  P.  99-100.  Graillot.  Bail  à  besogne 
pour  le  château  de  Castelnau-d'Estrétefonds.  [Construit  par  Antoine  de 
Lescale  en  1539.]  —  P.  100-4.  L.  Vie.  Quelques  livres  liturgiques  de  l'an- 
cien diocèse  de  Rieux.  —  P.  108.  J.  Chalande.  Vestiges  du  vieux  Tou- 
louse. —  P.  108-13.  R.  Lizop.  Découverte  d'un  cimetière  du  v"  siècle 
à  Saint-Bertrand-de-Comminges.  [Renseignements  sur  d'importantes 
trouvailles  faites  à  Saint-Bertrand.] —  P.  113-4.  Desazars  de  Mont- 
gailhard.  Une  statue  de  la  Vierge  du  xvni"  siècle  :  documents  sur  Ni- 
colas Bachelier.  —  P.  1168.  Pasquier.  Une  caricature  du  xiv  siècle  et  un 
mot  célèbre.  [Dessin  avec  inscription  du  xiv  siècle  sur  une  charte  du 
xm«  du  chartrier  de  Léran.J  —  P.  120-2.  J.  de  Lahondès.  La  Société  au 
château  de  Castelnau-d'Estrétefonds,  au  nord  de  Toulouse.  [Description 
des  restes  du  château  primitif  construit  en  1539  pour  Michel  de  Vabres, 
seigneur  de  Castelnau.]  —  P.  122-32.  Abbé  Auriol.  Cinq  châsses  du 
xvi"  siècle  conservées  à  Saint-Sernin.  [Avec  une  planche  et  cinq  dessins. 
Excellente  description.]  —  P.  134.  De  Bourdes.  Un  couvercle  de  pichet 
en  étain  du  moyen  âge  avec  une  inscription.  —  P.  135-7.  E.  Delorme. 
Note  sur  un  marbre  antique  trouvé  en  Gascogne. [Avec  une  planche.  Tèle 
en  marbre  blanc  trouvée  à  Lectoure.J  —  P.  139-42.  Abbé  Breuil  et 
Bégouen.  Peintures  et  gravures  préhistoriques  dans  la  grotte  du  Mas- 
d'Azil  (Ariège).  [Avec  deux  planches.] —  P.  143-7.  Ad.  Couzi.  Pierres 
sculptées  de  la  façade  de  l'église  de  Poubeau,  près  Luchon  ;  porte  de 
l'église  du  hameau  de  Sainte-Marie,  commune  de  Bagiry  (Haute-Garonne). 

Ch.  L. 

Gers. 

Revue  de  Gascogne,  52«  année,  nouvelle  série,  tome  XI, 
1911. 

P.  5-11,  97-101.  Ch.  Sauaran.  Philologie  et  tauromachie.  Les  prétendues 
courses  de  taureaux  de  Montréal-du-Gers  au  xv  siècle.  [Dans  les  Comptes 
consulaires  de  Montréal-du-Gers  {Bordeaux,  1895-6-7),  l'abbé  Breuils, 


PÉRIODIQUES   MÉRIDIONAUX.  265 

et  d'autres  après  lui,  ont  fait  un  contre-sens  en  traduisant  un  mot 
toros  par  «  taureaux  ».  M.  Samarau  lit  tores  et  non  toros  et  traduit  par 
«  toriers,  gardiens  de  tours  ».  M.  S.  a  sans  doute  raison.  N'empêche 
que  les  courses  de  taureaux  ont  été  pratiquées  à  une  date  assez  ancienne, 
sinon  en  Armagnac,  du  moins  en  Chalosse,  à  Saint-Sever  (1510-1519); 
cf.  les  comptes  du  trésorier  de  la  ville  de  Saint-Sever  pour  les  années 
J510-1511,  dans  Archives  histor.  de  la  Gironde,  XLV,  135.]  —  P.  12-30, 
102-9,  207-13,  318-40.  L.  Médan.  La  Chanson  en  Gascogne.  [A  déjà  paru, 
du  moins  partiellement,  dans  la  Bo7ine  Chanson,  Paris,  1910,  p.  258-61. 
Nombreux  renseignements  bibliographiques  et  autres  sur  les  chants 
populaires  de  Gascogne.]  —  P.  31-42,  109-16,  214-23,  343-52.  G.  Tournik.r. 
Autour  de  Monseigneur  de  Morlhon,  archevêque  d'Auch.  [Histoire  des 
événements  auxquels  a  été  mêlée  la  famille  de  l'archevêque  auscitain  de- 
puis le  xiv«  siècle  jusqu'au  xix'  en  Gascogne  et  en  Rouergue  :  la  Guerre 
aux  Anglais,  le  Parlement  de  Toulouse,  etc.]  —  P.  43-52, 171-8,  266-80, 
455-60.  E.  Oastex  et  C.Laffargue.  Études  d'histoire  révolutionnaire  à 
Eauze.  [La  formation  et  l'histoire  des  municipalités  :  6  mai  1790,  13  mai 
1791.  Formation  de  l'assemblée  primaire  ;  attentat  contre  la  municipalité  ; 
révocation  de  la  municipalité;  Laflitan  et  Tarrible  à  Eauze;  nomina- 
tion d'une  Commission  municipale  par  le  Directoire  d'Auch  ;  la  fête  de 
la  Fédération  Nationale  à  Eauze  le  14  juillet  1790  et  1791.  D'après  les 
registres  de  délibérations,  procès-verbaux  d'enquêtes,  interrogatoires, 
mémoires,  etc.]  —  P.  53-79.  J.-M.  Vidal.  Esclarmonde  de  Foix  dans 
l'histoire  et  le  roman.  [Histoire  de  la  fille  de  Roger  Bernard  I",  comte 
de  Foix  (1149-88)  et  de  Cécile  de  Béziers,  sœur  de  Raimon-Roger  (1188- 
1223).  M.  V.  s'attache  à  faire  le  départ  de  la  légende  et  de  la  réalité 
dans  la  biographie  de  la  princesse  cathare.  Elle  n'a  été  ni  digni- 
taire.du  catharisme,  ni  héroïne  comme  le  prétend  N.  Peyral.  Elle  n'a 
été  ni  «  juge  d'amour  »,  ni  reine  de  poésie.  En  somme,  il  est  peu  proba- 
ble qu'Esclarmonde  ait  joué  dans  sa  secte  le  rôle  important  qu'on  lui  a 
attribué.]  —  P.  80-96,  122-38,  182-9.  J.  Dupfour.  L'ancien  prieuré  de 
Touget  (suite  et  fin).  —  P.  116.  C.  Daux.  Noms  de  lieux  à  identifier. 
[Giuvigus,  Sauviago,  Malaruota,  en  680,  dans  la  charte  de  Nizezius.] 
—  P.  117-21.  J.  Lestrade.  Deux  lettres  de  M.  Ph.  Tamizey  de  Lar- 
roque  et  une  de  J.  Andrieu  à  Léonce  Couture.  [La  lettre  du  biblio- 
graphe agenais  et  celles  de  Tamizey  de  Larroque  intéressent  unique- 
ment des  points  de  détail  dans  l'histoire  de  la  bibliographie  gasconne 
du  xix«  siècle.]  —  P.  136.  L.  Médan.  L'inscription  latine  de  Rebouc. 
[C"  de  Hèches,  c»°  de  Labarthe-de-Neste,  (H'"-Pyrénées).  Elle  est  sus- 
pecte.] —  P.  145-8.  J.  DuFFOUR.  Découvertes  préhistoriques  et  gallo- 


266  ANNALES   DU   MIDI. 

romaines.  [Monnaies  découvertes  à  Thoux,  commune  de  Cologne  (Gers), 
à  Frégouville  Gers)  ;  haches  de  grès  trouvées  à  Touget.  Ossements  fos- 
siles (cerf  et  bœuf?)  retirés  d'une  carrière  à  Sainte-Marie,  c»  de  Gimont.] 

—  P.  148.  P.  D.  Sur  la  juridiction  ultra-marine  des  évèques  de  Bayonne. 
[Une  telle  juridiction  —  spirituelle  —  a-t-elle  existé  au  xvii"  siècle  sur 
les  îles  d'Amérique  et  au  Canada?]  —  P.  149-70.  J.  Lestrade.  Antoine 
de  Lastic,  évèque  de  Comminges.  [1740-64.  Translation  des  reliques  de 
saint  Bertrand  (1748).  Mandement  pour  la  publication  du  Rituel  (1753). 
Délibération  du  bureau  diocésain  du  clergé  de  Comminges;  assemblée 
extraordinaire  pour  le  soulagement  des  pauvres  (1752).  Mandement  de 
révoque  pour  le  même  objet  (1752).  Arrêt  du  Parlement  de  Toulouse,  du 
11  janvier  1754,  supprimant  une  édition  de  prétendus  statuts  synodaux 
du  diocèse  de  Comminges  (1754).  Instructions  données  par  le  Bureau 
diocésain  de  Comminges  à  la  formation  et  l'administration  des  Bureaux 
de  charité  pour  le  bouillon  et  remèdes.]  —  P.  178.  V.  F.  Toujours  des 
centenaires.  [Archives  de  Laurède.]  —  P.  179-81.  P.  Tallez.  A  propos 
du  mot  «  renard  ».  [L'ouvrier  réfractaire  au  mot  d'ordre  porte  déjà  ce 
nom  chez  George  Sand  (Pierre  Hnguenin,  dans  le  Compagnon  du  tour 
de  France).  M.  T.  cite  le  gascon  tira  au  renard,  «  tirer  au  flanc  »;  7ta 
dou  refiard,  «  faire  l'école  buissonnière  »,  qui  est  certainement  plus 
ancien.  —  Oui,  mais  rien  ne  prouve  que  l'expression  française  vienne  du 
gascon.]  —  P.  181.  S.  M.  Question  sur  le  sens  du  mot  hadertie.  [Ce  mot 
bien  connu  est  de  même  origine  que  le  v.  fr.  frerie  (avec  un  autre  suf- 
fixe :  FRATERNA),  et  il  est  de  même  formation  sémantique  que  l'esp. 
hermandad).  Il  a  à  peu  près  le  même  sens.  Je  signale,  entre  autres 
faits,  l'existence  d'une  haderne  au  moyen  âge,  à  Luz  (H*"-Pyr.),  attestée 
par  des  pièces  d'archives  (voir  ci-dessous).  La  haderne  de  Noariu  a  dû 
être  un  souterrain  servant  de  refuge  à  quelque  association  de  brigands. 
La  fader7ia  comuna  de  1262  à  Saint-Andreu  est  sans  doute  une  confré- 
rie. Quant  à  la  haderne  d'Argelos,  elle  dépendait  de  l'ordre  de  Malte. 

—  P.  193-206.  P.  CosTE.  A  quelle  date  saint  Vincent  de  Paul  est-il 
né?  [Le  problème  reste  obscur  :  1576  ou  plus  tôt;  1580-1.]  —  P.  213. 
Lectoure  à  l'Académie  des  Inscriptions.  [Signale,  sans  commentaire, 
la  communication  de  M.  C.  Jullian  à  l'Académie  (séance  du  10  mars). 
Le  territoire  urbain  de  Lectoure  n'aurait-il  pas  constitué  un  royaume 
vassal  de  l'Empire,  analogue  à  celui  des  Alpes  Cottiennes?]  —  P.  224-8. 

P.  DuDON.  Monseigneur  Savy  et  les  Ordonnances  de  1828.  [Relatif  aux 
ordonnances  concernant  les  Petits-Séminaires.  Lettre  de  l'évèque  d'Aire 
à  Léon  XII,  le  29  décembre  1828.]  —  P.  228-32.  V.  Foix.  Poursuites 
contre  les  Protestants  en  Béarn.  [Extrait  d'un  interrogatoire  du  23  nov. 


PÉRIODIQUES   MÉRIDIONAUX.  267 

1701,  d'après  les  archives  du  tribunal  de  Dax.]  —  P.  232-5.  A.  Clkr- 
GEAC.  Le  transport  des  vins  à  Bordeaux  eu  13J:4-5.  —  P.  235.  A.  D.  Le 
deuil  féminin  dans  les  Pj'rénées.  [Ancienne  coutume  d'après  le  ms.  du 
Monasticon  Benedictinum,  BN.,  f.  1.  12688.]  —  P.  941-52.  L.  Médan. 
Larrey  et  Lannes  dans  les  «  Cahiers  du  Capitaine  Coignet  ».  [Recherche 
dans  les  mémoires  du  capitaine  Coignet  (1776-milieu  du  xix»  siècle), 
héros  des  guerres  du  Consulat  et  de  l'Empire,  les  témoignages  et  appré- 
ciations sur  le  cliirurgien  Larrey,  de  Baudéan  en  Bigorre,  et  le  maréchal 
Lannes,  que  Coignet  a  vus  tous  deux  à  l'œuvre  à  maintes  reprises.]  — 
P.  252-66.  B.  Duplanté-Marceillac.  L'Histoire  gasconne  et  les  arrê- 
tistes  du  Parlement  de  Toulouse.  [Suite;  cf.  Rev.  de  Gasc,  1910,  241, 
309;  à  suivre.]  —  P.  281.  J.  Lestrade.  Une  soutenance  de  thèse  par  un 
ecclésiastique  d'Aurignac.  [xviii*  siècle.]  —  P.  282-3.  L.  Médan.  L'ins- 
cription latine  de  Rebouc.  [Elle  existe  réellement;  le  texte  est  le  suivant  : 
DEO  I  Ageioni  I  Bassario.  Voir  la  communication  de  M.  C.  Jullian  à 
l'Académie  des  Inscriptions,  le  13  janvier.]  —  P.  283.  A.  D.  Le  car- 
dinal d'Aguirre  et  M^f  de  la  Baume  de  Suze,  archevêque  d'Auch  [1692]. 

—  P.  284-7.  Bibliographie.  A.  D.  :  P.  Lhande,  L'Émigration  basque; 
A.  Clergeac  :  M.  d'Ayrenx,  Tasque,  notes  historiques  et  archéo- 
logiques. —  P.  289-313,  407-25,  508-17.  P.  Coste.  Lettres  inédites  de 
Saint  Vincent  de  Paul.  [Nouveau  lot  (1630-1660)  provenant  surtout  des 
archives  de  la  maison  de  la  Mission  de  Turin,  où  les  lettres  ont  dû  être 
transportées  de  Paris  lors  des  événements  de  1791.  Certaines  de  ces 
lettres  sont  des  originaux;  d'autres  sont  des  copies.]  —  P.  313.  J.-H. 
Barré.  Une  répression  de  sacrilège  à  Auch.  [22  juin  1661,  à  Montaut]. 

—  P.  314-7.  A.  ViGNAUx.  L'Armagnac  et  les  pays  du  Gers.  [A  propos  de 
l'article  de  M.  G.  Laurent  dans  les  A7i7iales  de  Géogr.]  — P.  340.  A.  D. 
Saint-Cyran  et  l'évêché  de  Bayonne.  [L'offre  de  l'évêché  à  Saint-Cyran, 
si  elle  a  eu  lieu,  a  été  faite  de  mars  1637  à  avril  1638.]  —  P.  352-7. 
F.  Marsan.  Fondation  d'une  école  dans  la  vallée  de  Louron.  [Suite.]  — 
P.  ;3ô8-70.  C.  L.4.FFARGUE.  Épisodes  d'histoire  religieuse  à  Eauze.  [1790- 
1792.  La  déclaration  des  bénélices  par  plusieurs  curés,  prêtres,  archi- 
prêtres.  Rôle  de  l'abbé  Buret,  qui  eut  une  certaine  importance  durant 
toute  la  période  révolutionnaire.]  —  P.  371-3.  A.  D.  Lettre  inédite  de 
J.  François  de  Montillet,  archevêque  d'Auch.  [Adressée  à  M.  Coquard, 
imprimeur  du  roi  à  Paris,  1749.  Intéresse  les  origines  de  la  liturgie 
auscitaine  au  xviiis  siècle.]  —  P.  374-6.  V.  Foix.  Consultation  de 
M.  d'Éligny.  [Un  peu  avant  1765.  Intéressant  pour  qui  veut  connaître 
les  rapports  d'un  Intendant  avec  ses  subordonnés  et  les  vues  des  admi- 
nistrateurs du  milieu  du  xviii"  siècle.]  —  P.  377-80,  J.-B.  Gabarra.  Lettre 


268  ANNALES   DU   MIDI. 

inédite  à  J.-B.  Monestier.  [Commissaire  de  la  Convention  dans  les 
Landes  et  Basses-Pj'rénées.  An  IL]  —  P.  385-90.  R.  Paqel.  Les  préten- 
dues courses  de  taureaux  de  Montréal-du-Gers  au  xv^  siècle.  [Réponse  de 
M.  R.  Pagel  à  l'article  de  M.  Samaran  paru  dans  la  Revue  de  Gascogne, 
1911,  p.  -SO?.]  —  P.  390-406.  De  Batz.  La  lutte  catholique  dans  le  Sud- 
Ouest  au  XVI"  siècle. —  P.  419-54.  J.  Lestrade.  Encore  l'évêché  de  Bayonne 
et  l'abbé  de  Saint-Cyran.  [Nouveaux  documents  relatifs  à  la  question 
signalée  ci-dessus.]  —  P.  425.  E.  Labat.  État  de  l'instruction  primaire 
dans  le  Gers  en  1802  [Nombre  des  instituteurs,  des  institutrices  et  des 
.  élèves.  Rien  d'inédit.]  —  P.  460-75.  A.  Degert.  Bulletin  gascon.  [An- 
nuaire critique  important  où  sont  passées  en  revue  les  principales  publi- 
cations historiques  concernant,  en  tout  ou  en  partie,  la  Gascogne.]  — 
P.  475.  A.  ViGNAUX.  Dom  Brugèles  et  la  châsse  de  Saint-Ebons  à  Sarran- 
colin.  [Description,  ancienne  de  la  châsse  qui  vient  d'être  volée.]  —  P.  476. 
F.  Marsan.  Programme  d'une  comédie  représentée  au  Collège  d'Auch,  le 
27  juillet  1761.  —  P.  477-80.  Bibliographie  :  A.  C.  :  Adrien  Blanchet,  Les 
premiers  Deniers  de  Lectoure  et  le  sens  des  mots  mos  et  vox;  F.-J.  Sa- 
miac,  Rapports  féodaux  des  Évêques  du  Couserans  et  des  Comtes  de 
Comminges  {XIP-XVl'  siècles.}  —  P.  495-507, 545-59.  S.  Mondon.  Vieilles 
choses  et  anciens  textes  de  la  Bigorre.  [Texte  gascon  avec  traduction 
d'une  donation  de  juillet  1272.  L'auteur  conclut  que  le  droit  français  fut 
introduit  dans  la  Bigorre  entre  1216  et  1251,  et  qu'il  y  était  implanté 
en  1260,  en  1272  surtout  —  Règlement  de  police  de  Bordères,  26  juil- 
let 1512  :  autre  texte  gascon  avec  traduction.]  —  P.  507.  A.  Laffont  : 
Quelques  impôts  d'ancien  régime.  [Lods  et  ventes  :  à  Miradoux,  11  dé- 
cembre 1776.]  —  P.  517-8.  A.  Laffont.  La  Tour  de  Cordouan  dans  les  ^ 
Comptes  de  Miradoux.  [La  Tour  de  Cordouan  figure  au  budget  dans 
les  Jurades  de  Miradoux  de  1599-1600.]  —  P.  519-22.  C.  Cézerac.  M.  Cy- 
prien  Lacave  La  Plagne-Barris.  [Article  nécrologique.]  —  P.  523-5.  A.  D. 
Bibliographie  :  A.  Meillon,  Essai  d'uti  glossaire  des  noms  topogra- 
phiques les  plus  usités  dans  la  vallée  de  Caulerets  et  la  région  jnoii- 
tag?ieusedes  Hautes-Pyrénées.  —  P.  530-45.  J.-B.  Gabarra.  Un  histo- 
rien landais  :  M.  Pédegert.  —  P.  559-60.  A.  Degert.  Serment  prêté  à 
Charles  V  par  un  évêque  de  Dax.  [La  pièce  est  sans  doute  de  1379.]  — 
P.  561-3.  L.  Lestrade.  Condamnation  pour  délit  de  chasse  pronon- 
cée par  le  Conseil  général  d'une  commune.  [Castelnau-sur-Auvignon, 
17  août  1792.]—  564-6.  P.  T.4.llez.  En  quelle  année  est  né  Ms-- d'Ap- 
chon?  [5  juin  1721.]  —  P.  566.  A.  D.  Une  impression  d'Auch  à 
retrouver.  [«  Sommaire  de  la  Théologie  de  M»'  Saint-Cyran  et  de 
Monsieur  Arnaud  »,    imprimé   à   Auch  en   1614.]  —  P.   568-71.   A.   D- 


PÉRIODIQtJES   MÉRIDIONAUX.  269 

Bibliographie  :  Abbé  Escarnot,  Bai-botan  et  la  Gascogne  religieuse  et 
littéraire. 

Tome  XII,  1912. 

p.  5-15,  49-71,  160-85,  386-401,  458-8.  G.  Laurent.  Armagnac  et  pays  du 
Gers.  [Étude  de  géographie  humaine.  Beaucoup  de  détails  très  intéres- 
sants à  plusieurs  points  de  vue.  M.  L.  fait  entrer  dans  1'  «  Armagnac  » 
le  canton  de  Villeneuve.  Il  y  aurait  beaucoup  à  dire  sur  cette  délimi- 
tation.] —  P.  16.  A.  D.  Sur  le  premier  séminaire  de  Bayonne.  [Question 
à  propos  d'une  lettre  de  saint  Vincent  de  Paul  datée  du  2  juillet  1642.] 
—  P.  17-26,  126-39,  221-32,  320-6.  369-79,  401-25.  S.  Mondon.  Vieilles 
choses  et  anciens  textes  de  la  Bigorre.  [Suite.  La  «  Maison  »  des  Hospi- 
taliers de  Saint-Jean-de-Jérusalem  à  Lourdes  en  1367.  Affièvement  de 
la  dite  maison,  le  15  sept.  1367.  Inventaire  de  l'église  de  Gavarnie, 
21  juillet  1477.  Proclamation  de  guerre  à  Luz  en  1523.  Le  «  justicia  » 
de  Tamarit.  «  Extraict  des  privilèges  antiqz  de  la  maison  et  hospital  de 
Gauernye  en  la  valee  de  Baretge  ».  Plusieurs  textes  gascons,  avec  tra- 
duction française  en  regard,  tirés  des  Archives  départementales  de  la 
Haute-Garonne,  Fonds  de  Malte.]  —  P.  27-37.  A.  Degert.  Les  dernières 
années  de  Légier  de  Plas,  évêque  de  Lectoure.  [Récit  sommaire  de  la 
vie  et  de  la  mort  de  l'évêque  par  le  curé  de  Curamont,  où  Légier  de  Plaas 
passa  ses  derniers  jours.]  —  P.  38,  121-6.  L.  Médan.  Une  inscription 
latine  récemment  trouvée  à  Sos.  [Texte  et  commentaire  d'une  inscrip- 
tion que  l'auteur  lit  de  la  manière  suivante  :  TVTELAE.  |  ADEHIO  • 
ET  •  CAPITO  I  ^DIS  HARBELESTEGs.  |  strvctores  |  v.  s.  l.  m.]  — 
P.  44-7.  Bibliographie.  A.  D.  :  Abbé  Laud,  Saint-Philibert .  A.  C.  : 
J.-B.  Laborde,  La  Co7igrégation  des  Bourgeois  de  Pau.  L.  Médan  : 
J.-B.  Laborde,  Noël  et  Noëls  béarnais.  —  P.  43.  J.  Lestrade.  Deux 
notes  sur  Ph.  Cospéan.  —  P.  71.  A.  D.  Un  poème  historique  à  retrouver 
sur  un  évêque  de  Gouserans.  [Félicitation  poétique  par  J.  Maury  à 
l'occasion  du  sacre  de  Bernard  de  Marmiesse.]  —  P.  72-86,  204-10.  L. 
Couture.  La  vie  de  saint  Luperc.  [Réimpression  d'un  article  publié 
dans  les  Mélanges  Cabriéres,  Montpellier,  1899.  La  rédaction  française 
de  la  vie  de  saint  Luperc  publiée  ici  est  due  à  un  jésuite,  Odo  de  Gissey 
(1567-1643),  et  date  du  premier  tiers  du  xvii"  siècle.]  —  P.  97-120. 
A.  Clergeac.  Saint  Taurin  et  ses  hagiographes.  [Étudie  les  traces  qu'a 
pu  laisser  l'ancienne  tradition  auscitaine  dans  la  liturgie  d'Auch 
avant  1600,  et  quelles  modifications  elle  a  subies  de  1600  à  nos 
jours.]  —  P.  120.  A.  D.  Sur  les  plagiats  de  Le  Boux,  évêque  de  Dax, 
puis  de  Périgueux.  [Bossuet  aurait  porté  contre  l'évêque  de  Périgueux 


270  ANNALES  DU   MiDl. 

l'accusation  d'avoir  plagié  le  P.  Sénault.]  —  P.  139.  P.  T.  Sur  le  mot 
«  Renard  ».  [Le  mot  renard,  au  sens  moderne  (v.  ci-dessus),  est  attesté 
dès  1760  dans  un  arrêt  de  la  cour  du  Parlement  portant  règlement  pour 
les  compagnons  charpentiers  de  la  ville  d'Étampes.]  —  P.  140-4.  Biblio- 
graphie. L.  Médan  :  Emmanuel  Delbousquet,  Propos.  —  A.  D.  :  J.-B. 
Laborde,  Un  chib  féminin  pendant  la  Révolution.  L.  Caddau,  Mono- 
graphie de  la  cathédrale  de  Tarbes.  —  P.  145-60,  193-203,  337-46. 
J.  DuFFOUR.  La  vie  rurale  en  Gascogne  au  xviii«  siècle.  [Le  prix  et  le 
commerce  des  grains.  A  suivre.]  —  P.  J86-8.  L.  Médan.  Une  lettre 
d'Achille  Luchaire  sur  Léonce  Couture.  [Adressée  à  Tamizey  de  Larro- 
que  au  lendemain  de  l'apparition  du  De  Lingua  Aquita7iica.]  — 
P.  221.  A.  D.  Les  plagiats  de  M.  de  Fromentières.  [Prédicateur  du 
siècle  de  Louis  XIV.]  —  P.  232-5.  J.  Bénac.  Un  arrêté  du  Directoire 
du  Gers.  [Exécution  du  décret  du  26  août  1792.]  —  P.  241-57.  Saint  Vincent 
de  Paul,  curé  de  Clichy  (1612-26).  —  P.  257-77.  E.  Bacalerie.  Une  critique 
de  Dom  Brugèles.  [Par  un  contemporain  peu  bienveillant.  Le  ms.  que 
publie  M.  B.  est  intitulé  :  Mémoire  critique  sur  l'histoire  ecclésias- 
tique du  diocèse  d'Auch,  composée  par  M.  Brugelles,  1747.  "En  sous- 
titre  :  Mémoire  pour  servir  à  la  lettre  critique  de  M.  N.  à  un  chanoine 
d'Auch,  soti  amy.  Relève  une  suite  d'erreurs,  ou  de  prétendues  erreurs, 
chez  Dom  Brugèles,]  —  P.  277.  J.  Duffour.  Tremblement  de  terre  à 
Lourdes.  [13  sept.  1750.]  —  P.  278-80.  L.  Rioaud.  L'acte  de  décès  d'un 
abbé  de  Lescaladieu.  [Bernard  de'Sariac,  6  juillet  1656.]  —  P.  303-13, 
379-82.  De  Batz.  Un  jugement  de  haute  justice  en  Gascogne  (1786). 
—  P.  313-9.  P.  CosTE.  Quel  est  l'auteur  de  la  Vie  de  saint  Vincent  attri- 
buée à  Louis  Abelly?  [Ce  serait,  comme  la  tradition  le  veut,  Abelly 
lui-même.  L'ancien  vicaire  général  de  Bayonne,  l'ancien  évoque  de 
Rodez,  affirme  lui-même  qu'il  est  bien  l'auteur  de  la  Vie  de  saint 
Vùicent  qui  porte  son  nom.  Mais  il  n'a  fait  que  mettre  en  œuvre 
les  matériaux  préparés  par  les  prêtres  de  la  Mission.]  —  P.  320. 
L.  Médan.  Centenaires  de  Comminges.  —  P.  326.  J.  Duffour.  Prix 
des  journaux  à  Auch.  [De  1792  au  5  messidor  an  V.]  —  P.  327-9. 
J.  BooRDETTE.  Découvertcs  archéologiques.  [Fragments  d'autels 
votifs  trouvés  à  Montauban  de  Luchon.]  —  P.  329.  J.  Duffour. 
Gascons  peu  endurants.  —  P.  340.  A.  D.  Les  députés  de  Gascogne  k 
l'Assemblée  des  Notables  de  1787.  —  P.  331-6.  Bibliographie.  A.  D.  : 
Meyraux,  Monographie  de  Mugron  ;  J.  Beauredon,  Esquisse  sur  le 
Sud-Ouest  landais  :  Gosse  et  Maremne  vers  la  fin  du  XVIII"  siècle. 
L.  Médan  :  G.  Daugé,  Brises  de  Gascogne.  Lou  Castet  de  Maubesin. 
A.  D.  :  J.  Gaston,  Poèines  de  saint  Filibert.  —  P.  347-68.  A.  Degert. 


PÉRIODIQUES   MÉRIDIONAUX.  271 

Règlement  des  Juifs  de  Bayonne.  [Réimpression  du  règlement  du 
21  décembre  1752  donnant  une  foule  de  renseignements  sur  l'organisa- 
tion intérieure  de  la  «  Nation  Portugaise,  Juive  et  Espagnole  établie 
au  Bourg  Saint-Esprit  »,  sur  ses  chefs  ou  représentants  officiels,  ses 
assemblées,  ses  institutions  d'assistance,  les  confréries,  la  synagogue, 
l'excommunication,  les  mariages  clandestins,  enfin  les  recettes  et  les 
dépenses  de  la  communauté.]  —  P.  382-4.  Bibliographie.  A.  D.  :  Ricaud, 
Les  Reclus  des  Hautes-Pyrénées.  L'abbaye  de  Saint-Pé.  —  P.  400. 
J.  DtiFFOUR.  Souvenirs  révolutionnaires  à  Auch.  [5  juillet  1793.  — 
1"  frimaire  an  III.]  —  P.  426-8.'  A.  Degert.  Lettre  inédite  de  Dom  Dei- 
dier.  [Adressée  au  bénédictin  Dom  Massuet,  l'éditeur  des  œuvres  de 
saint  Irénée.  Datée  de  Saint-Sever,  5  août  1711.]  —  P.  427.  V.  F.  Ques- 
tion sur  le  sens  du  mot  «  Huque  ».  [La  huque  des  faux  nobles,  poème 
landais  du  xvii»  siècle.]  —  P.  433-53.  A.  Duffourc.  Lettres  inédites  de 
Mgr  Jean-François  de  Montillet,  archevêque  d'Auch.  [1742-1772.]  — 
P.  469-73.  A.  Clergeac.  «  Tomyris  »  au  collège  d'Auch  en  1763.  [Poème 
donné  comme  sujet  de  composition  latine  par  les  chapelains  de  Garai- 
son,  et  qui  fut  déclamé  publiquement  et  imprimé.]  —  P.  470.  L.  M.  D'où 
est  le  corsaire  gascon,  Guillaume  de  Casenove?  —  P.  471-80.  Biblio- 
graphie. A.  Clergeac  :  A.  Saint-Laurent,  Monographie  de  Montfau- 
coii-eti-Bigorre.  L.  Ricaud  :  L'abbé  d'Agos.  G.  M. 

Hérault. 

Revue  des  Langues  romanes,  tome  LIV,  1911. 

p.  1-36.  L.  Lambert.  Chansons  pastorales  (avec  musique).  —  P.  67-73. 
G.  Bertoni.  Noterelle  provenzali.  [Un  comjat  de  Marcabrun  attribué  à 
Uc  Catola  (d'après  le  ms.  D);  le  troubadour  Esperdut  serait  le  même 
que  Gui  de  Cavaillon,  comme  l'a  démontré  M.  G.  Fabre;  M.  B.  donne 
un  argument  nouveau,  en  s'appuyant  sur  le  texte  de  D  de  la  tenson  de 
Guilhem  del  Baus  (En  Gui  a  tort  mi  menassatz),  faite  sur  les  mêmes 
rimes  que  la  tenson  de  N'Esperdut  avec  Pons  de  Montlaur,  et  dans  la 
tornade  de  laquelle  se  trouve  le  nom  de  Gui  de  Cavaillon.] —  P.  125-48. 
L.  Caillet.  Fragment  d'un  terrier  de  la  région  de  Cadours.  [Le  docu- 
ment, écrit  en  gascon,  se  trouve  à  la  bibliothèque  de  Lyon.]  —  P.  191- 
201.  H.  Bourgeois.  La  Chanson  de  Montauban.  [Texte  en  romanche 
de  la  Haute-Engadine,  se  rapportant  au  siège  de  Montauban  par 
Louis  XIII  en  1623],  —  P.  202-9.  J.  Anglade.  Notes  complémentaires 
sur  la  vie  de  saint  Hermentaire.  [D'après  des  notes  de  Chabaneau;  cette 


272  ANiSfALES  DU   MiDÎ. 

vie  a  été  inventée  par  Nostredame.]  —  P.  230-314.  Piat.  Grammaire 
générale  populaire  des  dialectes  occitaniens.  [C'est  un  essai  de  syntaxe 
que  nous  offre  l'auteur;  il  y  a  dans  ce  travail  des  remarques  intéres- 
santes, mais  l'ensemble  est  bien  superficiel].  —  P.  381-518.  C.  Pitollet. 
Correspondance  inédite  de  J.  Reboul  et  J.  Roumanille. 

Tome  LV,  1912. 

P.  1-59.  L.  Lambert.  Chansons  pastorales  (avec  musique).  —  P.  77-91. 
J.  Calmette  et  F. -G.  Heurtebise.  La  correspondance  de  la  ville  de 
Perpignan  (suite).  —  P.  92-103.  G.  Bertoni.  Noterelle  provenzali.  [I.  Nou- 
veaux vers  de  B.  de  Born  :  il  s'agit  d'une  strophe  nouvelle  de  la  chanson 
Bem  plai  lo  gais  temps  de  Pascor  donnée  par  les  mss.  a  et  C,  puis 
de  deux  vers  de  Eu  chant  quel  reis  conservés  par  a;  II.  Sur  un  passage 
de  Gormonda  (propose  de  lire  conuis  e  pendutz  au  lieu  de  clauzis  e 
sauputz);  III.  Sur  un  descort  de  Pons  de  Capdeuil  (il  s'agit  du  descort 
Un  gai  descort,  dont  M.  B.  signale  une  copie,  mauvaise  il  est  vrai,  sur 
les  feuilles  de  garde  d'un  ms.  de  l'Ambrosienne,  contenant  le  Roman 
de  Troie  de  Benoît  de  Sainte-More;  IV.  Sur  une  tenson  de  Sordel  (avec 
le  troubadour  toulousain  Peire  Guilhem  ;  V,  Sur  un  passage  du  Docu- 
mentum  honoris  de  Sordel;  VI.  Dits  de  philosophes  et  de  «  sages  »  (se 
trouvent  dans  un  ms.  de  Florence  de  la  fin  du  xiv  siècle).]  —  P.  145- 
382.  J.  RoNJAT.  Comptes  consulaires  de  Grenoble  (1338-1340).  [Le  texte 
avait  été  préparé  par  M«'  Devaux  ;  M.  J.  Ronjat  le  publie  en  le  faisant 
précéder  d'une  copieuse  étude  linguistique  et  en  le  faisant  suivre  d'un 
important  lexique.]  J.  A. 

Landes. 

Bulletin  trimestriel  de  la  Société  de  Borda  (Dax),  36«  an- 
née, 1911. 

P.  1-25.  G.  Beaurain.  Pontacq  (Basses-Pyrénées).  La  ville  et  les  institu- 
tions municipales.  [Suite  et  lin.  Voir  Annales  du  Midi,  XXIII,  1911, 
p.  528.  Rachat  des  offices  :  offices  de  maire  et  lieutenant  alternatifs  et 
mi-triennaux,  etc.  Ces  rachats  étaient  un  moyen  que  les  villes  em- 
ployaient pour  éviter  l'envahissement  des  officiers  étrangers.  Extinction 
de  la  commune  (1766-1771)  :1a  ville  cesse  d'être  commune  jurée,  le  roi  ayant 
échangé  la  seigneurie  directe  et  foncière  de  Pontacq  contre  56  arpents 
de  bois  appartenant  au  baron  de  Livron  qui  devient  seigneur  de  Pon- 
tacq.  Pièces  justificatives  :  Confirmation  des  privilèges  de   Pontacq, 


PÉRIODIQUES   MÉRIDIONAUX.  273 

23  mars  1522.  Copie  de  l'original  béarnais  (aujourd'hui  perdu).  Confirma- 
tion des  privilèges  de  quelques  villes  de  Béarn  dont  Pontacq(l«''mai  1522). 
Liste  des  JuratsdePontacq  et  de  Livron,Barzun,  Luquet,Ousse,  du  w 
au  xvn«  siècles  (incomplètes).  Conditions  de  l'afferme  de  lamajade  pour 
l'année  1713.  Conditions  de  l'airerme  de  l'impôt  pour  1731.  Arrêt  du 
Conseil  d'État  qui  fixe  les  charges  locales,  6  février  1743.  Note  sur  les 
armoiries  de  Pontacq.]  —  P.  27-57,  73-103,  161-200.  J.  Beaurredon.  Es- 
quisse sur  le  Sud-Ouest  Landais  (Gosse  et  Maremne),  vers  la  fin  du 
xYiii»  siècle.  [Suite.  Le  corps  des  répartiteurs.  Il  comprenait  les  Jurais, 
les  Collecteurs  et  les  Cotisateurs,  ceux-ci  choisis  chaque  année  par  les 
habitants.  Répartition  de  la  Capitation.  Il  y  avait  de  sérieuses  résis- 
tances de  la  part  des  capitables.  Répartition  de  la  taille  :  liste  des 
.  biens  nobles  ou  possédés  noblement;  détermination  des  biens  aban- 
donnés ;  û^ation  de  la  base  proportionnelle.  La  faction  du  rôle.  Les 
Collecteurs  :  leur  mode  d'élection.  Ils  étaient  responsables  des  sommes 
non  versées,  ce  qui  était  payer  un  peu  cher  les  40  ou  50  livres  de  «  di-oit 
de  collecte  ».  (Mais  sans  doute  y  avait-il  d'autres  bénéfices.)  Le  droit 
de  Santou,  taxe  paroissiale  fixe  payée  au  Chapitre,  différente  de  la 
dîme.  Le  droit  de  Quête,  rente  générale  payable  au  seigneur.  Les  habi- 
tants de  Soustons,enl766,  déclarent  qu'ils  ne  payeront  plus  ce  droit  si  on 
leur  enlève  la  jouissance  des  communaux.  Mesures  contre  les  épizooties. 
L'industrie  :  l'apprentissage  dans  les  divers  métiers.  Gratuit  pour  les  mé- 
tiers proprement  dits,  l'apprentissage  est  payant  s'il  a  pour  objet  un  art, 
comme,  par  exemple,  celui  de  chirurgien  ou  de  tailleur  d'habits.  Verreries. 
Tuileries  et  moulins.  Commerce.  Pêcheries.  Sylviculture  :  arbres  à  liège 
et  pins.  Les  troupeaux  :  cheptels  de  bœufs,  de  chèvres  et  de  brebis.  Les 
vignobles  :  il  y  en  avait  dans  le  pays  de  Gosse  (argileux),  mais  aussi  en 
Maremne.  Commerce  des  vins.  Prise  de  possession  des  biens  fonciers  : 
cérémonial  d'investiture  devant  notaire.  Classification  des  biens.  Biens 
à  cens  et  devoirs  féodaux.  Quelques  taux  de  cens.  Présentations.  Retrait 
féodal. Exporles.  Droit  d'issue  et  entrée;  lods  et  ventes.  Droit  de  justice. 
Biens  francs  ou  alloJiaux.  Le  nombre  des  propriétaires.  Le  nombre  des 
métayers  semble  s'être  accru  depuis  le  xviii»  siècle.  Il  y  avait,  par 
exemple,  à  Saubrigues,  en  1782,  plus  de  propriétaires  qu'aujourd'hui. 
La  répartition  des  cultures.  Colonnage  et  afferme  en  Maremne,  dans  le 
pays  de  Gosse.  Quelques  stipulations  des  contrats.  Associations  en  cas 
de  perte  du  bétail.  Les  maisons  et  autres  bâtisses.  Le  mobilier.  Quelques 
inventaires  de  mobiliers  de  domestiques,  de  mariniers.]  —  P.  105-23. 
P.  CosTE.  Un  dossier  inédit  de  lettres  adressées  à  saint  Vincent  de 
Paul.  [Il  s'agit  des  lettres  adressées  au  saint  qui  sont  contenues  dans  le 

ANNALES   DU   MIDI.   —   XXVI  18 


2'/'4  ANNALES   DU   MiDt. 

dossier  conservé  à  Turin  (où  les  prêtres  de  Saint-Lazare  s'étaient  réfu- 
giés avec  leurs  reliques  et  leurs  archives  en  1789).  Complète  l'article  paru 
dans  la  Revue  de  Gascogne  (v.  ci-dessus)  où  sont  publiées  les  lettres 
mêmes  du  saint.  La  plupart  de  ces  lettres,  simplement  analysées  par 
M.  Costa,  datent  des  mois  de  juillet,  août  et  septembre  1660.] — P.  137-iO. 
P.-E.  DuBALEN.  La  grotte  de  Rivière.  [Lames  de  silex,  outils  en  ivoire, 
matières  colorantes,  gravure  au  trait  sur  fragment  de  fémur,  ossements 
d'animaux  contemporains  trouvés  à  la  Petite  Roque,  entre  le  chemin  de 
halage  et  l'Adour.]  —  P.  201-33.  V.  Foix.  La  Coutume  de  Tartas.  [An- 
noncée depuis  longtemps,  cette  publication  rendra  des  sei-vices,  surtout 
au  point  de  vue  linguistique.  La  Coutume  est  rédigée  en  idiome  local. 
Elle  est  datée  du  12  avril  1400.  Elle  nous  a  été  conservée  dans  un  rou- 
leau parchemin  déposé  aux  Archives  départementales  des  Basses-Py- 
rénées (E.  228).  Je  ne  crois  pas  que  le  texte  de  la  coutume  conservée 
aux  archives  municipales  de  Tartas  (AA,  1)  soit  aussi  postérieur  à 
1400  que  le  croit  M.  Foix.  Ce  document,  que  j'ai  eu  entre  les  mains,  m'a 
paru  remonter  à  la  même  époque  que  le  texte  de  Pau  :  la  coutume 
avait  été  rédigée  en  trois  exemplaires.  Quoi  qu'il  en  soit,  le  texte  est 
d'autant  plus  précieux  pour  les  dialectologues  qu'il  a  été  rédigé  par  des 
notaires  de  Tartas.  M.  Foix  le  reproduit  avec  le  soin  dont  il  est  coutu- 
mier.  Je  me  permets  quelques  remarques  :  p.  208,  1.  13,  lesqueran  est 
impossible;  esquiveran  qu'avait  lu  Départ  doit  être  la  bonne  leçon; 

1.  i5j  adempar  n'est  pas  la  bonne  leçon  :  la  leçon  adempareran  que 

suggère  Départ  semble  indispensable.  —  P.  211,  1.  12.  La  correction 
prohat  pour  phat  s'impose.  —  P.  211,  1.  14.  Aciempidement  n'a  pas  de 

gens.  L.  24.  Lire  sans  doute  cauat  non  cauac.  —  P.  212,  n.  1.  D'où 

vient  cette  variante?  —  Ib.  dernière  ligne  :  la  lecture  de  Départ  fait 
contre-sens.  —  P.  214,  1.  14.  Escade  est  excellent  (impf.  de  escader)  : 
se  y  escade  =  «  si  elle  (la  blessure  ou  la  mort)  s'y  produisait  ».  La 
correction  de  Départ  est  pour  le  moins  superflue.  —  L.  17.  Corrot  est 
une  excellente  lecture  :  «  ils  ne  l'ont  pas  tué  ou  blessé  à  cause  de 
quelqu'autre  grief  ancien  n, corrot  <^'' corruptum  «  courroux,  haine  »> 
est  attesté  en  vieux  béarnais  comme  en  vieux  provençal.  —  Notes  2  et  3  : 
les  leçons  de  Départ  sont  tout  à  fait  fautives.  Le  texte  de  M.  Foix  est 
très  satisfaisant.  —  P.  227, 1.  5  a  fine.  Furan  est  la  bonne  leçon,  de 
furar  «  enlever  »,  a  voler  ».  —  P.  23U,  1.  19,  20,  22,  23.  Lire  entau  et 
non  encan.']  —  P.  243-8.  P.  Caraman.  Lettre  de  M.  de  Borda,  maire  de 
Dax,  à  M.  De  La  Montaigne,  sur  l'inondation  d'avril  1770*.  G.  M. 

1.  Le  Bulletin  a   cessé  de  paraître  depuis  1911.  Une  table  des  années 
écoulées  est  en  préparation  (novembre  1913). 


PÉRIODIQUES   NON    MÉRIDIONAUX.  275 

Pyrénées  (Basses-). 
Reclams  de  Biarn  e  Gascougne,  15«  anade,  1911. 

p.  17-9.  L.  B\TCAVE.  U  troussot  d'histori  biarnese.  [Le  Béarn  depuis  les 
origines  jusqu'au  régne  des  Wisigoths.  Coup  d'œil  général.]  —  P.  19-23, 
43-8,  87-92.  Lhept.  Le  Mariage  en  Béarn.  [Usages  actuels.  Chants  popu- 
laires avec  musique,  etc.]  —  P.  109-10.  S.  Palay.  Drin  d'islôri  febusiane. 
[Intéresse  l'histoire  (récente)  du  félibrige  dans  le  Sud-Ouest.]  —  P.  131-8. 
L.  Batcave.  Fragments  d'une  petite  histoire  du  Béarn.  [Gaston  V 
Centule  et  le  Béarn  au  xi»  siècle.  État  économique  et  social.  Monu- 
ments.] —  P.  185-219.  J.-B.  Laborde.  Noël  et  Noëls  béarnais.  [Vieilles 
coutumes.  Les  auteurs  de  Noëls.  Conjectures.] 

I6e  anade,  1912. 

P.  26.  L.  Batcaye.  Chants  nationaux  gascons.  [F.-E.  Garay  de  Mon- 
glave.  1796-1873.  Notice  biographique  et  bibliographique.]  —  P.  81-5, 
108-12.  J.-B.  Laborde.  Nouveaux  Noëls  béarnais.  —  P.  2.52-3.  A.  Dujardin. 
Compte  rendu  de  L.  Batcave,  La  Maison  des  Prêtres  Prébendiers. 
[A  Orthez.]  —  P.  2.57-9.  A.  Laborde-Milaa.  La  tombe  de  Navarrot.  — 
P.  271-3,  290-1.  L.  Batcave.  Petite  histoire  du  Béarn.  [A  l'usage  des 
écoles  primaires.]  G.  M. 


PÉRIODIQUES  FRANÇAIS  NON  MÉRIDIONAUX 

1.  —  Académie    des    Inscriptions    et    Belles-Lettres^ 

Comptes  rendus,  1912. 

P.  55-6.  D'  Lalanne.  Présentation  de  trois  bas-reliefs  de  l'époque  aurigna- 
cienne  supérieure,  trouvés  à  Laussel  (Dordogne),  et  représentant  deux 
femmes  et  un  homme.  [Découverte  d'un  intérêt  capital.]  —  P.  73-81. 
Aug.  AuDOLLENT.  Trouvailles  faites  à  Martres-de-Veyre.  [Dans  des 
sépultures  probablement  du  ii«  s.  après  J.-C]  —  P.  99  100.  S.  Rexnach. 
Communication  sur  le  nom  de  Monaco.  [Il  ne  viendrait  ni  d'une  épithète 
d'Hercule  Monoikos,  ni  d'une  épithète  de  Melqart,  mais  du  nom  d'une 
tribu  ligure,  Monœci.]  —  P.  161 .  A.  Blanchet.  Explication  de  médaillons 
de  bronze  de  Postume.  [La  scène  de  l'allocution  de  Postume  se  rappor- 
terait aux  faits  qui  amenèrent  son  usurpation  en  258.]  —  P.  182-90. 
J.  Poux.  Une  vue  de  Carcassonne  faussement  attribuée  à  l'an  1467. 
[Avec  une  planche.  Veut  prouver  que  ce  dessin  n'est  que  de  la  seconde 


276  ANNALES   DU   MIDI. 

moitié  du  xvir  siècle.  Cf.  plus  bas,  p.  304,  un  compte  rendu  de  Mullot, 
Une  vue  perspective  de  la  Cité,  etc.]  —  P.  309-lG.  L.  Joulin.  Les  âges 
protohistoriques  dans  l'Europe  barbare.  —  P.  433-43.  J.  Déchelette. 
Les  fouilles  du  marquis  de  Cerralbo.  [Cf.,  p.  525-30,  de  Cerrâlbo,  Com- 
munication sur  ses  découvertes  archéologiques  à  Torralbo  (province  de 
Soria)  et  dans  les  nécropoles  ibériques  d'Aguilar  de  Anguita,  d'Arco- 
briga,  et  celtibérienne  de  Luzaga.  Découvertes  très  importantes  pour 
les  premiers  âges  du  fer;  elles  paraissent  prouver  l'emploi,  à  cette 
époque,  de  la  ferrure  des  chevaux.]  —  P.  445-^4.  D""  Capitan  et  Pey- 
ROSY.  Trois  nouveaux  squelettes  humains  fossiles  trouvés  à  la  Ferras- 
sie  et  au  Cap  Blanc  (Dordogne).  [Découvertes  de  pi-emier  ordre.]  — 
P.  532-8.  Bégouen.  Les  statues  d'argile  préhistoriques  de  la  caverne  du 
Tue  d'Audoubert  (Ariège).  [Avec  trois  planches.  Découvertes  d'un  inté- 
rêt capital.]  —  P.  581-99.  P.  Fournier.  Le  dauphin  Humbert  II.  [Bio- 
graphie très  vivante.]  —  P.  641-4.  M.  Besnier.  Un  bas-relief  de  Délos 
au  Musée  d'Aix  en  Provence.  [Prouve  l'origine  jusqu'ici  inconnue  de  ce 
bas-relief.]  Ch.  L. 

2.  Bulletin  du  Bibliophile  et  du  Bibliothécaire^  1912. 

p.  49-51.  D^L.  Boulaî;d.  Livre  aux  armes  de  Ms""  de  Saunhac-Belcasœl. 
[Évêque  de  Perpignan,  1824-1853.]  —  P.  184-7.  Id.  Livre  aux  armes  du 
cardinal  J.-J.-X.  d'Isoard,  archevêque  d'Auch.  [Né  à  Aix  en  1766,  mort 
à  Paris  en  1839.  Description  avec  une  planche  d'un  Ordo  relié  aux  ar- 
mes du  prélat.]  —  P.  569-80.  L.-G.  Pélissier.  Lettres  inédites  de  Gabriel 
Prunelle.  [Bibliothécaire  de  l'École  de  médecine  de  Montpellier,  puis 
maire  de  Lyon,  député  de  l'Isère,  inspecteur  des  Eaux  de  Vichy  ;  pre- 
mière partie  du  xix»  siècle.]  F.  P. 

3.  Bulletin  monumental,  t.  LXXV,  1911. 

p.  1-42.  Lefèvre-Pontalis.  L'école  orthodoxe  et  l'archéologue  moderniste. 
[Discussion  des  idées  émises  par  M.  Marignan  dans  son  livre  sur  les 
Méthodes  du  passé  dans  l'archéologie  française,^  —  P.  77-101.  Deshou- 
LiÈRES.  Essai  sur  les  bases  romanes.  [Nombreux  types  empruntés  au 
]\Ii(ii.j  —  p:  120-32.  Lauzun.  Un  château  gascon.  Le  château  de  Sainte- 
Mère  (Gers).  —  P.  133-53.  Seubat.  Chronique.  [Cathédrales  de  Clermont- 
Ferrand,  du  Puy;  ancienne  église  de  Saint-Julien  hors  les  murs  à 
Nimes;  église  de  Daumazan  ;  églises  classées  ;  mottes  féodales  en  Péri- 
gord;  monuments  de  Toulouse.]  —  P.  226-46.  Formigé.  Le  château  de 
Salon  (Bouches-da-Rhône).  [xii«.  xiii%  xvi"  siècles.]  —  P.  309-13.  An- 
çtLÈs.  Destruction  de  la  chapelle  romane  de  Mouret  (Aveyron).  Décou- 


PÉRIODIQUES   NON   MÉRIDIONAUX.  277 

verte  de  fresques  à  Conques  en  Rouergue.  —  P.  318-36.  Serbat.  Chro- 
nique. [Voie  romaine  de  Béziers  à  Cfihors.]  —  P.  423-68.  Lefévre-Pon- 
TALis.  Répertoire  des  architectes,  maçons,  sculpteurs,  charpentiers  et 
ouvriers  français  au  xi=  et  au  xii«  siècles.  [Arles,  Avignon,  Beaumont-de- 
Malaucèae  (Vaucluse),  Carpentras,  Clermont-Ferrand,  Colombier  (Gard), 
Conques  en  Rouergue,  Correns  (Var),  Esclottes  (Gironde),  Faucon 
(Vaucluse),  Ganagobie  (Basses-Alpes),  Grandraont  (Hérault),  Le  Puy, 
Maguelonne,  Marseille,  Notre-Dame  d'Aubune  (Vaucluse),  Xoves  (Vau- 
cluse), Périgueux,  Pernes  (Vaucluse),  Poitiers,  Saint-Andiol  (Bouches- 
du-Rhône),  Saint- Bonnet-l'Enfantier  (Corrèze),  Saint -Gabriel  (Bou- 
clies-du-Rhône),  Sain  t-Gilles-du- Gard,  Saint-Jacques-de-Compostelle, 
Saint-Martin-du-Canigou,  Saint-Pantaléon  (Vaucluse),  Saint-Paul- 
Trois-Chàteaux  (Drôme),  Saint-Pons  (Hérault),  Saint-Restitut  (Drôme), 
Saint-Savin-de-Lavedan  (Hautes-Pyrénées),  Saintes,  Sarda  (Gironde), 
Senanque  (Vaucluse),  Tersannes  (Haute- Vienne),  Toulouse,  Vaison, 
Vienne,  Viviers.]  —  P.  498-514.  Caillet.  Devis  du  mausolée  des  ar- 
chevêques de  Vienne,  Armand  de  Montmorin  et  Henri  de  La  Tour 
d'Auvergne,  élevé  en  1747  à  la  cathédrale  de  Vienne. —  P.  554-5.  Angles. 
Classement  de  sculptures  dans  l'Aveyron.  —  P.  .j68-70.  Lefèvre-Pon- 
TALis.  Nécrologie.  Anthyme  Saint-Paul. 

Tome  LXXVI,  1912. 

p.  38-58.  Fage.  L'église  de  Lubersac  (Corrèze).  —  P.  70-124.  DuRanquet. 
Les  architectes  de  la  cathédrale  de  Clermont-Ferrand.  —  P.  148-52* 
Lauzux.  Antiquités  du  Gers  et  du  Lot-et-Garonne.  [Récentes  décou- 
vertes.] —  P.  154-5.  Bonnet.  Les  sarcophages  chrétiens  de  l'église 
Saint-Félix  de  Gérone  et  l'école  arlésienue  de  sculpture  funéraire.  — 
P.  157-9,  336-8.  Églises  et  édifices  récemment  classés.  —  P.  242-52, 
556-61.  Lefèvre-Poxtalis.  Le  prétendu  style  de  transition.  —  P.  3:3:3-4. 
Angles.  Sarcophages  à  Rodez.  —  P.  426-38.  Formigé.  Les  fouilles 
d'Arles.  —  P.  439-85.  Lefèvre-Pontalis.  Les  plans  des  églises  romanes 
et  bénédictines.  —  P.  580.  Serbat.  Chronique.  [Vaison,  Périgueux, 
Uzès,  Gardanne,  Poitou.  La  cathédrale  d'Angoulème  et  les  coupoles. 
Hôtel  de  la  monnaie  à  Figeac.  Château  de  Montai,]  H.  Gr. 

4.  —  Journal  des  Savants,  1912. 

p.  145-57,  204-12.  P.  Durrieu.  Un  artiste  français  miniaturiste  en  titre  du 
pape,  à  Rome,  dans  la  première  moitié  du  xvi'  siècle.  [Analyse  très  élo- 
gieuse  du  livre  de  Léon  Dorez  :  Psautier  de  Paul  III.  Reproduction 
des  -peintures  et  des  initiales  du  manuscrit  latin  S880  de  la  Biblio- 
thèque nationale,  précédée  d'un  essai  sur  le  peintre  et  le  copiste  du 


278  ANNALES    DU   MIDI. 

Psautier.  M.  Dorez  a  prouvé  que  le  miniaturiste  était  un  Français,  ori- 
ginaire du  diocèse  de  Lodève,  Vincent  Raymond,  auteur  probable  d'au- 
tres enluminures  remarquables,  et  qui  paraît  avoir  été  employé  à  Rome 
par  le  cardinal  Georges  d'Armagnac.  M.  Durrieu  lui  attribue  aussi  les 
enluminures  d'un  Missel  fait  pour  ce  cardinal  et  qui  appartient  à  la 
famille  des  comtes  de  Corneillan.]  —  P.  584-47.  J.-A.  Brut.^ils.  Les  ori- 
gines de  l'architecture  romane.  R.  de  Lasteyrie,  L'architecture  reli- 
gieuse en  France  à  l'époque  romane,  ses  origines,  son  développe- 
ment, Paris,  1912.  [Analyse  de  cet  ouvrage.]  Ch.  L. 

5.  —  Revue  de  l'A?^t  chrétien,  LIV^  année,  I.  LXI,  1911. 

p.  21-41.  Prinet.  Les  insignes  des  dignités  ecclésiastiques  dans  le  blason 
français  du  xvi'  siècle.  [A  propos  du  Liber  armorum  et  du  De  arte 
blaysonandi  arma,  de  Bernard  de  Rousergue,  alors  prévôt  du  chapitre 
métropolitain  de  Toulouse,  plus  tard  archevêque  de  cette  ville.]  — 
P.  205-10.  R.  Michel.  Le  tombeau  du  pape  Innocent  VI  à  Villeneuve- 
lès-Avignon.  —  P.  221-4.  M.4YEUX.  Cloche  du  beffroi  de  Perpignan.  — 
P.  228-30.  J.  Girard.  Avignon;  exposition  d'art  provençal.  —  P.  293- 
306.  G.  R.  af  Ugglas.  L'exposition  d'art  religieux  ancien  de  Striingnâs, 
Suède.  [Croit  reconnaître  certaines  influences  venues  de  l'atelier  roman 
de  Gilabertus  à  Toulouse  :  influences  monastiques.] 

LVe  année,  tome  LXII,  1912.  ■ 

P.  18-28.  Demartial.  Léonard  Limosin,  émailleur  et  graveur.  —  P.  29-34, 
427-31.  Sanoner.  La  Bible  racontée  par  les  artistes  du  moyen  âge  (Adam 
et  Eve).  —  P.  35-42.  De  Farcy.  Quelques  pièces  du  trésor  de  la  cathé- 
drale de  Narbonne.  —  P.  249-62,  339-50.  Bréhier.  Les  chapiteaux  his- 
toriés de  Notre-Dame-du-Port,  à  Clermont,  étude  iconographique.  — 
P.  325-38,  405-16.  Labande.  Les  peintures  des  maîtres  niçois  aux  xv«  et 
xvi«  siècles.  —  P.  360-6.  Dom  Roulin.  Sculptures  espagnoles  signées 
et  datées.  —  P.  432-6.  Anthyme  Saint-Paul.  Les  coupures  et  les  for- 
mules dans  l'archéologie  médiévale  (les  écoles  régionales  et  les  écoles 
personnelles). 

LVI«  année,  tome  LXIII,  1913. 

P.  15-21,  230-6.  Sanoner.  La  Bible,  etc.  (suite).  —  P.  22-9.  Labande.  Les 
peintures  des  maîtres  niçois  aux  xv"^  et  xvi«  siècles  (fin).  -  P.  91-108. 
AuRiOL.  La  voûte  de  Sainte-Cécile  d'Albi  et  la  tradition  iconographique. 
—  P.  325-6.  AuRioL.  Le   lustre  gothique  de  l'église  de  Milhars  (Tarn). 

H.  Gr. 


PÉRIODIQUES   NON   MÉRIDIONAUX.  279 

e.  —  Revue  des  Bibliothèques,  t.  XX,  1910;  XXI,  1911. 
Néant.  —  T.  XXII,  1912. 

P.  121-32.  Rapport  sur  les  services  de  la  Bibliothèque  nationale  pendant 
l'année  1911.  F.  P. 

Tf.  —  Revue  numismatique^  4«  série,  tome  XVI,  1912. 

P.  117-8.  A  Clermont-Ferrand,  découverte  d'un  trésor  de  monnaies  d'or 
des  rois  de  France  du  xiv"  siècle,  du  Prince  Noir,  du  dauphin  Hum- 
bert,  etc.  —  P.  507-29.   A.  Blanchet.  Eeclierches  sur  l'atelier  moné- 
taire de  Bayonne,  1488-1837  (planche).  [Étude  sur  l'organisation  de  cet 
établissement,    sur  ses  officiers,  ses  vicissitudes,  etc.]  —  P.  xx-xxi. 
Blanchet.  Pièce  de  laissez-passer  pour  monnayeurs,  frappée  en  1483  à 
l'hôtel  de  Montélimar.  —  P.  xxviu-xxxi.  P.  Bordeaux.  Existence  mo- 
mentanée d'un  atelier  monétaire  à  Moulins  (Allier)  sous  Henri  II,  en 
remplacement  de  celui  de  Saint-Pourçain  supprimé  par  François  I".  — 
P.  xLV-xLvi.  De  Castellane.  Origine  du  monnayage  d'Orange.  [Le  droit 
.    de  battre  monnaie  fut  octroyé  aux  fils  de  Guillaume  des  Baux,  le  9  oc- 
tobre 1184,  par  l'empereur  Frédéric  I".  Texte  du  diplôme.]  —  P.  lix-lx. 
BoucLiEU.  Hôtel  des  monnaies  à  Monaco.  [L'existence  de  cet  étabhsse- 
raent  fut  éphémère;  la  frappe  des  monnaies  de  la  principauté  a  lieu  à 
Paris  depuis  1865.]  —  P.  lx-lxi.  Bouclier.  Pièce  commémorative  de 
l'entrée    de  la  duchesse  d'Angoulème  à  Bordeaux,  le    12  mars  1814. 
[Médaille  frappée  à  Limoges  en  1815  et  non  mise  en  circulation.]  — 
P.  xxxix,  Lxix-Lxx.  D"'  Bailhache.  Liard  frappé  à  Montélimar  en  1568, 
pendant  l'occupation  de  la  ville  par  les  protestants.  —  P.  lxxiii-lxxiv. 
Collombier.  Teston  de  P'rançois  I"  frappé  à  La  Rochelle  en  1540.  — 
P.  Lxxiv-Lxxvi.  C  Babut,  de  la  part  de  M.  Savès,  correspondant  à  Tou- 
louse, présente  un  ouvrage  intitulé  :  Le  parfait  praticien  français,  par 
G.  Cayron,  secrétaire  de  la  chambre  du  Roy.  [Cet  ouvrage,  imprimé  à 
Toulouse  en  1665  chez  les  frères  Dupuy,  est  divisé  en  trois  parties, 
dont  une  contient  «  les  coustumes  de  la  ville  et  viguerie  de  Tolose  ». 
C'était  un  manuel  pour  les  gens  de  loi;  à  la  fin,  un  chapitre  est  consa- 
cré aux  monnaies.]  F.  P. 

8.  —  Société  nationale  des  Antiquaires  de  France^  Bul- 
letin, 1912. 

p.  196-7.  Roman.  Usage  des  bulles  en  France.  [Elles  ont  débuté  au  x\v  siè- 
cle dans  le  sud-est.]  —  P.  227.  Marquet  de  Vasselot.  Plaque  en  émail 
limousin  du  xvi»  siècle.  [Récemment  acquise  par  le  musée  du  Louvre; 


280  ANNALES   DU   MIDI. 

scène  de  VÈnéide,  qui  fait  partie  d'une  série  composée  d'après  le  Vir- 
gile publié  à  Strasbourg  en  1502  par  l'éditeur  Johan  Grùninger.]  — 
P.  275-9.  F.  Pasquier.  Contrat  de  louage  pour  un  apprenti  chez  un  enlu- 
mineur de  Toulouse  en  1499.  [Conditions  du  marché.]  —  P.  333.  Serbat. 
Rectification  de  la  date  de  l'année  où  fut  consacrée  la  cathédrale  d'An- 
goulême.  —  P.  341.  Joulin.  Mémoire  présenté  par  Héron  de  Villefosse 
sur  les  «  sépultures  des  âges  protohistoriques  dans  le  sud-ouest  de  la 
France  ».  [Étude  d'ensemble  qui  a  pour  but  de  déterminer  les  époques 
restées  indécises  dans  cette  région.]  —  P.  .374-5.  Châtelain.  Fragments 
d'antiquités  romaines  trouvées  dans  le  Puy-de-Dôme.  [Colonnes,  stèles, 
à  Varennes-sur-Usson,  à  Saint-Rémy-de-Chargnat,  à  Dore-l'Église.]  — 
P.  377-8.  FoRMiGÊ.  Comparaison  entre  des  motifs  de  décoration  sur  les 
arcs  de  la  Narbonnaise  et  la  face  antérieure  d'un  sarcophage  au  musée 
de  Palerme.  [Combat  de  Gaulois  et  de  Romains.]  —  P.  387-9.  Héron 
DE  Villefosse,  de  la  part  de  l'abbé  Sauvaire,  curé  d'Entrevaux,  fait 
part  de  la  découverte  d'une  statue  fruste,  au  hameau  d'Argenton, 
commune  du  Fugeret,  canton  d'Annat  (Basses-Alpes).  [Placée  à  1.300  mè- 
tres d'altitude,  dans  un  endroit  d'accès  difficile,  la  statue,  de  grandeur 
naturelle,  d'art  assez  médiocre,  est  en  grès;  elle  paraît  appartenir  à  la 
période  du  Bas-Empire;  elle  représente  un  personnage  drapé  et  assis 
dont  la  tête  manque.]  —  P.  392-4.  Brutails.  Observations  concernant 
l'impossibilité  de  rattacher  aux  coupoles  d'Orient  les  coupoles  d'Aqui- 
taine, contrairement  à  la  thèse  de  M.  Chapot.  —  P.  404-5.  Ciiapot. 
Réponses  aux  objections  de  M.  Brutails.  —  P.  410.  Formigé.  Frag- 
ments d'inscriptions  latines  découvertes  à  Arles.  —  P.  419  23.  Id.  Com- 
munication relative  à  l'édifice  d'Arles  dit  «  la  Basilique  ».  [Plan  et  repré- 
sentation du  monument  hors  texte;  description  des  fouilles;  supposi- 
tions sur  la  destination  de  l'édifice  et  sur  sa  date.]  F  P. 


CHRONIQUE 


Vierteljnhrschrift  fur  Sozial-und  WirlschaflsgescMchte  publie 
dans  le  quatrième  fascicule  de  son  tome  XI  (1913)  une  étude  de 
M.  Franz  Arens  intitulée  :  Wilhebri  Servalvo7i  Cahors  aïs  Kaiif- 
mann  zii  London  (1273-1320).  L'auteur  y  retrace  la  vie  el  les  opé- 
rations d'un  de  ces  négociants  de  notre  Midi  sur  lesquels  l'atten- 
tion a  été  surtout  attirée  par  M.  Albe  dans  son  travail  intitulé  : 
Les  Marchands  de  Cahors  en  Angleterre  {Bull,  de  la  Soc.  des 
Éludes  du  Lot,  1908).  Les  documents  qui  ont  été  réunis  sur  Servnt 
proviennent  pour  la  plupart  des  Patent  Rolls  et  des  Close  Rolls  : 
ils  sont  assez  nombreux  et  fort  instructifs. 


Un  Institut  d'Etudes  méridionales  à  la  Faculté  des  lettres  de 
Toulouse.  —  Le  Conseil  de  l'Université  de  Toulouse  a  décidé  la 
création,  à  la  Faculté  des  lettres,  d'un  Institut  d'Études  méridio- 
nales. Cet  Institut  groupera  les  divers  enseignements  se  rappor- 
tant au  midi  de  la  France  et  à  la  Catalogne  :  linguistique,  histoire 
littéraire,  histoire  politique,  histoire  de  l'art,  paléographie,  archéo- 
logie préhistorique,  etc.  Le  Conseil  de  l'Université  a  demandé  en 
même  temps  à  M.  le  Ministre  la  création  d'un  Certificat  d'études 
méridionales  et  d'un  Diplôme  supérieur  d'études  méridionales. 
La  durée  des  études  est  fixée  à  deux  semestres  pour  l'obtention  du 
certificat,  à  quatre  semestres  pour  le  diplôme.  Des  dispenses  de 
scolarité  pourront  être  accordées.  J.  A. 


Mouvement  félihréen.  —  On  annonce  le  décès  de  M.  Antonin 
Glaize,  ancien  professeur  à  la  Faculté  de  droit  de  Montpellier, 
félibre  majorai.  Le  défunt  était  un  des  membres  fondateurs  de  la 
Société  des  Langues  romanes  et  appartenait  à  la  génération  des 
Tourtoulon,  des  Roqueferrier,  des  Boucherie  et  des  Ghabaneau, 


282  ANNALES   DU   MIDI. 

qui  avaient  fait  de  Montpellier  un  des  premiers  centres  d'études 
romanes  qui  aient  existé  en  province. 

La  ville  de  Périgueux  élèvera,  en  mai  prochain,  un  buste  à  Ber- 
tran  de  Born.  Les  félibres  d'Alais  préparent,  pour  le  mois  de  sep- 
tembre, des  fêtes  en  l'honneur  du  poète  Lafore-Alais. 

La  ville  de  Toulouse  a  donné  à  plusieurs  rues  des  noms  de 
troubadours  toulousains  :  il  y  aura  donc  une  rue  Peire  Vidal,  une 
rue  Peire  Raimon,  Dona  Lombarda,  Aimeric  de  Pégulhan,  Gui- 
raudet  le  Roux,  etc.,  etc.  Perpignan  a  fait  de  même  pour  les  trou- 
badours originaires  du  Roussillon.  J.  Anglade. 


Chronique  de  Provence. 

Depuis  la  dernière  chronique  publiée  ici  même,  en  1910,  sou.s  la 
signature  de  M.  L.-V.  Bouirillyi,  la  Provence  u  donné,  dans  le 
domaine  de  l'archéologie  et  de  l'histoire,  le  spectacle  d'une  activité 
réconfortante. 

De  plus  en  plus  les  cités  provençales,  conscientes  de  leurs  riches- 
ses artistiques,  cherchent  à  les  mettre  en  valeur.  Le  succès  du 
Museon  Arlaten  a  stimulé  les  initiatives,  surtout  privées,  qui  ont 
abouti  à  la  fondation  de  nombreux  musées.  Il  faut  citer  ceux  du 
Vieux-Marseille,  du  Vieux-Toulon  et  l'ouverture  à  Aix  des  musées 
Paul-Arhaud'^  et  de  IWrchevêché^ .  A  Avignon,  on  a  créé  le 
Musée  du  Palais  des  Papes^  et,  à  Garpentras,  le  Musée  Comla- 
din. 

Ges  efforts  heureux  ont  eu  pour  effet  de  retenir  sur  la  terre  pro- 
vençale de  nombreux  objets  d'art  ou  souvenirs  du  passé  que  les 
brocanteurs  guettaient. 

En  même  temps  une  série  de  fouilles  heureuses  exhumaient  du 
sol  de  véritables  trésors.  A  Vaison,  le  théâtre  antique  est  étudié  et 
fouillé  par  l'abbé  Sautel  avec  un  succès  qui  dépasse  toutes  les 
espérances^  A  Arles,  sur  la  place  de  la  Major,  on  découvre  des 
fragments  antiques  (mosaïque,  gladiateur,  etc.).  A  Orange,  ce  sont 
les  ruines  d'un  temple  romain;  àGavaillon,  des  inscriptions  à  carac- 


1.  Annales  du  Midi,  t.  XXII,  p.  563. 

2.  Propriété  de  l'Académie  d'Aix. 

3.  Collection  de  tapisseries,  meubles  et  objets  d'art. 

4.  Moulages  du  moyen  âge  et  objets  d'art. 

5.  Cf.  Annales  du  Midi,  t.  XXVI,  p.  139;  Chronique  de  Vaucluse. 


CHRONIQUE.  283 

tères  grecs;  à  La  Gayolle,  des  sarcophages.  L'exploration  du  palais 
des  Papes  se  poursuit,  amenant  chaque  jour  une  découverte  nou- 
velle (fresques,  couloirs,  escaliers,  etc.).  A  Montfavet  apparaissent 
des  fresques  du  xive  siècle.  Enfin  les  vieux  quartiers  de  Marseille, 
abandonnés  à  la  pioche  des  démolisseurs,  livrent  en  abondance 
des  objets  d'ornementation  du  xviie  et  du  xviir  siècle. 

Quant  ans.  découvertes  préhistoriques,  il  faut  lire  la  Revue  de 
Palelhnoloyie  provençale^,  publiée  par  M.  Cotte,  pour  avoir  une 
idée  de  leur  nombre  et  de  leur  importance.  Du  Rhône  aux  Alpes, 
des  chercheurs  heureux,  MM.  Clastrier,  Cotte,  Deydier,  Gérin- 
Ricard,  Guebhard,  Octobon,  Moirenc,  Philippot,  Ville-d'Avray. 
Vasseur,  etc.,  trouvent  des  mégalithes,  fouillent  des  tumuli  et 
explorent  des  grottes.  La  liste  des  dolmens  et  menhirs  provençaux 
s'allonge  singulièrement.  Les  débris  de  l'époque  grecque  sont  aussi 
recueillis  plus  nombreux  et  plus  anciens,  surtout  autour  de  Mar- 
seille (fort  Saint-Jean,  à  la  Nerthe,  à  Marseilleveyre).  L'œnochoé 
de  bronze  et  le  kylix  d'argile  de  Pertuis,  appartenant  au  style  pro- 
tocorinthien géométrique,  nous  font  remonter  au  vie  et  même  au 
vue  siècle  avant  notre  ère. 

Et  ce  n'est  pas  seulement  dans  la  préhistoire  et  l'archéologie  que 
l'on  constate  une  activité  si  pleinement  fertile  en  résultais,  on  la 
voit  se  manifester  aussi  dans  les  dépôts  d'archives. 

Sans  doute,  depuis  les  réintégrations  qui  ont  suivi  la  séparation 
des  Églises  et  de  l'État,  quatre  de  nos  grands  dépôts  départemen- 
taux ne  se  sont  plus  enrichis  que  médiocrement.  Ainsi,  aux  Archi- 
ves de  Vaucluse,  on  n'a  à  signaler  que  le  versement  effectué, 
en  1913,  par  un  notaire  de  Pernes-.  Dans  les  Basses-Alpes,  un 
notaire,  celui  du  Lauzet,  a  déposé,  en  1911,  86  registres  et,  en  1912, 
une  collection  de  titres  de  famille  antérieurs  à  1790  a  été  réinté- 
grée à  la  série  E.  Le  Var  n'a  reçu,  en  1911,  que  quelques  chartes 
(série  G),  des  livres  de  raison,  et  des  titres  de  famille  relatifs  à  la 
seigneurie  de  Tourtour.  En  1912,  un  extensoire  de  notaire  drace- 
nois  (xve  siècle)  a  été  donné,  tandis  que  deux  notaires,  l'un  de 
Cueurs,  l'autre  de  Bargemon,  versaient  le  premier  177 protocoles* 
et  l'autre  530.  Les  Alpes-Maritimes  ont  acquis  des  registres  d'or- 
donnances royales  (1792  à  1796),  des  requêtes  au  Sénat  de  Nice 
(xviiie  s.),  etc. 

1.  Dans  Annales  de  Provence,  1911,  p.  345,  et  1913,  p.  139. 

2.  Environ  600  articles. 

3.  De  1527  à  1789, 


284  ANNALES   DU   MIDI. 

Mais  si  les  acquisitions  de  ces  dépôts  sont  modestes,  l'accrois- 
sement de  celui  des  Bouches-du-Rhône  est,  au  contraire,  des  plus 
importants.  Et  d'abord,  en  1911,  la  Commission  des  Hospices  de 
Marseille  a  versé  ses  papiers  aux  Archives  départementales:  ainsi 
4.000  liasses  avec  des  actes  remontant  au  xn^  siècle  seront  bientôt 
accessibles  aux  travailleurs.  En  1911,  soit  à  Marseille  même,  soit 
à  l'annexe  d'A.ix,  quatre  notaires  ont  déposé  leurs  protocoles  for- 
mant 1.147  articles.  En  1912,  quatre  autres  études  ont  fourni 
1.054  articles  1.  M.  l'abbé  Ghaillan  a  olïert  26  registres  provenant 
d'anciens  couvents  d'Arles,  des  papiers  relatifs  à  la  seigneurie  de 
Fuveau,  à  la  famille  d'Hapays,  etc.  Enfin  46  registres,  relevés 
d'état  civil  d'Aix  et  de  Marseille,  ont  été  achetés  à  la  vente  de  Bois- 
gelin. 

On  n'aurait  qu'une  idée  insuffisante  des  progrès  réalisés,  si  nous 
ne  signalions  la  définitive  installation  de  deux  annexes  créées  l'une 
à  Garpentras  parles  Archives  de  Vaucluse,  l'autre  à  Aix  par  celles 
des  Bouches-du-Rhône.  L'annexe  de  Garpentras,  avec  sesl. 800  mè- 
tres de  rayons  occupés,  est  installée  au  Palais-de-Justice.  Elle  con- 
tient les  registres  de  la  Rectorerie,  de  la  Ghambre  apostolique,  des 
Gours  de  justice  du  Gomtat  et  des  Gours  épiscopales  de  Garpentras 
et  de  Vaison,  etc.  Gelle  d'Aix,  placée  au  Palais  de  Justice,  est  diri- 
gée par  M.  Moulin.  On  peut  y  consulter  les  archives  du  Parle- 
ment de  Provence,  des  sénéchaussées  d'Aix  et  d'Arles,  et  des  tri- 
bunaux révolutionnaires. 

Il  restait  cependant  à  obtenir  que  les  fonds  de  la  ville  d'Aix, 
capitale  politique  de  la  Provence,  et  ceux  de  Marseille,  sa  capitale 
économique,  fussent  réorganisés  pour  se  mieux  prêter  aux  recher- 
ches. G'est  aujourd'hui  chose  faite.  MM.  Raimbault  et  Moulin  ont 
classé  définitivement  les  archives  d'Aix-,  qui  sont  d'une  impor- 
tance capitale  pour  l'histoire  de  Provence. 

D'autre  part,  la  présence  de  M.  Lsnard,  jeune  chartiste,  à  la  tête 
des  riches  archives  communales  de  Marseille,  permet  d'espérer  que 
l'ordre  et  la  rédaction  d'inventaires  faciliteront  les  investigations 
des  érudits. 

Prise  d'un  beau  zèle,  la  Chambre  de  commerce  de  Marseille  s'est 
piquée  au  jeu.  Elle  a  voulu,  elle  aussi,  attirer  l'attention  du  public 

1.  Tant  à  Aix  qu'à  Marseille,  on  peut  évaluer  à  10.000  le  nombre  de 
registres  déposés  par  les  notaires. 

2.  Le  premier  volume  de  l'invenLaire  est  imprimé,  ainsi  que  8  feuilles 
du  t.  II. 


CHRONIQUE.  .  285 

sur  ses  collections  de  documents,  indispensables  à  tons  ceux  qui 
veulent  étudier  la  vie  économique  de  Marseille  et  de  la  France 
depuis  le  xvie  siècle  ^  M.  Fournier,  ancien  archiviste  des  Bouches- 
du-Rhône,  appelé  à  la  tète  de  ce  dépôt,  l'a  déjà  transformé,  et 
cette  réorganisation  s'est  affirmée  par  la  publication  d'études  très 
documentées  sur  la  Chambre  de  commerce  et  le  palais  de  la 
Bourse-. 

A  leur  tour,  les  petites  villes  et  les  communes,  comprenant  enfin 
l'utilité  de  leurs  archives,  paraissent  entrer  dans  les  vues  des  archi- 
vistes. En  Vaucluse,  le  classement  des  archives  d'Orange ^  de 
Cavaillon*  et  de  Pernes  a  été  effectué  par  M.  Duhamel.  Dans  les 
Bouches-du-Rhône,  M.  Raimbault  a  classé  celles  d'Auriol». 
MM.  Busquet  et  Castre  impriment  un  Répertoire  des  Archives 
coiMnunales  des  Bouches-du-Rhône  qui  permettra  d'avoir  une 
idée  nette  de  la  valeur  des  fonds  communaux  de  ce  département. 
Dans  le  Var,  les  dépôts  de  Camps  et  de  Belgentier  ont  été  mis  en 
ordre,  pendant  que  l'impression  des  inventaires  de  Bandol  et  de 
Collobriéres  continuait^. 

Le  travail  d'impression  des  inventaires  sommaires  se  poursuit 
dans  tous  les  départements.  En  attendant,  pour  la  facilité  des 
recherches,  les  Archives  des  Bouches-du-Rhône  se  sont  mises  réso- 
lument à  la  publication  des  Répertoii'es  numériques  ;  ont  paru  ceux 
des  séries  U  (justice),  V  (cultes)  et  G  (archevêché  d'Aix  et  bureau 
du  clergé  de  Provence).  Dans  les  Alpes-Maritimes,  le  répertoire 
numérique  de  la  série  G  a  été  publié.  Enfin,  M.  Duhamel,  dans 
V Annuaire  de  Yaucluse  de  1911,  a  imprimé  VÉlnl  sommaire 
des  archives  des  districts  d'Apt  et  d'Avignon'',  et,  dans  celui 


1.  Bergasse  (L.),  Notice  historique  sur  la  Chambre  de  commerce  de 
Marseille  (1599-1912).  Marseille,  1913;  ^70  pp.,  gr.  in-8°. 

2  Fournier  (.J.),  Le  Palais  de  la  Bourse  et  la  Chambre  de  co)nmerce 
de  Marseille,  1913;  in-8°  de  85  pp.  et  10  pi. 

3.  L'inventaire  imprimé  atteint  44  feuilles. 

4.  L'inventaire  imprimé  comprend  déjà  6  feuilles. 

5.  L'impression  de  l'inventaire  est  achevée;  seule  rintroduction  man- 
que. 

6.  Bandol,  21  feuilles;  Collobriéres,  2  feuilles.  A  signaler  aussi  l'Inven- 
taire des  mi?iutes  notariales  du  canton  de  Tavernes  (Var)  antérieures 
à  1791,  par  l'abbé  Blanc,  l"  série.  Fonds  de  Reçusse,  t.  I,  Les  Rigordi, 
Marseille,  in-8°,  xii-1.50  pp. 

7.  Annuaire  administratif,  historique  et  statistique  de  Vaucluse, 
publié  par  L.  Duhamel,  24«  année,  1911.  Avignon  [1911]  ;  in-8»,  180  et 
63  pp. 


286  ANNALES   DU   MIDI 

de  1912,  l'État  sommaire  des  archives  des  districts  de  Carpen- 
tras  et  d'Orange  ^ . 

Par  ces  indications  précises,  on  peut  juger  du  travail  accompli 
dans  les  grands  dépôts  du  Sud-Est,  sous  la  direction  des  chefs 
préposés  à  leur  admiuislration. 

Ce  n'est  pas  tout,  et  l'on  donnerait  une  idée  bien  atïailjlie  de 
l'activité  intellectuelle  qui  règne  en  Provence,  si  l'on  ne  signalait, 
même  rapidement,  les  principales  œuvres  que  son  histoire,  ses 
institutions  ou  ses  monuments  ont  inspirées  durant  ces  trois  der- 
nières années. 

La  péi'iode  romaine  reste  pauvre  en  travaux  de  longue  haleine. 
Seul,  M.  Clerc  a  donné  une  étude  de  tout  premier  ordre  sur  Aix 
antique,  à  laquelle  l'Académie  d'Aix  a  décerné  le  prix  Mignet^. 
On  ne  peut  cependant  passer  sous  silence  le  manuel  fort  intéres- 
sant et  d'un  très  grand  intérêt  pratique  que  M.  Cotte  offre  aux 
travailleurs  déshérités  des  petites  communes'. 

Le  moyen  âge  est  mieux  partagé.  L'excellent  État  féodal  de 
l'ancienne  Provence  (en  manuscrit)  de  M.  Isnard  a  été  couronné 
par  l'Académie  d'Aix  (prix  Thiers,  1913).  M.  Labande  a  ajouté 
deux  nouveaux  chapitres  à  l'ouvrage  capital  qu'il  consacrait  na- 
guère à  l'art  roman  en  Provence*.  Les  monographies  de  la  cathé- 
drale Saint-Sauveur  d'Aix  et  de  Notre-Dame  de  Salagon  sont  dignes 
de  leurs  devancières.  Quant  au  volume  de  M.  Bry  sur  les  Vigueries 
de  Provence,  il  devient  indispensable  à  tout  érudit  qui  voudra  con- 
naître à  fond  le  fonctionnement  et  l'histoire  de  ces  institutions^. 

L'histoire  des  temps  modernes  se  présente  avec  un  nombre 
encore  plus  imposant  d'ouvrages.  C'est  d'abord  M.  de  ÎSIanteyer 


1.  Ibid.,  25*  année,  1912;  184  et  67  pp. 

2.  G\erc  {M.),  Aqtme  Sextiae.  Histoire  d'Aix-en-Prove.nce  dans  l'anti- 
quité dans  les  Annales  de  la  Faculté  des  Lettres  d'Aix,  1912  (paraîtra 
bientôt  à  part). 

3.  Cotte  (Ch.),  Notions  de  géologie  et  d'archéologie  préroûiaine  spé- 
cialement appliquées  au  canton  de  Pertuis.  Paris,  1913;  in-S",  179  pp. 

4.  Labande  (L.-H.),  Saint-Sauveur  d'Aix  :  Étude  critique  sur  les 
parties  romanes  de  cette  cathédrale  dans  Bultetifi  archéologique,  1912. 
Extrait,  Paris,  1912;  in-S".  Il  faut  y  joindre  La  questioti  de  Saint-Sau- 
veur discutée  à  l'Académie  d'Aix,  par  MM.  le  chanoine  Marbot  et 
L.-H.  Labande.  Monaco,  1913;  in-8°  (Controverse  entre  les  deux).  — 
Labande  (L-H.)  et  Arnaud  d'Agnel  (abbé  G.),  Notre-Dame  de  Salagon 
{Basses-Alpes), Notice  archéologique,  dans  Bulletin  archéologique,  1913. 
Extrait,  Paris,  1913;  in-8°,  27  pp.,  11  pi. 

5.  Bry  (M.-J.),  Les  Vigueries  de  Provence,  Paris,  1910;  in-B",  xm-464pp. 


CHRONIQUE.  287 

qui  a  étudié  le  milieu  de  gens  aisés  :  notaires,  apothicaires,  etc., 
où  naquit  la  Réforme,  aux  Alpes  françaises  ï.  Puis  M.  Lorédan 
qui,  avec  la  documentation  d'un'charliste  et  le  talent  d'un  roman- 
cier, évoque  un  procès  célèbre  et  navrant  ^.  Plus  reposante  est  la 
biographie  de  l'évêque  Godeau  abondamment  écrite  avec  force 
documents  par  M.  Doublets  M.  Labande,  redevenu  infatigable, 
étudie  avec  une  sûreté  d'information  et  de  goût  parfaite  les  peintres 
niçois  et  leurs  œuvres*.  Puis  on  revient  à  de  sombres  jours  avec 
le  récit  de  la  peste  qui  ravagea  la  Provence  en  1720.  MM.  Gaffarel 
et  Duranty,  dans  ce  volume  très  documenté,  ont  mis  en  relief  le 
rôle  admirable  des  échevins  de  Marseille,  auxquels  on  n'avait  pas 
assez  rendu  justice^.  M.  Mireur  se  flatte  de  prouver  que  l'ancien 
régime  ne  connut  pas  autant  qu'on  veut  bien  le  dire  les  cloisons 
étanches  entre  les  divers  ordres.  Dans  son  livre  sur  le  Tiers-Etal 
à  Draguignan,  il  démontre  en  effet  que  des  familles  de  modestes 
artisans,  de  journaliers,  firent  souvent  souche  de  négociants,  de 
médecins  ou  de  magistrats^. 

Le  Parlement  de  Provence  au  xviiie  siècle  a  trouvé  en  M.  Robert 
un  historien  avisé  qui  nous  fait  connaître  la  part  prise  par  les 
parlementaires  dans  la  résistance  aux  initiatives  du  pouvoir 
royal  ^  M.  Hallays  nous  promène  à  travers  la  Provence,  révélant, 
dans  un  stj'le  qui  double  le  prix  de  son  œuvre,  les  trésors  que  les 
siècles  y  ont  accumulés  ^  Ces  trésors,  M.  l'abbé  Arnaud  d'Agnel 

1.  Manteyer  (G.  de),  Les  Farel,  les  Aloat  et  les  Riquet.  Milieu 
social  où  naquit  la  Réforme  dans  les  Alpes.  Gap,  1912;  in-8°,  852  pp. 

2.  Lorédan  (Jean),  Un  grand  procès  de  sorcellerie  au  XVIl^  siècle. 
L'abbé  Gaufridy  et  Madeleine  de  Demandols  (1600-1670).  Paris,  1912; 
in-SOj-éSe  pp.,  grav. 

3.  Doublet  (G),  Godeau,  évêque  de  Grasse  et  de  Vence  (1605-1672). 
Paris,  1911;  in-S»,  vm-224  pp.  (1"  partie). 

4.  Labande  (L.-H.),  Les  Tableaux  de  la  cathédrale  de  Monaco  peints 
par  Louis  Bréa.  Nice,  1912;  in-S",  32  pp.,  6  grav.  h.  t.  —  Les  Peintures 
des  maîtres  niçois  aux  XV"  et  XVI'  siècles  dans  Revue  de  l'Art  chré- 
tien, 1912,  p.  325,  405;  1913,  p.  22.  —  Les  Peintres  niçois  des  XV*  et 
XVI'  siècles,  dans  Gazette  des  Beaux-Arts,  1912,  t,  I,  p.  279,  379;  t.  II, 
p.  63  et  751. 

5.  Gaffarel  (P.)  et  Duranty  (M'''  de),  La  peste  de  1720  à  Marseille  et 
en  France.  Paris,  1911;  in-H»,  630  pp. 

6.  Mireur  (F.),  Le  Tiers-État  à  Draguignan.  Étude  sociologique. 
Draguignan,  1911;  in-î^",  252  +  35  pp.  et  94  tabl.  généalogiques. 

7.  Robert  (A.),  Les  remontrances  et  arrêts  du  Parleme?it  de  Provence 
au  XVIII'  siècle  {1715-1790).  Paris,  1912;  in-8»,  687  pp. 

8.  Hallays  (André),  En  flânant;  A  travers  la  France.  La  Provence. 
Paris.  1912  ;  in-8°,  366  pp. 


288  ANNALES   DU   MIDI. 

nous  convie  à  les  admirer  dans  ses  luxueuses  publications  sur  les 
faïences  et  l'ameublement  provençal.  Les  volumes  qu'il  nous  offre 
sont  à  la  fois  un  plaisir  pour  l'amateur  et  une  satisfaction  pour 
l'éruditi. 

Enfin  l'époque  révolutionnaire  et  la  période  contemporaine  ont 
été  l'objet  de  travaux  non  moins  remarquables.  M.  Poupè  nous 
a  fait  connaître  l'organisation,  le  fonctionnement,  les  listes  d'accu- 
sés du  tribunal  révolutionnaire  du  Var,  tandis  que  M.  Robert 
s'attachait  à  la  justice  des  sections  mai'seillaises^.  M.  Combet  a 
raconté  en  un  volume  substantiel  la  Révolution  à  Nice,  et  M.  Ha- 
vard  consacre  à  Toulon  son  premier  volume  sur  la  Révolution 
dans  nos  ports  de  guei-re  '. 

Toute  celte  histoire  de  procès,  de  tribunaux,  d'exécutions  est 
navrante. 

M.  Castre  nous  invite  à  sourire  avec  ses  analyses  et  ses  extraits 
des  délibérations  du  Conseil  général  desBouches-du-Rhône  de  1800 
à  1838,  c'est-à-dire  pour  l'époque  où  cette  assemblée  délibérait 
à  huis  clos*.  A  ces  documents  politiques,  toujours  amusants, 
M.  Busquet  vient  de  donner  un  pendant  en  éditant  des  documents 
qui  ont  trait  à  l'histoire  religieuse  des  Bouches-du-Rhône  sous  la 
Restauration  ^ 


1.  Arnaud  d'Agnel  (Abbé  G.),  La  Faïence  et  la  Porcelaine  de  Mar- 
seille. Marseille-Paris  [1911];  in-i»,  xv-SSl  pp..  60  pi.  h.  t.  —  Arnaud 
d'Agnel  (abbé  G.),  Ameublement  provetiçal  et  comtadin  du  Moyen  âge 
à  la  fin  du  XVIII'  siècle.  Paris,  1913;  2  vol.  in-4°,  vu -319  et  372  pp., 
128  pi.  h.  t. 

2.  Poupè  (E.),  Le  Tribunal  révolutionnaire  du  Var.  Draguignan,  1912; 
in-8°,  290  pp.  —  Robert  (A.),  La  Justice  des  sections  marseillaises.  Le 
Tribunal  populaire  (1792-1793).  Paris,  1913;  in-8°. 

3.  Combet  (J.),  La  Révolution  à  Nice  (1792-1800).  Paris,  1912;  in-8°, 
vi-230  pp.  et  pi.  —  Havard  (0.),  Histoire  de  la  Révolution  da?is  les  ports 
de  guerre,  l.  Toxilon.  Paris,  1911;  in-S",  xv-400  p. 

4.  Castre  (K.),  Le  Co>iseil  général  des  Bouches-du-Rhône.  Analyses 
et  extraits  des  délibérations  [1800-1838).  Dictionnaire  biographique 
(1800-1912).  Marseille,  1912;  in-8°,  x-343  pp. 

5.  Busquet  (Raoul),  Documents  relatifs  à  l'histoire  religieuse  de  la 
Restauration  conservés  dans  les  Archives  des  Bouches-du-Rhône 
(1814-1830).  Paris,  1914;  in-8»,  136  pp.  —  Il  faudrait  citer  aussi  ce  qui 
a  été  fait  à  l'extrémité  de  la  Provence,  dans  la  Principauté  de  Monaco, 
sous  l'énergique  impulsion  de  M.  Labande.  Je  me  borne  à  citer  :  Laver- 
gne  (G.),  Inventaire  des  fonds  Grimaldi-Regusse,  publié  par  ordre  de 
S.  A.  R.  le  prince  Albert  I".  Paris,  Monaco,  1911;  xii-324  pp.  (préface  de 
M.  Labandej.  —  Labande  (L.  H.),  Histoire  politique  et  économique  des 
seigneuries  de  Menton,  Roquebrune  et  la  Turbie  antérieurement  au 


CHRONIQUE.  289 

A  côté  de  ces  travaux  individuels,  se  place  l'effort  collectif  des 
Sociétés  savantes.  Le  Comité  d'Histoire  économique  de  la  Révolu- 
tion desBouches-du-Rhône  a  manifesté  sa  vitalité  par  la  publication 
de  deux  nouveaux  volumes  sur  les  Biens  nationaux  dus  à  M.  Mou- 
lin'. Des  manifestations  plus  vivantes,  et  qui  paraissent  d'un  bel 
avenir,  consistent  dans  la  création,  dans  le  Var  et  les  Bouches- 
du-Rhône,  de  sections  de  la  Société  d'Histoire  locale  dans  l'ensei- 
gnement public.  La  section  du  Var  compte  plus  de  600  adhérents, 
et  sous  ses  auspices  a  paru  une  excellente  monographie  de  Dra- 
guignan,  œuvre  de  MM.  Mireur  et  Poupé.  Celle  des  Bouches-du- 
Rhône  a  déjà  un  Bulletin  étayé  d'une  subvention  départemen- 
tale, et  MM.  Busquet  et  Grémieux  ont  publié  un  manuel  destiné 
à  guider  ses  membres  dans  les  recherches  d'archives  2. 

En  général,  les  Académies  et  Sociétés  savantes  de  Provence  ont 
offert  chaque  année  au  public  des  volumes  importants  dont  le 
dépouillement  a  été  fait  ici-même.  Il  est  à  regretter  cependant 
que  les  Mémoires  de  V Académie  d'Aix  ne  soient  pas  en  rapport 
avec  l'ancienneté  et  la  richesse  de  cette  Société  :  à  Aix,  c'est  la 
Société  d'Études  provençales  qui  fait  œuvre  utile.  Elle  a  poussé 
jusqu'à  la  feuille  19  la  Chronique  des  Officiers  royaux  de  Pro- 
vence de  MM.  Cortez  et  de  Gérin-Ricard. 

Enfin  la  Nouvelle  statistique  des  Bouche  s- du- Rhô  ne  —  titre 
inexact,  quoique  officiel  —  lancera  bientôt  son  premier  volume  : 
Biographies  du  XIX^  siècle,  par  M.  Barré,  entièrement  imprimé 
et  remarquablement  illustré.  L'impression  de  deux  autres  volu- 
mes, Le  sol,  de  MM.  Masson  et  Repelin,  et  le  Mouve^nent  intellec- 
tuel au  X/Xe  siècle,  est  à  peu  près  terminée.  Suivront  VHistoire 
et  les  Institutions  de  la  Provence  dé  1481  à  1790  et  la  Vie  poli- 
tique et  administrative  contemporaine. 

Après  une  telle  énumération,  tout  commentaire  devient  super- 
flu. Il  ne  reste  qu'à  souhaiter  qu'une  si  belle  ardeur  ne  soit  pas 
sans  lendemain,  et  que  la  Provence  conserve  un  bon  rang  parmi 

les  provinces  françaises  où  l'on  travaille. 

Eugène  Duprat. 

XV*  siècle.  Paris,  1911  ;  in-8",  242  pp.  ;  et  enfin  Chobaut  (H.j,  Essai  sur 
l'autonomie  religieuse  de  la  Principauté  de  Monaco  jusqu'à  la  créa- 
tion de  l'évêché.  Paris-Monaco,  1913;  in-S»,  ix-163  pp. 

1.  Moulin  (P.),  Documents  relatifs  à  la  vente  des  bie7is  nationaux. 
Département  des  Bouches- du-Rhône.  Marseille,  1908-1911;  4  vol.  in-S». 

2.  Busquet  (R.)  et  Grémieux  (M.),  Les  Archives  cominunales  et  les 
Mo7iographies  des  communes,  [Marseille],  1912;  in-S",  62  pp. 

ANN\LES  DU  MIDI.   —    XXVI,  19 


290  ANNALES  DU   MIDI. 


Chronique  du  Rouergue. 

La  production  littéraire  et  historique  de  l'Aveyron  été  aussi 
abondante  et  variée  en  ces  dernières  années  que  pendant  la  période 
à  laquelle  se  rapportait  notre  précédente  chronique.  Elle  prouve 
que  dans  ce  pays  le  goût  des  choses  du  passé  reste  vivace,  et  il  y 
a  lieu  d'espérer  que  ces  manifestations  d'une  curiosité  toujours  en 
éveil  se  continueront,  car  la  matière  est  riche,  les  documents  nom- 
breux, et  une  jeune  génération  de  chercheurs  et  d'écrivains,  à  la 
fois  soucieux  de  l'exactitude  et  du  bien  dire,  se  lève  qui  promet 
une  ample  moisson  pour  les  années  futures. 

Dans  le  domaine  historique,  c'est  la  période  de  la  Révolution  qui 
semble  retenir  plus  particulièrement  l'attention  de  nos  érudits  et 
qui  a  produit  les  publications  les  plus  importantes. 

Ainsi  la  Société  des  Archives  historiques  du  Rouergue  vient  de 
faire  paraître  son  troisième  volume  :  ce  sont,  après  le  Carlulaire 
de  Silvanès  et  les  3/émoires  d'un  calvi7iiste  de  Millau,  les  Procès- 
verbaux  des  séances  de  la  Socié  lé  populaire  de  Rodez  (1790-17S5), 
in-8o  de  800  p.,  où  sont  reproduites  les  délibérations  du  club  révo- 
lutionnaire de  Rodez,  avec  de  nombreuses  annotations  et  une  pré- 
face explicative  de  M.  B.  Combes  de  Patris.  Nulle  source  n'est 
plus  précieuse  pour  l'époque  révolutionnaire  que  les  délibérations 
des  Sociétés  populaires,  qui  prirent  une  part  essentielle  à  la  marche 
des  affaires  publiques.  Une  table  minutieuse  des  noms  propres 
facilite  les  recherches  et  permet  de  connaître  le  rôle  que  jouèrent 
les  nombreux  personnages  mentionnés  dans  le  volume.  Ainsi  on 
y  pourra  recueillir,  sur  certaines  gens,  une  foule  de  révélations 
curieuses  et  piquantes.  Par  son  caractère  documentaire,  ce  livre 
est  le  plus  important  et  le  plus  intéressant  de  ceux  qui  ont  paru 
sur  la  Révolution  en  Rouergue. 

M.  F.  de  Barrau  a  continué,  en  un  deuxième  volume  qui  sera 
bientôt  suivi  du  troisième  et  dernier,  son  Élude  hislorique  sur 
Vépoque  révolulionnaire  en  Rouergue  de  1789  à  1901  d'après 
les  documents  laissés  par  ses  oncles. 

Trois  ouvrages,  d'une  étendue  considérable,  sont  consacrés  au 
clergé  aveyronnais  pendant  la  Révolution  et  forment  une  contri- 
bution intéressante  à  l'histoire  religieuse  du  Rouergue  pendant 
cette  période.  Ce  sont  :  Les  Martyrs  du  Clergé  dans  les  massacres 


CHRONIQUE.  291 

de  Septemljre,  par  M.  l'abbé  Sabatié,  et,  du  même  auteur,  Deberlier, 
évêqxie  constiluttonnel  de  Rodes.  L'auteur  raconte  avec  une  grande 
abondance  de  détails  la  vie  entière  de  l'évêque  constitutionnel,  qui 
fut  à  tout  prendre  une  des  figures  les  plus  respectables  de  ce  clergé 
schismatique,  «  âme  élevée,  énergique,  mais  orgueilleuse  et  obs- 
tinée »;  il  s"étend  sur  son  rôle  politique  au  début  de  la  Révo- 
lution, sur  les  luttes  qu'il  eut  à  soutenir  dans  l'administration 
de  son  diocèse,  sur  le  concours  qu'il  prêta  à  Grégoire  pour  l'or- 
ganisation des  conciles  nationaux,  sur  sa  démission  et  enfin  sur 
sur  sçs 'dernières  années  où,  malgré  ses  malheurs,  il  persévéra 
dans  son  entêtement  janséniste. 

M.  l'abbé  Augustin  Fabre  a  publié  en  deux  volumes  la  liste, 
accompagnée  de  renseignements  biographiques,  des  Cinq  cents 
prêtres  de  l'Aveyron  déportés  pendant  la  Révoliclion,  œuvre 
remarquable  île  patient  labeur  et  d'intelligente  reconstitution. 

M.  Sabatié,  poursuivant  ses  études  historiques,  vient  de  termi- 
ner un  ouvrage  en  trois  volumes  sur  Les  Tribunaux  révolution- 
naires de  Paris  et  de  la  province,  en  ce  qui  concerne  le  clergé. 
Ces  volumes  auront  paru  probablement  au  moment  de  l'impression 
de  la  présente  chronique. 

Dans  un  ordre  d'études  ditîérent,  M.  l'abbé  Auguste  Fabre  a 
publié  encore,  en  deux  volumes,  Jean- Henri  Fabre,  V entomolo- 
giste, raconté  par  lui-métne  (Vitte,  Lyon),  monument  de  piété 
filiale  élevé  par  l'auteur  à  son  illustre  parent,  formé  de  nombreu- 
ses citations  et  de  longs  extraits  de  ces  Souvenirs  enlomologiques, 
dont  la  lecture  est  attrayante  comme  un  roman. 

Un  important  chapitre  de  l'Esquisse  générale  sur  le  passé  et 
la  situation  actuelle  du  déparlement  de  l'Aveyron,  dont  nous 
avons  signalé  la  mise  en  train  et  l'objet  dans  notre  précédente 
chronique,  est  en  cours  de  publication  dans  le  journal  de  l'Avey- 
ron, sous  le  titre  de  :  Les  Impôts  en  Rouergue.  Il  s'agit  de  leur 
origine  romaine  ou  féodale,  de  leur  histoire  et  de  leurs  tranforma- 
tions  jusqu'à  nos  jours;  l'auteur  est  M.  Achille  Fraysse. 

Le  même  journal,  poursuivant  la  série  de  ses  études  intéressan- 
tes et  courtes  sur  les  sujets  les  plus  divers,  consacre  en  ce  moment, 
sous  la  signature  de  M.  Ricorae,  quelques-unes  de  ses  colonnes  à 
la  jeunesse  et  aux  débuts  de  Frayssinous,  l'auteur  des  Conférences 
religieuses  ;  de  même,  il  nous  a  fait  connaître  récemment  Un  page 
de  la  comtesse  d'Artois,  Louis  de  Patris,  raconté  par  M.  Combes 
de  Patris. 


292  ANNALES   DU    MIDI. 

Un  Précis  géographique  de  VAveyron  par  M.  Athané,  très 
substantiel,  se  recommande  à  Ions  ceux  qui  veulent  connaître  ce  - 
département  en  prenant  pour  guide  un  homme  qui  l'a  parcouru  et 
bien  étudié,  au  point  de  vue  de  la  population,  du  sol,  du  climat, 
des  eaux,  des  forêts,  des  ressources  économiques,  de  l'évolution 
matérielle  et  morale,  des  coutumes  et  traditions,  de  l'histoire,  etc. 

M.  U.  Cabrol  a  consacré  une  étude  à  la  ville  et  au  château  de 
Najac,  et  un  grand  ouvrage  in  8°  à  VHistoire  de  l'atelier  moné- 
taire royal  de  Villefranche-de-Rouergue,  en  même  temps  que 
M.  Élie  Mazel  publiait  une  importante  monographie  sur  Nant  et 
son  ancietine  abbaye,  et  M.  L.  Fontanié  une  brochure  intéressante 
sur  l'Histoire  de  Sainl-Geniez-d'OU. 

Voilà,  je  crois,  un  inventaire  assez  complet  des  publications 
récentes  de  quelque  importance  ou  offrant  de  l'intérèL  qui  ont  trait 
aux  lieux,  aux  événements  ou  aux  personnages  marquants  du 
Rouergue. 

Il  en  est  d'autres  qui,  pour  ne  pas  intéresser  spécialement  l'his- 
toire locale,  émanent  d'écrivains  du  pays,  dont  le  nom  est  plus 
connu  au  dehors,  et  méritent  d'être  signalées  pour  leur  valeur  his- 
torique ou  littéraire.  Notons  particulièrement: La  délivrance  d'Or- 
léans, mystère  en  trois  actes,  par  M.  Joseph  Fabre,  l'apôtre  infati- 
gable de  la  fête  nationale  en  l'honneur  de  Jeanne  d'Arc;  Repentir, 
roman,  par  M.  Gh.  de  Pomairols,  et  Poèmes  choisis,  par  le  même; 
Ronces  et  Lierres,  de  F.  Fabié,  et  Moulins  d'autrefois,  roman  du 
même  auteur;  Soubénis  et  Mescladis,  poésies  et  contes  par  l'abbé 
Bessou,  le  télibre  rouergat  ;  Emile  Pouvillon  et  son  œuvre,  étude, 
par  MM.  de  Pomairols  et  A.  Praviel;  L'Abbaye  de  Moissac,  par 
Angles;  Samuel  Bernard,  banquier  du  trésor  royal,  par  le 
vicomte  de  Bonald,  et  enfin  Les  comptes  d'un  grand  couturier 
parisien  du  xv»  siècle,  par  G.  Gouderc. 

M.  Maurice  Fenaille  a  fait  tirer  par  les  presses  de  l'Imprimerie 
Nationale,  L'État  général  des  tapisseries  des  Gobelins,  depuis  les 
origines  jusqu'à  nos  jours,  magnifique  ouvrage  iii-4o,  illustré  de 
nombreuses  gravures,  en  cinq  gros  volumes.  G'est  une  sorte  de 
catalogue  illustré  où  beaucoup  de  descriptions  techniques  trou- 
vent naturellement  leur  place  et  qui  constitue  l'histoire  la  plus 
authentique  et  la  plus  minutieuse  de  l'ancienne  manufacture  royale 
des  meubles  de  la  Gouronne.  Le  premier  volume  traite  de  la  ma- 
nufacture jusqu'à  Golbert,  le  second  de  la  grande  époque  de 
Louis  XIV,  les  deux  suivants  du  xviiie  siècle  et  le  dernier  du  xixe. 


CHRONIQUE.  293 

Le  prix  Gabrol,  destiné  à  récompenser  les  écrivains  et  artistes 
aveyronnais,  a  été  attribué  par  la  Société  des  Lettres,  en  1911,  à 
M.  l'abbé  Verlaguet,  pour  la  publication  du  Cartulaire  de  Silva- 
nés,  des  Coutumes  et  privilèges  du  Rouergue  et  des  Notes  sur  les 
sources  de  l'histoire  du  Rouergue;  en  1912  à  M.  Vernhes, statuaire, 
créateur  de  la  cire  polychromée;  en  1913,  à  M.  Driesler,  peintre 
paj'sagiste  de  grand  talent.  La  Société  des  Lettres  transfère  ses 
bibliothèques  et  archives  dans  son  nouveau  local  de  l'hôtel  Rou- 
vier,  qui  lui  a  été  légué  par  un  érudit  ruthénois,  M.  l'abbé  Rou- 
vier.  Une  partie  de  ses  collections  artistiques  restera  au  Musée  du 
Palais-de-.Tustice;  quant  aux  oeuvres  qu'elle  avait  reçues  en  dépôt 
de  l'État  ou  de  la  Ville,  elles  font  retour  à  la  Ville  qui  se  propose 
de  les  installer  dans  le  Musée  qu'elle  a  fait  édifier  pour  les  artistes 
aveyronnais. 

Après  les  livres  et  les  auteurs,  il  convient  de  signaler  à  la  fin  de 
cette  chronique  un  événement  qui  a  fait  quelque  bruit  récemment 
dans  la  presse. 

Un  chasseur  a  découvert  dans  les  derniers  jours  de  l'année  1913, 
au  pied  du  roc  des  Fées,  près  de  Nant,  un  orifice  étroit,  permettant 
de  pénétrer  dans  une  caverne  jusqu'alors  inconnue,  où  l'on  a 
trouvé  un  grand  nombre  de  crânes,  des  ossements  humains  et 
divers  objets,  tels  que  :  os  aiguisés,  pendeloque,  fragments  de  pote- 
rie, de  nacre,  etc.  Plusieurs  de  ces  crânes,  qui  semblent  être  du 
type  dit  de  Gro-Magnon,  ont  été  envoyés  au  Muséum  pour  être 
soumis  à  l'examen  de  M.  Verneau,  professeur  de  paléontologie. 

M.  l'abbé  Hermet  croit  que  les  ossements  de  la  grotte  des  Fées 
datent  seulement  de  la  période  néolithique,  peut-être  même  de 
l'âge  plus  récent  du  cuivre  et  du  bronze.  11  tire  cette  conclusion 
des  fragments  de  poterie  qui  ont  été  recueillis,  la  poterie  n'ayant 
fait  son  apparition  que  tardivement.  Il  semble  aussi  que  la  grotte 
n'ait  pas  été  habitée  par  des  troglodytes  :  elle  ne  serait  qu'un 
ossuaire  où,  après  dessiccation  des  chairs  ou  décharnement  des 
corps,  les  ossements  étaient  déposés,  comme  l'indiquerait  le  désor- 
dre dans  lequel  ils  ont  été  trouvés,  sans  que  ce  désordre  puisse 
s'expliquer  par  une  invasion  des  eaux 

Quoi  qu'il  en  soit,  la  découverte  de  Nant  promet  d'intéressants 
résultats  pour  l'archéologie  préhistorique.  M.  Gonstans. 


LIVRES  ANNONCÉS  SOMMAIREMENT 


Archives  municipales  de  Bordeaux.  Inventaire  so?nmaire des 
registres  de  la  Jurade,  de  1520  à  1783,  t.  V,  publié  par  Paul 
GouRTEAULT  et  Alfred  Leroux.  Bordeaux,  Pech,  1913  ;  in-4o  de 
xn-570  pages.  —  Comprend  quatre-vingts  rubriques  nouvelles  qui 
conduisent  la  publication  jusqu'au  milieu  de  la  lettre  F.  La  pré- 
face résume  le  contenu  de  ce  tome  V,  qui  fournit  à  l'histoire  poli- 
tique, financière  et  sociale  de  Bordeaux  un  apport  considérable  de 
faits  précis.  Les  index  ne  remplissent  pas  moins  de  cent  pages. 

L.  A. 

Abadal  I  ViNYALS  (R.  d').  Les  «  Partidas  »  a  Catalunya  durant 
l'Edat  Mitja.  Barcelona,  1914;  in-4o  de  107  pages.  —  Ce  travail 
apporte  une  bonne  contribution  à  l'extension  du  droit  castillan  en 
Aragon  et  en  Catalogne,  plus  particulièrement  à  l'établissement 
hors  de  son  pays  d'origine  de  ce  que  l'on  est  convenu  d'appeler  la 
«  coutume  d'Espagne  ».  L'auteur  montre,  d'une  façon  générale, 
que  le  fameux  code  dit  des  «  Siete  Partidas  »  d'Alphonse  le  Savant 
a  été  introduit  principalement  par  Pierre  le  Cérémonieux,  désireux 
d'y  trouver  un  instrument  de  centralisation.  Dans  le  Principal  de 
Catalogne,  dans  le  comté  de  Roussillon,  nombre  de  cliùteaux  au 
xive  et  au  xve  siècle  sont  tenus  suivant  la  coutume  d'Espagne 
—  Consuetudo  Yspnnie.  C'est  (juc  la  législation  d'Alphonse  le 
Savant  contient  des  prescriptions  très  sévères  qui  lient  étroite- 
ment le  châtelain  au  roi  et,  par  opposition  au  droit  catalan  pri- 
mitif, font  de  ce  châtelain  un  simple  lieutenant  qu'un  droit  de 
confiscation  éventuelle  met  à  la  merci  du  souverain.  M.  A.  précise 
ce  droit  et  ses  conséquences.  Il  serait  curieux  de  montrer  jusqu'où 
a  été  poussée  l'expansion  de  la  Coutume  d'Espagne  ainsi  entendue. 
Le  Codice  aragonese,  récemment  publié  par  M.  Mosser,  en  offre 
pour  le  royaume  de  Naples,  sous  Ferrand  le"",  des  exemples  que 
nous  signalons  à  l'attention  de  M.  A.  En  Roussillon  môme,  son 


LIVRES   ANNONCÉS   SOMMAIREMENT.  295 

application  pourrait  être  utilement  étudiée  de  près,  à  la  lumière  des 
renseignements  et  des  textes  généraux  réunis  par  l'auteur  de  cette 
très  intéressante  thèse.  J.  Calmette. 

BERRANGEa  (F.)-  La  Mine  de  Rancié  depuis  la  Révolution  jus- 
qu'à W05 Jours. Toulouse,  Rivière,  1913;  in-S»  de  157pages.  —  Les 
Annales  du  Midi  ont  donné  un  compte  rendu  de  la  thèse  de 
M.  Rouzaud  sur  \9.  Mine  de  Rancié  depuis  le  moyen  âge  jusqu'à  la 
Révolution  ï.  La  thèse  de  M.  B.  n'est  que  la  continuation  jusqu'à 
nos  jours  de  cette  histoire.  La  mine  de  Rancié  offre  le  curieux  et 
peut-être  unique  exemple  d'une  institution  du  moyen  âge  persis- 
tant en  plein  xix^  siècle  ;  à  ce  titre,  le  présent  ouvrage,  quoique 
relatif  à  un  sujet  presque  contemporain,  devait  être  signalé  par 
nous. 

La  loi  qui,  en  1810,  a  organisé  les  mines  sur  de  nouvelles  bases 
ne  s'est  pas  appliquée  à  cette  mine  ariégeoise  ;  celle-ci  est  demeu- 
rée, comme  au  moyen  âge,  la  propriété  des  habitants  de  l'ancienne 
vallée  de  Vicdessos  (canton  actuel  de  ce  nom)  :  l'ordonnance  de 
1833  n'a  fait  que  combiner  les  usages  séculaires  de  Rancié  avec  les 
nouvelles  institutions,  en  faisant  intervenir  le  préfet  dans  la  nomi- 
nation des  mineurs  et  la  fixation  du  prix  du  minerai,  tandis  que 
le  mineur  continuait  d'exploiter  la  mine  à  sa  guise  et  vendait  lui- 
même  directement  le  minerai  qu'il  avait  extrait. 

L'histoire  de  la  mine  au  xixo  siècle  n'est  d'ailleurs  qu'une  lon- 
gue suite  de  difficultés  provoquées  par  l'impossibilité  de  concilier 
ces  anciens  usages  avec  les  nécessités  de  la  moderne  production  éco- 
nomique. En  1893, une  loi  spéciale  a  dû  intervenir;  elle  a  institué 
un-directeur  de  l'exploitation,  ingénieur  de  l'État,  et  remplacé  la 
vente  du  minerai  par  un  salaire  ;  mais  elle  n'a  pas  changé  le  ca- 
ractère primitif  de  la  propriété  minière,  ni  les  méthodes  d'exploi- 
tation qui,  malgré  tout,  faute  de  capitaux,  n'ont  pu  être  renouvelées. 

M.  B.  a  exposé  cette  organisation  et  ces  péripéties  avec  beau- 
coup de  méthode  et  de  clarté  (en  multipliant  peut-être  un  peu  trop 
les  subdivisions,  ce  qui  l'amène  à  se  répéter).  Il  a  bien  fait  ressor- 
tir comment  le  fâcheux  état  de  choses  actuel  remonte  à  l'organisa- 
tion du  moyen  âge,  et  il  a  accompagné  son  exposé  de  considéra- 
tions juridiques  fort  judicieuses,  destinées  à  montrer  que  les  origi- 
nes historiques  de  l'institution  ne  permettent  pas  d'y  voir,  comme 

1.  Tome  XXI,  1909,  p.  521, 


296  ANNALES   DU   MIDI. 

on  serait  tenté  de  le  croire,  cequeronappellelamine  aux  mineurs: 
au  lieu  d'une  propriété  collective,  c'est  plutôt  en  effet  une  propriété 
privée.  Fr.  Galabert. 

Chalande  (J.).  Les  Armoiries  capilulaires  au  Capitale.  {Se- 
conde partie.)  Toulouse,  Privât;  1913,  in-8o  de  29  pages.  [Extr.  des 
Mémoires  de  l'Académie  des  sciences  de  Toulouse,  lie  série, 
t.  I.]  —  Continuant  les  identifications  d'armoiries  qu'il  avait  précé- 
demment entreprises',  M.  Ch.  nous  donne  aiijourd'hui  un  histori- 
que de  la  construction  de  la  cour  du  Capitole  à  Toulouse  (1602-160G) 
et  des  travaux  qui  y  ont  été  faits  aux  xviieetxviiie  siècles,  le  texte 
des  inscriptions  et  la  liste  des  armoiries  qui  s'y  trouvent  actuelle- 
ment. Beaucoup  sont  des  restitutions  de  1873,  date  de  la  restau- 
ration de  cette  partie  du  monumentqui,  à  la  Révolution,  avait  été 
martelée  et  recouverte  de  plâtre.  Travail  très  utile  et  très  précis. 

Fr.  Galabert. 

Charbonnet  (G.)  et  Dalleinne  (E.).  L'arrondissement  de 
Saint-Yrieix .  Étude  géographique,  économique,  historique.  Pa- 
l'is,  Charles-La vauzelle,  1912;  gr.  in-8o  de567 pages. — Bonneétude 
géographique  de  l'arrondissement,  en  une  douzaine  de  pages,  sui- 
vie d'une  étude  économique  en  soixante  pages.  Cette  seconde  par- 
tie est  le  morceau  de  résistance  :  la  flore,  la  faune,  la  propriété 
rurale,  les  tramways,  l'ethnograpliie,  etc.,  y  sont  un  peu  arbitrai- 
rement mêlés  ;  toutefois  les  renseignements  sont  abondants,  pré- 
sentés avec  compétence  et  vraiment  instructifs.  Le  premier  cin- 
quième du  volume  mérite  donc  toute  considération.  Mais  l'étude 
historique  qui  fait  suite  et  remplit  350  pages  otïre  les  caractères 
d'une  vulgarisation  hâtive,  inexpérimentée,  faite  souvent  de  troi- 
sième main,  comme  le  lecteur  en  est  averti  dans  la  préface.  L'ap- 
pendice, qui  occupe  plus  de  100  pages,  reproduit  beaucoup  de 
tableaux  utiles,  puisés  aux  bonnes  sources,  mais  aussi  beaucoup  de 
documents  qui  ont  été  déjà  imprimés  ailleurs.  Je  n'ai  point  l'es- 
prit de  comprendre  comment  y  est  à  sa  place  une  liste  des  «  prin- 
cipaux intendants  de  la  Généralité  de  Limoges  »  et  une  autre  des 
préfets  de  la  Haute-Vienne  depuis  1800.  Mais  je  veux  savoir  gré  à 
nos  deux  auteurs  du  courage  qu'ils  ont  eu  et  de  la  peine  qu'ils  ont 
prise  de  consacrer  près  de  600  pages  à  un  arrondissement  de  qua- 
tre cantons,  que  l'historiographie  locale  avait  jusqu'ici  un  peu  trop 

1.  Cf.  Annales,  t.  XXV,  p.  128. 


LIVRES   ANNONCÉS    SOMMAIREMENT.  297 

dédaigné.    Ils  ont  donné  un  exemple  qui,  sur  quelques  points, 
mérite  d'être  suivi.  A.  L. 

CoissAC  (G.).  Mon  Limousin.  Préface  de  Jules  Claretie.  Paris, 
Lahure,  1913;  gr.  in-S^-  de  xvi-438  pages.  Environ  200  gravures  et 
cartes.  —  Œuvre  de  vulgarisation  qu'il  n'est  point  déplacé  de  signa- 
ler ici  parce  qu'elle  résume,  d'une  façon  très  personnelle,  les  résul- 
tats du  grand  mouvement  d'études  historiques,  archéologiques  et 
géographiques  qui  s'est  manifesté  en  Limousin  en  ces  quarante 
dernières  années.  L'auteur  semble  avoir  tout  lu  et,  grâce  à  une  re- 
marquable faculté  d'assimilation,  avoir  retenu  tout  l'essentiel.  C'est, 
je  le  répète,  un  ouvrage  de  seconde  main,  mais  plus  riche  de  «  sens 
histori(jue  »  que  maint  livre  d'érudition.  A  défaut  de  la  connais- 
sance directe  des  documents,  M.  C.  a  celle  du  pays,  qu'il  a  exploré 
dans  tous  les  sens,  et  celle  des  gens,  qu'il  a  observés  avec  pénétra- 
tion. Il  a  non  seulement  saisi,  mais  encore  senti  les  divers  aspects 
que  la  terre  et  l'homme  présentent  en  ce  coin  de  France.  La 
cinquième  partie  de  l'ouvrage,  consacrée  au  folk-lore  (pp.  249  à 
433),  en  est  la  plus  neuve,  en  ce  qu'on  y  trouve  réunis  et  classés 
pour  la  première  fois  une  foule  de  faits  épars  dans  les  publications 
locales  ou  même  demeurés  dans  la  tradition  orale.  —  Le  caractère 
de  ce  livre  ainsi  déterminé  et  sa  valeur  reconnue,  la  critique 
renonce  à  ses  droits  et  saisit  volontiers  l'occasion  de  se  taire. 

A.  L. 

Delage(F.).  La  Rédemption  des  captifs  dans  l'ancien  diocèse 
de  Limoges.  Limoges,  Ducourtieux  et  Goût,  1913  ;  gr.  in-S"  de 
24  pages.  (Extr.  du  Bult.  Soc.  arch.  du  Limousin,  lxiii.)  — A  tiré 
bon  parti  des  nomljreux  textes  analysés  dans  les  inventaires  des 
Archives  départementales  de  la  Haute-Vienne  ou  publiés  dans  les 
Arch.  hist.  du  Limousin  (X  et  XI),  pour  exposer  comment  les 
Trinitaires  avaient  organisé  le  recouvrement  des  subsides  dont  ils 
avaient  besoin,  quels  proflts  ils  en  tiraient,  quels  obstacles  les 
intendants  du  xviiie  siècle  essayèrent  de  leur  opposer  au  nom  de 
l'intérêt  public.  Ils  n'y  réussirent  guère  d'ailleurs,  tant  étaient 
variables  et  contentieux  les  droits  et  les  usages  établis  depuis  cinq 
siècles  en  faveur  de  l'Ordre  fondé  par  Hugues  de  Vermandois. 

A.  L. 

Desdevises  du  Dezert(G.).  Barcelone  et  les  grands  sanctuai- 
res catalans.  Paris,  H.  Laurens;  in-4o  de  173  pages,  144  gravures 


298  ANNALES   DU   MIDI. 

{Les  Villes  d'Art  célèbres).  —  La  collection  des  Villes  d'Art  célè- 
bres, qui  compte  déjà  tant  d'intéressants  volumes,  doit  à  M.  D. 
un  de  ceux  qui  répondent  le  mieux  aux  exigences  d'une  monogra- 
phie générale  à  la  fois  historique  et  artistique.  L'auteur  connaît 
autant  que  quiconque  le  pays  dont  il  parle  et  la  connaissance  qu'il 
en  a  date  de  loin.  Aussi  le  lecteur  se  sentira-t-il  dès  l'abord  entre 
les  mains  d'un  guide  expérimenté  et  sûr.  C'est  sans  doute  à  une 
inadvertance  qu'est  due  la  seule  erreur  matérielle  qui  m'ait  frappé 
à  la  lecture  de  ces  pages  si  substantielles  :  le  dernier  représentant 
on  fonctions  de  la  famille  des  Bofarull  —  cette  dynastie  véritable 
des  archivistes  de  la  Couronne  d'Aragon  —  était  D.  Francisco  et 
non  D.  Carlos.  A  la  description  excellente  que  nous  donne  M.  D. 
des  beautés  anciennes  et  modernes  de  Barcelone,  il  a  joint,  sous 
lii  rubrique  de  «  Grands  sanctuaires  catalans  »,  une  série  de  cha- 
pitres qui  évoquent  non  seulement  Pedralbes  et  San-Cugat-del- 
Vallés,  mais  aussi  Girone,  San-Juan-de-las-Abadessas,  Ripoll, 
Vieil  avec  son  incomparable  musée  épiscopal,  Montserrat,  Maii- 
resa,  Lerida,  Poblet,  Santas  Creus,  Tarragone  et  Tortose.  C'est 
donc  toute  la  Catalogne  monumentale  qui  défile  sous  nos  yeux. 
Une  documentation  figurée,  puisée  aux  meilleures  collections  de 
clichés  originaux,  complète  ce  très  bel  ouvrage,  et  l'auteur  a  eu 
bien  raison  d'y  glisser  le  cloître  d'Elne.  J.  Calmktte. 

Doms  {A.).  Historique  de  l'enseignement  primaire  public  à 
Bordeaux  {1414-1910).  Bordeaux,  Delmas,  1913;  in-4ode  564  pa- 
ges. —  Ce  gros  volume,  imprimé  aux  frais  de  l'Administration 
municipale,  mérite  cet  honneur,  encore  qu'il  ne  réponde  pas  tout 
à  fait  aux  exigences  de  la  méthode,  qui  veut  que  l'on  renvoie  aux 
sources  pour  chaque  fait  énoncé.  Il  est  bourré  de  noms,  de  dates, 
de  faits,  de  chiffres  que  l'auteur  a  puisés  à  pleines  mains,  particu- 
lièrement dans  les  dossiers  des  Archives  municipales  et  des  Archi- 
ves départementales,  pour  les  répartir  ensuite,  suivant  un  ordre 
parfait,  sous  vingt  chapitres  différents.  Le  chapitre  premier,  qui 
nous  présente  un  «  état  de  l'enseignement  primaire  public  aux 
diverses  époques  de  l'histoire  et  sous  les  différents  gouvernements  » , 
eût  pu  être  supprimé  sans  inconvénient,  ne  contenant  guère  que 
des  aperçus  subjectifs  et  des  généralités  vagues.  .C'est  avec  les 
chapitres  ir  et  m  que  l'auteur  entre  pleinement  dans  son  sujet. 
Non  exempts  de  menues  erreurs,  ces  chapitres  peuvent  paraî- 
tre un  peu  maigres  puisqu'ils  traitent  en  36  pages  toute  l'histoire 


LIVRES   ANNONCÉS    SOMMAIREMENT.  299 

de  l'enseignement  primaire  à  Bordeiinx,  de  1414  à  1791.  Ils  ne 
sont,  à  vrai  dire,  qu'une  esquisse  de  cette  histoire.  (Cf.  les  pages  54 
à  66  de  Vlnve7il.  des  reg.  de  la  Jurade,  t.  V,  récemment  paru). 
Arrivé  à  la  période  révolutionnaire  et  au  xixe  siècle,  M.  D.,  direc- 
teur d'école  honoraire,  est  tout  à  fait  sur  son  terrain  et  semble 
avoir  pris  à  tâche  de  ne  rien  laisser  d'essentiel  à  dire  après  lui. 
Écoles  laïques  ou  confessionnelles,  salles  d'asile  et  écoles  commu- 
nales, écoles  professionnelles  ou  primaires  supérieures,  il  les  passe 
toutes  en  revue,  sous  toutes  leurs  faces,  avec  la  même  curiosité 
sympathique  et  la  même  attention  scrupuleuse.  La  loi  de  brumaire 
an  IV,  la  loi  Guizot  de  1833,  la  loi  Ferry  de  1882  lui  servent  fort 
justement  à  distinguer  les  périodes  et  à  caractériser  les  ensembles. 
Le  ton  de  l'auteur,  dans  sa  conclusion  (pp.  535-538),  est  celui  d'un 
homme  qui  ne  tarit  point  d'admiration  devant  l'œuvre  accomplie 
depuis  quatre-vingts  ans.  A  juste  titre  d'ailleurs,  si  l'on  remarque 
comme  lui  qu'en  l'année  1777,  Bordeaux  avec  85.000  habitants  ne 
comptait  que  quatre  écoles  primaires  recevant  884  élèves  et  ne 
dépensait  de  ce  chef  que  2.600  francs,  alors  qu'en  1910,  avec 
261.670  habitants,  il  compte  76  écoles  primaires  recevant  21.279 
élèves  et  dépense  de  ce  chef  1.799.623  francs  par  an.  Toutefois, 
M.  D.  reconnaît  qu'il  y  a  une  ombre  à  ce  tableau  comparatif,  puis- 
que la  moralité  des  générations  nouvelles,  loin  d'augmenter,  a 
plutôt  décru  (p.  537).  Ne  serait-ce  point  la  conséquence  de  cette 
extraordinaire  erreur  de  pédagogie  (que  l'auteur  fait  sienne),  qui 
attend  de  l'instruction  des  esprits  un  progrès  moral  lié  avant  tout 
à  l'éducation  des  consciences?  Toutes  réserves  faites,  M.  D.,  par 
le  long  labeur  auquel  il  a  consacré  les  loisirs  de  sa  retraite, 
a  rendu  un  signalé  service  à  l'histoire  de  l'enseignement  primaire 
au  xixe  siècle.  Alfred  Leroux. 

Fage  (R.).  La  Jeunesse  de  Baluze.  Tulle,  imp.  du  Corrézien, 
1913  ;  gr.  in-8o  de  30  pages.  (Extrait  du  Bull.  Soc.  des  lettres  de 
Tulle,  1913.)  —  De  tous  les  grands  hommes  de  la  «  galerie  limou- 
sine »,  aucun  n'a  plus  sollicité  l'atiention  des  érudits  locaux,  depuis 
trente  ans,  que  le  Tulliste  Etienne  Baluze.  M.  F.  est  au  premier 
rang  de  ceux  qui  lui  ont  voué  une  affection  particulière.  Et  comme 
l'histoire  de  Baluze  est  intimement  mêlée  aux  débuts  de  l'historio- 
graphie limousine  et,  plus  tard,  au  grand  mouvement  de  recher- 
ches historiques  qui  caractérise  le  règne  de  Louis  XIV,  le  moindre 
article  mérite  d'être  recueilli.  C'est  tout  particulièrement  le  cas 


300  ANNALES   DU   MIDI. 

pour  celui  que  nous  signalons,  et  que  nous  nous  garderons  d'ana- 
lyser de  peur  d'en  diminuer  l'intérêt.  A.  L. 

Fage  (R.).  La  Cathédrale  de  Limoges.  Paris,  Laurens  [1913]  ; 
in-8"  de  116  pages.  —  Même  après  le  consciencieux  mémoire  de 
l'abbé  Arbellot  publié  en  1883,  il  restait  à  étudier  la  cathédrale  de 
Limoges  au  point  de  vue  plus  spécialement  constructif  et  décoratif. 
C'est  ce  que  vient  de  faire  M.  F.  avec  une  compétence  indéniable 
dans  un  luxueux  volume  qui  fait  partie  de  la  collection  des  «  Peti- 
tes monographies  des  grands  édifices  de  la  France  ».  Le  monument 
en  question  méritait  cet  honneur  puisqu'il  représente,  avec  ceux 
de  Clermont  et  de  Narbonne,  un  groupe  très  particulier  dont 
chaque  membre  conserve  d'ailleurs  sa  physionomie  propre.  —  L'au- 
teur établit  l'existence  d'une  basilique  préromane  bâtie  très  vrai- 
semblablement sur  l'emplacement  d'un  temple  païen.  L'église 
romane,  commencée  vers  1012  ou  1013,  fut  plusieurs  fois  brûlée 
ou  dévastée  en  partie;  son  plan,  sa  crypte,  son  clocher  sont  tour  à 
tour  étudiés.  Quant  à  la  cathédrale  gothique,  commencée  en  1273 
et  achevée  en  1888,  c'est  le  sujet  principal  de  M.  F.  qui  lui  consacre 
85  pages.  Description  technique,  histoire  de  la  construction,  exa- 
men des  peintures,  statues,  monuments  accessoires,- revue  des  cha- 
pelles latérales,  étude  du  trésor,  rien  n'est  oublié,  et  il  semble  qu'il 
n'y  ait  plus  rien  d'essentiel  à  dire  sur  cette  cathédrale  depuis  que 
M.  Aug.  Petit  a  retrouvé  le  nom  de  l'artiste  tourangeau  qui  sculpta, 
en  1536,  les  statues  du  célèbre  jubé.  Cf.  Annales,  1913,  p.  513.  — 
Ce  volume  est  assorti  d'une  quarantaine  de  gravures  qui  en 
rehaussent  l'intérêt.  A.  L. 

Faure  (A.).  Les  Parères  de  la  Chambre  de  commerce  de 
Guyenne.  Ribérac,  Réjou,  1913;  gr.  \n-d>°  de  vii-450  pages.  — 
Les  parères  sont  des  dépositions,  avis  ou  consultations  de  négo- 
ciants aux  fins  d'établir  l'existence  de  certains  usages  en  matière 
de  sociétés,  de  faillites,  d'assurances,  de  connaissements,  de  chan- 
ges, etc.  En  recueillant  méthodiquement  tous  ceux  qui  se  rencon- 
trent par  milliers  dans  les  dossiers  de  l'ancienne  intendance  de 
Bordeaux  et  dans  les  registres  de  l'ancienne  Chambre  de  com- 
merce de  Guienne,  M.  F.  contribue  non  seulement  à  l'histoire  de 
cette  compagnie,  mais  encore  à  la  connaissance  des  sources  du 
droit  commercial  ancien,  et  d'autant  plus  utilement  que  les  parères 
des  «  Messieurs  de  Bordeaux  »  étaient  fort  appréciés  dans  tout  le 


LIVRES  ANNONCÉS  SOMMAIREMENT.  301 

ressort  du  Parlement.  Cependant,  il  ne  suffisait  point  de  colliger, 
la  plume  à  la  main,  ceux  qui  nous  ont  été  conservés;  il  fallait  en- 
core les  ramener  à  des  «  espèces  »  courantes  pour  les  commenter 
en  juriste  et  en  historien.  C'est  ce  qu'a  fait  notre  auteur,  avec  une 
compétence  qui  rendra  son  livre  indispensable  aux  personnes 
qu'occupent  ces  arides  et  difficiles  matières.  A.  L. 

FoROT  (V.).  Catalogue  raisonné  des  richesses  monumentales 
et  artistiques  du  département  de  iaCorrè^e.Paris,  Schemit,  1913; 
gr.in-8ode211  pages.  (Extr.  du  Bull.  Soc.  des  lettres  de  Tulle,  1912- 
13.) — Énumération  sommaire,  assez  rarement  descriptive,  des  mo- 
numents del'époque  préhistorique  (avec  14  pi.),  de  l'époque  romaine 
(11  pi.),  du  moyen  âge  et  des  temps  modernes  (58  pi.),  y  compris 
les  objets  d'art  anciens  que  renferment  en  grand  nombre  les  églises 
de  ce  département.  Il  est  regrettable  que  ce  catalogue,  qui  témoi- 
gne de  tant  de  recherches,  de  démarches  et  de  peines,  ne  soit  pas 
accompagné  d'un  index  des  matières  et  d'un  relevé  statistique.  Tel 
quel,  il  rendra  de  réels  services  aux  touristes,  aux  archéologues  et 
même  à  l'administration  des  Beaux-Arts  en  attendant  la  publica- 
tion du  Répertoire  archéologique  de  la  Gorrèze.  A.  L. 

Harlk  (P.).  Mélanges  d'histoire  bordelaise.  Bordeaux,  Gou- 
nouilhou,  1913;  gr.  in-8o  de  51  pages.  (Extr.  de  la  Rev.  histor.  de 
Bordeaux.)  —  Cette  brochure  renferme  quatre  articles,  d'inégale 
longueur  :  lo  L'Horloge  de  la  grosse  cloche,  établie  avant  1521, 
brisée  par  autorité  du  roi  en  1548,  rétablie  en  1567,  refaite  en  1759; 
—  2°  L'Ordre  des  avocats  injurié  par  le  maire  de  Bordeaux 
en  1517,  simple  mention  tirée  du  «  Registre  du  clerc  de  ville  », 
édité  par  M.  H.  il  y  a  quelques  mois  (cf.  Annales  du  Midi,  1913, 
p.  131);  —  3o  Noies  sur  la  Basoche  et  ses  farces  au  XV I^  siècle, 
qui  montrent  dans  les  clercs  du  palais  de  Bordeaux  les  dignes 
émules  de  ceux  de  Paris;  —  4°  Le  Bourreau  de  Bordeaux  avant 
la  Révolution  (40  pp.).  Celte  étude,  suffisamment  poussée,  repose 
presque  tout  entière  sur  les  documents  originaux.  Beaucoup  de 
traits  rappelés  par  l'auteur  se  pourraient  retrouver  sans  doute 
dans  d'autres  villes  de  l'ancienne  France.  La  «  pittoresque  variété  » 
des  supplices  de  l'ancienne  procédure  y  est  exposée  d'après  les 
procès-verbaux  du  temps.  A.  L. 

JouHANNEAUD  (C).  Le  Voyage  de  La  Fontaine  en  Litnousin. 
Limoges,  Ducourtieux  et  Goût,  1913;  gr.  in-S»  de  13  pages.  (Extr, 


302  ANNALES   DU   MIDI. 

du  Bull.  Soc.  arch.  du  Limousin,  LXIII.)  —  Analyse  et  commente 
utilement,  même  après  M.  Faguet,  les  &\y:.  Lettres  à&afemtne  que 
La  Fontaine  écrivit  en  1663,  au  cours  du  voyage  qui  le  conduisait 
à  Limoges.  Il  y  passa  quelques  mois  en  exil,  à  ce  qu'il  semble, 
après  la  disgrâce  de  Fouquet,  et  s'y  plut  suflisamment  :  «  Je  vous 
donne  les  gens  de  Limoges  pour  aussi  fins  et  aussi  polis  que  peu- 
ple de  France.  Les  hommes  ont  de  l'esprit  en  ce  pays-là  et  les 
femmes  de  la  blancheur  ».  A  relever  aussi  ce  qu'il  dit  de  l'évêque 
François  de  Lafayette  :  «  C'est  un  prélat  qui  a  toutes  les  belles 
qualités  que  vous  sauriez  imaginer,  splendide  surtout,  et  qui  tient 
la  meilleure  table  du  Limousin;  il  vit  en  grand  seigneur  et  l'est  en 
eflet.  »  A.  L. 

Leroux  (A.).  Histoire  des  quartiers  de  Bordeaux.  Le  Quartier 
de  Bacalan.  Bordeaux,  s.  d.  ;  in-8"  de  67  pages.  (Extrait  de  la 
Revue  Philornathique,  1912).  —  C'est  le  premier  fragment  de 
l'histoire  des  quartiers  de  Bordeaux  conçue  par  M.  P.  Courteault. 
M.  L.  inaugure  la  série  par  l'étude  d'un  des  quartiers  les  plus 
jeunes  de  cette  vieille  ville.  Longtemps,  en  effet,  il  n'y  eut  là 
qu'une  région  marécageuse  ;  partie  de  la  Palu,  elle  relevait  du 
chapitre  de  Saint-Seurin.  Son  dessèchement  ne  date  probablement 
que  de  la  fin  du  xvie  siècle.  Le  quartier  se  créa  par-  une  sorte  de 
débordement  de  celui  des  Chartrons  ;  on  ne  peut  guère  le  distin- 
guer de  celui-ci  qu'à  partir  du  milieu  du  xviie  siècle.  Il  se  déve- 
loppe modestement  au  xviiie,  surtout  comme  rendez-vous  des 
marins  étrangers;  il  compte  environ  4. 000  âmes  à  la  fin  de  l'ancien 
régime.  C'est  au  cours  du  xix"  siècle  seulement  qu'il  prend  une 
véritable  importance.  M.  L.  indique  attentivement  l'apparition  des 
divers  signes  de  cette  importance  :  églises,  écoles,  marciié,  autres 
bâtiments  publics,  développement  des  constructions,  voirie,  port, 
bassin  à  flot  (qui,  creusé  de  1869  à  1882,  donne  à  Bacalan  un  rôle 
de  premier  plan),  quai ,  etc.  C'est  avec  un  soin  minutieux  que 
M.  L.  a  noté  tout  cela;  il  se  serait  fait  un  scrupule  d'omettre 
même  une  école  de  guitare.  Il  termine  en  montrant  que  ce  quar- 
tier, dont  le  développement  est  loin  d'être  achevé,  est  appelé  à 
devenir  le  centre  de  la  vie  maritime,  manufacturière  et  commer- 
ciale de  Bordeaux.  L.  Dutil. 

Magnonaud  (M.).  Histoire  d'un  Collège  ou  Essai  de  monogra- 
phie de  l'enseignement  secondaire  à  Saint-Yrieix,  de  i789  à 
1911.  Limoges,  Ducourtieux  et  Goût,  1912;  gr.  in-8o  de  219  pages, 


LIVRES   ANNONCÉS   SOMMAIREMENT.  303 

avec  plan,   portraits  et  vues   photographiques.  —  Utile  mono- 
graphie, d'un  style  approprié  au  sujet,  où  se  révèle  un  «  homme 
de  la  maison  »,  sachant  parler  congrûment  et  objectivement  de 
choses   qui  lui  sont  familières  et  de  gens  qui  lui   sont  connus. 
M.  M.  a  mis  fort  justement  en  relation  la  prospérité  de  l'ensei- 
gnement secondaire  à  Saint-Yrieix  avec  celle  de  la  ville  même.  Il 
retrace  en  une  soixantaine  de  pages  la  modeste  histoire  de  la 
préceptorale  ecclésiastique  et  des  institutions  privées  qui  précé- 
dèrent la  fondation  du  Collège  communal   en  1860.   Pour  cette 
première  période,  que  j'appellerai  des  libres  expériences  et  des 
courageuses  initiatives,  les  dossiers  et  registres  de  l'ancien  rectorat 
de  Limoges  (1810-48),  s'ils  avaient  été  consultés,  eussent  fourni  de 
plus  abondants  renseignements.  —  En  1863,  le  Collège  comptait 
déjà  près  de  cent  élèves,  avec  six  professeurs  dotés  de  traitements 
de  misère,  et  un  budget  total  de  10.600  francs.  Son  plein  épanouis- 
sement ne  commence  cependant  qu'en  1885.   Pour  cette  seconde 
période,  l'auteur  a  puisé  ses  renseignements  dans  les  archives  de 
la  Ville  et  du  Collège  et  a  utilisé  très  légitimement  les  précisions 
qui  lui  ont  été  données  par  d'anciens  élèves.  C'est  un  livi-e  à  lire 
par  quiconque  se  préoccupe  de  l'avenir  des  collèges  communaux. 

A.  L. 


Mathieu  (G.).  Noies  et  documenls  sur  l'instruction  ■publique 
en  Corrèze  pendant  la  Révolution.  Paris,  Champion,  1912;  in-12 
de  87  pages.  —  Cette  copieuse  brochure  «  n'a  d'autre  but  que  de 
donner  une  idée  des  documents  révolutionnaires  relatifs  à  l'ins- 
truction publique  existant  aux  Archives  de  la  Corrèze  »  (p.  9).  On 
y  trouve  cependant  davantage  :  la  preuve  que  l'école  communale 
fut  considérée  par  le  gouvernement  nouveau  comme  un  instru- 
mentum  regni;  que  les  écoles  privées  étaient  regardées  comme 
hostiles,  parce  qu'elles  procédaient  de  la  même  conception,  ins- 
pirée d'un  esprit  opposé.  On  y  rencontre  la  trace  des  difficultés  du 
recrutement  non  seulement  des  maîtres,  mais  encore  des  élèves. 
On  y  voit  que  la  question  du  logement  et  du  traitement  des  insti- 
tuteurs embarrassait  souvent  les  directoires  locaux.  Aussi  l'œuvre 
de  l'enseignement  primaire  ne  réussit-elle  pas  à  sortir  véritable- 
ment de  la  législation  qui  la  contenait.  —  L'enseignement  secon- 
daire, appuyé  sur  les  traditions  du  passé,  réussit  mieux,  au  moins 
en  ce  qui  touche  l'École  centrale  du  département  établie  à  Tulle, 
avec  les  programmes  très  nouveaux  qui  prévalurent  alors.  Par 


804  ANNALES    Dr    MIDI. 

contre,  les  anciens  collèges  ecclésiastiques,  d'enseignement  classi- 
que, à  Tulle,  Brive,  Ussel,  Beaulieu  et  Treignac,  disi^arureut  les 
uns  après  les  autres  dès  les  premières  années  de  la  Révolution, 
en  sorte  qu'il  y  eut  pour  les  générations  de  ce  temps  une  période 
d'au  moins  douzo  années  pendant  laquelle  la  rupture  avec  la  cul- 
ture antique  fut  à  peu  près  complète.  Sous  sa  forme  modeste,  la 
brochure  de  M.  M.  confirme  ce  que  l'on  sait  déjà,  par  ailleurs,  du 
fâcheux  état  de  l'enseignement  public  en  dehors  des  grandes  villes. 

A.  L. 

Maurât-Ballange  (A.).  Ramus  et  Dorât.  Limoges,  Ducour- 
tieux  et  Goût,  1913;  gr.  in-8o  de  25  pages.  (Extr.  du  Bull.  Soc. 
arch.  du  Limousin,  LXIII.)  —  Après  avoir  résumé  avec  beaucoup 
d'exactitude  la  question  débattue  jadis  entre  Ch.  Waddington  et 
J.  Bertrand  de  savoir  si  Ramus  fut  assassiné  à  l'instigation  de 
son  collègue  et  rival  Jacques  Charpentier,  ]M.  M.-B.  montre  que 
Ramus  compta  un  auti-e  rival,  «  des  plus  irréductibles  et  des  plus 
violents  »,  en  la  personne  de  son  collègue,  le  Limousin  Jean 
Dorât  (-(-  1588),  l'auteur  du  Decanatus  et  de  mainte  épigramme 
venimeuse.  Au  Dorât  poète  de  cour  et  éducateur,  que  l'on  connais- 
sait d'abondant,  il  faut  donc  ajouter  un  Dorât  plus  ignoré,  catho- 
lique intransigeant,  ligueur  irréductible  et  adversaire  fougueux 
de  Ramus.  M.  M.-B.  remarque  que  maint  passage  de  ses  épi- 
grammes  ne  se  comprennent  point  sil'on  fait  naître  Ramus  en  1515, 
comme  le  veulent  la  plupart  de  ses  biographes,  au  lieu  de  1502, 
comme  l'affirme  Palma  Cayet.  Quant  à  Jean  Dorât,  par  les  mêmes 
raisons,  il  serait  né  en  1517,  comme  l'indique  Bayle,  et  non  en 
1508,  comme  on  l'a  soutenu  jusqu'ici.  A.  L. 

MuLLOT  (H.).  Une  vue  perspective  de  la  Cité  et  du  Bourg  de 
Carcassonne  en  1462,  Carcassonne,  imp.  Gabelle,  1913;  in-8o  de 
28  pages  et  9  planches.  —  Le  dessin  enregistré  à  la  Bibliothèque 
Nationale  sous  la  cote  Va  17,  f»  32,  représente-t-il  une  vue  des  deux 
consulats  de  Carcassonne  en  1462,  et  doit-on  le  considérer  comme 
un  original  de  cette  époque?  M.  Poux,  archiviste  du  département 
de  l'Aude,  le  croit  seulement  du  sviie  siècle  ;  celte  vue  aurait  été 
dessinée  pour  la  collection  Gaignières  entre  1670  et  1711.  Mais 
M.  M.,  qui  l'a  étudiée  de  plus  près,  trouve  d'excellentes  raisons  de 
l'attribuer  au  xve  siècle.  Il  en  trouve  à  la  fois  dans  la  graphie  de  la 
légende,  qui  parait  bien  appartenir  à  la  seconde  moitié  du  xve  siè- 


LIVRES   ANNONCÉS   SOMMAIREMENT.  305 

cle,  et  dans  le  filigrane  du  papier,  qui  fut  précisément  en  usage 
entre  les  années  1459  et  1477.  Il  en  cherche  aussi,  —  et  c'est  l'un 
des  principaux  éléments  de  son  intéressante  étude,  —  dans  l'iden- 
tifioation  des  monuments  représentés.  C'est  ainsi  qu'à  l'une  des 
extrémités  du  Pont  Ton  aperçoit  THôpital  de  Notre-Dame,  dont 
l'emplacement  porte   aujourd'hui  la  Chapelle  Notre-Dame  de  la 
Santé  (rebâtie  peut-être  en  1523).  Près  du  bourg  apparaît  l'ancien 
couvent  des  Jacobins,  Teqnel  fut  détruit  en  mars  1570  par  mesure 
de  défense  contre  les  Huguenots.  A  la  pointe  sud-ouest  de  la  cité, 
le  dessin  montre  la  prison  de  la  Meure,  «  où  souloient  résider  les 
sieurs  inquisiteurs  »,  et  qui  en  1625  n'était  plus  qu'une  misérable 
ruine.  Enfin  dans  le  bourg  ne  figurent  pas  les  quatre  grands  bas- 
tions dont  on  le  flanqua  au  xvxe  siècle  et  qui  transformèrent  néces- 
sairement sa  physionomie.  Dans  un  article  des  Mémoires  de  la 
Société  des  Arts  et  des  Sciences  de  Carcassonne,  1913,  pp.  74-106, 
M.  Sivade  complète  l'étude  entreprise  par  M.  M.  Il  examine  les 
ouvrages  militaires,  religieux  et  civils  que  l'on  peut  identifier  dans 
la  représentation  de  la  ville  basse,  et  il  aboutit  aux  mêmes  con- 
clusions. Sur  un  papier  collé  à  l'angle  inférieur  droit  du  dessin,  il 
est  question  d'une  expertise  faite  au  Moulin  du  Roy  le  28  mai  1462. 
Déjà  M.  M.  avait  fort  bien  supposé  que  dessin  et  légende  pouvaient 
appartenir  à  un  même  dossier;  M.  Sivade  a  été  justement  frappé 
de  la  place  prépondérante  que  l'auteur  du  dessin  assigne  au  Mou- 
lin du  Roy.  Il  est  donc  fort  possible,  comme  le  croit  M.  Sivade, 
que  le  dessinateur  soit  l'un  des  maîtres  qui  i^rirent  part  à  l'exper- 
tise de  1462. 

M.  M.  se  demande,  dans  une  seconde  partie  de  son  travail,  si 
les  architectes  des  Monuments  Historiques  se  sont  autorisés  de 
cette  vue  pour  établir  leur  plan  de  restauration.  VioUet  le  Duc, 
quiparaitignorer  ce  document  et  en  tout  cas  ne  le  cite  dans  aucun 
de  ses  écrits,  a  obéi  à  d'autres  considérations.  Il  est  à  noter  que, 
dans  le  dessin  du  xve  siècle,  les  couvertures  des  tours  de  l'enceinte 
extérieure  reposent  directement  sur  le  sommet  des  créneaux. 

Remercions  MM.  Mullot  et  Sivade  d'avoir  ainsi  remis  en  valeur 
un  précieux  document  qui  fait  revivre  sous  nos  yeux  l'ancienne 
Carcassonne,  le  bourg  entièrement  modifié  par  les  exigences  de  la 
vie  moderne,  et  la  cité,  redressant  à  nouveau  les  tours  de  sa  dou- 
ble enceinte,  mais  dont  la  restauration  n'est  pas  exempte  de  quel- 
que fantaisie.  H.  Graillot. 

ANNALES  DU   MIDI.  .—   XXVI  20 


306  ANNALES   DU   MIDI. 

Régné  (J.).  L'Idéal  moral  d'iin  notaire  vivarois  dans  la  pre- 
mière moitié  du  XVI^  siècle.  Privas,  Imprimerie  centrale  de  l'Ar- 
dèche,  1912;  in-8°  de  13  pages.  (Extrait  de  la  Revue  du  Vivarais, 
t.  XX,  1912.)  —  Simon  Valentin,  notaire  de  Montpezat,  avait  l'ha- 
bitude de  remplir  les  intervalles  de  ses  actes  au  moyen  de  maxi- 
mes rimées,  où  il  versait  à  la  fois  ce  que  son  ame  pouvait  contenir 
de  philosophie  et  de  poésie  :  assez  peu  de  l'une  et  de  l'autre.  Ces 
maximes  sont  surtout  des  conseils  de  savoir-vivre  et  de  morale 
pratique,  donnés  par  un  homme  de  bon  sens,  qui  aimait  les  qua- 
lités moyennes;  il  n'a  pas  découvert  grand'chose  et,  sans  doute, 
n'y  prétendait  pas.  L.  Dutil. 

Régné  (J.).  Le  livre  de  raison  d'un  bourgeois  d'Armissan, 
près  Narbonne,  dans  le  premier  tiers  du  XV1II<'  siècle.  Nar- 
bonne,  F.  Gaillard,  1913;  in-8o  de  37  pages.  (Extrait  du  Bulletin 
de  la  Commission  archéologique  de  Narbonne.)  —  De  ces  feuil- 
lets, qui  vont  du  2  avril  1727  au  13  mai  1731,  l'auteur  a  extrait, 
les  renseignements  intéressants,  qa'ila  complétés  par  des  recher- 
ches dans  les  registres  de  délibérations  du  bourg  d'Armissan.  Il  a 
pu  ainsi  nous  présenter  de  façon  assez  complète  son  personnage. 
En  quatre  chapitres,  nous  passons  en  revue  l'agriculteur,  l'homme 
d'affaires,  le  fonctionnaire  municipal,  enfin  quelques  faits  divers. 
Le  premier  de  ces  chapitres  est  le  plus  développé  et  peut-être  le 
plus  utile;  on  y  remarque,  entre  autres  détails,  l'importance  que 
gardent  les  céréales  dans  ce  coin  du  Narbonnais,  alors  que  la  vi- 
gne n'y  donne  qu'une  centaine  de  comportes  de  vendange.  Les 
autres  chapitres  ont  surtout  pour  effet  de  montrer  en  action  un  de 
ces  hommes  de  la  campagne  qui,  par  leur  intelligence  et  leur  sa- 
voir-faire, se  rendaient  indispensables  aux  grands  propriétaires 
du  voisinage,  et  se  préparaient  ainsi  à  jouer,  à  leur  tour,  les  pre- 
miers rôles.  L.  Dutil. 

Santi  (L.  de).  —  I.  Un  document  mu7iicipal  sur  l'état  social  du 
Lauraguais  après  les  guerres  de  religion  (1593-1601).  Toulouse, 
Privât,  1912  ;  in-8o  de  15  pages.  [Extr.  de  la  Revue  des  Pyrénées, 
19j[2.]  —  II.  Un  drame  passionnel  au  XV^  siècle.  Toulouse,  Pri- 
vât, 1913  ;  in-8»  de  10  pages.  [Extr.  des  Mémoires  de  l'Académie 
des  Sciences  de  Toulouse,  lie  série,  t.  L]  —  La  première  brochure 
est  un  intéressant  exemple  des  trouvailles  que  l'on  peut  faire  dans 
les  archives  notariales.  La  communauté  de  Montferrand,  n'ayant 


LIVRES   ANNONCÉS   SOMMAIREMENT.  307 

pas  de  notaire,  faisait  venir,  pour  rédiger  les  procès-verbaux  de 
ses  délibérations,  un  notaire  d'Avignonnet,  dans  les  minutes  du- 
quel se  trouve  la  délibération  du  19  août  IGOl  qui  fait  l'objet  de 
cette  étude.  L'anarchie  qui  a  suivi  les  guerres  de  religion  dévelop- 
pait dans  les  populations  les  idées  d'indépendance.  Ainsi  à  Avi- 
gnonnet  les  consuls  refusent  de  recevoir  la  garnison  envoyée  par 
Joj'euse,  l'ex-capucin  (1595)  ;  à  Montferrand,  ils  font  enlever  de 
vive  force  le  banc  que  le  sieur  de  Lambiy  avait  fait  clouer  dans 
l'église  à  la  place  qui  leur  était  réservée. 

Dans  la  seconde  brochure,  jM.  de  S.,  utilisant  une  lettre  de  ré- 
mission de  Louis  XI  (1476),  nous  donne  un  récit  pittoresque  et 
vivant  de  la  passion  conçue  par  Antoine'de  Hunaud,  jeune  sei- 
gneur de  Lanta,  pour  la  femme  d'un  chaussetier  toulousain  qu'il 
rencontra  en  villégiature  dans  un  manoir  du  Lauragais  près  de 
Lanta,  où  l'orage  l'avait  obligé  à  se  réfugier  pendant  une  partie 
de  chasse.  Pour  mieux  s'assurer  la  possession  de  sa  belle,  il  résout 
de  se  débarrasser  du  mari  ;  n'ayant  pas  réussi  h  le  faire  empoi- 
sonner par  sa  femme  ni  assassiner  par  deux  coupe-jarrets  dupaj'^s 
de  Gomminges,  il  se  décide  à  opérer  lui-même  :  sur  le  grand  che- 
min de  Lanta  à  Toulouse,  il  frappe  son  rival  avec  un  cynisme  ex- 
traordinaire, puis,  pris  de  remords,  se  constitue  prisonnier  sauf  à 
se  tirer  d'affaire  avec  mille  messes  pour  le  défunt.  «  Ne  dirait-on 
pas,  observe  M.  de  S.,  que  cette  histoire,  à  l'exception  de  son  der- 
nier épisode,  date  de  nos  jours  ?  »  Fr.  Galabert, 

Troyes  (Félixj.  La  justice  ancienne  et  moderne.  Documents 
sur  les  institutions  judiciaires  du  comté  de  Comminges  et 
monographie  du  tribunal  de  Lomhez  {Gers}.  Paris,  Giard  et 
Brière;  Toulouse,  impr.  Saint-Gyprien,  1911;  in-S»  de  177  pages. 
—  Ge  livre,  agrémenté  de  portraits,  de  vues  et  d'une  carte,  com- 
prend en  réalité  deux  parties  distinctes,  quoique  se  faisant  nor- 
malement suite.  L'auteur,  «  membre  de  la  famille  judiciaire  »,  a 
voulu  rechercher,  avant  de  faire  l'histoire  du  tribunal  auquel  il 
est  attaché,  «  comment  était  rendue  la  justice  dans  la  même  région 
du  Gomminges  avant  1790  ».  Il  se  défend  d'avoir  eu  l'intention  de 
refaire  l'historique  des  justices  anciennes,  «  enchevêtrées,  et  parfois 
éloignées  les  unes  des  autres  »,  et  s'est  proposé,  en  commentant 
des  documents  dont  plusieurs  sont  publiés  comme  pièces  justifica- 
tives, de  «  donner  une  idée  générale  des  pouvoirs  judiciaires  des 
consuls,  des  justices  royales  et  seigneuriales  depuis  des  temps  très 


308  ANNALES   DU   MIDI. 

reculés  ».  M.  T.  étudie  la  charte  de  Saraatan  au  point  de  vue  juri- 
dique et  examine  plusieurs  autres  pièces  intéressant  cette  ville.  Il 
parle  ensuite  des  pouvoirs  judiciaires  de  l'intendant,  du  tribunal 
des  élus  de  Muret  et  de  la  Cour  des  Aides  de  Monlauban,  du  tri- 
bunal des  consuls  de  Samatan,  de  celui  de  l'official  de  Lonibez, 
et  enfin  des  justices  des  petits  villages  et  de  la  disparition  des  jus- 
tices seigneuriales.  La  seconde  partie  de  l'ouvrage  de  M.  T.  est 
consacrée  au  tribunal  de  Lombez  pendant  la  Révolution  et  de  1800 
à  nos  jours.  Une  liste  des  magistrats  (de  1790  à  1910)  termine  cette 
intéressante  monographie,  dans  laquelle  l'auteur  s'est  appliqué  à 
«  faire  revivre  la  figure  »  des  anciens  membres  de  son  tribunal 
de  première  instance.  L.  Vie. 

Vidal  (P.).  La  citadelle  de  Perpignan  et  l'ancien  château  des 
rois  de  Majorque.  Perpignan,  1911;  in-S"  de  120  pages  et  5  gravu- 
res. —  Cette  monographie  inaugure  une  série  intitulée  «  Les  Mo- 
numents historiques  du  Roussillon  »,  dont  trente  autres  numéros 
nous  sont  promis.  C'est  dire  qu'il  s'agit  d'une  entreprise  considé- 
rable dont  l'ensemble  formerait  une  véritable  bibliotlièque  monu- 
mentale de  la  province.  Préparé  à  merveille  par  ses  travaux  anté-  ' 
rieurs  à  la  mission  de  présenter  au  public  les  principaux  édifices 
du  Roussillon  et  de  la  Cerdagne,  Fauteur  ne  fait  pas,  en  l'espèce, 
œuvre  de  simple  vulgarisateur,  bien  qu'il  s'efforce  de  rendre  acces- 
sible et  même  agréable  la  lecture  de  son  texte  :  les  notes  copieu- 
ses qu'il  prodigue  à  chaque  page  suffisent  à  prouver  qu'il  entend 
écrire  des  études  originales,  puisées  aux  sources.  Les  érudits  ne 
lui  en  sauront  que  plus  de  gré.   M.  V.  décrit  d'abord   le  château 
des  rois  de  Majorque,  analyse  les  restes  qui  en  subsistent,  recons- 
titue à  l'aide  des  documents  ce  qui  en  a  péri  et  anime  ce  décor  en 
évoquant  la  vie  de  cour  ardente  et  luxueuse  qui  s'y  est  déroulée 
au  temps  le  plus  prospère  et  le  plus  brillant  du  passé  perpigna- 
nais.  Le  château  royal  sous  les  rois  d'Aragon,   l'occupation   fran- 
çaise sous  Louis  XI  et  Charles  VIII,  le  château  et  la  citadelle  sous 
les  rois  d'Espagne,  autant  de  rubriques  qui  correspondent  aux 
grandes  périodes  de  l'histoire  locale  depuis  la  fin  de  la  période 
majorquine  jusqu'au  traité  des  Pyrénées.  Les  à-côté  et  accessoires 
du  château  ne  sont  point  négligés  non  plus  :  ménagerie  royale,  ga- 
renne, fêtes  et  réjouissances  publiques,  cloches  de  l'église,  mobilier 
et  reliques,  ces  sujets  sont  étudiés  tour  à  tour  et  éclairés  de  docu- 
ments tirés  pour  la  plupart  des  archives  départementales  desPyré- 


LIVRES    ANNONCÉS    SOMMAIREMENT.  309 

nées-Orientales.  La  dernière  partie  du  travail  de  M.  V.,  intitulée 
«  le  Château  et  la  Citadelle  depuis  l'annexion  du  Roussillon  à  la 
France  jusqu'à  nos  jours  »,  achève  l'historique  du  double  monu- 
ment et  s'agrémente  d'anecdotes  piquantes  :  tels  les  traits  emprun- 
tés au  pittoresque  journal  de  Castellane.  En  terminant,  M.  V.  ex- 
prime l'opinion  qu'une  élude  mériterait  d'être  tentée  sur  «le  séjour 
des  divers  corps  de  troupes  qui  ont  tenu  garnison  dans  cette  for- 
teresse depuis  le  xvi^  siècle  jusqu'à  nos  jours  ».  Souhaitons  que 
le  vœu  de  M.  V.  se  réalise,  mais  souhaitons  surtout  que  M.  V.  lui- 
même  poursuive  cette  précieuse  série  de  monographies  monu- 
mentales dont  les  prémices  sont  si  intéressantes  et  le  programme 
général  si  séduisant.  J.  Calmette. 

VovARD  (A.).  Les  Gardes  d'honneur  de  la  Gironde,  18Î3. 
Bordeaux,  Gounouilhou,  1913;  gr.  in-8o  de  24  pages.  (Extr.  de  la 
Revue  philomathique,  t.  XVI.)  —  Court  historique  des  gardes 
d'honneur  de  la  Gironde,  incorporés  au  troisième  des  quatre  régi- 
ments d'élite  formés  sous  ce  nom  en  vertu  d'un  sénatus-consulle 
du  3  avril  1813,  avec  Tours  pour  lieu  de  dépôt.  Ils  s'illustrèrent 
en  1814  par  la  fameuse  charge  de  Reims  contre  la  cavalerie  russe. 
Les  notices  individuelles,  au  nombre  de  123,  sont  rédigées  à  l'aide 
de  l'état  fourni  par  le  préfet  de  la  Gironde  au  ministre.  L'aqua- 
relle reproduite  page  5  représente  deux  gardes  d'honneur  de  Bor- 
deaux en  1808,  sans  qu'il  soit  dit  que  l'uniforme  est  le  même 
qu'en  1813.  A.  L. 


PUBLICATIONS  NOUVKLLES 


Auguste  (Abbé  Alph.).  Le  séminaire  de  Garaman  au  faubourg 
Saint-Étienne  à  Toulouse.  Toulouse,  Privât;  Paris,  Picard;  petit 
iii-4o  de  170  p. 

Gabrol  (U.).  Histoire  de  l'atelier  monétaire  royal  de  Villefranche- 
de-Rouergue.  Villefranche-de-Rouergue,  Société  anonyme  d'imp., 
1913;  in-8o  de  xv-29i  p. 

Catalogue  général  de  la  librairie  française,  d'Otto  Lorenz. 
T.  XXIV  (1910-1912),  rédigé  par  D.  Jordell.  l^r  et  2e  fasc.  : 
A.-Grallin.  Paris,  Jordell,  1913;  in-8o  à  2  col.,  viii-p.  1  à  480. 

Catalogue  général  des  livres  imprimés  de  la  Bibliothèque  natio- 
nale. Auteurs.  T.  LUI  et  LIV  :  Fonahn-Freier.  Paris,  imp.  Nat., 
1913;  in-8o  à  2  col.,  col.  1  à  1254  et  1  à  1246. 

Correspondance  de  MM.  de  Dismieu,  gentilshommes  dauphinois, 
1568-1713...,  p.  p.  H.  Terrebasse.  Lyon,  Rey;  Paris,  Champion, 
1913;  in-4o  de  x-374  p. 

Delmas  (Docteur  P.).  Les  condisciples  de  Rabelais,  la  scolarité 
médicale  de  Montpellier  au  xvie  siècle.  Paris,  Soc.  franc,  d'imp.  et 
de  librairie,  1913;  in-8°  de  23  p.  avec  grav.  et  fac-similés.  (Extr. 
de  la  Chronique  médicale.) 

DiMiER  (L.).  Histoire  de  Savoie,  des  origines  à  l'annexion.  Paris, 
Nouv.  libr.  nationale,  1913;  in-16  de  xi-401  p.  igrav.  et  carte). 

Faure  (A  ).  Les  parères  de  la  Chambre  de  Commerce  deGuienne. 
Ribérac,  Réjou,  1913;  in-8°  de  vii-450  p. 

Fauché  (E.).  L'apprentissage,  principalement  à  Bordeaux,  du 
xviiie  siècle  à  nos  jours.  Bordeaux,  imp.  Cadoret,  1913;  in-8"  de 
214  p. 

Gay  (E.).  Le  consulat  et  l'administration  municipale  du  Vigan 
au  xviie  et  au  xyiii®  siècles.  Paris,  Picard,  1913;  in-8°  de  xc-340  p. 


PUBLICATIONS   NOUVELLES.  311 

Grôhler  (H.).  Ueber  Ursprung  und  Bedeutung  der  franzôsischen 
Ortsnamen.  I.  Teil.  Heidelberg,  Winter,  1913;  in-8o  de  xxm-377  p. 
(Sammlung  romanischer  Elemenlar-und  Handbûcher.  V.  Reihe  .: 
Untersuchungen  und  Texte). 

Inventaire  sommaire  des  archives  historiques  du  ministère  de 
la  guerre.  T.  IV,  2^  fasc.  Paris,  imp.  Nationale,  1913;  in-8% 
pp.  181-435. 

Inventaire  sommaire  des  registres  de  la  Jurade  (1520-1783),  p.  p. 
P.  CouRTEAULT  et  A.  Leroux.  t.  V.  Bordeaux,  imp.  Pech,  1913; 
in-4o  de  xii-571  p.  {Archives  municipales  de  Bordeaux,  t.  X.) 

Labrély  (R.).  Notice  sur  la  seigneurie  de  Bours  et  Larnas. 
Aubenas,  imp.  Habauzit,  1913;  in-8°  de  55  p.  avec  armoiries. 

Lamouzèle  (E.).  Précis  de  l'histoire  du  Languedoc  sous  l'ancien 
régime  de  1610  à  1790.  Toulouse,  Marqueste,  1914;  in-lG  de  188  p. 

Le  Grand  (L.).  Les  sources  de  l'histoire  religieuse  de  la  Révo- 
lution aux  Archives  nationales.  Paris,  Champion,  1914;  in-8o  de 
214  p. 

Lettres  et  documents  pour  servir  à  l'histoire  de  .Toachim  Murât 
(1767-1815),  p.  p.  le  prince  Murât  et  P.  Le  Brethon.  YII.  Royaume 
de  Naples  (l«r  février-9  septembre  1809).  Paris,  Plon-Nourrit,  1913; 
in-8o  de  511  p.  avec  grav. 

Meyer-Lûbke  (W.).  Romanisches  etymologisches  Wôrterbuch. 
Heidelberg,  Winter,  1913;  in-8o,  pp.  401-480  (Sammlung  romanis- 
cher Elementar-u.  Handbûcher.  III.  Reihe  :  Wôrlerbûcher.  3.  Bd. 
6.  Lfg). 

Montélhet  (A.).  Catalogue  du  médaillier  du  musée  Grozatier 
de  la  ville  du  Puy.  T.  II  :  Empire  romain  d'Augustus  à  Gommodus 
(27  av.  .J.-G.-192  de  J.-G.).  Paris,  Leroux,  1913;  in-8o  de  iv-20i  p. 
et  lîlanches. 

Monuments  et  Mémoires  publiés  par  l'Académie  des  Inscriptions 
et  Belles-Lettres,  sous  la  direction  de  G.  Perrot  et  R.  de  Las- 
teyrie.  t.  XX,  1er  fasc.  Paris,  Leroux,  1913;  gr.  in-4o  de  188  p. 
avec  fîg.  {Fondation  Eug.  Piol.) 

Pastre  (L.).  Le  sous-dialecte  bas-languedocien  de  Clermont- 
l'Hérault.  Notes  historiques,  philologiques...  Perpignan,  imp. 
Cornet,  1913;  in-12  de  164  p. 

Pélissier  (E.).  Les  ventes  de  biens  nationaux  effectuées  dans 


319  ANNALES  DÛ  MIDI. 

le  département  de  l'Ariègo  en  exécution  de  la  loi  du  18  ventôse 
an  IV.  Foix,  imp.  Fra,  1913;  in-8o  de  55  p. 

Régné  (J.).  Mélanges  vivarois.  Contribution  à  l'histoire  des 
mœurs  de  l'ancien  pays  du  Vivarais...  Aubenas,  imp.  Habauzit, 
1913  ;  in-8o  de  145  p.  et  1  grav. 

TuETEY  (A.).  Répertoire  général  des  sources  manuscrites  de 
l'histoire  de  Paris  pendant  la  Révolution  française.  T.  X  :  Con- 
vention nationale  (3e  partie).  Paris,  Champion,  1912;  in-l»  oblong 
à  3  col.  de  853  p. 

ViALLA  (S.).  Les  volontaires  des  Bouches-du-Rhône.  L'armée- 
nation  (1791-1792).  T.  L  Paris,  Chapelot,  1913;  in-8o  de  511  p. 

Vidal  (A.).  L'ancien  diocèse  d'Albi  d'après  les  registres  de 
notaires.  Paris,  Picard,  1913;  in-8o  de  xi-427  p. 


Le  Gérant,  Éd.  PRIVAT. 


Toulouse,  Imp.  Douladoure-Privat,  rue  St-Rome,  39.  -■  1265 


AIGUES-MORTES  AU  Xlir  SIÈCLE 


Aigiies-Mortes,  «  silencieuse  cité  »,  perdue  au  milieu  des 
étangs,  des  landes  salées  et  des  pinèdes,  doit  à  l'étrangeté 
de  son  site,  à  ses  remparts  intacts,  aux  grands  souvenirs 
qu'évoque  son  nom,  d'être,  parmi  les  villes  de  la  France 
méridionale,  une  de  celles  qui  parlent  le  plus  à  l'imagina- 
tion :  mais  les  romanciers  et  les  poètes,  bien  plus  que  les 
érudits,  ont  été  attirés  par  elle,  et  il  reste,  dans  ses  annales, 
plus  d'une  erreur  à  rectifier,  plus  d'un  détail  à  révéler. 
L'examen  des  documents  publiés  et  de  textes  jusqu'ici  né- 
gligés nous  permettra  peut-être  de  tixer  quelques  traits  de 
sa  première  histoire  ^ 

Le  site  d'Aigues-Mortes  et  la  fondation  de  la  ville.  — 
Aigues-Mortes  n'existait  pas  avant  le  règne  de  Louis  IX  : 
on  ne  trouve  aucune  mention  de  la  ville  dans  les  archives  de 
l'abbaye  de  Psalmodi  qui,  jusqu'en  1248,  en  posséda  le  ter- 
ritoire; l'église  de  Notre-Dame  du  Sablon,  desservie  par  les 
religieux,  n'apparaît  qu'à  la  fin  du  xiii«  siècle  -  ;  la  pêche  dans 

1.  On  a  pourtant  beaucoup  écrit  sur  Aigues-Mortes.  Cf.  une  bibliogra- 
phie assez  complète  dans  le  livre,  d'ailleurs  de  pure  vulgarisation,  de 
M.J.Charles-Roux  :  Aigues-Mortes,  Paris,  1910,  in-16  ;  on  y  trouvera 
même  citée  une  Mo7iographie  d' Aigues-Mortes  au  XIH'  et  au  XIV'  siè- 
cle, par  E.  Serre  qui  en  réalité  n'existe  pas  (cf.  Bulletin  de  la  Soc. 
Archéol.  de  Béziers,  X,  1897,  p.  35).  — -  L'ouvrage  le  plus  notable  sur 
Aigues-Mortes  est  celui  de  J.  Pagézy  :  Mémoires  sur  le  port  d' Aigues- 
Mortes,  Paris,  1879,  in-B",  viii-441  pp.,  où  sont  publiés  —  assez  mal  — des 
textes  très  nombreux;  sur  plus  d'un  point,  nous  n'aurons  qu'à  résumer 
ou  à  compléter  les  indications  de  cet  auteur. 

2.  Germer-Durand,  dans  son  Dictiotmaire  topographique  du  Gard 
(sub  v  N.-Dame  des  Sablons)  cite  cette  église  sous  la  date  de  1183  :  il 
indique  comme  référence  le  cartulaire  de  Psalmodi  ;  nous  pouvons  affir- 
mer qu'il  n'y  a,  dans  les  archives  de  ce  monastère,  aucune  mention  de 
N.-Dame  du  Sablon  avant  la  fin  du  xiii*  siècle;  elle  ne  figure  en  par- 

ANNALES  DU  MIDI.  —   XXVL  21 


âl4  JEAN  MORIZE. 

les  étangs  et  dans  la  baie  voisine  est  pratiquée  par  des  gens 
d'Agde  ou  des  Saintes-Mariés*;  dans  les  péages  de  Saint- 
Gilles,  où  il  est  question  des  places  de  commerce  du  voisi- 
nage, Aigues-Mortes  ne  figure  pas^.  Enfin,  témoignage  déci- 
sif, un  marin  languedocien,  interrogé  en  1298,  répondait 
qu'il  n'y  avait  autrefois,  sur  l'emplacement  d'Aigues-Mortes, 
«  ni  tour  ni  pierre  »  et  que  l'endroit  ne  commença  à  être 
habité  que  lorsque  le  roi  de  France  passa  la  mer  pour  aller 
à  Damiette^. 

On  a  pourtant  relevé  plusieurs  mentions  d'Aigues-Mortes 
antérieures  à  1248;  la  plus  ancienne  remonte  à  1226  *;  mais 
il  suffit  de  lire  les  textes  pour  voir  qu'ils  parlent  du  port  et 
non  de  la  ville  :  il  y  avait  là,  disait  en  efi"et  un  autre  habitant 
du  pays,  un  port  de  toute  ancienneté.  Il  est  facile  d'admettre 
l'existence  d'un  port  indépendamment  de  celle  d'une  ville  : 
basse  et  rectiligne,  la  côte  du  Languedoc  ne  présentait  au 
xiii»  siècle,  de  Narbonne   à  la  bouche  du  Grand-Rhône, 


ticulier  ni  dans  la  bulle  pancarte  d'Innocent  III  (î212,  Migne,  Pair, 
latine,  CCXVI,  620)  ni  dans  celle  de  Glément  IV  (1266,  Orig.  Arch.  du 
Gard.  H  109,  n°  20). 

1.  Il  y  a  beaucoup  de  renseignements  sur  cette  pêche  dans  une  longue 
enquête  faite  en  1283,  1286  et  1288  sur  les  droits  de  Psalmodi,  enquête 
restée  jusqu'ici  inutilisée.  Elle  forme  un  rouleau  de  17  mètres  de  long 
(22  peaux  de  parchemin)  sur  22  centimètres  de  large,  conservé  aux  Archi- 
ves du  Gard  (H  167,  coté  Estang  l'abbé,  n»  4). 

2.  Art.  44  des  péages  de  Saint-Gilles.  Sur  ce  texte  et  sur  sa  date,  voir 
plus  loin. 

3.  Déposition  d'un  marin  de  Mèze,  Jean  Pradier  :  «  ...  dixit...  quod  in 
Aquis  Mortuis  non  erat  turris  nec  lapis...  ;  deinde  dixit  se  vidisse,  bene 
sexaginta  anni  sunt  vel  circa,  quando  dominus  rex  Francorum  transivit 
mare  et  ivit  apud  Damietam,  quod  locus  dictus  fuit  habitatus  per  gen- 
tes.  »  Ce  témoignage  fut  recueilli  lors  d'une  enquête  instituée  sur  l'ordre 
de  Philippe  le  Bel  à  l'occasion  de  plaintes  formulées  par  les  sujets  du  roi 
de  Majorque;  nous  aurons  l'occasion  de  la  citer,  soit  d'après  le  texte  ori- 
ginal (Arch.  Nat.,  J  892,  n"  9),  soit  d'après  les  extraits  publiés  par  A. 
Germain,  Histoire  du  Commerce  de  Montpellier,  Montpellier,  1861, 
2  vol.  in-8,  tome  I,  pp.  326-378,  et  par  Pagézy,  ouv.  cité  pp.  262-273.  Le 
texte  cité  est  à  la  page  266. 

4.  Ces  textes  sont  groupés  à  la  page  271  du  livre  de  M.  Robert  Michel  : 
\'A  dministration  royale  dans  la  sénéchaussée  de  Beaucaire  au  temps 
de  saint  Louis,  Paris,  1910,  in-8».  Tous  portent  «  portus  Aquarum  Mor- 
tuarum  »  sauf  un,  daté  de  1231  ;  mais  il  s'agit  encore  ici  d'un  navire  qui 
aborde  «  in  Aquis-Mortuis  » . 


AIGUES-MORTES   AU   XIII*   SIÈCLE.  315 

qu'une  seule  anse  bien  marquée,  sûr  abri  contre  les  tempêtes 
qui  agitent  le  golfe  du  Lion  et  point  de  relâche  souvent  uti- 
lisé* :  c'était  la  baie  ou  le  port  des  Eaux-Mortes,  qui  tirait  son 
nom  des  grandes  étendues  d'eau  stagnante  qui  le  bordaient 
au  nord 2.  Dans  cette  baie  se  terminait  alors  le  Petit-Rhône, 
par  une  embouchure  appelée  le  «  grau  de  la  Chèvre  n  ; 
c'était  la  route  qui  menait  au  port  de  Saint-Gilles  ;  Pisans  et 
Génois  la  fréquentèrent  de  bonne  heure'.  Mais  les  gros 
navires  ne  pouvaient  y  pénétrer  ;  ils  s'arrêtaient  dans  le  port 
d'Aigues-Mortes.  Aussi  ce  mouillage  est-il  connu  à  une 
époque  où  la  côte  voisine  est  encore  déserte. 

Mais  cette  baie  d'Aigues-Mortes,  aujourd'hui  disparue, 
existait-elle  au  xii«  et  au  xiii®  siècles?  Telle  n'est  pas 
la  manière  de  voir  de    M.  Lenthéric^;  pour  lui,  la  plage 

1.  Enquête  de  1298,  déposition  de  Bertrand  Gilles, des  Saintes-Mariés: 
«  ...  in  tota  senescallia  Bellicadri  non  est  portus,  nisi  portus  Aquarum 
Mortuarum,  qui  est  salvus  portus,  a  tanto  tempore  quod  non  extat  me- 
moria  in  contrarium,  nec  est  aliquis  locus  in  partibus  istis  a  Narbona 
citra,  ubi  aliquod  navigium  posset  se  salvare,  si  vigeret  fortuna  maris 
nisi  solum  in  portu  Aquarum-Mortuarum  ».  Pagézy,  ouv.  cit.,  p.  272. 

2.  Pour  suivre  notre  étude  du  port  d'Aigues-Mortes,  il  suffira  de  consulter 
la  carte  d'État-Major.  On  trouvera  des  cartes  dressées  spécialement  soit 
dans  l'ouvrage  de  Pagézy  soit  dans  le  travail  de  M.  Duponchel  cité  plus  loin. 

3.  Sur  le  grau  de  la  Chèvre,  cf.  Pagézy,  ouv.  cit.,  pp.  291-92.  La  Ron- 
cière,  Histoire  de  la  Marine  Française,  tome  I,  Paris,  1899,  in-8' 
pp.  158-159  et  les  travaux  nombreux  consacrés  à  l'étude  des  embouchures 
du  Rhône.  C'est  le  port  d'Aigues-Mortes  qui  est  désigné,  après  le  port  de 
Saint-Gilles  et  celui  de  «  Rodanet  »,  dans  une  charte  de  la  deuxième 
moitié  du  xii»  siècle  publiée  par  Kiener  [Verfassungsgeschichte  der 
Provence,  Leipzig,  1900,  in-S",  p.  284)  sous  le  nom  de  «  portus  de  Capa  » 
(lire  de  Capra).  Le  port  de  Rodanet  se  trouvait  entre  Arles  et  Saint- 
Gilles  :  cf.  charte  d'Hugues  et  de  Bertrand  de  Baux  pour  Franquevaux 
«  neque  in  portu  S.  Egidii,  neque  in  portu  de  Rodanis,  neque  in  portu 
de  Trenquatallis  »  (1171  dans  un  vidimus  de  1299,  Arch.  du  Gard.  H  37), 
et  une  donation  de  1186  faite  par  Hugues  de  Baux,  de  la  condamine  «  de 
Rodaneto  »  à  l'hôpital  de  Trinquetailles  (Delaville  le  Roulx.  Cartulaire 
général  des  Hospitaliers ,  I,  772). 

i.  Ch.  Lenthéric,  Le  Littoral  d'Aigues-Mortes  au  XlIIo  et  au  XIV* 
siècles, à-Ans  les  Mémoires  de  l' Académie  du  Gard,  1868-1869.  Nimes,  1870 
in-S",  p*p.  173-233.  —  M.  Lenthéric  est  revenu  plusieurs  fois  sur  ce  sujet 
sans  que  ses  idées  aient  été  modifiées  par  les  travaux  de  Pagézy.  Cf.  Les 
villes  mortes  du  Golfe  du  Lion,  Paris,  1889,  in-8'>  (5«  édit.),  pp.  352-383. 
Il  n'avait  d'ailleurs  fait  que  reprendre  et  préciser  une  théorie  émise  par 
Di  Pietro  en  1821  (Notice  sur  la  ville  d'Aigues-Mortes,  Paris,  in-S")  et 
en  1849  (Histoire  de  la  ville  d'Aigues-Mortes.  Paris,  in-S").  —  M.  Charles- 
Roux  adopte  l'opinion  de  M.  Lenthéric  sans  même  discuter  celle  de  Pagézy, 


316  N   MORIZE. 

n'a  pas,  depuis  une  époque  très  ancienne,  éprouvé  de  varia- 
tion sensible.  II  est  inutile  de  réfuter  en  détail  cette  théorie; 
Pagézy  a  longuement  développé  les  arguments  que  l'on  peut 
invoquer  contre  elle^  :  c'est  la  tradition,  encore  attestée  au 
xiv«  siècle,  qu'à  une  date  alors  peu  éloignée,  les  étangs  dits 
du  Repos  et  du  Repausset  faisaient  encore  partie  de  la 
mer;  c'est  la  présence,  dans  le  second  de  ces  étangs,  d'une 
jetée,  le  Môle  ou  la  Peyrade,  et  la  mention,  fréquente  au 
xiv«  et  au  xv«  siècles,  d'un  grau  ouvert  le  long  de  cette  cons- 
truction pour  unir  l'étang  d'Aigues-Mortes  à  la  mer;  c'est 
enfin  un  acte  de  délimitation  de  1275,  montrant  cà  l'évidence 
que  l'emplacement  du  Repos  et  du  Repausset  était  alors 
occupé  par  la  haute  mer  {mare  altum  seu  pelagum). 

L'existence  de  la  baie  d'Aigues-Mortes  est  bien  établie  et 
l'on  sait  qu'elle  fut  de  bonne  heure  appréciée  des  naviga- 
teurs*; toutefois,  ce  ne  sont  pas  seulement  ses  aptitudes 
nautiques  qui  l'ont  fait  connaître  :  c'est  aussi  la  proximité 
du  pèlerinage  de  Saint-Gilles  et  d'une  voie  commerciale  très 
fréquentée. 

Les  deux  grandes  places  de  commerce  du  Languedoc 
furent,  jusqu'au  xiii«  siècle,  Montpellier  et  Saint-Gilles^;  or, 

1.  Cf.  Pagézy,  ouv.  cit.,  pp.  40  à  81.  Voir  aussi  :  A.  Duponchel,  Les 
Atterrissements  dii  Rhchie  dans  la  région  d'Aigues-Mortes,  Montpel- 
lier, 1894,  in-S"  (Extrait  du  Bulletin  de  la  Société  Languedocienne  de 
Géographie),  qui  apporte  (p.  15)  un  argument  nouveau  :  si  les  étangs 
avaient  existé  déjà  au  xiii'=  siècle,  ils  auraient  été  très  vite  comblés  par  le 
Petit-Rhône.  —  Pagézy  a  ignoré  l'enquête  de  1283  sur  les  pêcheries  de 
Psalmodi  où  l'on  trouve  des  témoignages  nombreux  qui  viennent  corro- 
borer les  textes  qu'il  a  produits;  on  y  lit  en  particulier  celte  phrase  qui 
réfute  l'assertion  de  Lenthéric  d'après  laquelle  le  môle  aurait  été  construit 
dans  un  étang  :  «  usque  ad  mare  vivum  ubi  nunc  est  modulus  ».  On 
pourrait  enfin  invoquer  les  indications  données  sur  l'entrée  du  port 
d'Aigues-Mortes  par  des  portulans  remontant  au  xv»  siècle  :  portulan 
Parma-Magliabecchi  et  portulan  Rizo.  Cf.  K.  Kretschmer,  Die  italie- 
nischen  Portokme  des  Mittelalters,  Berlin,  IflllO.  in-8°,  p.  288  et  455. 

2.  En  1240,  le  port  d'Aigues-Mortes  est  recommandé  par  les  légats 
comme  port  d'embarquement  pour  la  croisade.  Mathieu  de  Paris,  Chro- 
nica  Major,  éd.  Luard,  IV,  47.  Cf.  R.  Michel,  ouv.  cit.,  p.  271. 

3.  Sur  ÎNIontpellier,  voir  le  livre  classique  d'A.  Germain,  et  Schaube, 
Handelsgeschichte  der  romanischen  Vôlker  des  Mittelmeergebietes  bis 
zum  Ende  der  lireuzzùge,  Munich,  1906,  in-8»,  pp.  o69,  552-71.  581,  etc.— 
Si  le  pèlerinage  de  Saint-Gilles  est  connu,  on  n'a  étudié  ni  le  port  ni  les 


AIGUES-MORTES   AU    XIII«   SIÈCLE.  317 

entre  ces  deux  villes,  il  existait  une  voie  navigable  ancienne  ; 
on  en  trouve  mention  dans  un  traité  conclu  entre  Arles  et 
Montpellier  en  1237 ^  et  surtout  dans  les  tarifs  des  droits 
levés  à  la  fin  du  xii«  siècle  dans  les  différents  ports  de  Saint- 
Gilles^;  on  y  parle  à  plusieurs  reprises  des  bateaux  qui 
viennent  de  Montpellier^  ;  il  n'est  pas  aisé  de  dire  quel  che- 
min ils  suivaient;  dans  cette  région  de  marais  et  d'étangs, 
le  parcours  des  chenaux  change  souvent;  il  suffit  d'établir 
quelques  chaussées,  de  creuser  quelques  fossés  pour  ouvrir 
une  voie  navigable  accessible  aux  embarcations  plates  et 
aux  radeaux*.  —  L'étang  de  Maugiiio  s'étendait  alors  plus 

foires  de  la  ville.  On  trouvera  les  textes  essentiels  dans  l'ouvrage  de 
Schaube  (p.  557;  pp.  585-86)  ;  cet  auteur  a  montré  que  les  foires,  liées  au 
pèlerinage,  furent,  avant  l'apogée  des  foires  de  Champagne,  un  lieu 
d'échange  entre  les  marchandises  du  Levant  et  les  produits  de  l'industrie 
du  nord  de  la  France  et  des  Flandres.  Cf.  Ann.  Genov.  (éd.  Belgrano)  II, 
p.  181.  Ann.  Pisan.  {Mon.  Germ.,  SS,  XIX,  253)  et  Miracula  S.  Egidii 
(Ibid.,  XII,  319).  On  peut  noter  l'importance  du  change  à  Saint-Gilles  oi\ 
se  trouvaient  de  grands  établissements  de  Templiers  et  d'Hospitaliers.  I 
faudrait  surtout  étudier  les  Coutumes  de  .Saint-Gilles  dont  un  texte  pro- 
vençal a  été  édité  d'une  manière  médiocre  par  A.  de  Lamothe  {Comptes- 
rendus  de  la  Société  Se.  et  Litt.  d'Alais,  t.  IV,  année  1872,  pp.  131-216) 
mais  dont  M.  Bondurand  prépare  une  édition  d'après  un  texte  latin, 
plus  ancien,  qu'il  a  découvert;  il  en  a  donné  une  longue  analyse  dans 
un  supplément,  sous  presse,  à  l'inventaire  de  la  série  H  des  Archives  du 
Gard.  Cf.  notamment  pp.  138,  142,  153,  155  et  160  de  l'édition  provençale, 
p.  37  de  l'inventaire.  —  Enfin,  sur  le  port  de  Saint-Gilles  et  les  péages, 
cf.  la  liasse  H  '  104  aux  Archives  des  Bouches-du -Rhône. 

1.  Texte  publié  par  Germain,  ouv.  cité,  t.  II,  pp.  412-414. 

2.'Tarifs  publiés  partiellement  par  M,  E.  Bondurand  dans  la  revue 
Nemausa  (I,  1883,  p.  321)  et  d'une  manière  complète  par  le  même  érudit 
sous  le  titre  :  Leudes  et  Péages  de  Saint-Gilles  au  XII'  siècle  (Mémoi- 
res de  l'Acad.  de  Nimes,  t.  XXIV,  1901,  pp.  267-292).  Nous  pouvons 
apporter  une  preuve  à  l'appui  de  l'hypothèse  de  M.  Bondurand  qui  attri- 
bue ces  tarifs  au  xii"  siècle  ;  l'article  5  du  «  Péage  »  nomme  parmi  les  par- 
ties prenantes  un  certain  Bertrand  Guigue;  or,  ce  personnage  intervient 
dans  un  acte  de  1184  (du  Roure,  Inventaire  analytique  de  l'Authentique 
de  l'Hôpital  du  Grand  Prieuré  de  Saint-Gilles,  Paris,  1891,  in-S",  n»  144.) 
Le  péage  est  donc  de  la  fin  du  xir  siècle;  peut-être  les  textes  en  proven- 
çal, publiés  à  la  suite,  sont-ils  un  peu  postérieurs,  mais  il  ne  faut  pas 
oublier  que  la  croisaiie  albigeoise  fut  suivie  pour  Saint-Gilles  d'une  pro- 
fonde décadence. 

3.  Art.  36,  41  (Totz  navegz  que  passa  per  la  Fossa  et  len  ves  Monpes- 
lier  ou  autre  luoc),  49  et  50. 

4.  Fréquentes  mentions  de  radeaux  :  Péages  de  Saint-Gilles,  art.  40. 
Cf.  au  milieu  du  xu»  siècle  «  in  trabibus  et  lignis   que  descendunt  per 


318  JEAN   MORIZE. 

loin  vers  l'est*,  le  cours  inférieur  du  Vidourle  le  reliait  aux 
marais  de  Psalmodi.  A  partir  de  là,  deux,  peut-être  même 
trois  canaux  permettaient  de  gagner  le  Petit-Rhône.  Le 
plus  septentrional  suivait  sans  doute  le  tracé  actuel  du 
canal  de  Beaucaire  à  Algues-Mortes-;  le  second  apparaît 
de  très  bonne  heure  sous  le  nom  de  «  Fosse  gothique  »  ;  on 
l'appelle  au  xni»  siècle  la  «  Fosse  »^.  Ce  nom  désigne  encore 
les  marais  de  ces  parages  et  un  mas,  situé  sur  la  rive  droite 
du  Petit-Rhône,  au  point  où  le  chenal  se  détachait  du  fleuve, 
n  est  difficile  de  savoir  si  l'on  est  en  présence  d'une  dériva- 
tion naturelle  ou  artificielle.  Enfin,  un  ancien  bras  du  Rhône, 
le  Bourguidou,  appelé  au  xii^  siècle  le  Roanal  ou  Rosanal, 
menait  des  marais  de  Psalmodi  au  Petit-Rhône  dont  il  se  sé- 
pare au  lieu  dit  l'Attache  (ad  stacham).  Le  Bourguidou*, 
après  avoir  traversé  les  marais,  se  prolongeait  jusqu'à  la 
mer  :  cette  partie  inférieure  de  son  cours,  appelée  plus  tard  le 


Rodanum  de  Furchis  usque  columpnam  S.  Egidii  ».  Kiener.  loc.  cit., 
p.  279. 

1.  Cf.  L.  Malavialle,  Le  Littoral  du  Bas-Languedoc  (Bull.  Soc.  Lan- 
gued.  de  Géographie,  XVII,  1894,  p.  217).  Eeniarquer  la  position  des 
anciennes  églises  de  Notre-Dame  et  de  Saint-Pierre  d'Asport. 

2.  Cf.  Bondurand  (ouv.  cit.,  pp.  269-271),  mais  l'existence  de  ce  clienal 
n'est  guère  attestée  que  par  l'emplacement  du  péage  de  «  Pella-Mour- 
gues  »  qui  est  lui-même  fort  conjectural. 

3.  Acte  de  788  :  «  Ego  Elderedus donator  Domino  meo  Sancto  Petro 

Apostolo,  nionasterio  Psalmodiense,  qui  est  fundatus  in  pago  Nemau- 
sense,  in  litoraria,  inter  paludes  quœ  sunt  prope  fossa  gotica  »  (Çartu- 
laire  A  de  Psalmodi,  Arch.  du  Gard,  H  106,  f"  13  v°.  Autre  copie.  H  147). 
1182.  «Ego  BernardusMascaronus...dono...  doniui  Francarum  Vallium... 
illud  totum  quod  habeo...  in  toto  tenemente  de  Iscla...  a  fossa  godesca 
usque  ad  Rodanum  »  (Arch.  du  Gard,  Orig.,  H  66).  11  y  a  plusieurs  textes 
analogues  dans  la  même  liasse  ;  le  dernier  emploi  que  je  connaisse  du 
terme  de  Fossa  Godesca  est  de  1193.  —  Sur  la  Fosse,  cf.  outre  le  péage 
de  Saint-Gilles  et  le  commentaire  de  M.  Bondurand,  des  textes  de  1164, 
1167  et  1185  dans  du  Roure,  ouv.  cité,  n°«  300,  303  et  302,  et  pour  une 
époque  un  peu  antérieure,  Kiener,  ouv.  cité,  p.  279.  D'après  M.  Bondu- 
rand, la  Fosse  daterait  de  l'époque  romaine. 

4.  Sur  le  Bourguidou,  cf.  Pagézy  (ouv.  cité,  pp.  140-145)  et  Émilien 
Dumas,  Statistique  géologique  du  Gard,  I,  p.  687.  Dans  une  enquête  de 
1284,  on  trouve  ce  témoignage  intéressant  «  ...  ilUid  est  robina  antiqua 
quam  fecit  ipse  Rodanus  per  se,  sine  operibus  personarum,  secundum 
quod  ipse  testis  audivit  dici  et  satis  apparet  quod  magnus  fundus  aque 
est  in  pluribus  locis  ».  (Arch.  du  Gard,  G  760.  —  H  106,  f»237). 


AIGUES-MORTES   AU   Xni«   SIÈCLE.  319 

Canal  Viel,  se  terminait  au  grau  du  Boucanet.  Ces  che- 
naux peu  profonds,  encombrés  de  roseaux,  de  barrages  éta- 
blis par  les  pécheurs,  étaient  cependant  souvent  fréquentés 
par  les  embarcations  légères  et  plates,  et  l'on  signale  plus 
d'un  lieu  de  débarquement,  d'un  port,  sur  leur  parcours^. 

Il  est  remarquable  que  ces  deux  ou  trois  voies  navigables 
aboutissent  dans  les  marais  situés  au  nord  de  la  baie  d'Ai- 
gues-Mortes,  au  milieu  desquels  se  dressait,  depuis  la  fin  du 
viiie  siècle,  l'abbaye  bénédictine  de  Psalmodi  :  là  commen- 
çait, en  effet,  le  chenal  unique  qui  conduisait  vers  l'étang  de 
Mauguio  et  vers  Montpellier.  Autour  du  monastère,  la  Petite- 
Camargue  s'était  un  peu  transformée;  les  terres  en  partie 
drainées,  les  défrichements,  la  pêche  avaient  attiré  quelques 
habitants;  les  églises  de  la  Sylve,  comme  celle  de  Sainte- 
Agathe,  sur  le  bord  du  Bourguidou,  attestent  le  peuplement 
assez  ancien  de  la  contrée.  Surtout,  les  moines  n'avaient  pas 
laissé  leur  maison  isolée  dans  les  marécages;  ils  avaient 
rattaché  leur  «  île  »  aux  terres  sèches  de  la  Gostière  ;  alors 
que,  dans  tout  le  pays  des  étangs,  les  textes  anciens  ne  révè- 
lent l'existence  que  de  voies  «  vacheresses  »,  simples  pistes 
tracées  par  les  troupeaux^,  dès  le  début  du  xii^  siècle  appa- 
raît la  chaussée  qui,  de  Psalmodi,  se  dirige  vers  le  nord^. 

C'est  tout  près  de  l'abbaye,  au  point  où  la  route  se  rappro- 
che le  plus  du  bon  mouillage  des  Eaux-Mortes,  à  l'endroit  où 
les  .voies  navigables  dérivées  du  Petit-Rhône  se  réunissent 
en  une  seule  et  viennent  presque  toucher  le  rivage  de  la  mer, 

1.  Ces  ports  sont  de  simples  lieux  d'accostage,  il  n'y  a  pas  de  groupes 
d'habitations  au  voisinage.  Tel  était  ce  port  de  Negaromieu  qui  a  été 
bien  à  tort  considéré  comme  un  nom  d'Aigues-Mortes  (cf.  R.  Michel, 
ouv.  cit.,  p. 333).  Voici  la  mention  de  quelques  autres  ports  :  1168  «  corri- 
giam...  que  tenet...  usque  ad  Portum  Caboti  ».  Arch.  du  Gard,  H  66, 
original.  —  1193:  Vente  de  la  seigneurie  des  Saliers  d'Albaron  jusqu'à 
Port-Arnaud  (Du  Roure,  ouv.  cité,  n"  80;  autres  mentions  du  début  du 
xin«  siècle,  n°'  93,  96.  358).  1308.  «  Portus  vocatus  Den  Niquel  »,  Arch. 
du  Gard,  H  67.  —  Sur  l'état  de  ces  chenaux,  voir  plus  loin. 

2.  Mentions  fréquentes  dans  les  chartes  de  Psalmodi  et  de  Franque- 
vaux  des  «  viae  vacaressae  »,  par  exemple  en  1136  i,via  vaccareza,  Arch. 
du  Gard,  H  117)  en  1156  (via  vaccarezza,  ibid.,  H  162). 

3.  1121  :  «  Callata  qua  itur  de  Sancto-Laurentio  apud  Psalmodium  », 
Arch.  du  Gard,  H  106,  f»  74. 


320  JEAN   MORIZE. 

que  le  roi  va  créer  le  premier  port  français  en  Méditerranée. 
On  ne  peut  dire  à  quel  moment  l'attention  de  ses  officiers 
en  Languedoc  fut  attirée  pour  la  première  fois  par  la  situa- 
tion d'Aigues-Mortes;  mais  on  voit,  à  partir  de  1240  envi- 
ron, les  travaux  commencer  ;  et  là  où  il  n'y  avait  auparavant 
ni  pierre,  ni  tour,  ni  habitant,  vont  s'élever  fortifications  et 
maisons  :  Aigues-Mortes  est  bien  la  ville  et  la  création  de 
saint  Louis^. 

Les  foy^tificatîons  d' Aigues-Mortes.  —  En  étudiant  l'his- 
toire d'Aigues-Mortes  à  ses  débuts,  on  retrouve  l'exécution 
méthodique  d'un  plan  :  le  roi  et  ses  officiers  veulent  élever 
d'abord  des  constructions  assez  fortes  pour  abriter  les  mar- 
chands et  les  pèlerins*;  ils  créeront  en  même  temps  un  port 
qui  leur  donnera  libre  accès  à  la  Méditerranée,  permettra  de 
réunir  les  nefs  frétées  pour  la  croisade  et  facilitera  l'établis- 
sement de  relations  commerciales  directes  entre  laFrance  et 
le  Levant;  ils  cherchent  enfin  à  fixer,  derrière  les  fortifica- 
tions et  près  de  la  rade,  un  groupe  de  population  assez  im- 
portant pour  que  la  ville  nouvelle  puisse —  entre  Montpellier 
et  Marseille  —  oflfrir  une  base  d'opérations  convenable  à  une 
politique  d'expansion  dans  la  Méditerranée. 

Il  fallait  d'abord  se  rendre  maître  du  territoire  :  du  Petit- 
Rhône  —  limite  de  la  Provence  —  au  Vidourle,  où  com  mence  le 
comté  de  Melgueil,  la  plus  grande  partie  de  la  plaine  appar- 
tenait à  l'abbaye  de  Psalmodi,  alors  bien  en  décadence^.  Les 
pourparlers,  engagés  sans  doute  vers  1240,  n'aboutirent  qu'en 
1248,  et  c"est  peu  de  temps  avantdes'embarquerque  Louis  IX 

1.  C'est  par  confusion  que  Canale  (Nuova  i'storia  délia  Repiihlica  di 
Goiova,  Gènes,  1858,  4  vol.  in-16,  t.  II,  pp.  495-97)  parle  de  traités  con- 
clus en  1199  et  12:^4  entre  Gênes  et  les  habitants  d'Aigues-Mortes;  il  s'agit 
d'accords  intervenus  entre  Gênes  et  les  seigneurs  de  Toulon  et  d'Hyères. 
Cf.  Liber  Jurium  Reipublicae  Gemiensis,  1. 1,  (Turin,  1854,  in-f°),n<'673. 

2.  «  ...  Ut  tam  peregrini  quam  etiam  niercatores  in  Terrain  Sanctam 
exinde  profecturi  cuin  rébus  suis  salvi  consistere  valeant.  »  Bulle  de 
Clément  IV  du  21  septembre  12(56  {Layettes,  IV,  p.  192,  n°  5209). 

3.  L'abbaye  était  délaissée  depuis  la  fondation  dans  son  voisinage  du 
monastère  cistercien  de  Franquevaux  (vers  1143).  Il  y  eut,  en  1209.  une 
vraie  liquidation  de  ses  dettes  opérée  par  les  Hospitaliers  de  Saint-Gilles 
(Arch.  du  Gard,  H  107.  f"  1). 


AIGUES-MORTES  AU  XIII»   SIÈCLE.  321 

devint,  grâce  à  un  échange,  propriétaire  du  sol  de  la  ville  et 
d'une  partie  de  la  «  Sylve  »  voisine*.  Cette  acquisition  fut 
complétée:  en  1272,  Philippe  III  achetait  aux  Hospitaliers  la 
«  Sylve  »  ou  Terre  des  Poits,  située  à  l'ouest  de  Psalmodie; 
et,  en  1291,  son  fils  devenait,  à  l'est,  propriétaire  du  terri- 
toire et  des  salines  de  Peccais^.  Ainsi,  autour  de  la  ville 
naissante,  s'agrandit  le  domaine  du  roi. 

Vers  1241,  les  premiers  travaux  furent  entrepris  à  Aigues- 
Mortes;  on  constate  alors  de  grands  charrois  de  pierres  et 
de  sables*;  on  voit  les  maçons  d'Alais  requis  d'y  aller  tous 
exercer  leur  métier ^  Un  des  premiers  soins  des  officiers  du 
roi  fut  de  refaire  la  chaussée  et  le  pont  qui  conduisaient  à 
Psalmodi  et  à  la  mer^;  mais,  en  même  temps,  ils  élevaient 
la  four  dite  de  Constance.  Il  n'y  aurait  pas  lieu  d'insister  si 
un  archéologue  éminent  n'avait  émis  l'opinion  que  la  tour 
n'était  peut-être  pas  l'œuvre  de  Louis  IX",  et  si  cette  hypo- 
thèse n'était  en  train  de  faire  fortune*.  Peu  de  monuments 

1.  L'échange  est  d'août  1248  (Arch.  Nat.,  J  295,  n»  12.  Layettes,  III, 
p.  4.Ô,  n»  37U6).  Il  avait  été  autorisé  par  une  bulle  d'Innocent  IV  adressée 
le  5  décembre  1246  à  l'évêque  d'Uzès  (Orig.  Arch.  du  Gard,  H  109,  n»  12), 
éditée  d'après  une  copie  (H  106,  f"  40)  par  Pagézy,  ouv.  cit.,  p.  340. 

2.  Jean  Raybaud,  Histoire  des  G)-a?ids  Prieurs...  de  Saint-Gilles,  édit. 
par  l'abbé  Nicolas,  Nimes,  1904,  in-8°.  t.  I,  p.  188.  La  Terre  des  Ports 
figure  encore  sur  les  cartes  à  l'est  d'Aignes-Mortes;  il  ne  s'agit  pas  ici  de 
la  Sylve  godesque,  comme  l'a  cru  l'éditeur  de  Jean  Raybaud. 

3.  Arch.  Nat.,  J  295  b,  n»  33.  Ménard,  Histoire  de...  Nismes,  I,  preuves, 
p.  'i88.  Pagézy,  ouv.  cit.,  p.  282. 

4.  CÂ.  Recueil  des  Historiens  cfe  France,  XXIV,  484  d.  (Enquêtes  faites 
en  Languedoc  sur  l'ordre  de  Louis  IX).  La  date  de  1241  résulte  de  la 
mention  du  sénéchal  Pierre  d'Ernencourt  (1241-43)  et  de  celle  du  viguier 
de  Beaucaire,  Raoul  de  Saint-Quentin,  connu  seulement  pour  l'année  1240  ; 
cf.  R.  Michel,  ouv.  cit.,  pp.  334-335. 

5.  Rec.  des  Hist.  de  Fr.,  XXIV,  400  d.  Les  noms  des  fonctionnaires 
indiqués  dans  ce  passage  conduisent  à  la  date  de  1244. 

6.  Travaux  «  in  opère  pontis...  »  Hist.  de  France,  XXIV,  534  e.  g.  Il 
est  question  du  pont  nouveau  de  Psalmodi  dans  l'échange  de  1248:  «  caput 
pontis  novi  Salmodii  cuni  toto  ponte  et  calceia  ». 

7.  «  Il  n'est  pas  certain  qu'il  faille  la  dater  d'une  époque  aussi  éloi- 
gnée [le  règne  de  Louis  IX],  car  sa  décoration  se  rapproche  beaucoup  de 
celle  du  xiv=  siècle.  »  L.-II.  Labande,  Congrès  archéologique  de  France, 
LXXVI'  session  tenue  à  Avig?ion  en  1909,  t.  I,  Guide  du  Congrès, 
Paris  et  Caen,  1910,  in-8»,  p.  187. 

8.  «  Rien  ne  prouve  qu'elle  soit  l'œuvre  de  saint  Louis...  ;  il  est...  pro- 
bable que  la  tour  Constance  date  de  la  même  époque  que  l'ensemble  des 


822  JEAN   MORIZE. 

sont  pourtant  mieux  datés  ;  dès  1246,  Mathieu  de  Paris 
signale  les  fortifications  importantes  élevées  par  le  roi';  la 
même  année,  une  bulle  d'Innocent  IV  y  fait  allusion 2;  en 
1248,  il  en  est  question  dans  l'échange  du  territoire  de  la 
ville;  en  1249,  un  acte  est  rédigé  à  l'intérieur  de  la  tour  du 
roi,  à  A.igues-Mortes3  ;  Clément  VI  parle,  en  1266,  des  grands 
frais  que  le  roi  a  supportés  pour  la  construction'de  la  tour*  ; 
beaucoup  de  témoins  entendus  en  1283,  au  cours  d'une  en- 
quête, mentionnent,  en  se  rapportant  aux  années  1248-1251,  la 
grande  tour  du  Roi  ^  et,  à  la  fin  du  siècle,  elle  nous  est  décrite 
surmontée  du  farot,  telle  qu'elle  est  encore  aujourd'hui^.  Je 
ne  sais  si  la  décoration  de  la  tour  se  rapproche  beaucoup  du 
style  du  xiv«  siècle,  mais  on  peut,  je  crois,  affirmer  qu'elle 
a  été  construite  entre  1240  et  1250. 

Auprès  de  la  tour,  important  ouvrage  militaire  protégé  par 
des  fossés  et  un  retranchement^,  des  habitations  s'élèvent; 
les  textes  signalent  des  maisons,  des  moulins*;  les  construc- 

remparts.  «Chanoine  F.  Durand  en  sa  notice  des  monuments  romans  insérée 
dans  Ximes  et  le  Gard,  deux  volumes  in-8»  publiés  à  l'occasion  du  Congrès  de 
la  Société  pour  l'Avancement  des  SciencestenuàNimesenl912,  t.  I,  p.  336. 

1.  «  Portum  aptissimum  mnltum  effusis  sumptibus  praeparavit  et  cas- 
tris  fortissimis  prudenter  communivit.  »   Chr.  maj.,  éd.  Luard,  IV,  546. 

2.  «...  Rex...  procommuni  utilitate...  quoddam  castrum...  juxta  portum 
de  Aquis  Mortiiis  construere  dudum  inceperit  »,  5  décembre  1216.  Orig. 
Arch.  du  Gard,  H  109,  n°  12,  édité  par  Pagézy,ouv.  cit.,  p.  310. 

3.  «  Actum  interius  turris  de  Aquis  Mortuis  domini  régis  Francorum.  » 
Layettes,  III,  p.  74,  n"  3789. 

4.  Un  témoin,  parlant  du  temps  «  passagii  Daiuiete»,  indique  comme 
limite  «  consoa  calva  scilicet  usque  ad  equitatem  magne  turris  domini 
régis  »  ;  un  autre  parle  de  Jean  Porcheron,  châtelain  de  la  tour  d'Aigues- 
Mortes  en  1249,  etc. 

5.  «  Turrim  dudum  extruxeris  opère  sumptuoso  ut  tam  peregrini  quam 
mercatores,  etc..  » 

6.  «...  In  signum  salutaris  refugii  dicti  portus  fuit  in  villa  Aquarum 
Mortuarum.  per  sanctum  regem  Ludovicum,  turris  constructa  mire  alti- 
tudinis  et  fortitudinis,  et  supra  ejus  cacumine  positum  farossium  in  quo 
lumen  de  nocte  continue  ardere  consuevit.  »  Enquête  de  1298-9.  Pagézy, 
ouv.  cit..  p.  95.  —  Mêmes  termes  en  1304  :  «  Turris  magna  inqua  est  faro- 
cium.  »  Arch.  du  Gard,  H  169. 

7.  «  Retenta...  turri  nostra  cum  fossatis  et  vallo  circa  turrem.»  1272, 
Pagézy,  ouv.  cit.,  p.  355. 

8.  Il  y  en  a  plusieurs  mentions,  se  rapportant  à  1250  environ,  dans  l'en- 
quête de  1283.  Un  témoin  signale  pour  cette  époque  «  quedam  domus  lapi- 
dea  que  nunc  est...  intra  muros  ville  Aquarum  Mortuarum  ». 


AIGUES-MORTES   AU   XIII«    SIÈCLE. 

tions  ne  sont  pas  distribuées  au  hasard,  mais  suivant  le  plan 
régulier  des  villes  neuves  ;  les  remparts  les  enfermeront  sans 
peine  et  aux  principales  rues  correspondront  des  portes.  La 
nécessité  de  bâtir  des  murs  se  fit  bientôt  sentir;  non  seule- 
ment la  ville  était  exposée  aux  attaques,  mais  les  dunes, 
poussées  par  le  vent,  menaçaient  de  l'envahir*.  Louis  IX,  dès 
avant  1266,  s'inquiéta  de  la  clore;  il  voulut,  pour  se  pro- 
curer les  ressources  indispensables,  établir  sur  toutes  les 
marchandises  débarquées  à  Aigues-Mortes  une  taxe  d'un 
denier  pour  livre  ;  toutefois,  il  ne  leva  ce  droit  qu'après  y 
avoir  été  autorisé  par  le  pape,  car  il  s'agissait  du  port  des 
pèlerins  et  des  croisés.  C'est  un  peu  avant  le  départ  du  roi 
pour  Tunis,  vers  1268  ou  1269,  que  le  denier  pour  livre  com- 
mença d'être  perçu  et  c'est  à  cette  époque  que  l'on  doit  faire 
remonter  les  premiers  travaux  de  l'enceinte*. 

Louis  IX,  pour  exécuter  son  dessein,  eut  recours  à  un  per- 
sonnage dont  la  carrière  est  curieuse.  Guglielmo  Boccanera 
appartenait  à  une  famille  de  la  noblesse  génoise  restée  jus- 
qu'à lui  assez  obscure^;  on  sait  pourtant  qu'elle  comptait  des 
marchands  et  des  armateurs,  et  que  certains  de  ses  membres 
entretenaient  des   relations  commerciales  avec  Marseille*. 


1.  «  ...  rogatus  ut  ibidem  conipetens  loci  spacium  murorum  ambitu 
claufU  facias,  intra  quem  possint  incole  domos  construere.que  non  sohim 
ab  hostium  eos  reddant  tutos  incursibus,  set  etiam  a  ventorum  persécu- 
tions défendant,  qui  dum  undique  flatu  libère  locum  puisant,  arenarum 
cum'ulis  excrescentibus,  inhabitabilem  eum  reddunt».  Bulle  de  Clément  IV 
déjà  citée.  Le  pape,  né  à  Saint-Gilles,  connaissait  bien  Aigues-Mortes  (qui 
loci  siium  et  statum  oculata  fide  cognovimus)  et  y  était  intervenu  en  1262 
chargé  d'une  mission  par  le  roi,  alors  qu'il  était  archevêque  de  Narbonne. 

2.  Ceci  résulte  :  i»  de  la  bulle  de  Clément  IV  autorisant  le  denier  pour 
livre  (21  sept.  1266)  citée  à  la  note  précédente  ;  2°  d'indications  nombreuses 
et  concordantes  tirées  de  l'enquête  de  1298-1299.  Germain,  ouv.  cité,  t.  I, 
pp.  ;331.  342,  31.^,  351,  371,  etc.  ;  tous  ces  témoignages  portent  que  le  denier 
pour  livre  fut  institué  30  ou  33  ans  plus  tôt,  avant  le  départ  pour  Tunis. 

3.  Sur  les  Boccanera  (Buccanigra,  Boccanigra)  cf.  Caro,  Genua  und  die 
Mâchte  am  Mittelmeer.  Halle,  1895-99,  2  vol.  in-8»,  t.  I,  p.  12;  Belgrano, 
/  Genovesi  ad  Acque-Morte  dans  le  Giornale  ligustico  di  archeologia, 
storia  e  letteratura  IX,  1882,  pp.  326-341  ;  Piton,  Les  Lombards  en 
France  et  à  Paris.  Paris,  1892,  in-8'',  pp.  86-89;  mais  aucun  de  ces  au- 
teurs ne  connaît  les  éléments  divers  rassemblés  ici. 

4.  Lanfranco  Boccanera,  un  frère  de  Guglielmo,  est  à  Marseille  en 
juillet  1248.  Blancard,  Documents  inédits  sur  le  commerce  de  Marseille 


324  JEAN   MORIZE, 

Les  expéditions  entreprises  par  Louis  IX  offrirent  aux  Gé- 
nois l'occasion  de  fructueuses  affaires  :  ils  louent  et  cons- 
truisent des  navires,  transportent  les  troupes  et  les  appro- 
visionnements, se  font  en  ÉgN'pte  ou  en  Syrie  les  trésoriers 
des  chefs  et  les  banquiers  des  chevaliers.  Les  Boccanera 
furent  parmi  les  plus  actifs  à  exploiter  la  croisade;  l'un 
d'eux,  Otberf,  est  en  relation  avec  le  roi  dès  1246';  un  autre, 
Rinaldo,  nolise  en  mai  1248  un  navire  pour  la  croisade  (le 
Saint-Esprit)-;  on  le  voit  un  peu  plus  tard  à  Aigues-Mortes, 
après  le  départ  de  Louis  IX.  Il  était  accompagné  de  son  frère 
Guglielmo,  qui  était  un  des  consuls  des  Génois  établis  dans 
la  nouvelle  ville^.  Celui-ci  s'y  était  rencontré  avec  Alfonse 
de  Poitiers  et  était  entré  à  son  service;  il  l'accompagna 
outre-mer*  et,  à  Acre,  le  9  décembre  1249,  il  paye  leur  solde 
à  plusieurs  des  chevaliers  de  ce  prince*.  Dès  1251,  on  le  re- 
trouve à  Gênes,  au  Conseil  *"';  il  devient  un  homme  politique, 
un  chef  de  parti  ;  le  soulèvement  populaire  du  18  février  1256 

au  Moyen  âge,  Marseille,  1884-5,  2  vol.  in-S».  Notules  d'Araalric,  n»  959, 
t.  II,  p.  272. 

1.  Traités  passés  entre  Louis  IX  et  Gênes  publiés  par  Champollion- 
Figeac.  Coll.  des  Documents  inédits.  Documents  historiques,  t.  III. 
Paris,  1843,  in-4<>,  à  la  p.  61. 

2.  Acte  passé  à  Gènes,  publié  par  Jal  :  Mémoire  sur  quelques  docu- 
ments çénois  relatifs  aux  croisades  de  savit  Louis  dans  les  Atinales 
maritimes  et  coloniales,  21"  année,  3'  série,  1. 1,  1842,  pp.  20-21. 

3.  18  août  1249.  Layettes,  III,  p.  74,  n°  -3789  :  ...Testes...  Willelinus 
Buccanigra  et  Ansaldus  Straleria  consules  [Januenssium  in  Aquis  Mor- 
tuis]...  et  Raynaldus  Buccanigra.  ^ 

4.  «  Dilecto  et  fideli  nostro  Guillelmo  Buchanigra  qui  nobis  servivit  in 
itinere  maritimo  de  cujus  servicio  nos  laudamus.  »  1263,  Lettre  d'Alfonse 
à  Louis  IX,  A.  Molinier,  Correspondance  adm,inistrative  d'Alfonse  de 
Poitiers,  t.  II  rParis,  1900,  in-l»),  p.  425,  n»  1857. 

5.  Bibliothèque  Nationale,  Nouv.  Acq.  lat.,  n»  1665,  f<»  170  à  172:  Re- 
cueil de  chartes  (copies  ou  analyses)  relatives  aux  croisades  formé  par 
Lacabane.  Il  y  a  en  tout  dix  reçus  pour  une  somme  de  2.987  livres  tour- 
nois rédigés  selon  une  même  formule  .  «...Nos...  recepimus...  a  Guillermo 
Buchanigra  et  ejus  socils  januensibus  civibus...  libras  tur.  monete  quas 
nobis  debebal  solvi  facere  in  isto  festo  Natalis  Domini,  illustrissimus  do- 
minus  noster  Alfonsus  conies  Pict.  et  Tholos.  ratione  stipendiorum  nos- 
trorum...»  S'il  est  possible  que  certaines  de  ces  chartes  soient  fausses,  le 
faux  porte  sur  les  noms  des  chevaliers  et  non  sur  ceux  des  marchands 
génois. 

6.  Caro,  ouv.  cité,  I,  p.  12.  Liber  Jurium,  I,  1081 .  Guglielmo  Boccanera 
est  de  nouveau  au  Conseil  en  1256  (/6.  1248  et  1251). 


AIGU  ES-MORT  ES  AU   XIlI®   SIECLE.  325 

fait  de  lui,  sous  le  nom  de  Capitaine  du  Peuple,  le  vrai  maître 
de  la  République  ;  il  le  restera  jusqu'en  mai  ISô*^,  date  où  la 
noblesse  réussit  à  rétablir  la  vieille  constitution  et  le  con- 
traint à  l'exil  *.  11  se  réfugie  en  France;  moins  d'un  an  après 
sa  chute,  il  est  à  Beaucaire,  où  il  vit  aux  frais  de  Louis  IX; 
Alfonse  de  Poitiers  multiplie  les  démarches  en  sa  faveur;  il 
écrit  à  plusieurs  reprises  à  la  commune  et  au  podestat  de 
Gênes,  à  l'archevêque  ;  il  veut  intéresser  à  son  sort  les 
Génois  qui  fréquentent  les  foires  de  Champagne;  enfin  il 
sollicite  son  frère,  le  roi,  d'intervenir;  il  le  recommande  à 
ceux  qui  ont  l'oreille  de  Louis  IX,  à  Pierre  le  Chambellan, 
à  Jean  Sarrazin,  à  Philippe  d'Égly^.  Il  réussit  enfin,  en  1264, 
à  lui  faire  confier  une  mission  par  la  reine ^  :  quelques  an- 
nées plus  tard,  nous  retrouvons  Guglielmo  Boccanera  à  Ai- 
gues-Mortes,  au  service  du  roi. 

On  ne  peut  dire  exactement  dans  quelles  conditions  ; 
aucun  acte  officiel  ne  nous  a  été  conservé;  mais  les  marins, 
dont  les  témoignages  furent  recueillis  à  la  fin  du  siècle, 
étaient  nombreux  à  se  souvenir  qu'un  peu  avant  le  départ 
du  roi  pour  Tunis,  lorsque  fut  établi  le  denier  pour  livre,  il 
y  avait  à  Aigues-Mortes  un  Lombard,  un  Génois  disent 
d'autres,  qui  s'appelait  Boccanigra  :  il  levait  la  taxe  et 
gouvernait  la  ville  pour  le  roi^;  les  textes  sont  vagues,  mais 
deux  hypothèses  seulement  sont  possibles  :  ou  bien  il  était 

1.  Sur  tous  ces  événements,  voir  Caro,  livre  I  (I,  pp.  1  à  121).  Il  serait 
intéressant  de  savoir  si  le  «  vassal  »  d'Alfonse  de  Poitiers  eut  une  politi- 
que particulièrement  favorable  à  la  France,  mais  rien,  dans  l'exposé  de 
Caro,  ne  le  laisse  entrevoir. 

2.  Correspondcmce  admitiist.  d'Alfonse  de  Poitiers,  n<»  1905,  1907  — 
1869,  1870  —  1906  —  18.57,  1903,  2003  —  1904  et  1&58. 

3.  Ibid.,  n°  2024.  L'intérêt  que  portait  Alfonse  de  Poitiers  au  Génois  se 
manifeste  longtemps;  il  lui  accorde  encore  diverses  faveurs  en  1270.  (Ibid., 
n»»  1405  et  1714.) 

4.  Cf,  la  déposition  du  Génois  Nicolo  «  de  Riverolo  »  (Germain,  ouv. 
cit.,  I,  p.  350)  :  c<  Dixit  se  vidisse  ante...  passagium  [Tunitii]  et  tempore 
ipsius  passagii,  quo  I  fuit  bene  snnt  XXX  anni  et  plus,  quod  Guillelmus 
Bocanegra,  qui  morabatur  in  Aquis  Mortuis  et  tenehat  jiirisdictio7iem 
ibidem  pro  rege  Francie,  corapellebat...  omnia  navigia  que  intrabant 
infra  termines  portus  Aquarum  Mortuarum.  si  ibi  ancorassent,  videlicet 
de  Mota  de  Cotieu  usque  ad  gradum  de  Cabra  venire  et  applicare  ad 
portum  Aquarum  Mortuarum  et  ibidem  denarium  pro  libra  solvere  », 


326  JEAN    MORiZE. 

viguier  comme  le  fut  plus  tard  un  autre  Génois;  ou  bien 
il  avait  conclu  avec  Louis  IX  un  accord  analogue  à  celui 
qu'acceptera  plus  tard  Philippe  le  Hardi.  Gomme  le  droit 
d'un  denier  a  été  créé  —  les  termes  de  la  bulle  de  Clément  IV 
sont  formels  — pour  permettre  la  construction  des  remparts, 
et  comme  Boccanera  a  été  le  premier  à  le  percevoir,  on  doit 
conclure  que  celui-ci  a  entrepris  d'élever  les  murailles  d'Ai- 
gues-Mortes  au  moment  de  l'établissement  de  cette  taxe, 
c'est-à-dire  à  la  fin  du  règne  de  Louis  IX,  vers  1268  ou  1269. 

Mais  l'œuvre  était  de  longue  haleine:  pour  la  mener  à  bien, 
Philippe  III  conclut  avec  le  Génois  un  vrai  traité^  :  Bocca- 
nera se  chargeait  d'enclore  la  ville  et  d'achever  le  port, 
jusqu'à  concurrence  d'une  dépense  de  cinq  mille  livres  tour- 
nois; il  devait  de  plus  consacrer  à  cette  entreprise  tous  les 
revenus  d'Aigues-Mortes;  il  devenait  en  revanche  co-pro- 
priétaire  de  la  ville  et  du  port  qu'il  tenait  en  fief  hérédi- 
taire; les  dix  années  écoulées,  il  en  partagerait  le  revenu 
avec  le  roi.  Celui-ci  se  réservait  cependant  la  grande  tour  et 
les  maisons  qu'il  avait  dans  la  ville. 

Boccanera  ne  mena  pas  très  loin  les  travaux":  dès  1275,  sa 
veuve  résilie  la  convention*.  Lès  remparts  d'Aigues-Mortes 
ne  s'achevèrent  que  lentement;  l'enquête  de  1283  sur  les 
pêcheries  de  Psalmodi  les  montre  à  demi-construits,  et,  en 
1289.  le  sénéchal  de  Beaucaire  écrivait  dans  une  sorte  de 
rapport  au  roi  qu'il  restait  à  construire  1.580cannesde  murs 
et  plus  encore  de  tours  et  de  portes  ;  des  entrepreneurs  étaient 
d'ailleurs  alors  occupés  à  avancer  l'ouvrage^.  C'est  le  dernier 
texte  qui  nous  parle  des  fortifications  d'Aigues-Mortes;  elles 
étaient  certainement  terminées  à  la  tin  du  siècle*. 

1.  Mai  1272.  Arch.  nat\,  JJ  3U^  f"  441;  Pagézy,  ouv.  cit.,  pp.  ;3.51-358. 
Le  roi  se  réserve  l'administration  de  la  justice  et  le  droit  de  nommer,  en 
cas  de  croisade  —  passagium  générale,  —  un  amiral. 

2.  Arch.  nat.,  J  295,  n"  24  et  24  bis;  J  474,  n»  40;  Pagézy,  ouv.  cit., 
pp.  358-365. 

3.  Arch.  nat.,  J  896-902,  n"  22;  Pagézy,  pp.   322-337  :   la  canne  valait 

4.  La  meilleure  description  des  remparts  d'Aigues-Mortes  est  celle  de 
M.  L.-H.  Labande,  ouv.  cit.,  pp.  183-187.  En  même  temps  que  les  rem- 
parts fut  élevée  la  Tour  Carbonnière  qui  défend  l'accès  de  la  chaussée 


AlGUES-MORTES   AU    XIII*   SIÈCLE.  327 

Elles  avaient  ainsi  demandé  au  moins  trente  années  de 
travail  :  elles  présentent  pourtant,  si  l'on  ne  tient  pas  compte 
de  quelques  réfections  exécutées  au  xiv*  siècle,  une  parfaite 
unité;  elle  ne  peut  s'expliquer  que  par  l'exécution  d'un  plan 
tracé  à  l'avance;  celui-ci  doit,  selon  toute  vraisemblance, 
être  attribué  à  Guglielmo  Boccanera^. 

On  comprend  ainsi  les  différences  souvent  relevées  entre 
la  tour  de  Constance  et  les  fortifications  de  la  ville  entre- 
prises vingt  ans  à  peine  après  son  achèvement.  Celle-là  fut 
construite  par  les  officiers  du  roi  à  une  époque  où  l'on  ne 
connaît  pas  de  Génois  à  Aigues-Mortes  ;  celles-ci,  au  contraire, 
élevées  par  Boccanera,  doivent  être  rattachées  soit  à  l'archi- 
tecture militaire  de  la  Ligurie,  soit  plus  probablement  à 
celle  de  la  Syrie,  pays  où  il  avait  résidé;  on  a  même  noté 
des  rapports  précis  entre  les  murailles  d'Aigues-Mortes  et 
certains  édifices  laissés  en  Terre-Sainte  par  les  croisés'. 

Les  Ports  cC Aigues-Mortes.  —  La  construction  des  rem- 
parts et  de  la  tour  ne  s'explique  que  dans  un  but  d'expansion 
maritime  :  la  création  de  la  ville  a  été  la  conséquence  de 
l'aménagement  du  port. 

Celui-ci,  au  xiii«  siècle,  comprend  deux  parties  :  un  port 
intérieur  et  une  rade.  Le  premier  était  établi  dans  l'étang 
sur  le  bord  duquel  la  ville  avait  été  bâtie,  une  partie  de  cette 
vaste  nappe  d'eau  saumâtre  fut  peut-être  approfondie  dans 

conduisant  à  Aigues-Mortes  :  elle  se  dresse  au-dessus  du  pont,  recons- 
truit au  début  des  travaux,  que  l'on  désigne,  dès  1270,  sous  le  nom  de 
Pons  Carbonerie  (Arch.  du  Gard,  Original,  G  760).  C'était  encoi-e  au 
xi\«  siècle  le  seul  passage  permettant  de  traverser  les  marais  du  littoral  : 
«  est  sciendum  quod  a  portu  de  Agathe  usque  ad  fortalicium  de  Carbone- 
ria  nullus  veniens  per  mare  potest  per  terram  meare  nisi  per  fortalicium 
seu  passagium  de  Carboneria  ».  Germain,  ouv.  cit.,  II,  p.  ^04.  Cf.  Falgai- 
rolle,  La  Tour  Carho7iniére,  Nimes,  19U0,  in-S». 

1.  Remarquons  que  Boccanera  exécuta  à  Gènes  de  grands  travaux 
publics  (Caro,  ouv.  cit.,  p.  115,  n.  3),  et  c'est  un  de  ses  frères  qui  en  1283 
construisit  le  mole  de  Gènes  (Belgrano,  Archivio  Storico  Italiatw, 
4'  série,  XIII.  1884,  p.  44,  note  1). 

2.  Cf.  A.  Rey,  Étude  sur  les  monuments  de  l'architecture  m,ilitaire 
des  Croisés  en  Syrie,  Paris,  1871,  in-4°,  p.  42.  Voir  aussi  les  indications 
—  malheureusement  trop  vagues —  données  par  Lenlhéric,  Villes  Mortes, 
p.  379. 


â28  Jean  morIzë. 

le  voisinage  des  remparts,  où  une  porte  a  retenu  le  nom  de 
porte  de  la  Marine.  C'était  le  vieux  port  d'Aigues-Mortes  : 
Portus  antiquus  juxta  muros  est-il  appelé  dès  1289^. 
L'accès  n'en  était  permis  qu'aux  embarcations  d'un  faible 
tonnage,  aux  petites  galères,  aux  tartanes  et  aux  barques  *; 
au  début  du  xiv^  siècle,  alors  que  sont  exécutés  des  travaux 
d'approfondissement,  on  se  propose  d'obtenir  une  profon- 
deur de  huit  à  douze  palmes,  c'est-à-dire  de  2  à  3  mètres'. 
Aussi  bien,  n'est-ce  là  qu'un  port  fluvial,  l'étape  sur  la  voie 
navigable  qui  unit  Montpellier  à  Saint-Gilles  et  au  Rhône. 
Le  port  maritime,  c'était  la  baie  d'Aigues-Mortes,  fré- 
quentée bien  avant  la  fondation  de  la  ville*  :  là  s'abritaient 
les  grosses  galères  et  les  nefs  génoises;  là  étaient  embarqués 
ou  déchargés  marchandises  et  passagers  ;  autour  des  navires 
se  mouvaient  les  petites  embarcations,  d'un  faible  tirant 
d'eau,  qui  faisaient  le  va-et-vient  entre  les  navires  ancrés 
dans  la  rade  et  le  port  intérieur.  Louis  IX  dut  ainsi,  en 
1248  et  en  1270,  s'avancer  en  barque  jusqu'au  port  où  il 
f  entra  en  sa  nef  »  *. 


1.  Pagézy,  ouv.  cit.,  p.  322;  M,  Duponchel,  Atterrissements  du 
Rhône  dnyis  la  régio7i  d'Aigues-Mortes,  pp.  34-35,  donne  des  détails  sur 
«  les  parties  de  cette  lagune  aménagées  pour  les  besoins  du  commerce, 
munies  de  quais  d'accostage  ».  etc.,  mais  il  n'y  a  rien  de  pareil  dans  les 
documents.  L'étang  d'Aigues-Mortes  est  aujourd'hui  —  par  suite  des 
atterrissements  —  divisé  en  deux  parties  :  la  Marette  et  l'Étang  de  la 
Ville. 

2.  «  Pro  intrandis  galeis  et  aliis  navigiis.  »  Pagézy,  Mémoires  sur  le 
Port  d'Aigues-Mortes.  Troisième  et  quatrième  mémoires  (Paris,  1887, 
in-8''),  p.  368.  Cf.  aussi  p.  361.  Nous  considérerons  cet  ouvrage  posthume 
comme  le  deuxième  tome  de  son  livre  sur  Aigues-Mortes. 

3.  Pagézy  (premier  et  deuxième  mémoires),  p.  105. 

4.  Pour  les  auteurs  qui  n'admettent  pas  l'existence  de  la  baie  d'Aigues- 
Mortes,  la  rade  aurait  été  constituée  par  l'espace  compris  entre  la  côte  du 
Boucanet  et  un  banc  de  rochers  qui  lui  est  parallèle  :  or,  c'est  là  un  des 
points  les  plus  dangereux  du  littoral  languedocien. 

5.  Les  Enquêtes  nous  ont  conservé  deux  témoignages  intéressants  sur 
les  préparatifs  de  la  croisade  de  1248;  l'un  {Hist.  de  France,  XXIV, 
475  i-j)  est  relatif  à  l'embarquement  du  blé  nécessaire  à  l'expédition; 
l'autre  [ibid.,  492  h.)  montre  bien  quelles  embarcations  étaient  employées 
pour  charger  les  gros  navires  :  Grégoire  Benoît  se  plaint  de  ce  que  les 
officiers  du  sénéchal  «  retinuerunt  navigium  ipsius...  cum  familia  quîe 
ducebatdictum  navigium  in  Aquis  Mortuis,  pro  servicio  domini  régis  ibi 
faciendo,  scilicet  pro  honerandis  navibus  domini  régis  et  tenuit  ibi  dictum 


AlGUËS-MORTES   AU   XII1«  SIÈCLE. 

Gomment  communiquaient  les  deux  ports  d'Aigues-Mortes? 
On  a,  bien  à  tort,  admis  l'existence  d'un  canal  qui  aurait, 
de  tout  temps,  relié  la  mer  à  l'étang  et  que  Louis  IX  aurait 
recreusé*  ;  il  n'existait  pas  encore,  nous  le  verrons,  en  1289 2. 
D'autre  part,  l'enquête  instituée  en  1283  sur  les  pêcheries  de 
Psalmodi  montre  les  barques  de  pêche  passant  directement 
de  l'étang  à  la  haute  mer  {inare  vivum, profundum)^ ;  dans 
les  dépositions,  nombreuses  et  détaillées,  alors  recueillies, 
il  est  question  du  rivage  des  étangs  et  de  la  mer,  mais  rien 
n'indique  la  présence  d'un  grau,  d'un  chenal. 

C'est,  en  effet,  par  une  large  ouverture  que  l'étang  com- 
muniquait avec  la  baie  :  si  l'on  suit  le  tracé  —  soigneuse- 
ment relevé  par  Lenthéric* —  du  prolongement  du  Bourgui- 
dou  qui  s'appela  plus  tard  le  Canal-Viel,  on  constate  qu'il 
était  relié  à  la  mer  —  aujourd'hui  étang  du  Repausset  —  par 
une  brèche  encore  fort  visible  sur  le  terrain  au  lieu  dit  «  Les 
'lombes  ^».  Les  embarcations  légères  allaient  sans  difficulté 
de  la  rade  au  port  intérieur  en  utilisant  cette  passe  peu  pro- 
fonde, mais  étendue  :  c'est  là  l'entrée  du  port  dont  il  est 
question  dans  plusieurs  textes".  Aujourd'hui  on  l'appelle 

navigium  cum  familia  per  très  decim  dies...  et  pro  loquerio  dicti  navigii 
debuerunt  dare  tantum  quantum darentaliisnavigiis qui  pro  eodemnegocio 
erant  ibi,  et  dabant  singulis  navigiis,  etiam  minoribus,  singulis  dicbus 
duossolidos  viennensium...»  L'équipage  de  cette  embarcation  se  composait 
de  sept  liommes  que  l'on  devait  payer  quinze  deniers  viennois  par  jour. 

1.  Pagézy,  ouv.  cit.,  p.  73. 

2.  Arch.  nat.,  J  896,  n»  22;  Pagézy,  ouv.  cit..  p.  323.  Sur  ce  grau,  voir 
plus  loin. 

3.  Nombreuses  dépositions.  Cf.  par  exemple  la  3»,  celle  d'Etienne  Ber- 
trand, des  Saintes-Mariés  :  c<  Piscatores  seu  gentes  monasterii  Psalnio 
diensis...  consueverant  piscari  per  totum...  per  aquas  monasterii...  intus 
et  extra  usque  ad  profundum  mare,  trahendo  rctia  sua  de  peda  in  pedam 
versus  Aquas  Mortuas...  » 

4.  Lenthéric,  Le  littoral  d'Aigues-Mortes  au  XIH^'et  au  XIV<' siècles, 
pp.  202-204. 

5.  Cf.  F.  Mazauric,  Les  Musées  archéologiques  de  Nimes.  Recherches 
et  Acquisitions.  Année  1910,  dans  les  Mémoires  de  l'Académie  de 
Nimes,  1910,  7«  série,  t.  XXXIII,  pp.  323-328  :  Le  Tombeau  du  Croisé  à 
Aiguës- Mortes.  L'état  des  lieux  se  modifie  rapidement  à  la  suite  des 
atterrissements  du  Vidourle  ;  cf.  la  carte  donnée  par  Lenthéric. 

t).  Notamment  dans  le  rapport  du  sénéchal  de  1289.  Pagézy,  ouv.  cit., 
p.  322,  «  introitus  portus  ».  Il  est  curieux  que  Pagézy  (t.  II,  p.  247,  note) 
ait  relevé  l'existence  de  cette  brèche  sans  en  soupçonner  l'importance. 

ANNALES  DO   MIDI.   —   XXVI  32 


330  JEAN  MORIZE. 

le  Port-Louis;  mais  cette  désignation  est  de  date  assez 
récente.  Des  travaux  y  furent  exécutés,  probablement  à 
l'époque  de  Louis  IX  :  on  a,  en  effet,  découvert  en  1849  et 
retrouvé  en  1910  «  des  lignes  de  pilotis  protégeant  une 
digue  assez  importante  mais  moins  bien  construite  cependant 
que  celle  de  la  Peyrade  »  ».  Au  point  où  le  Canal- Viel  s'ouvrait 
sur  la  rade,  quelques  constructions  s'élevèrent  et  l'on  trouve 
même  un  petit  cimetière^. 

Cette  brèche  servit  pendant  assez  longtemps  d'accès  au 
port  intérieur  :  un  habitant  d'Aigues-Mortes  se  rappelait,  en 
1363,  avoir  vu  jadis  le  Canal-Viel,  roMna  antiqua,  assez 
profond  et  en  assez  bon  état  pour  que  les  navires  —  au 
moins  les  grandes  barques  —  et  les  marchandises  pussent 


1.  Di  Pietro,  Histoire.  d'Aigues-Mortes,  Paris,  1849,  in-8«,  p,  70; 
Mazauric,  loc.  cit.,  p.  324.  On  ne  peut  guère  attribuer  ces  travaux  qu'à 
Louis  IX,  puisque  sous  son  successeur  on  entreprend  un  canal  en  un 
autre  point  de  la  côte. 

2.  De  là  le  nom  de  quartier  des  Tombes.  M.  F.  Mazauric  a  récemment 
exploré  ces  parages  :  il  signale  deux  bâtiments  dont  rien  à  vrai  dire 
n'indique  la  date  et  qui  ne  sont  certainement  pas,  comme  on  Ta  cru,  les 
restes  d'un  hôpital  dont  la  tradition  et  quelques  historiens  attribuent  la 
fondation  à  Louis  IX  (Di  Pietro,  ouv.  cit.,  p.  72)  :  l'hôpital  d'Aigues- 
Mortes  ne  date,  en  effet,  que  de  1344.  (Arch.  municipales  d'Aigues-Mortes, 
GG  5,  n»  1).  M.  F.  Mazauric  indique  quatre  pierres  funéraires  provenant 
de  ce  quartier  :  la  plus  remarquable,  connue  depuis  longtemps  sous  le 
nom  de  «  Tombe  du  Croisé  »,  est  anépigraphe  et  porte  les  armes  des  Por- 
cellet-  rien  ne  permet  de  la  dater  et  de  croire  qu'elle  abritât  le  corps  d'un 
croisé;  une  seconde  (Mazauric,  loc.  cit.,  p.  327)  est  de  1272;  une  troisième 
[Ménù  Académ.  Nimes,  1909,  p.  249)  est  incomplète  mais  appartient  au 
xui'  siècle.  M.  Mazauric  cite  enfin  (p.  326)  la  pierre  funéraire  de  Durant 
Isarn,  convers  de  Saint-Pierre  (de  Psalmodi);  il  déclare  impossible  d'at- 
tribuer à  ce  petit  monument  une  date  postérieure  à  la  deuxième  moitié 
du  xii«  siècle.  Mais  il  est  bien  hasardeux  de  dater  avec  précision—  d'après 
l'aspect  seul  des  caractères  —  une  inscription  assez  fruste  comptant  à 
peine  quelques  lignes.  D'ailleurs,  serait-elle  même  du  xw  siècle,  elle  ne 
suffirait  pas  à  prouver  qu'il  y  erit  au  quartier  actuel  des  Tombes  un  vrai 
port  et  une  agglomération  d'habitants  «  bien  avant  saint  Louis  »,  c'est- 
à-dire  bien  avant  la  fondation  d'Aigues-Mortes.  Sans  doute,  les  vestiges 
relevés  par  M.  Mazauric  indiquent  que  l'endroit  fut  habité;  mais  à  part 

ette  inscription  douteuse,  rien  ne  permet  de  croire  que  ce  fut  avant  1248. 

La  bulle  de  Grégoire  IX,  invoquée  par  M.  Mazauric  (1230,  Original  aux 
Arch.  du  Gard,  H  109,  n»  10),  d'une  portée  très  générale  —  comme  en  ob- 
tinrent nombre  de  monastères,  —  n'a  certainement  pas  le  sens  très  précis 

qu'il  lui  attribue. 


AIGUES-MORTES   AU   X1II«   SIÈCLE.  331 

aborder  à  Aigues-Mortes*.  Mais  cette  passe  ne  devait  être 
alors  employée  que  d'une  manière  bien  accessoire  :  dès  la  fin 
du  xiii«  siècle,  une  communication  plus  directe  avait  été 
établie  entre  l'étang  et  la  rade. 

Le  port  maritime  ne  paraît  pas  avoir  été  l'objet  de  travaux 
à  l'époque  de  Louis  IX,  mais  sous  son  successeur  on  y 
éleva  une  forte  jetée,  un  môle  que  les  habitants  appellent 
encore  aujourd'hui  La  Peyrade  :  elle  devait  donner  aux 
navires  un  abri  plus  sûr  et  leur  offrir  un  quai  d'accostage. 
Elle  «  présente  sur  toute  sa  face  exposée  au  sud...  une  ligne 
de  défense  formée  de  pilotis  presque  jointifs,  protégés  eux- 
mêmes  par  des  enrochements.  Le  massif  de  maçonnerie...  a 
une  largeur  variable  de  6  à  8  mètres;  il  est  constitué  par  des 
moellons  de  forte  dimension,  en  pierre  vive  et  dure  »-.  On  a 
bien  à  tort  attribué  cette  digue  «  aux  constructeurs  de  la 
tour  de  Constance  »  ^.  Les  murs  du  môle  sont  revêtus  de 
pierres  taillées  en  bossage,  c'est-à-dire  «  de  matériaux  tra- 
vaillés identiquement  de  la  même  manière  que  ceux  des 
remparts  »,  et  il  faut  rattacher  l'édification  du  môle  à  celle 
des  murs  d'Aigues-Mortes.  Cette  hypothèse  —  qui  est  celle 
de  M.  Lenthéric  —  est  confirmée  par  des  textes  jusqu'ici 
ignorés.  Un  témoin,  entendu  en  1288,  raconte  qu'il  a  péché 
dans  les  étangs  et  la  mer  de  Psalmodi,il  y  a  sept  ou  huit  ans, 
avant  que  le  môle  ne  fût  commencé;  un  autre,  Pierre 
Guilhem-Durant,  des  Saintes-Mariés,  précise  :  il  y  a  cinq 
ans,  il  péchait  dans  les  eaux  du  monastère  et  le  môle  fut  alors 
commencé*  :  c'est  donc  à  1278  —  plus  tard  que  ne  le  croyait 


1.  Lenthéric,  ouv.  cit.,  pp.  181-182.  Pagézy  (JI,  p.  371)  clonne  de  ce  texte 
une  interprétation  manifestement  inacceptable. 

2.  Lenthéric, ouv.  cit.,  pp.  21G-2l8  et  22tj.  Voir  toute  sa  description,  fort 
exacte,  du  môle  et  sa  planche  n»  4;  cf.  aussi  le  plan  donné  par  Pagézy 
(t.  I,  p.  64).  La  Peyrade,  située  aujourd'hui  à  mi-cliemin  entre  Aigues- 
Mortes  etla  mer,  étaità  l'époque  où  écrivait  M.  Lenthéric  visible  sur  une 
longueur  de  (5UU  mètres;  aujourd'iiui  on  ne  peut  la  suivre  que  sur  un  par- 
cours bien  moindre,  mais  on  distingue  encore  fort  bien  les  enrochements 
etsur  la  face  ouest,  en  plusieurs  endroits,  les  parements  taillés  en  bossage. 

'à.  Pagézy,  ouv.  cit.,  pp.  109-110. 

4.  Enquête  de  126S  (Arch.  du  Gard,  H  167,  n»  4).  Déposition  de  Pierre 
Vital,  des  Saintes  Maries  (4e  peau)  :  a  Dixit  quod  ipse...  piscatus  fuit.... 


332  JEA.N    MORIZE. 

même  M.  Lenthéric  qui  voulait  y  voir  l'œuvre  de  Boccanera 
—  que  remonte  la  construction  de  la  digue.  Les  témoignages 
recueillis  en  1283  citent  fort  souvent  le  môle  et  ne  laissent 
jamais  supposer  qu'il  fût  alors  inachevé';  il  parut  bientôt 
insuffisant  :  au  bout  de  dix  ans,  on  veut  le  prolonger  d'en- 
viron 200  mètres,  mais  le  projet  fut  abandonné^;  l'ensable- 
ment de  la  rade  rendait  pourtant  ce  travail  indispensable; 
les  habitants  de  Montpellier  le  réclament  encore  vers  1335 
en  des  termes  qui  font  croire  à  de  précédentes  additions^. 
Le  môle  construit,  l'idée  se  fit  bientôt  jour  de  creuser  dans 
sa  direction  un  chenal  qui  relierait  directement  le  port  inté- 
rieur et  la  rade  :  des  travaux  en  ce  sens  furent,  en  1288,  en- 
trepris sur  l'ordre  du  sénéchal  Philippe  du  Bois-Archambaud  ; 
on  aurait  ainsi  remplacé  la  brèche  du  Ganal-Viel,  alors  pres- 
que à  sec  et  en  mauvais  état.  Mais,  l'année  suivante,  le  canal 
était  loin  d'être  achevé,  et  un  nouveau  sénéchal,  Adam  de 
Montliard,  conseillait  d'abandonner  l'entreprise,  dont  se  se- 
rait pourtant  volontiers  chargé  un  Génois  alors  viguier  d'Ai- 
gues-Mortes,  Guglielmo  Buccucio^  Il  croyait  meilleur  de  se 
borner  k  remettre  en  état  l'entrée  du  port,  c'est-à-dire  la  brè- 
che reliant  le  Ganal-Viel  à  la  mer,  et  invitait  le  roi  h  ratifier 


bene  suntVII  anni  vel  VIII,  in  aquis  dicti  monasterii  antequam  modulus 
esset  inceptu.»!.  »  Déposition  de  P.  Guilliem  Durant  (3°  peau)  :  «  Dixit 
quod,  V  anni  sunt,  ipse  fuit  ibi  piscatus  cum  societate  dicti  monasterii... 
et  erat  capitaneus  dicte  societatis  tune  Berengarius  Pallade  de  INIari  et 
tune  inceptus  fuit  modulus...  »  D'autres  dépositions  corroborent  ces  ren- 
seignements, notamment  celle  de  Raj'uiond  Augier  {i'  peau). 

1.  Un  témoin  parle  même  de  la  pointe  du  môle  :  «  Ultra  punelam 
moduli.  V) 

2.  Areh.  mit.,  J  896,  n»  22;  Pagézy.  ouv.  cit.,  p.  322  et  suiv.  :  «  In- 
veni...  quod  anteeessor  meus  tune  seneseallus...  ordinaverat...  quod..- 
modulus  ultra  extenderetur  per  mare  quam  nunc  sit  per  C  cannas...  »  La 
date  de  1288  résulte  de  ce  que  le  prédécesseur  d'Adam  de  Montliard, 
Philippe  du  Bois-Arcliambaud  n'apparaît  en  fonction  que  cette  année-là. 

3.  «  Qu'el  mol  si  cregues  tôt  jorn  avantz.  »  Pagézy,  II,  pp.  344-.5. 

4.  Texte  cité  à  l'avant-dernière  note  :  «  ...  Item  G.  Buccuci  vicarius 
Aquarum  Mortuarum  qui  alias  obtulit  se  facturum  i-obinam  de  juxta 
modulum  infra  portum  veterem...  »  Le  Génois  proposait,  en  outre,  de 
prolonger  le  Môle,  de  fermer  un  bras  du  Rhône  et  d'achever  les  murs 
d'Aigues-Mortes.  Il  voulait  donc  obtenir,  comme  jadis  Boccanera,  l'en- 
treprise générale  des  travaux  d'Aigues-Mortes,  mais  à  des  conditions  que 
le  sénéchal  jugeait  exagérées. 


AIGDES-MORTES   AU   XIII^    SIECLE. 

un  traité  qu'il  avait,  dans  cette  intention,  passé  avec  un  autre 
Génois  fixé  à  Aigues-Mortes,  Nicolo  GominelU  ;  celui-ci  s'en- 
gageait à  mener  l'ouvrage  de  manière  à  ce  qu'au  bout  d'un 
an,  les  galères  pussent  aborder  au  vieux  port  d'Aigues- 
Mortes'.  Nous  ne  savons  si  le  roi  approuva  les  propositions 
de  son  sénéchal^;  mais,  si  le  chenal  —  le  grau  du  Môle, 
comme  on  l'appela  plus  tard  —  fut  alors  abandonné,  l'entre- 
prise fut  reprise  peu  après  et  était  achevée  à  la  fin  du  siècle. 

Alors  seulement  le  port  d'Aigues-Mortes  fut  terminé  :  le 
port  maritime  a  son  môle  où  viennent  accoster  les  gros  na- 
vires; il  est  directement  relié  par  un  canal  au  vieux  port  de 
la  ville;  enfin,  par  le  grau  de  la  Chèvre,  Aigues-Mortes  est 
le  vrai  port  d'embouchure  du  Rhône 3. 

Les  travaux  de  Louis  IX  et  de  Philippe  III  s'étendirent 
aux  voies  navigables  qui  reliaient  la  ville  nouvelle  à  Mont- 
pellier et  à  Saint-Gilles.  Vers  l'ouest,  on  remplaça  la  voie 
frayée  à  travers  les  marais  par  un  canal  établi  à  grands  frais 
et  qui  fut  de  bonne  heure  très  fréquenté  :  on  le  voit  apparaî- 
tre en  1250;  il  est  bientôt  désigné  sous  le  nom,  qu'il  a  gardé, 
de  canal  de  la  Radelle;  c'est  certainement  l'œuvre  des  offi- 
ciers de  Louis  IX*. 

D'Aigues-Mortes  au  lihône,  on  se  borna  à  rendre  plus  fa- 
cilement navigable  le  Bourguidou.  A.  une  époque  qui  ne  se 
laisse  pas  aisément  déterminer  —  et  qui  est  peut-être  posté- 
rieure à  1270  —  cet  ancien  lit  du  Rhône  fut  en  quelques 


1.  PcXgézy,  oiiv.  cité,  p.  329.  Corainelli  s'engageait  à  refaire  l'entrée  du 
port  et  à  achever  les  travaux  du  port. 

2.  Nous  admettrions  volontiers  que  le  roi  ne  ratifiât  pas  les  conventions 
passées  par  son  sénéchal  et  qu'il  acceptât,  au  contraire,  les  offres  de  Buc- 
cuci,  puisque  le  canal  fut  achevé  et  peut-être  aussi  le  môle  prolongé,  mais 
rien  ne  permet  de  l'atlirnier. 

3.  Aigues-Mortes  est,  encore  au  xv«  siècle,  considéré  comme  le  port 
d'embouchin-e  du  Rhône  :  «  Esguemort  où  tumbe  le  grant  fleuve  du  Rosne 
en  mer.  »  Le  Livre  de  la  description  des  pays,  de  Gilles  le  Bouvier,  dit 
Berry,  édit.  ITamy,  Paris,  1908,  in-4»,  p.  31. 

4.  Sur  la  Radelle,  cf.  Pagézy,  ouv.  cité,  pp.  1.3.5-1.39,  et  surtout  Germain, 
ouv.  cité,  I,  pp.  .5.J-61  et  Pièce  justificative  n»  xx,  pp.  212-11.  Acte  de  1336  : 
«  Quadam  robina  fuit  facta  artificialiter  et  cum  magnis  sumptibus  et  ex- 
pensis  et  de  mandato  régis...,  que  fuit  facta  centum  anni  sunt  elapsi  et 
ultra...  »,  etc. 


334  JEAN   MORIZE. 

points  approfondi  et  élargi,  et  sur  tout  son  parcours  débar- 
rassé des  roseaux  et  des  pêcheries  qui  l'encombraient^  : 
l'importance  de  ce  canal  était  d'ailleurs  médiocre  puisque, 
par  le  grau  de  la  Chèvre,  on  pouvait,  de  la  rade  d'Aigues- 
Mortes,  entrer  directement  dans  le  fleuve  et  remonter  vers 
Saint-Gilles  et  vers  Arles, 

Importance  militaii^e  et  co^nmerciale  d'Aigiies-Mortes  ; 
la  population.  —  Si  les  travaux  de  la  ville  et  du  port,  entre- 
pris par  Louis  IX,  ne  furent  achevés  qu'à  la  fin  du  siècle,  de 
bonne  heure  les  habitants  s'étaient  groupés  au  pied  de  la 
tour  et  derrière  les  murailles  à  demi-construites  ;  un  des  pre- 
miers soins  du  roi  fut,  en  effet,  de  les  attirer  en  grand  nom- 
bre :  tâche  difficile  si  l'on  songe  au  sol  où  s'élève  Aigues- 
Mortes,  aux  marais  qui  l'entourent  et  le  rendent  insalubre,  à 
l'absence  d'eau  douce^;  aussi  eut-il  recours  au  procédé  géné- 
ralement employé  au  Moyen  âge  pour  créer  de  nouveaux 
centres  urbains  :  Aigues-Mortes  a  tous  les  caractères  d'une 
bastide.  Dès  1246,  il  accorda  une  charte  —  la  seule  qu'il  ait 
octroyée  dans  toute  la  sénéchaussée  de  Beaucaire, —  dont  les 
dispositions  sont  en  somme  très  favorables  aux  habitants  ^ 

1.  Cf.  Pagézy,  ouv.  cité,  pp.  140-145  et  188-192.  Tous  les  renseignements 
sont  tirés  d'une  petite  enquête  de  1284  (Arch.  du  Gard,  G  760.  Cartulaire  A 
de  Psalmodi.  Ibid.,  H  306,  £0  257)  :  comme  certains  témoins  parlent  d'une 
époque  remontant  à  environ  trente  ans,  on  pourrait  attribuer  les  travaux 
à  1258  ou  1254,  mais  d'autres  parlent  du  temps  où  Guglielmo  Buccucio 
était  viguier,  ce  qui  nous  reporte  à  1280;  peut-être  faut-il  admettre  deux 
séries  de  travaux.  Voici  quelques  extraits  de  ces  dépositions  :  «  ...  fuit 
dicta  robina  aliquantulum  dilatata  seu  cavata  ut  melius  possent  navigia 
pertransire...  »  —  «  ...  vispiare  scilicet  et  eradicare  cannas  seu  sannam  et 
bozam  ad  hoc  ut  navigia  possent  per  dictum  locum  magis  libère  pertran- 
sire ».  —  «  Dominus  Hugo  de  Gasneio  et  Buccucius.  cum  erat  vicarius, 
fecerunt  aperiri  et  ampliari  resclausas  multas...,  ut  iter  navigiorum  esset 
magis  spatiosum  «,  etc. 

2.  «  Propter  loci  corruptionem  et  infirmitatem  »  (Bulle  de  Clément  IV, 
de  1266).  En  1270,  les  habitants  d'Aigues-Mortes  demandent  que  l'on 
amène  de  l'eau  douce  dans  la  ville  (Ménard,  Histoire...  de  la  ville  de  Nis- 
mes,  I;  Preuves,  pp.  77-79,  n"  lv.  Requête  présentée  à  Louis  IX  par  les 
habitants  d'Aigues-Mortes  :  ce  texte  intéressant  —  attribué  à  l'année  1248 
par  Ménard  —ne  date,  en  réalité,  que  de  1270  environ,  comme  l'a  montré 
M.  R.  Michel,  ouv.  cité,  p.  3HI]. 

3.  Layettes,  n°  3.522  (II,  618);  confirmation  de  Philippe  III  en  1279 
(Ordofi.,  IV,  44).  La  charte  d'Aigues-Mortes  a  été  étudiée  d'une  manière 


AIGUES-MORTES   AU   XIII»    SIÈCLE.  335 

Sans  doute,  le  roi  installe  dans  la  ville  nouvelle  un  viguier; 
il  réserve  toute  la  juridiction  pour  son  juge  et  pour  la  cour 
royale;  il  a  dans  la  grande  tour  un  châtelain  et  une  petite 
garnison  de  sergents';  plus  tard,  il  nomme  un  Garde  du 
Port^  :  il  veut,  en  effet,  maintenir  ferme  son  autorité  dans  la 
place  et  le  port  de  guerre;  mais,  en  revanche,  il  accorde  à  la 
population  de  larges  franchises  financières  —  exemption  des 
tailles,  des  emprunts  forcés,  des  péages  —  et  militaires. 
Bien  plus,  il  dote  Algues-Mortes  du  régime  consulaire  dans 
des  conditions  meilleures  que  celles  où  il  existait  à  Nimes. 
Particulièrement  remarquables  sont  les  clauses  relatives 
aux  étrangers.  Leur  liberté  personnelle  et  leurs  biens  sont 
garantis  :  ils  sont  mis  à  l'abri  des  redoutables  conséquences 
du  droit  de  marque  3,  et  on  assure  l'exécution  de  leurs 
dernières  volontés. 

Il  est,  en  outre,  dans  la  charte  d'Aigues-Mortes,  quelques 
dispositions  d'un  intérêt  uniquement  commercial  :  non  seule- 
ment on  peut  faire  entrer,  en  franchise,  approvisionnements 
et  matériaux  de  construction;  non  seulement  le  roi  assure  le 
contrôle  des  poids  et  mesures;  non  seulement  il  crée  un  mar- 
ché hebdomadaire,  mais  la  ville  doit  être  le  siège  d'une  foire 
annuelle  où  naturellement  les  marchands  sont  placés  sous  la 
sauvegarde  royale.  Surtout,  le  viguier  peut,  sur  la  présenta- 
tion des  consuls  de  la  ville,  établir  des  consuls  de  la  me)\ 
c'est-à-dire  confier  à  des  habitants  d'Aigues-Mortes  pleine 
juridiction  sur  les  équipages  et  les  passagers  des  navires  qui 

approfondie  pai-  M.  R.  Michel  qui  lui  a  consacré  tout  un  chapitre  de  son 
étude  sur  V Adrninistration  royale  da?is  la  sénéchaussée  de  Beaucaire 
au  temps  de  saint  Louis  (pp.  268-281).  Nous  nous  bornons  à  résumer 
ces  pages  excellentes. 

1.  On  a  vu  qu'il  y  avait  un  châtelain  dès  1249;  en  1294,  vingt-cinq  ser- 
gents logeaient  dans  la  tour  et  devaient  assurer  la  garde  des  portes  de  la 
ville  (Ménard,  ouv.  cit.,  I  ;  Pr.,  p.  131,  n"  c). 

2.  Le  Garde  du  Port  fut  créé  lors  de  l'établissement  de  la  taxe  d'un 
denier  pour  livre.  Cf.  une  déposition  de  l'enquête  de  1298  (Germain,  ouv. 
cit.,  I,  p.  371),  où  l'on  trouve  la  liste  de  ces  fonctionnaires. 

3.  «  Quicumque  extranei  ad  dictum  locum  venerint,  salvi  ibidem  cum  suis 
rébus  consistent,  nec  possint  occasione  guerre...  vel  occasione  contragagii 
vel  aliqna  causa  simili  detineri  vel  impediri  nisi  propter  delictum  per- 
sone  »;  Layettes,  II,  p.  621. 


336  JEAN    MORIZE. 

partent  du  port'.  C'est  là  un  privilège  assez  rare  :  il  mar- 
que bien  le  caractère  maritime  et  commercial  de  la  création 
de  saint  Louis;  pour  en  mesurer  toute  la  portée,  il  ne  faut 
pas  oublier  qu'Aigues-Mortes  était  fréquenté  surtout  par  des 
navires  étrangers  —  italiens  pour  la  plupart  -  qui  assuraient 
les  relations  entre  la  France  et  la  Syrie-. 

La  charte  accordée  par  le  roi  est  donc  assez  libérale;  mais 
de  telles  concessions  étaient  fort  nécessaires.  Peu  de  ressour- 
ces —  le  commerce  mis  à  part  —  s'offraient  aux  habitants 
que  la  politique  royale  s'efforce  d'attirer.  Le  sol  se  prête 
mal  à  la  culture;  seule  une  partie  de  la  Sylve  voisine  fut  dé- 
frichée et  la  ville  se  plaint,  à  la  fin  du  xiii"  siècle,  de  manquer 
de  pâturages  pour  les  troupeaux  3.  Il  y  avait,  il  est  vrai,  d'im- 
portanles  salines  au  voisinage  d'Aigues-Mortes,  et  elles 
s'agrandirent  notablement  après  la  fondation  de  la  ville*; 
mais  elles  appartenaient  soit  à  l'abbaye  de  Psalmodi,  soit  à 
la  famille  des  seigneurs  d'Uzès  et  d'Aimargues  :  ces  derniè- 
res, situées  à  Peccais,  devinrent  en  1291  °  la  propriété  du  roi. 


1.  «  Ad  requisitionem  consulum  teneatur  curia  nostra...  in  singulis 
viagiis  niaintimis  dare  plenam  jurisdictionem  uni  ex  habitatoribus  loci,  a 
consnlibiis  piTsentato,  qui  fuerit  in  dicto  viagio  super  omnes  de  regno 
niercatores,  nautas  et  marinarios  et  eorum  familiam,  qui  tamen  de  portu 
Aqiiarum  Mortuarum  iter  arripient  «  ;  Layettes,  II,  pp.  6l9-6'^0. 

2.  Ces  privilèges  parurent  pourtant  insuffisants  aux  habitants  d'Aigues- 
Mortes  :  ils  réclamèrent,  en  1270,  —  outre  l'exemption  du  denier  pour  livre 
—  une  situation  analogue  à  celle  des  Vénitiens  et  des  Génois  en  Syrie  : 
«  ...  rex  faciat  quod  niercatores  et  burgenses...  sint  liberi  et  innnunes  ad 
catenam  Aconis  sicut  sunt  Venetiani,  Januenses  et  Pisani  et  quod...  ha- 
beant  vicum  seu  unam  terram...  apud...  Acon...  ubi  morentur...  sicut  Ve- 
netiani, Jannonses  et  Pisani  ».  Ils  demandent,  en  outre,  le  droit  d'avoir 
un  consul  à  Acre  (Ménard,  I,  Preuves,  pp.  78  et  79). 

3.  «  Pascua  honiinuni  de  Aquis-Mortuis  pro  suis  animalibus  extendunt 
se  quantum  durât...  silva  dicti  loci,  infra...  quam  sunt  sablonum  et  cu- 
muli  sablonorum  et  magna  loca  salsata,  in  quibus  locis  quasi  nuUa  herba 
crescit:  et  alia...  loca...  dicte  silve  sunt  accensata  et  ad  culturam  redacta.  » 
(Archives  communales  d'Aigues-Mortes.  Enquête  de  1296  sur  les  pâturages 
de  la  ville.  —  Pagézy,  ouv.  cit.,  p.  839.) 

4.  Olim.,  I,  p.  289.  Intéressant  arrêt  sur  les  travaux  entrepris  par 
Decan  d'Uzès  pour  agrandir  les  salines  de  Peccais  :  ils  paraissaient  nui- 
sibles au  port  d'Aigues-Mortes. 

.").  Échange  du  territoire  et  des  salines  de  Peccais.  Arch.  Nat.,  J,  295", 
n°  33.  Ménard,  I,  Pr.,  388;  Pagézy,  ouv.  cit.,  p.  282.  Dans  cet  acte,  les  re- 
venus des  salines  sont  évalués  à  350  1.  tournois. 


AIGUES-MORTES    AU    XIII*    SIÈCLE.  337 

Le  sel  s'exportait  par  le  port  cVAigues-Mortes,  mais  les  entre- 
preneurs, maîtres  et  ouvriers,  chargés  de  l'exploitation  des 
salines,  habitaient  en  dehors  de  la  ville^. 

Enfin,  de  bonne  heure,  des  pêcheurs  avaient  fréquenté  les 
étangs  et  la  mer  voisine  :  ils  installaient  dans  les  chenaux 
étroits  des  bourdigues^  sortes  de  constructions  légères  où  les 
poissons  étaient  retenus;  ils  traînaient,  reliés  à  deux  bateaux, 
les  grands  filets  encore  en  usage  aujourd'hui,  et  connus 
sous  le  nom  de  bouliech'-;  mais  ces  pêcheurs  furent,  jus- 
qu'à la  fin  du  xjii«  siècle,  étrangers  à  Aigues-Mortes;  seuls 
les  moines  de  Psalmodi  possédaient  le  droit  de  pêche  et  ils 
devaient,  malgré  des  réclamations  et  des  attaques  répétées, 
le  conserver  longtemps  encore^.  Ils  l'affermaient  générale- 
ment à  des  marins  d'Agde  ou  des  Saintes-Mariés*.  Le  com- 

1.  Cf.  les  termes  du  texte  cité  dans  la  note  précédente  :  «  facherii  em- 
phiteoti  »  exploitant  les  salines,  et  surtout  un  curieux  accord  intervenu, 
en  1285,  entre  Décan  d'Uzès  et  l'abbé  de  Psalmodi  (Arch.  du  Gard,  H  171, 
orig.),  où  l'on  trouvera  d'intéressants  détails  sur  l'exploitation  des  salines, 
le  mesurage  du  sel,  la  condition  des  ouvriers,  etc.  Cf.  aussi  une  vente 
d'une  saline,  en  1315,  par  un  marchand  de  Lucques  au  roi.  Di  Pietro, 
ouv.  cit.,  p.  441.  Sur  l'exploitation  des  salines  de  Peccais,  cf.  un  rapport 
au  roi  édité  par  J.  Petit  (Essai  de  restitution  des  plus  anciens  mémo- 
riaux de  la  Ch.  des  Comptes,  Paris,  1898,  in-S».  p.  13.3)  et  un  accord 
de  1301  entre  Philippe  IV  et  le  roi  de  Sicile,  indiqué  d'après  les  registres 
angevins  de  Naples  par  Davidsohn,  Forsch.  zur  Gesch.  von  Florenz,  III, 
n'  382. 

2.  Dans  les  archives  de  Psalmodi,  innombrables  mentions  des  bourdi- 
gues,  généralement  appelées  resclaicse  (Cf.  notamment  les  cartons  G  760 
et  G -761,  aux  archives  du  Gard);  sur  ce  procédé  de  pèche,  cf.  Gourret, 
Pêcheries...  de  l'étang  de  Thau,  Paris,  1896,  in-8°,  p.  47.  —  Nombreux 
renseignements  sur  la  pèche  dans  les  étangs  et  la  mer,  dans  l'enquête 
de  128^3;  différents  engins  sont  désignés  :  cum  anis,  sichoyris,  retibus  et 
bolagiis;  les  mentions  des  bolegatores  sont  les  plus  fréquentes.  Cf.  sur 
cette  pèche,  Di  Pietro,  ouv.  cit.,  p.  4.37. 

3.  Un  premier  jugement,  en  faveur  de  Psalmodi,  fut  rendu  en  1262  par 
l'archevêque  de  Narbonne,  Guy  Foulquoi  —  le  futur  Clément  IV  —  com- 
mis à  cet  effet  par  Louis  IX  (Pagézy,  ouv.  cit.,  p  234.  cart.  A,  f»  289;.  Un 
deuxième  procès  —  auquel  se  rattache  l'enquête  de  1283  —  se  termina, 
en  1290,  de  la  même  manière  (Arch.  du  Gard,  H  167,  n°  10);  un  mande- 
ment de  Philippe  le  Bel  ordonna,  en  1294,  l'exécution  de  la  sentence  (Ibid., 
H  170,  orig.  —  Hist.  de  Languedoc,  éd.  Privât,  X,  306).  L'enquête  montre 
les  incessants  empiétements  des  habitants  d'Aigues-Mortes,  protégés  par 
les  gens  du  roi. 

4.  Le  droit  de  pèche  était  affermé  à  une  vingtaine  ou  une  trentaine  de 
pêcheurs  formant  la  «  compagnie  »  du  monastère  sous  les  ordres  d'un 


338  JEAN   MORIZE. 

merce  des  poissons  de  iner  —  que  l'on  peut  aisément  conser- 
ver grâce  aux  salines  du  voisinage  —  semble  avoir  été 
pourtant  une  ressource  notable  pour  la  nouvelle  ville;  sa 
poissonnerie  apparaît  de  bonne  heure,  et  elle  est  souvent 
citée  dans  les  textes^ 

Aussi  bien,  culture,  exploitation  des  salines  et  pêche  ne 
sont  pour  Aigues-Mortes  que  des  ressources  secondaires  :  la 
raison  d'être  de  la  ville  est  son  port.  Celui-ci  est  d'abord  le 
port  de  la  Croisade  :  là  vinrent  s'ancrer,  en  1248  et  en  1270, 
les  nefs  génoises  —  qui  portaient  très  probablement  l'une  et 
l'autre  le  nom  significatif  de  la  Montjoye,  —  où  Louis  IX 
s'embarqua  pour  Damiette  et  pour  Tunis  2;  de  là,  en  1268,  le 
prince  Edouard  cingle  vers  la  Terre-Sainte^.  Dans  le  traité 
passé  avec  Boccanera,  Philippe  le  Hardi  se  réserve  le  droit 
d'y  nommer  un  amiral  en  temps  de  «  passage  général  »,  et 


«  capitaine  ».  Cf.  l'enquête  de  1283  où  l'on  trouvera  de  nombreux  détails  se 
rapportant  aux  années  12.Ô0-80.  Le  droit  de  pèche  vaut  généralement  de  80 
à  90  1.  tournois,  plus  un  millier  de  poissons.  On  a  un  certain  nombre  de 
baux  des  pêcheries  pour  1217  (Orig.  Arch.  du  Gard,  G  760),  1236  et  1250; 
(Pagézy,  ouv.  cit.,  pp.  .302,  301,  305  et  310). 

1.  Cf.  charte  d'Aigues-Mortes  de  1246  (Layettes,  II,  p.  622).  En  1272 
et  1274,  le  sénéchal  de  Beaucaire  doit  intervenir  pour  que  l'on  ne  force 
pas  les  pêcheurs  de  Psalmodi  à  porter  leurs  poissons  à  la  poissonnerie 
(Arch.  du  Gard,  G  760  et  H  118.  Cart.  A  de  Psalmodi,  H  106,  f»  244  v» 
et  187j. 

2.  On  répète,  d'après  Jal  {Mémoires  sur  quelques  documents  génois, 
dans  Antiales  maritimes,  1842,  pp.  .57-60),  que  la  nef  royale  s'appelait, 
en  1270,  le  Paradis,  mais  la  phrase  «  Paradisius  pro  ipso  ducendo  »,  sur 
laquelle  repose  cette  opinion,  n'est  pour  nous  que  l'équivalent  des  formu- 
les usuelles  «  pro  ejus...  passagio  »  —  «  pro...  passagio  domini  régis  ». 
Par  contre,  un  texte  formel  montre  que  la  veille  du  jour  où  on  leva  l'ancre, 
Louis  IX  était  à  bord  de  la  Monjoyn  (L'iyettes,  IV,  p.  4.56,  note).  — 
En  1248,  on  croit  que  la  nef  s'appelait  la  Mo?inoie  (La  Ronclère,  Hist.  de 
la  Marine  française,  Paris,  1899,  in-S",  I,  p.  169)  :  nom  insolite  et  attesté 
seulement  sous  sa  forme  française;  or,  il  est  facile  de  lire  Montioie  là  où 
il  y  a  Monjoie,  et  il  ne  faut  pas  oublier  que  Louis  IX  emportait  l'ori- 
flamme de  saint  Denis  et  que  Montjoie  est  le  cri  des  croisés.  —  Sur  le 
départ  des  deux  croisades,  cf.  La  Roncière,  ouv.  cit.,  168  et  suiv.,  183  et 
suiv.  Elles  n'ont  laissé  presque  aucune  trace  dans  les  archives  locales  : 
citons  pourtant  la  présence,  à  Aigues-Mortes,  de  deux  croisés  encore 
en  1274;  coupables  d'homicide,  ils  furent  réclamés  par  diverses  juridic- 
tions (Arch.  du  Gard.  H  148  et  149,  non  coté). 

3.  Cf.  Rôhricht,  La  Croisade  du  pritice  Edouard  d' Angleterre  dans 
Archives  de  l'Orient  latin,  I,  p.  620. 


AIGUES-MORTES    AU    SIll*   SIÈCLE.  339 

au  xiv«  siècle  encore,  Aigties-Mortes  reste  le  point  de  départ 
d'expéditions  en  Orient'. 

Les  circonstances  font,  en  outre,  d'Aigues-Mortes  «  une 
station  navale  de  premier  ordre  »,  et  lorsque  éclata  la  guerre 
d'Aragon,  le  port  «  acquit  une  valeur  nouvelle^  ».  Roger  de 
Loria,  en  1286,  attaque,  devant  les  remparts  inachevés,  plu- 
sieurs galères  françaises  et  s'en  rend  maître  malgré  des  ser- 
gents accourus  de  Nimes  pour  défendre  le  port'.  Quelques 
années  plus  tard,  il  y  avait  dans  la  rade  une  station  de  galè- 
res placées  sous  les  ordres  du  viguier*.  Aigues-Mortes  est 
le  port  de  guerre  français  en  Méditerranée. 

Louis  IX  avait  fondé  Aigues-Mortes  pour  les  croisés  et 
les  marchands;  le  commerce  y  devint  bientôt  la  grande 
ressource  —  la  ressource  presque  unique.  —  Avant  même 
que  la  ville  eût  été  créée,  les  nefs  génoises  fréquentaient 
la  rade;  elles  y  déchargeaient  les  marchandises  destinées  à 
Saint-Gilles  et  embarquaient  diverses  denrées  agricoles,  des 
céréales  en  particulier^.  En  1233,  on  voit  un  armateur  mar- 

t 

1.  Delaville  Le  Roulx,  La  France  en  Orient  au  XI V"  siècle,  Paris, 
1886,  in-8»,  tome  I,  pp.  101  et  358. 

2.  Cf.  Ch.-V.  Langlois,.  Le  règne  de  Philippe  III  le  Hardi,  Paris, 
1886,  in-8»,  p.  373.  —  La  Roncière,  ouv.  cit.,  I,  190.  On  peut  noter  qxie  la 
seule  modification  notable  introduite  par  Philippe  III  dans  la  charte 
d'Aigues-Mortes  est  relative  au  service  des  habitants  sur  mer  {Ordon., 
IV,  44). 

3.  Cf.  Lecoy  de  la  Marche,  Relations  politiques  de  la  France  avec  le 
Royaume  de  Majorque,  Paris,  1892,  in-8'',  I,  289,  et  La  Roncière,  ouv. 
cit.,  I,  289.  La  source  principale  est  la  chronique  de  Muntaner  (traduction 

•  de  Buchon,  Chroniques  étrangères  relut,  aux  expéd.  françaises 
au  XIII''  s.,  Paris,  1840,  in-4<',  p.  369,  ch.  clii)  :  «  ...  L'amiral...  se  dirigea 
vers  Aigues-Mortes:  là,  il  trouva  des  nefs,  lins  et  galères  qu'il  prit  et  en- 
voya à  Barcelone;  il  se  rendit  ensuite  au  cap  de  la  Spiguera...  »  Il  faut 
reconnaître  ici  la  pointe  de  l'Espigiiette.  —  Dans  une  enquête  de  1322,  il 
est  question  des  gages  des  sergents  de  Nimes  qui  allèrent  alors  à  Aigues- 
Mortes  (Ménard,  ouv.  cit.,  II,  Pr.,  p.  "^3,  n"  xxiii)  :  «  quod  ipse  fuit  pro 
serviente  in  Aquis  Mortuis,  videlicet  quando  galee  Aragonum  venerunt 
apud  Aquas  Mortuas.  » 

4    En  1291,   le  viguier   d'Aigues-Mortes,    Guglielmo    Boccucio.   refuse 
d'abandonner  à  un  commissaire  du  roi  de  Naples  les  galères  dont  il  a  la 
garde  et  dont  Philippe  le  Bel  avait  fait  don  à  Charles  II.  La  Roncière 
ouv.  cit.,  I,  p.  207. 

5.  Cf.  traité  de  juin  1232  entre  Saint-Gilles  et  Gênes  {Liber  Jurium,  T, 
p.  694,  p.  902).  Cf.  Schaube,  ouv.  cit.,  p.  591. 


340  JEAN    MORIZE. 

seillais  faire  partir  d'Aigues-Mortes  pour  la  côte  syrienne 
le  navire  le  Paradis,  chargé  de  produits  exportés  des  Flan- 
dres, surtout  de  toiles*.  Lorsque  le  port  est  aménagé  et 
qu'auprès  de  lui  s'élève  une  ville,  A.igues-Mortes  prend  la 
première  place  dans  le  commerce  français  en  Méditerranée. 
Le  roi  veille  à  sa  prospérité,  non  seulement  pour  des  raisons 
politiques,  mais  dans  un  intérêt  fiscal.  Le  denier  pour  livre 
perçu  par  le  clavaire  était  d'un  bon  revenu;  en  1289,  le 
sénéchal  calculait  que  le  port  avait  rapporté  en  un  an  5.500  li- 
vres^.  Établie  par  Boccanera  en  vue  de  la  construction  des 
rempaits,  cette  taxe  était  à  l'origine  perçue  sur  les  marchan- 
dises débarquées  à  Aigues-Mortes,  mais  elle  fut  bientôt  exi- 
gée pour  les  cargaisons  entières  de  tous  les  navires  ancrés 
dans  les  limites  du  port,  c'est-à-dire  de  la  Motte  de  Cotieux 
au  grau  de  la  Chèvre^,  même  de  ceux  qui  étaient  venus  cher- 
cher un  refuge  contre  la  tempête  ^  Vers  1287  ou  1288,  sur 
un  ordre  venu  du  sénéchal,  toutes  les  embarcations  passant 
au  large  que  pouvait  apercevoir  le  guetteur  de  la  grande  tour 
étaient  contraintes  de  venir  à  Aigues-Mortes  pour  acquitter 
le  droit  du  roi"";  c'était  l'office  du  garde  du  port  de  poursui- 
vre les  navires  avec  une  barque  garnie  d'hommes  d'armes  et 
de  les  amener  au  port.  Enfin,  quelques  années  plus  tard,  les 
gens  du  roi  empêchent  le  débarquement  des  marchandises  à 
l'entrée  des  graus  de  la  côte  languedocienne,   de  ceux  en 


1.  Blancard,  Documents  inédits  -sur  le  Commerce  de  Marseille  au 
Moyen  âge,  Marseille,  1884-85,  3  vol.  in-8°,  t.  I,  pp.  47  et  130  (Chartes 
commerciales  des  Maiiduel,  n»*  36  et  86). 

2.  Arch.  Nat.,  J  895,  n»  22;  Pagézy,  oiiv.  cit.,  p.  326. 

3.  Tous  ces  renseignements  sont  tirés  de  l'enquête  de  1298-1299,  qui 
porte  surtout  sur  la  perception  de  cette  taxe;  cf.  Germain,  ouv.  cit..  I, 
p.  331  et  suiv.,  345;  cf.  pp.  52-53;  Pagézy,  ouv.  cit.,  p.  145  et  suiv. 

4.  «  Vidit  quod  aliquando,  propter  fortunam  maris,  aliqua  navigia  com- 
pellebantur  intrare  portam  Aquarum-Mortuarum...;  et  audivit  quandoque 
quod  clavarius  Aquarum-Mortuarum  bordando  cum  eis,  regratiabatur 
vento  et  fortune  que  illuc  eos  adduxerat  dicendo  «  Granz  merciz  au  vent 
«  et  non  a  vous,  quod  aliter  non  venissetis.  »  Germain,  I,  p.  343. 

5.  Cf.  Germain,  I,  pp.  351  et  353.  La  date  résulte  des  mentions  du  séné" 
chai  de  Beaucaire,  Ph.  du  Bois-Archambaud,  et  du  viguier  d'.\igues-Mor- 
tes,  Guglielmo  Buccucio. 


AiGtJES-MORTES   AU   XÎIl®   SIECLE.  841 

particulier  qui  mènent  à  Montpellier' ;  ainsi,  le  souci  de  per- 
cevoir la  taxe  aboutit  en  fait  à  établir  un  monopole  commer- 
cial en  faveur  d'Aigues-Mortes. 

Le  même  résultat  fut  obtenu  par  la  politique  suivie  à 
l'égard  des  marchands  italiens;  on  connaît  les  conventions 
passées,  en  février  1278,  entre  Philippe  III  et  les  représen- 
tants des  grandes  cités  commerçantes  :  Gênes,  Venise,  Plai- 
sance, Asti,  Lucqiies,  Florence 2;  les  «  Lombards  »  devaient, 
en  échange  de  divers  privilèges,  abandonner  Montpellier 
pour  Nimes;  ils  s'engageaient  à  débarquer  toutes  leurs  mar- 
chandises à  Aigues-Mortes;  ils  durent  bientôt  y  faire  passer 
aussi  toutes  leurs  exportations  quand  celles-ci  ne  prenaient 
pas  la  route  de  tene.  Un  fonctionnaire  spécial  fut  établi  dans 
le  port  pour  veiller  à  l'exécution  de  ces  prescriptions ^  et,  à 
plusieurs  reprises,  le  roi  ou  le  sénéchal  de  Beaucaire  rap- 
pellent le  monopole  qui  a  ainsi  été  attribué  à  Aigues- 
Mortes'. 

Les  conventions  de  1278  montrent  quelle  fut  la  valeur  du 
port  d'Aigues-Mortes  et  son  rôle  :  les  marchands  sont  établis 
à  Nimes;  ce  n'est  pas  dans  la  petite  cité  fortifiée,  perdue  au 
milieu  des  marais,  qu'il  faut  chercher  la  place  de  commerce. 

1.  Germain,  ouvr.  cit.,  I,  pp.  333-4,  348-9,  370,  etc.  Ces  mesures  provo- 
quèrent des  plaintes  très  vives  de  la  part  des  habitants  de  Montpellier  ; 
c'est  l'origine  de  l'enquête  de  1298-9,  qui  fut  reprise  en  1300,  comme  le  mon- 
tre un  mandement  du  roi.  (Arcli.  Nat.,  J  895,  n»  6.)  Les  plaintes  contre  le 
monopole  d'Aigues-Mortes  sont  fréquentes  au  xiv"  siècle.  Jbid. 

2.  Ordonnances,  IV,  BB9.  Cf.  sur  ces  conventions,  Germain,  I,  52-122; 
Pagézy,  p.  273  et  sq.  ;  Ch.-V.  Lauglois,  ouvr.  cit.,  p.  345. 

3.  «  Garnerius  de  Sargi,  oriundus  de  Pontisara,...  dixit  quod  bene  sunt 
XIII  anni  quod  ipse  venit  de  Francia  ex  parte  domini  nostri  régis  apud 
Aquas-Mortuas  in  offîcio  custodie  mercatoruni  de  conventionibus  et  ad 
custodiendum  ne  ipsi  mercatores  alibi  mercarentur...  et  morabatur  in 
Aquis-Mortuis  pro  majori  parte.  »  (Enquête  de  1298.  Germain,  I,  375.) 

4.  Cf.  un  mandement  du  sénéchal  de  Beaucaire  de  1284  (Ménard,  j, 
Preuves,  p.  109,  n»  lxxxi)  et  un  acte  de  1285.  {Ibi'd.,  p.  110);  —  un  man. 
dément  du  roi  au  sénéchal  de  Beaucaire  en  mars  1294  :  «  Mercatores  Thu. 
cie  et  Lumbardie  ex  pacto  cum  mercinioniis  per  mare  venientibus  ad  reg- 
num  nostrum  Francie  per  partes  Provincie  et  per  easdem  partes...  per 
mare  de  regno  nostro  exeuntibus,  teneantur  portum  facere  in  porta  Aqua- 
rum  Mortuarum  et  non  alibi  in  aliqua  parte  Provincie.  »  (Ménard,  I- 
Preuves,  p.  124,  n"  xcii).  Mêmes  prescriptions  en  1314  [Ibid.,  II,  Preu- 
ves, p.  16,  n»  vil). 


342  JEAN    MORIZE. 

Si  la  foire  promise  par  la  charte  de  1246  s'y  est  réellement 
tenue  —  ce  qui  est  douteux,  —  elle  ne  devint  jamais  considé- 
rable et  l'on  n'y  trouve  installés  ni  armateurs  ni  marchands; 
les  navires  qui  fréquentent  la  rade  sont  pour  la  plupart 
étrangers;  Aigues-Mortes  n'est  qu'un  port  d'importation  et 
un  point  de  relâche*. 

Par  Aigues-Morles entrent  en  Fiance  les  produits  des  bords 
de  la  Méditerranée  et  de  l'Orient  :  figues  et  dattes,  vins  et 
fromages,  des  cuirs,  des  poteries,  du  papier,  les  épices  et 
les  denrées  d'Extrême-Orient  :  sucre,  poivre,  girofle,  indigo 
et  bois  de  brésil,  etc.  ;  on  note,  à  l'exportation,  des  céréales, 
du  sel,  des  toiles  et  surtout  des  draps.  Parfois,  Aigues-Mor- 
tes n'est  qu'un  port  de  transit  ;  du  moins  voit-on  en  1296  une 
galère  marseillaise  y  embarquer  une  cargaison  d'épices  des- 
tinée à  Majorque 2.  Mais  Aigues-Mortes  est  avant  tout  le  port 
qui  assure  les  relations  commerciales  de  la  France  avec 
l'Orient,  en  particulier  avec  la  Syrie;  les  habitants  deman- 
dent en  1270  la  concession  d'un  quartier  dans  Acre  et  le 
droit  d'y  nommer  un  consuP. 

1.  L'état  de  dépendance  où  est  Aigues-Mortes  à  l'égard  du  commerce 
nimois  est  bien  indiqué  par  une  requête  (1285)  des  consuls  de  Nimes  ten- 
dant à  faire  creuser  aux  frais  des  marchands  italiens  et  des  habitants  une 
roubine  pour  relier  Nimes  à  Aigues-Mortes  et  à  la  mer  (Ménard.  I,  Preu- 
ves, p.  110). 

2.  Blancard,  ouvr.  cit.,  II,  451  (iv,  n°  92).  Nos  renseignements  sur  le 
commerce  d'Aigues-Mortes  proviennent  de  ce  recueil,  I,  300  et  304  (Notules 
d'Amalric,  n°^  1013,  1019.)  II,  442  (IV,  n»  69).  Cf.  aussi  Heyd  :  Histoire 
du  commerce  du  Levant,  trad.  Furcy-Kaynaud,  Leipzig,  1885-8,  2  vol. 
in-S",  II,  p.  8  n.)  et  713;  Canale,  Nuova  istoria  délia  repuhblica  di 
Genova,  II,  524  ;  Schaube,  ouvr.  cit.,  209  et  592-3.  L'enquête  de  1298  parle 
comme  d'un  fait  courant  du  passage  des  céréales  par  le  canal  de  la  Ra- 
delle.  (Germain,  I,  335).  Cf.  encore  Davidsohn,  Forsch.  zur  Gesch.  von 
Florenz,  III,  n"  261,  et  IV,  p.  274;  il  indique  d'après  des  chartes  de  129(3 
l'importance  de  certaines  exportations  de  draps  que  font  par  Aigues-Mortes 
les  grandes  Compagnies  florentines  (Bardi,  Peruzzi.  Spini,  Mozzi,  etc.). 
Elles  avaient  recours  à  des  galères  marseillaises  assez  fortes  pour  exiger 
l.JU  hommes  d'équipage. 

3.  «  Quod...  rex...  faciat  et  procuret...  quod  mercatores,  burgenses  et 
omnes  et  singuli  habitantes  in  dicta  villa...  sint  liberi  et  immunes  ad 
catenam  Aconis  sicut  suut  Veneliani,  Januenses  et  Pisani,  et  quod...  rex 
faciat  fieri  quod  dicti  habitatores  dicte  villa  habeant  vicum  seu  unam 
terram  et  designatam  apud  Acon  ubi  morentur...  sicut  habeant  Veneliani 
et  Januenses  et  Pisani.  — ...  Quod  habeant  apud  Acon  consulem  dicte  ville 


AIGUES-MORTES    AU   XIII«    SIÈCLE.  343 

Les  navires  qui  animent  la  rade  d'Aigues-Mortes  viennent 
de  Provence,  de  Catalogne  *  et  surtout  d'Italie;  les  Pisans 
l'ont  fréquentée  avant  d'être  évincés  par  les  Génois*;  Venise 
encourageait  ses  marchands  à  y  conduire  leurs  marchan- 
dises^; mais,  avant  tout,  Aigues-Mortes  est  tributaire  du 
commerce  génois.  Au  moment  de  la  création  de  la  ville,  il 
s'était  —  il  est  vrai  —  élevé  quelques  difficultés  entre  les 
gens  du  roi  et  les  Génois*;  mais  ceux-ci  avaient  fourni  les 
navires  et  les  équipages  des  deux  croisades;  ils  n'oublie- 
ront plus  désormais  la  route  d'Aigues-Mortes;  leurs  navi- 
res paraissent  constamment  dans  la  rade  et,  au  début  du 
XIV®  siècle,  un  règlement  de  la  république  s'occupe  spéciale- 
ment de  la  navigation  entre  Gênes  et  le  nouveau  port*. 

Bien  plus,  beaucoup  de  Génois  s'y  établissent;  dès  1248, 
les  consuls  de  Montpellier  s'effraient  de  leur  nombre  ;  à  les 
en  croire,  ils  auraient  obtenu  que,  seuls,  ceux  qui  habitent 
réellement  et  à  titre  définitif  Aigues-Mortes  en  obtiennent 
les  privilèges  de  bourgeoisie*;  en  1249,   on  trouve  deux 

et  bajulum  regalem  :  qui  consul  ibi  constituatur  per  quatuor  consules 
dicte  ville...,  qui  consul...  per  très  annos  continues  stet  apud  Acon  et 
presit  ibi  omnibus  honiinibus  de  Aqiiis  Mortuis  apud  Acon  advenientibus 
et  morantibus...  sub  eodem  modo...  quo  est  ibi  consul  de  Piza.  » 

1.  Pour  la  Provence,  cf.  Blancard,  loc.  cit.  Pour  la  Catalogne,  textes 
nombreux  dans  l'enquête  de  1298;  on  y  voit,  par  exemple,  un  marin  de 
Lérida  qui,  en  1264,  vint  de  Syrie  à  Aigues-Mortes  sur  un  navire  catalan 
(Arch.  Nat.,  J  892,  n"  9,  f°  10). 

2.  Dans  la  requête  de  127U,  il  est  question  du  commerce  des  Pisans  à 
Acre.  On  sait  en  quelle  décadence  tomba  le  commerce  de  Pise  après  12.>^4. 

3.  «  Capta  fuit  pars  quod  omnes  illi  tam  Veneti  quam  forinsechi  qui 
ire  voluerint  de  Venecia  ad  partes  Provincie,  tam  ad  Marseglam  quam 
ad  Montem  Pesulanum,  quam  ad  Aquas  Mortuas,  vel  ad  alias  partes  illa- 
rura  contra tarum,  possint  ire  libère  et  absolute...  et  possint  portare  omnem 
mercadanciam  que  venit  de  Levanti  Veneciam  et  omnem  mercadanciam 
que  venit  de  Romania  et  de  Sclavonia  in  Venecia  et  omne  opus  quod  fit  in 
Venecia.  »  (Délibération  du  Grand-Conseil  de  Venise  du  13  décembre  1273, 
publiée  par  Mas-Latrie  :  Commerce  et  exj^éditions  railitaires  de  la 
France  et  de  Venise  dans  les  Mélanges  historiqices  [collection  des  docu- 
ments inédits],  t.  III,  Paris,  1880,  in-l°,  pp.  15  et  1(3.) 

4.  Layettes,  II,  n»  3147  (bulle  de  1243). 

5.  «  Ordinamentum  factum  in  galeis  navigaluris  ad  Aquas  Mortuas  ». 
i9\.  Archéologie  navale,  Paris,  1810,2  vol.  in-8",  I,  367.  —  Pagézy,  ouvr. 
cit.,  p.  166. 

6.  «  In  quo...  anno...  rex  ad  pièces...  consulum  concessit...  quod  nuUus 


844  JEAN   MORl^Ë. 

consuls  des  Génois  résidant  à  Aigues-Mortes\  et  l'enquête 
de  1298  montre  que  beaucoup  firent  comme  ce  Nicolo  de 
«  Riveroio  »,  qui,  appelé  dans  la  ville  lors  de  la  croisade  de 
Tunis,  revint  ensuite  avec  sa  famille  s'y  fixer  sans  esprit 
de  retour*. 

Aigues-Mortes  est  d'ailleurs  presque  une  création  génoise; 
on  a  vu  la  part  prise  par  Boccanera  aux  travaux  des  rem- 
parts et  du  port;  d'autres  Génois  se  disputent  l'achèvement 
de  son  œuvre,  Nicolas  Gominelli  et  Guglielmo  Buccucio;  ce 
dernier,  d'une  famille  noble  assez  connue 3,  était,  dès  1268, 
entré  en  relation  avec  Louis  IX  ';  il  se  fixa  à  Aiguës  Mortes, 
dont  il  fut  à  deux  reprises  viguier,  —  avant  1283  et  de  1288 
à  1295;  —  dans  l'intervalle,  on  le  trouve  trésorier  du  roi 
dans  la  sénéchaussée  de  Beaucaire^;  un  de  ses  parents  est, 
en  1291,  châtelain  d'Aigues-Mortes,  et  l'on  voit  qu'il  n'avait 
pas  abandonné  toute  relation  avec  sa  patrie*^;  plusieurs  des 

Januensis  vel  alius  non  habeatur  vel  recipiatur  pro  cive  sive  burgense 
Aquarum  Mortuarum,  nisi  sit  verus  habitator  ejusdem  loci  Aquarum 
Mortuaruni  secuudum  ordinaiionem,  etc..  ».  D'après  une  liste  des  consuls 
de  Montpellier  de  1204  à  1253,  extraite  du  Liber  Consuetudinum.  Layet- 
tes, III,  p.  200,  n°  4092. 

1.  Layettes,  II,  p.  74,  n»  3789:  les  consuls  sont  Guglielmo  Boccanera 
et  Ansaldo  Straleria. 

2.  Germain,  ouvr.  cit.,  I,  350. 

3.  Cf.  Belgrano,  /  Genovesi  ad  Acque  Morte  {loc.  cit.),  pp.  335-337. 

4.  Belgrano,  Documenti  inediti  riguardanti  le  due  crociate  di  S.  Lu- 
dovico  IX,  re  di  Francia.  Gênes,  1859,  in-8",  n»  ccxxki. 

5.  En  1284,  un  habitant  d'Aigues-Mortes  parle  du  temps  où  Buccucio 
était  viguier  et  parmi  les  témoins  on  lit,  au  bas  de  l'acte,  le  nom  de  »  do- 
mini  Buccucii  de  Mari  Januensis  »  ;  mais  il  n'est  plus  viguier  à  cette  date. 
(Arch.  du  Gard,  0700  et  H  106,  f»  237).  En  1284,  on  trouve  «  ...  domini 
Guillelmi  Bucutii  thesaurarii  domini  régis  in  senescallia  Bellicadri  » 
(Ménard,  I,  Pr.^  p.  109,  n»  lxxx).  Il  est  de  nouveau  viguier  en  1288 
(Germain,  ouvr.  cit.,  I,  353),  en  1289  et  1291  (Arch.Nat.,  J  896,  n°  22  et  .1  295, 
n"  33)  et  nous  avons  vu  son  attitude  en  1291  comme  chef  de  galères  en  sta- 
tion à  Aigues-Mortes.  Il  fut,  en  outre,  chargé,  en  1294  et  1295,  d'équiper, 
à  Marseille  et  à  Gênes,  un  certain  nombre  de  galères  et  d'envoyer  d'Aigues- 
Mortes  à  Rouen  des  calfats  et  des  marins  probablement  génois  (Inven- 
taire de  R.  Mignon,  édit.  par  Ch.-V.  Langlois.  Paris,  1899,  in-4'',  n»»  660, 
2293,  2327-9.)  Après  sa  mort,  le  roi  accorde  à  ses  fils  le  droit  de  16  deniers 
par  livre  levé  sur  les  toiles  exportées  par  Aigues-Mortes  (1315).  Dans 
cet  acte,  il  est  appelé  :  Guillelmus  Boucucii  de  Mari,  miles.  (Arch.  Nat., 
P  2290,  p.  209). 

6.  Ibid.,  J  295,  n<'33  :  «  Guillelmi  Pétri  Buccucii  castellani  Turris  Aqua- 


AIGUES-MORTES   AU   Xlll»  SIÈCLE.  345 

gardes  du  port  furent  des  Génois^;  et  dès  qu'il  est  question 
d'exécuter  des  travaux  dans  le  port  ou  les  chenaux  qui  y 
conduisent,  on  trouve  trace  de  l'intervention  des  marchands 
génois  et  de  leur  consul^.  Aigues-Mortes  apparaît  sur  le 
rivage  de  la  France  comme  un  entrepôt  et  presque  comme 
une  colonie  de  Gênes;  ses  navires  accaparent  le  trafic  du 
port  et  finissent  même  par  lasser  la  concurrence  des  Véni- 
tiens'; ses  entrepreneurs  dirigent  les  travaux,  pour  lesquels 
ils  avancent  les  capitaux*;  en  échange,  ils  perçoivent  les 
douanes  et  administrent  la  ville;  rien  ne  rappelle  mieux 
l'exploitation  que  font  aujourd'hui  les  Européens  de  tel  port 
d'Asie  ou  d'Afrique. 

Le  caractère  particulier  du  port  d'Aigues-Mortes  permet 
de  comprendre  pourquoi  sa  prospérité  fut  limitée  et  de  brève 
durée.  Jamais,  en  effet,  la  ville  ne  se  développa;  on  ne  peut 
donner  aucun  chiff"re,  mais  les  documents  laissent  l'impres- 
sion qu'il  n'y  avait  là  qu'un  petit  centre  urbain  ;  les  habitants 
sont  en  partie  originaires  de  la  plaine  du  Languedoc,  mais 


rum  Mortuarum.  »  Cf.  les  lettres  de  sauf-conduit  que  lui  accorde  Philippe 
le  Bel  en  1294  (Ménard,  I,  Pr.,  p.  131,  n»ci).  «  Valletum  nostrum  Guillel- 
mum  Pétri  Bucucii  castellanus  Aquarum  Mortuarum  eat  apud  Januam.  » 

1.  Dans  la  liste  des  gardes  du  port  donnée  par  un  des  témoins  entendus 
en  1298,  on  trouve  Nicolo  de  Eiverolo,  Eoquin  Brunelleschi  et  Nicoleto 
Prior  de  Vintimille  (Germain,  I,  371). 

2.  En  1283,  dans  l'enquête  relative  auBourguidou(Arch.du  Gard,  G760, 
et  Cartulaire  A  de  Psalmodi,  H  106,  f»  237),  on  parle  des  travaux  exécutés 
par  le  viguier  Buccucio  et  un  certain  «  Hugo  de  Gasneio  »,  dont  la  fonc- 
tion n'est  pas  indiquée  ;  or,  on  retrouve  ce  personnage  dans  un  acte  de  1303 
(Ibid.,  H  171,  non  coté),  avec  le  titre  de  «  consul  mercatorum  de  Janua 
in  senescallia  Bellicadri.  »  Il  s'agit  alors  d'une  enquête  faite  par  le  séné- 
chal et  deux  réformateurs  sur  les  salines  de  Peccais  et  le  port  d'Aigues- 
Mortes;  on  recueillit  à  cette  occasion  l'avis  de  plusieurs  marchands  génois, 
Déjà  intervention  de  marchands  génois  lors  des  projets  de  travaux  élabo- 
rés en  1289  (Pagézy,  ouvr.  cit.,  pp.  329  et  331). 

3.  Cf.  Heyd,  ouvr.  cit.,  II,  p.  717  :  Les  marchandises  vénitiennes  sont, 
au  début  du  xiv=  siècle,  apportées  à  Aigues-Mortes  par  des  navires  génois; 
en  1402,  d'après  le  Petit  Thalamus,  il  y  avait  soixante  ans  qu'aucun 
navire  vénitien  n'avait  paru  sur  la  côte  du  Languedoc.  Perret,  Hist.  des 
relations  de  la  France  avec  Venise  (Paris,  1896,  in -8»;  t.  I,  p.  4)  croit  à 
tort  que,  dès  le  xiii»  siècle,  Venise  envoya  chaque  année  à  Aigues-Mortes 
un  convoi  de  galères. 

4.  D'après  le  traité  passé  entre  Boccanera  et  Philippe  III,  le  Génois 
avance  au  roi  une  somme  de  10.000  livres. 

ANNALES  DU  MIDI.   —    XXVI.  23 


346  JEAN  MomzE. 

le  plus  grand  nombre  vient  des  ports  voisins  :  Agde,  les 
Saintes-Mariés,  Montpellier,  des  côtes  de  Provence  et  de 
Catalogne  et  surtout,  on  l'a  vu,  d'Italie^;  de  la  France 
du  Nord  ne  sont  venus  que  de  rares  fonctionnaires 2.  La 
population  est  en  grande  partie  formée  d'étrangers  qui  ne 
passent  dans  la  ville  que  quelques  années;  dès  1248,  les 
consuls  de  Montpellier  distinguent  les  Génois,  devenus 
bourgeois  d'Aigues-Mortes,  et  ceux  qui  n'y  font  qu'un  séjour 
temporaire,  et  la  requête  remise  en  1270  à  Louis  IX  parle 
avec  une  insistance  significative  des  vrais  habitants  d'Ai- 
gues-Mortes, établis  à  demeure,  ayant  fondé  un  foyer  dans 
la  nouvelle  ville ^.  L'importance  de  la  population  flottante 
s'accorde  bien  avec  ce  que  nous  savons  du  port  et  de  son 
commerce  ;  elle  permet  aussi  d'expliquer  pourquoi  la  déca- 
dence fut  si  rapide;  du  jour  où  elle  disparaîtra,  Algues- 
Mortes  ne  sera  plus  qu'une  bourgade. 

La  fortune  du  port  ne  fut,  en  effet,  brillante  qu'à  la  fin  du 
xiii"  et  au  début  du  xiv»  siècle.  Il  ne  faut  pas  oublier  qu' Al- 
gues-Mortes est  une  création  artificielle;  c'est  un  vrai  mira- 
cle de  la  croisade  que  d'avoir  fait  naître  une  ville  en  un  tel 


1.  Les  diverses  enquêtes  que  nous  avons  utilisées  renferment  des  dépo- 
sitions de  nombre  d'habitants  d'Aigues-Mortes  dont  l'origine  est  indiquée. 
Cf.  R.  Michel,  ouvr.  cit.,  p.  280.  La  requête  des  habitants  d'Aigues- 
Mortes  (127U)  indique  bien  quelles  pouvaient  être  les  sources  du  peuple- 
ment d'Aigues-Mortes  :  «  Ex  quibus...  sciât  dominus  noster  rex...  quod 
burgensesde  Janua,  de  Venesia,  de  Piza  et  de  Montepessulano  pro  majori 
parte  habitatores  fient  dicte  ville  et  ipsa  villa  ineflabiliter  crescat.  »  Mé- 
nard,  ouvr,  cit.,  I,  Pr.,  n"  lv,  p.  78. 

2.  On  a  vu  plus  haut  un  Français  du  Nord,  né  à  Pontoise,  établi  à 
Aigues-Mortes  pour  veiller  à  l'observation  des  conventions  de  1278  ;  vers 
la  tin  du  siècle,  Jehan  de  Brie,  né  au  diocèse  de  Sens,  est  châtelain  d'Ai- 
gues-Mortes (Rec.  des  Historiens  de  France,  XX,  186.  M.  Charles-Roux 
en  fait  [ouvr.  cit.,  pp.  205-206]  un  clerc  et  un  chapelain  d'Aigues-Mortes, 
ce  qui  n'a  pas  de  sens).  Citons  enfin  un  habitant  d'Aigues-Mortes,  origi- 
naire de  Chàlon,  qui  fonde  par  testament,  en  1293,  une  chapelle  en  l'hon- 
neur de  saint  Antoine,  dans  l'église  de  Notre-Dame  du  Sablon  (Arch.  du 
Gard,  H  118,  n»  49). 

3.  «  Quod  omnes  habitatores  et  domicilium  habentes  in  dicta  villa  et  ibi 
continue,  non  ad  tempus,  raansionem  facientes  et  ignem  suum  et  larem 
foventes...  »  Pétition  de  1270  dans  Ménard  (ouvr.  cit.,  J,  Pr.,  n">  lx, 
p.  77).  Un  peu  plus  loin,  on  distingue  nettement  les  «  mercatores  et  alii 
commorantes  in  dicta  villa  »  des  «  alii  ibidem  advenientes  », 


AIGUES-MORTES    AU    Xlll?   SIÈCLE.  347 

lieu  ;  seule,  la  volonté  de  Louis  IX  de  posséder  à  tout  prix  un 
port  en  Méditerranée  peut  l'expliquer;  et  les  efforts  que 
coûta  l'entreprise,  la  violence  faite  à  la  nature  font  com- 
prendre pourquoi  les  habitants  -  trouvant  le  nom  d'Aij^ues- 
Mortes  trop  mélancolique  —  voulaient  a